Eesah Yasuke rappe depuis à peine trois ans quand elle décide de participer au concours national Buzz Booster. Après sa victoire lors de l’édition 2021, la carrière de la rappeuse roubaisienne prend un nouveau tournant. Elle remporte une aide à la production de 15 000 euros, de la visibilité et des premières scènes… Un concours qui a déjà fait émerger des artistes comme Nemir en 2010 ou Kikesa en 2018. Alors que les inscriptions se clôturent ce dimanche, Mosaïque a posé trois questions à Eesah Yasukepour revenir sur ce que sa victoire a changé pour elle.
Pourquoi as-tu décidé de participer à l’édition 2021 de Buzz Booster ?
À l’époque, je ne faisais pas de la musique depuis longtemps. J’ai commencé à m’y mettre sérieusement à la fin de ma formation d’éducatrice spécialisée. Quand j’ai écrit Cadavre 3xquis, j’ai tout plaqué et j’ai décidé de m’y mettre à fond. Je connaissais déjà Buzz Booster avant d’arriver dans l’univers musical. Mais j’ai rencontré AL, un beatmaker qui m’en a parlé. Je me suis dit : « Il faut que je teste ! ». Alors, j’ai tenté. Dans un premier temps, j’ai été sélectionnée, puis j’ai passé les différentes étapes… jusqu’à la victoire finale.
Eesah Yasuke
Crédit : Jeff Leo.
Eesah Yasuke
Les finales régionales comme la nationale se jouent en live face à un jury. Comment as-tu vécu l’expérience de tes premières scènes ?
C’était particulier. Le jury et le public étaient assis et masqués. Ce n’était pas évident, mais à Maubeuge (Nord) je l’ai bien vécu. On sortait tout juste du confinement. J’avais envie de gagner, mais je pensais surtout à la musique en elle-même. Revoir des gens, partager et leur faire vivre des choses… Je me sentais chanceuse de pouvoir être sur scène. J’ai aussi rencontré plusieurs professionnels du monde de la musique. C’était sympa pour recevoir des conseils !
Avoir de l’argent à investir te permet de créer tes projets exactement tels que tu les imagines. Personnellement, grâce à Buzz Booster, j’ai pu bosser sur mon projet « Tryptique » qui sort fin février.
Eesah Yasuke pour Mosaïque
Comment ta victoire à Buzz Booster en 2021 t’as-t-elle aidée pour développer ta musique ?
Au niveau financier, déjà, c’est clair que ça booste les projets. Même si on peut se débrouiller, c’est toujours mieux quand il y a des fonds qui rentrent. Mon objectif, c’est de proposer quelque chose de toujours plus qualitatif. Avoir de l’argent à investir te permet de créer tes projets exactement tels que tu les imagines. Personnellement, grâce à Buzz Booster, j’ai pu bosser sur mon projet « Tryptique » qui sort fin février. J’ai aussi beaucoup aimé la résidence de deux semaines dans les studios Red Bull. Le matos était vraiment professionnel. Rien qu’avec les mises à plat et les maquettes que j’écoutais le soir, j’étais super contente.
J’ai adoré parce que j’étais vraiment en immersion. On produisait beaucoup. Pendant la résidence, je faisais presque un titre par jour. J’ai également pu inviter des artistes dans de vraies bonnes conditions. J’ai reçu des artistes du Nord, des beatmakers comme AL777… Le rappeur Youssoupha, avec qui j’étais connectée, est lui aussi passé au studio. Le titre de vainqueur te permet d’avoir une vraie légitimité. C’est une expérience géniale dans tous les cas. Que tu gagnes ou pas, tu mets un pied dans le monde professionnel de la musique. Tu te fais valider.
Eesah Yasuke
Les candidatures pour l’édition Buzz Booster 2022 sont ouvertes jusqu’au 31 Janvier. Inscription en cliquant ICI.
Le.la gagnant.e remporte : 15 000 €, une tournée et deux semaines de studio chez Red Bull avec un contrat de distribution et une visibilité dans les médias partenaires.
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À bientôt 30 ans, Naïri Zadourian a la carrière dont n’osent même pas rêver tous les jeunes diplômé.e.s de l’examen du barreau. Un an seulement après l’obtention de son diplôme, cette avocate croule sous les dossiers. Ellea ouvert son propre cabinet et a dû engager un collaborateur. En cause : une forte exposition médiatique liée au dossier du rappeur DA Uzi dont elle s’est saisie en mai 2021. En parallèle, Naïri Zadourian ne cache pas un tempérament emprunt d’humour et de franc-parler qu’elle affiche sans complexe sur Twitter où elle cumule des milliers d’abonné.e.s. Avocate atypique dans le milieu de la justice, elle s’est confiée à Mosaïque. Portrait.
«T’as des beaux yeux mashallah. On y voit le paradis, ça veut dire qu’on va se revoir », lance un passant à Naïri Zadourian alors que nous sommes assis.e.s à un café de Bobigny, à deux pas du palais de justice. Ce jour là, le soleil a décidé d’éclairer les grands yeux bleu azur de l’avocate. Son audience est à 13 h 30 mais Naïri est sur place depuis 10 h 30. Afin d’anticiper le moindre accroc. Le jour de notre rencontre, elle se présente avec une chaleur naturelle et deux cafés à la main. Au passant qui la complimente et se présente comme le « messi », elle répond de ce ton spontané qui fait sa réputation : « Merci pour les buts ! ».
Crédit : Lise Lacombe pour Mosaïque.
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Cette grande brune à la voix grave ne rate jamais une occasion de faire rire ceux et celles qui l’écoutent. Comme sa meilleure amie Adélaïde : « Je la connais depuis sept ans. Elle a toujours eu ce coté humoristique, un peu piquant. C’est ce qui a fait qu’on s’entendait bien. Mais elleest très sérieuseprofessionnellement.C’est aussi sa manière de décompresser. »
Un trait de personnalité qui lui vaut d’être suivie par des milliers de personnes sur Twitter. Et le compteur s’est envolé lorsqu’elle s’est saisie du dossier du rappeur DA Uzi. En quelques tweets, elle double son nombre d’abonné.e.s, passant de 17 000 à 34 000 followers.
DA Uzi :l’affaire d’une vie
Un soir banal dans la vie d’une avocate qui débute, Naïri Zadourian reçoit en mai 2020 le dossier qu’un ami lui transmet. DA Uzi a été arrêté pour détention de stupéfiants et d’armes. Elle se souvient : « Je le connaissais de nom. Avant de prendre en charge l’affaire, je suis allée voir qui je défendais. Parce qu‘entre DA Uzi, Uzi, Lil Uzi Vert, je ne savais plus qui était qui (rires). Mais surtout, rappeur ou pas rappeur, je m’en fichais. » Attachée à chacun de ses client.e.s qu’elle appelle ses « petits chats », Naïri cherche à les comprendre pour mieux les défendre, convaincue que « l’être humain n’est ni mauvais ni bon ». Elle décide donc de représenter l’artiste à la barre et obtient sa relaxe, le 31 mai, pour vices de procédure.
Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que ça voulait dire.
Naïri Zadourian pour Mosaïque.
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L’avocate se souvient : « Dans sa tête, DA Uzi allait retourner en prison. J‘étais assise. La présidente dit le mot « relaxe ». Je lève les yeux au ciel en me disant : « Tu l‘as fait bordel ». Je me retourne pour vérifier qu’il a compris. Il était un peu sonné.» Un mot : « relaxe ». S’il permet à DA Uzi de reprendre le cours de sa vie, il s’apprête à faire basculer celle de Naïri. Fière de son succès, elle répond sur Twitter au drilleur Freeze Corleone qui réclamait la libération du rappeur de Sevran. « C’est fait », écrit-t-elle.
À son tour, il répond : « Merci beaucoup Madame ». Une pluie de remerciements s’abat sur la jeune femme. « Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que c’était. » Le rap game s’empresse de la féliciter. De Mister You à Aya Nakamura en passant par Sadek qui lui glisse : « J’espère que petite pénaliste deviendra grande. »La semaine suivante, elle déjeune même avec DA Uzi et Ninho pour célébrer sa libération et poste une photo sur les réseaux sociaux.
« Je suis une jeune femme issue de l’immigration. La cible facile »
Très vite, les retombées se font moins joyeuses. Pendant des mois, Naïri Zadourian est cyberharcelée par des internautes issu.e.s des mouvances d’extrême droite : insultes racistes, sexistes, antisémites, menaces de mort et de viol… Elle raconte : « Avec cette affaire, ce qui m’a fait bader ce ne sont pas les insultes. J‘ai l’habitude et je m’en branle, mais c’est l‘exposition. C’est la première fois de ma vie que je sortais dans la rue et que les gens me reconnaissaient. »
Parfois, Naïri Zadourian craint pour sa sécurité. Un soir à son cabinet, quelqu’un se met à tambouriner sur la porte de son cabinet après l’avoir suivie. « Jusqu’à aujourd’hui, je reçois encore des messages donc sur le moment c’était terrible. Je me suis rendue compte en pleine soirée, un samedi soir avec des potes, que ça m’affectait. J’ai eu d’un coup une boule au ventre, le cœur serré, les larmes aux yeux.Je suis allée pleurer dans la chambre d’un de mes potes. Parce que je ne savais plus quoi faire de ces insultes, de cette exposition. »
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« On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. »
Naïri Zadourian pour Mosaïque.
