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sean : « « Restez Prince », c’est le sean que je voulais être »

sean est le premier artiste que Mosaïque avait interviewé, à l’occasion de la sortie de sa mixtape « À moitié loup », en plein confinement. Pour « Restez Prince », une nouvelle discussion s’imposait. Dans un recoin du Hasard Ludique, dans le 17ème arrondissement de Paris, nous avons retrouvé le rappeur. Il s’est présenté à nous élégamment vêtu d’une veste en cuir noir imposante, de lunettes de soleil dorées et d’une bague floquée « SEAN », au majeur gauche. Rythmé par quelques cigarettes, il s’est confié sur la conception de sa nouvelle mixtape, parue vendredi 15 avril. L’artiste rappe ses expériences, sa vision et une nouvelle philosophie. Celle du sad boy devenu prince. Entretien.


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Ta mixtape « Restez Prince » est sortie depuis cinq jour. Comment te sens-tu ?

Je me sens béni, mec. Je suis hyper reconnaissant, il m’arrive que des bêtes de trucs en ce moment…. Le concert, la sortie, j’attendais ça depuis tellement longtemps. Pour le coup, ce projet est une vraie philosophie de vie que je mets en avant : « Restez Prince ». 

D’où vient ce titre « Restez Prince » 

C’est une phrase qu’un ami plus vieux m’a dit pendant des vacances cet été en Italie dans les Pouilles. On s’est rencontré il y a un an et demi, il a de l’expérience et avec lui j’ai des conversations de fou. On part loin lui et moi. C’était un voyage très important pour moi. Quand je suis revenu à Paris je n’étais pas le même homme et j’avais cette phrase : « Restez Prince ». Ça m’a fait beaucoup réfléchir et pour moi, ça reprend l’idée du conte de fées avec une quête au bout.

Je veux privilégier le chemin qui t’amène à la fin plutôt que la fin elle-même. Dans le royaume, le roi, qui vit dans l’opulence, a une place très importante. Mais si on regarde les histoires, il prend une place secondaire lorsqu’il est mourant. Alors moi, je privilégie la quête plutôt que son arrivée. 

« Restez Prince », c’est rester humble, rester fidèle à ses rêves d’enfant. Quand tu regardes ma carrière, j’ai commencé par un truc très innocent avec quelque chose de très conceptuel (Son EP « Mercutio », sorti en 2019, DLR). Ensuite, j’ai senti une pression sociale et de l’industrie qui te dit qu’il y a des façons de faire. Je me suis rendu compte assez vite qu’il fallait que je m’écoute moi, c’était la seule solution.

Une fois rentré de ce voyage en Italie, as-tu changé des choses en toi ?

Je me suis mis à fond dans ce truc de rester soi. Ça m’a donné confiance. J’ai failli être roi parce que, quand j’étais tout jeune et innocent, des gens importants venaient me dire que j’avais un réel potentiel, que j’avais de l’intérêt. Ils te promettent plein de choses pour te charmer alors que t’es un gosse. Et souvent c’est faux et j’ai vu des plus jeunes que moi à qui il est arrivé exactement la même chose. C’est un peu comme les centres de formation de football.  

Après la sortie de ta mixtape « À moitié loup », le studio dans lequel tu travaillais s’est fait cambrioler. Tu as tout perdu et les quelques morceaux qui ont été retrouvés ont formé un nouveau projet « MP3+WAV », sorti l’année dernière. Comment t’es-tu relancé artistiquement après cette période ?

Après ce cambriolage, il y a eu une grosse période de flou pour moi. C’était un projet sur lequel je travaillais depuis longtemps. « MP3+WAV », ça ne s’appelait pas du tout comme ça et c’était un autre concept. J’avais envie de faire un projet hyper cohérent à la base, donc j’ai pris le temps pour repartir et j’ai même changé de process. J’ai changé d’équipe et de studio sans prévenir.

Surtout, je ne voulais plus retourner dans celui qui avait été cambriolé, je n’y avais plus la même énergie. C’était un nouveau chapitre. Maintenant, je travaille dans un studio qui s’appelle Noble dans le 20ème arrondissement de Paris. Le nom du studio colle totalement avec ce que je veux faire. J’y ai rencontré des gens humbles, qui m’ont poussé dans mon délire « Restez Prince » et qui m’ont rassuré sur le fait de produire ma musique comme je l’entends et à mon rythme, sans céder aux codes qui marchent aujourd’hui.

T’es-tu senti rattrapé par des codes ? 

De ouf, mais indirectement. Ce sont les gens avec qui je travaillais qui me disaient de faire un gros featuring parce que c’est comme ça que ça marche, en épurant mes clips, en faisant des choses conventionnelles… En mettant moins d’argent dans les visuels, mais plus dans la promo. Ce sont des avis légitimes et pertinents mais qui ne sont pas pour autant la vérité ultime. Faut savoir que moi, tu me donnes une enveloppe de 100 000 euros, je mets 90 000 dans les clips. Je m’en bats les couilles de la promo (rires).

Pour la réalisation de cette mixtape, de qui t’es-tu entouré ? 

D’un mec qui s’appelle Espiiem. Un rappeur de l’ancienne génération qui a fuck avec l’Entourage. Il a monté ce studio, Noble, qui reprend un peu l’esprit de Motown. Il veut un retour vers l’organique et développer des projets avec de grosses ambitions pour donner une respiration à la musique française. C’est lui et un autre gars plus lowkey (discret, ndlr) qui ne se crédite sur rien. Il m’enregistre, masterise, mixe… Ce gars, il fait des bêtes de truc gros. Il a tout fait sur « Restez Prince ». Il ne veut même pas dire son prénom et il est partisan de tout niquer sans donner son blase. Sans être dans le culte de la personnalité. Je pense que dans quelques années on en parlera comme un truc de ouf.

Ensemble, ils veulent reprofessionnaliser la musique en France. Je trouve que vu qu’on est dans une époque où tu peux faire de la musique avec ton ordinateur, on se contente de ça. Les propositions sont homogènes et génériques. Le but, c’est de se détacher de ça mais pour le faire, il faut des gens qui s’y connaissent vraiment. Moi j’ai commencé la musique dans ma chambre avec un PC et une carte son et j’avais cette envie d’explorer d’autres délires. Et eux, ils ont une vibe vraiment néo-soul, avec beaucoup de références et beaucoup de gens qu’ils peuvent appeler.

De quelle manière as-tu eu une approche organique de ta musique sur ce projet ?

Le meilleur exemple c’est Omax. On était sur un morceau baile et eux ils ont tout de suite pensé à appeler Addriano DD, le percussionniste de Stevie Wonder depuis 20 ans. Il est venu avec tout son matériel baile, j’ai eu l’impression d’être au festival de Rio, mec. Il a tout rejoué. On a fait chanter une chorale d’enfants aussi. C’était incroyable. C’est une approche différente de la musique. C’était un bête de moment de création. Et « Restez Prince », c’est aussi une transition pour moi. Les premiers tests… Je ne suis pas encore allé au bout du délire. Mais c’est que du bon pour le futur parce que le prochain projet, on fera vraiment un truc abouti. 

On remarque aussi que certains morceaux ont été réalisés par l’équipe des studios Goldstein.

Oui, j’ai écrit Vide et Zeudog vie chez eux. Avec Elyo, Ola et Pibe, la dream team. Tout ça, c’était il y a un an et demi, mec. Vide, je l’avais fait en live chez Pascal Cefran (Mouv’, NDLR) il y a un an et demi. Goldstein, on est grave proches. Ce sont les prémices des Avengers que je veux ramener sur mon prochain projet. Ce que j’aime, c’est la synergie de plusieurs compos, plusieurs énergies créatrices au service d’un même projet. 


