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Sally, l’évasion des maux

Deux ans après son EP « PYAAR », Sally revient avec un format dont elle a toujours rêvé : un album. À seulement 22 ans, Marion, de son vrai prénom, a sûrement plus à raconter en un opus que n’importe quel.le artiste à la carrière bien entamée. Après s’être exprimée ouvertement sur sa bipolarité pour cesser d’en faire un tabou, elle a pris la décision de parler publiquement sur ses réseaux sociaux des violences sexuelles dont elle a été victime, « pour ne plus avoir honte ».

Si le projet sorti le 8 avril 2022 en fait une « Prisonnière », Sally se libère de tous ses démons et partage les espoirs d’une jeune femme déjà marquée par la vie. À cette occasion, Mosaïque est allé à sa rencontre un jour ensoleillé dans la capitale. Devant l’église Notre-Dame-des-Champs, boulevard de Montparnasse, la chanteuse s’est prêtée avec facilité à l’exercice du shoot avant de se confier à nous autour d’un diabolo fraise. 


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sally

Un soir de sa vie adolescente, Marion est seule dans sa chambre chez ses parents. Elle attrape le carton vide d’une pizza mangée la veille. De l’autre main, elle se saisit de son briquet et approche la flamme du carton. Alors que le feu se met à consumer la pièce, la jeune fille s’endort sur son lit, au milieu de l’incendie. À son réveil, les pompiers sont entrain d’éteindre la fumée. Elle se met à rire. Cette scène surréaliste correspond à la première crise « vraiment violente » de bipolarité de l’artiste. C’est aussi le moment qu’elle a choisi de reproduire sur la pochette de son premier album : « Prisonnière », sorti le 8 avril 2022. 

Le tableau est à l’image d’un album dans lequel Sally livre les angoisses, les doutes et les traumatismes de Marion (son vrai nom, NDLR) : « Le nom du projet était logique parce que dans toutes les chansons dont la chanson éponyme, je suis prisonnière de quelque chose. Soit de mes émotions, soit de l’amour, soit de mon passé… », explique-t-elle, vêtue le jour de notre rencontre d’un anorak Adidas rose et rouge qui semble prolonger la couleur de ses cheveux.

Sally

Se libérer de la honte

Parmi toutes les histoires de son projet, il y en a une qu’elle n’avait jamais mise en mot. Dans le titre Prisonnière, Sally raconte une agression sexuelle avec séquestration dont elle a été victime : « J’ai écrit ce morceau dans ma chambre dans le noir. Avant, je n’étais pas prête pour en parler. Encore aujourd’hui, je ne sais pas si je le suis mais je l’ai écrit spontanément. » 

Je trouvais ça important de parler de mes traumas sur les réseaux sociaux. Ça m’a changé la vie de raconter mon histoire. Je n’ai plus honte et on ne devrait pas avoir honte.

Sally pour Mosaïque

Quelques mois après l’écriture de ce morceau, elle partage son histoire sur les réseaux sociaux. Elle se souvient : « J’ai craqué, je suis allée dans mes notes et j’ai écrit un pavé. J’avais envie d’aider les personnes dans ce genre d’histoires horribles et c’était aussi une façon pour moi de faire un deuil. Je trouve ça important quand on a la chance de se sentir prêt de parler de ces traumas. Ça m’a changé la vie. Je n’ai plus honte et on ne devrait pas avoir honte. »

 Sally

Un manque viscéral de confiance en soi

Comme pour Prisonnière, la plupart des titres ont été écrits dans le noir : « Ça me permet de sentir que je suis moi-même. Je n’ai pas honte d’écrire ou de dire tel ou tel mot. Je suis mon instinct. Le noir me permet de ne penser à rien d’autre, je peux faire face à mes émotions. En studio c’est pareil, on tourne le micro face au mur pour que je sois dos à la vitre. On éteint les lumières et après je peux enregistrer. Pendant longtemps, poser des toplines au studio devant les producteurs, c’était impossible. Aujourd’hui ça va plus vite mais j’avais beaucoup de pudeur. »

Pour l’album, Sally a même réussi à faire entrer le rappeur A2H dans l’intimité de son projet en le laissant imprimer sa patte sur deux « tubes » de l’album (Loco et Malhonnête) qu’elle a eu « du mal à écrire » : « Moi je suis dans les trucs deep, on ne s’amuse pas (rires). A2H est trop fort. Alors, je lui ai laissé la main », plaisante la chanteuse. Mais laisser la main n’a pas été facile pour celle qui manque viscéralement de confiance en elle.