Son collaborateur Vincent Nativi l’a vécu à ses côtés : « C’est là ou je me suis rendu compte de la force du harcèlement.Elle me disait avoir besoin de déconnecter parce que c’était violent pour elle. » Lorsqu’on lui demande si elle regrette, sa réponse est sans appel : « Je ne regretterai jamais de ma vie d’avoir obtenu la libération d’un gars. On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. »
La jeune femme pointe aussi du doigt ce qu’elle incarne : « Quand Éric Dupond-Moretti prenaient des photos avec ses clients : Benzema ou Balkany ou quand Maître Ruben allait sur Skyrock pour parler de Fianso… Ils n’ont jamais pris le quart des insultes que j’ai reçues. Pourquoi ? Parce que je suis une jeune femme issue de l’immigration. La cible facile. »
La vocation de la justice
Naïri ne compte pas pour autant se retirer du réseau à l’oiseau bleu, là où depuis des années elle tweete « dès qu’elle pense à un truc ». « J’aime cette instantanéité. Aujourd’hui, je peux autant faire un tweet sur l’état de droit que sur le dernier album d’Hamza et avoir la même quantité de réactions. »
Même si elle regrette que l’exposition engendre des responsabilités indésirées. « Parce que je suis d’origine arménienne, on me demandede prendre position. Certaines personnes de la communauté arménienne sont d’extrême droite. Sauf que nous sommes héritiers d’un génocide arménien qui a été rendu possible à cause des nationalistes d’extrême droite. Pour moi c’est une honte absolue qu’on se permettede cautionner les idées de nos génocidaires. Quand j’ouvre ma gueule sur ce sujet, les gens de la communauté sont les plus virulents auxquels j’ai eu affaire sur ce réseau. On m’a demandé de changer de nom de famille, on a demandé des comptes à mes parents… »
Crédit : Lise Lacombe pour Mosaïque.
D’une mère libanaise et d’un père iranien, la petite Naïri veut devenir avocate depuis l’âge de 8 ans. « Mon grand frère faisait beaucoup de bêtises et quand mes parents l’engueulaient, ça me faisait mal au cœur. Je trouvais ça injuste. Je prenais sa défense et ma mère hurlait :« T’es pas l’avocate de ton frère ! ». Issue d’une famille d’immigré.e.s, le métier d’avocat incarne la réussite selon elle : « Mes parents voulaient que je fasse ce travail. C’est un peu le fantasme de tous les immigrés. Que leurs enfants aient un meilleur niveau de vie qu’eux. Ils avaient un peu peur pour moi mais maintenant ça va. Par contre à chaque fois que je leur dis que je vais en taule, ma mère est en arrêt cardiaque (rires). »
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Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement.
Naïri Zadourian pour Mosaïque.
Très vite, celle qui grandit à Meudon-la-Forêt, Nanterre puis Saint-Denis se met également en tête de défendre ses ami.e.s : « La banlieue, je l’ai côtoyée et je la côtoie toujours. Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement. Un jour, j’ai vu l’un de mes potes se prendre une clé de bras par un mec de la BAC devant une boîte. Il était en train d’étrangler mon pote. Il disait : « Je desserre pas tant que tu te calmes pas ». Et mon pote disait :«Je me calme pas tant que tu desserres pas ». Du coup, on fait quoi ? Depuis ce jour-là, je me suis dit hors de question que je laisse faire. C’était l’un de mes déclics. »
C’est chose faite. Après l’affaire DA Uzi, elle a pu ouvrir son propre cabinet. Fait rare à seulement un an de barre : la jeune avocate croule sous les demandes et peut même se permettre de refuser des dossiers. Des journées effrénées qui ne surprennent pas sa meilleure amie. Adélaïde l’a toujours vu courir après le temps : « Même quand elle ne travaillait pas, elle était quand même surbookée. Elle a toujours été à 100 à l’heure. C’est quelqu’un d’hyper volontaire. »
Un succès mérité
Pour tenir le rythme, elle s’est offerte les services d’un collaborateur. Vincent Nativi a prêté serment la même année qu’elle : « On travaille ensemble principalement grâce à cette affaire DA Uzi qui lui en a apporté d’autres, c’est l’effet boule de neige. C’était impressionnant. On a la chance de pouvoir choisir nos missions et c’est formidable au stade de nos carrières. Au quotidien, Naïri est exigeante. On a la même vision de la profession, on ne se permet pas de faire le travail à moitié. »
Un succès qui sonne comme une justice pour celle qui confesse que le film « La revanche d’une blonde » a marqué sa vie. Elle considère sa situation comme un digne retour des choses, après de mauvaises expériences : « Il y a deux ans à l’école d’avocats, j’étais qualifiée pour un concours de plaidoirie pour représenter mon école à la finale et des filles ont été dire au directeur d’école que je harcelais des élèves. Sans preuve, sans rien, on m’a disqualifiée et on m’a menacée de poursuites disciplinaires et pénales. C’était l’une de mes anciennes meilleures amies. J’ai passé 6 mois sous antidépresseur tellement c’était injuste. Et me dire qu’un an après, on ne parle que de moi, j’espère que ça leur fait les pieds. »
Crédit : Lise Lacombe pour Mosaïque.
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Aujourd’hui encore, elle se sent « isolée » dans le milieu des avocats : « Heureusement qu’il y a les jeunes confrères qui me soutiennent. C’est un peu injuste de dire ça parce que quand je me suis faite harcelée, j’ai eu le soutien de toute la profession. Mais dans l’exercice quotidien, ce n’est pas pareil. » Un sentiment que partage celui qui travaille à ses côtés, Vincent Nativi : « Elle a une carrière qui est bien plus en avance qu’un avocat normal, donc il y a la peur de ne pas être considéré, d’apparaître comme le nouveau et de devoir montrer que tu es là et que tu mérites. »
Le syndrome de l’imposteur
Malgré la réussite, la jeune femme manque encore de confiance en elle : « J’aurai le syndrome de l’imposteur toute ma vie. Je pense que quand j’étais jeune dans ma famille, on m’a beaucoup rabaissée. Mes grands cousins, mes grands frères avaient toujours l’habitude de me dire que je ne valais rien, que je ne pouvais pas parler sans diplôme. J’ai presque eu le droit à la parole dans ma famille quand j’ai obtenu ma licence. Maintenant, je n’arrive pas à être fière de moi sans qu’on me donne une raison de l’être. »
Gênée devant notre caméra, l’avocate explique détester prendre la pose et ne jamais se trouver jolie sur les photos. Alors qu’elle parle pendant le shooting pour se détendre et détourner son attention de l’objectif, elle avoue sa « peur de la mort, de la vieillesse, de la solitude, de tout ce qui fait souffrir ». Toutens’inquiétant d’avoir bientôt 30 ans en juillet prochain. Mais Naïri a le charme de l’humour immortel et n’oublie jamais de nuancer ses craintes avec un goût insolent de la formule : « Je suis vieille mais intemporelle. »
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Rim’K, Dadju, Leto, Vegedream… La liste des collaborations de Béni Bass est longue. Ce producteur de Vitry-sur-Seine vibre pour le son depuis ses premiers pas et s’est professionnalisé à l’adolescence. Désormais devenu un compositeur aguerri de 26 ans, il se confie pour la première fois sur ses mauvaises expériences avec une industrie musicale pas toujours tendre. Entre naïveté et désillusions, il veut dénoncer et prévenir.
« À McDo, on ne voit jamais celui qui fait le sandwich, mais toujours celui qui te le vend. Pour les compositeurs en France, c’est pareil. C’est le mec qui est caché dans la cuisine. Celui dont on ne parle pas beaucoup, qu’on crédite seulement de temps en temps et dont on profite. Tous les compositeurs se mangent des carottes en début de carrière, on est très naïfs, mais on en parle pas. Aujourd’hui, je vis de ma musique et je pense avoir compris les ficelles de cette industrie qui abuse de son pouvoir. Il est grand temps de faire de la prévention.
Il faut que les beatmakers qui se lancent se protègent et se renseignent sur leurs droits. Même si au début, c’est souvent David contre Goliath. Je m’explique. En 2019 par exemple, j’ai envoyé une palette d’instrumentales à un artiste, une des têtes d’affiche du rap français. Sur mes dix prods, sept ont été retenues. On m’a ensuite demandé si j’avais un éditeur. Son équipe m’a expliqué que ça ne serait pas possible de bosser avec moi si j’étais édité parce qu’ils voulaient empocher mes droits d’édition. Pour qu’en cas de single d’or, ça soit le jackpot pour eux.
Qu’est-ce que l’édition ? Mosaïque vous explique!
Après la confection d’une œuvre musicale, pour pouvoir percevoir ses droits d’auteurs, il faut la déposer à la Sacem (La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). L’œuvre permet de percevoir deux types de droits : les droits d’auteur-compositeur (qu’on appelle les droits d’auteur) et les droits éditoriaux. Mais il est possible que l’auteur-compositeur puisse céder la totalité ou une partie de ces parts éditoriales à un éditeur. Cette société est en charge de promouvoir l’œuvre, de lui faire générer des revenus (diffusion en radio, en playlist, en faire faire une reprise par un interprète, la placer dans des films, des publicités, etc.).
Un contrat est dressé entre l’auteur-compositeur et l’éditeur et les revenus générés par l’œuvre sont donc repartis entre les deux (50 % minimum pour l’auteur-compositeur et la part de l’éditeur est variable selon le contrat et les exploitations). Les producteurs indépendants qui s’éditent par eux-mêmes, comme c’est le cas pour Béni Bass, gardent leurs droits éditoriaux. Et c’est cette partie que certaines maisons d’édition (appartenant à de grands groupes de l’industrie musicale) tentent de récupérer pour augmenter leur profit sur un single.
« Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur »
Ils tentent cette « manipulation » sur des mecs indépendants qui, comme moi, s’auto-éditent et peuvent choisir à contrecœur de renoncer à leurs droits en échange de placer des prods (tant bien que mal), parce que c’est un rappeur qui vend. À cette proposition, j’avais répondu non. Mais au début, je n’avais pas le choix que d’accepter pour pouvoir progresser et avancer. Et au bout d’un moment j’ai dit stop. Ils essayent de récupérer l’argent là où ils peuvent. C’est dur de tenir pour ceux qui ont leur propre structure. Parfois, même avec de la volonté, on est sans défense face à des abus de pouvoir.