Arrivé avec un peu de retard lors de notre entretien, sean a marqué une pause pour se rendre sur le tournage d’une interview avec un média rap. L’occasion pour nous de reprendre un café au Hasard Ludique. En attentant qu’il revienne, la rédaction vous conseille d’écouter la MOSA’Hit, notre playlist disponible sur toutes les plateformes.


sean est de retour, il reprend place à notre table. Lors de ton concert à La Place Hip Hop, tu avais interprété pour la première fois un titre qui reprend l’air des Cités d’Or. Pourquoi n’est-il pas sur la tracklist ?

On a galéré à avoir les droits et ça ne l’a pas fait. Mais il devait être dans la tape. Alors je suis allé au studio une dernière fois et j’ai fait le Coup du berger pour remplacer Cités d’Or. Il rappe : « Tout le royaume est au courant, une couronne cassée par terre. Et si mon ennemi est mourant, on pose les armes par terre. » J’ai écrit ça parce que c’était la mentalité. Et j’ai écrit Mauvais marins aussi à ce moment-là.

De quoi t’es-tu nourri pour écrire « Restez Prince » ?

J’écoute plein de trucs, je suis un fou des sorties, j’écoute tout ce qui sort. Je n’ai pas un artiste en particulier mais il y a des mecs comme C. Tangana qui font leur truc à part. C’est un rappeur espagnol, il a le même profil que moi et il a décidé de faire ce qu’il kiffait et ça a archi bien marché. Il se retrouve sur Tiny Desk (Une série de vidéo de concerts en direct animés par NPR Music, NDLR). Le but, c’est Tiny Desk. 

Dans cette tape, tu évoques beaucoup ton train de vie. Le coté plus faste. Est-ce qu’il a vraiment changé dernièrement ?

Je pense que j’ai grandi, ma vie s’est intensifiée. J’ai beaucoup de projets. Je sors, je life, je voyage, j’ai un peu d’argent. Ce n’est pas de l’egotrip, c’est juste vrai. Parfois, je la rends plus belle dans mes textes, mais c’est ma vie. 

Certains morceaux sont très introspectifs, peut-être plus que sur tes précédents projets. Notamment sur Vide qui est un titre fort. Peux-tu nous en parler ?

De ouf, c’est une période de ma vie. Vide ce que j’aime bien c’est que quand je l’écoute aujourd’hui, je n’ai pas la même interprétation ni les mêmes images que quand je l’ai écrit. Je me fais des nouvelles histoires avec. Quand je l’ai joué à la Boule Noire, c’était différent de quand je l’interprétais avant. Je dis plein de trucs dedans, c’est un ras le bol général, c’est un cri. Ça incarne un état d’esprit.

Ce son, il faut savoir qu’à la base c’est un long texte qu’on a coupé en deux pour faire le premier et le deuxième couplet. Je voulais faire quatre minutes de freestyle où je m’arrête aps mais il manquait un truc. Du coup, on a cassé avec quatre mesures sur lesquelles on s’est cassé la tête. Quand je l’ai enregistré, j’étais en transpi’. Je l’ai fait quinze fois d’affilée. Je suis ressorti, j’étais tout rouge. 

Comme dans tes projets précédents, l’amour est omniprésent. Parles-tu à quelqu’un en particulier ?

Non, ce sont des histoires vécues mais avec plusieurs filles parce que ça fait longtemps maintenant. Ce sont des chansons d’amour, des sentiments universels qu’on traverse tous. Tu enjolives les choses que t’as vécues. Je ne pense pas forcément à une personne. 

On retrouve aussi S.Pri Noir avec qui tu as déjà collaboré il y a quelques mois sur sa série de morceaux « Saison 999 ».

On a enregistré le feat Hey Baby en même temps que Juicy, sur la même session. C’est moi qui l’avais invité parce qu’on a des connaissances en commun, on s’était déjà rencontré. C’est un bête de gars, bête d’humain. Il est simple, c’est un mec prince. Il n’est pas roi, il a toujours faim alors que ça fait 15 ans qu’il est là, avec la sagesse d’un mec de 40 ans.

On a écrit ensemble, c’était un passe-passe. On se répondait, on enregistrait et après on écrivait par rapport à ce que l’autre avait dit. Sur le projet on devait aussi avoir un gros feat de ouf international, un espagnol, et ça ne s’est pas fait à cause d’un problème de timing. Je n’avais pas envie de chercher un feat pour faire un feat. Je n’aime pas quémander sauf si je trouve ça pertinent qu’il y ait cette personne sur le son.

Et alors, cette cover ?

Quelle cover incroyable. C’est une gow qui s’appelle Léa Simon. On a d’abord matché sur un premier clip et on a glissé sur la cover parce que j’aimais trop sa DA. C’est rare les gens qui ont du goût comme elle. Moi j’avais déjà l’idée avec le gâteau cassé en deux qui symbolise la couronne, comme un petit anniversaire et elle a rajouté un truc très « De Rrusie ». C’est un ami à moi qui fait des tableaux de ciel. On lui a fait un clin d’œil avec ce fond. Et sur la table, on a mis plein de trucs qui symbolisent l’aventure. Un peu comme si chaque objet représentait une péripétie. Elle est forte cette cover. 

Tu nous avais confié, lors de la sortie de « À moitié loup », vouloir montrer un sean plus dansant et plus solaire. Chose qui s’est ensuite confirmée sur « MP3+WAV ». Une partie de ta fanbase a été déçue de tes nouveaux choix artistiques, plus éloignés de l’ADN de « Mercutio ». Comment as-tu senti réagir ton public après la sortie de « Restez Prince » ?

Je pense que j’en ai perdu pas mal en route (rires). Certains attendaient mon retour dans un truc un peu conceptuel. Mais j’ai l’impression qu’avec « Restez Prince », tout le monde y trouve son compte. C’est plus lisible. Il y a un vrai univers avec une singularité. Les fans de « Mercutio » peuvent s’y retrouver. C’est plus tout public, c’est plus mature. Je ne ferai jamais un « Mercutio 2 », mais c’est la même énergie.

sean a-t-il trouvé son équilibre ? 

« Restez Prince », c’est le sean que je voulais être. C’est un bon équilibre entre plein d’influences. Je vais aussi vers d’autres choses, avec « L’Œil du Dog » par exemple. J’ai trop aimé les moments de tournage. C’était très libre et j’ai beaucoup aimé ça. C’est un projet évolutif et je vais mettre les sons sur les plateformes. Il y a même un EP qui va arriver de trois titres, un projet spécial summer. Ce sera la surprise, c’est un style très rare dans le rap. Personne n’a posé là-dessus je crois. Le but, c’est que ça passe en soirée.

Mais il n’est pas encore venu le temps de l’album ?

Non, je suis Lil Wayne, je sors des tapes, je m’amuse. Je ferai un album quand je pourrai faire mon bail. Quand je ferai un album, je serai prêt à le faire. Pour moi c’est important frérot. Si je fais un album, faut que ce soit le meilleur album. 

As-tu déjà des plans en tête pour la suite ? sean

On va faire un séminaire de trois semaines avec les Avengers des compositeurs français, que des monstres. La première semaine, ils vont composer. Ensuite, j’enregistrerai sur des clics, donc le métronome. À partir de là, on aura la base et on appellera un gars en particulier des States qui va retaper tous les beats et qui va faire en fonction de ma voix, de mes émotions. Ça fera des sons beaucoup plus fluides et qui évoluent beaucoup plus. 

Ce nouveau projet s’accompagne aussi par ta signature dans le label Suite 21, chez A+LSO (Sony Music France). Que signifie cette nouvelle page de ta carrière ?

Lansky (fondateur de Suite 21, NDLR), c’est devenu un reuf. On s’était rencontré sur le shooting de Mauvaise nouvelle où il était venu écrire un article pour YARD. J’avais kiffé cet article. Il m’a donné de la force sur Twitter et il m’a toujours suivi. On ne s’est plus lâché. J’aime beaucoup ce gars et il complète ma vision parce qu’il la comprend. Ce n’est pas un vieux DA à l’ancienne (rires). J’avais besoin d’un neujeu qui capte ce dont je parle et à qui je peux tout dire. 

