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Carte du 92, le vieux continent

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Alors que la carte du 91 s’imposait comme le lieu de la nouvelle ère du rap, le 92 incarne une époque de l’âge d’or du rap. Lunatic, Les Sages Poètes de la rue, Beat de Boul, les collectifs et les groupes étaient très florissant à la fin des années 90. Derrière eux, l’ancienne génération va laisser un héritage marquant au rap français que nous connaissons aujourd’hui. Entre une punchline de Booba et une rime de Guizmo, le département des Hauts-de-Seine revendique une identité forte. À l’image des rappeurs qu’il abrite.

Explorez la carte des Hauts-de-Seine à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus du 92 :

Exploration sur PC recommandé.

 

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joysad, nature peinture

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Des ses freestyles Instagram, à son passage sur le Planet’rap de Marwaloud, en passant par sa signature chez Because Music, joysad a fait du chemin. Après plusieurs mois de teasing, le rappeur originaire de Périgueux a libéré son premier EP : « Fernandez », vendredi 10 juillet 2020.

 

« Détendez-vous le campagnard arrive », annonçait-il dans son freestyle Booska Périgueux avant la sortie de « Fernandez ». Loin des lumières de la capitale, Nathan Fernandez, 20 ans, revendique avec fierté ses origines périgourdine : « J’viens pas de Paris, moi j’viens de Périgueux » (Hiver). De l’égotrip, mais pas trop,  Joysad se montre tel qu’il est.

Révélé par des concours de freestyles Instagram sur 1minute2rap, il s’est rapidement fait repérer. Mais pour aller au-delà d’un succès cantonné aux réseaux sociaux, il a fallu se transformer. Avec ce premier projet, il offre ainsi neuf titres cohérents qui font désormais de lui un artiste.

 

Multi-facettes

Versatile et multi-facettes, le projet est à l’image des sons qu’il avait déjà dévoilé. Alors que son titre Chicha Pomme était plus trap, avec des couplets puissants, il avait aussi dévoilé un morceau plus introspectif avec Coup d’avance, dans lequel il parle de son frère, décédé un 14 juillet dans un accident de voiture.

 

Cover de l’EP « Fernandez », sorti vendredi 10 juillet 2020.

 

C’est d’ailleurs avec le premier son de l’EP, éponyme du projet, que Joysad souhaite lui rendre hommage : « Maintenant, faut que j’honore mon frère »  (Fernandez). Là où le premier projet peut souvent prendre la forme d’une démonstration technique et de puissance, l’artiste a saisi cette rampe de lancement pour laisser une carte de visite à son image, sans hésiter à jouer la corde de la mélancolie et de la confession. La cinquième piste, Près de toi, incarne d’ailleurs cette sensibilité assumée où il interroge la difficulté des relations amoureuses au regard de son nouveau métier.

Sensible, calme ou malicieux, la jeune recrue de Because Music montre plusieurs visages. Le morceau Hiver et son visuel exploitent d’ailleurs très bien cette dynamique. Le rappeur y incarne les deux humeurs de son nom de scène qui s’entrechoquent. Il confiait d’ailleurs à Konbini : « Je peux être très heureux comme très triste. Je suis peut-être un peu lunatique. »

 

 

Une production variée

Celui qui rappait sur des type beats se balade aujourd’hui à travers plusieurs couleurs musicales. Sur des productions trap avec Californie ou des instrumentales acoustiques comme sur Eh poto, l’artiste envoie des couplets millimétrés avec une facilité à varier les flows qui prouve déjà sa maturité.

Si ses enchaînements de punchlines en cascade rappelle son aisance en freestyle, il étonne par sa créativité sur les refrains. Les toplines des morceaux : Les points sur les I ou 6 euros, teintées d’autotune, se révèlent très efficaces. Elles donnent notamment de la respiration à son phrasé, généralement très dense.

 

Crédit : OJOZ.

 

Si les traits encore juvéniles de son art ne parleront pas à tous, il demeure accessible dans ses textes et assume rapper sa jeunesse. Alors que le rappeur rêve de la « West side » (Californie), il faut reconnaître son ascension impressionnante et rapide auprès d’une communauté déjà très attachée à la simplicité du jeune homme.

