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Chroniques

La sélection Mosaïque des mois d’août et de septembre

Après plusieurs mois d’accalmie, les sorties de projets musicaux reprennent avec la rentrée. Une rentrée placée sous le signe de l’instrumentale. De PH Trigano à Ninety en passant par Unfamouslouie, les beatmakers sont sortis de l’ombre pour s’essayer à la chanson, inviter la scène rap émergente ou tester leur indépendance. Au même moment, Kanis et Poupie dévoilent chacune leur deuxième projet tandis que l’ancien Veust continue de surprendre avec son dernier EP. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection des mois d’août et de septembre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

« Grand Casino » – 99 & Wolfkid – 13 août 2021

99, producteur de renom de la scène alternative française s’est associé au musicien français Wolfkid pour ce projet de six titres. Au Grand Casino, les deux artistes parient sur leur talent et celui des dix autres artistes qu’ils ont invité à jouer avec eux. Que ce soit les sonorités électro offertes à Wit. sur The Light ou la production estivale de Sun Goes Down pour La Fève, Oniisha et Lala &ce, les couleurs de l’EP s’accordent harmonieusement. Pendant près de vingt minutes, Ninety et Wolfkid donnent aux participants du projet toutes les cartes possibles pour remporter le jackpot.

– Lukas Taylor

« Réflexion » – Kanis – 27 août 2021

Après s’être installée dans le paysage en mars 2021 en participant au morceau Shoot qui réunit plusieurs artistes féminines de la scène rap française, Kanis sort le projet « Réflexion » quelques mois plus tard. Un sept titres qui s’écoute sans difficulté. La musique joviale de l’Haïtienne a l’avantage de nous attraper rapidement dans ses filets dansants. Celle qui a retourné son prénom pour ne pas être confondu avec son homologue masculin Niska, délivre son énergie caribéenne dans un projet aux couleurs vives. La rappeuse rejoint la ligne de Shay en s’affirmant farouchement indépendante des hommes sur Bye Bye et se démarque par des phases kickées comme sur le morceau Tic Toc. Actuellement dans son pays natal pour une mission humanitaire, la chanteuse s’impose comme une artiste polyvalente de la scène émergente.

– Lise Lacombe

« FOREVER UNFAMOUS » – Unfamouslouie – 3 septembre 2021

Choisi pour lancer notre rubrique 3 questions à…, Unfamouslouie en a profité pour nous partager la vision de son art : « C’est un besoin, une passion. Un peu comme au football. Je donne tout à ce sport alors que je sais que je ne serai jamais professionnel. »

Son EP « FOREVER UNFAMOUS » prend justement des apparences de fiche tactique d’un entraîneur de foot. La défense de son équipe est assurée par deux vétérans de la dernière décennie du rap français : Jeune LC et Loveni. Le milieu est incarné par des jeunes espoirs prometteurs tels que Geo et Jeune YAO et l’attaque est menée par des représentants de la new wave, notamment sur le titre Up next ! avec La Fève qui sonne comme une ode à ce mouvement. Mais ce qui permet à cette équipe de gagner le match, c’est le rythme de jeu dont Unfamouslouie est le métronome. Ses productions sont parfaitement appropriées pour permettre à ses collaborateurs de performer et la musique du projet devient une sérénade au rap français et à ceux qui l’ont innové.

– Lukas Taylor

« Grand Romantisme » – PH Trigano – 10 septembre 2021

Douze titres pour apprendre à se remettre d’une rupture. Voici ce que propose le producteur PH Trigano, avec « Grand Romantisme », son premier album. L’artiste s’est confié à Mosaïque sur le point de départ douloureux de ce projet : « Au début, c’était surtout des lettres où j’extériorisais mon mal-être, des bouteilles à la mer que je n’envoyais pas. Je prenais le négatif pour en faire du positif, ça m’a aidé à mettre des choses dans l’ordre.»

Ces textes, imbibés d’émotions intimes, nous livrent les différentes étapes du deuil par lesquelles est passé PH Trigano. Du déni de Rêver de toi à la tristesse avec Escroc, le chanteur choisit d’opérer une catharsis en musique, aux yeux de tous et toutes. Pour cela, il s’entoure d’Ichon (J’essaye), son acolyte de toujours, mais aussi de Melissa Bon (Caresses) et de Swing (Escroc). Des voix qui viennent compléter parfaitement l’univers du chanteur. Un projet émouvant mais inspirant duquel il faut retenir qu’après le chaos vient la paix. Le dernier morceau Chance nous le rappelle, comme un hymne à l’espoir et à l’amour.