La recette de sean, tu le disais, ce sont aussi les clips. Des visuels sont-ils en préparation ?

Pour Hey Baby et Mauvais marins on a tourné un truc mais on ne sait pas si ça va rendre bien. Il y a le clip de Plus jeune qui arrive. sean regarde une vidéo sur son téléphone que l’on vient de lui envoyer avec les effets spéciaux. Il est réalisé par celle qui a fait la cover, Léa Simon. Ça va être fou.


clips

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Jäde : « Météo » – L’avis de la rédaction

Après plus d’un an d’absence, Jäde est de retour avec une nouvelle mixtape. Dans « Météo », l’artiste chante ses humeurs et ses états d’âme sur des refrains définitivement RnB, mais toujours très proches de la mouvance hip-hop. En témoigne la présence en featuring des rappeurs Oxmo Puccino, J9euve, Enfantdepauvres et la rappeuse DonMonique. La rédaction de Mosaïque a planché sur son projet et donne son avis.


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« Cette nouvelle mixtape de Jäde nous emmène bien plus loin qu’attendu »

« Météo » confirme et surprend. Cette nouvelle mixtape nous emmène bien plus loin qu’attendu. Là où le sens de la mélodie de Jäde semblait déjà abouti, la chanteuse se risque à des toplines neuves parfois plus sobres, mais pas moins complexes. Sur Slowdown ou sur la prod évolutive de Reflets rouges. Si elle avait confié à Mosaïque lors de la sortie de « Romance » (février 2021) sentir sa voix progresser, elle n’avait pas menti.

La preuve : sa performance sur Lipstick. Tonique, assurée, flirtant toujours un peu avec des phrasés hip-hop. Tout comme le dernier track sur lequel Jäde se montre sereine aux côtés du tranquille Oxmo. Le rappeur ajoutera même à la sortie du morceau sur Twitter : « Un honneur pour moi, comme pour tout mes complices ». Jäde n’a désormais plus besoin de se présenter.

– Thibaud Hue

« Un troisième projet osé et moins répétitif que les précédents »

Jäde mérite son trône, et ce depuis « Docteur », son premier projet sorti en 2019. Avec « Météo », la Lyonnaise prend des risques et montre sa capacité à se renouveler. Ce troisième projet est en effet plus osé et moins répétitif que les précédents. L’artiste fait grandir sa palette avec des flows inattendus sur Tais-toi et J’boss. Elle s’ouvre aussi à un style plus acoustique comme dans Balançoire et à du rap sur Parfaite.

Avec cette mixtape, elle ne cache pas non plus sa volonté d’élargir son public avec des feats venus d’horizons différents. Tête d’affiche de la nouvelle génération, J9ueve signe le single du projet avec Bon acteur. La chanteuse surprend surtout en collaborant avec DonMonique, une rappeuse américaine, et en s’offrant les sages paroles d’Oxmo Puccino sur Prévisions. Il ne manque finalement plus que le succès pour mettre Jäde à la table des grand.e.s. Un sans faute qui confirme tout son potentiel.

– Malo Herve

Présent sur la majeure partie des productions, le compositeur Guapo du Soleil réussit à garder les aventures musicales de l’ensorcelante chanteuse dans une atmosphère homogène.

Arthur Deux sur « Météo » de Jäde

« Jäde s’affirme comme une figure de la nouvelle scène RnB française »

Jäde s’affirme comme une figure de la nouvelle scène RnB française. « Météo » repousse les barrières du genre en proposant une musique éclectique, aux sonorités qui varient au même rythme que la température. Empreinte d’accents parfois trap ou pop, la mixtape de la Lyonnaise suit un fil rouge qu’elle a déjà bien exploré : l’amour. À l’image de ses sentiments, les ambiances des différents morceaux évoluent. Jäde y raconte ses histoires de cœur qui, comme la météo, passent de la pluie au beau temps.

Les featurings, plus incisifs, viennent eux aussi apporter une nuance en rompant avec le style doux et envoûtant de Jäde. Malgré cette richesse musicale, le projet parvient tout de même à se forger une identité. Présent sur la majeure partie des productions, le compositeur Guapo du Soleil réussit à garder les aventures musicales de l’ensorcelante chanteuse dans une atmosphère homogène. Jäde propose donc avec « Météo » un curieux cocktail, unique coloré, entre assurance et fragilité, dont elle maîtrise la recette.

– Arthur Deux


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Retrouvez « Météo » de Jäde dans la MOSA’Queen : les voix de demain playlistés par Mosaïque et D.I.V.A. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube et Tidal en cliquant ICI.

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Entretiens Rencontres

Driver : « Ce livre me rappelle tout ce que j’ai fait pendant 30 ans »

Rappeur, journaliste, chroniqueur, acteur, producteur et maintenant auteur. Avec 30 ans de carrière derrière lui, Driver a accompagné le rap français dans toutes ses évolutions depuis les années 90. Une longévité rare qui a donné naissance à « J’étais là », un livre co-écrit avec le journaliste Ismaël Mereghetti qui raconte la carrière de l’artiste. L’ouvrage, publié aux éditions Faces Cachées et Hors Cadres, montre comment se réinventer en tant qu’artiste dans une culture en perpétuelle changement. Mosaïque a rencontré Driver et Ismaël Mereghetti pour l’occasion.

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Dans « Roule avec Driver », tu disais souvent : « Celle-là je la garde pour mon livre », en parlant de certaines anecdotes. Avais-tu envie d’écrire ce livre depuis longtemps ?

Driver : Je suis nul dans les dates mais ça correspond à l’époque où je bossais chez OKLM. Je balancais un maximum d’anecdotes dans les émissions et les internautes m’ont demandé d’en faire un bouquin. Au début, je ne prenais pas la chose au sérieux. Mais des éditeurs m’ont envoyé des messages privés sur les réseaux sociaux en me disant : « Si tu le fais, ça nous intéresse ». Alors j’ai décidé de garder des anecdotes de côté pour que le livre soit intéressant.

Ismaël Mereghetti : Ça s’est fait très vite. Il y a eu les discussions avec les éditeurs et Driver a fait un choix fin 2020. On a ensuite lancé le processus d’entretien au printemps 2021.

Comment s’est faite la connexion avec Ismaël Mereghetti ?

Driver : Quand j’ai décidé de faire le livre avec les éditions Faces Cachées et Hors Cadres, ils m’ont demandé si je voulais un journaliste pour co-écrire avec moi. J’ai dit oui tout de suite parce qu’écrire des livres, ce n’est pas mon métier. J’avais commencé à écrire et j’avais déjà trois chapitres, mais ça m’avait pris beaucoup de temps. Je me disais : « Si je suis ce rythme-là, le livre sera là dans trois ans. » Le premier nom que l’on m’a proposé c’est Ismaël Mereghetti. J’avais déjà bossé avec lui dans une émission sur YouTube qui s’appelle « La Récré ». J’aimais vraiment toutes ses interventions, je les trouvais très pertinentes, donc on a commencé le boulot.

Comment s’est passé l’écriture ?

Ismaël Mereghetti : Il y a eu un temps d’entretien et un temps d’écriture. D’abord, pendant deux mois on a fait des demi-journées entières de discussion. Driver venait avec des choses à raconter. Moi en tant que journaliste, je posais des questions, je le relançais, on échangeait. Parfois, il parlait longtemps, j’écoutais, je notais tout et à la fin j’avais des cahiers entiers de notes. Je suis parti dans l’écriture et je lui ai proposé ce que j’avais fait. Généralement, on envoie des petites bribes, mais il m’a fait complétement confiance.

J’avais très envie de lui proposer quelque chose de construit tout de suite pour qu’il ait la vision globale du récit. Ensuite, il m’a fait des retours très détaillés. J’avais très peur qu’il le lise. C’est sa vie et je pensais que ça allait être chiant pour lui. Finalement, il m’a dit : « J’avais pas l’impression que tu parlais de moi ». C’était la preuve que s’il s’était fait embarquer par l’histoire, ça pouvait marcher pour tout le monde. C’est l’enjeu de travailler à deux comme ça. C’est écrit à la première personne mais c’est passé par un intermédiaire. Ce ping-pong entre nous pousse les choses différemment.