C’est décourageant. Il m’est déjà arrivé plusieurs fois d’avoir été volé par des labels. J’envoyais quelques prods pour un rappeur, on m’expliquait que finalement ça ne convenait pas et je m’apercevais à la sortie du morceau que toute mon instru avait été reprise. Seuls quelques éléments sonores avaient été changés et un autre compositeur était crédité à ma place. Ça m’est arrivé sur deux titres, depuis certifiés single d’or. Mais quand tu vas te plaindre, c’est déjà trop tard. C’est le premier qui dépose à la Sacem qui gagne. Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur.
Le compositeur Béni Bass. Crédit : Samuel Nogues.
Compositeur Compositeur Compositeur
Le beatmaker est tellement peu pris au sérieux qu’on peut facilement se permettre de bafouer ses droits. Le beatmaker, quelles que soient ses capacités ou sa notoriété, n’est pas considéré à sa juste valeur. Surtout par ignorance. On enseigne peu le beatmaking. Il y a des conférences, des interventions, mais pas de vrai apprentissage.
Et d’ailleurs, ce terme : « beatmaker » en est même devenu réducteur. On pense tout de suite à un geek derrière sa machine, gros casque sur les oreilles, qui ne se sert que d’une souris et hop, il nous pond le hit de l’été. Alors que nous sommes des musiciens, des artistes-compositeurs à part entière qui jouent un rôle majeur dans la création d’une œuvre.
« À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous »
En France, il faut avoir placé des prods pour de grands noms pour être reconnu, ne serait-ce qu’un petit peu. Et malgré ça, c’est toujours une galère pour être crédité sur les pochettes de CD physique par exemple. Mais certains le font très bien et on progresse ! Je voyais récemment Guy2Bezbar dévoiler sa tracklist dans une animation vidéo où chaque compositeur était mentionné. C’est un beau move dont il faut s’inspirer.
Et je parle de la France, mais on voit bien la différence de considération avec l’étranger. Les compositeurs y sont plus mis en valeur, ils apparaissent même dans les clips et ils ne sont pas furtifs. À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous, documentez-vous, lisez. On ne peut pas toujours compter sur les autres. Et surtout, le monde est méchant. Mais on n’arrête jamais d’apprendre.»
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Le 10 janvier, Amin et Hugo ont publié sur YouTube une vidéo de réactions à « ERRR », la première mixtape du rappeur La Fève. Pendant l’écoute, leurs comparaisons de certaines instrumentales du projet à de la « plug music » ont scandalisé de nombreux fans et musicien.ne.s. Mais qu’en-t-il vraiment ? Mosaïque a mené l’enquête.
La vidéo a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. Lorsque Amin et Hugo, vidéastes, publient leur première écoute de la mixtape « ERRR » de La Fève sur YouTube, de nombreux fans de l’artiste se déchaînent contre le duo. En effet, leur avis très réservé sur le projet de ce rappeur, considéré comme l’un des plus prometteur.se.s de sa génération, acclamé par la critique, a été mal reçu. Joint par téléphone, Amin raconte : « Je m’y attendais un peu. C’est une nouvelle génération alors on la critique très peu parce qu’elle bouscule les codes. Mais c’est pas pour ça que c’est de la bonne musique et qu’on est obligé de kiffer. On a été honnêtes, on a jamais clashé personne. »
Aucune hâte ils ont totalement le droit de pas aimer la sensibilité musicale la subjectivité tous ça tous ça mais sa me fume les termes utiliser et le fait de tjr associer ça a de la plugg 🤣
Et pour cause, durant la vidéo, les deux auditeurs comparent régulièrement la proposition de La Fève à de la plug, un courant musical né aux États-Unis pendant la première moitié des années 2010 sous l’impulsion du groupe BeatPluggz. Parmi ses membres, des producteurs comme A$att, BeatPluggTwo, Corey Lingo, Polo Boy Shawty, StoopidXoolUn et surtout MexikoDro.
Des réactions à chaud et des auditeur.rice.s en colère
À l’origine, la plug se caractérise par une musique planante et lumineuse avec des basses courtes et sourdes. Ce rapprochement leur a été vivement reproché, notamment par le rappeur lui-même qui n’a pas caché sa surprise dans une story Instagram.
Amin s’en explique : « Il faut d’abord savoir qu’on est pas du tout des spécialistes. Avec Hugo, on a découvert la plug très récemment, avec Serane par exemple. Et oui, il y a des éléments qui m’ont fait penser à ça en écoutant La Fève. C’était notre impression à chaud. Surtout quand il rappe à fond et qu’on a l’impression qu’il s’en fout de l’instru. J’ai l’impression qu’il y a la prod, les flows et qu’on mélange. Et d’ailleurs, c’est un choix artistique qui se respecte. »
Beaucoup d’auditeur.rice.s de La Fève, comme de plug, ont été pris de court. C’est le cas de Louis, connu aussi sous le nom de Sely La Prise sur les réseaux sociaux et auteur de la mixtape « Connecté ». Il explique avoir été très étonné par la vidéo : « On peut sûrement trouver quelques similitudes avec des instrus plug dans ce que choisit La Fève, certaines influences, quelques éléments sonores, mais c’est tout. »
Et si le rappeur fait usage de quelques « placements spéciaux qui peuvent sembler un peu hors beat, c’est n’est pas pour ça que c’est de la plug. La musique reste trap », confirme ce jeune rennais en faisant référence au DMV. Un flow avec un débit de parole élevé, un ton monotone et une impression que les phases se superposent sans que le rappeur ne fasse de pauses (une technique nommée « Overlap », NLDR).
La Fève :plug ou pas plug ?
Si le compositeur Kosei n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations sur le sujet, d’autres producteurs proches de l’artiste ont accepté de prendre la parole. C’est le cas de 3G & Bricksy, auteurs de l’instrumentale du morceau Castro, en featuring avec Souley. Ce duo de musicien bordelais, producteur de plug, déplore des imprécisions.« Ce terme est devenu un fourre-tout pour qualifier la nouvelle génération ! », fustige Bricksy, « C’est un style très précis et on ne peut pas réduire ça à des éléments rythmiques. C’est un son qui ne se discute pas. »
Graphisme : Mathilde Barbe pour Mosaïque.
Un vision que partage son compère, 3G : « La Fève a peu de point commun avec ce style. Dans la plug, on retrouve des synthés très wavy, des sonorités très 80’s, assez douces, flottantes, jazzy… La rythmique est toujours très épurée, saccadée, avec des 808 plus clairs (une basse, NDLR), plus light que dans la trap. On commence même à en trouver partout, y compris dans le mainstream. Et c’est pareil pour le mix qui est bien spécial : on met un effet sur le beat pour mettre la basse en avant quand elle est frappe. »
« Peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug »
Pendant la vidéo, Amin et Hugo se fendent aussi d’un trait d’humour à la fin de l’écoute du titre Soulé, qualifiant la prod réalisée par Tempo Once Again & DoomX de « zumba plug ». Un terme qui a agacé certains comme le compositeur Freakey, auteur de trois titres sur le projet (Zombie, Voituresportive et Crenshaw), qui les a mentionné à plusieurs reprises sur Twitter pour tourner leur remarque en ridicule. « Ils disent ce qu’ils veulent, mais c’est n’importe quoi. La Fève est dans la mélodie, dans le kickage. On ne peut pas le ranger quelque part aussi facilement. Il est très versatile », confie-t-il à Mosaïque depuis le Canada.
Amin, lui, juge que sa phrase a été mal interprétée : « Je voulais dire que c’était dansant, pas que c’était de la merde. » Et si un certain manque de tact leur a été reproché à cette occasion, pas question pour le duo de changer de formule : « On ne va pas commencer à faire attention à ce qu’on dit. On ne veut surtout pas devenir des chroniqueurs. Beaucoup se retrouvent dans nos vidéos parce qu’on écoute du son comme tout le monde. On est sans filtres quand il faut donner un avis. »
Alors oui, « peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug », concède-t-il, « et ça serait vraiment culotté de notre part de ne pas accepter la critique de ceux qu’on a nous-même critiqué ». Le vidéaste se félicitant d’avoir au moins eu le mérite d’ouvrir le débat.
Ce mardi 11 janvier 2022, le média Booska-P a publié sa liste des onze rappeurs à suivre en 2022. Fait notable : aucune femme ne figure dans cette sélection. Mosaïque a donc choisi pour vous onze rappeuses à suivre cette année. Nota bene : ceci n’est pas un classement.
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Une voix froide et métallique doublée d’un sens aiguisé du kickage. Zinée s’est affirmée en 2021 en délivrant sa première mixtape « Cobalt ». Avec des punchlines sans filtre, la MC de la 75e Session dresse un univers mélancolique où la technique à toute sa place. En témoignent les morceaux Zinée Club, Agrafe ou Matière grise. La rappeuse profite aussi de ce deuxième projet pour s’ouvrir à de premières collaborations et ainsi à d’autres styles. Le featuring avec sean WGA la montre tout en maîtrise sur un titre plus dansant. Une chose est sûre, 2022 sera mouvementé pour l’interprète qui va continuer de perfectionner sa musique.
Affamée. Il s’agit sûrement du qualificatif le plus adapté pour décrire le run de Vicky R en cette fin d’année 2021. En l’espace de six mois, la rappeuse originaire du Gabon est sortie de l’ombre. Si elle avait déjà fait une apparition dans « La Relève » de Deezer en 2019, la jeune femme ne s’est pas arrêtée en chemin. En juin dernier, celle qui est aussi connue comme beatmakeuse libère un premier EP solo : « RHC ». Une carte de visite de trois titres qui montre une artiste pleine d’énergie qui ne tremble pas lorsqu’il faut manier l’egotrip. Elle signe aussi une fin d’année en fanfare avec la sortie du titre AHOO, en featuring avec les rappeuses DAVINHOR, Le Juiice, Chilla et Bianca Costa. Single à succès auréolé de plus de trois millions de vues sur YouTube. Son second projet est d’ores et déjà en route.
3 – Le Juiice
Crédit : Déborah Néris.