Le public connaît désormais Joysad, qui parvient à placer Périgueux sur la carte du rap français. Arrivée dans le game réussie. Maintenant, place à la suite.

 

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Chilla, seule sur la lune

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Il y a un an, le 5 juillet 2019, Chilla dévoilait son premier album, « Mūn », sur lequel elle propose 17 titres. Album hautement introspectif, elle nous invite à entrer dans son univers, teinté de mélancolie. Avec ce projet, la rappeuse se livre à la tombée de la nuit, lorsque le ciel se pare d’étoiles et que la lune se dessine. Retour sur un album qui a guéri les blessures de la solitaire Chilla.  

 

Avec « Mūn », Chilla disait à Pascal Cefran pour Mouv’ avoir l’impression « de faire rentrer les gens dans ma chambre. Jai réglé beaucoup de choses en écrivant des titres pour Mūn ».  Elle, qui écrit au clair de la lune et se balade la nuit dans Paris, seul moment où elle se sent capable de nous délivrer ses blessures.

Elle, qui ne se sent jamais mieux que lorsqu’elle a le sentiment de n’être rien dans un univers aussi vaste, seul parmi les étoiles : « J’regarde le ciel, la lune me reflète. J’brille au milieu de la pénombre , les étoiles filent et me guettent » (Oulala). Hasard du destin ou alignement des étoiles, le nom de l’album est un « joli accident », qui fait référence à la lune. 

Ce premier album lui permet d’aller à la rencontre de ses propres démons.

« J’ai décidé de faire de ma solitude, une force »

Du premier au dernier titre, Chilla confie les angoisses d’une solitude qui lui pèse autant qu’elle la protège. Elle débarque sur l’album avec la ferme intention de ne pas finir comme Bridget Jones : « Je suis comme Bridget, j’ai 24 ans, je veux pas finir seule »  (Bridget). Héroïne d’une comédie musicale des plus classiques, Bridget Jones redoute de finir sa vie célibataire et sans enfants. À l’inverse, Chilla veut s’épanouir et construire sa vie indépendamment d’une histoire avec un homme.

Comme Shay sur Antidote, elle revendique l’affranchissement d’un carcan social qui met la pression aux femmes pour se marier et devenir mère : « Certains le voient mal, disent t’es pas normal, l’horloge passera mais là j’ai trop de taff, me parle pas d’hormones, j’veux mon Häagen-Dazs » (Bridget).

 

 

Avec « Mūn », Chilla a décidé d’accepter cette compagne de vie bien silencieuse : « J’ai été confrontée à une solitude qui a toujours été présente dans ma vie, mais abordée différemment. J’ai décidé d’en faire une force », confiait-elle à Pascal Cefran.

Ce premier album lui permet donc d’aller à la rencontre de ses propres démons. Une solitude précoce qui s’empare d’elle dès l’adolescence avec la perte de son père à l’âge de 14 ans. Depuis, Chilla est « paniquée devant ma famille , j’dis pas « je t’aime », j’ai peur d’la mort »  (Aimer). La solitude est toujours plus dure à porter pour celle qui a tant d’amour à donner : « Ils veulent tous le pouvoir, ils ont cessé d’aimer. Le pouvoir, c’est d’aimer, jusqu’à plus en pouvoir » (Aimer).

 

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick

Telle une « rose qui a poussé dans l’asphalte » (Dans le movie #1), la rappeuse se protège des autres qui l’ont trop de fois « déçue par beaucoup d’injustice, d’égocentrisme et de haine » (Oulala). Elle se méfie aussi des hommes et préfère s’en éloigner : « J’me protège des hommes, car à l’issue, souvent ils me quittent » (Mira). Femme entière, Chilla aime avec passion. Tout ou rien. Elle ne prendra donc pas le risque d’une souffrance pour laquelle elle n’a pas de temps à accorder.

 

 

Préférant prévenir que guérir, Chilla opte pour la solitude : « Face à l’ivresse de ton charme, j’aimerais plier bagage, construire un barrage, avant que mon coeur finisse en Bagdad » (Mira).

