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The Weeknd : Pourquoi « Dawn FM » est-il la pièce centrale d’une nouvelle trilogie ?

Avec « After Hours », The Weeknd semblait avoir livré un album concept à succès se suffisant à lui-même. Mais son septième opus « Dawn FM », sorti en janvier 2022, sonne comme une suite logique. Le projet de 16 titres est-il le deuxième épisode d’une nouvelle trilogie ? Décryptage.


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Après une rupture amoureuse, le sixième album de The Weeknd, « After Hours », sorti en mars 2020, racontait une vie faite de drogues, de spotlight et de sang à Vegas et Los Angeles. Une histoire de surenchère sur le vice qui n’attendait pas de suite. Mais après la sortie de « Dawn FM », son dernier projet, le chanteur s’est questionné sur les réseaux sociaux : « Je me demande… Saviez-vous que vous êtes en train de vivre une nouvelle trilogie ? » En effet, l’opus apparaît comme un deuxième chapitre avec un nouveau storytelling. The Weeknd, de confession orthodoxe, se retrouve rattrapé par ses remords, ses péchés, et doit y faire face.

Un chant mystique, des paroles presque spirituelles, le titre éponyme ouvrant l’album nous plonge dans le vif du sujet. Sur un chant quasi-grégorien, Abel Tesfaye aka The Weeknd se demande où il atterrit. Laissant penser à une expérience de mort imminente ou à un passage d’arme à gauche définitif. La voix de Jim Carrey, le présentateur de la radio du canal 103.5 FM qui revient tout au long de l’album, donne ainsi les consignes. Rester calme, se laisser guider et accepter son destin.

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L’appel du sacré

Déjà tiraillé par l’idée de perdre la foi dans le morceau Faith de « After Hours », il renouvelle ses doutes dans Gasoline. Le deuxième morceau du projet fait référence à la chanson Losing my religion de REM, un groupe de rock américain des années 80. Des expériences psychédéliques liées à la drogue dans « After Hours » jusqu’à l’appel du sacré, The Weeknd affiche explicitement ses craintes : « J’essaie de ne pas perdre ma foi. »

Plus subtil, moins évident, le champ lexical du spirituel se dessine dans les tracks suivantes : How Do you I Make you love me, Sacrifice ou le single Take My Breath. Difficile dans ces morceaux de ne pas trouver une trace des lexies « éternel », « paradis », « sommeil » ou des tournures qui s’y rapportent. Au fil de ces premiers titres, The Weekend semble tenter d’échapper aux différents péchés. Et pour ce faire, la solution lui est toute trouvée : remplacer la chair par l’amour, les paradis artificiels en paradis spirituels et globalement d’inverser le paradigme de la matérialité en immatérialité.

La résignation et le pardon

A Tale By Quincy amorce le virage de l’album. Sur cette interlude, Quincy Jones, producteur iconique de Michael Jackson, se confesse. Derrière la petite fenêtre en bois qui nous sépare de celui qui livre ses péchés, nous sommes mis dans la position du prêtre. Forcés d’écouter les déboires amoureux et familiaux d’un être humain, avant d’écouter ceux de The Weeknd dans le titre qui suit, Out of time.

Se confesser puis replonger… Avec Here We Go… Again. The Weeknd semble se sentir coupable de replonger dans ses vices affichant ses diamants et une copine star de cinéma. Son compère Tyler, the Creator, en featuring sur le son, avoue même que « l’éternel est trop long pour lui ». Ce morceau peut se lire comme une simple célébration, mais aussi comme une rechute. La rechute d’un drogué en cure de désintox.

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En milieu de tracklist, Is There Someone Else sonne comme un appel à l’aide. Le morceau laisse d’abord penser qu’Abel s’adresse à son amante. Il lui demanderait si elle partage son lit avec quelqu’un d’autre. Mais le titre d’après, Starry Eyes, suggère finalement que le chanteur parlerait à Dieu et l’aurait rencontré. Comme si The Weeknd imaginait Dieu comme une femme à conquérir qui lui ouvrirait les portes du paradis. La transition musicale prête d’ailleurs à penser qu’il s’agit d’un seul et même morceau.

Abel se joue des frontières minces entre amour charnel et amour spirituel. Que ce soit une femme ou le seigneur, il accepte désormais sa présence dans sa vie. Notamment dans le titre Starry Eyes : « Maintenant que tu existes dans ma vie, je veux me retourner près de toi, (…) J’en ferais ma responsabilité, je te suivrai tout le long du chemin ». Une sorte de purgatoire avant de rejoindre le paradis.

The Weeknd découvre le vrai visage du paradis

Le titre Every Angel is Terrying s’ouvre sur un chant angélique. The Weeknd cite les vers du poète autrichien Rainer Maria Rilke dans son poème « Première Elégie » : « Qui donc, si je criais, m’entendrais parmi les ordres des anges ? Qu’un d’eux, à supposer, me prenne brusquement sur son cœur : je succomberais du croît de sa présence. Car le beau n’est jamais que cette terreur novice qu’à peine encore nous supportons et qui nous étonne du fait qu’impassible elle se refuse à nous détruire. Tout ange est terrifiant. » Un ange terrifiant à propos duquel le poète Rilke dira « qu’il est l’être garant de reconnaître dans l’invisible, un degré supérieur de la réalité, c’est pourquoi il nous parait effrayant ».

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À travers ces rimes, l’ange est admiré car capable d’accepter le néant comme un paradis. Loin d’être une angoisse commune aux êtres humains, pour Rilke il est préférable à l’emballage doré du paradis idéalisé et imaginé pour plaire à un grand public. Une sorte de bonbon qu’on promettrait à enfant sage. Le spot publicitaire inclus dans la chanson montre que cet imaginaire commun du paradis n’était qu’une métaphore créée de toute pièce pour plaire aux humains, souvent trop ancrés dans leur réalité.

« Intense, sexy, choquant, euphorique, audacieux, qui stimule la réflexion, techniquement et visuellement ravissant (…), Une œuvre de fiction comme vous en avez jamais vu, le monde exotique et charmant de l’Après Vie », peut-on entendre. Un discours séduisant sur l’au-delà, vendu comme une réclamation pour un film fantastique. C’est peut-être aussi l’image qu’en avait The Weeknd avant d’entrer dans la conception de « Dawn FM ». Une aube avant la nuit. 

Le chemin difficile de The Weeknd vers le graal

Les morceaux Don’t Break my Heart et I Heard Youre Married continuent la métaphore filée de l’album. The Weeknd demande à ne pas être déçu une nouvelle fois. Difficile de dire s’il doute de l’existence du paradis ou s’il prie pour pouvoir s’y rendre. On peut toutefois imaginer que l’artiste n’est pas encore prêt pour celui-ci car il n’accepte pas toutes les contraintes d’une vie pure. Comme les contraintes d’une vie amoureuse stable.

C’est ainsi que le track suivant, I Heard Youre Married, raconte l’histoire d’une femme mariée qui n’est pas convaincue de vouloir tracer son chemin avec lui. L’album se clôt ensuite sur un nouveau monologue de l’animateur de « Dawn FM » incarné par Jim Carrey : « Ça va durer un long moment, maintenant que tes plans futurs ont été reportés, il est temps de repenser aux choses que tu pensais avoir. (…) Combien de rancunes ont été emportées dans ta tombe ».

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« Dawn FM » place pour la première fois le spirituel au centre d’un projet de The Weeknd. L’artiste lui-même, lors d’une interview pour Billboard, a confessé cette démarche : « Imaginez cet album comme si celui qui l’écoutait était mort. Il est coincé dans les embouteillages du purgatoire, que je me suis toujours représenté comme des bouchons dans lesquels on est coincé en attendant de rejoindre la lumière au bout du tunnel. Et pendant que vous êtes coincé dans ces bouchons, une radio joue dans la voiture. Un animateur de radio vous guide vers la lumière et vous aide à traverser jusqu’à l’autre côté ». L’opus apparaît donc comme la suite d’« After Hours » et laisse entendre qu’un troisième projet est en préparation. Son nom serait déjà dévoilé dans le spot publicitaire d’Every Angel is Terryfying : « After Life ».


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La Fève : la mixtape « ERRR » racontée par ses compositeurs

C’est en rugissant que La Fève a fait son retour avec « ERRR », titre de sa mixtape sortie en décembre 2021. L’onomatopée est aussi indéchiffrable que son auteur qui préfère rester discret sur la scène médiatique. L’absence comme présence, La Fève n’a pas besoin de s’exprimer pour faire parler de lui tant sa musique fait réagir. À l’inverse de son premier projet « KOLAF » entièrement produit par le compositeur Kosei, La Fève a réuni sur « ERRR » une dizaine de beatmakers pour faire naître les 18 titres qui composent la mixtape. Pour Mosaïque, certains d’entre eux ont accepté de lever le voile sur les coulisses de la production de la mixtape. 