Après avoir sorti deux projets en 2020, Le Juiice s’est montrée plus discrète mais ne ralentit pas. La rappeuse a alterné entre des featurings avec Nofoutaise ou 26keuss, et des titres solo avec Dieu soit loué et Jusqu’à la mort. Celle qui se fait surnommer la « Trap mama » s’est aussi distinguée sur le single AHOO avec un couplet cinglant. Il rappelle sa maîtrise des flows rapides et saccadés. Symptomatique de la confiance qu’elle dégage, l’artiste a déjà livré un nouveau titre en ce début d’année intitulé Iconique. À peine arrivée en 2022, elle clame : « Le Juiice c’est la best, ouais Le Juiice est iconique ». Alors place à la suite.
4 –Babysolo33
Crédit : Joanna Doukov.
Babysolo33 se considère avant tout comme« une artiste qui écrit des histoires et des ambiances ». En 2021, elle a continué de peindre un décor original et intimiste, aux allures de teen movie des années 2000. Inspirée par l’esthétique vocale de Hamza et PNL, cette jeune bordelaise de 25 ans utilise sans modération l’auto-tune. Dans ses morceaux, Giula de son vrai nom, chante ses peines de cœur et ses états d’âmes. Sans trop de pudeur, elle n’hésite pas à fredonner : « J’ai des traumatismes » et se montre telle qu’elle est dans son dernier single Balayette. L’artiste signée sur le label de Jeune à Jamais prépare un second projet, prévu pour 2022. Il fera suite à « Solo2019 », un EP de six titres sorti en 2019.
Après le très bon accueil réservé à sa première mixtape « Jour avant caviar », Meryl se fait attendre depuis deux ans. Si l’artiste ne s’est pas beaucoup fait entendre cette année, elle s’est montrée très productive sous sa casquette de toplineuse. Elle a d’ailleurs offert des mélodies efficaces à SCH (Euro, Grand bain), Eddy de Pretto (nu), Soso Maness (Madame Maness) ou encore à KANIS (Fallait). Mais c’est bien sous le costume d’interprète que le public souhaite maintenant la retrouver. Et pour cause, elle avait déjà prouvé sa polyvalence, capable de rapper sur tout type de prod, quoique particulièrement brillante sur des ambiances club aux sonorités antillaises (Désolé, Billets). Retrouvera-t-on Meryl en 2022 ? Tout porte à penser que oui. Si elle avait déjà convaincu, la jeune rappeuse doit désormais passer un cap et continuer d’asseoir son assurance à la grande table des rappeuses françaises.
6 – KANIS
Crédit : Conie Suarez Bravo.
Après s’être installée dans le paysage en mars 2021 en participant au morceau Shoot qui réunit plusieurs artistes féminines de la scène rap française, KANIS sort le projet « Réflexion » quelques mois plus tard, le 27 août 2021. Un sept titres qui s’écoute sans difficulté. La musique joviale de l’Haïtienne a l’avantage de nous attraper rapidement dans ses filets dansants. Celle qui a retourné son prénom, pour ne pas être confondue avec son homologue masculin Niska, délivre son énergie caribéenne dans un projet aux couleurs vives. La rappeuse rejoint la ligne de Shay en s’affirmant farouchement indépendante des hommes sur Bye Bye et se démarque par des phases kickées comme sur le morceau Tic Toc. La chanteuse s’impose comme une artiste polyvalente de la scène des rappeuses émergentes qu’il faudra suivre en 2022.
7 –Moona
Crédit : DR.
La rappeuse Moona, originaire d’Athis-Mons dans le 91, est en pleine ascension depuis quelques mois. Après avoir envoyé un banger avec le titre Ryuk début 2021, Moona n’a pas faibli en sortant les titres Validé, GT et People. L’artiste a déjà un album à son actif, « Hasta la vie », sorti en 2019, sur lequel figure deux featurings avec Bolemvn et Kpoint. Elle clôture une belle année 2021 en tant que personnage principal de la série France TV Slah « Diana Boss ». Elle incarne dans ce programme de cinq épisodes Malika, une jeune femme de 22 ans. Avocate le jour et rappeuse la nuit, elle affronte le jugement des hommes.
Début décembre, la rappeuse confiait au magazine Télérama: «C’est toujours la parole des hommes, la politique des hommes. On ne nous tolère que si on fait des chansons d’amour !On ne veut pas nous faire de place, alors on monte les rappeuses les unes contre les autres. Il faut être Diam’s ou rien. J’ai commencé par croire que je devais me battre pour le trône. Mais c’est faux. On peut toutes prendre une chaise !De toute façon, je ne suis pas en concurrence avec les femmes, mais avec les hommes : c’est eux que je vais plier. » Celle qui a refusé le rôle principal du film « Divines » est prête pour briller en 2022 et prépare actuellement son prochain album.
8 –Davinhor
Crédit : Capitol Records.
«Quoi ? (Quoi ?) Ils veulent me donner de la force, ils sont impuissants (viagra) », kicke Davinhor sur le morceau AHOO en featuring avec les rappeuses Chilla, Vicky R, Bianca Costa et Le Juiice. Mise en lumière par son morceau J’suis quelqu’un en 2019, elle se distingue par son franc-parler, affiché notamment dans le documentaire « Reines » de Canal+. En 2021, elle a participé à la BO de la deuxième saison de la série « Validé » sur le titre Façonne en featuring avec KeBlack. Elle s’est également montrée plus mélodieuse aux côtés de Naza sur J’suis piqué après avoir sorti deux bangers : Pas de sentiments et Sugar Daddy. 2022 sera peut-être l’heure du premier projet pour l’artiste originaire du 93.
9 –Nayra
Crédit : Charlotte Steppé.
« 2022, début des hostilités », c’est ainsi que Nayra annonce en ce début d’année qu’il faudra compter sur elle dans les mois à venir. Repérée dès 2015 avec un remix de Lacrim J’suis qu’une thug et plusieurs freestyles publiés sur sa chaîne YouTube, l’artiste originaire de Saint-Denis (93) fait son retour. Celle qui se définit comme une «chanteuse de rap » a dévoilé dès le 7 janvier dernier un titre qui marque le premier chapitre du début de sa Saga. Avec un flow kické, une assurance sans faille et quelques bribes de langue arabe, le morceau laisse entendre tout le potentiel de la jeune femme. Un clip accompagne la sortie du titre dans lequel Ayat, de son vrai prénom, brandit un drapeau à son nom, prête à prendre l’assaut du rap en 2022.
10 – Sally
Crédit : DR.
C’est à sa voix si particulière que l’on reconnaît Sally. Une voix joliment cassée et lancinante que repère le rappeur Lord Esperanza. En 2019, il invite la rappeuse à son « Planète Rap ». C’est là qu’elle se fait remarquer. Quelques mois plus tard, elle sort son premier EP nommé « Pyaar » qui signifie « amour » en langue hindi. Et alors qu’elle assure les premières parties de la tournée d’Angèle lors de son Brol Tour, elle révèle en 2020 être atteinte de bipolarité. Elle le raconte dans un morceau intitulé Tout roule, sorti en septembre de la même année. Le titre est accompagné d’un clip à l’esthétique remarquable. En 2021, l’artiste a affiché sa volonté de réunir des artistes féminines en invitant Joanna, KANIS, Alicia., Chilla et Vicky R sur le morceau SHOOT. Le premier titre d’un projet toujours en préparation et qui pourrait voir le jour en 2022.
11 –Andy S
Crédit : Drixilan Experience.
Figure émergente du rap ivoirien, Andy S a grandi à Abidjan et a sorti sa première mixtape à 24 ans en 2021. Son dernier projet est intitulé « Exousia », un mot grec ancien utilisé dans la bible et qui signifie : « Le pouvoir de choisir, liberté de faire ce qui plaît. » Une définition qui colle à la peau de son rap libre et insolent. Dans ses textes comme dans la vie, elle milite pour donner plus de place aux rappeuses. Elle se présente d’ailleurs avec une touche d’egotrip dès l’intro de son projet comme « l’avenir de la Côte d’Ivoire, mais le public est en retard ».
Sur sa première mixtape, elle invite plusieurs artistes dont la rappeuse française Vicky R sur le morceau Rap décalé. Tout au long des neuf titres, l’artiste dévoile toutes ses qualités de kickeuse sur des instrus trap. Mais aussi sur des rythmes drill à l’image du titre éponyme Exousia en featuring avec l’artiste ghanéen Reggie. Ambitieuse et déterminée, Andy S n’hésite pas à le clamer haut et fort :« Le meilleur rappeur de Côte d’Ivoire est une rappeuse ».
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This article is also available in english. Scroll down to the bottom of the page for the translation of this interview.
Version française / French version
La veille de notre entretien, le rappeur britannique INFAMOUSIZAK apprend que son show au bar-concert The social, prévu le 16 février 2021 à Londres, est déjà sold out. Ce lieu festif de la capitale anglaise a accueilli par le passé des têtes d’affiche de son pays : Adèle, Bon Iver ou encore Lily Allen. Un grand nom de la musique au Royaume-Uni, c’est ce qu’espère devenir le jeune artiste. Mosaïque s’est entretenu avec cette voix prometteuse de la scène rap alternatif aux sonorités cloud. Derrière sa webcam, il affiche une satisfaction contagieuse, avant de s’épancher sur sa carrière, son dernier EP « Fracture » et la façon dont il aborde son art.
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Originaire du sud de Londres, INFAMOUSIZAK dévoile son premier opus « Deep the Night » au cours de l’année 2019. Deux ans plus tard, l’artiste fait le bilan : « Depuis mon premier album, ça se passe bien pour moi, même s’il y a toujours des hauts et des bas. » Si les hauts font son actualité, des doutes sont toujours ancrés en lui depuis le début de son aventure musicale. D’abord parce qu’il ne s’imaginait pas faire carrière dans la musique. Étudiant en sciences du sport à l’Université de Worcester, il se souvient de son anxiété face à ses camarades de classe qui semblaient savoir où aller et quoi faire de leur vie.