À l’évocation de la sortie du disque, Sally avoue avoir eu des doutes : « J’ai toujours rêvé de faire un album mais pendant longtemps j’ai paniqué. C’était très violent. Je pensais que mon album était nul. Je ne voulais plus le sortir parce que c’était la honte à côté d’autres projets. Le flop me stresse (rires). Finalement, plus la date se rapproche, plus je réapprends à l’aimer. » 

Sally

Sally et Marion

D’un naturel timide qui la rattrape parfois lors de notre échange, la chanteuse, tatouée d’un cœur sous l’œil droit et d’un éclair sous l’œil gauche, se sent tiraillée entre deux identités : Marion et Sally. « J’aspire à devenir Sally parce qu’elle a trop confiance en elle. Elle s’assume. J’aimerais être elle. Je rêve d’être accomplie personnellement, professionnellement et m’accepter. J’y travaille. » 

J’ai l’impression que tout ce que je touche se détruit. Dans mes relations, dans le travail, avec ma famille… Dès que je touche quelque chose, j’ai l’impression qu’il m’échappe et que c’est de ma faute.

Sally pour Mosaïque

Sally, c’est celle qui arrive souriante, un Starbucks à la main, sans que l’on puisse se douter d’une quelconque timidité enfouie. C’est aussi celle qui pose de manière assurée devant l’objectif de notre photographe après quelques retouches maquillage indispensables. Mais Marion refait souvent surface lui donnant l’impression d’être maudite : « J’ai l’impression que tout ce que je touche se détruit. Dans mes relations, dans le travail, avec ma famille…. Dès que je touche quelque chose, j’ai l’impression qu’il m’échappe et que c’est toujours de ma faute. Je prends toujours tous les torts et je me laisse faire. C’est pour ça que je dis : « Partout où je vais, tout se casse » dans un des titres. Je serai toujours une victime (rires). »

Marion se dit « nulle en société » ne sachant pas comment parler aux inconnu.e.s. Un trait de caractère qui l’a conduite pendant une période de sa vie, qu’elle raconte dans le titre Sainte, à s’isoler : « À ce moment-là, je n’avais pas d’amis. J’étais très timide et je ne sortais pas. Je regardais des séries toute la journée. J’étais une sainte : je ne faisais rien, même si c’était aussi le résultat de mon agression sexuelle. »

Sally

Garder la foi  

Aujourd’hui, Marion et Sally maîtrisent leurs émotions. La chanteuse est désormais stable après plusieurs années de crises de bipolarité qui l’ont aidé à écrire : « La plupart des trucs deep que j’ai écris sur l’album sont des moments où je n’étais pas bien. Juste après mes phases maniaques, arrive la phase dépressive avant la phase stable. Et c’est à ce moment là que j’écris tout. Aujourd’hui, je suis stable tout le temps donc ça ne m’accompagne plus. Mais on grandit avec ces émotions et on mourra avec, c’est comme ça. »

Très croyante, Sally est convaincue que les épreuves rencontrées sur sa route étaient écrites : « Je pense sincèrement que Dieu me les a envoyées pour que je m’endurcisse. S’il t’arrive quelque chose, c’était prévu. Et je suis convaincue d’avoir des anges sauveurs qui m’ont aidé à chaque fois. Je ne sais pas où j’en serai sans eux. Je remercie Dieu pour ça. » 