– Imane Lyafori

« Alley oop » – Veust – 24 septembre 2021

Un flow incisif, une voix grave, un sens du phrasé indéniable…. Dans son dernier projet de dix titres, Veust trace un schéma parfait pour réaliser un alley oop (En basket-ball, c’est le fait d’envoyer la balle en l’air pour la rattraper et la mettre dans le panier, NDLR). Le 5 majeur (nom donné aux cinq titulaires d’une équipe de basket, NDLR), formé de Alpha wann, Siloh, Ratu$, MV et Veust nous invite à son match, promettant ainsi une ribambelle de dribbles et de 3 points toujours plus précis les uns que les autres. Avec des phases millimétrées, Veust cherche à prouver qu’après plus de 20 ans de carrière, il sait toujours être versatile. Que ce soit par un passe-passe avec Alpha Wann en passant par de la drill UK sur 7 cieux pour finir avec les refrains chantés de Siloh, il s’appuie sur ses acquis tout en laissant place à une part d’innovation.

– Amaël Coquel

« Enfant roi » – Poupie – 24 septembre 2021

« J’suis pas comme les autres, pas la peine de dire que c’est ma faute. » (Comme les autres). À 23 ans, l’artiste originaire de Lyon revendique sa différence. Cette liberté d’être qui elle veut, Poupie la chante haut et fort tout au long de ce premier projet. À la suite d’un EP sorti en 2019, la chanteuse a présenté le 24 septembre son album, « Enfant Roi ». Pop, trap, reggae… l’artiste ne se met pas de barrières. Fait assez rare pour être remarqué, la chanteuse alterne français, anglais et espagnol avec une aisance déconcertante. Après un featuring avec Jul (Feu), Poupie invite le rappeur portoricain Guaynaa sur le titre Mucha Labia. Ce premier projet abouti constitue une porte d’entrée dans l’univers de la jeune artiste qui offre un panel d’ambiances éclectiques. En témoigne le titre Pur, dans lequel elle partage une certaine mélancolie, ou Mojito, beaucoup plus dansant. 

– Emma Jacob

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Entretiens Rencontres

« Ton style, il est dans tes erreurs » : le compositeur PH Trigano lève la voix sur sa première mixtape « Grand Romantisme »


Il est l’un des architectes des derniers disques d’Ichon (« Pour de vrai »), de L’Or du Commun (« Avant la nuit ») et de Loveni (« In Love). Ses synthétiseurs rétro et mélancolique ne vous aurons également sûrement pas échappés chez Lala &Ce ou encore Slimka. Compositeur, il est aussi interprète, parfois réalisateur sur ses clips. PH Trigano est de ceux.celles qui trempent dans chacune des étapes du processus de création d’une œuvre. Après un premier EP de six titres, dévoilé en juin 2019 et intitulé « Poésie humaine », le musicien français continue de tracer sa route en solo.

Membre du groupe Natas Loves You et du collectif rap Bon Gamin (avec entre autres Ichon et Loveni), Pierre Hadrien Trigano a sorti « Grand Romantisme », le vendredi 10 septembre 2021. Un deuxième disque introspectif dans lequel il remue ses cicatrices amoureuses et questionne le sens des relations. Il enveloppe son récit d’une musique tout aussi personnelle dans laquelle il ne peut s’empêcher de multiplier les hommages subtiles aux artistes qui l’ont marqué.

Chanteur tout du long, il mélange parfois son timbre à celui de Mélissa Bon, une chanteuse genevoise désormais parisienne, de Swing, membre du groupe de l’Or du Commun ou d’Ichon, encore lui. Au téléphone depuis la Belgique, quelques jours avant la sortie du projet, PH Triagno est détendu. Il livre sans langue de bois de nouveaux éléments de lecture pour digérer ses onze titres.

Mosaïque : Quelle est la genèse de « Grand Romantisme » ?

PH Trigano : J’ai connu une dure rupture en août 2018. C’était pendant les vacances et j’étais rentré à Paris. J’avais plein de choses à dire, j’étais meurtri. J’étais avec cette femme depuis deux ans et demi, c’était une longue relation, je pensais qu’on allait se marier et je suis tombé de très haut. À cette période de l’année, la ville est morte et il ne se passe rien, alors j’ai écrit. C’est à ce moment que j’ai gratté les morceaux France 98, Rêvé de toi, Jamais… Tout est vrai, je ne pourrais pas écrire des trucs que je n’ai pas vécu. Au début, c’était surtout des lettres où j’extériorisais mon mal-être, des bouteilles à la mer que je n’envoyais pas. Je prenais le négatif pour en faire du positif, ça m’a aidé à mettre des choses dans l’ordre.

M : Que doit-on lire derrière la progression du tracklisting ?

PH : Pendant plus d’un an, j’étais vraiment au fond du trou. L’année d’après, j’ai mis des pansements sur mes plaies et je suis progressivement passé à autre chose. J’ai écrit le dernier morceau Chance en mars 2020. On peut sentir la courbe du deuil au fur et à mesure de l’écoute. La colère, le déni, l’acceptation, avant d’aller peu à peu vers la lumière. J’ai vécu ce cheminement et cette mixtape en est une photographie.

M : Derrière les morceaux où tu parles concrètement de tes expériences, il y aussi ceux où l’on te sent plus distant.

