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Hip-Hop 360 : l’histoire de la culture Hip-Hop exposée à Paris


Rap, danse, graffiti, DJ, beatmaking, beatbox, mode… Hip-Hop 360 retrace les quarante ans d’histoire du genre. L’exposition se tient du 17 décembre 2021 au 24 juillet 2022 à la Philharmonie de Paris et retrace l’évolution de cette culture protéiforme, de sa naissance à New York en 1973 à nos jours. Mosaïque a fait un tour de l’exposition. Reportage.


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Hip-Hop

Le ton est donné dès que l’on pénètre au sein de l’exposition : « La puissance, dès qu’j’arrive, sent la rage, de vivre… ». Le morceau La Puissance de Rohff raisonne dans la pièce. Une frise chronologique de 1973, naissance du Hip-Hop à New York, à 2021 relève les dates clés d’une culture aux milles visages à travers une vidéo. 1984 : création d’« H.I.P.H.O.P », la première émission Hip-Hop au monde est diffusée sur la chaîne TF1. 2008 : Booba utilise l’auto-tune pour son album « 0.9 », une première. 2015 : le président de l’Assemblée nationale remet au graffeur JonOne la légion d’honneur. 2019 : le comité d’organisation des Jeux Olympiques retient le breakdance comme discipline à part entière pour les Jeux de 2024 à Paris.   

L’exposition se concentre sur l’exportation et l’évolution du mouvement Hip-Hop en France, tout en soulignant l’influence de son grand frère américain. Cela se traduit par un parcours initiatique qui parle aux fins connaisseurs comme aux grands débutants. Une volonté de la part de François Gautret, commissaire de l’exposition : « Ce qui était primordial, c’était de présenter le Hip-Hop et ses différentes formes d’expressions. On a encore tendance à penser que ce n’est que le rap et la danse. Ce parcours le rend à la fois pointu, éducatif et il valorise la dimension plurielle de ce mouvement. D’où le « 360 » puisque le Hip-Hop touche à tout et influence la mode, le cinéma, le graphisme, la musique etc. », explique-t-il. 

Hip-Hop 360 : Une immersion totale

Quelques boombox (enceintes portatives popularisées dans les années 80, NDLR) colorées décorent les murs. Parmi elles, des graffitis et des photos qui immortalisent les premières soirées Hip-Hop à Harlem (New York) ou encore dans le Paris des années 90. Les visiteurs découvrent chaque étape de l’exposition, un casque audio à la main. Un accessoire indispensable qui permet, par moment, de se brancher à des postes pour y écouter des morceaux ou des extraits d’émissions d’époque. À l’image de « Rapline » diffusée sur la chaîne M6 entre 1990 et 1993 et présentée par Olivier Cachin. On y retrouve les codes d’un autre temps. Celui des chemises oversized aux imprimés flashy et des interviews de rappeurs filmées en contre-plongée. 

Tout est fait pour que cette « installation à vivre », imaginée par François Gautret, interagisse avec ses visiteurs. Une petite salle tapissée de vinyles en tous genres permet cela. Un disque est installé au centre de la pièce. Il suffit de le toucher pour changer la musique et lancer l’un des 68 morceaux favoris du DJ Dee Nasty, l’un des pionniers du Hip-Hop en France. Une sélection que les radios s’arrachent dans les années 80. Laura, 22 ans, tombe sur le morceau Girls Ain’t Nothing But Trouble interprété par le duo DJ Jazzy Jeff et The Fresh Prince alias Will Smith. « Ah mais c’est le Prince de Bel Air ! Ma mère était trop fan de ce sitcom ! », dit-elle en souriant.

Plus loin, le chansigneur (forme d’expression artistique qui consiste à traduire les paroles d’une chanson en langage des signes au rythme de la chanson, NDLR), Bachir Saïfi signe l’un des morceaux de l’artiste Booba sur un écran. Un univers qui se rapproche davantage de celui de l’étudiante. 