Qu’est-ce que ça fait de lire un livre qui parle de soi, qui raconte sa propre vie ?

Driver : J’ai eu un détachement quand je l’ai lu, c’est bizarre. Je ne suis pas sûr que tout le monde le vive comme moi mais je me suis dit : « Ouah il a fait tout ça, j’ai fait tout ça ? » Quand on a la tête dans le guidon, on ne se rend pas compte que notre vie est une accumulation de choses. Ce livre me rappelle tout en fait, pendant 30 ans.

Ismaël Mereghetti : Il a vécu ce que certains de ses invités racontent dans « Featuring » (Podcast animé par Driver, produit par Engle, NDLR). En tant qu’auditeur, je me dis toujours qu’ils ont des énormes carrières et qu’ils en sont eux-mêmes étonnés. T’as un Passi ou un Busta Flex qui redécouvrent des trucs alors que nous on les connaît par cœur. C’est là où je me suis dis que ça pouvait être bien que je mette un miroir à Driver, que je lui dise : « Tu te rends compte, t’as fait ça en telle année, t’avais tel âge, c’est un truc de ouf, c’est pas normal. »

Pourquoi avoir choisi ce titre, « J’étais là »  ?

Driver : C’est Ismaël qui a eu l’idée. C’est une phrase que je répète souvent dans le podcast « Featuring ». Quand je reçois les gens, ils me racontent des moments de leur carrière et je leur dis : « J’étais là ! », parce que j’étais vraiment là. Je me rends compte que j’étais très souvent là et c’est ce qui me caractérise. Il fallait que ça s’appelle comme ça.

Ismaël Mereghetti : Je cherchais un titre à lui soumettre et je ne voulais pas que ça soit un truc comme : « C’est clean » ou un gimmick. Quand je trouve « J’étais là », je me dis c’est parfait parce que ça incarne toutes ses facettes. Le côté témoin de plein d’époques, il se retrouve toujours dans les endroits où il se passe des choses, et le rôle géographique. « J’étais là » à Sarcelles, en France (Ville de naissance de Driver, NDLR). Il a pu être partout dans le monde, il est toujours là. C’est ce qui le définit beaucoup.

Quel est ton secret pour durer dans le temps en tant qu’artiste ?

Driver : C’est la passion, l’amour. Si t’aimes ça, tu vas rester. J’ai beaucoup de collègues de ma génération, à un moment ils n’ont plus aimé, c’est pour ça qu’ils ont disparu. Moi j’ai cette chance d’aimer encore. Malgré les mutations du rap, je trouve toujours mon bonheur aujourd’hui. J’ai tous les morceaux d’avant, je les garde, je les écoute, mais les nouveautés aussi.

Ismaël Mereghetti : Et pour lui, en plus de l’amour et la passion, le secret c’est de toujours rester dans son truc. Tu dures quand tu ne colles pas à des modes, sinon tu te fais forcément dépasser. Il a tracé son propre sillon.

Pendant la lecture, on comprend que tu ne cherches pas le succès mais plutôt à te faire plaisir. Comme pour les interludes avec Julia Channel et Sophie Favier sur ton premier album par exemple.

Driver : Tout à fait. Après, je voulais juste la rencontrer Sophie Favier, on va pas se mentir (rires). Mais même en termes de featuring rap, je ne suis pas à la recherche du mec qui vend le plus. Si tu me demandes avec qui j’ai envie de faire un morceau, je ne vais pas te citer le top 10 des plus gros vendeurs. Il y a vraiment un truc de musique. Est-ce que ça me touche ou pas ? Est-ce que je me vois avec lui ? Quand je l’entends rapper, est-ce que je me dis : « Ah le salaud il est fort ! »

Quelle époque de ta carrière as-tu préféré ?

Driver : Je le dis souvent à des rappeurs plus jeunes que moi : « Profitez de cette période où vous faites monter le buzz sur votre nom jusqu’à l’éventuel signature en label. » En major ou en indépendant, peu importe. Ce moment où tu vas sortir ton premier album, tout ce qui est un petit peu avant, c’est magique. Moi, c’est ma période préférée. On va dire de 1996 jusqu’à 1998. C’est là ou je vois le truc monter. Je me dis que je vais vraiment faire un album. Je le sens et je le sais (Le premier album de Driver « Le Grand Schelem » est sorti en 1998, NDLR).

Ismaël Mereghetti : T’as rien à perdre à ce moment-là.

Tu parles aussi souvent de tes voyages aux États-Unis. Ces expériences t’ont-elles nourries pour réaliser tes disques ?

Driver : Ça a surtout changé ma façon de travailler. Je me suis retrouvé dans l’urgence des États-Unis parce qu’ils sont comme ça : « Tu rap en français ? Je suis beatmaker, écoute mes sons, t’aimes bien celui-là ? Rendez-vous demain au studio à 14h pour enregistrer un morceau. » Je ne pouvais pas dire non alors je me mettais à écrire sur place. Quand je suis rentré en France, j’ai fait la même chose. En termes de business aussi, ils sont très dans le show, à préparer des événements. Ce qu’on appelle le buzz maintenant, eux ils font ça depuis toujours.

J’ai eu la chance de vivre l’industrie de la musique à LA. La journée j’étais en studio, le soir j’étais dans ce qu’ils appellent des « soirées industries ». Dans la boîte, il n’y a que des gens de l’industrie, de la musique et du cinéma. Toutes les conversations sont à propos de faire avancer sa carrière.

Ismaël Mereghetti : Il a toujours eu une mentale très américaine de par sa passion pour ce pays. Du coup, il a pensé sa carrière un peu comme un Américain, hors des codes. Chacun de ses voyages se sont faits dans des moments où en en France ça n’allait pas forcément très fort et ça lui a donné une bouffée d’air. Ça le conforte dans cette histoire de longévité. Il se dit qu’ils ont raison et qu’il doit continuer à faire les choses à sa manière quand il revient ici.

Après avoir fait de la musique, de la production, du journalisme, du cinéma et sorti un livre, souhaites-tu te lancer dans un autre domaine ?

Driver : En fait, tous ces domaines-là ne m’ont pas intéressé. Il n’y a que le rap qui m’a intéressé et c’est le rap qui m’a amené à avoir des situations où on m’a proposé ces autres casquettes. C’était pas des plans de carrière. Moi je me voyais rapper toute ma vie et à la rigueur être producteur de rap. Le reste ce sont des trucs qui me sont tombés dessus. Donc s’il y a d’autres casquettes qui arrivent sur ma tête, c’est qu’elles me seront aussi tombées dessus (rires).

Que penses-tu de la scène rap actuelle ?

Driver : Il y a du bon et du mauvais, comme à toutes les époques. Je ne dis pas non plus que c’était mieux avant. On se plaignait déjà à l’époque, aujourd’hui c’est pareil. Maintenant dans le bon, je trouve que les artistes sont plus libres de leurs mouvements, ils font ce qu’ils veulent. J’ai connu une époque où t’avais pas le droit de sortir des rangs. Moi je fais partie de ceux qui en sont sortis.

Il y a des jeunes qui m’ont découvert en tant que média, qui entendent que je suis un rappeur, donc ils vont fouiller. Ils écoutent mon premier album et ils me disent : « Ouais ça tue, c’est un classique ». C’est sûrement aujourd’hui qu’il aurait été vraiment compris parce que les artistes sont vraiment plus libres. J’étais un peu en avance. C’est important de ne pas être en avance, ni en retard. Il faut être à l’heure.

Ce livre remonte loin dans le temps. Pour les rappeur.se.e et les passionné.e.s, pensez-vous qu’il est important de connaître l’histoire de cet art ?