PH : J’ai écrit Amour digital quand j’ai commencé à revoir des gens, à analyser mon expérience et à prendre de la hauteur sur la façon dont les relations évoluent dans notre société. J’ai voulu prendre du recul et faire un peu de philosophie. J’ai composé comme on peint une peinture. D’abord le sujet, une première couche, puis les détails. Petit à petit, ça a fait une même toile avec pleins d’éléments. J’aime cette notion, tout se retrouvait sous une même direction artistique.

On est dans une société individualiste dans laquelle on dit qu’on est mieux seul et qu’être romantique est devenu un crime. C’est pour ça que j’ai repris la formule « grand banditisme », pour l’amener vers « Grand Romantisme ».

– PH Trigano

M : Qu’as-tu appris de ton travail introspectif ?

PH : J’ai retenu qu’il faut faire attention. Les relations amoureuses sont comme un tour de poker où tu gères ta mise. Avec l’âge, tu fais attention… Désormais, je vais toujours chercher à me protéger. Par contre, je crois que l’humain a profondément besoin de l’autre. C’est ce que j’ai voulu synthétiser. On est dans une société individualiste dans laquelle on dit qu’on est mieux seul et qu’être romantique est devenu un crime. C’est pour ça que j’ai repris la formule « grand banditisme », pour l’amener vers « Grand Romantisme ».

M : Tu t’es mis dans quelles conditions pour développer un opus aussi personnel ?

PH : J’ai toujours travaillé la mixtape chez moi, dans mon univers. Je suis entouré de CD de Serge Gainsbourg et d’une planche de skate. Le plus dur c’est de se définir, alors je préfère créer en étant le plus moi-même.

M : De quoi est faite ta différence artistique ?

PH : Je ne sais pas si je suis unique dans ma proposition. Mais je suis un mélange. J’ai écouté plein de choses dans ma vie. Ça se traduit forcément sur ce que je produis. Dans le titre Rêvé de toi, il y a une ligne secondaire de bells (des cloches, NDLR) qui rappelle le morceau Strawberry Letter #23 des Brothers Johnson et personne ne l’a grillé. Même chose sur Amour digital où je chante : « Mon cœur ne bat désormais qu’un coup sur quatre » pour faire un clin d’œil à Serge Gainsbourg qui disait : « Le coeur de Bloody Jack ne bat qu’un coup sur quatre » (Bloody Jack). Il y aussi beaucoup de Kanye West avec des voix pitchées (effet qui vise à rendre la voix plus aigüe ou plus grave, NDLR).

Beaucoup de gens vont en studio et me demande : « Je veux un truc comme ça. » Moi je suis très bon pour faire de la contre-façon (rires), mais je ne veux pas de ça sur mon projet. C’est presque impossible à ne pas faire mais quand Puff Daddy sample les années 80, il met sa touche et ça devient un hit inattendu. On sent si tu as apporté quelque chose. Sur le titre Touche française, je m’inspire clairement des Daft Punk, de Gainsbourg… C’est cet espèce de mélange qui fait un truc nouveau.

M : Quel décor as-tu imaginé en composant ? Certaines lignes de synthétiseur sonnent très rétro, presque années 70.

PH : Je ne suis pas sûr de l’avoir fait. J’ai surtout des notes et des mots en tête. Je voulais juste être très ancré dans le réel, comme dans Amour digital où je décris un peu la scène. Il fredonne : « Le téléphone vibre sur la table basse, peut-on s’aimer sans jamais s’embrasser une fois ? » Tu vois Flashing lights ? C’est sûrement mon morceau préféré de Kanye West. Il est archi réel ! Tu écoutes, tu y es, tu vois… Il reprend : « She don’t believe in shooting stars, but she believe in shoes and cars… » Et je suis un grand fan de vaporwave (style musical  caractérisé par son usage d’échantillons sonores issus des musiques des années 1970, 1980, 1990 et début 2000 : lounge, smooth jazz ou musique d’ascenseur, NDLR), j’ai été inspiré par les Beatles et Michael Jackson. Je kiffe quand il y a un grain un peu pastel.

Je sais que mes tracks ne sont pas parfaites et c’est ça qui est cool. Chez les Daft Punk, c’est peut être leur vœu d’être tellement parfait qui fait leur imperfection. Ton style, il est dans tes erreurs. »

– PH Trigano

M : En tant que technicien du son, est-ce que c’est difficile de se détacher de son exigence envers soi-même pour réussir à coffrer des morceaux et ne plus y toucher ?

PH : Franchement, je sais que mes tracks ne sont pas parfaites et c’est ça qui est cool. « Grand romantisme » montre ce que je ressens à un instant donné avec toutes ses imperfections. Regarde, les premiers morceaux de Pharrell Williams sont mal mixés et c’est une photo assumée d’un moment qui a du charme. Chez les Daft Punk, c’est peut être leur vœu d’être tellement parfait qui fait leur imperfection. Avec « Random Acess Memories », tu aimerais que ça dégouline mais ça ne déborde jamais. Un autre exemple, Nyjah Huston (un skater américain, champion de la discipline, NDLR), quand il skate c’est parfait et je préfère carrément regarder des skaters qui ont plus d’aspérités et qui font des faux pas. Ton style, il est dans tes erreurs. Alors oui, quand je me réécoute, je me dis qu’il y a plein de trucs que je n’aurais pas fait mais c’est pas grave. C’est cool, c’est une photo.

