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Décryptages Investigation

PH Trigano & Phasm, les chefs d’un orchestre hors du commun

Pour favoriser la création, les artistes se réunissent parfois en résidence autour d’une œuvre pour la développer et la peaufiner. C’est dans ces conditions que le groupe bruxellois L’Or du Commun a donné naissance à leur deuxième album :  « Avant la nuit », disponible ce vendredi 14 mai 2021. Pour travailler la matière musicale et concentrer leurs textes dans quatorze titres cohérents, les trois rappeurs se sont entourés des producteurs et réalisateurs PH Trigano et Phasm. Interrogés chacun de leur côté, les deux musiciens, aussi colocataires, ont fouillé dans leurs souvenirs pour nous raconter plusieurs semaines de travail et de composition. Pour eux, le mot d’ordre est clair : innover et revenir à l’essence même de ce qui fait la musique pour sortir un disque unique.

« On était complètement coupé du monde. Pas de réseau, des vaches, la totale. Notre seule sortie du jour, c’était pour aller faire les courses », raconte le compositeur PH Trigano. Perdu dans les hauteurs des Ardennes, un studio discret laisse échapper des nappes de synthé de l’une de ses fenêtres. À l’intérieur : des musicien.ne.s, des instruments, des producteurs, des machines, des artistes et de l’énergie. C’est pour mieux créer qu’entre novembre 2019 et juin 2020, Primero, Loxley et Swing, le trio de L’Or du Commun, se réunissent en résidence pour élaborer une nouvelle œuvre. Ils se retranchent ainsi entre les murs du studio GAM pour dessiner les traits d’un deuxième album attendu :  « Avant la nuit ».

Avec eux, les musiciens PH Trigano et Phasm mènent en tandem la réalisation et la production de l’opus. « On était dans une baraque à l’ancienne. L’acoustique a été faite dans les années 1970. Ça rend l’écoute vraiment chouette. Il y aussi un piano droit qu’on a pas mal utilisé et la salle de prise est cool. C’est à moitié roots mais techniquement c’est parfait. Le studio n’est pas clinquant mais les prods qu’on peut y faire sonnent bien parce que tu entends tout », décrit PH Trigano. Un cocon musical dont il a préféré taire l’adresse exacte pour garder l’endroit secret, réservé aux quelques connaisseur.se.s.

Dans cette scène, aux allures de huit clos, l’équipe a décidé de concentrer ses forces pour achever le disque.  « L’Or du Commun a choisi de s’ouvrir à de nouveaux beatmakers après avoir beaucoup bossé avec Vax1. Ils voulaient trouver de nouvelles couleurs et ne pas s’enfermer », explique Phasm. PH Trigano nuance : « S’ouvrir oui, mais ça pose aussi des problèmes. Tu te retrouves avec des prods de plein de gars différents. À la fin tu dois tout relier. » Pour faire le lien, le groupe fait appel aux deux producteurs, capables de comprendre les besoins de chaque morceau et de proposer des solutions.

Empreints d’inspirations américaines, les deux hommes, également colocataires, se complètent. Tandis que le chef d’orchestre du projet d’Ichon « Pour de vrai » maîtrise la mélodie, l’autre se distingue dans l’art de la percussion. Phasm précise : « J’étais surtout l’ingénieur son, j’enregistrais les voix et je prémixais les tracks. PH était plutôt sur les compositions et les arrangements. Les membres de L’Or du Commun sont très exigeants et savent exactement ce qu’ils veulent. On a été le tampon décisionnel pour pouvoir avancer et choisir ce qui allait fonctionner le mieux. »