« L’exposition Hip-Hop 360 est incroyable. Mais en tant que photographe, je reste dubitatif »

David Delaplace, photographe et directeur artistique de 31 ans, fait partie des artistes exposés au sein de la Philharmonie. Pour lui, cette exposition représente une manière de « ramener les mecs de cité ou les banlieusards dans ce genre de lieux prestigieux ». Mais aussi, « les gens qui n’ont pas l’habitude d’être au contact de cette culture et du rap », affirme-t-il. Si le trentenaire est heureux d’y figurer, il regrette toutefois le peu d’espace consacré à la jeune génération.

Il la juge très « old school » et parfois inaccessible aux jeunes auditeurs de rap. « Je suis mitigé. En tant qu’auditeur de rap, et au vue de mon âge, je trouve l’exposition incroyable. Mais en tant que photographe, je reste dubitatif. », avoue-t-il. Pour cause, certaines photos sont à peine perceptibles, à l’image du mur consacré à la jeune photographe Elisa Parron, rendue célèbre grâce à l’un de ses clichés de Nekfeu dans une foule. « Ses photos sont dans un coin au fond de l’exposition. Je les ai découvertes accidentellement en tournant la tête », explique le directeur artistique.

Le rap comme symbole de lutte sociale

« D’abord, le rap est festif. Puis, il est plus social dès 1982. C’est une description très réaliste de la misère dans les ghettos. On passe alors d’un rap de divertissement à un rap de mobilisation », explique Guy Saguez sur la chaîne TF1 dans un extrait de l’émission « Mégahertz » datant de 1982. Une analyse qui se confirme avec l’arrivée de groupes avec des textes engagés comme N.W.A aux États-Unis et NTM ou IAM en France.

Au cœur de l’exposition se trouve un espace circulaire de 120 m² en son spatialisé – le 360. On y voit Diam’s interpréter son titre « Marine ».  Dans ce morceau, elle rap sans détour son opposition au Front National (Rassemblement National aujourd’hui, NDLR) et répète dans son refrain : « J’emmerde le Front National ! ». Un jeune garçon aux lunettes de vue rouge vif interroge sa mère sur l’injure qu’il vient d’entendre. « Elle a dit quoi ? », lui demande-t-il. Elle s’accroupit alors près de lui et lui explique ce que l’artiste dénonce dans son morceau. Une image qui symbolise la transmission du Hip-Hop depuis plus de 40 ans maintenant. 

Une transmission qui aura peut-être l’occasion de se perpétuer dans le reste de la France, voire à l’étranger d’après David Delaplace. Une « option d’itinérance » figure dans le contrat que le photographe a signé pour figurer dans l’exposition. « Hip-Hop 360 peut être déplacée à travers le pays si ça marche bien ici. Et pourquoi pas hors des frontières par la suite, dit-il avant de se mettre à rire, c’est un peu une exclu que je donne à Mosaïque là ! », conclue-t-il. 


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Dans les coulisses de la sixième édition du Hip Hop Symphonique

Pour cette sixième édition du Hip Hop Symphonique, ce sont sept nouveaux artistes qui foulent la scène de l’auditorium de Radio France pour interpréter leurs morceaux aux côtés d’un orchestre symphonique. Aux manettes, le musicien Issam Krimi et son groupe, The Ice Kream, réarrangent les titres des interprètes pour leur donner un second souffle. Cette année, Mosaïque s’est rendu dans les coulisses de l’événement. Reportage. 


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Dans la salle de l’auditorium de Radio France, quelques notes de piano résonnent. Une voix s’élève : « Les Champs-Elysées brillent avec la lumière de l’Afrique ». Puis, tout l’orchestre s’emballe. Sur scène, le rappeur Dinos, emmitouflé dans une doudoune orange vif, déclame son texte accompagné par les voix des choristes. Pour la première fois, le rappeur de La Courneuve interprète la version symphonique de son morceau XNXX devant une salle aux sièges pour l’instant vides.