Driver : Important je ne sais pas si c’est le mot mais c’est mieux. Si tu sais ce qu’il s’est passé avant toi ça peut te servir. Pour un rappeur à la mode en 2022 qui a commencé en 2010, ce qui est intéressant c’est d’abord celui qui était là en 2008. Si tu ne connais pas celui qui était là en 1990, ça ne va pas changer ton rap et ça ne va pas t’empêcher d’être bon. Mais au bout d’un moment, tu auras peut-être besoin de la force d’un mec qui était là en 95-96.

Ismaël Mereghetti : Faut pas culpabiliser les jeunes, chacun connaît son histoire. Ce genre de livre, ça pose des pierres et chacun peut aller piocher ce qu’il veut après.


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Face à face Rencontres

Sally, l’évasion des maux

Deux ans après son EP « PYAAR », Sally revient avec un format dont elle a toujours rêvé : un album. À seulement 22 ans, Marion, de son vrai prénom, a sûrement plus à raconter en un opus que n’importe quel.le artiste à la carrière bien entamée. Après s’être exprimée ouvertement sur sa bipolarité pour cesser d’en faire un tabou, elle a pris la décision de parler publiquement sur ses réseaux sociaux des violences sexuelles dont elle a été victime, « pour ne plus avoir honte ».

Si le projet sorti le 8 avril 2022 en fait une « Prisonnière », Sally se libère de tous ses démons et partage les espoirs d’une jeune femme déjà marquée par la vie. À cette occasion, Mosaïque est allé à sa rencontre un jour ensoleillé dans la capitale. Devant l’église Notre-Dame-des-Champs, boulevard de Montparnasse, la chanteuse s’est prêtée avec facilité à l’exercice du shoot avant de se confier à nous autour d’un diabolo fraise. 


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sally

Un soir de sa vie adolescente, Marion est seule dans sa chambre chez ses parents. Elle attrape le carton vide d’une pizza mangée la veille. De l’autre main, elle se saisit de son briquet et approche la flamme du carton. Alors que le feu se met à consumer la pièce, la jeune fille s’endort sur son lit, au milieu de l’incendie. À son réveil, les pompiers sont entrain d’éteindre la fumée. Elle se met à rire. Cette scène surréaliste correspond à la première crise « vraiment violente » de bipolarité de l’artiste. C’est aussi le moment qu’elle a choisi de reproduire sur la pochette de son premier album : « Prisonnière », sorti le 8 avril 2022. 

Le tableau est à l’image d’un album dans lequel Sally livre les angoisses, les doutes et les traumatismes de Marion (son vrai nom, NDLR) : « Le nom du projet était logique parce que dans toutes les chansons dont la chanson éponyme, je suis prisonnière de quelque chose. Soit de mes émotions, soit de l’amour, soit de mon passé… », explique-t-elle, vêtue le jour de notre rencontre d’un anorak Adidas rose et rouge qui semble prolonger la couleur de ses cheveux.

Sally

Se libérer de la honte

Parmi toutes les histoires de son projet, il y en a une qu’elle n’avait jamais mise en mot. Dans le titre Prisonnière, Sally raconte une agression sexuelle avec séquestration dont elle a été victime : « J’ai écrit ce morceau dans ma chambre dans le noir. Avant, je n’étais pas prête pour en parler. Encore aujourd’hui, je ne sais pas si je le suis mais je l’ai écrit spontanément. » 

Je trouvais ça important de parler de mes traumas sur les réseaux sociaux. Ça m’a changé la vie de raconter mon histoire. Je n’ai plus honte et on ne devrait pas avoir honte.

Sally pour Mosaïque

Quelques mois après l’écriture de ce morceau, elle partage son histoire sur les réseaux sociaux. Elle se souvient : « J’ai craqué, je suis allée dans mes notes et j’ai écrit un pavé. J’avais envie d’aider les personnes dans ce genre d’histoires horribles et c’était aussi une façon pour moi de faire un deuil. Je trouve ça important quand on a la chance de se sentir prêt de parler de ces traumas. Ça m’a changé la vie. Je n’ai plus honte et on ne devrait pas avoir honte. »

 Sally

Un manque viscéral de confiance en soi

Comme pour Prisonnière, la plupart des titres ont été écrits dans le noir : « Ça me permet de sentir que je suis moi-même. Je n’ai pas honte d’écrire ou de dire tel ou tel mot. Je suis mon instinct. Le noir me permet de ne penser à rien d’autre, je peux faire face à mes émotions. En studio c’est pareil, on tourne le micro face au mur pour que je sois dos à la vitre. On éteint les lumières et après je peux enregistrer. Pendant longtemps, poser des toplines au studio devant les producteurs, c’était impossible. Aujourd’hui ça va plus vite mais j’avais beaucoup de pudeur. »

Pour l’album, Sally a même réussi à faire entrer le rappeur A2H dans l’intimité de son projet en le laissant imprimer sa patte sur deux « tubes » de l’album (Loco et Malhonnête) qu’elle a eu « du mal à écrire » : « Moi je suis dans les trucs deep, on ne s’amuse pas (rires). A2H est trop fort. Alors, je lui ai laissé la main », plaisante la chanteuse. Mais laisser la main n’a pas été facile pour celle qui manque viscéralement de confiance en elle.

À l’évocation de la sortie du disque, Sally avoue avoir eu des doutes : « J’ai toujours rêvé de faire un album mais pendant longtemps j’ai paniqué. C’était très violent. Je pensais que mon album était nul. Je ne voulais plus le sortir parce que c’était la honte à côté d’autres projets. Le flop me stresse (rires). Finalement, plus la date se rapproche, plus je réapprends à l’aimer. » 

Sally

Sally et Marion

D’un naturel timide qui la rattrape parfois lors de notre échange, la chanteuse, tatouée d’un cœur sous l’œil droit et d’un éclair sous l’œil gauche, se sent tiraillée entre deux identités : Marion et Sally. « J’aspire à devenir Sally parce qu’elle a trop confiance en elle. Elle s’assume. J’aimerais être elle. Je rêve d’être accomplie personnellement, professionnellement et m’accepter. J’y travaille. » 

J’ai l’impression que tout ce que je touche se détruit. Dans mes relations, dans le travail, avec ma famille… Dès que je touche quelque chose, j’ai l’impression qu’il m’échappe et que c’est de ma faute.

Sally pour Mosaïque

Sally, c’est celle qui arrive souriante, un Starbucks à la main, sans que l’on puisse se douter d’une quelconque timidité enfouie. C’est aussi celle qui pose de manière assurée devant l’objectif de notre photographe après quelques retouches maquillage indispensables. Mais Marion refait souvent surface lui donnant l’impression d’être maudite : « J’ai l’impression que tout ce que je touche se détruit. Dans mes relations, dans le travail, avec ma famille…. Dès que je touche quelque chose, j’ai l’impression qu’il m’échappe et que c’est toujours de ma faute. Je prends toujours tous les torts et je me laisse faire. C’est pour ça que je dis : « Partout où je vais, tout se casse » dans un des titres. Je serai toujours une victime (rires). »

Marion se dit « nulle en société » ne sachant pas comment parler aux inconnu.e.s. Un trait de caractère qui l’a conduite pendant une période de sa vie, qu’elle raconte dans le titre Sainte, à s’isoler : « À ce moment-là, je n’avais pas d’amis. J’étais très timide et je ne sortais pas. Je regardais des séries toute la journée. J’étais une sainte : je ne faisais rien, même si c’était aussi le résultat de mon agression sexuelle. »

Sally

Garder la foi  

Aujourd’hui, Marion et Sally maîtrisent leurs émotions. La chanteuse est désormais stable après plusieurs années de crises de bipolarité qui l’ont aidé à écrire : « La plupart des trucs deep que j’ai écris sur l’album sont des moments où je n’étais pas bien. Juste après mes phases maniaques, arrive la phase dépressive avant la phase stable. Et c’est à ce moment là que j’écris tout. Aujourd’hui, je suis stable tout le temps donc ça ne m’accompagne plus. Mais on grandit avec ces émotions et on mourra avec, c’est comme ça. »