« Terminer un album, c’est comme finir de construire une maison. Il faut peaufiner les fondations, élever les murs, peindre, c’est ça le délire », image PH Trigano. Et pour obtenir une architecture cohérente et uniforme, les deux beatmakers centralisent les travaux en proposant un univers sur mesure pour porter la mélancolie bien connue des trois rappeurs, mais aussi en apportant une atmosphère nouvelle. Un cocktail qui fait le lien entre l’ADN du groupe dans des morceaux comme C’est Dingue ou Négatif et un vœu de renouveau. Le musicien barbu poursuit : « On a amené des touches RnB dans les morceaux Sable ou À l’aube par exemple. On a aussi rajouté un côté organique avec l’utilisation du piano droit qu’on avait sur place et qui est très liant dans cet album. On en retrouve dans Nuit d’hôtel, Inertie, Pollen… Ça s’adapte à leur identité rap qui n’est ni du kick permanent, ni de l’ultra moderne à la Laylow. »

Sur les rails de cette direction artistique, les deux producteurs n’hésitent pas à revisiter complètement des maquettes déjà enregistrées. C’est le cas du morceau Inertie, la septième piste de la tracklist. « À la base, il y avait des couplets de Primero et de Loxley sur une prod trap de Dolfa, se souvient Phasm. On savait que c’était pas ça qui allait mettre en valeur le texte. On en a fait un morceau musical avec un piano et une batterie progressive, alors que c’était du pur rap. Et c’est ce travail qu’on a fait sur tous les tracks, à la manière d’un album de Kendrick Lamar ou du dernier Damso : « QALF ». On était tous effrayé de proposer quelque chose qui ressemblerait à une œuvre qui a déjà été faite. »

Guidés par un souci de l’instrumentalisation, les deux compositeurs mettent de côté les logiciels de production pour revenir à la raideur des notes imprimées sur le papier et posées sur un pupitre métallique. Sur les morceaux Pas de regrets, Ciel rouge et Inertie, ils choisissent ainsi d’inviter un quatuor de musicien.ne.s avec une contrebasse, un alto, un violon et une flûte. « C’était magique, confie PH Trigano avec enthousiasme. Ce sont des instruments que l’on entend peu dans le rap. On a tout composé et ils ont joué nos partitions. C’était une idée de Phasm et un vrai plaisir en tant que producteur. »

« C’était magique. Ce sont des instruments que l’on entend peu dans le rap. On a tout composé et ils ont joué nos partitions. »

De la même manière, ils préfèrent opter pour l’enregistrement de véritables hit-hats (ou Charlets, instrument de percussion composé d’une paire de cymbales, attachée à une batterie, NDLR) sur le titre Pollen pour retrouver des sonorités plus authentiques. Sur ce même morceau, L’Or du Commun s’offre d’ailleurs la présence de Roméo Elvis, révélé au grand public grâce à ses collaborations avec le groupe. Autour du piano droit du studio GAM, toute l’équipe participe à la composition du track : « On cherchait les accords ensemble, c’était chanmé. Tout le monde kiffait. C’est le manager de l’ODC qui a fait la topline du refrain. On avait pris deux verres de vin et il a voulu poser sa voix sur de l’auto-tune pour se marrer. On lui a mis la prod de Pollen et il a fait un putain de refrain. J’aime les histoires comme ça, c’est ça la musique, c’est humain ! », raconte PH Trigano.

Sur le deuxième featuring de l’album, Banane, qui mêle les voix de Caballero, Zwangere Guy et Roméo Elvis pour un all star Bruxelles, le compositeur dit avoir été impressionné par la performance de l’auteur de « Chocolat » : « Avec Phasm, on a fait la prod en trente minutes. Il écoutait et n’a pas arrêté d’écrire. Au bout d’un moment il a fait « je peux aller rec ? », et il a posé sa partie en deux ou trois prises. Roméo a tué ça. Sur le coup, on se disait qu’il fallait qu’on lâche une bastos. Il y avait un peu de pression, mais positive. » Lorsqu’on lui demande si le pari est réussi, il répond sans détour : « Le morceau est très bon. C’est une prod très cainri avec des influences Kanye West : des couplets sombres, une prod qui switch pour apporter un rayon de soleil de gospel et des voix samplées. »