M : Tu es aujourd’hui plus connu pour tes talents de compositeur que d’interprète. Tu entretiens quel rapport avec cet aspect de la création musicale ?

PH : J’ai toujours chanté. J’ai même chanté avant d’être producteur. J’avais pris des cours de chant quand j’avais mon groupe Natas Loves You. Je suis de l’école de ceux qui font de tout et qui touche à tout. Comme Kanye, Pharrell Williams, Serge Gainsbourg… Des gens qui font des trucs avec leurs mains et leur bouche pour s’exprimer. C’est comme ça que j’ai appris et c’est très naturel pour moi. Je n’ai pas eu de barrières à casser pour me lancer ce défi de la mixtape. Je peux encore beaucoup progresser, améliorer mes oreilles, arrêter de fumer des clopes pour chanter mieux… Mais ce n’est pas ce chemin que j’ai choisi.

M : Pourquoi avoir choisi d’inviter d’autres voix sur des morceaux aussi personnels et introspectifs ?

PH : J’ai eu cette vision pour la production. Je suis resté seul producteur parce que je voulais composer seul, aller au bout de moi-même par esprit de compétition, comme un challenge. Mais pas pour les featurings. Je voulais d’autres lumières qui connaissaient mon histoire et qui sont proches de moi. Mélissa Bon, par exemple, a vécu des expériences similaires. C’est quelqu’un de très sensible, il y avait une vraie vibe, un instinct. Ichon, lui, avait sa vision propre sur le morceau mais j’ai trouvé ça cool qu’il apporte son prisme. Il m’a donné de la fraîcheur. Il est comme un bon joueur de foot qui rentre en deuxième mi-temps. Avec Swing, on s’est posé, je lui ai fait à manger et il a écrit quatre ou cinq heures. L’alchimie m’a plu et c’était très proche de ce que j’imaginais sur le track.

M : Tu as choisi de délivrer un projet où tu ne parles que d’amour. As-tu songé à la catégorisation dont tu pourrais faire l’objet comme chanteur de RnB français ?

PH : Le public peut penser ce qu’il veut mais ma démarche n’est pas celle-ci. Je ne pense pas dégager un truc évident. Je crois que je propose quand même un bon petit plat à déguster avec de quoi manger. Mes textes ne sont pas si mielleux, les prods sont assez polarisées… Parler d’amour c’est mon point de départ, mais pour arriver vers quelque chose de plus profond. En plus, on ne va pas se mentir, l’amour c’est un sujet qui nous obsède tous. On y pense tout le temps. Est-ce que j’ai appelé ma grand-mère ? Est-ce que mon frère va bien ? Il est tout le temps question de ça.

Après, on ne met clairement pas ma gueule sur ma zic’, j’en suis conscient (rires). Quand tu vois les premiers freestyles de SCH, tu vois qu’il n’est pas terminé. Il a grave évolué ensuite. C’est un peu pareil pour moi. J’en suis à ma deuxième évolution, je sais pas trop pourquoi, mais je sais que je vais encore changer. Je vais m’ouvrir à d’autres énergies.

Retrouvez « Grand Romantisme » de PH Trigano dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur SpotifyDeezer et YouTube.

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Décryptages Investigation

PH Trigano & Phasm, les chefs d’un orchestre hors du commun

Pour favoriser la création, les artistes se réunissent parfois en résidence autour d’une œuvre pour la développer et la peaufiner. C’est dans ces conditions que le groupe bruxellois L’Or du Commun a donné naissance à leur deuxième album :  « Avant la nuit », disponible ce vendredi 14 mai 2021. Pour travailler la matière musicale et concentrer leurs textes dans quatorze titres cohérents, les trois rappeurs se sont entourés des producteurs et réalisateurs PH Trigano et Phasm. Interrogés chacun de leur côté, les deux musiciens, aussi colocataires, ont fouillé dans leurs souvenirs pour nous raconter plusieurs semaines de travail et de composition. Pour eux, le mot d’ordre est clair : innover et revenir à l’essence même de ce qui fait la musique pour sortir un disque unique.

« On était complètement coupé du monde. Pas de réseau, des vaches, la totale. Notre seule sortie du jour, c’était pour aller faire les courses », raconte le compositeur PH Trigano. Perdu dans les hauteurs des Ardennes, un studio discret laisse échapper des nappes de synthé de l’une de ses fenêtres. À l’intérieur : des musicien.ne.s, des instruments, des producteurs, des machines, des artistes et de l’énergie. C’est pour mieux créer qu’entre novembre 2019 et juin 2020, Primero, Loxley et Swing, le trio de L’Or du Commun, se réunissent en résidence pour élaborer une nouvelle œuvre. Ils se retranchent ainsi entre les murs du studio GAM pour dessiner les traits d’un deuxième album attendu :  « Avant la nuit ».