Très croyante, Sally est convaincue que les épreuves rencontrées sur sa route étaient écrites : « Je pense sincèrement que Dieu me les a envoyées pour que je m’endurcisse. S’il t’arrive quelque chose, c’était prévu. Et je suis convaincue d’avoir des anges sauveurs qui m’ont aidé à chaque fois. Je ne sais pas où j’en serai sans eux. Je remercie Dieu pour ça. » 

Sally

La lumière de l’amour

Des anges gardiens qui prennent aussi vie sous la forme de ses parents. Le dernier morceau du projet Lettre à l’amour leur est dédié. Sally a écrit le titre en se mettant à la place de ses parents juste avant leur mariage, comme s’il.elle.s se déclaraient leur amour l’un pour l’autre : « Mes parents sont un modèle. 30 ans de mariage. Incroyable. Ils me donnent beaucoup d’espoir. C’était inconcevable de faire un album sans parler d’eux. J’adore voir qu’il y a des relations saines et qui se passent bien. »

L’artiste admire les relations qui l’entourent en attendant de se sentir prête à nouveau un jour à redonner sa confiance : « Personnellement, je suis seule depuis cinq ans et je me découvre. J’en suis très heureuse. Je suis bien avec mes potes, je ne me suis jamais autant amusée. Il n’empêche que je crois en l’amour et ça arrivera au moment où ça arrivera. Je ne me mets pas de pression. Juste il me faut deux enfants un jour (rires). »

Ses enfants, elle les élèvera peut-être en Corée du Sud où elle rêve de vivre. Passionnée de K-pop, Sally s’est mise à apprendre la langue du pays dans l’espoir de s’y installer un jour. En attendant, telle une popstar qu’elle aspire à devenir, Sally, cachée derrière ses lunettes noires, nous quitte pour une autre interview en nous remerciant chaleureusement : « Merci à vous les loulous ! ». 


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Entretiens Rencontres

Lord Apex : « Je suis un enfant de Kanye West, il m’a donné confiance en moi »

Don’t speak French ?

This article is also available in english. Scroll down to the bottom of the page for the translation of this interview.


Lord Apex Lord Apex Lord Apex

Version française / French version

Après la sortie en avril 2021 du troisième volet de sa série de projets « Smoke Sessions », Lord Apex est revenu le 10 mars dernier avec « Off the Strength ». Un album confectionné en collaboration avec Cookin Soul, le compositeur espagnol, producteur pour Orelsan, Deen Burbigo et Wiz Khalifa. Mosaïque a pu discuter, à distance, avec le rappeur en pleine tournée en Europe. Entretien.

Lord Apex Lord Apex Lord Apex


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Comment te sens-tu après la sortie de ton projet « Off the Strength » ?

Je suis super content. Cette collaboration avec le producteur Cookin Soul est probablement mon meilleur démarrage. Sur Spotify, on est juste en dessous de 500 000 écoutes. Les visionnages sur YouTube sont également au top. Tout compris, on doit être proche du million d’écoutes. Je suis comme un fou. En plus de ça, il y a encore des visuels à venir.

Il sonne différemment de ton précédent projet « Smoke Sessions 3 ». Pourquoi ?

Sur les « Smoke Sessions », j’ai travaillé avec beaucoup de producteurs différents, des Britanniques comme des Américains : Maverick Saber, GRiMM Dozan… J’avais tendance à rester dans la même vibe (Sonorités boom bap et lo-fi, NDLR). Là j’ai essayé de proposer une atmosphère différente et de travailler avec un seul producteur. Cookin Soul m’a donné envie de tester de nouvelles choses et d’exploiter des inspirations différentes. Il fait partie des compositeurs avec lesquels j’ai toujours voulu travailler. J’ai dû prendre un petit peu de recul par rapport à cela pour pouvoir réellement saisir l’opportunité qui m’était donnée.

Dans une interview à propos de « Smoke Sessions 3 » en 2021, tu disais croire en la qualité de chacun des titres. As-tu eu le même sentiment sur ce nouvel opus ? 

Si je suis honnête, je te dirais que oui, quasiment. La collaboration avec Cookin Soul était réciproque, c’était top ! Lorsque je composais les morceaux, je voulais tester de nouvelles choses. À la fin, il n’y avait qu’un seul son sur lequel j’avais un doute, c’est Bricks. Pour le reste, c’était très fluide, j’aimais vraiment tout. Je voulais faire quelque chose de spécial. C’est la raison pour laquelle je chante beaucoup plus sur ce projet. 

Les productions sont aussi plus punchy et incisives, à l’image des morceaux Stay Alive et M.I.M.S qui semblent fonctionner comme une paire, avec une rythmique similaire. Pourquoi ce changement de ton ?

Je voulais prouver des choses. Je me disais : « Continuez de faire semblant de ne pas me connaître, maintenant, vous allez le savoir ! » Et ce qui résume bien l’énergie de ce projet, c’est l’histoire derrière le titre M.I.M.S. Un jour, mon gars Jack Harper organisait un événement pour promouvoir sa marque. Quelques DJ et des invités étaient là. Je suis arrivé pour monter sur scène à 2h du matin. Je lui avais dit que je venais gratuitement. Mais en contrepartie, je demandais un minimum de respect de la part de la foule.

Je me suis retrouvé sur scène en train de kicker et les gens continuaient de parler pendant ce temps-là. Vraiment, ça m’a énervé. Donc j’ai pris le micro et gueulé pendant cinq minutes : « Vous n’avez jamais été à un show ou quoi ? Je me fiche de savoir qui vous avez vu avant. Je suis là, je rappe donc vous devez me respecter. » Jack est arrivé pour me dire de rentrer chez moi et de ne pas tenir compte de ce qui s’était passé. Alors je suis arrivé chez moi à 7h du matin et j’ai posé toute ma colère dans ce freestyle. J’ai exprimé mes émotions de l’instant.

Tu as commencé sur SoundCloud. Comment est-ce que tu perçois cette plateforme ?

SoundCloud est génial pour une chose : c’est un espace qui ne concerne que toi et tes amis. Avant, la musique n’était pas accessible pour tout le monde. Les gens ne savaient pas ce que c’était d’avoir un home studio et de s’enregistrer tout seul. Par exemple, je n’en avais pas avant 2018. J’ai commencé parce que je voulais chiller avec mes amis et enregistrer des sons avec eux. C’était beau parce que je pouvais littéralement être fan de mes amis et me sentir très libre. 

La musique est-elle nécessairement collaborative pour toi ?

Cela joue beaucoup. J’ai eu cette conversation il y a quelques jours avec un ami. On se disait : « Ce serait incroyable de regrouper toute la musique créée depuis la nuit des temps en un seul et unique morceau, non ? » J’ai l’impression que ça a été un vrai bing bang spirituel quand la première chanson a été créée. Puis ensuite la première danse. Quand les deux se sont rencontrées, je n’imagine pas le résultat. 

Depuis 2016, tu as sorti au moins un projet par an. Cette productivité a-t-elle été importante dans ton ascension ?

Et encore, ce n’était pas suffisant (rires). 2016 a été l’une de mes meilleures années, j’ai lâché cinq ou six projets. Je suis fier lorsque je me remémore ces années parce que l’on a vraiment fait ça sans aucun argent. Uniquement grâce au travail acharné. Une nuit, je me suis enfermé au studio et j’ai enregistré 49 sons sur une seule tape. Le lendemain, j’étais de nouveau en train de composer des prods.

La clé, c’est ça : savoir à quel point tu en veux, à quel point tu es prêt à t’investir. Je vais avoir 26 ans cette année, je n’ai plus le temps de jouer. Je ne suis plus un enfant, je travaille tous les jours pour développer mon art. Quand j’ai fait mon entrée dans ce milieu à 16 ans, je voulais être le meilleur. Puis, au fur et à mesure, je me suis dis que je voulais être le meilleur dans ce que je faisais, tout en restant dans une sorte de confort. Ces deux dernières années m’ont fait changer d’avis : je veux devenir le meilleur, tout court.