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BBounce. Un seul mot pour faire son retour, affoler les foules et s’imposer comme l’homme sur qui il faudra compter. C’est avec le titre MAUVAIS PAYEUR que La Fève annonce la sortie de son deuxième projet. Comme pour beaucoup, le morceau est une révélation pour les compositeurs 3G & Bricksy, auteur de la prod de CASTRO sur le projet « ERRR » : « C’est clairement MAUVAIS PAYEUR qui nous a convaincu. On avait pas encore eu l’occasion de se croiser avec La Fève et c’est un morceau très fédérateur. »

Derrière la basse entêtante du titre, le beatmaker Demna. Il n’en revient toujours pas de l’accueil réservé au morceau : « Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi impactant pour le public. La Fève lui-même lui donnait une place moins forte que celle qu’il a prise. Quand il a décidé de le clipper, je lui ai demandé si c’était le meilleur morceau. Il m’a répondu : « Non, gros, il y a des sons encore plus chauds ». Quelques mois plus tard, le titre est maintenant son morceau le plus écouté sur les plateformes. » 

Mais La Fève gardait une deuxième surprise à son public en reliant entre eux les 18 titres de sa mixtape. Demna le découvre lui aussi lorsque le rappeur lui envoie le projet final : « C’est un petit filou, il ne m’avait rien dit ! La transition entre ZAZA et MAUVAIS PAYEUR est choquante. Sur l’ensemble de la mixtape, il y a un vrai taff de cohérence. Je pense que Lyel Gwap, le compositeur du titre ZAZA, a fait exprès de choisir la même fréquence de 808 (son de basse typique utilisé dans la musique trap moderne, NDLR) que ma prod pour que ça glisse. Rien n’est laissé au hasard. » 

Des choix artistiques assumés

Investi, La Fève s’offre l’instrumentalité organique d’un vrai saxophone sur les titres L’APPEL et ZOMBIE. Le saxophoniste Jead se souvient : « J’avais tellement la pression que je ne savais pas si ce que je jouais était assez bien. Quand j’ai eu son approbation, ça a été hyper gratifiant pour moi. » L’instrument se balade entre la guitare de D1gri et la mélancolie du rappeur sur L’APPEL, donnant au morceau « une patte beaucoup plus humaine » raconte le musicien pour qui « la construction du morceau est beaucoup moins mécanique avec un vrai saxophone qu’avec un VST FL Studio (banque d’instruments enregistrés, NDLR). C’était le sentiment recherché par La Fève. »  

Ce que recherche le rappeur, c’est aussi de sortir des sentiers battus. C’est ainsi qu’il utilise une prod originellement destinée à $ouley pour leur featuring sur CASTRO. Elle est composée par le duo de compositeur Bricksy & 3G, connu pour leur style très inspiré de la plug d’outre-Atlantique. Un titre remarqué à sa sortie et vivement critiqué par les youtubeurs Amin et Hugo. Des réaction attendues selon les deux beatmakers : « Le morceau, soit les gens l’ont détesté, soit ils l’ont adoré. C’est vraiment ça qu’on recherche quand on produit. Et puis le titre a une vibe unique. Elle est dans un style un peu Chicago à l’ancienne, ce ne sont pas des références qui sont évidentes. » 

« ERRR » ou le charbon discret de La Fève

Des influences au rap américain que l’on retrouve également sur le titre VOITURE SPORTIVE composé par Kosei en collaboration avec FREAKEY! qui assume ses influences : « Au moment où je suis intervenu, le beat était déjà fait mais je trouvais qu’il manquait quelque chose à l’instrumental. J’ai changé les drums et j’ai ajouté un sample du groupe américain UGK. Je me suis aussi inspiré de Marvin Gaye, Outkast ou encore Bun-B pour la prod. »

FREAKEY! se souvient avoir vu La Fève « travailler fort » pendant « de longues night au studio » tandis que le duo 3G & Bricksy le définisse comme « un charbonneur », « très humain » et « discret ». Tellement discret qu’il n’a même pas eu à faire la promotion de son premier concert à La Gaîté Lyrique à Paris le 1er avril prochain, sold out en cinq minutes après la mise en vente des places. L’occasion pour son public d’entendre « ERRR » résonner en dehors des studios et en dehors des plateformes.

Propos recueillis par Cédric Rossi.  


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La Fève fait-il de la plug ? La réponse au débat lancé par Amin et Hugo

Le 10 janvier, Amin et Hugo ont publié sur YouTube une vidéo de réactions à « ERRR », la première mixtape du rappeur La Fève. Pendant l’écoute, leurs comparaisons de certaines instrumentales du projet à de la « plug music » ont scandalisé de nombreux fans et musicien.ne.s. Mais qu’en-t-il vraiment ? Mosaïque a mené l’enquête.


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La vidéo a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. Lorsque Amin et Hugo, vidéastes, publient leur première écoute de la mixtape « ERRR » de La Fève sur YouTube, de nombreux fans de l’artiste se déchaînent contre le duo. En effet, leur avis très réservé sur le projet de ce rappeur, considéré comme l’un des plus prometteur.se.s de sa génération, acclamé par la critique, a été mal reçu. Joint par téléphone, Amin raconte : « Je m’y attendais un peu. C’est une nouvelle génération alors on la critique très peu parce qu’elle bouscule les codes. Mais c’est pas pour ça que c’est de la bonne musique et qu’on est obligé de kiffer. On a été honnêtes, on a jamais clashé personne. »

Imbroglio autour du terme « plug »

Mais parmi les nombreux messages d’insultes, certains comme le producteur Kosei, auteur de quatre instrumentales sur « ERRR », sont venus soulever sans animosité une autre remarque. « Ça me fume les termes utilisés et le fait de tjr associer ça a de la plugg », écrit-t-il sur Twitter.

Et pour cause, durant la vidéo, les deux auditeurs comparent régulièrement la proposition de La Fève à de la plug, un courant musical né aux États-Unis pendant la première moitié des années 2010 sous l’impulsion du groupe BeatPluggz. Parmi ses membres, des producteurs comme A$att, BeatPluggTwo, Corey Lingo, Polo Boy Shawty, StoopidXoolUn et surtout MexikoDro. 

Des réactions à chaud et des auditeur.rice.s en colère

À l’origine, la plug se caractérise par une musique planante et lumineuse avec des basses courtes et sourdes. Ce rapprochement leur a été vivement reproché, notamment par le rappeur lui-même qui n’a pas caché sa surprise dans une story Instagram.

Amin s’en explique : « Il faut d’abord savoir qu’on est pas du tout des spécialistes. Avec Hugo, on a découvert la plug très récemment, avec Serane par exemple. Et oui, il y a des éléments qui m’ont fait penser à ça en écoutant La Fève. C’était notre impression à chaud. Surtout quand il rappe à fond et qu’on a l’impression qu’il s’en fout de l’instru. J’ai l’impression qu’il y a la prod, les flows et qu’on mélange. Et d’ailleurs, c’est un choix artistique qui se respecte. »

Beaucoup d’auditeur.rice.s de La Fève, comme de plug, ont été pris de court. C’est le cas de Louis, connu aussi sous le nom de Sely La Prise sur les réseaux sociaux et auteur de la mixtape « Connecté ». Il explique avoir été très étonné par la vidéo : « On peut sûrement trouver quelques similitudes avec des instrus plug dans ce que choisit La Fève, certaines influences, quelques éléments sonores, mais c’est tout. »

Et si le rappeur fait usage de quelques « placements spéciaux qui peuvent sembler un peu hors beat, c’est n’est pas pour ça que c’est de la plug. La musique reste trap », confirme ce jeune rennais en faisant référence au DMV. Un flow avec un débit de parole élevé, un ton monotone et une impression que les phases se superposent sans que le rappeur ne fasse de pauses (une technique nommée « Overlap », NLDR).

La Fève : plug ou pas plug ?

Si le compositeur Kosei n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations sur le sujet, d’autres producteurs proches de l’artiste ont accepté de prendre la parole. C’est le cas de 3G & Bricksy, auteurs de l’instrumentale du morceau Castro, en featuring avec Souley. Ce duo de musicien bordelais, producteur de plug, déplore des imprécisions. « Ce terme est devenu un fourre-tout pour qualifier la nouvelle génération ! », fustige Bricksy, « C’est un style très précis et on ne peut pas réduire ça à des éléments rythmiques. C’est un son qui ne se discute pas. »

Un vision que partage son compère, 3G : « La Fève a peu de point commun avec ce style. Dans la plug, on retrouve des synthés très wavy, des sonorités très 80’s, assez douces, flottantes, jazzy… La rythmique est toujours très épurée, saccadée, avec des 808 plus clairs (une basse, NDLR), plus light que dans la trap. On commence même à en trouver partout, y compris dans le mainstream. Et c’est pareil pour le mix qui est bien spécial : on met un effet sur le beat pour mettre la basse en avant quand elle est frappe. »

« Peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug »

Pendant la vidéo, Amin et Hugo se fendent aussi d’un trait d’humour à la fin de l’écoute du titre Soulé, qualifiant la prod réalisée par Tempo Once Again & DoomX de « zumba plug ». Un terme qui a agacé certains comme le compositeur Freakey, auteur de trois titres sur le projet (Zombie, Voiture sportive et Crenshaw), qui les a mentionné à plusieurs reprises sur Twitter pour tourner leur remarque en ridicule. « Ils disent ce qu’ils veulent, mais c’est n’importe quoi. La Fève est dans la mélodie, dans le kickage. On ne peut pas le ranger quelque part aussi facilement. Il est très versatile », confie-t-il à Mosaïque depuis le Canada.

Amin, lui, juge que sa phrase a été mal interprétée : « Je voulais dire que c’était dansant, pas que c’était de la merde. » Et si un certain manque de tact leur a été reproché à cette occasion, pas question pour le duo de changer de formule : « On ne va pas commencer à faire attention à ce qu’on dit. On ne veut surtout pas devenir des chroniqueurs. Beaucoup se retrouvent dans nos vidéos parce qu’on écoute du son comme tout le monde. On est sans filtres quand il faut donner un avis. »

Alors oui, « peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug », concède-t-il, « et ça serait vraiment culotté de notre part de ne pas accepter la critique de ceux qu’on a nous-même critiqué ». Le vidéaste se félicitant d’avoir au moins eu le mérite d’ouvrir le débat.


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Ziak : dans les coulisses de la composition d’« Akimbo »

Début novembre, Ziak a fait trembler le paysage du rap français avec son nouvel album « Akimbo ». Doté d’un démarrage exceptionnel pour son premier disque, le rappeur est resté silencieux avec pour seule communication des clips remarquables et des textes fournis. Pour la première fois, l’un des membres de son entourage prend la parole et a accepté de répondre à nos questions. Il s’agit de Focus Beatz, compositeur de sept titres du projet. Le producteur nous emmène dans les coulisses de la production d’« Akimbo » et nous raconte les rouages de cette drill qu’il qualifie de « différente ». Une exclusivité Mosaïque.


Avant de vous plonger dans ce décryptage de l’album « Akimbo » du rappeur Ziak, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !


Un mystérieux 11 novembre 2021, « Akimbo » est dévoilé avec une pochette énigmatique et une tracklist discrète de 17 titres. La communication autour du premier album de Ziak est réduite à néant. Ni interview, ni déclaration. La musique du rappeur assure la seule promotion du projet. Reste alors son bandana, sa posture et ses flows agressifs et tranchants. Son entourage se fait d’ailleurs tout aussi discret pour laisser toute la place à l’éclosion du phénomène.