En ce jour de répétition, les artistes de la sixième édition du Hip Hop symphonique sont venu.e.s répéter leurs prestations qui aura lieu le lendemain. L’occasion pour chacun.e d’entre eux.elles de faire les derniers ajustements comme pour Dinos qui demande à entendre sa voix plus fort dans son retour. À ses côtés, on retrouve Doria, Benjamin Epps, MC Solaar, Bisso Na Bisso, Selah Sue et Laeti. Comme pour chaque édition, Bruno Laforestrie, directeur de Mouv’, explique avoir pensé une programmation équilibrée : « Ce que nous voulons faire, c’est mélanger les générations avec de jeunes talents et des légendes du rap. Mais aussi mettre en avant la scène rap féminine. » 

Toutefois, le musicien Issam Krimi reste le chef d’orchestre de l’événement. Il choisit les participant.e.s et peut se permettre de refuser certaines propositions : « Tous les morceaux ne peuvent pas venir au Hip Hop Symphonique. Si aucun titre ne permet de faire des arrangements, je peux me permettre de dire non, ou tout simplement si esthétiquement je ne suis pas fan de l’univers de l’artiste. Et ceux qui pensent ne pas avoir de sons compatibles avec un orchestre sont souvent ceux qui s’adaptent le mieux. » 

Un événement unique pour les artistes

Avant la représentation, le choix des tracks fait d’ailleurs l’objet d’une longue concertation entre les artistes et la tête du groupe The Ice Kream : « Cette année, Dinos a été un cas intéressant parce qu’il a une culture du sample. C’était compliqué de réarranger le morceau El Pichichi en version symphonique parce qu’il y a une boucle de violon. Et avec l’orchestre, on ne peut pas la répéter tout le morceau sinon c’est ennuyant pour tout le monde. Mais on est parvenu à détourner ça. Chaque mélodie à sa réponse. »

Il y a aussi des répertoires plus faciles à réarranger comme celui de Doria. Quelques minutes avant, elle se trouvait à la place de Dinos sur scène pour répéter ses morceaux. Dans son ensemble jogging vert et noir, elle donne vie au morceaux Goodbye et Donne-moi la main, les deux morceaux « les plus touchants de son répertoire » selon la rappeuse. Après un premier essai, elle demande à ce que les voix des choristes soient moins fortes dans son oreillette. Pour Doria, le Hip Hop Symphonique est une expérience inédite : « Le fait d’être accompagnée par un orchestre symphonique rend le moment très particulier. Il y a des instruments, comme la contrebasse, que je n’ai jamais entendu. » Elle regarde chaque édition tous les ans et reste marquée par les prestations de SCH et Soolking. La jeune femme originaire de Nanterre (92) se dit fière de se retrouver aux côtés de MC Solaar, venu répéter son classique Caroline

Un autre ténor du rap français aurait dû être à l’affiche de cette édition en la personne de Rim’K. Avec le pianiste Issam Krimi, il devait créer ensemble un morceau inédit, conçu spécialement pour l’événement. Mais le rappeur a finalement manqué de temps et c’est le groupe Bisso Na Bisso qui a été appelé à la rescousse pour le remplacer. Déjà présents sur l’édition précédente, ils reviennent donc cette année pour interpréter une deuxième fois leur single Bisso Na Bisso. Une nouvelle qui a réjoui le groupe raconte Passi, l’un des membres : « C’est un single que l’on a chanté dix mille fois, on a l’habitude. Mais cette version symphonique nous fait du bien. C’est jouissif de pouvoir le refaire sur cette scène. » Se réunir leur donne même envie de se reformer : « Ça nous traverse l’esprit. On y pense souvent ! Il y a des inédits qui existent et il y en aura dans mon prochain album », indique Calbo.