Ce rythme t’a-t-il aidé à affûter ton style ? 

C’est certain, à 100 %. Par exemple, je fais des freestyles tous les jours et je m’entraîne sur des productions différentes. Du coup quand je pose sur des sonorités plus électroniques par exemple, les gens trouvent cela bizarre mais je me sens en confiance dessus parce que je freestyle déjà régulièrement sur ce type de sons.

Dans quelle mesure la confiance en soi est-elle importante pour toi, en tant qu’artiste ?

Je suis un enfant de Kanye West. En grandissant, il m’a donné confiance en moi, comme à de nombreux enfants. Il a été le premier à se sentir légitime de dire : « Je suis le plus grand de tous les temps ». Être fan de lui m’a donné les clés pour mieux me comprendre. Une partie de cette énergie vient des interviews d’hommes comme Mohamed Ali ou Mike Tyson que je regardais. Toute cette foi aveugle vient de cet état-d’esprit. Je ne sais même pas si je suis le meilleur dans la pièce, mais je vais venir avec la confiance suffisante et t’affirmer que c’est le cas.

Ça me permet de me sentir à l’aise pour expérimenter de nouvelles choses. Je pourrais prochainement me lancer dans le théâtre par exemple. La mode pourrait m’intéresser aussi. Mon frère m’a déjà promis qu’il me laisserait défiler lors de son premier show. Mais il faut aussi avoir la capacité de rester calme et à ne pas te perdre là-dedans. C’est ce que je veux transmettre aux enfants lorsqu’ils me voient en interview ou sur scène.

Jusqu’ici, as-tu été soutenu ?

Ma famille est fière de moi, même si je ne leur ai pas parlé pendant des années parce que j’étais recroquevillé sur moi-même. Ma mère m’a laissé prendre une année sabbatique après la fac en me disant : « Tu as un an, fais en sorte que cela fonctionne (dans la musique, NDLR) ». Elle aurait pu me mettre la pression pour que je puisse trouver un travail rapidement. Mais au contraire, elle m’a toujours laissé l’espace suffisant pour exprimer ma créativité. Mes proches m’ont toujours supporté. C’est essentiel, je pense. Ils savaient que j’étais né pour faire de la musique.

Le « Smoke Session Tour » va bientôt démarrer. Comment te sens-tu ?

J’ai hâte ! On commence le 19 mars à Porto. Cela fait dix ans que je travaille en indépendant et c’est un vrai aboutissement. Même si c’est difficile de célébrer ma propre réussite parce que je ne me sens qu’au début de mon aventure. Je prends du recul au maximum pour garder les pieds sur terre. Nous n’avons encore rien fait. On reste humble, tout en restant sûr de notre force. J’ai déjà réalisé les collaborations de mes rêves. On va le faire ! 

« Smoke Sessions 4 » est-il en cours de préparation ? 

2024. Pas avant. On a d’autres projets à sortir avant et ils vont nous mener jusque-là. Et quand ça arrivera, je veux que ça soit légendaire. Par exemple : Lord Apex x Brodinski ! Il y aura des flows incroyables sur des prods électros. Il y a aussi un projet qui est en route avec le producteur orléanais Astronote qui a déjà bossé avec Kendrick Lamar. Beaucoup de belles chansons vont arriver. Juillet semble être le bon moment pour diffuser tout cela. Quatre projets devraient sortir d’ici l’été. 


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English Version / Version anglaise

On 10th March, Lord Apex came back to release his new album called “Off the Strength”, the result of his collaboration with Spanish DJ Cookin Soul. The project introduced his Smoke Sessions Europe Tour (from March to June 2022), which included a stop in Paris at the venue “Elysee Montmartre”. The tour is going to end at Barcelona Primavera Sound Festival next June. Mosaïque interviewed Lord Apex, just a few days after the release. 


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How do you feel after the release of your new project “Off the Strength” ?

I am super happy. This is probably our best first week release, even though it is a collaboration. On Spotify, I know that we are just under 500 000 listeners right now. The numbers on YouTube have been amazing too. All together, we are just under a million. So, I am really excited right now. We have got some more visuals on the way. 

This sounds different to your last album “Smoke Sessions 3”. How do you feel about that ?

I had a lot of different producers working on the “Smoke Sessions”, with a few Americans and Brits (Maverick Saber, GRiMM Dozan). I like to keep the same vibe (Lo-fi and boom bap sounds) in my music, when I am on this series. However, when I am working with only one producer, we try to make something different. Cooking Soul was on the list of producers I have always wanted to be on a project with. I took a step back and told myself that I was getting the opportunity to work with someone I had always looked up to. 

During an interview about “Smoke Sessions 3” in 2021, you felt confident about every track. Do you feel the same this time ?

Most definitely. It was beautiful because there was a mutual connection on this project. When I was making it, I was like : “Experiment it”. I knew that I would know if it was good or not by trying. Once we finished recording everything, there was only one song we were divided on, called Bricks. Apart from that, everything was smooth, I pretty much loved everything. I wanted to make something special, which is why I am singing a lot more on it. 

Productions are sharper and punchier than your preceding projects. For instance, Stay Alive and M.I.M.S seem to work together, following a similar rhythm. What was your idea behind this change ?   

When I made that, my mindset was like : you guys keep acting like you don’t care about me. So, act like you know ! I am going to give you the backstory behind M.I.M.S. One day, my guy Jack Harper was putting on an event to promote his brand called Aeliza. Some DJ were there, some special guests too and people came to see the installations and buy the products. It was two in the morning, I went out as a special guest.

I was doing it for free, so I would just ask for a certain level of respect from everyone in the crowd. When I was performing, people were still talking. I just got really pissed off, so I pulled the mic and shouted at the crowd for five minutes : “You guys have never been to a show before ? I don’t care who you have seen before, I am here, I am rapping, I need you to respect me”. Jack was like : “Nevermind. Go home”. I got home by 7 in the morning and I freestyled the whole thing, out of pure anger. 

You started to create music on SoundCloud. How do you view the platform ?

The beautiful thing about SoundCloud was that it was only about you and your friends. Music was not always accessible before, not everyone knew what a studio was, not everyone knew you could have a home set and record yourself. I did not have one until 2018. At the beginning, I would just go to my friends and record there. It was beautiful because I could be a fan of my friends. 

Is music collaborative, according to you ? 

It plays a big part. I had this conversation with a friend some days ago. We were saying : “Wouldn’t it be crazy if all music, since the beginning of times, was standing for one ?” All music ever created, standing up for one song. It must have been a spiritual bing bang when the first song ever was created, and at the same time, dance was created. And when those two entities collided… I can’t really imagine the result.

You have released, at least, one project a year since 2016. Has this big output been important in your progression ?

It is not enough (laugh). 2016 was one of my best years : I dropped 5 or 6 tapes. I look back to that year a lot and I was like : we have done that with no money. Hard work is necessary. In one night, I locked myself in the studio and I recorded 49 songs, no adlibs, on just one tape. I was still making some beats the next day. It is just how bad you want it, how bad you see yourself invested in this process.

I am gonna be 26 this year, I ain’t playing with no one. I am working everyday, crafting my art. When I came to this game, I wanted to be the best. As I was walking down my path, I thought that I did not want to be THE best, but to be the best in what I do and be the most comfortable. Last two years, I was like : “Nah, I am going to be the best that ever lived. That’s how it is.”

Has this rate of creation helped you to sharpen your musical style ?

100%. I freestyle everyday on different types of beats, so my pen stays sharp that way. I could use a more electronic song, people would feel quizzical about it, but I would not, because I would have freestyled on it before. 

To what extent is self-confidence important to you, as an artist ?