Derrière ce succès, une armée de compositeurs sélectionnée avec minutie. Parmi eux, Focus Beatz. Le producteur originaire de Saint-Étienne a accepté de répondre à nos questions en veillant toutefois à ne pas trahir le secret savamment cultivé autour de l’artiste. Une première sortie médiatique exclusive qui paraît presque étonnante. Cet entretien constituant l’unique fenêtre ouverte sur l’univers et la musique de cet interprète venu du 91.

Fixette, la première lame d’« Akimbo »

Tout commence le 14 janvier 2020. Ziak présente son premier single Double Dash. Le morceau devient viral et le compositeur repère son potentiel. Il nous confie : « Après avoir écouté ce morceau, je me suis dis qu’il y avait moyen que ça pète pour lui. Le flow, l’attitude… il était différent. Il s’est réapproprié les codes de la drill UK. Artistiquement, je savais que ça allait aboutir. »

Après la claque auditive, Focus Beatz s’imagine collaborer avec lui. Pendant des mois, il prépare « trois ou quatre prods » à lui envoyer : « Je voulais être sûr qu’il ne dirait pas non, alors j’ai pris mon temps. »

Sa sélection fait mouche. Le rappeur le rappelle dans la foulée : « Il m’a dit que c’était fort. » Les deux hommes ne le savent pas encore, mais parmi ces quelques instrumentales se cache celle qui donnera naissance au titre Fixette. À cette époque, ils travaillent à distance. « Quand il m’a envoyé Fixette, j’étais choqué. Il n’avait rien changé sur ma prod. Il m’a surpris, surtout dans sa manière de poser. Et il avait déjà largement dépassé mes attentes. J’aime les gens qui prennent des risques et sur cette prod je ne voyais que lui en France. » Vingt-trois millions de vues plus tard, le morceau devient single d’or, la plus grande réussite commerciale de Ziak.

L’aventure est lancée, les deux artistes finissent par se croiser : « Ziak en studio : c’est quelqu’un de sombre pour de vrai, le personnage est réel. Il a cette énergie. C’est un putain de bosseur. Quand on est entre nous c’est un déconneur, mais quand on travaille, on travaille. C’est aussi une rencontre entre deux passionnés, on s’apprécie beaucoup. Mon défi, dès le début, ça été de produire de la drill qui nous ressemble. Il fallait qu’on se différencie, qu’on apporte une identité nouvelle… »

Une nouvelle recette drill pour Ziak

À coup de sessions de studio régulières, les premiers traits de l’album se dessinent. Mais c’est lors de deux résidences qu’« Akimbo » s’est finalement structuré. L’une dans le nord de la France, l’autre dans le sud, dans des maisons dont le producteur a préféré taire l’adresse. C’est ici que les compositeurs du projet se réunissent autour du rappeur. Parmi eux, Sam Tiba, Dr Devil et Hellboy, qui n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Focus Beatz raconte : « Tout le monde était là, tous les crédits de l’album. Lorsqu’on est arrivé, chacun a choisi sa chambre, a pris sa douche, a mangé, avant de charbonner. On a fait beaucoup de sessions d’écoutes, on a écouté beaucoup de son. L’ambiance était très bonne, c’était du kiff et on a composé la majorité du projet là-bas. »

Pendant des séances de travail, se pose alors la question de la variété des prods, pour donner du relief au projet : « La drill peut être redondante et on s’est dit qu’on allait éviter ça. Je voyais l’album se dessiner, je proposais des choses, j’avais des idées qui ne se répétaient pas. On s’est fait confiance, on voulait aller plus loin qu’une recette qui marche déjà ! », déclare-t-il, non sans un clin d’œil aux récents succès du genre en France. Il ajoute : « Souvent on met un piano reverse (à l’envers, NDLR), c’est sombre, boom tu attaques avec une rythmique, et tu as ta prod drill. Non, moi je cherche beaucoup plus loin. J’ajoute d’autres éléments, des synthés, des VST (un format de plugin qui permet d’ajouter des instruments et des effets au logiciel de création, NDLR)… et de la mélodie ! »

Des inspirations moins ténébreuses

Lors de la préparation du featuring avec Maes, Rhum & Machette, c’est d’ailleurs à coup de mélodies que Focus Beatz va préparer l’instrumentale. « Je devais faire quelque chose qui réunit les deux artistes. J’avais tenté une prod plus lumineuse et une autre que j’avais appelé « Ange déchu » au cas où Maes voudrait toucher le côté sombre de Ziak. Finalement, j’étais surpris mais c’est celle-ci qu’ils ont gardé. Il a vraiment voulu rentrer dans le délire de l’album », décrit-il.

Au milieu de la fresque violente que dépeint « Akimbo » se cache une légère éclaircie : Shonen. Là encore, tout part de la composition. Focus Beatz se souvient : « Je voulais vraiment que les gens puissent l’entendre sur un autre registre et que Ziak puisse se livrer dessus et déjà aller vers quelque chose d’autre. » Au menu du morceau : « Un piano triste, quelques effets, une sirène de police, une rythmique légère où on sent les mouvements drill quand même. Quand je composais, je voyais des scénarios : une descente de keuf en bas de chez lui, une histoire triste où tu perds un proche… »

L’explosion de Ziak et la nouvelle vie de Focus Beatz

Lorsque nous publions cet article, le morceau fait parti des six titres les plus streamés du projet sur Spotify : « Shonen c’est tout le contraire de ce qu’il a pu proposer. Et le public a été super réceptif. J’étais choqué à la sortie. » Mais la surprise du producteur est ensuite bien plus grande. Même s’il savait le projet « attendu », l’accueil du public dépasse tout ce qu’il avait pu imaginer. La première semaine est triomphale : 18 766 ventes. Le disque arrache la première place du top album et signe un meilleur démarrage que Leto ou encore le « Classico Organisé ». Cerise sur le gâteau, il remplit son premier concert à La Cigale à Paris en seulement 24 heures et ajoute une date au Zénith de Paris en 2023.

Lorsque le projet est libéré sur les plateformes de streaming à minuit, le compositeur stéphanois n’en revient pas : « Je n’ai pas dormi cette nuit. Quand j’ai vu les retours, ça m’a apaisé. Les chiffres étaient délirant. » Cette performance fait rentrer Ziak et les compositeurs du projet dans une dimension nouvelle. « Tout a changé pour moi, confie Focus Beatz. Professionnellement, c’est mon premier succès. J’ai plus de gens autour de moi, j’ai passé un cap. Ma carrière a pris un grand coup d’accélérateur et d’ici l’année prochaine je vais arrêter de travailler à côté pour me consacrer uniquement au son. » 

S’il ne réfute pas la perspective de refaire de la musique aux côtés du rappeur, le musicien reste évasif. D’abord, il va devoir encaisser la nouvelle trajectoire qu’a pris sa vie, bousculée par « Akimbo ». L’esprit drill. 


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Enquête : L’heure de gloire de l’EP, levier d’intérêt majeur

En 2020, les projets de rap français ont été très courts et très nombreux. Depuis dix ans, le format EP est de plus en plus courtisé par le genre. Les artistes et les acteurs et actrices de l’industrie musicale se sont emparé.e.s de ce petit disque afin d’établir de nouvelles stratégies et de s’ancrer dans le temps. Pourquoi l’EP est-il devenu si prisé ? La rédaction de Mosaïque a enquêté sur la question, comptant scrupuleusement les sorties pour établir des statistiques, partant à la rencontre d’un journaliste, d’un programmateur, d’une attachée de presse, de chefs de projet et d’un label manager.

16 mars 2020. Sur toutes les télévisions françaises, Emmanuel Macron confine le pays pour tenter d’endiguer la vague épidémique de Covid-19. La vie est mise sous cloche pendant presque trois mois de pause historique. Le monde de la culture s’enrhume, la création artistique s’enraye. Le rap français qui connaît une courbe de progression alors sans limites reçoit un coup d’arrêt inattendu. Pourtant, ni les scènes closes, ni les points de vente de CD fermés n’ont empêché les interprètes de sortir de la musique. La période s’est même montrée fructueuse.

Le rendez-vous du vendredi à minuit pile, toujours aussi attendu, est dominé par des formats réduits. Des EP, en d’autres termes. Pour mener cette enquête, nous avons considéré un projet court comme étant un disque comportant huit titres ou moins. À l’arrivée, les chiffres sont détonants. Les données disponibles sur le site collaboratif Genius montrent que près de 40 % des projets rap parus en 2020 comptent huit morceaux ou moins. Un score jamais vu pour le genre en France. Mehdi Maïzi, animateur de l’émission Rap Jeu pour Red Bull et présentateur de l’émission Le Code sur Apple Music, a lui aussi fait ce constat : « J’ai senti une bascule, le confinement a accéléré les choses. Roméo Elvis, Sopico, Alonzo… Beaucoup d’artistes ont profité de la période pour réaliser qu’ils pouvaient sortir des petits formats et tester de nouvelles choses sur quelques titres. Quand j’ai fait mon top album 2020, je me suis demandé si je ne devais pas aussi faire un top EP. »

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Cette progression n’a rien d’une tendance éphémère. Sur les dix dernières années, l’EP n’a cessé d’être de plus en plus courtisé par les artistes rangé.e.s dans le catalogue « urbain ». Pourtant, les tracklists courtes n’ont pas toujours reçues autant d’attention. « Pendant longtemps dans le rap, le terme était utilisé pour dire : « autre chose qu’un album ». On était embêté pour désigner ces projets là. Dans les années 2000, on disait surtout mixtape et street CD. Le terme EP est revenu à la mode dans les années 2010, d’abord en étant presque dénaturé. J’avais interviewé Vald à la sortie de « NQNT » en 2014 et il disait que c’était un EP alors que ça faisait 13 titres. C’était juste pour ne pas dire le mot album », se souvient Mehdi Maïzi.