Ouvrir l’événement à tous  

Particularité de cette édition : une ouverture internationale et à d’autres genres musicaux avec l’invitation de la chanteuse Selah Sue, qui sera accompagnée de Benjamin Epps, absent des répétitions, sur le morceau Hurray. Selon Bruno Boutleux, directeur général de l’Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes), « le moins il y a de frontières entre les genres, le mieux on se porte ». Pour le directeur de Mouv’, l’événement est aussi l’occasion d’inciter les artistes à s’essayer à autre chose : « En 2017, après sa prestation, Ninho nous avait dit qu’il comprenait maintenant pourquoi les gens écoutent Mozart. Beaucoup d’artistes rap n’ont jamais eu d’expériences avec de vrais musiciens. » Une ambition partagée par Bruno Boutleux et qui concerne également le public : « Les personnes qui assistent à l’événement forment un public différent de celui qui a l’habitude d’être dans l’auditorium de Radio France. L’idée, c‘est aussi de décloisonner les genres et ouvrir le classique à un autre public. »

Ouvrir le classique à un autre public dont les sourd.e.s. Pour la quatrième fois, des chansigneur.se.s sont présent.e.s sur l’évènement. Sur scène, à droite des artistes, Erremsi, Élodia, Jennifer, Vinz et Slam traduisent les morceaux en langue des signes : « Ce n’est pas juste artistique et esthétique. Le plus important pour nous, ce n’est pas de faire du mot à mot mais de redonner le sens du morceau », explique Élodia. Pour traduire un texte, il est essentiel de comprendre ce que l’artiste a voulu dire selon son collègue Erremsi : « Par exemple, si on traduit Dinos, il faut être Dinos. On doit se fondre dans le personnage, il faut prendre ses codes, avoir vu des interviews et comprendre les références. »

Parfois, l’exercice se complique : « Lorsque SCH parle du « son des guitares », il est important qu’on traduise le fait qu’il parle de kalachnikovs. C’est pour ça que l’idéal pour nous c’est de pouvoir échanger avec les artistes pour respecter leur intention. Malheureusement, c’est encore rarement le cas. » Le Hip Hop Symphonique reste pour les chansigneur.se.s le plus grand événement de scène en France. Erremsi tient toutefois à nuancer : « Ça rend le concert bilingue mais pas accessible. Parce que tout le reste de l’événement est décidé par rapport aux gens normés. »

Pour clôturer la journée de répétitions, l’artiste Laeti, guest star de cette édition interprète Rider toute la night sur une scène qu’elle connaît bien pour l’avoir foulée lors de la scène finale de la série « Validé ». Mais cette fois, les sensations sont différentes : « Dans la série, c’est l’Alpha qui joue le morceau. Cette fois, c’est Laeti. » Nouveau visage de la sphère rap, Laeti semble stressée lors des répétitions et se fie souvent au regard d’Issam Krimi pour se rassurer : « Je suis très exigeante envers moi-même. Je pense que je me sentirai bien après ma prestation quand j’aurai tout donné. En tout cas, je suis super fière d’être ici, ça me donne l’impression d’être une vraie artiste. Je me retrouve à côté de gens qui pour moi sont des stars. » En décembre, son titre Rider toute la night sera disponible en version symphonique sur toutes les plateformes de streaming. Une première dans l’histoire de la cérémonie. Mais avant ça, c’est le lendemain, samedi 20 novembre, que Laeti a rejoué son morceau à l’occasion de la première représentation. Cette fois, le public enthousiaste était bel et bien présent pour assister aux performances des artistes et des 400 musicien.ne.s de Radio France.


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À bord du Vaxibus de Skyrock en Seine-Saint-Denis

Le Vaxibus est un dispositif de Skyrock et du gouvernement pour inciter les jeunes à se faire vacciner. Pendant un mois, le véhicule a traversé la France pour aller à la rencontre des jeunes pour qui la vaccination contre le Covid-19 est difficile d’accès. À l’intérieur, des animateurs de la radio musical côtoient des soignant.e.s. Mosaïque est monté à bord du camion lors de sa halte à l’université de Villepinte, mardi 13 octobre, en région parisienne, pour la dernière date du parcours.