Avec eux, les musiciens PH Trigano et Phasm mènent en tandem la réalisation et la production de l’opus. « On était dans une baraque à l’ancienne. L’acoustique a été faite dans les années 1970. Ça rend l’écoute vraiment chouette. Il y aussi un piano droit qu’on a pas mal utilisé et la salle de prise est cool. C’est à moitié roots mais techniquement c’est parfait. Le studio n’est pas clinquant mais les prods qu’on peut y faire sonnent bien parce que tu entends tout », décrit PH Trigano. Un cocon musical dont il a préféré taire l’adresse exacte pour garder l’endroit secret, réservé aux quelques connaisseur.se.s.

Dans cette scène, aux allures de huit clos, l’équipe a décidé de concentrer ses forces pour achever le disque.  « L’Or du Commun a choisi de s’ouvrir à de nouveaux beatmakers après avoir beaucoup bossé avec Vax1. Ils voulaient trouver de nouvelles couleurs et ne pas s’enfermer », explique Phasm. PH Trigano nuance : « S’ouvrir oui, mais ça pose aussi des problèmes. Tu te retrouves avec des prods de plein de gars différents. À la fin tu dois tout relier. » Pour faire le lien, le groupe fait appel aux deux producteurs, capables de comprendre les besoins de chaque morceau et de proposer des solutions.

Empreints d’inspirations américaines, les deux hommes, également colocataires, se complètent. Tandis que le chef d’orchestre du projet d’Ichon « Pour de vrai » maîtrise la mélodie, l’autre se distingue dans l’art de la percussion. Phasm précise : « J’étais surtout l’ingénieur son, j’enregistrais les voix et je prémixais les tracks. PH était plutôt sur les compositions et les arrangements. Les membres de L’Or du Commun sont très exigeants et savent exactement ce qu’ils veulent. On a été le tampon décisionnel pour pouvoir avancer et choisir ce qui allait fonctionner le mieux. »

« Terminer un album, c’est comme finir de construire une maison. Il faut peaufiner les fondations, élever les murs, peindre, c’est ça le délire », image PH Trigano. Et pour obtenir une architecture cohérente et uniforme, les deux beatmakers centralisent les travaux en proposant un univers sur mesure pour porter la mélancolie bien connue des trois rappeurs, mais aussi en apportant une atmosphère nouvelle. Un cocktail qui fait le lien entre l’ADN du groupe dans des morceaux comme C’est Dingue ou Négatif et un vœu de renouveau. Le musicien barbu poursuit : « On a amené des touches RnB dans les morceaux Sable ou À l’aube par exemple. On a aussi rajouté un côté organique avec l’utilisation du piano droit qu’on avait sur place et qui est très liant dans cet album. On en retrouve dans Nuit d’hôtel, Inertie, Pollen… Ça s’adapte à leur identité rap qui n’est ni du kick permanent, ni de l’ultra moderne à la Laylow. »

Sur les rails de cette direction artistique, les deux producteurs n’hésitent pas à revisiter complètement des maquettes déjà enregistrées. C’est le cas du morceau Inertie, la septième piste de la tracklist. « À la base, il y avait des couplets de Primero et de Loxley sur une prod trap de Dolfa, se souvient Phasm. On savait que c’était pas ça qui allait mettre en valeur le texte. On en a fait un morceau musical avec un piano et une batterie progressive, alors que c’était du pur rap. Et c’est ce travail qu’on a fait sur tous les tracks, à la manière d’un album de Kendrick Lamar ou du dernier Damso : « QALF ». On était tous effrayé de proposer quelque chose qui ressemblerait à une œuvre qui a déjà été faite. »

Guidés par un souci de l’instrumentalisation, les deux compositeurs mettent de côté les logiciels de production pour revenir à la raideur des notes imprimées sur le papier et posées sur un pupitre métallique. Sur les morceaux Pas de regrets, Ciel rouge et Inertie, ils choisissent ainsi d’inviter un quatuor de musicien.ne.s avec une contrebasse, un alto, un violon et une flûte. « C’était magique, confie PH Trigano avec enthousiasme. Ce sont des instruments que l’on entend peu dans le rap. On a tout composé et ils ont joué nos partitions. C’était une idée de Phasm et un vrai plaisir en tant que producteur. »

« C’était magique. Ce sont des instruments que l’on entend peu dans le rap. On a tout composé et ils ont joué nos partitions. »

De la même manière, ils préfèrent opter pour l’enregistrement de véritables hit-hats (ou Charlets, instrument de percussion composé d’une paire de cymbales, attachée à une batterie, NDLR) sur le titre Pollen pour retrouver des sonorités plus authentiques. Sur ce même morceau, L’Or du Commun s’offre d’ailleurs la présence de Roméo Elvis, révélé au grand public grâce à ses collaborations avec le groupe. Autour du piano droit du studio GAM, toute l’équipe participe à la composition du track : « On cherchait les accords ensemble, c’était chanmé. Tout le monde kiffait. C’est le manager de l’ODC qui a fait la topline du refrain. On avait pris deux verres de vin et il a voulu poser sa voix sur de l’auto-tune pour se marrer. On lui a mis la prod de Pollen et il a fait un putain de refrain. J’aime les histoires comme ça, c’est ça la musique, c’est humain ! », raconte PH Trigano.