Sally

La lumière de l’amour

Des anges gardiens qui prennent aussi vie sous la forme de ses parents. Le dernier morceau du projet Lettre à l’amour leur est dédié. Sally a écrit le titre en se mettant à la place de ses parents juste avant leur mariage, comme s’il.elle.s se déclaraient leur amour l’un pour l’autre : « Mes parents sont un modèle. 30 ans de mariage. Incroyable. Ils me donnent beaucoup d’espoir. C’était inconcevable de faire un album sans parler d’eux. J’adore voir qu’il y a des relations saines et qui se passent bien. »

L’artiste admire les relations qui l’entourent en attendant de se sentir prête à nouveau un jour à redonner sa confiance : « Personnellement, je suis seule depuis cinq ans et je me découvre. J’en suis très heureuse. Je suis bien avec mes potes, je ne me suis jamais autant amusée. Il n’empêche que je crois en l’amour et ça arrivera au moment où ça arrivera. Je ne me mets pas de pression. Juste il me faut deux enfants un jour (rires). »

Ses enfants, elle les élèvera peut-être en Corée du Sud où elle rêve de vivre. Passionnée de K-pop, Sally s’est mise à apprendre la langue du pays dans l’espoir de s’y installer un jour. En attendant, telle une popstar qu’elle aspire à devenir, Sally, cachée derrière ses lunettes noires, nous quitte pour une autre interview en nous remerciant chaleureusement : « Merci à vous les loulous ! ». 


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Andy S, la « pépite » engagée

On la surnomme « la pépite de la Côte d’Ivoire » et ce n’est pas « Queen Pepita » qui dira le contraire. Autour d’un café à Saint-Denis, nous avons rencontré Andy S alors que la rappeuse ivoirienne de 24 ans est en France pour une série de concerts après la sortie de son dernier projet, « Exousia », en novembre dernier.


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Tejdeen

«Prend des photos de l’interview Momo ! ». Alors que 160 000 personnes la suivent sur son compte Instagram (@andys.therapper), Andy S est également présente sur Snapchat, Instagram ou encore Facebook. Très proche de ceux.celles qu’elle a baptisé sa « Team Pepita », elle n’hésite pas à impliquer son manager, Omomine, dans le maintien de ce lien virtuel. 

Si peu de rappeur.se.s sont aujourd’hui actif.ve.s sur le réseau social au carré bleu, Andy S, elle, cumule 136 000 abonné.e.s sur sa page Facebook, qu’elle abreuve de contenu autant que son fil Instagram. En effet, sa carrière a débuté sur la plateforme. « J’ai commencé à poster mes freestyles sur Facebook », rembobine-t-elle. Alors lycéenne, la jeune femme de 15 ans, déjà fervente consommatrice d’artistes comme Booba ou la Sexion d’Assaut, assiste aux freestyles de ses camarades de classe tous les vendredis soir, devant le lycée.

Passionnée, elle se lance timidement dans l’écriture. « Un jour, j’ai montré ce que je faisais à un pote qui m’a convaincue de me lancer. » Le vendredi suivant, Andréa, de son vrai nom, performe à son tour. « Tout le monde était choqué ! Surtout, il n’y avait pas d’autres meufs », se souvient celle qui est aujourd’hui bien installée sur la scène rap ivoirienne. 

S’imposer en tant qu’artiste féminine

Multipliant les freestyles sur ses réseaux, elle est repérée en 2017 par un premier label à Abidjan. S’ensuivent les premières séances studio, la réalisation de clips et les passages dans les médias ivoiriens. « Ils m’ont aidée à me professionnaliser », conclut-elle. En 2019, elle sort son premier EP « Le Rap N’a Pas De Sexe » dans lequel elle revendique sa place de femme dans le milieu très masculin du rap, notamment en Côte d’Ivoire. « C’était une prise de position. Quand on pense « rap » on pense « rappeur », alors que justement, le rap n’a pas de sexe. Il faut prendre des gens bons dans leur domaine, c’est tout », tranche la jeune femme, consciente du rôle qu’elle a choisi d’endosser. « Même si tu ne peux pas changer le monde, tu peux toucher quelques personnes, faire passer des message et impacter les mentalités. »

Quand Andy S pense rap.