La pression du format

L’album. Le format préféré des labels qui rythme une carrière et lui donne ses lettres de noblesse. Avant de dévoiler un projet long censé être une sortie attendue, l’EP est devenu un levier stratégique incontournable. Le milieu artistique s’en est saisi pour pouvoir faire monter les enchères sur un artiste avant de pouvoir parier plus de budget. Cécile Plancke est attachée de presse pour le label Low Wood qui héberge notamment Hatik, Jok’Air, Zinée ou encore Michel. Selon elle, une compilation de quelques morceaux permet d’éviter toute forme de pression : « Sur un EP, tu as le droit à l’échec de ta promotion. C’est la musique qui parle seule. Sur l’album, on regarde tes chiffres, tes interviews, parce qu’il y a beaucoup plus d’investissement à tous les niveaux. Le but, c’est de ne pas mettre des artistes devant des responsabilités qu’ils ne peuvent pas encore assumer. »

Une approche moins coûteuse et plus souple pour accompagner des jeunes artistes en développement, voire des artistes confirmé.e.s. Deen Burbigo annonçait d’ailleurs sur le plateau du Code ne plus se sentir à l’aise avec la pression régnant autour de l’album. Au mois de juillet dernier, le rappeur dévoile ainsi « OG San », un projet de huit titres.

La recette a séduit beaucoup d’acteur.rice.s de l’industrie musicale. Dès les années 2010, de nombreux label managers ont saisi la vague. Mohamed Ali est l’un d’entre eux.elles. Tête pensante de l’écurie Foufoune Palace, il confie avoir pensé sa démarche dans ce sens lors des premiers pas du rappeur Luidji : « Cet intérêt particulier pour l’EP dans le rap date d’à peine une dizaine d’années. Quand j’ai commencé à bosser avec Luidji, en 2014, on a choisi logiquement ce format pour démarrer. Hors de question de sortir beaucoup de morceaux d’un coup sans fans et sans attente. C’est censé être la consécration d’un artiste. Et avant d’en sortir un deuxième, on s’est permis de sortir un nouvel EP, « Boscolo Exedra », parce que ça collait avec ce qu’il voulait raconter. » Une marge de manœuvre autrefois impensable : « Le marché et l’économie du disque étaient régis différemment. Cette liberté artistique existait moins. Il fallait vendre des disques, rentrer en radio, on était plus bridé. » 

Streaming sensation

L’un des facteurs clés de ce changement d’approche, c’est l’arrivée du streaming. Cette nouvelle manière de consommer de la musique donne au rap un souffle nouveau. Les performances des écoutes en streaming sont comptabilisées dans les chiffres de vente par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP, organisme qui attribue les certifications or, platine et diamant aux singles et aux projets, NDLR) et les plateformes deviennent des laboratoires à ciel ouvert où la créativité autour du format se renouvelle.

Sortir de la musique devient alors moins coûteux et plus accessible, entraînant une productivité jamais vue de la part des artistes (revoir plus haut l’infographie réalisée à partir des données accessibles sur le site collaboratif Genius, NDLR). « On skip beaucoup, on écoute les albums pour en tirer un ou deux singles, on écoute les tops Spotify, ça a favorisé l’EP. On a moins de temps et on veut écouter bien et super vite, explique l’un des chefs de projet de la maison de disque Universal Music France, aussi directeur artistique de rappeurs à succès, qui a souhaité rester anonyme. Les cinq ou six titres vont se démocratiser de plus en plus pour pouvoir faire respirer les discographies, tout en permettant aux rappeurs de rester très productifs. Tu imagines Drake ressortir un album en fin d’année ? Le public ne peut plus tout écouter. »

« Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. »

Un chef de projet d’un label parisien à Mosaïque

Pour les jeunes artistes, se positionner dans ce nouvel écosystème est une nouvelle paire de manche. Il faut pouvoir être remarquable au milieu du flot des sorties hebdomadaires. Ce chef de projet et directeur artistique dans un label parisien, également anonyme, le constate auprès de l’un de ses artistes en développement : « On s’est fait remarquer avec des EP courts, efficaces et faciles à digérer pour les nouveaux auditeurs. Il y a tellement de chose à découvrir que oui, si on ne connaît pas ton nom, on ne peut pas se manger un projet de 18 tracks. »

Pourtant, les albums longs n’ont jamais cessé d’être dominants. En 2020, 60 % des sorties comptent plus de huit titres. « Je suis surpris qu’il y ait encore autant d’albums. Ce n’est pas adapté à tous les types d’artistes, s’étonne Mehdi Maïzi. Je crois que je préfère écouter Leto sur un EP par exemple. Il a plus la possibilité de donner ce que son public attend, sans les passages obligés de l’album qui lui correspondent moins. Il y a des artistes qui cartonnent en singles et qui sortent des albums qui marchent beaucoup moins bien. Il peut y avoir du remplissage, alors que le streaming te permet de faire tout ce que tu veux. » 

Même son de cloche pour le chef de projet du label parisien : « Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. Je pense que ça augmenterait considérablement son volume de streams. »

Le petit frère mal-aimé de l’album

Pourquoi, alors, l’EP est-il toujours le petit frère mal-aimé de l’album ? L’industrie garde une affection particulière, presque déraisonnée, pour le long format. Une vieille habitude à laquelle on n’ose que très peu toucher. Cette situation, le chef de projet d’un label parisien l’observe de l’intérieur : « Les labels et les maisons de disque font encore signer des artistes pour deux ou trois albums. Beaucoup essayent de se libérer de ces vieux contrats en sortant des projets commandés mais qui ne répondent pas à leurs besoins de développement. » 

Les médias généralistes se sont également mis au pas de ce fonctionnement : « Ils ne parlent que très peu des EP. Je me suis déjà fait repousser quand je présentais des projets courts à des entreprises de presse nationale. Ils se focalisent sur l’événement album parce qu’ils n’ont pas le temps de tout suivre. C’est vraiment une ancienne école », explique Cécile Plancke. D’autant plus que certains EP impressionnent par leur impact médiatique et commercial, en témoigne le succès de « Mafana » du rappeur Oboy (2020) qui comptabilise une centaine de millions de streams, même si la certification est toujours plus délicate à décrocher.

« Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? »

Mehdi Maïzi à Mosaïque

En attendant les chiffres de l’année 2021, des EP comme celui de Koba LaD (« Cartel : volume 1), de Benjamin Epps (« Fantôme avec chauffeur ») ou encore de Nemir (« Ora »), ont déjà marqué ces derniers mois et certains titres ont intégré les rotations des radios. Rachid Bentaleb est programmateur pour la radio Mouv’ du groupe Radio France. Il confie recevoir de plus en plus d’EP et constate une nette hausse de leur qualité : « Les EP qu’on écoutait avant, c’était parfois des compilations de titres qu’on ne mettait pas dans l’album. Ça se sentait. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus cohérents et travaillés. L’EP n’est plus un format de recyclage. »

Tout au long de l’enquête, une question a été systématiquement posée : « Le format long va-t-il un jour devenir minoritaire ? » « Non », répondent les observateur.rice.s, confiant que l’album conservera un caractère spécial pour les oreilles des auditeurs et auditrices. Mehdi Maïzi tranche : « Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? Ça serait bien de continuer à dynamiter ce format. »

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Kojaque dépeint le désespoir de la jeunesse irlandaise // Kojaque depicts the despair of Irish youth

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En français / In French

Ce vendredi 25 juin 2021, le rappeur irlandais Kojaque sort « Town’s Dead », son premier album avec lequel il entend conquérir le monde depuis le confort de sa maison d’enfance. Produit lors du premier confinement, ce projet de seize titres raconte l’histoire d’un triangle amoureux qui se déroule le soir du nouvel an. En réalité, ce thème va lui servir de toile sur laquelle il peint une image plus vaste de l’Irlande, de sa capitale Dublin, et des problèmes auxquels sa génération a été confrontée. 

Le mois dernier, nous avons eu l’occasion d’échanger avec le rappeur ainsi qu’avec Brién, le producteur phare du projet, Célia Tiab, une chanteuse originaire de Lyon alignée sur trois titres de l’album, et Oscar Torrans, son directeur artistique, en visioconférence pour entrer dans les coulisses de l’élaboration du projet. 

Juin 2020. Le monde entier semble profiter d’un bout de liberté après des longs mois de confinement. Kojaque, de son côté, s’est rendu à Berlin afin de présenter les prémices de son premier album « Town’s Dead » lors d’une session pour les studios COLORS. Après plus d’un an d’absence, il signe son grand retour en performant le titre Shmelly, doté d’une nouvelle coupe excentrique et d’une énergie plus frénétique qu’auparavant. Cette apparition lui a permis de s’ouvrir à un public plus large et de leur présenter un nouvel univers, des nouvelles ambitions ainsi que le début de l’histoire qui va donner vie à son premier album « Town’s Dead », sorti ce vendredi 25 juin 2021.

Il y a sept ans, alors qu’il a 19 ans, le cœur du jeune Kojaque est brisé par un chagrin d’amour, quelques jours avant de se rendre à sa soirée du nouvel an, dans sa ville natale de Dublin. Pour l’artiste, cette expérience lui a servi d’inspiration : « Il y avait pas mal de trucs dont je voulais parler comme la perte et l’amour, un amour qui prend le contrôle sur toute ta vie. » Inspiré par la discographie de Kendrick Lamar, il décide de raconter cette histoire sous la forme d’un album conceptuel. Il nous explique que « c’était comme écrire un livre, toutes les chansons ont servi de chapitres à ce livre ». Ainsi, le projet ressemble davantage à une exploration du quotidien d’un jeune irlandais qu’à une balade musicale de soixante minutes.