Sur le deuxième featuring de l’album, Banane, qui mêle les voix de Caballero, Zwangere Guy et Roméo Elvis pour un all star Bruxelles, le compositeur dit avoir été impressionné par la performance de l’auteur de « Chocolat » : « Avec Phasm, on a fait la prod en trente minutes. Il écoutait et n’a pas arrêté d’écrire. Au bout d’un moment il a fait « je peux aller rec ? », et il a posé sa partie en deux ou trois prises. Roméo a tué ça. Sur le coup, on se disait qu’il fallait qu’on lâche une bastos. Il y avait un peu de pression, mais positive. » Lorsqu’on lui demande si le pari est réussi, il répond sans détour : « Le morceau est très bon. C’est une prod très cainri avec des influences Kanye West : des couplets sombres, une prod qui switch pour apporter un rayon de soleil de gospel et des voix samplées. »

Une fois la résidence terminée, les quatorze maquettes prennent la direction du studio de Jules Fradet pour le mixage. Mission accomplie pour les deux Belges, la tête pleine de musique et de souvenirs. PH Trigano ajoute, penseur : « Tu ressors de ça, t’es au top. C’est comme de la méditation. Tu as bien mangé, bien dormi, tu regardes des films le soir, parfois les étoiles, tu fais des chichas… Des moments qui te rajoutent des points de vie plutôt que de t’en ôter. »

La réalisation de la cover

La pochette de « Avant la nuit » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

Découvrez-les en cliquant sur les animations ci-dessous. Activez le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

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« Everything Tasteful », le bon goût de la production

Un an et demi après « Le son d’après », Lala &ce dévoile son premier album studio : « Everything Tasteful ». Une performance musicale détonante, auréolée par la présence de quinze producteurs autour d’un projet qui possède autant de visages. Immersion dans les coulisses de la production d’un album différent. 

Derrière la vitre du studio, Lala &ce murmure. Calme et sereine, elle repousse ses dreadlocks d’une main et agite l’autre sur la pulsation d’un beat langoureux en tendant ses lèvres vers le micro. PH Trigano, assis de l’autre côté du studio, pose les premiers accords et assemble les fragments de ce qui fera bientôt naître le morceau Parapluie. Ce moment de musique mars 2020, presque un an avant la sortie d’« Everything Tasteful », le compositeur nous l’a raconté. « C’était magique. Ce genre de moment où tu oublies le temps. Nous avions la même vision et c’était très instinctif. Elle a écrit instantanément sur l’instrumental. Le titre ne ressemble à aucun autre, une sorte de disco track futuriste. Il rejoint sa proposition musicale unique en France », confie-t-il.

Accrochée à des notes célestes et des flows en suspension, Lala &ce, fidèle à son ivresse existentielle, fracasse les atomes crochus de sa sensualité. Le sachet de roses fanées toujours dans une poche, la rappeuse entrouvre une nouvelle porte de son univers planant et brumeux. Si le bon goût demeure le mot d’ordre du disque, la table de mixage de la pochette rappelle celui des ses architectes. Machines allumées et casques vissés sur les oreilles, les producteurs alignés sur la tracklist occupent une place centrale dans l’âme des quatorze pistes. Ils donnent le ton d’un nouveau virage de l’artiste lyonnaise, en quête de grandeur pour une musique encore discrète, bien que particulièrement signée et identifiable. 

L’ouverture sans concession

Un virage emprunt d’éclectisme où chaque titre trouve son compositeur. Façon « Black album » de Jay-Z. Touche par touche, l’identité de Lala &ce devient insaisissable. Si l’environnement cloud du « Son d’après », encore dans les pas du collectif 667, semblait recouvrir plus de noirceur, « Everything Tasteful » laisse désormais place à plus de lueurs dans le sillage du single Show Me Love, produit par Mookice. Le beatmaker explique : « Lala voulait faire résonner la fin de la tracklist et m’a demandé un afrobeat. Je travaille parfois avec des guitares et j’ai trouvé cette boucle très enivrante. » Un vœu d’ouverture sans dénier la concession. Un pari risqué et relevé grâce à l’attention que porte la rappeuse à l’instrumentalisation de l’opus. Le grain plus aéré de productions comme In Luv Again (composée par BLVTH x TAIIME), avec des drums ensoleillées et un rythme curieusement vif, se mêle à son timbre fuyant et à son texte parsemé d’onomatopées.