Garé juste devant l’université Paris 13 à Villepinte (93), mardi 13 octobre, impossible de ne pas remarquer ce semi-remorque imposant, floqué aux couleurs de la radio Skyrock et du slogan « Ça va ? Ça vax ? ». Sur fond de rap français, une équipe d’une quinzaine de personnes attend de recevoir des jeunes étudiant.e.s. Depuis le 13 septembre, dans le cadre d’un partenariat entre la radio et le ministère de la Santé, le véhicule sillonne la France pour offrir aux jeunes la possibilité de se faire vacciner contre le Covid-19.

Des animateurs de Skyrock proposent des dédicaces à l’antenne

À bord, trois boxs de vaccination sont installés, tenus par du personnel médical prêt à faire la piqûre. Depuis ce matin, quatorze personnes ont reçus une dose de vaccin. « Un petit chiffre », lance un soignant. Si le camion devait profiter de l’affluence à l’événement « Start campus » organisé sur le site de la faculté, « beaucoup sont déjà vaccinés ».  À l’avant du véhicule, un studio de radio Skyrock a été monté, avec deux micros, sous la responsabilité de Karim, animateur, et Thomas, ingénieur son. « Tout le monde peut venir faire une dédicace au micro. Ils peuvent se présenter, donner leur snap ! L’ambiance est super bonne », raconte Karim.

Loin de leur studio du deuxième arrondissement de Paris, les équipes de la radio cohabitent depuis un mois avec des soignant.e.s : « C’est une super expérience. À Skyrock on est pas habitué à côtoyer ce corps de métier », explique Cédric, co-animateur de l’émission « Radio Libre » sur Skyrock entre 21 h et minuit. À propos de la mission de vaccination, il nuance : « Nous n’encourageons pas à la vaccination ceux qui viennent nous voir. S’ils veulent juste faire une dédicace, ils peuvent. Vacciné ou pas. »

C’est l’ADN de Skyrock d’aller dans les banlieues. On a pas peur du tout. On a été super bien accueilli.

Cédric le Belge, co-animateur de la « Radio Libre » sur Skyrock

Cible du dispositif : « Les jeunes qui habitent dans des endroits reculés où il n’y a pas de centre de vaccination », précise Cédric. Les zones où les vacciné.e.s sont les moins nombreux.ses ont été visées lorsqu’il a fallu dessiner un itinéraire de vingt dates. La « tournée », comme l’appelle Karim, a pris fin en Seine-Saint-Denis, le département le plus défavorisé d’Île-de-France. Sevran, Pierrefitte-sur-Seine et Villepinte, la dernière date où Mosaïque s’est rendu. « C’est l’ADN de Skyrock d’aller dans les banlieues. On a pas peur du tout. On a été super bien accueilli », se souvient Cédric. Il ajoute : « À Pierrefitte, ça a super bien marché. Il y avait des jeunes mais aussi une file d’une dizaine de personnes âgées. Ils ont laissé des dédicaces pour leurs petits-enfants, c’était super drôle ! »

Un périple troublé par les anti-pass sanitaire et les anti-vaccin

L’ambiance n’a pourtant pas toujours été festive sur la route du Vaxibus. À Marseille, tout se déroulait comme prévu jusqu’à ce que des manifestant.e.s anti-pass sanitaire et anti-vaccin viennent protester sur le stand. Même constat à Montpellier et à Rennes où les opérations ont dû être écourtées face à la pression des réfractaires au vaccin. Aux Mureaux (78), des policier.ère.s ont été déployé.e.s pour assurer la sécurité du camion. Pour ce représentant du ministère de la Santé, ces rassemblements ont ralenti le bus : « Beaucoup de jeunes ont sûrement été dissuadés de venir à cause du climat hostile. »

À Villepinte, la journée s’est déroulée comme prévue. Devant le semi-remorque, une tente de la Croix-Rouge est installée. Pour tous ceux.celles qui auront reçu une première injection avec le Vaxibus, c’est l’association d’aide humanitaire qui repassera aux mêmes endroits pour proposer une deuxième dose dans quatre à six semaines.