Parmi les récits retracés, certains reviennent de façon récurrente. C’est notamment le cas de l’anecdote où Kojaque tente d’acheter de la drogue et se retrouve au sol, roué de coups à la tête. « J’ai voulu créer un genre de monde qu’on pourrait écouter pendant une heure, oublier tout ce qui se passe d’autre, puis, en le réécoutant, découvrir d’autres petites infos et des nouvelles parties de l’histoire qu’on aurait pas capté au début », nous explique-t-il.
Un souci du détail qui va même jusqu’au titre de l’opus : « Town’s Dead », une expression couramment entendue à Dublin. Le directeur artistique du projet, Oscar Torrans, nous précise : « Town est le centre-ville, donc si tu sors la nuit en ville et qu’il n’y a rien à faire, alors “Town’s Dead » (la ville est morte, NDLR). »

Toutefois, la décomposition de la ville, comme le laisse entendre le titre, n’a pas été subite, mais est plutôt le résultat d’un déclin progressif s’étalant sur plusieurs années : « La crise financière mondiale de 2008 a fait éclater une bulle en Irlande et c’est notre génération qui a le plus souffert », nous raconte Oscar Torrans. À tel point que le délabrement économique de Dublin et de l’Irlande est l’un des thèmes principaux de l’album. À plusieurs reprises lors de notre échange, Kojaque exprime sa frustration à l’égard de son pays et de sa ville d’origine : « L’Irlande semble être une punition, ça ressemble parfois à de l’auto-flagellation et même si tu pars, t’as l’impression de trahir les gens. »

Un mécontentement ressenti dans le milieu de la culture, en raison du peu d’espace qui leur est attribué : « Toutes les boîtes de nuit et les espaces underground qui jouaient de la bonne musique ont été fermés et remplacés par des hôtels », précise Oscar Torrans. Mais également en raison du manque d’opportunités pour les jeunes artistes du pays : « C’est si arriéré. Il y a un tas d’écrivains et de musiciens irlandais que le gouvernement adore citer pour chaque discours mais comment peuvent-ils prétendre savoir ce qui est important culturellement alors qu’ils étouffent les opportunités pour la nouvelle génération d’artistes ? », raconte Kojaque, « soit les jeunes quittent le pays, soit ils sautent d’un pont. »

Malgré ce sentiment d’amertume, l’artiste semble vouloir s’assurer que sa musique mette son identité irlandaise en avant. Même la coupe de cheveux qu’il arbore, mi-blond, mi-brun foncé, évoque une pinte de Guinness, la boisson alcoolisée traditionnelle en Irlande. « Les Irlandais sont très revendicateurs », nous a affirmé Célia Tiab qui est en featuring sur l’album, « J’ai déjà entendu Kojaque dire : “ici c’est pas la scène UK, on est Irlandais !” ». Cela a aussi résonné chez Oscar Torrans : « Tous les trucs auxquels il fait référence dans ses textes, et moi dans mes visuels, proviennent de nos origines dublinoises. » Le directeur artistique s’est ainsi assuré que la pochette du projet réponde à cette demande d’affirmation irlandaise : « J’ai opté pour l’idée d’un enterrement et puis j’ai recherché tout un tas de traditions irlandaises intéressantes, les flammes qu’on aperçoit sur le W de Town’s Dead font référence aux trois châteaux en feu qui sont sur le blason de la ville. » 

Pour le rappeur, l’esthétique de son album est motivé par sa passion pour l’art visuel plutôt que par un besoin de promotion : « On n’a qu’une seule chance de présenter une chanson et je vois ça comme un défi de lui accorder une nouvelle vie, un nouveau contexte, un nouveau sens en y attachant une image. » Cette dévotion montre une certaine polyvalence artistique, ressentie tout au long de l’album : « Il y a beaucoup de sons différents, mais pour moi, ça sonne harmonieux… Si tu retrouvais mon iPod d’il y a dix ans et que t’appuyais sur aléatoire, voilà ce que ça donnerait. » Brién, producteur de six morceaux sur l’album, nous a fait part des diverses ambiances qui ont imprégné le studio pendant les séances d’enregistrement : « On avait l’impression de pouvoir passer d’un morceau latino, à un morceau punk, à un truc plus doux. »

Au cours des cinq ou six dernières années, Kojaque a eu le temps de définir sa musique comme une composition créative couronnée de cohérence. Cependant, même s’il souhaite faire de sa musique une expression sincère de lui-même, il n’a pas pu échapper à la catégorisation de sa musique dans les médias qui lui auraient collé l’étiquette de soft boy (gentil garçon, NDLR) depuis la création de son label Soft Boy Records avec des amis à lui. « Ce qui m’a le plus affecté c’est que certains ne se faisaient même pas leur propre avis en écoutant ma musique, ils lisaient seulement ce qui avait déjà été écrit par quelqu’un d’autre. » Il affirme que « les gens ont déjà leurs idées préconçues et ils aiment bien qu’on y corresponde. Si on se limite aux vieilles manières de faire les choses qui marchaient auparavant, on réussira jamais à se renouveler. »

Ce besoin de reconnaissance découle de sa volonté de précision et de justesse dans son travail. Selon ses différents collaborateurs, s’il a une idée précise en tête, il est prêt à tout pour qu’elle aboutisse. Brién, son producteur, nous raconte « qu’il s’amuse beaucoup tout au long du processus de création mais il se laisse rarement distraire ». Célia Tiab, quant à elle, le perçoit « un peu comme le Magicien d’Oz, il réunit toutes les bonnes personnes pour faire les bonnes choses, toujours de manière pertinente ». Le rappeur tranche : « En vrai, la musique est quand même un bon catalyseur d’amitiés, je trouve ça surtout important de s’entourer de bonnes personnes, c’est aussi simple que ça. »

Pour Kojaque, il est tout aussi essentiel de bien s’entourer que d’avoir du bon goût en termes d’influences. Des influences parfois tournées vers la Belgique : « J’ai découvert Claire Laffut à un festival à Genève et j’ai aussi vu Hamza à un festival à Paris avec une meuf qui me l’avait vendu comme le plus gros artiste français. » D’ailleurs, une des chansons les plus émouvantes de l’album a été influencée par un musicien français. En effet, No Hands sample Computer Dreams de Michel Polnareff. « J’suis tombé dessus il y a 6 ans sur YouTube. J’ai découpé la première partie pour recréer le son funèbre du vieux piano Rhodes (une marque de piano, NDLR), je ne pensais pas que j’allais obtenir les droits du sample mais il me fallait absolument ce son, c’est ce qui faisait tout le morceau. » 

Quant aux durs souvenirs du suicide de son père évoqués par ces notes de piano, il nous a partagé que : « Devoir faire face au suicide à un si jeune âge ça t’affecte. Nos parents ont un impact sur nous que ça soit par leur présence ou par leur absence mais, en vieillissant, j’ai su en parler et ça s’est amélioré. » Il finit en avouant que « le sentiment que j’ai eu en écrivant le morceau pour la première fois n’est pas le même que celui que j’ai maintenant, mais là, j’ai surtout hâte de le jouer en live à Dublin même si je vais surement chialer (rires). »

Lorsqu’on lui demande ce qu’il compte faire après avoir tenté de ressusciter sa ville mourante, la réponse de Kojaque illustre l’ambition qui le caractérise : « Mmmh laisse-moi y réfléchir… sa mère, pourquoi pas être nommé aux Grammys ? » Il conclut en souriant : « Je veux tous les avoir ! (rires), j’ai trop travaillé pour ne pas être récompensé. »

La réalisation de la cover 

La pochette de « Town’s Dead » a été réalisée par le directeur artistique Oscar Torrans. Il raconte point par point les étapes de son travail. 

Découvrez-les en cliquant sur les animations ci-dessous. Activez le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

En anglais / In English

On Friday, June 25th, 2021, Irish rapper Kojaque will release ‘Town’s Dead’, his first album, with which he plans to conquer the globe from the comfort of his childhood home. Produced during lockdown, the 16-track piece tells the story of a love triangle that occurs on New Year’s Eve. In practice, though, this theme is a canvas on which he paints a broader picture of Ireland, its capital Dublin, and the issues that his generation are facing. 

Last month, we had the opportunity to speak via video with the rapper, as well as Brién, the project’s lead producer, Célia Tiab, a singer from Lyon whose voice can be heard on three of the album’s tracks, and Oscar Torrans, the project’s artistic director, to go behind the scenes of the project.

June 2020. The whole world seemed to be reveling in the small amount of freedom they had been granted after months of lockdown. Kojaque, on his part, traveled to Berlin to preview his debut album « Town’s Dead » at a session for COLORS in their studios. After more than a year’s absence, he made his comeback with Shmelly, sporting a new hairstyle with a frantic energy to match. This appearance has allowed him to gain exposure to a wider audience and present them with a new universe, grander ambitions and the beginning of the story that will give life to his first album ‘Town’s Dead’, released this Friday, June 25th, 2021.

Seven years ago, at the age of 19, the young Kojaque’s heart is broken, a couple of days before a New Year’s Eve party in his hometown of Dublin. This event sparked the inspiration for the artist’s project: « There were a lot of topics I wanted to talk about like loss and love, a love that takes over your whole life. » Inspired by Kendrick Lamar’s albums, he chose to tell this story through the form of a concept album. He explained that « it was like writing a book, all the songs served as chapters to that book« . As a result, the project sounds more like an exploration of a young Irishman’s daily life than a sixty-minute musical ballad. Among the stories told, some of them occur repeatedly. One example is when Kojaque tries to buy drugs and ends up on the ground, battered and covered in blood.

« I wanted to create a kind of world that you could listen to for an hour, forget everything else that’s going on, and then, when you listen to it again, discover other little bits of information and new parts of the story that you wouldn’t have picked up on at first« , he explains. This attention to detail even extends to the title of the album: « Town’s Dead », an expression commonly heard in Dublin. The project’s artistic director, Oscar Torrans, explains: « Town for us is the city center, so if you go out at night in the city and there’s nothing to do, then ‘Town’s Dead’.”

However, the city’s decay, as the title suggests, wasn’t sudden, but rather the result of a gradual decline over a number of years: « The global financial crisis of 2008 burst a bubble in Ireland and it was our generation that suffered the most« , explains Oscar Torrans. So much so that one of the album’s main themes is the economic downturn of Dublin and Ireland. Throughout our conversation, Kojaque conveys his frustration with his home country and city: « Ireland feels like a penance, sometimes like self-flagellation and even if you leave, you feel like you’re betraying people« . 