Une fois la résidence terminée, les quatorze maquettes prennent la direction du studio de Jules Fradet pour le mixage. Mission accomplie pour les deux Belges, la tête pleine de musique et de souvenirs. PH Trigano ajoute, penseur : « Tu ressors de ça, t’es au top. C’est comme de la méditation. Tu as bien mangé, bien dormi, tu regardes des films le soir, parfois les étoiles, tu fais des chichas… Des moments qui te rajoutent des points de vie plutôt que de t’en ôter. »

La réalisation de la cover

La pochette de « Avant la nuit » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

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Entretiens Rencontres

GUTTI, aux portes du royaume belge

Avec sa trilogie de titres Gutti World, sortie tout au long de l’année 2020, GUTTI a fait forte impression. Pour tirer profit de cette rampe de lancement, le rappeur originaire de Bruxelles a dévoilé un premier projet abouti : « NEW STATE », le 26 février 2021. Deux mois après la sortie de cet EP de cinq titres qu’il estime lui avoir donné « une nouvelle valeur » aux yeux du public, l’artiste semble aussi avoir obtenu un nouveau statut. Désormais pris au sérieux, GUTTI tente de se frayer une place sur la scène bruxelloise. Bien décidé à s’imposer « à sa manière », il frappe aux portes du royaume belge, prêt à conquérir le trône.

Avant son départ en croisade, nous nous sommes entretenus à distance avec le jeune rappeur. Calmement, il s’exprime sans précipiter ses mots et ses pensées. Son manager toujours près de lui. Mais pour bien saisir sa personnalité et sa musique, nous avons passé d’autres coups de téléphone en Belgique. Romain Garcin, à l’origine de la pochette de « NEW STATE » (également auteur des covers de Damso, L’Or du Commun, Caballero & JeanJass…) et Siméon, membre du duo de producteurs La Miellerie qu’il forme avec Louis (BBL) et architecte du projet, ont aussi accepté de répondre à nos questions.

Gutti est belge et sonne Bruxelles. Tête pensante du rap francophone, la capitale du royaume joue un rôle décisif dans la musique du rappeur. Autour de lui gravite une équipe noire, blanche et rouge : Gotti Maras (auteur des BX Drill, NDLR) en featuring sur Diego Armando, les producteurs de La Miellerie ou encore Romain Garcin, photographe de la pochette… Gutti ne ment pas lorsqu’il explique que s’entourer de bruxellois.e.s pour élaborer son projet lui « permet d’avoir des repères ». 

Essentiellement entouré de Belges, le jeune homme souhaite aussi artistiquement s’évader pour se constituer un univers qui lui est propre. Un nouveau monde pour s’ancrer un peu plus sur la scène rap dans laquelle il ne cache pas vouloir « s’imposer pour se faire une place ». C’est dans cet élan créateur qu’il délivre une carte de visite de son talent à travers un premier EP de cinq titres. Pour donner vie au concept, l’auteur de la cover, Romain Garcin, explique avoir eu « l’idée de créer une carte d’identité de toutes pièces, comme un passeport » (Retrouvez à la fin de l’article, les explications détaillées de la cover par le photographe, NDLR). Un passeport vers son « NEW STATE », le nom de son dernier projet sorti le 26 février 2021. 

« Je suis fier de venir de Bruxelles »

Après avoir mal vécu l’épisode de la crise sanitaire, ce projet apparaît pour le Belge comme un exutoire dans lequel il déploie son style, qu’il sait atypique : « Ma musique n’est pas une musique que tu vas défendre directement. Je suis quelqu’un qu’on regarde et qu’on soutient quand ça marche. » Siméon, membre du duo de beatmakers La Miellerie et producteur des morceaux Diego Armando et Today, a côtoyé de près le rappeur en studio. Il nous dépeint un artiste polyvalent, doté d’une patte singulière qui dépasse ses propres frontières : « Gutti est un peu plus français que les Belges. Il peut proposer des choses plus chantées qui rappellent Ninho par exemple, mais il peut aussi rapper comme un Migos. Son énergie me rappelle même celle de Niska. » Malgré sa proximité évidente avec les acteur.rice.s rap de sa ville qui influent sur son approche de la musique, GUTTI ne veut pas s’enfermer : « On peut se ressembler entre rappeurs, mais ici on ne se copie pas. »