Quatre personnes vêtues de vestes orange fluos réceptionnent les jeunes à la sortie du bus. L’un d’entre eux, Roger Fontaine, président de la Délégation territoriale de la Croix-Rouge française de la Seine-Saint-Denis explique : « L’avantage du camion c’est qu’ici il n’y a pas besoin de rendez-vous, de carte d’identité ou de carte vitale. On vaccine tout le monde. » Selon lui, la présence de la Croix-Rouge est rassurante et permet d’approcher d’autres publics : « Un jour, on s’est fait livrer à manger, le livreur est arrivé avec son scooter et il s’est fait vacciné. Il n’avait pas de papiers et le lendemain il est revenu avec 25 autres collègues Uber Eats ! » À 20h, les équipes rangent le matériel en place. Il est temps pour le Vaxibus de rentrer au garage. Pour de bon cette fois.

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À 19 ans, le photographe Alexandre Carel expose le rap français à Paris

À tout juste 19 ans, Alexandre Carel s’impose comme l’un des acteur.rice.s majeur.e.s de la scène du rap français. Photographe « grâce au destin », comme il aime se définir, le jeune homme a vu défiler un bon nombre d’artistes devant son objectif. De Josman à SCH en passant par Freeze Corleone, Alexandre multiplie les shoots. Suffisamment pour se lancer le défi d’inaugurer sa première exposition, « De mes cendres », dans le deuxième arrondissement de Paris. L’exposition se tient du 25 septembre au 2 octobre 2021, rue d’Alexandrie, et regroupe les clichés phares du jeune photographe, accompagnés d’images exclusives. 

« Attends, n’ouvre à personne ! ». Une tête se glisse entre les portes de la boutique de vêtements Tealer, transformée en salle d’exposition pour l’occasion. Il est bientôt 20 h. « Tu n’ouvres à personne tant que je ne te l’ai pas dit », insiste Alexandre, auprès d’un membre de son équipe. Le jeune homme referme aussitôt la porte. Il va falloir patienter encore un peu. 

Depuis plus de deux ans maintenant, Alexandre Carel s’amuse à capturer les visages de la scène musicale actuelle. PLK, Leto ou encore Aya Nakamura, le jeune photographe s’invite dans tous les univers. Sa recette miracle ? L’audace. C’est comme ça que ses premières photos ont vu le jour pour rencontrer par la suite un véritable succès. 

Le talent et l’audace

L’arrivée des premier.e.s invité.e.s à 20 h tapante confirme l’engouement rencontré par le jeune photographe sur les réseaux sociaux. Alexandre nous accueille au sous-sol, entre quelques-uns de ses clichés suspendus par une ficelle et une machine à jeux vidéo où l’ont peut affronter son adversaire à « Street Fighter II ». Debout, au milieu de la pièce, le jeune homme de 19 ans se souvient de son parcours.  

Tout commence à 17 ans, quand Alexandre, à l’époque lycéen, réussit à s’inviter sur le tournage du clip Juice de Jok’air en featuring avec Jazzy Bazz. Il se rend sur place un peu par hasard, sur information de son frère, accompagné de sa caméra. Il capture le moment et revient quelques jours plus tard pour prendre d’autres photos. Trois ans plus tard, à l’étage de l’exposition, un disque d’or décerné à Alexandre Carel pour le single Bonbon à la menthe trône fièrement. Dessus, une dédicace du rappeur : « Pour notre première ! Que ton chemin soit rempli d’or. »

Cet accomplissement caractérise le parcours du jeune photographe. Le plus récent en date, tenu jusqu’alors secret, est celui d’un tournage avec le Duc. « On était au milieu de l’autoroute. Booba tournait un clip. Il était dans une voiture et moi dans celle du réalisateur. Nos véhicules finissent par s’arrêter brièvement. Je réfléchis à peine et je sors rapidement de la voiture. Je cours à sa fenêtre et je le shoot en quelques secondes. » La photo,exposée spécialement dans une petite salle à part, fait office de « trophée » pour le jeune homme.