This discontent is particularly felt in the cultural sector due to a shortage of space: « All the nightclubs and underground venues that played good music have been closed and replaced by hotels« , states Oscar Torrans. But equally, due to a lack of opportunities for the country’s young artists: “It’s so backwards, there are a lot of Irish writers and musicians that the government loves to quote for every speech, but how can they claim to know what’s culturally important when they’re strangling opportunities for the next generation of artists?« , Kojaque tells us, « Young people either leave the country or they go jump in the river. »

Despite this feeling of bitterness and anger, the musician wants to guarantee that his music reflects his Irish identity. Even his half-blonde, half-dark brown haircut is reminiscent of a pint of Guinness, Ireland’s traditional beer. « The Irish are quite vociferous« , Celia Tiab, who appears on the record, remarked. « I’ve heard Kojaque say: ‘This isn’t the UK scene, we’re Irish!’” Which also resonated with Oscar Torrans: “All of Kojaque’s lyrical references and all of my visual references come from our Dublin roots« . The art director also made sure that the album’s cover art met this demand for Irish affirmation: « I went with the idea of a funeral and then I looked for a bunch of interesting Irish traditions« , he says, « The flames on the W of Town’s Dead are symbolic of the three burning castles on the town’s coat of arms. »

For the rapper, the album’s esthetic is motivated by his passion for visual art rather than a need for promotion: « You only get one chance to present a song and I see it as a challenge to give it a new life, a new context, a new meaning by attaching an image. » This dedication demonstrates a certain artistic versatility, which can be heard throughout the album: « There are a lot of varied sounds on it, but to me it sounds harmony… If you found my iPod from ten years ago and pressed on shuffle, this is what it would sound like. » Brién, producer of six tracks on the album, informed us of the various moods that permeated the studio during the recording sessions: « it felt like we could go from a Latin tune, to a punk track, to something softer…” Over the past five or six years, Kojaque has had time to define his music as a unique concoction of creative coherence.

However, even if he wants his music to be a sincere expression of himself, he hasn’t been able to escape the categorisation of his music in the media who have, according to the rapper, labelled him as a ‘soft boy’ since the creation of his label Soft Boy Records with his friends. “What affected me the most is that they didn’t even have to listen to my music to make up their own opinion. All they had to do was read what someone had already written about me.” He feels that « people have their preconceptions and will always try to box you in but I feel that if we limit ourselves to the old ways of doing things that used to work, we will never be able to reinvent ourselves« . 

This need for acknowledgement comes from his desire for precision and accuracy in his work. According to his various collaborators, if he has a specific idea in mind, he will do everything to make it happen. Brién, his producer, tells us that « he has a lot of fun during the process but rarely gets distracted« . Célia Tiab sees him “a bit like the Wizard of Oz, he brings all the right people together to do the right things, always in the right way« . The rapper makes a point of saying that “music is a good catalyst for friendships, I just find it important to surround yourself with good people, it’s as simple as that.”

For Kojaque, surrounding yourself with the proper people is equally as important as having good taste in influences. Influences sometimes turned towards Belgium: « I discovered Claire Laffut at a festival in Geneva, and I also saw Hamza at a festival in Paris with a girl who sold him to me as the biggest artist in France. »
Moreover, one of the album’s most moving songs was influenced by a French musician. No Hands samples Michel Polnareff’s Computer Dreams. « I discovered it on YouTube six years ago. I chopped up the first half of the song to recreate this haunting sound of the old Rhodes piano (a piano brand). I didn’t think we’d clear the sample but I needed it so badly, the sound kinda makes the song.” 

The song deals with the sensitive subject matter of his father’s suicide which is evoked by those piano notes. Kojaque shared with us that « having to deal with suicide at such a young age affects you, your parents impact you whether by their presence or by their absence, but as I got older I knew how to talk about it and it got better”. He finishes by admitting that « the feeling I had when I first wrote the song is not the same as the one I have now but I’m looking forward to playing it live in Dublin even though I’ll probably cry (laughs) ».

When asked what he plans to do after trying to resurrect his dying city, Kojaque’s response illustrates his characteristic ambition: « Mmmh, let me think about it… f**k it, why not add a few Grammys to my name? » He concludes, with a smile: « l want all of them ! (laughs), I’ve worked too hard to not be recognized.” 

The artwork for the album’s cover

Oscar Torrans, the artistic director, designed the cover for ‘Town’s Dead.’ He guided us step by step through the different stages of his work.

Click on the animations below to learn more about them. Turn on the sound to get the most out of the experience. Click the bottom right corner of the screen to see it in full screen mode.



 


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Un son, une histoire : Σ. MOROSE, la pièce forte de « QALF infinity »

Avec « Un son, une histoire », Mosaïque s’intéresse aux petites histoires qui font la grande du hip-hop français. Le 28 avril 2021, après presque huit mois d’attente, Damso délivre la deuxième partie de son quatrième album : « QALF ». Perdus au milieu de onze nouveaux tracks, un piano, une guitare et un saxophone se mélangent avec harmonie sur une instrumentale rythmée. Ce titre, Σ. MOROSE, est devenu en quelques jours l’un des morceaux les plus marquants de la carrière du rappeur bruxellois. Pour mieux comprendre la recette de ce succès, nous avons contacté l’un des deux producteurs du titre, Elvin Galland, et le saxophoniste Dieter Limbourg.

En juillet 2018, Damso vient de libérer la troisième pièce de sa discographie : « Lithopédion ». Pourtant, le rappeur ne prend pas de pause et pense déjà les premières pierres de « QALF ». Il réunit alors plusieurs musiciens dans le studio ICP à Bruxelles pour une session studio. Elvin Galland fait parti d’entre eux. Le producteur a été convié par John Hastry (fondateur de l’ICP, NDLR) et ne sait pas encore ce qui l’attend. Il nous raconte : « On ne m’avait même pas dit avec qui j’allais bosser. Damso était là. Le beatmaker Ikaz Boi devait nous rejoindre mais il n’était pas encore arrivé. J’étais venu en tant que pianiste mais je lui ai lâché « Je fais un peu de prod, si tu veux en attendant je te fais écouter deux trois trucs ? » »

C’est ainsi qu’Elvin sort la première maquette de Σ. MOROSE et la présente à Damso. « Je lui ai fait écouter et il a kiffé tout de suite. J’avais mis un synthé de guitare au début, une basse et des batteries que Ikaz Boi a changé. »

Écoutez la première maquette de Morose, composée par Elvin Galland.

Finalement, lors de la session, tous se calent sur son instrumentale. « On s’est mis à nos instruments et on a tous jamé dessus (improvisé, NDLR). On s’est amusé. J’ai fais le piano et les petites mélodies que l’on entend sur les refrains. Le guitariste Jean-Marie Aerts a gratté un peu et le saxophoniste est venu poser son solo. »

À la fin du morceau, une mélodie de saxophone retentit et vient boucler le morceau. Une prise de risque remarquée lors de la sortie du titre. Dieter Limbourg, saxophoniste du groupe OtoMachine, a été contacté spécialement pour l’occasion. Au téléphone, le musicien nous raconte : « Il m’a fait écouter la musique, il y avait plusieurs prods. Il m’a laissé faire et j’ai improvisé. » Pour lui, poser la mélodie d’un instrument à vent sur un beat rap n’est pas une contrainte. Il n’a pas été surpris par ce choix artistique : « Le hip-hop est très connecté au jazz. Cela représente d’autres complexités rythmiques, mais je me suis très bien adapté. »

Pendant la session, Elvin Galland questionne Damso sur sa volonté d’instrumentaliser un peu plus sa musique : « ll m’a expliqué qu’il voulait faire des choses différentes, changer de vibe et de manière de bosser. À ce moment là, il n’avait rien en tête de précis, mais il voulait des aspects un peu plus jazz, plus musical. Se réunir entre musiciens, c’est quelque chose de plus rare dans le rap aujourd’hui. »

Le rappeur propose ensuite une pause à ses invités et commence à écrire avant de poser un couplet. « Ça l’avait inspiré », se rappelle Elvin. Vers 18 h, Damso met fin à la session : « J’ai un peu mal à la tête, on a de la matière, vous pouvez rentrer chez vous. »

Deux ans plus tard, après avoir enregistré ses voix avec Jules Fradet et envoyé le titre au mixage chez Nk.F, il dévoile Σ. MOROSE le 28 avril 2021 sur la tracklist de « QALF infinity ». Très rapidement, le morceau se hisse en tête des classements et devient le son le plus écouté en 24 h sur Spotify France en 2021. Devant ce succès, une version clippée a dores et déjà été annoncée par l’artiste lui-même.

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PH Trigano & Phasm, les chefs d’un orchestre hors du commun

Pour favoriser la création, les artistes se réunissent parfois en résidence autour d’une œuvre pour la développer et la peaufiner. C’est dans ces conditions que le groupe bruxellois L’Or du Commun a donné naissance à leur deuxième album :  « Avant la nuit », disponible ce vendredi 14 mai 2021. Pour travailler la matière musicale et concentrer leurs textes dans quatorze titres cohérents, les trois rappeurs se sont entourés des producteurs et réalisateurs PH Trigano et Phasm. Interrogés chacun de leur côté, les deux musiciens, aussi colocataires, ont fouillé dans leurs souvenirs pour nous raconter plusieurs semaines de travail et de composition. Pour eux, le mot d’ordre est clair : innover et revenir à l’essence même de ce qui fait la musique pour sortir un disque unique.

« On était complètement coupé du monde. Pas de réseau, des vaches, la totale. Notre seule sortie du jour, c’était pour aller faire les courses », raconte le compositeur PH Trigano. Perdu dans les hauteurs des Ardennes, un studio discret laisse échapper des nappes de synthé de l’une de ses fenêtres. À l’intérieur : des musicien.ne.s, des instruments, des producteurs, des machines, des artistes et de l’énergie. C’est pour mieux créer qu’entre novembre 2019 et juin 2020, Primero, Loxley et Swing, le trio de L’Or du Commun, se réunissent en résidence pour élaborer une nouvelle œuvre. Ils se retranchent ainsi entre les murs du studio GAM pour dessiner les traits d’un deuxième album attendu :  « Avant la nuit ».