INFAMOUSIZAK, lui, se rêvait en basketteur professionnel. Mais les chances d’arriver au bout étaient minces, ce qu’il a vite compris : « Réussir dans le basket paraissait compliqué. Un certain nombre de choses devait s’aligner pour y arriver. Alors que la musique, c’est différent : je savais qu’en travaillant dur, ça pourrait le faire pour moi. »
INFAMOUSIZAK et sa patte « Do It Yourself »
Dans cette période de doute, la musique lui est apparue comme une évidence. Sans peur de l’échec. Se tromper puis se relever à chaque fois pour accomplir ses objectifs, c’est la devise du rappeur qui voit dans cette mentalité un moyen de « transformer ses actes en quelque chose de positif » et de « contrôler ta réalité où que tu sois ».Cette notion de contrôle est prépondérante dans son œuvre et sa production. INFAMOUSIZAK est un artiste complet : production, mixage, mastering… Aucune étape de la réalisation d’un morceau ne lui échappe.
Crédit : Harry McCulloch.
Autodidacte et convaincu que l’on est « jamais mieux servi que par soi-même », il décrit sa musique comme « honnête et DIY » (Do it yourself, NDLR). Naturellement, son entourage s’est garni de personnalités avec la même énergie. Tyrell 169, producteur pour Dave et Headie One, fait parti de ceux qui ont aidé le jeune britannique à se développer. Le rappeur le décrit comme un proche avec qui la connexion s’est faite naturellement. Le fruit de sa progression se remarque d’ailleurs dans son dernier EP « Fracture », mis en ligne en novembre dernier.
INFAMOUSIZAK : « Les contes de fée font partie du passé »
Obsédé par le thème de l’amour, INFAMOUSIZAK s’épanche dans ce projet sur les différentes étapes d’une relation amoureuse. Un champ de sentiments allant de la passion à la crainte, en passant par la peur ou l’obsession. Mais pas question de dépeindre l’amour à la manière d’un scénario Walt Disney :« Les contes de fée font partie du passé. L’amour moderne laisse plus de place à l’égoïsme, l’amour égoïste. Il s’exprime sur une courte durée. »
J’aime être le plus honnête possible dans ma musique.
INFAMOUSIZAK pour Mosaïque
Au fur et à mesure, Izak, de son surnom, s’engouffre dans les tourments de la relation. La lune de miel (Used to it), la dépendance affective (Run me down), puis la légèreté qui le mène au détachement égoïste (Good Ones). Dans ce titre, INFAMOUSIZAK écrit : « I keep my heart covered in kevlar » (« Mon cœur est recouvert de Kevlar », NDLR). Ses expériences passées l’ont amené à prendre du recul sur ses émotions. Un ressenti qu’il exprime à travers sa musique où la transmission des messages se fait, selon lui, plus simplement. Cette démarche s’inscrit dans une conception plus globale de son art : « J’aime être le plus honnête possible dans ma musique. Cela te rend plus fort quand tu peux faire ça car les gens peuvent s’identifier à toi. »
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Crédit : Harry McCulloch.
Lorsqu’il évoque son avenir, Izak confie vouloir explorer d’autres thèmes intimes et rester dans cette lignée introspective, soulignant qu’il « fait de la musique spécifiquement pour cette raison ». Sans cacher son souhait de réaliser aussi des morceaux « légers et funs ». Depuis la sortie de l’EP « Fracture », il est resté très productif pourproposer un projet d’envergure à la fin de l’année. En parallèle, plusieurs collaborations sont dans les tuyaux et devraient voir le jour prochainement. Après avoir déjà collaboré avec des artistes émergents comme Santino Le Saint ou Poté, il rêve maintenant de featurings avec des références de la scène britannique. « Bosser avec Skepta ou Jorja Smith, ça serait ouf », conclut-il.
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English Version / Version anglaise
The day before our interview, British artist Infamousizak had just learned that his show at “The Social” club, scheduled on the 16th February, was sold out. This welcoming place of London nightlife has seen tremendous artists display their talent on stage, such as Adele, Bon Iver, and none other than Lily Allen. Izak hopes to become a leading name in the UK musical scene. Mosaïque was pleased to talk with this promising voice of alternative rap. Behind the camera, he is clearly satisfied when talking about his career, his last project “Fracture”, and the way he approaches his art.
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Raised in the South of London, Infamousizak shares his very first album “Deep the Night” in 2019. After two years, time has come to take a backward first glance: “My journey has been good man, it has been like a lot of learning, lots of ups and downs.” Some positive energies are paving the way he walks right now. However, the bad moments remain in the shadows, as doubts appeared to be the turning point for the beginning of his career. Izak used to be a sport science student at Worcester University. He felt anxious at the sight of his comrades, whose life objectives and destiny seemed to be laid out. It had not always been the case for the native Londoner.
Back in the days, Izak dreamed about becoming a professional baller. Unfortunately, the rules of the game are harsh : many contenders, few winners. This is something he understood quickly : “Well, there was no plan for this. It could potentially happen, but there were a certain number of things that had to go right to make it. With music, I knew that hard-work and focus would help me figure something out.”
« DIY » Music
Music becomes a necessity for him in this difficult period. Izak is not afraid of failure. His motto still stands : try, fail, rise, progress. The more you make mistakes, the closer you get to your objectives. The young artist sees in that mentality a way to “transform it into something good”, which allows to “control your reality anywhere you are”. This notion of control is key to his entire art and production. Izak is a genuine artist : producing, mixing, mastering… There is not a single part of the production process that slips out of his grasp.
Image Credits: Harry McCulloch.
He describes his music as “honest and DIY (Do it yourself)”. His close friends are inspired by the same energy. Tyrell 169, also a producer of Dave and Headie One, is one of those who helped him in the development of his art. Izak explains that the connection was smooth between both of them. Talking about progression, Izak reaps the rewards of his endeavours with the success of his last EP “Fracture”, which was released in November 2021.
INFAMOUSIZAK: “Fairytales are a thing of the past”
Infamousizak jumps on this occasion to talk a bit more about the theme of love. Throughout the whole project, he explores the different steps of the relationship: a wide range of feelings, from passion and obsession to fear and fright. “My experience, and the modern day experience, leads me to consider fairy tales as a thing of the past. Modern love is aimed towards selfishness, selfish love. Most are short-time.” He disagrees with the idealistic love depicted in most of Walt Disney’s motion pictures.
I like to be as honest as possible in my music.
INFAMOUSIZAK to Mosaïque
Izak dives into the pangs of the relationship as the tracklist shuffles the four songs of the project. It opens on the honeymoon (Used to it), switching to the suffocating experience of emotional dependency (Run me down), before dealing with the necessity of keeping some free space, leading to self-centered detachment (Good ones). In the latter, Infamousizak says:“I keep my heart covered in kevlar”. His recent experiences led him to take a step back in the way he deals with his emotions.
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Image Credits: Harry McCulloch.
Izak wants to keep exploring personal themes and stick to his introspective vibe. However, he does not hide his desire to make “funny songs” where the young rapper is not trying to “deliver crazy messages”. Ever since “Fracture” was spread out on the waves, he remained productive and focused, in order to deliver a bigger project by the end of the year. Besides, some collabs are underway, set to be released in the coming months. Izak has already featured with some rising prospects of the British game (Sainto Le Saint, Poté). Now, he dreams of performing alongside references of the United Kingdom. “I want to work with Skepta, it would be sick. I would work with Jorja Smith too, and a lot of others, you know“, says the black-and-white plaited young artist.
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Alors que le rap ne cesse de raconter des histoires, journalistes, passionné.e.s, vidéastes, écrivain.e.s, leur donnent une seconde vie à travers d’autres formats. Ces articles, documentaires et podcasts permettent de donner de nouvelles perspectives à cette culture. Mosaïque livre sa sélection des contenus rap de l’année.
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L’histoire tragique de Nathalie Sorlin, l’enquête de l’Abcdr du Son
En 2010, la journaliste Nathalie Sorlin s’entretient avec le groupe de la Sexion d’Assaut pour le magazine International Hip-Hop. S’ensuit l’une des plus grandes polémiques de l’histoire du rap français, en raison des propos homophobes tenus par Lefa et retranscrits par la journaliste. Plus de dix ans après, Manue et zo., journaliste pour l’Abcdr du Son, ont mené l’enquête sur cette affaire. Ils mettent en lumière l’impact relativement méconnu et tragique de cette controverse sur la carrière de Nathalie Sorlin. Dix-huit mois de recherches ont abouti à ce dossier intitulé « Page 26 : tournant de carrières ». L’enquête a été publiée en sept chapitres, répartis en trois dossiers.
L’article croise des archives et divers témoignages de journalistes ainsi que d’acteur.rice.s de l’industrie musicale de l’époque. Le plus notable de tous étant celui de Barack Adama, membre de la Sexion d’Assaut, que Nathalie Sorlin avait poursuivi en justice. Ce travail exhaustif offre également une idée des rouages et des travers de l’industrie musicale. Elle dévoile une relation ambiguë avec la presse spécialisée et des pressions qui menacent la liberté de la presse. À l’ère des médias rap Twitter qui ont remplacé les magazines hip-hop des années 2000, cette minutieuse enquête rappelle la nécessité de défendre et maintenir la déontologie journalistique.
– Lukas Taylor
« Ne montre jamais ça à personne », le documentaire de Clément Cotentin
En 2000, Clément Cotentin décide de prendre sa caméra et de filmer son frère, Aurélien, qui débute dans la musique. Vingt ans plus tard, plus de 3 000 heures de rushs sont accumulées. Six épisodes qui retracent la carrière d’Orelsan, l’un des artistes les plus accompli.e.s du rap français, voient alors le jour. Clément s’amuse à suivre son grand frère et ses potes (Skread, Gringe et Ablaye, entre autres). Ce dernier étant persuadé qu’ils sont « destinés à faire de grandes choses ».