« Je suis dans d’autres fréquences, j’ai pas l’même signal », murmure-t-elle au début de Viral. Toujours aux prises du chopped and screwed (une technique de remix du hip-hop qui ralentit le tempo entre 60 et 70 battements par minute, NDLR), la rappeuse siffle sa différence sur des productions trap sur mesure qui viennent simuler les effets de la drogue et de la lean (mélange d’une boisson à des comprimés codéinés, NDLR). Le mix d’un piano, d’une 808 (boîte à rythme, NDLR) et d’un kick puissant, accueille ainsi son flow nonchalant qui rencontre le charisme de celui de l’artiste américaine S3nsi Molly. Pour l’occasion, Lala &ce a souhaité rappeler Konnorkilla, déjà auteur de l’instrumental de SuperSweet16 sur son projet précédent. Il raconte : « Elle m’a demandé un son sale qui tabasse avec une grosse basse. Elle a tout de suite aimé. Elle est plutôt du genre à prendre les prods telles qu’elles sont, sans trop les modifier. J’ai pu m’exprimer, tout en collant à son univers. C’est aussi comme cela que les traits de son art se renforcent. »

Dans le rap français, il y a toujours eu ceux qui faisaient différemment : Klub des Loosers, MC Solaar… Lala est de ceux là. »

PH Trigano

En chevauchant l’atmosphère de ses chefs d’orchestres tout au long de l’album, elle laisse les inspirations se mélanger. Sur Juju, la guitare, la flûte slow motion et la basse se superposent à son kick planant. Le beatmaker Clinton explique avoir été surpris par son interprétation : « J’ai pensé la prod avec une ambiance western, comme si deux cow-boys s’affrontaient. Elle y a finalement apporté une touche personnelle qui n’a rien à voir. C’est cette réappropriation des styles que l’on retrouve à travers « Everything Tasteful ». Elle ajoute même une chute de studio à la fin du titre : « Là ça fait combien ? 1 minute 40 ? J’crois on avait à peu près laissé genre 2 minutes comme ça max, tu vois ? ».

L’absorption de ses influences

Un lâché prise artistique, aussi spontané qu’il semble contrôlé. Derrière des sonorités millimétrées, l’artiste entend cultiver une élocution engourdie et un mélange des langues qui laisse libre l’interprétation de ses textes. Après avoir travaillé sur le morceau Parapluie, le compositeur PH Trigano fait le même constat : « Elle est tellement décomplexée que tu n’entends qu’elle. Elle ne fait penser à rien d’autre qu’à elle-même. Dans le rap français, il y a toujours eu ceux qui faisaient différemment : Klub des Loosers, MC Solaar… Lala est de ceux là. »

Des influences discrètes qui transpirent toujours autant la fièvre du rap américain. Celle qui a découvert l’auto-tune avec le rappeur T-Pain assume un flow conquérant qui doit beaucoup à la mentale d’outre-Atlantique. C’est ainsi sans surprise que la Lyonnaise sample deux extraits d’une interview de Lil Wayne entre les couplets de Dodow&ve.

Avec ce deuxième projet, Lala &ce continue de parier sur sa signature et sur une musicalité enrichie par son entourage, son audace et son identité. « Everything Tasteful » dresse ainsi le portrait d’une jeune femme devenue porte-étendard d’une scène nichée, qu’elle souhaite voir exploser un jour auprès du grand public. Après avoir invité avec ambition un producteur par track, l’exploration d’un opus plus rigide et plus exigeant dans sa construction se dessine comme une prochaine étape dans sa carrière. Pour toujours gagner plus de goût.

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La sélection 2020 : les beatmakers

Derrière les machines se cachent des techniciens du son et des penseurs musicaux. En composant des instrumentales sur mesure, ils subliment le talent artistique des rappeurs. Certains ont d’ailleurs été particulièrement remarquables en 2020. Mosaïque livre sa sélection des beatmakers de l’année.

Dioscures, le talent dans la matrice

Comment penser à 2020 sans se replonger dans les beats mélancoliques de Dioscures. Acolyte de l’ombre d’un certain Laylow, le producteur franco-algérien aura marqué l’année de son empreinte à plusieurs égards. Le 28 février, « Trinity » se présente au public. Un album qu’on ne présente plus et sur lequel Dioscures joue le chef d’orchestre. Présent sur près de la moitié des titres, il a permis à l’artiste toulousain d’affiner son monde digital. Une direction artistique particulièrement palpable sur le morceau NAKRé, en coproduction avec le pianiste Sofiane Pamart. Pourtant, limiter le travail de Dioscures à cet opus serait réducteur. Il a également accompagné son comparse Laylow sur quelques-uns de ses meilleurs featurings comme À la vie à la mort, avec Aladin 135 ou Le plan, aux côtés d’S.Pri Noir. Le compositeur sait aussi se fondre à l’univers de d’autres artistes. En fin d’année, il emmène ses talents auprès du parisien Squidji, pour produire les titres Popstar, Rose et Melancholia. Plus étonnant encore, il compose la publicité du dernier Assasin’s Screed : « Valhalla », toujours avec Sofiane Pamart. À seulement 25 ans, le producteur annonce qu’il mettra bientôt fin à sa carrière musicale. Et ce, après la sortie de son unique projet solo : « Ciela », attendu en février prochain.

