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La romance : pièce poé­tique à car­ac­tère intimiste et sen­ti­men­tal mise en musique. Avec son nou­v­el EP, Jäde délivre sa ver­sion de la « Romance ». Le pro­jet d’une jeune femme de 25 ans, aux allures de jour­nal intime. Celle pour qui l’écriture « n’a rien soigné » de ses maux, s’amuse de son obses­sion pour l’amour et de son inca­pac­ité à se sen­tir adulte. Dans une non­cha­lance joviale, Jäde nous racon­te son pro­jet, roman­tique­ment désabusé.

C’est une his­toire d’amour entre un homme et une femme… Point de départ de toute romance en lit­téra­ture, la ren­con­tre de deux per­son­nages fait naître une trame nar­ra­tive dont la fin heureuse fera vers­er une larme d’émotion au lecteur. Dans la romance de Jäde pour­tant, les prob­lèmes ouvrent le bal. Préférant met­tre en avant ses ten­dances aux amours tox­iques dès l’introduction, elle se refuse l’idylle des débuts dont les sonorités trap du morceau font état. 

Avant même d’avoir pu naître, l’amour est con­damné : « Depuis le début, je pense qu’à la fin » (Noir ou Blanc). Une vision fatal­iste dont Jäde ne parvient pas à s’émanciper. Au télé­phone, l’ironie de la sit­u­a­tion la fait douce­ment sourire : « Si je pou­vais par­ler pos­i­tive­ment des rela­tions, ce serait avec plaisir. Mais je racon­te mes expéri­ences, qui sont plutôt néga­tives. J’ai une vision un peu som­bre des rela­tions en général. » Un rejet qui car­ac­térise sou­vent les amoureux tran­sis pour qui, « c’est tout ou rien ».

Face aux décep­tions, faut-il alors choisir la musique avant l’amour ? Au détour d’une con­ver­sa­tion sur Insta­gram, elle débat avec le rappeur Bakari de la place accordée aux rela­tions en tant qu’artiste. Elle, défend que les deux sont con­cil­i­ables. Lui, est sans con­ces­sion. L’échange donne nais­sance à Groupie Love. Sur l’outro du morceau, elle sam­ple l’une des notes vocales de leur dis­cus­sion : « Le moteur de ma vie, c’est la musique. Ça veut dire, avec ou sans toi, je vais le faire. »

Avant-gardiste

Le pro­jet respire une sen­si­bil­ité exac­er­bée dont l’artiste souhait­erait s’affranchir : « C’est quelque chose que j’aimerais bien chang­er chez moi. Je me livre très facile­ment, trop facile­ment sur ce que je ressens. Et les gens n’ont pas besoin d’entendre tout ça (rires). » Pour­tant, son émo­tion à fleur de peau rend l’EP cathar­tique tant elle dépeint des sché­mas amoureux fréquents. Jäde parvient à ren­dre uni­verselles des expéri­ences très per­son­nelles, à la manière d’une icône RnB qu’elle tend à incarner.

Romain Garcin, créa­teur de la pochette de l’EP, con­firme : « Jäde a une direc­tion artis­tique qui rap­pelle le RnB des années 2000, sans tomber dans la car­i­ca­ture ou la copie mal faite. C’est une véri­ta­ble éponge, de nom­breux styles musi­caux peu­vent la faire vibr­er. » Une éponge aux inspi­ra­tions éclec­tiques dans un pro­jet où elle inter­prète Adulte, un morceau aux accents soul. Du Kali Uchis dans les oreilles. 

J’apprends à décou­vrir ma voix parce qu’en vrai je chante bien (rires)…Enfin, je sais chanter. Et ça, sou­vent je l’oublie. 