Ce documentaire artisanal et intimiste permet d’assister à l’ascension de l’artiste caennais. Il retrace les débuts compliqués où Orelsan s’improvise gardien de nuit dans un hôtel. Mais aussi la naissance des Casseurs Flowters ou encore la polémique autour du morceau Sale Pute en 2010. Une série qui confirme l’identité d’Orelsan. Un artiste authentique issu d’une famille de classe moyenne installée à Caen, animé avant tout par sa passion pour le rap.
« Du béton aux nuages », la série de podcasts de Raphaël Da Cruz
C’est le bitume avec une plume. Raconter l’histoire du rap français sur la radio Mouv’, c’est le projet faramineux que s’est lancé Raphaël Da Cruz, également journaliste pour Booska-P et l’Abcdr du son. « Du béton aux nuages : la saga du rap français » est un podcast en onze épisodes. Il retrace le parcours du genre musical, de ses débuts dans les années 1980 jusqu’à sa consécration actuelle. Entre archives rarissimes et anecdotes croustillantes, le journaliste donne la parole à des figures éminentes du mouvement comme Oxmo Puccino, Fabe ou les membres de IAM.
Narrée par l’animateur radio Pascal Cefran, la série nous offre un voyage temporel enivrant dans l’aventure du rap français. Raphaël Da Cruz confiait à Mosaïque qu’il souhaitait que ce projet s’adresse à tout le monde : « Que ce soit les auditeurs plus âgés à qui ça va rappeler des souvenirs ou les plus jeunes qui aiment cette musique et qui veulent découvrir le pourquoi du comment. » Les trois premiers épisodes, de plus d’une heure chacun, sont déjà disponibles sur les plateformes de streaming tandis que les suivants devraient arriver dans les prochaines semaines.
« Kin, tout est vie », le documentaire de Robin Conrad
Le 5 février 2021, Damso et la chaîne du média belge Tarmac dévoilent le documentaire « Kin, tout est vie ». Pendant près de 27 minutes, le film revient sur son voyage à Kinshasa, au milieu des siens, lors de son déplacement pour la sortie de « QALF ». Caméra au poing, Robin Conrad et son équipe l’ont suivi pendant une semaine, plongés dans la frénésie de la capitale congolaise. Le réalisateur a accordé un entretien inédit à Mosaïque, le seul à un média français, pour dévoiler les coulisses du tournage. « Il voulait célébrer Kinshasa et casser avec le traitement médiatique misérabiliste qui est souvent fait sur son pays en Europe. J’ai donc souhaité dessiner un double portrait de la ville et de l’artiste, en montrant la capitale comme un véritable personnage », explique celui à qui le rappeur a laissé « carte blanche ».
Lors de l’expédition, le rappeur revient notamment dans son quartier d’origine. Alors âgé de cinq ans, c’est ici que Damso a fui avec sa famille les pillages de la guerre civile au Congo. Pendant dix minutes, il cherche sa maison sans succès. Robin Conrad nous raconte : « Il était très ému et perdu dans ses souvenirs d’enfant. Il a poussé une porte, mais ce n’était pas la bonne maison, même si la personne qui a ouvert semblait le connaître depuis très longtemps. C’était une belle métaphore de la quête de ses racines et de la perte de la culture. » Le documentaire compte désormais presque 500 000 vues sur YouTube, devenant une fidèle porte d’entrée dans l’univers de l’artiste bruxellois.
Derrière les machines se cachent des technicien.n.e.s du son et des penseur.se.s musicaux. En composant des instrumentales sur-mesure, il.elle.s subliment le talent artistique des rappeurs. Certains ont d’ailleurs été particulièrement remarquables en 2021. Mosaïque livre sa sélection des compositeurs de l’année.
Avant de vous plonger dans la sélection de la rédaction des compositeurs de l’année 2021, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !
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L’homme derrière le boom de l’année se nomme Kosei. Co-signant la tape « KOLAF » avec La Fève en 2020, il a su s’entourer de la crème des new-comers (Khali, MadeInParis, Realo ou Tejdeen) pour imposer sa patte trap psychédélique et être un nom de l’underground du rap français. Son style teinté de bounce et de claviers divers n’est pas sans rappeler l’univers des beatmakers trap du milieu des années 2010 à la Métro, TM88, Ikaz Boi ou Myth Syzer.
Après avoir conquis la nouvelle scène, il s’est tourné vers des MC plus confirmé.e.s du jeu. Lala &ce, Slimka, Dimeh et Guy2Bezbar. La « ERRR » tape ne s’est pas non plus privée de ses services. Certes, le jeune producteur n’est plus en cosign, mais il a pu livrer trois tracks à La Fève dont le percutant LONERRR. Si son style signature est une trap planante, Kosei a prouvé qu’il ne se limite pas à des bangers de soirée rap. Dans Bonbon (Khali), VOITURE SPORTIVE ou RAT INTERLUDE (La Fève), le compositeur propose même parfois des mélodies aux accents « Kanyesques ». Kosei attendait 2021, 2022 attend désormais Kosei et pourrait le placer haut dans la hiérarchie des meilleurs producteurs français.
– Max Thomas
Skread, l’architecte de« Civilisation »
Comment ne pas associer le succès de « Civilisation » au compositeur Skread ? Si Phazz a grandement participé à la production de l’album, il demeure le chef d’orchestre de cet opus devenu le plus vendu en France en 2021, toute musique confondue. Une performance commerciale encore jamais vue dans le rap français à l’ère du streaming. Cerise sur le gâteau, le documentaire « Ne montre jamais ça à personne », qui a accompagné la sortie, a également levé le voile sur l’importance de son rôle auprès d’Orelsan. Véritable tête pensante, directeur artistique pragmatique et conseiller précieux. Une reconnaissance nouvelle pour lui qui a vu ses abonné.e.s sur Instagram grimper de 30.000 à 110.000 abonnés après la sortie de la série de six épisodes diffusée sur Amazon Prime.
Crédit : DR.
Sur le disque, Skread livre des productions modernes en jouant avec les codes de l’électro, de la drill, mais aussi du disco. Un savant mélange qui prend forme sur les titres Ensemble ou L’odeur de l’essence dont les basses grésillantes ont secoué le mois de novembre. 2022 ne sera pas moins mouvementé pour le Normand aux manettes de la tournée hors-norme d’Orelsan. Elle s’achèvera en mars prochain avec cinq dates successives à l’Accor Arena. Pharaonique.
L’année 2021 sonne comme celle de la confirmation pour Guapo du Soleil. Sa polyvalence lui a permis de toucher plusieurs générations et de placer pour des artistes confirmé.e.s et émergent.e.s. À l’arrivée, les certifications sont de plus en plus sérieuses. En témoigne ses disques de platine et de diamant décrochés avec Aya Nakamura et Gambi. Ce jeune homme du Val-de-Marne est capable de composer des bangers avec des productions légères aux ambiances club qui oscillent entre respect des conventions et innovation.
Cette double tendance créative se manifeste dans des prods aux rythmiques chaudes et acoustiques formatées pour le top 50, mais aussi dans des textures plus glaciales et synthétiques rappelant les plus belles heures de la 808 Mafia. Des 808 compressées de Pyrex Whippa aux rimshot dansants (une technique de batterie) de DJ Khaled, Guapo du Soleil séduit et semble ne pas cliver. Proche de la scène émergente et du studio Avlanche, il a également composé pour les projets de Chanceko, DMS et Sonbest avec qui il s’élève depuis des années.
Artiste à fleur de peau et magicien des 808, Dioscures a notamment eu l’occasion de collaborer cette année avec Squidji sur le très bon morceau Chanel Bag ou encore sur HELP !!! de Laylow. 2021 est pour Dioscures l’année de l’envol en solitaire, privilégiant désormais sa carrière solo aux collaborations en tant que beatmaker sur des albums ici et là. Sa singularité dans le paysage du beatmaking français et le succès de « Trinity » ont inscrit son nom au palmarès des beatmakers les plus talentueux du pays, lui offrant une voie royale vers un succès mérité.
– Cyprien Joly
Prinzly, toujours aux manettes
Toujours aussi engagé auprès de la scène belge, Prinzly continue de tracer sa route. Embarqué dans l’aventure « QALF » depuis plusieurs années, il lui fallait d’abord finir le travail auprès de Damso. Auteur sur la majorité des morceaux du double album, il signe neuf titres sur la partie « Infinity ». Des mois enfermés dans un studio avec le rappeur qui ne l’ont pas empêché de briller sur d’autres projets. Hamza ne pouvait se passer de lui pour développer de la drill sur les quatorze titres de « 140 BPM 2 ». Résultat, Prinzly place sur quatre sons, toujours en compagnie de son compère Ponko, et notamment sur la percutante introduction PTSD. Hamza que le compositeur accompagne souvent sur ses featurings, autant sur WINDOW SHOPPER PART. 1 avec Laylow, que sur Gossebumps avec Larry.
Pour lui, c’est aussi l’année des nouveaux défis. Avec Ponko (encore), Paco Del Rosso, Saint DX, Dioscures, Ikaz Boi, Sofiane Pamart et Benjay, il entoure le jeune Squidji sur la production de son premier album « Ocytocine ». Cet escadron de musiciens chevronnés tire sur l’artiste une couverture pop mélancolique, taillée sur-mesure pour sa proposition qu’il revendique comme du « RnB noir ». Au mois d’avril dernier, nous nous étions rendus à la première écoute du projet à Paris. L’interprète nous avait accordé une interview exclusive et confié quelques mots à propos de Prinzly : « Depuis qu’il(s) m’accompagne(nt), j’ai pris en maturité. Il(s) me donnent beaucoup de conseils. Prinzly, je le vois vraiment comme un grand reuf. » À la sortie, l’opus est remarqué et score 1.129 équivalent ventes dès la première semaine. De la réussite main dans la main, artiste et producteur sur un même pied d’égalité.