Pour autant, l’artiste ne compte pas abandonner l’identité bruxelloise qu’il revendique. Il évoque avec fierté la métropole décomplexée où règnent le mélange et l’authenticité : « Je suis fier d’où je viens. Quand tu regardes ceux qui viennent de chez nous mais qui sont installés sur la scène française, ils ne se trahissent pas en copiant les Français. Ils gardent leur identité. »

Le rappeur est d’ailleurs reconnaissant vis-à-vis des pionnier.ère.s du rap belge qui ont ouvert la voie aux artistes émergent.e.s de la ville. Certains s’investissent même désormais dans le développement de sa carrière. C’est le cas du cador Isha qui l’accompagne comme co-manager. Mais pour GUTTI, impossible de le mentionner sans évoquer son binôme, Stanley Zotres. Les deux hommes dirigent ensemble le label Papa Shango Entertainment et veillent sur leur jeune artiste. « Ce sont des grands frères pour moi. Les premiers à avoir cru en moi et qui continuent de m’épauler aujourd’hui », nous confie-t-il.

Dans la gestion de sa carrière, le Belge joue donc collectif comme au football : une passion qui fait partie intégrante de sa vie. Vêtu le jour de notre entretien d’un survêtement de Crystal Palace, club dans lequel joue son ami Christian Benteke, il avoue : « Le foot fait presque plus partie de ma vie que la musique. » Un goût pour le ballon rond qui traverse nombre de ses textes avec des références explicites, à l’image du morceau Diego Armando qui doit son titre aux deux prénoms de la légende argentine Diego Maradona. Un son incisif enregistré à la fin de l’année 2020. Siméon, compositeur du track, nous raconte : « GUTTI, c’est quelqu’un qui sait ce qu’il veut. Il voulait un truc triste mais banger. Quand nous l’avons enregistré, il faisait froid, il devait neiger ou pleuvoir. Un climat hostile (rires). Le son sonne un peu hiver, sombre. » 

Si l’artiste paraît très entouré lorsqu’il s’agit de sa carrière, il semble plus réservé lorsqu’il s’agit d’intégrer son cercle personnel : « Je ne suis pas du genre à avoir beaucoup d’amis mais je porte un fort attachement aux gens que j’aime et qui comptent pour moi. » Un point de vue que l’on retrouve dans le morceau Very Bad Trip : « Le cercle est fermé, no tengo mucho amigos. » Pendant l’entretien, il rebondit sur sa punchline pour noter que ses proches ont influencé sa musique : « Mon père me faisait écouter des sons du bled et mon oncle me montrait les morceaux qui passaient sur MTV. »

Fort de ses influences diverses, GUTTI pioche dans la trap d’Atlanta, mais aussi parfois dans la drill. Siméon a pu le constater en travaillant à ses côtés : « Pour le morceau Today, GUTTI voulait qu’on fasse une « sous-drill« . C’est ce qu’il dit quand il veut que ce soit drill dans les rythmiques et que les accords partent dans quelque chose de plus « français« , plus lumineux. » Sur ce titre, placé symboliquement à la fin de tracklist, le Bruxellois a d’ailleurs choisi de changer son approche habituelle en adoptant cette fois un ton plus introspectif. « Dans chacun de mes sons, je parle à 70 % de ma vie actuelle, un peu de mon passé et un peu de ce que j’espère. Mais pour Today, j’ai décidé de montrer aux gens une autre facette », explique le rappeur.