Jäde

L’envie aus­si de s’améliorer et de se décou­vrir. Pen­dant ses expli­ca­tions par­fois per­tur­bées par un voile de gêne, l’artiste peine encore à affirmer son tal­ent : « Je sens que ma voix pro­gresse. J’apprends à la décou­vrir parce qu’en vrai je chante bien (rires)… Enfin, je sais chanter. Et ça, sou­vent je l’oublie. » Cette évo­lu­tion, le pro­duc­teur Stu, co-com­pos­i­teur du morceau Prob­lème et proche de Jäde, la con­state : « C’est une artiste avant-gardiste dans son style. Elle me per­met de com­pos­er des choses dif­férentes. Je la con­nais depuis l’époque Sound­cloud et son flow a beau­coup évolué. »

Une touchante fragilité 

Sou­vent, au cours de la con­ver­sa­tion, Jäde hésite. À l’image d’une artiste fron­tière, elle se laisse porter par ses humeurs. Dans son indé­ci­sion, la chanteuse laisse transparaître une touchante fragilité. Celle qui a l’impression que sa vie « ne ressem­ble à rien par rap­port à d’autres filles de 25 ans », a eu besoin de se sen­tir Adulte en retraçant son par­cours amoureux, l’une des sources de son manque de con­fi­ance : « L’estime descend au sous-sol, voir s’il reste un peu d’alcool. » Un manque d’assurance sur lequel la jeune femme tra­vaille : « J’aimerais réalis­er mes clips de A à Z mais je n’ai jamais osé le faire. Je veux m’investir dans chaque étape jusqu’au mon­tage. Je n’ai pas encore pris de risques dans mes visuels. Mais ça va changer. »

Au moment de la sor­tie de ce troisième pro­jet intimiste, la timid­ité ne la quitte pas : « Je me suis trop livrée. Je ne peux pas jouer mes sons devant mes potes. C’est trop per­son­nel. Je n’oserais pas appuy­er sur play (rires). Lim­ite, j’ai honte. » Celle qui se surnomme « Jäde » sur scène par pudeur et pour « être une autre ver­sion de (s)oi », con­fie qu’elle doit pren­dre con­fi­ance en elle mais ne sait pas encore très bien comment. 

Un pre­mier pas est franchi avec l’outro de « Romance » dans laque­lle elle fait tomber le masque en nom­mant le titre par son vrai prénom : Adèle. Un morceau aux envolées de chant, proche de la var­iété française. Une couleur musi­cale qui se retrou­ve sur Noir ou Blanc, en fea­tur­ing avec Squid­ji. Le Parisien « apporte une nou­velle couleur sur fond de var­iété française avec des drums trap plus actuels. Il donne du sens au sto­ry­telling en répon­dant à Jäde », selon Mike BGRZ, l’un des deux pro­duc­teurs du titre. 

Pour son prochain pro­jet, Jäde a déjà prévu de sor­tir de sa romance : « Je ne sais pas faire, je ne l’ai jamais fait. C’est une nou­velle façon d’écrire pour moi. » En atten­dant, elle écrit sur son apparte­ment, sa vie à Paris… Finale­ment, celui qui a su cap­tur­er son allure iconique, Romain Garcin, résume : « Jäde a une inten­tion fausse­ment non­cha­lante. Elle donne l’impression de pass­er à côté de sa vie, alors qu’elle en maîtrise chaque aspect. C’est ce qui la rend si particulière. »

La réalisation de la cover

La pochette de « Romance » a été réal­isée par le pho­tographe Romain Garcin. Il racon­te point par point les étapes de son travail.

Décou­vrez-les en cli­quant sur les ani­ma­tions ci-dessous. Activez le son pour mieux prof­iter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour met­tre en plein écran.

One thought on “La romance désabusée de Jäde
  1. « Ocytocyne » : symphonie sentimentale n°1 par Squidji - Mosaïque

    […] s’empare de l’intimité de la rela­tion tout en s’accordant à la sen­su­al­ité de la voix de Jäde qui incar­ne la strippeuse. Lala &ce, de son côté, apporte une dose de pulsion […]

    26 mai 2021 Reply
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