– Robin Spiquel

Flem, noir c’est noir

Toute œuvre d’art a son architecte. « La Menace Fantôme » de Freeze Corleone est une pièce unique qui voit le jour grâce à la noirceur de son compositeur : Flem. Beatmaker de toujours auprès du collectif 667 et déjà présent sur « Projet Blue Beam », il est le bras droit du rappeur. C’est donc logiquement qu’il s’aligne à la prod de ses featurings dont, en 2020, le fameux Drill FR 4 avec Gazo ou plus récemment ny à fond avec Alpha Wann. Une collaboration régulière à laquelle ChenZen fait souvent référence : « s/o le Flem » (Sacrifice de masse). Le producteur marque l’année de son empreinte tant l’obscurité de sa signature musicale drill a résonné. Cette visibilité nouvelle lui vaut d’ailleurs d’être mis à l’honneur sur le projet de Django : « S/o le flem », entièrement produit par ses soins. L’année de Flem reste aussi celle de sa performance sur le titre Freeze Raël qui a fait l’unanimité dès les premières notes. La basse grésillante du morceau provoque des vibrations venues d’ailleurs, comme s’il invoquait les ténèbres avant que Freeze Corleone mette à exécution son flow démoniaque. Une introduction d’album déjà culte qui rappelle à chacun le rôle clé du beatmaker dans la conception d’un projet. Si Freeze Corleone porte la couronne, Flem soulève son sceptre. 

– Lise Lacombe

PH Trigano, l’année mélodieuse

Le plus californien des français, c’est ainsi que se décrit PH Trigano. Proche du collectif Bon Gamin dont Ichon est l’une des pièces maîtresse, il signe la quasi totalité des morceaux de son album « Pour de vrai ». Un projet notamment marqué par sa musicalité luxurieuse. Sa présence a aussi été remarquée sur les tracklists de deux artistes belges : « ALT F4 » de Swing et « Irréel » de Geeeko. Le rappeur aux dreadlocks colorées confiait d’ailleurs au média 1863 avoir fait appel au compositeur pour passer un cap et créer une atmosphère classe et sophistiquée. Clavier et guitare à la main, le beatmaker apparaît également sur la session Colors de Lala &ce qu’il accompagne lors de son interprétation de Parapluie, titre à succès dont il est le maestro. Point d’orgue d’une année fructueuse, PH Trigano dévoile en décembre son single France 98, sur lequel il prête sa voix chaude. S’apprêterait-il à sortir de l’ombre de ses boîtes à musique ?

– Lukas Taylor

twinsmatic, la force de l’Atlas

À l’image du titan grec Atlas qui figure sur la pochette de son projet sorti le 3 avril 2020 et qui porte seul le poids du monde sur ses épaules, Julian a voulu marquer l’année d’un projet qu’il a entièrement produit après le départ de Nadeem, ancien membre qui composait leur duo twinsmatic. Un tour de force réussi grâce à un échantillon diversifié de productions et des collaborations cohérentes. En réunissant des rappeurs installés comme SCH, Dinos ou Koba LaD, ainsi que des artistes émergents comme Box et Marj, twinsmatic réussit le pari d’un projet ambitieux qui participe à la mise en valeur des compositeurs sur la scène rap. Après être apparu sur le projet « XXIII : Bilan de vie » de Gianni avec Bientôt, il clôture son année sur le titre Diptyque qui ouvre avec justesse l’album « Stamina, » de Dinos, et annonce trois projets prévu pour 2021. 

– Lise Lacombe

Prinzly, l’homme derrière « QALF »

Premier coup de feu en janvier 2020. Sous les caméras de Konbini, Prinzly assiste à la naissance du banger Œveillé qui signe le retour de Damso en solo, sur une prod qu’il a lui-même composé. Devenu central dans l’instrumentalisation des pensées du rappeur, le beatmaker se distingue comme l’un des architectes de « QALF ». Il est d’ailleurs celui qui signe le plus de prods de l’album, présent sur dix morceaux, dont BXL ZOO, 911, DEUX TOILES DE MER et CŒUR EN MIETTES. Si la musicalité du projet se distingue comme l’une des plus riches de l’année, la présence de Prinzly n’y est pas pour rien et s’imbrique avec brillo dans la nouvelle direction artistique choisie par Damso. Hybride dans son approche, le compositeur ne cesse de s’affranchir du rap pour exporter son univers. En témoigne ses créations pour Tassae (Salope, À l’envers) et Lous & The Yakuza (Laisse moi). Son placement, en tandem avec Ponko, sur le titre Mauvaise Foi de Bonnie Banane prend d’ailleurs une tournure inattendue. Sur un rythme lent qui valorise les vocalises de la chanteuse, il ajoute une basse saturée et force l’alchimie. Le titre trouve alors une résonance particulière auprès du public et permet à l’artiste de le jouer dans les studios de Colors. Le beatmaker bruxellois se distingue également comme l’un des artisans de l’EP « Parades » du rappeur parisien montant Squidji.

– Thibaud Hue