 

« J’veux qu’on m’écoute plus que Koba »

La musique viendra donc combler les vides qu’elle peut ressentir. L’album lui sert de thérapie pour livrer ses angoisses et les accepter. Comme la lune qui a plusieurs facettes, elle assume sur ce projet de pouvoir chanter autant que de rapper.

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick dont le titre Aimer en est l’incarnation avec une phase remarquable : « J’veux pas aimer à vide, j’veux pas t’aimer connard, j’ai pris des risques pour un zonard , mon cœur brisé pour ces connasses . J’peux pas aimer raciste , j’veux pas aimer camé, qui lui, comate. J’veux pas qu’on m’aime pour mes collabs, j’veux qu’on m’écoute plus que Koba »,réagissant ainsi subtilement au tacle de Koba La D, qui avait déclaré pour GQ à propos de sa musique : « T’écoutes ça, toi ? ».

 

 

La rappeuse se démarque aussi par un véritable sens de la formule comme sur le titre La Nuit, co-écrit et composé par nul autre que son mentor, Youssoupha : « On mélange les accords, les étoiles et les alcools. La nuit, le marchand de sable transforme la neige en or. Faut pas que je déconne, si je tombe, j’aurais tort. Bientôt le jour se lève car le soleil n’est pas mort. »

D’une solitude imposée à une solitude choisie, l’artiste conclut l’album sur le morceau Solo où elle prend acte de ses choix et les assume. Sa musique est son exutoire, comme elle l’expliquait chez Mouv’: « Je ne pense pas que je serais inspirée si je ne souffrais pas. »

Sur ce projet, elle s’affirme et expose toutes ses facettes : fragile et forte à la fois, mélancolique mais pleine d’espoir, seule et pourtant si bien entourée. Avec « Mūn », Chilla démontre à quel point elle est « heureuse d’être imparfaite, heureuse d’être libre »  (Tic-Tac).

 

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Il était une fois « Trinity » – Épisode 2

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L’épisode 1 . À découvrir sur Mosaïque.

 

– ÉPISODE 2 –

 

Après s’être assoupi plusieurs heures, Laylow ouvre les yeux. Encore aux prises de l’alcool ingéré lors de la soirée de la veille, un mal de crâne intense le saisit au réveil. Il aperçoit, pour la première fois à la lumière du jour, la ville à travers la baie vitrée de l’appartement. Ses souvenirs reviennent à lui peu à peu. Le logiciel, S.Pri Noir, Trinity… Il n’a pas rêvé et la molette incrustée dans son torse est bien réelle.

En levant les bras, il inspire. Devenu un code numérique absorbé par son propre système, la situation de Laylow relève d’une absurdité des plus totales. Pourtant, une sensation de stimulation enivrante continue de le faire vibrer. Au dessus d’un lavabo dans l’appartement, il se contemple dans le miroir. Ses traits n’ont pas changé mais il se sent bien différent.

Soudain, une ombre indiscrète attire son regard. La silhouette d’une femme se dessine alors derrière lui. Levant les yeux, il reconnaît un visage familier. Il hurle de surprise. Après quelques instants pour recouvrir ses esprits, il la reconnaît. Trinity.

– « Bonjour », lui susurre-t-elle d’une voix métallique.

Laylow, déstabilisé, reste bouche bée.

– « Qui es-tu ? » questionne-t-il naïvement.

– « Je suis », répond-t-elle en pointant du doigt la ville par la fenêtre puis sa molette.

Il comprend. Le logiciel de stimulation émotionnel qui l’a intégré est incarné par cette mystérieuse jeune femme. Elle est le système, le système est Trinity. Envoûté, l’attirance qu’il lui voue est désormais irrésistible, incontrôlable.