2020 avait été plus calme pour Loubensky, mais le multi-instrumentiste est de retour aux affaires. Et comment ne pas mieux démarrer l’année qu’avec un placement sur le banger Réel d’Hamza, en featuring avec Zed, hit de « 140 BPM 2 ». Puis, après un passage chez Eddy de Pretto et Gims, il s’immisce dans le projet de Vladimir Cauchemar « Brrr EP ». ll signe ainsi avec le producteur une instrumentale en duo signée Encore.
Mais la fête ne fait que commencer pour Clément Loubens. Il croise ensuite pour la première fois la route de Slimka et de Loveni. Il livre alors Intro TV et Cassim Sall pour le premier, MTV pour le deuxième. Et alors que l’été montre le bout de son nez, c’est avec Laylow qu’il croise le fer. Aligné sur cinq morceaux de « L’étrange Histoire de Mr. Anderson », dont SPÉCIAL et IVERSON, il participe au succès retentissant du deuxième album du rappeur toulousain. C’est aussi l’année des retrouvailles. S’il n’avait plus collaboré avec Ichon depuis 2018 et la Nova Grünt Tunes, les deux hommes collaborent sur deux tracks de la réédition de « Pour de vrai ». Enfin, à cette longue liste, s’ajoute aussi une participation à « OFFSHORE » de Edge. Loubensky co-produit le single porteur du projet, Schémas monotones, avec Johnny Ola. Haut en couleur.
– Thibaud Hue
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D’une tour de 130 mètres de haut, à l’Olympia, en passant par Pornhub, les artistes francophones du rap français ont fait dans l’innovation pour mettre en image leur musique. Mosaïque a retenu sept visuels qui ont marqué la rédaction par leur originalité, leur esthétisme ou leur symbole et vous livre sa sélection des plus beaux clips de l’année. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.
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Quand Joanna choisit de briser les tabous autour de la sexualité, elle ne le fait pas à moitié. L’artiste aux accents pop et RnB a décidé d’embaucher le couple le plus connu du Pornhub homemade, LeoLulu, pour le clip de son single Sur ton corps, tiré de son premier album. En résulte deux vidéos réalisées par la chanteuse elle-même ainsi que la réalisatrice Ambrr. Une version érotique où les deux amoureux se câlinent dans un lit immaculé et une autre pornographique mêlant scènes de sexe explicites et ombres chinoises.
Derrière la caméra, Joanna tire les ficelles. « Je ne voulais pas que le focus se fasse uniquement sur le plaisir de la femme, mais plutôt sur celui des deux. Tout en étant consciente que mon point de vue est biaisé par nos constructions sociales », nous confiait l’artiste rennaise au début de l’année. L’ambiance à la fois sensuelle, électrisante et profondément féministe est saluée par la critique. Dès les premières images du clip, Joanna n’oublie pas de mentionner le travail du Strass, le syndicat du travail sexuel. Fidèle à ses engagements. Un pari réussi pour la jeune femme de 23 ans dont l’objectif était de parler de sexe crûment, sans faire la part belle à la culture du viol.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le jeune « So », comme on le surnomme, sait faire une entrée fracassante. En juin dernier, l’artiste de 25 ans est revenu avec Slide, un morceau aux sonorités rock et au visuel percutant. C’est en tant que « rackeur » (jeu de mot avec rappeur et rockeur, NDLR) que Sopico aime désormais se présenter. Naturellement, il choisit de s’entourer de l’équipe du film « Mission Impossible » pour marquer son grand retour après un an d’absence.
La Tour Pleyel (Seine-Saint-Denis) de 130 mètres de hauteur, le saut dans le vide, les feux d’artifices… Sopico se met en scène comme protagoniste de son propre film. Rien a été laissé au hasard par ce cinéphile qui, plus jeune, rêvait de faire du cinéma : « L’enfant qu’on voit au début du clip, c’est le public qui m’attend et qui m’appelle pour me dire « il est temps ». Moi,je suis en train de rêver en haut de cette tour. Je me réveille et je décide de reprendre du service. La métaphore des ouvriers est totalement liée au fait que c’est un travail d’équipe, un chantier. Ce que l’on voit dans le clip, ce sont tous les éléments dont on avait besoin pour faire le disque »,expliquait-t-il au Parisien .
– Imane Lyafori
Hamza – Réel
Un hangar, des voitures de luxe, une émeute, des fourgons blindés, Hamza et Zed. Le tout dans un noir et blanc parfait. Il n’en faut pas plus pour que Hugo Bembi et Sacha Naceri signent l’un des plus gros clips de 2021. Pour annoncer « 140 BPM2 », Hamza étale son flegme. Voiture de luxe, grillz sur les dents, lunettes de soleil et cigarette dans une main.
Acculé par des hommes cagoulés, il se moque d’eux en rappant son couplet bien au chaud dans son opulence. Dès le plan d’ouverture, le rappeur mène l’assaut accompagné de militaires en blindés. Hamza démontre son changement radical d’ambiance, que cela soit musical ou en termes de direction artistique. La colorimétrie s’attache à un noir profond et un blanc clinquant, choix surprenant et à contre-courant de ses précédents clips. Le Belge est prêt à partir à la guerre en toute décontraction avec son allié Zed, dans l’un des clips les plus épiques de 2021.
– Cyprien Joly
Sonbest – Terre Noire
Allongé près d’un personnage peint tout en noir qui s’agrippe à lui, un faisceau de lumière survole Sonbest. Seul moment d’accalmie dans une ambiance thriller. Un jeune garçon qui court à perdre haleine, une sorcière non-voyante et une forêt sombre… Terre Noire synthétise tout l’imaginaire de la musique de l’artiste. Le visuel est mis en image par son acolyte de la première heure, SwimTheDog. Pour Mosaïque, il expliquait : « La personne qui s’aggripe à lui, c’est son propre démon, une personne qui le hante. C’est un peu comme une paralysie du sommeil. Il ne peut plus bouger. » Inspiré d’un film d’horreur britannique « His House », un rite tribal tente de défaire Sonbest de ses démons en lui ôtant la vue.
Un clip fidèle à l’univers de l’artiste qui rappelle celui d’Agonie issu de son premier EP. Terre Noire, sorti le 10 juin 2021, annonce avec profondeur et cohérence le projet « Arcane » de Sonbest. Mais dont son réalisateur SwimTheDog préfère ne pas tout dévoiler : « La sorcière est non voyante, Sonbest a les yeux bandés… Ce sont des symboles de l’inconscient. Je voulais faire parler autre chose que le regard. Mais il y a plein de significations possibles. Je préfère laisser libre cours à l’interprétation. »
– Lise Lacombe
Damso – 911
Comment montrer un gangster qui soudain s’adoucit et laisse, en l’espace de trois minutes, transparaître ses sentiments ? C’est le défi que relève Adrien Wagner avec le clip de 911, sorti en début d’année. Le réalisateur laisse son empreinte et son style avec des effets spéciaux en pagaille et des mouvements de caméra à 360 degrés déjà utilisés sur ses précédents projets.
Produit par Adeus, on y retrouve un Damso qui baisse les armes. L’artiste se dit « ramolli» par le charme de la mannequin Noémie Lenoir, invitée à jouer dans le clip. C’est sans rappeler ces paroles du morceau Autotune, extrait de son premier projet « Batterie faible » : « Tout est noir comme Noémie Lenoir ». Du haut d’un immeuble, à un bar à l’ambiance tamisée, en passant par une plage déserte, Damso nous emmène dans un voyage envoûtant, au rythme de la mélodie du morceau. Le rappeur belge offre une vidéo digne du septième art, alliant avec justesse musique et visuel. De quoi faire figurer 911 parmi les plus beaux clips de l’année.
– Théo Lilin
Slimka – Hollywood
À l’image de ce que laisse imaginer le titre, Slimka traverse la scène pour adapter en image son morceau Hollywood. L’artiste nous plonge dans des décors de cinéma dont ceux de ses précédents clips. Poursuivi par les fans à l’arrière de sa voiture de luxe, Slimka se réincarne façon superstar. Loin de l’univers dystopique et sanglant des morceaux Rainbowet Headshot, auxquels Hollywood est rattaché, l’heure est désormais à l’egotrip.
Dans une succession prenante de plans séquence realisée par Exit Void, Slimka nous emmène à ses côtés, caméra embarquée, afin d’assister à son auto-interprétation. Mise en abyme de la production d’un des ses clips, le Genevois déroule au rythme de la prod explosive de Sectra et Kosei. Dans un entretien accordé à Mosaïque, le rappeur exprimait sa volonté de faire reconnaître la valeur du rap suisse. Propos corroborés à travers le morceau qui s’ouvre ainsi : « J’viens mettre les pieds sur la table, J’viens mettre Genève sur la carte. »
Mention spéciale : Vicky R, Le Juiice, Chilla, Bianca Costa et Davinhor– AHOO
« Icy, Juiicy, Vicky, Bianca, Pac-Man, c’est la folie. » Une folie et un projet qui fait du bien au rap français. Pour la première fois, cinq rappeuses se réunissent pour produire un morceau. Le documentaire « Reines, pour l’amour du rap » sur Canal+ dévoile sa conception. Durant quatre jours, elles se sont retrouvées dans une maison avec des producteurs pour écrire et clipper le morceau. Dans le visuel, à tour de rôle, Chilla, Bianca Costa, Davinhor, Le Juiice et Vicky R débarquent devant la caméra avec un style impeccable et de l’assurance à revendre.
Le clip réalisé par Jean-Charles Charavin s’impose comme un cri de rage des rappeuses. Elles s’affirment haut et fort sur la scène rap et s’unissent façon sororité pour le faire. Chacune y va de sa punchline et impose son couplet, le tout dans un décor théâtral. Chilla conserve sa voix angélique tout en ne mâchant pas ses mots pour s’associer aux notes brésiliennes de Bianca Costa. L’insolence de Davinhor se mêle à la trap de Le Juiice et à la puissance de Vicky R. Le clip a été tourné à l’Olympia, qui pour l’occasion, a orné sa devanture des noms en lettres rouges des cinq artistes, prêtes à prendre tout la lumière en haut de l’affiche.