Une ouverture nouvelle qui a surpris son co-manager, Isha. Siméon nous raconte : « Isha est venu me voir sur un tournage de clip (du titre Gimmick de La Miellerie, en featuring avec Isha et Nixon, NDLR), et m’a remercié de lui avoir donné l’opportunité de montrer autre chose de lui avec cette prod, c’était surprenant. Ça lui a fait plaisir de le voir dans cet esprit-là parce qu’il est plus souvent dans l’énergie de la fête. »

Son EP « NEW STATE » fait définitivement de lui un rappeur difficile à ranger dans une case. Ceux.celles qui l’entourent ne semblent en tout cas ne pas douter qu’il ait une place à prendre, à l’image de Romain Garcin qui se montre confiant : « Le succès c’est beaucoup de chance et un alignement des planètes, mais il a la recette pour péter, c’est sûr et certain. » Le compositeur Siméon ne tarit pas non plus d’éloges : « Il est très à l’aise en studio. J’aime beaucoup son énergie. Je suis sensible au flow donc bosser avec lui c’est cool parce que c’est quelqu’un de très instinctif, qui fonctionne au ressenti et à l’intuition. Il sent les éléments de la prod. Le meilleur de notre collaboration reste à venir je pense. Il a en tout cas le potentiel pour se faire une place sur la scène rap. Il a le personnage et le charisme qui va avec. » GUTTI, un cran plus modeste, nous conseille plutôt de patienter : « Le prochain projet, franchement, essayez d’être au taquet parce qu’il va faire mal. » 

La réalisation de la cover

La pochette de « NEW STATE » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

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Décryptages Investigation

La romance désabusée de Jäde

La romance : pièce poétique à caractère intimiste et sentimental mise en musique. Avec son nouvel EP, Jäde délivre sa version de la « Romance ». Le projet d’une jeune femme de 25 ans, aux allures de journal intime. Celle pour qui l’écriture « n’a rien soigné » de ses maux, s’amuse de son obsession pour l’amour et de son incapacité à se sentir adulte. Dans une nonchalance joviale, Jäde nous raconte son projet, romantiquement désabusé.

C’est une histoire d’amour entre un homme et une femme… Point de départ de toute romance en littérature, la rencontre de deux personnages fait naître une trame narrative dont la fin heureuse fera verser une larme d’émotion au lecteur. Dans la romance de Jäde pourtant, les problèmes ouvrent le bal. Préférant mettre en avant ses tendances aux amours toxiques dès l’introduction, elle se refuse l’idylle des débuts dont les sonorités trap du morceau font état.

Avant même d’avoir pu naître, l’amour est condamné : « Depuis le début, je pense qu’à la fin » (Noir ou Blanc). Une vision fataliste dont Jäde ne parvient pas à s’émanciper. Au téléphone, l’ironie de la situation la fait doucement sourire : « Si je pouvais parler positivement des relations, ce serait avec plaisir. Mais je raconte mes expériences, qui sont plutôt négatives. J’ai une vision un peu sombre des relations en général. » Un rejet qui caractérise souvent les amoureux transis pour qui, « c’est tout ou rien ».

Face aux déceptions, faut-il alors choisir la musique avant l’amour ? Au détour d’une conversation sur Instagram, elle débat avec le rappeur Bakari de la place accordée aux relations en tant qu’artiste. Elle, défend que les deux sont conciliables. Lui, est sans concession. L’échange donne naissance à Groupie Love. Sur l’outro du morceau, elle sample l’une des notes vocales de leur discussion : « Le moteur de ma vie, c’est la musique. Ça veut dire, avec ou sans toi, je vais le faire. »

Avant-gardiste

Le projet respire une sensibilité exacerbée dont l’artiste souhaiterait s’affranchir : « C’est quelque chose que j’aimerais bien changer chez moi. Je me livre très facilement, trop facilement sur ce que je ressens. Et les gens n’ont pas besoin d’entendre tout ça (rires). » Pourtant, son émotion à fleur de peau rend l’EP cathartique tant elle dépeint des schémas amoureux fréquents. Jäde parvient à rendre universelles des expériences très personnelles, à la manière d’une icône RnB qu’elle tend à incarner.

Romain Garcin, créateur de la pochette de l’EP, confirme : « Jäde a une direction artistique qui rappelle le RnB des années 2000, sans tomber dans la caricature ou la copie mal faite. C’est une véritable éponge, de nombreux styles musicaux peuvent la faire vibrer. » Une éponge aux inspirations éclectiques dans un projet où elle interprète Adulte, un morceau aux accents soul. Du Kali Uchis dans les oreilles. 