Avec eux, les musiciens PH Trigano et Phasm mènent en tandem la réalisation et la production de l’opus. « On était dans une baraque à l’ancienne. L’acoustique a été faite dans les années 1970. Ça rend l’écoute vraiment chouette. Il y aussi un piano droit qu’on a pas mal utilisé et la salle de prise est cool. C’est à moitié roots mais techniquement c’est parfait. Le studio n’est pas clinquant mais les prods qu’on peut y faire sonnent bien parce que tu entends tout », décrit PH Trigano. Un cocon musical dont il a préféré taire l’adresse exacte pour garder l’endroit secret, réservé aux quelques connaisseur.se.s.

Dans cette scène, aux allures de huit clos, l’équipe a décidé de concentrer ses forces pour achever le disque.  « L’Or du Commun a choisi de s’ouvrir à de nouveaux beatmakers après avoir beaucoup bossé avec Vax1. Ils voulaient trouver de nouvelles couleurs et ne pas s’enfermer », explique Phasm. PH Trigano nuance : « S’ouvrir oui, mais ça pose aussi des problèmes. Tu te retrouves avec des prods de plein de gars différents. À la fin tu dois tout relier. » Pour faire le lien, le groupe fait appel aux deux producteurs, capables de comprendre les besoins de chaque morceau et de proposer des solutions.

Empreints d’inspirations américaines, les deux hommes, également colocataires, se complètent. Tandis que le chef d’orchestre du projet d’Ichon « Pour de vrai » maîtrise la mélodie, l’autre se distingue dans l’art de la percussion. Phasm précise : « J’étais surtout l’ingénieur son, j’enregistrais les voix et je prémixais les tracks. PH était plutôt sur les compositions et les arrangements. Les membres de L’Or du Commun sont très exigeants et savent exactement ce qu’ils veulent. On a été le tampon décisionnel pour pouvoir avancer et choisir ce qui allait fonctionner le mieux. »

« Terminer un album, c’est comme finir de construire une maison. Il faut peaufiner les fondations, élever les murs, peindre, c’est ça le délire », image PH Trigano. Et pour obtenir une architecture cohérente et uniforme, les deux beatmakers centralisent les travaux en proposant un univers sur mesure pour porter la mélancolie bien connue des trois rappeurs, mais aussi en apportant une atmosphère nouvelle. Un cocktail qui fait le lien entre l’ADN du groupe dans des morceaux comme C’est Dingue ou Négatif et un vœu de renouveau. Le musicien barbu poursuit : « On a amené des touches RnB dans les morceaux Sable ou À l’aube par exemple. On a aussi rajouté un côté organique avec l’utilisation du piano droit qu’on avait sur place et qui est très liant dans cet album. On en retrouve dans Nuit d’hôtel, Inertie, Pollen… Ça s’adapte à leur identité rap qui n’est ni du kick permanent, ni de l’ultra moderne à la Laylow. »

Sur les rails de cette direction artistique, les deux producteurs n’hésitent pas à revisiter complètement des maquettes déjà enregistrées. C’est le cas du morceau Inertie, la septième piste de la tracklist. « À la base, il y avait des couplets de Primero et de Loxley sur une prod trap de Dolfa, se souvient Phasm. On savait que c’était pas ça qui allait mettre en valeur le texte. On en a fait un morceau musical avec un piano et une batterie progressive, alors que c’était du pur rap. Et c’est ce travail qu’on a fait sur tous les tracks, à la manière d’un album de Kendrick Lamar ou du dernier Damso : « QALF ». On était tous effrayé de proposer quelque chose qui ressemblerait à une œuvre qui a déjà été faite. »

Guidés par un souci de l’instrumentalisation, les deux compositeurs mettent de côté les logiciels de production pour revenir à la raideur des notes imprimées sur le papier et posées sur un pupitre métallique. Sur les morceaux Pas de regrets, Ciel rouge et Inertie, ils choisissent ainsi d’inviter un quatuor de musicien.ne.s avec une contrebasse, un alto, un violon et une flûte. « C’était magique, confie PH Trigano avec enthousiasme. Ce sont des instruments que l’on entend peu dans le rap. On a tout composé et ils ont joué nos partitions. C’était une idée de Phasm et un vrai plaisir en tant que producteur. »

« C’était magique. Ce sont des instruments que l’on entend peu dans le rap. On a tout composé et ils ont joué nos partitions. »

De la même manière, ils préfèrent opter pour l’enregistrement de véritables hit-hats (ou Charlets, instrument de percussion composé d’une paire de cymbales, attachée à une batterie, NDLR) sur le titre Pollen pour retrouver des sonorités plus authentiques. Sur ce même morceau, L’Or du Commun s’offre d’ailleurs la présence de Roméo Elvis, révélé au grand public grâce à ses collaborations avec le groupe. Autour du piano droit du studio GAM, toute l’équipe participe à la composition du track : « On cherchait les accords ensemble, c’était chanmé. Tout le monde kiffait. C’est le manager de l’ODC qui a fait la topline du refrain. On avait pris deux verres de vin et il a voulu poser sa voix sur de l’auto-tune pour se marrer. On lui a mis la prod de Pollen et il a fait un putain de refrain. J’aime les histoires comme ça, c’est ça la musique, c’est humain ! », raconte PH Trigano.

Sur le deuxième featuring de l’album, Banane, qui mêle les voix de Caballero, Zwangere Guy et Roméo Elvis pour un all star Bruxelles, le compositeur dit avoir été impressionné par la performance de l’auteur de « Chocolat » : « Avec Phasm, on a fait la prod en trente minutes. Il écoutait et n’a pas arrêté d’écrire. Au bout d’un moment il a fait « je peux aller rec ? », et il a posé sa partie en deux ou trois prises. Roméo a tué ça. Sur le coup, on se disait qu’il fallait qu’on lâche une bastos. Il y avait un peu de pression, mais positive. » Lorsqu’on lui demande si le pari est réussi, il répond sans détour : « Le morceau est très bon. C’est une prod très cainri avec des influences Kanye West : des couplets sombres, une prod qui switch pour apporter un rayon de soleil de gospel et des voix samplées. »

Une fois la résidence terminée, les quatorze maquettes prennent la direction du studio de Jules Fradet pour le mixage. Mission accomplie pour les deux Belges, la tête pleine de musique et de souvenirs. PH Trigano ajoute, penseur : « Tu ressors de ça, t’es au top. C’est comme de la méditation. Tu as bien mangé, bien dormi, tu regardes des films le soir, parfois les étoiles, tu fais des chichas… Des moments qui te rajoutent des points de vie plutôt que de t’en ôter. »

La réalisation de la cover

La pochette de « Avant la nuit » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

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Un son, une histoire : Quand Diam’s invite Lino

Avec « Un son, une histoire », Mosaïque s’intéresse aux petites histoires qui font la grande du hip hop français. Au début des années 2000, alors que le rap sort de sa période « d’âge d’or », les maisons de disque sont à la recherche de la prochaine pépite du rap français. L’unique et intemporelle Diam’s est alors projetée sur le devant de la scène. Elle débarque en 2003 avec « Brut de femme », un album certifié disque d’or et nommé meilleur album de l’année dans la catégorie « rap / hip hop » aux Victoires de la musique en 2004. Le projet est marqué par une collaboration inédite, orchestrée par la rappeuse du 91, qui invite Lino, membre du duo Ärsenik, comme auteur sur le titre Madame qui ?. Djimi Finger, son producteur, nous raconte les coulisses du morceau.

2003. Au cœur du 19e arrondissement de Paris, rue Botzaris, Diam’s est en studio. Derrière la vitre, Lino pose sa voix au micro. Aux côtés de la rappeuse, Djimi Finger, producteur iconique du duo Ärsenik, donne les dernières retouches au titre qui deviendra Madame qui ? : la sixième piste de l’album « Brut de femme » de l’artiste francilienne.

Le compositeur, de son vrai nom Jimmy Mulamba Waiki, chef d’orchestre des plus grands succès de Calbo et Lino, a l’habitude de travailler avec les membres du collectif Secteur Ä. Mais pour la première fois, il collabore avec Mélanie Georgiades, aka Diam’s. Il nous raconte : « À cette époque, elle vient de signer chez le label Hostile. Et pour ce nouvel album, elle a une demande spéciale. Elle veut que Lino écrive l’un de ses morceaux. Stéphane, l’un des mecs du label Première Classe, a donc fait appel à moi pour produire le son. » 

Le producteur sample le titre Heartbeat de Gary Wright. Des sonorités tendances à l’époque où Diam’s est en pleine préparation de son deuxième projet dans lequel elle veut mettre en avant l’écriture de Lino. Il.elle.s se retrouvent en studio : « Lino kick le morceau en one shot. Mélanie est vite rentrée dans l’univers et a posé ensuite. Le son était né », explique Djimi Finger, qui se souvient de cette session comme d’un « super bon moment ». 

En invitant le rappeur, Diam’s passe une commande comme les américain.e.s en ont l’habitude. Une pratique peu répandue en France et qui fait dire au compositeur de Madame qui ? : « Elle était vraiment précurseur. À l’époque c’était mal vu qu’il y ait un ghostwriter même si, pour le coup, il n’était pas caché. Je pense que c’est mieux passé auprès de tout le monde parce que la démarche venait d’une femme. Imaginez si elle avait écrit un track pour un homme, ça aurait fait scandale. Lino avait déjà écrit pour d’autres rappeurs et ça ne passait pas si bien. »

L’artiste n’a d’ailleurs aucune intention de laisser dans l’ombre l’auteur du titre. Bien au contraire. Lino confiait d’ailleurs à Booska-p : « Diam’s, quand elle m’a appelé pour que je lui fasse un texte, le premier truc que je lui ai dit c’est “mais pourquoi tu me demandes ça, t’écris bien, tu n’as pas besoin de moi !” (rires). En fait, elle voulait vraiment faire un petit hommage et donc revendiquer que c’était mon texte. »

C’est ainsi sans surprise que Mélanie nomme le track Madame qui ?, en référence à l’incontournable Monsieur qui ?, présent sur le deuxième album studio d’Ärsenik (« Quelque chose a survécu… »). Un clin d’œil à celui qui fait briller son style le temps d’un morceau et un honneur pour celle qui saluait le groupe dans Mon répertoire (« Brut de femme »). Avec ce titre, elle rendait hommage à toutes ses inspirations musicales et laissait entendre, déjà, la voix de Lino : « À tous ceux qui déroulent, qui défoncent et qui froissent : Ärsenik, (tu sais). »

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« JVLIVS II » : le braquage de la composition

Le Vésuve vient de rentrer en éruption. SCH a dévoilé la deuxième partie de « JVLIVS », vendredi 19 mars 2021, et enchaîne les certifications. Porté par le succès de Bande organisée, il propose une nouvelle fenêtre sur son univers mafieux et corrompu avec une batterie de compositeurs, bien plus nombreux que sur le premier volet. Ils se nomment DJ Ritmin de la Katrina Squad, Hood Star, Enigma, Shaz ou encore Stef Becker, et tous ont participé à l’édifice « JVLIVS ». Pendant plusieurs jours après la sortie du disque, nous avons échangé avec ces maîtres du son par téléphone. Covid-19 oblige. Chez chacun d’entre eux, nous avons retrouvé la même surprise devant le succès du projet et la progression de SCH. Ils se sont appliqués à nous raconter les coulisses de la conception musicale de cet album, œuvre angulaire de la carrière du rappeur d’Aubagne.