– Manon Bernard
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En 2021, quelques noms, pour certains encore presque inconnus des auditeur.trice.s, se sont faits entendre. Certain.e.s ont affiché des statistiques remarquables sur les plateformes de streaming. D’autres ont rempli des salles de concert avec une rapidité fulgurante. Ces artistes sont des révélations. Ils.elles viennent de passer un premier cap sérieux dans leur carrière et doivent désormais répondre aux attentes ou confirmer. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection des révélations de l’année.
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Arrivé dans le paysage du rap français à la fin de l’année 2020 avec son EP « Le Futur », Benjamin Epps a profité de 2021 pour étoffer son répertoire et s’imposer comme l’un des rappeur.se.s à suivre de ces prochaines années. Avec son projet « Fantôme avec chauffeur », concocté avec l’aide du Chroniqueur Sale, le rappeur fait étalage de ses capacités. Flows kickés, punchlines percutantes et trashtalking sur des instrumentales boom-bap dépoussiérées, Epsito remet au goût du jour une certaine manière de rapper tout en s’inscrivant dans son époque.
Crédit : Ulysse Carbajal pour Mosaïque.
En plus de son dernier EP, l’auteur de Dieu Bénisse les Enfants s’est révélé à travers de nombreuses collaborations. Dinos, Vladimir Cauchemar, Selah Sue… Dans un featuring avec Zesau, il s’est essayé à la mélodie, rajoutant ainsi une nouvelle corde à son arc. Le MC originaire du Gabon ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il devrait dévoiler son premier album dans l’année. Dans un entretien accordé à Mosaïque, entre deux répétitions dans la salle du FGO-Barbara à Paris (18e arrondissement), il confiait : « J’enregistrerai l’album à New York. Une semaine pour écrire les titres qui me manque et une autre pour tout enregistrer. Je veux avoir le mood, le grain, New York quoi ! Il me faut un studio qui a déjà accueilli des légendes pour avoir cet esprit là. »
2021. Les portes de la drill francophone sont enfoncées à coup de bottes renforcées. Ziak, lui, choisit de faire sauter le verrou avec la puissance d’un bélier. « Akimbo » insuffle un vent de fraîcheur électrique sur la scène française. D’influence britannique, le rappeur d’Évry déploie ses flows sur des productions aux breaks compulsifs. Il plonge l’auditeur dans une ambiance sombre et saillante. L’atmosphère ténébreuse trouve un écho dans les messages véhiculés : construction personnelle dans des milieux difficiles, course au paraître, poids de la société sur les désillusions d’une jeunesse enragée.
Crédit : Alexis Baa pour Mosaïque.
Le talent de Ziak repose sur sa faculté à prendre du recul sur cette situation. À ce niveau, Prière sonne comme un véritable aveu de repentance où le jeune artiste confesse ses erreurs passées. Dans une scène drill en pleine expansion, Ziak apporte une proposition concrète, novatrice. Tant les variations de tempo au sein de ses morceaux paraissent maîtrisées.
C’est d’ailleurs ce que confirmait en exclusivité le compositeur Focus Beatz à Mosaïque, auteur de sept prods sur le disque :« Après avoir écouté le morceau Fixette, je me suis dis qu’il y avait moyen que ça pète pour lui. Le flow, l’attitude… Il était différent. Il s’est réapproprié les codes de la drill UK. Artistiquement, je savais que ça allait aboutir. » À l’instar du guérisseur russe Raspoutine auquel Ziak fait souvent référence, le nouveau poulain du label Millenium pourrait bientôt être convié à la table des rois.
Elle avait déjà été remarquée grâce à ses morceaux Séduction (2018) et Pétasse (2019). En 2021, Joanna s’est présentée à un plus large public avec « Sérotonine ». Un premier album qui installe un univers à fleur de peau où les mélodies cotonneuses contrastent avec les mots incisifs. En amont de la sortie du disque, l’artiste rennaise avait rencontré Mosaïque. Elle expliquait vouloir écrire l’histoire de « beaucoup de personnes qui commencent à flipper, à se poser trop de questions et à ne plus se faire confiance au moment où ils commencent à avoir des sentiments ».
Crédit : Alexis Baa.
« Sérotonine » parcourt les étapes des grands récits d’amour, de la rencontre au Goût de fraise à la lassitude qui se présente telle une Nymphe solitaire, en passant par la peur d’une Maladie d’amour. La poésie de Joanna ne s’embarrasse pas de respecter les frontières entre les genres, et l’autrice-compositrice jongle avec la pop, le RnB et même la trap dans Démons, sa collaboration avec Laylow. Un lyrisme qui devrait charmer de plus en plus d’auditeur.trice.s dans les prochaines années.
Après une première mixtape couronnée de succès critique, So La Lune s’envole et signe une série d’EP. Le rappeur lyonnais originaire des Comores affirme son style et démarre l’année avec quatre projets : « Théia », « Satellite naturel », « Orbite » et « Apollo 11 ». La lune est partout, aussi bien dans ses titres de projets que dans sa musique, où on entend constamment « tsuki », qui signifie « lune » en japonais.
Crédit : Alexis Baa pour Mosaïque.
Son attirance pour cet astre, le rappeur l’explique par son mode de vie nocturne qu’il tente de traduire dans sa musique. Signé chez le label indépendant Low Wood, So La Lune s’est entouré de professionnel.le.s, venant faire taire les critiques qui pesaient sur ses textes sombres et sa voix aiguë auto-tunée. L’artiste a affiné sa trajectoire en 2021. Interrogé par Mosaïque en mai dernier, le rappeur le reconnaît : « Mes morceaux sont plus lisibles aujourd’hui. » Il clôture ainsi l’année avec « Failles », une suite de trois courts EP dans lesquels il mêle mélancolie et résilience. Pas besoin de faire de l’astrologie pour deviner que le succès du jeune rookie ne fait que commencer.
Tout au long de l’année, Khali paraissait aussi intouchable qu’insaisissable. D’une part, ses collaborations avec Malo, Chanceko et 99 se sont fortement distinguées sur la scène du rap underground. De l’autre, il a fait de sa créativité son principal atout avec son premier album « LAÏLA ». Sur ce projet, son troisième en deux ans, le rappeur bordelais a mis en musique ses états d’âme et la justesse de sa voix nasillarde.
Crédit : Antonio J. Ainscough.
Sur ses 11 titres, le rappeur prouve avoir passé un cap et confirme les attentes qu’il avait suscité à la sortie de son EP « Le tournesol » en 2020. Dans une année où la « new wave » a été une révélation pour grand nombre d’auditeur.trice.s, Khali est peut-être celui qui l’incarne le plus, malgré lui.
Il y a quelques semaines encore, les attentes et la pression étaient lourdes sur les épaules du jeune rappeur de Fontenay-sous-Bois. La Fève a su rentrer dans une nouvelle dimension en cette fin d’année avec une mixtape savamment préparée et adulée par la critique. Entré directement dans le top 10 des projets les plus streamés au monde sur Spotify lors de son démarrage, « ERRR » conclut une année en crescendo. Après une belle prestation sur « KOLAF », en septembre 2020, lui ayant permis de toucher un large public, Louis a su faire monter l’engouement autour de lui. Une ascension marquée par des apparitions toujours soignées. En featuring, comme sur le très bon Tous mes états avec J9ueve, mais aussi sur des projets collaboratifs de beatmakers comme ceux d’Unfamouslouie, du Blaze ou encore 99 & Wolfkid.
Crédit : Adrien Delmas.
« Le fougueux » est sur tous les bons coups de l’année. Une progression qui se matérialise lors de la sortie de Mauvais payeur le 21 octobre 2021. Le single, produit par Demna, marque le grand retour de La Fève en solo. Les compteurs s’emballent. Le personnage s’installe. La « ERRR » tape n’est pas encore annoncée que son succès est déjà quasi-assuré. Deux mois plus tard, c’est avec un généreux 18 titres que La Fève vient chérir son public. Un projet riche et cohérent qui réussit à ne pas tomber dans la redondance grâce à des morceaux courts et à une grande variété de productions. Une mixtape maîtrisée de bout en bout qui le fait définitivement sortir des buissons de l’underground.
– Robin Spiquel
Mention spéciale : Zamdane, le déjà révélé
Zamdane est-il une révélation de l’année 2021 ? Cette question a animé un débat passionné au sein de la rédaction de Mosaïque. Si le succès à grande échelle du Marseillais ne date pas d’hier, il vient de monter encore le niveau d’un cran. Révélé depuis son titre Favaro sorti en 2017, il était peut-être de ceux.celles sur qui la lumière est apparue trop tôt. 2,4 millions de vues sur l’un de ses premiers morceaux et la machine pensait être lancée. Après avoir dévoilé cinq freestyles Affamé en 2018, le jeune artiste prend une pause pour revenir en 2020. Reprenant alors quasiment de zéro, le jeune rappeur marocain revient avec d’autres intentions, de nouveaux flows, une nouvelle image. Et la métamorphose se concrétise réellement en 2021.
Crédit : Roxane Peyronnenc.
Avec une nouvelle façon de chanter et une écriture plus ancrée dans son quotidien, Zamdane trouve la combinaison parfaite pour faire passer de la mélancolie et dégager une sincérité qui lui est propre. Hayati, le freestyle Skyrock Le monde par ma fenêtre, ou plus récemment ses featurings avec la Fève, Dinos et JMK$ sont sûrement les morceaux les plus mémorables de Zamdane cette année. Son premier album sortira en 2022 et la tournée médiatique pour l’annoncer a déjà commencé. Le Marseillais tentera donc d’achever sa mue cette année avec un projet très attendu. Si son statut ne permet pas de le classer dans les Rookies Of the Year après ce qu’on peut considérer comme un faux départ, il ne fait aucun doute que le trophée de Most Improved Player (ce titre récompense le joueur ayant le plus progressé par rapport à l’année précédente en NBA, NDLR) est pour lui.
– Max Thomas
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