J’apprends à découvrir ma voix parce qu’en vrai je chante bien (rires)…Enfin, je sais chanter. Et ça, souvent je l’oublie. 

Jäde

L’envie aussi de s’améliorer et de se découvrir. Pendant ses explications parfois perturbées par un voile de gêne, l’artiste peine encore à affirmer son talent : « Je sens que ma voix progresse. J’apprends à la découvrir parce qu’en vrai je chante bien (rires)… Enfin, je sais chanter. Et ça, souvent je l’oublie. » Cette évolution, le producteur Stu, co-compositeur du morceau Problème et proche de Jäde, la constate : « C’est une artiste avant-gardiste dans son style. Elle me permet de composer des choses différentes. Je la connais depuis l’époque Soundcloud et son flow a beaucoup évolué. »

Une touchante fragilité 

Souvent, au cours de la conversation, Jäde hésite. À l’image d’une artiste frontière, elle se laisse porter par ses humeurs. Dans son indécision, la chanteuse laisse transparaître une touchante fragilité. Celle qui a l’impression que sa vie « ne ressemble à rien par rapport à d’autres filles de 25 ans », a eu besoin de se sentir Adulte en retraçant son parcours amoureux, l’une des sources de son manque de confiance : « L’estime descend au sous-sol, voir s’il reste un peu d’alcool. » Un manque d’assurance sur lequel la jeune femme travaille : « J’aimerais réaliser mes clips de A à Z mais je n’ai jamais osé le faire. Je veux m’investir dans chaque étape jusqu’au montage. Je n’ai pas encore pris de risques dans mes visuels. Mais ça va changer. »

Au moment de la sortie de ce troisième projet intimiste, la timidité ne la quitte pas : « Je me suis trop livrée. Je ne peux pas jouer mes sons devant mes potes. C’est trop personnel. Je n’oserais pas appuyer sur play (rires). Limite, j’ai honte. » Celle qui se surnomme « Jäde » sur scène par pudeur et pour « être une autre version de (s)oi », confie qu’elle doit prendre confiance en elle mais ne sait pas encore très bien comment.

Un premier pas est franchi avec l’outro de « Romance » dans laquelle elle fait tomber le masque en nommant le titre par son vrai prénom : Adèle. Un morceau aux envolées de chant, proche de la variété française. Une couleur musicale qui se retrouve sur Noir ou Blanc, en featuring avec Squidji. Le Parisien « apporte une nouvelle couleur sur fond de variété française avec des drums trap plus actuels. Il donne du sens au storytelling en répondant à Jäde », selon Mike BGRZ, l’un des deux producteurs du titre.

Pour son prochain projet, Jäde a déjà prévu de sortir de sa romance : « Je ne sais pas faire, je ne l’ai jamais fait. C’est une nouvelle façon d’écrire pour moi. » En attendant, elle écrit sur son appartement, sa vie à Paris… Finalement, celui qui a su capturer son allure iconique, Romain Garcin, résume : « Jäde a une intention faussement nonchalante. Elle donne l’impression de passer à côté de sa vie, alors qu’elle en maîtrise chaque aspect. C’est ce qui la rend si particulière. »

La réalisation de la cover

La pochette de « Romance » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

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Chroniques

La sélection 2020 : les pochettes

Il y a certaines pochettes d’album qui resteront dans l’Histoire du rap. Parmi les covers de l’année 2020, trois ont particulièrement retenu notre attention. Artwork original, présentation épurée, cliché chargé en symboles… La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection.

« Sélection naturelle » – Kalash Criminel, par le photographe Fifou

Si la cover de « La Fosse aux Lions » (2018) avait été fortement critiquée, Kalash Criminel a su servir un projet au moins aussi bon avec, cette fois-ci, une pochette marquante.