Very important. I am a Kanye West stan. Growing up, he instilled a lot of confidence in a lot of kids. He was the first man to say loudly “I am the greatest”, and he was the first who felt right about saying it. Being a fan of his music made me understand myself a lot. A lot of that energy comes from seeing Mohamed Ali’s interviews, or Mike Tyson. A lot of his blind faith comes from this mindset. Like, I don’t even know if I am the greatest in the room, but I am gonna come and step with the confidence and tell you that I am the greatest.

The more I become comfortable with myself, the freer I feel about experimenting things. So, I might get into the acting world. I would love to get into the fashion world too. My brother has already promised me that he would let me walk on his first catwalk (laughs). But, let us keep some secrets there… The most important thing is to stay calm and not lose yourself in arrogance. That’s what I want to convey to kids, when they see me in interviews or when they hit my tours. I want them to feel like : “Woh, how he is so confident”. 

How have you been supported so far ?

My whole family is proud of me. I did not speak to my family for a few years. It was an internal shape where I was like “don’t fuck with them”. My mom let me take a gap year after I finished college, just saying : “You got a year, go make this music shit work”. She could just have been pressing me to get a job and all. I have always been given this space to be creative, even before it became what it is today. My family has always pushed me to be creative. People around me have always been supportive. It is important to have this kind of circle around you. 

The Smoke Session Tour is about to begin. How do you feel ? 

I am super excited ! We start in 5 days (19/03) in Porto. I have been independent for ten years, and some parts when I did not have Max by my side. I have been through a lot. So, to put it mildly, I am one of those who need to see it to believe it. It is hard for me to celebrate my own success. I feel that I am only at five percent of my journey. In a zoomed-out perspective, I can never be excited. We got nothing done. However, I have already done the collabs I had been dreaming about my whole life. So, we are gonna do it !

Is Smoke Sessions 4 currently in the works ? 

2024. No sooner. BUT, we have so many projects that lead up to that. For Smoke Sessions 4, I am not coming for something less than legendary. Lord Apex x Brodinski, on the way ! It is gonna be so awesome. There are gonna be some crazy flows on that electronic productions. We have a project with Astronote, who comes from Orléans (France) and who has already worked with Kendrick Lamar. We have got beautiful songs coming and July will be a good time to drop some stuff. I don’t want to give too much out ! Basically four projects in the first half of the year.


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Chroniques

Josman : « M.A.N » – L’avis de la rédaction

Josman dévoile son troisième album « M.A.N (Black Roses & Lost Feelings) », sorti le 18 mars dernier. Un opus attendu après « SPLIT », sorti il y a deux ans, qui avait divisé la critique. Le rappeur a-t-il réussi à reconquérir plus largement avec ces nouveaux titres ? La rédaction de Mosaïque a planché sur son album et donne son avis.


Avant de vous plonger dans l’avis de la rédaction sur « M.A.N (Black Roses & Lost Feelings) » de Josman, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !


« Un album sincère et mature dans lequel Josman se retrouve avec lui-même »

Aucun single promo, un album de 17 titres et des featurings cohérents. Avec « M.A.N » Josman semblerait presque avoir tenu compte des critiques faites à la sortie de son opus précédent : « SPLIT ». Depuis, il a pris de la bouteille. Et ça s’entend. Bien que les thèmes abordés ne surprennent pas par leur originalité, sa plume est plus précise. Le rappeur de Vierzon continue de raconter son quotidien, rythmé de profondes remises en question. Un univers triste, sombre et mélancolique qui prend forme dès le titre du projet complété par des parenthèses : « M.A.N (Black Roses & Lost Feelings) ».

Finalement, on distingue un album sincère et mature dans lequel Josman se retrouve avec lui-même. Musicalement, il se révèle être très complet. Après quelques écoutes, les potentiels hits comme Vaccin, POP et My Lady sortent du lot. Sans pour autant enlever à la tracklist son caractère homogène. Cette fois accompagné d’autres producteurs qu’Eazy Dew et MYSTR, Josman semble avoir soigné son approche. Avec ce troisième album studio, il offre à tous les fans de rap une poignée de bons morceaux au gros potentiel. Mais sa fanbase y trouvera sûrement mieux, dans un projet qui, pour elle, a tout l’air d’un no skip.

– Arthur Deux

« On se perd facilement dans les textes de « « M.A.N«  »

Les collaborations du projet sont comme pour sur « SPLIT » une réussite. Brûle avec Laylow sent bon le single d’or et POP avec Guy2Bezbar est d’une efficacité remarquable. La surprise de l’album vient même de Ma Lady avec Naza. Josman sort de sa zone de confort sur ce titre en évoluant dans un registre afro inhabituel. Côté solo, le rappeur n’a jamais été si sombre dans ses textes. Le côté romantique de l’artiste s’efface pour un pessimisme oppressant. Un changement d’état d’esprit qui manque néanmoins de fond. On se perd facilement dans les textes de « M.A.N (Black Roses & Lost Feelings) » car le rappeur n’apporte pas d’explication à son mal-être et sa mélancolie paraît presque artificielle. Tel un adolescent qui en veut au monde sans aucune raison. La formule d’album conceptuel ne convient décidément pas à Josman qui reste bien plus efficace lorsqu’il ne suit que son instinct.

– Malo Herve

« Josman délaisse la casquette du lover boy ardent pour son personnage de hood boy glacial »

« M.A.N (Black Roses & Lost Feelings) » est la lune qui occulte les sonorités ensoleillées du précédent EP de Josman : « HHHH ». Cultivant la constante dualité d’un Drake, il délaisse ici la casquette du lover boy ardent pour son personnage de hood boy glacial dans un projet qui rappelle davantage « What A Time to Be Alive » que « Take Care ». Alors, lorsque Josman explore les tréfonds de son intériorité sur fond de rythmiques trap, il y puise remords et influences, douleurs et inspirations.

Là où domine les tonalités sombres, les fantômes de Despo Rutti, Booba ou Salif renaissent sur des morceaux comme « 3ein / Risotto Gambas » ou « Fiesta. », remis au goût du jour par une toile de fond instrumentale esquissée par Eazy Dew. Dans le sillon de ceux.celles qui l’inspirent, certaines phases sont alors éprises d’une amertume viscérale, d’une effluve de douleur. Mais si Josman perd peu à peu ses sentiments, il renoue avec le dolorisme touchant d’un artiste torturé. Ponctuée de percussions compressées, d’instruments synthétiques sournois et de thèmes parfois pesants, l’atmosphère froide se fond dans la direction artistique du projet.

– Cédric Rossi

J.O.S connaît son public et sait pertinemment qu’il est loin d’être homogène. Avec « M.A.N », il a décidé de faire plaisir au plus grand nombre.

David Geenen sur l’album « M.A.N (Black Roses & Lost Feelings) » de Josman.

« Josman a décidé de faire plaisir au plus grand nombre »

Trop long, trop disparate, pas assez cohérent, voici les critiques qu’avait subi le dernier album de Josman, « SPLIT ». Des remarques entendues par le rappeur mais qui ne semblent pas, pour autant, avoir changé son mode opératoire. J.O.S connaît son public et sait pertinemment qu’il est loin d’être homogène. Josman a décidé de faire plaisir au plus grand nombre. En témoignent la fougue de POP, la vibe de Peace, Haine, Love et les influences afro du titre Ma Lady avec Naza.

Si le projet se démarque par son côté éclectique, il n’en reste pas moins certaines dominantes. La première : la qualité lyricale de Josman. Il réaffirme sa place aux côtés des rappeur.se.s les plus habiles lorsqu’il s’agit d’associer les phases entre elles et ainsi rendre les punchlines d’autant plus cohérentes. La deuxième : la névrose que semble vivre actuellement l’artiste, à l’image de ses multiples références au froid, à l’agonie, aux cauchemars ou encore à sa solitude. Avec « M.A.N », Josman continue de montrer du talent et offre de la musique à tous.toutes, quitte à petit à petit tourner le dos aux envies de sa fan base des débuts.

– David Geenen


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