Il balbutie et s’excuse :

– «On s’est déjà vu dehors mais y’avait toutes tes copines. T’étais au fond dans le noir, j’étais à fond dans le vice. » 

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Sans un mot, elle se rapproche et l’embrasse langoureusement en lui attrapant le menton. Son cœur s’enflamme. D’un coup, elle se saisit de sa molette en glissant sa main sur son torse. La jeune femme la pousse vers son deuxième cran. Il se laisse guider sans hésiter. De sa voix digitalisée, elle reprend : « Interaction de niveau 1. Taux de compatibilité élevé » Elle ajoute : « Mode stimulation émotionnelle : mélancolie, tristesse, adrénaline, violence. » Au dernier mot, il hoche la tête d’un air approbateur. Flirter avec les sentiments les plus extrêmes pour se sentir vivant. « Choix confirmé. »

Pris aux tripes par une vibration de brutalité, il se tient la tête avant de frapper de toutes ses forces le mur tremblant. De la poussière se détache du plafond. L’envie de se défouler devient insoutenable. Dans une folie venue de nulle part, il jette un tabouret dans la grande baie vitrée du salon qui se brise instantanément. Trinity l’empêche de faire plus de dégâts en attrapant son bras droit. « Taux de compatibilité critique. Je vous attends sur le parking », lance-t-elle.

Pris dans un tourbillon de pixel, il voit sa vision se troubler pour sombrer dans l’obscurité. Quelques secondes plus tard, il est projeté contre le sol humide. « Le logiciel m’a téléporté en dehors de l’appartement », réalise-t-il. Il se retrouve sur un parking sans voiture, situé en parallèle de l’immeuble où il était la veille.

En tentant de se relever, il constate que Trinity est en train de se matérialiser à califourchon, sur lui. Sans réfléchir, il la saisit par la taille pour lui rendre son baiser. Enlacés, ils finissent finalement par succomber et enlèvent leurs vêtements. Serrés l’un contre l’autre, nus. La peau de Laylow est désormais brûlante. Pendant leurs ébats, elle s’écrie : « Température trop élevée » et le repousse.

Alors qu’ils se rhabillent, une berline noire se gare en haut de la place de stationnement, plein phare. Éblouis, il plisse les yeux et tente d’apercevoir le visage des cinq hommes qui ouvrent les portières et se dirigent vers lui. Cagoulés, matraques à la main, le groupe se rapproche. Il remarque le mot « Pirahana » en lettre jaune, inscrit sur leur sweat noir.

Sa molette clignote rouge. Sa comptabilité avec le logiciel est si puissante qu’il indique une surchauffe. La violence qu’il vient de commander semble sur le point de dériver complètement.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Son niveau d’adrénaline s’envole et la peur le tétanise. Le premier homme lui agrippe le bras et lui assène un violent coup sur le crâne. Il pose un genou à terre pour reprendre ses esprits mais un deuxième choc à l’épaule le fait flancher. S’ensuit cinq minutes de brutalité pendant lesquelles Laylow est passé à tabac, à terre, sans raison. Un coup de pied mal placé fait perler son sang et vient tâcher son jean Levis.

La douleur devient insoutenable, il lâche prise et s’évanouit. Le logiciel résonne tout au fond de lui, tel un électrocardiogramme plat : « Crash du système. Retour à l’état initial. »

Lorsqu’il se réveille, son corps est toujours aussi chaud. Des étincelles et des petites flammes émanent de son corps. Sur le point de prendre feu, il panique. À une cinquantaine de mètre de lui, il aperçoit une fontaine. Comme un assoiffé dans un désert qui se jetterait dans un oasis, il plonge.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

En apnée dans l’eau glacée, il refroidit. Les battements de son cœur ralentissent peu à peu. Lorsqu’il se relève et secoue ses cheveux bouclés humides, il se questionne. L’expérience devient dangeureuse. En voulant ressentir à nouveau, il a failli se tuer. Sa connexion avec Trinity est beaucoup trop intense. De retour sur le parking, il rejoint la jeune femme, assise en tailleur.

– « Je me suis attaché à toi, attention », dit-elle pour le mettre en garde.

C’est en trop pour lui. À quoi bon vouloir se sentir vivre si c’est pour finalement en mourir ?

–  « Tous vos taux sont au minimum. Que diriez-vous d’un nouveau programme d’entraînement ? Le mode hélicoptère ou bien la simulation : tir au sniper ? », reprend-t-elle.

– « Arrête de parler dans ma tête, tu m’fais péter les plombs là ! T’sais quoi ? Déconnecte-moi », s’exclame-t-il. En acquiesçant, elle lui répond : « D’accord. Choix confirmé. »

Le temps d’une seule fraction de seconde, son corps se désintègre.

 

L’épisode 3. À découvrir sur Mosaïque.

 

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