Réalisée par Fifou, la cover de « Sélection Naturelle » a nécessité trois mois de travail. À France.tv Slash pour la série « Undercover », le photographe expliquait : « Nous avons fait le pari de remettre l’Afrique et la famille au centre, sans montrer Kalash. Ce qui était compliqué, c’était surtout de trouver une femme disponible, prête à allaiter devant l’objectif. »

La couverture finale propose un message fort qui correspond à l’univers de l’album et de l’artiste sevranais. Nous pouvons apercevoir deux policiers face à une mère de famille noire cagoulée, dos à un arbre, allaitant son bébé dans les bras. Devant elle, un jeune garçon appelé Mansa. Bien qu’il ne soit pas réellement atteint d’albinisme, son teint rappelle la couleur de peau de Kalash Criminel.

L’artiste d’origine congolaise a dénoncé à plusieurs reprises la discrimination que les albinos subissent en Afrique, considérés comme faibles et maudits. Malgré son jeune âge, le garçon de la pochette se montre déterminé à protéger sa famille. Une mise en scène qui n’est pas sans rappeler le single But en or, en featuring avec Damso, où le rappeur défend sa condition dans son texte : « Ils se moquent de mon albinisme, mais c’est ça qui fait ma force », ainsi que dans le clip réalisé par Felicity Ben Rejeb Price.

Le cliché mêle également une réalité tristement actuelle : celle des violences policières. L’un des deux policiers, la main posée sur son arme, fait face à une mère de famille seule et avec pour seule défense un bâton de bois. Un symbole fort et esthétique qui érige la pochette comme l’une des plus marquantes de l’année 2020.

– Yassine Ben Amor

« QALF » – Damso, par le photographe Romain Garcin

Le visage baissé, puis complètement incliné, avant de montrer le fond de sa pupille obscure, Damso a autant de personnalités que de pochettes et se renouvelle. Une peau neuve artistique qui se fond à travers une cover mystérieuse, à l’image de ce quatrième projet, « QALF ».

Sur une nouvelle vague musicale, le rappeur, désormais indépendant, souhaite remettre la musique au centre du jeu. Le créatif Romain Garcin, déjà à la réalisation de la pochette de « Lithopédion », trouve la bonne formule et opte pour un boîtier transparent, un CD noir et une cover vide. Mais pas moins complexe.

L’intégralité de l’entretien est à retrouve ici : Romain Garcin nous raconte la réalisation de la cover de « QALF ».

Le photographe belge confiait d’ailleurs à Mosaïque : « Je pense que les covers qui marquent le plus leur époque sont rarement celles qui montrent des portraits mais plutôt des concepts. Nous voulions créer un album intemporel, qui se concentre sur l’essentiel. » À travers une police travaillée de façon unique dans ses détails et sa mise en forme, il réalise un artwork discret et précis, gravé sur le boîtier cristal de l’album. Il devient alors « indissociable du CD qu’il contient », précise Romain Garcin, avant d’ajouter : « L’idée, c’était de réaliser une cover simple mais pas simpliste. »

– Thibaud Hue

« Stamina, » – Dinos, par le photographe Fifou

Un enfant, un ring de boxe, et Dinos. De la sueur et un doigt posé sur la tempe. À première vue, la pochette de « Stamina, », réalisée par Fifou, laisse entrevoir une figure paternelle exprimant à son enfant l’importance de se battre d’abord avec sa tête, et ensuite avec son cœur. Le mental, de fer ou d’acier, est essentiel pour perdurer, gagner ses combats, rester au sommet et travailler plus que les autres. Une image en adéquation avec le titre de l’album qui signifie « endurance » en anglais.

Le rappeur de La Courneuve exprime, depuis le début de sa jeune carrière, sa volonté de s’inscrire dans la longévité et de laisser son empreinte sur la scène du rap français. L’enfant aux poings rembourrés par les gants rouges est le même garçon présent sur la cover de son premier album : « Imany », sorti en 2018. Accrochée au mur de la salle, en arrière-plan, la photo de Mohamed Ali renvoie d’ailleurs à la citation du célèbre boxeur : « N’abandonne pas. Endure maintenant et vis le restant de ta vie en tant que champion. »

– Maxime Guillaume

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Décryptages Investigation

Tawsen : Les coulisses d’une cover shootée à l’Iphone

Tawsen fêtait le 22 novembre dernier, les un an de son EP « Al Mawja ». Deuxième projet d’une trilogie dont le troisième volet est attendu, Romain Garcin nous raconte les coulisses de la pochette réalisée à l’iPhone.