Certains jours, la tâche s’avère plus ardue. Dernièrement, Kaaris lui a confié la pochette de son dernier album « Château noir ». Un shoot que le jeune photographe raconte en serrant les dents : « C’était compliqué, se souvient-il en laissant échapper un soupir, Kaaris n’a rien aimé au début. J’avais essayé tous les angles de la pièce. Il répétait “J’aime pas, ça c’est moche, j’aime pas…” Puis au dernier moment, Black Anouar (réalisateur réputé dans le rap français, NDLR) m’a glissé dans l’oreille : « Essaye de le prendre sous le lustre ». Je tente cet angle de vue. Kaaris pose. En une prise, il a dit : « Voilà, c’est ça la cover de mon album. » » Une anecdote qui ne manque pas de faire sourire ceux et celles qui prennent le temps de lire la légende qui accompagne la fameuse photo.

Un destin tracé

Trente minutes après l’ouverture des portes, la boutique aux trois étages est quasiment pleine. Certain.e.s félicitent le jeune photographe, d’autres se dirigent vers les boissons en libre service. Le brouhaha se mêle rapidement aux morceaux de rap qui résonnent avec les artistes exposé.e.s dans les différentes pièces. « Cette exposition, c’est prendre un risque », reconnaît Alexandre, une bière à la main. Un challenge inédit qu’il a eu envie de relever en mai dernier. « Il fallait que je travaille sur quelque chose de nouveau. Savoir se renouveler et sortir de sa zone de confort, c’est très important pour évoluer », assure-t-il. 

En quittant la fac, j’ai su que c’était la photo ou rien. Je ne pouvais rien faire d’autre.

– Alexandre Carel pour Mosaïque

Quand on lui demande ce qui l’a poussé à poursuivre ce chemin à seulement 17 ans, il répond simplement : « J’ai pris mes couilles et je l’ai fait. » Petit, Alexandre se balade déjà avec un appareil photo rose qu’il utilisait pour capturer « tout et n’importe quoi ». En sortie scolaire ou dans la rue, l’adolescent ne quitte jamais son précieux totem. 

C’est à l’université, après avoir suivi quelques cours qui lui déplaisent, que le choix s’impose. « En quittant la fac, j’ai su que c’était la photo ou rien. Je ne pouvais rien faire d’autre », explique-t-il, sûr de lui. Un pari gagnant puisque cela fait près de trois ans que le jeune photographe vit de ce métier à temps plein. 

Une réussite qui se concrétise en parcourant la pièce située au sous-sol qui regroupe une partie des nombreux cadres exposés. « Les voir physiquement, c’est autre chose que sur Instagram. », reconnaît-il en souriant.

« Je ne peux pas mourir sans avoir shooté Nekfeu »

Malgré le grand nombre d’artistes qu’Alexandre a vu défiler devant son objectif, l’absence de l’un d’entre eux.elles reste, pour lui, une source de frustration. « Je ne peux pas mourir sans avoir shooté Nekfeu. Mais le truc, c’est que cet homme est inaccessible », regrette-t-il. 

En revanche, il peut se vanter d’avoir capturé son artiste préféré, Josman. C’est avec fierté que le jeune photographe présente ses clichés de l’artiste, dispatché un peu partout dans la pièce. Le regard rivé vers l’une d’entre elles (voir en haut la première photo de l’article, NDLR), il raconte, les yeux brillants : « J’ai ressenti toutes sortes d’émotions à la release party de l’album « SPLIT » de Josman. » Les quelques photos prises à l’évènement de celui qui « a changé [sa] vie » reste un souvenir précieux pour le jeune homme.

À de nombreuses reprises dans les textes qui complètent les photos exposées, Alexandre fait usage de la même expression. Il parle du « meilleur shoot de ma vie », du « plus gros projet de ma vie », d’un « tournage qui m’a marqué à vie ». Un tic de langage amusant qui révèle l’euphorie saisissant le jeune homme de 19 ans dans son travail. 21 h 30, l’exposition est noire de monde. Une petite foule s’est à présent formée devant la boutique. Un succès que même un problème de DJ de dernière minute ne parvient pas à gâcher.