Cheveux au vent, Beretta à la ceinture, JVLIVS fait face à la mer. Derrière des lunettes de soleil qui dissimulent un regard vicieux, il surveille les derniers containers se faire acheminer sur le port de Gibraltar. En troquant sa fourrure pour un costume en damier, taillé sur-mesure par les plus grand.e.s couturier.ère.s d’Andalousie, il respire d’autres ambitions. Plus de terrain, plus de conquête. Le prince de la mafia marseillaise est affamé… Et il a le bras long. Habile pour découper le cigare et les têtes ennemies, il sait aussi s’entourer de mercenaires d’expérience pour mieux asseoir son charisme et sa fougue. Le S s’entoure de solides collaborateur.rice.s, prêt.e.s à tout pour porter haut les couleurs de la cité phocéenne dans le monde.

DJ Ritmin est l’un d’entre eux. Déjà architecte du premier tome, le compositeur s’est aligné de nouveau avec le collectif de la Katrina Squad. À la réalisation de cette nouvelle entreprise mafieuse, le producteur a pris la mesure d’un changement de décor. La consigne : quitter la Sicile et ses mandolines italiennes, pour la chaleur étouffante du Maghreb et de l’Espagne. Au téléphone, le Toulousain nous retrace la genèse du périple : « Tout a commencé avant la sortie de « Rooftop ». Guilty (Katrina Squad) et SCH ont convenu ensemble de la nouvelle ambiance de « JVLIVS II ». J’ai fait la première instrumentale dans la foulée. Une prod très orchestrale et mythologique : Gibraltar. » 

Imprévisible, le rappeur s’envole avec quelques compositions et se fait plus discret. C’est seulement quelques mois avant la sortie de l’opus qu’il retrouve le beatmaker pour achever le travail des interludes. « Il fallait que j’ai toutes les maquettes de l’album pour réaliser La battue et Le coup d’avance et pouvoir faire le lien entre les morceaux. Ensuite, Furax Barbarossa a écrit le texte sur ma musique et José Luccioni, la voix française d’Al Pacino (acteur principal du film « Le Parrain », NDLR) a posé sa voix. Pour cela, nous avons appliqué la même recette que pour le premier volet de « JVLIVS », explique DJ Ritmin avec son accent ensoleillé.

Au moment où j’ai lancé la prod de Loup Noir dans le studio, tout le monde était choqué. Plus un mot. Koffs qui était là pour l’écoute disait que c’était génial. SCH a commencé à gratter tout de suite.

– Hood Star

Même recette, même méthode. L’artiste opère toujours avec rigueur pour parvenir à ses fins. La tête chargée des films de bandits qui ont bercé son enfance, SCH veut faire vivre son héritage grâce aux images. L’exigence est donc de mise lorsqu’il s’agit de sélectionner les lignes de notes qui donneront vie à son récit. C’est pendant cette quête que le hors-la-loi a croisé la route d’Hood Star, l’auteur de Loup Noir. La bonne fortune diront certains. « Au moment où j’ai lancé la prod dans le studio, tout le monde était choqué. Plus un mot. Koffs qui était là pour l’écoute disait que c’était génial. Le S a commencé à gratter tout de suite et s’est enfermé dans son cocon. On savait qu’il voulait écrire quelque chose de profond », se souvient le producteur avec fierté. Il reprend : « Pendant qu’il écrivait, il n’arrêtait pas de répéter qu’il voyait le rappeur Lino (Ärsenik) sur l’instru. En trente minutes, le premier couplet était posé. »

Avec quelques battements de cœur, un électrocardiogramme plat et une envolée de batterie et de violons, le beatmaker propose, sans le savoir, l’outro de la bande originale du projet. « Pour composer Loup Noir, je me suis fait une histoire dans ma tête. La prod raconte quelque chose. Je n’avais pas encore bossé avec un artiste à l’univers cinématographique. » Un jackpot pour celui qui explique s’inspirer « de musique de films, et surtout des morceaux d’Hans Zimmer » (« Pirates des Caraïbes », « Interstellar », « Gladiator », NDLR).

En cinq années de crime, les côtes méditerranéennes sont désormais siennes. Pourtant, SCH le sait, étendre son territoire rime avec prise de risque. Le plan s’est dessiné comme une évidence : il devra traverser de nouvelles zones de danger. Pour anticiper le massacre, le truand s’est armé de productions inédites, qu’aucun.e ne l’aurait imaginé choisir. Lors d’un séminaire à Toulouse, Enigma fait parti des nombreux compositeur.rice.s réuni.e.s autour du rappeur. C’est à cette occasion que le titre Euro voit le jour. 

Le beatmaker qui lui avait envoyé la prod trois mois auparavant explique avoir été surpris par son choix : « Je ne pensais pas qu’il la garderait. J’ai utilisé des sonorités différentes de ce qu’il utilise d’habitude. La voix que l’on entend est un sample d’une vieille mélodie japonaise. » En studio, il assiste discrètement au travail de la rappeuse Meryl qui pose un air sur sa maquette : « Elle était là pour proposer des toplines à SCH. Dès qu’elle est passée sur ma prod, il a décidé d’écrire dessus. »

Quelques temps après la sortie de « Rooftop », DJ Ritmin compose Marché Noir et fait un constat similaire. Le kicker veut sortir des cadres. Le producteur s’étonne : « J’ai été désarçonné par son choix et par son flow sur le premier couplet. On s’attend à ce qu’il soit mélodieux, mais il découpe. Il est simple, tout en étant décalé. J’ai su en retravaillant la maquette au studio que ce serait un gros track. » 

Même son de cloche chez le musicien Shaz, l’un des artisan.e.s de l’opus. Le S n’hésite pas à s’extraire de sa zone de confort artistique pour provoquer le succès. Il confirme : « 90 % des rappeurs ne poseraient pas sur certaines de ses prods. C’est le cas de Crack, avec sa rythmique à trois temps, très technique et perturbante, mais aussi sur Plus rien à se dire », morceau qu’il a lui-même composé. Sur ce titre en deux parties, le beatmaker a commencé par superposer « une nappe de synthé, une progression d’accords classiques avec une texture cloud et des guitares presque PNL dans l’esprit ». En s’appuyant sur les basses, il ouvre le son sur « des sonorités house et mélancolique ». Grâce à ces quelques notes, le mafieux signe un retour en ville. Un virage assumé vers Marseille et la vivacité de ses BPM. « C’est malin de choisir Plus rien à se dire pour faire une transition douce vers son featuring avec Jul », ajoute Shaz.

L’alchimie de sa voix, son charisme et sa prestance sur des productions marseillaises est très bonne. La première fois que j’ai l’ai vu sur ce genre de prod, c’était pour L’étoile sur le maillot (« 13 Organisé ») et j’ai été impressionné.

– Stef Becker

Tête baissée, JVLIVS fait les cent pas sur le vieux port. Discret, il attend une mystérieuse cargaison. Au loin, sur les hauteurs de la ville, Notre-Dame-de-la-Garde semble surveiller la scène. Il n’est jamais parti bien longtemps. Le mal du pays, les chants du Vélodrome, le sud l’a rappelé à l’ordre. Pour graver son empreinte marseillaise dans le deuxième volet de ses mémoires, il a fait appel à de nouveaux voyous. Stef Becker, producteur de cinq titres de « 13 Organisé », se retrouve ainsi convié à la fête et compose Assoces et Fantôme. « Jul m’avait bloqué la prod de Fantômes avant de la donner à SCH. J’étais honoré que Le Rat Luciano soit sur le featuring. Lorsque Jul m’a fait écouter le son, je ne savais pas qu’il avait aussi posé dessus. Il n’était pas prévu au départ. J’ai eu des frissons ! », raconte le beatmaker avec enthousiasme.

Très intégré à la scène rap marseillaise, il juge maîtrisé le virage musical décidé par le rappeur : « C’était risqué de choisir des sonorités éloignées de l’univers de l’album. J’ai senti que beaucoup étaient très sceptiques de me voir, tout comme Zeg P (Mode Akimbo), annoncés sur la tracklist. Pourtant, l’alchimie de sa voix, son charisme et sa prestance sur des productions marseillaises est très bonne. La première fois que j’ai l’ai vu sur ce genre de prod, c’était pour L’étoile sur le maillot (« 13 Organisé ») et j’ai été impressionné. » Une nouvelle direction artistique qui tient compte des ses récentes expériences en studio et qui semble dessiner la troisième et dernière page de l’histoire. 

Sous l’ombre d’un chêne centenaire, tout au bout de l’A7, le mafieux enlève ses lunettes de soleil et se penche sur la tombe de son père. Sa dernière visite remonte à bien longtemps. S’il n’échappe pas à la culpabilité, lui et ses compères viennent de conquérir un nouveau terrain, encore plus large que les terres méditerranéennes. Marseille brille, et ça, il le sait, Otto en serait fier.