Après une première cover réussie pour l’EP « Al Warda » (La fleur), qui se voulait colorée et fleurie à l’image du titre, Tawsen réitère sa collaboration avec Romain Garcin (photographe, qui a récemment réalisé la pochette de l’album « QALF » de Damso) pour le deuxième épisode de sa trilogie.

Et pour cause, les deux hommes s’entendent parfaitement : « C’est un des artistes avec lequel je m’entends le mieux et avec qui je peux bosser de manière totalement libre. Nous sommes tout le temps hyper d’accord », explique Romain Garcin.  

Pour cette pochette, ils s’accordent pour que le visuel soit cohérent avec le premier projet : « Comme c’est une trilogie, nous avons voulu aller dans la continuité de la première cover. Le deuxième EP s’appelant « Al Mawja » qui veut dire « La vague », nous voulions rester dans cette idée au niveau du cadrage et de sa pose. »

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « Al Mawja » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Romain Garcin travaille actuellement avec l’artiste belge sur la réalisation de la cover du troisième projet de cette trilogie. Une collaboration professionnelle et amicale pour le photographe, selon qui, « Tawsen est une antistar absolue. Il est totalement accessible. C’est le mec le plus adorable que tu puisses trouver sur la scène rap actuellement. » 

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Décryptages Investigation

Romain Garcin : « QALF, c’est une cover simple mais pas simpliste »

Le 18 septembre 2020, Damso révèle l’album « QALF » attendu par son public depuis 2014. La pochette du projet étonne par sa simplicité. L’homme derrière le visuel, Romain Garcin, nous raconte les coulisses de sa conception et de sa collaboration avec Damso.

« L’idée, c’était de réaliser une cover simple mais pas simpliste », explique Romain Garcin, qui a également réalisé la pochette de l’album « Lithopédion ». Pour cette deuxième collaboration, Damso lui explique vouloir mettre la musique au cœur de tout :

« Damso n’a pas cette volonté d’exposition. Il ne s’est jamais mis en valeur sur les pochettes de ses albums. Sur ses quatre projets, il disparaît au fur et à mesure. Sur « Batterie Faible », il est dans un clair obscur, sur celle d’« Ipséité », il est totalement dans l’obscurité. « Lithopédion » ne montrait que son œil. « QALF » est donc la suite logique. Une disparition complète. Je pense que les covers qui marquent le plus leur époque sont rarement celles qui montrent des portraits mais plutôt des concepts. Nous voulions créer un album intemporel, qui se concentre sur l’essentiel. »

– Romain Garcin

La création de la pochette

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Les réactions après la sortie

« Lors de sa sortie, il y a eu deux réactions différentes. Celle du milieu professionnel et celle du public. Nous étions conscients que nous y allions au culot. J’avais dit à Damso : « Si la cover floppe, c’est moi qui me prendrais le bad buzz. » Pas lui. J’étais assez confiant et en même temps je m’attendais à des retours d’incompréhension, à ce que les gens disent que c’est trop simple. Ce que j’avais moins prévu, c’est que lorsque nous avons dévoilé le CD dans la campagne d’affichage, les gens n’ont pas tilté que c’était la cover. (rires) »

– Romain Garcin

Le travail avec Damso

« Tu vois l’expression Sky is the limit ? Pour lui, c’est réel. Pourtant, il est totalement humain. Il est d’ailleurs beaucoup plus humain que la plupart des artistes en développement. Le succès il y a goûté et maintenant, il est dans l’optique d’un passionné. C’est un vrai passionné. C’est quelqu’un qui s’émerveille de toutes les trouvailles qu’il peut faire. Il s’investit autant dans sa musique que dans le visuel. Je suis entrain de bosser sur de nouveaux projets avec lui mais je ne pourrai évidemment rien dire. (rires) »

– Romain Garcin