Quand Andy S pense rap.

Mais les stéréotypes sexistes ont la peau dure. En promotion pour la sortie de sa mixtape « Exousia », l’artiste était récemment questionnée sur son look jugé « trop masculin » par l’animateur d’une chaîne ivoirienne. À l’évocation de ce souvenir, la rappeuse échange un regard avec son manager avant d’esquisser un sourire. « Sur certains plateaux télé en Côte d’Ivoire, je suis sûre d’avoir à chaque fois des questions à ce sujet. En France, les médias sont beaucoup plus focus sur ta musique, ton parcours, tes positions… »

Andy S : « Je veux que les gens se retrouvent dans mes textes »

Dans le titre TTLH (Tu Te Lances Hein), dont le clip est sorti le mois dernier sur YouTube, Andy S ne mâche pas ses mots : « J’arrive ici y’a personne qui m’égale, je sais que je régale je bouffe le game (…) ». Même si elle ne semble pas craindre la critique, la jeune artiste ne fait pas dans l’egotrip dans le seul but de se mettre en avant. « Je veux que les gens se retrouvent dans mes textes. Quand je dis « N°1 fuck la modestie » (dans le morceau Rap décalé avec Vicky R et Yanik Jones, NDLR), c’est pour que les gens puissent s’identifier et prendre confiance. C’est la dynamique première du projet. » 

Une démarche qu’elle a aussi souhaité imager grâce à la pochette de sa mixtape, sur laquelle on devine le Christ crucifié. « Les catholiques savent que Dieu a pris tous nos péchés en allant sur la croix, explique-t-elle. J’ai un peu cette position dans le rap ivoirien. Je subis toutes les critiques pour que d’autres femmes aient l’audace de se lancer ensuite. » 

Andy S envisage de s’installer en France

Aujourd’hui, Andy S est confiante. « En Côté d’Ivoire, même si j’étais soutenue par mon public, certains ont essayé de me décourager, car le rap à message, où ça kick, n’était pas la musique la plus écoutée ». Présente en France pour ses premiers concerts, force est de constater que sa persévérance a payé. « Savoir que j’ai continué et qu’on m’a invitée pour me produire, qu’on a payé mon billet d’avion, qu’on m’a donné un cachet… Tu t’assois et tu te dis que c’est lourd. » 

À Paris pour quelques semaines, l’artiste a aussi à cœur de rencontrer son public, comme lors du « meeting » prévu le lendemain dans le XIème arrondissement. Bien que le climat parisien diffère de celui d’Abidjan, comme elle aime le faire remarquer, Andy S envisage de s’installer en France. « Ce qui me plaît, c’est qu’ici il y a cette culture du rap. Même s’il y a différents styles, il y a de la scène pour tout le monde », conclut-elle en faisant référence à Benjamin Epps, dont elle apprécie la musique. « D’ailleurs, s’il y’a moyen de le contacter… », ajoute-t-elle en riant, intrépide mais déterminée. Comme à son habitude.


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Tedax Max, le bilan d’une année olympique

Tedax Max a délivré en 2021 une série de trois EP : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». À travers ces projets, le rappeur d’une trentaine d’années souhaite occuper l’espace pour donner une chance à sa carrière de décoller. Ce sprint musical a-t-il tenu ses promesses ? Mosaïque s’est rendu dans son quartier, à Lyon, pour faire le bilan.


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Tedax Max

«Ici c’est rue Paul Bert, c’est là où je vis, c’est réel », lance Tedax Max en pointant du doigt le petit écriteau bleu de la rue lyonnaise. Cet endroit, il le rappe dans chacun de ses trois premiers EP sortis en 2021 : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». Dans la peau d’un guide touristique, le rappeur déambule dans les rues de son quartier, La Guillotière, situé en plein centre-ville, auquel il est très attaché. Une fois arrivé sur la place Voltaire, ce jeune barbu à la trentaine se fait régulièrement interpeller : « Eh je suis en interview », se justifie-t-il auprès de ses compères.

Les habitant.e.s de ce recoin sont fier.e.s de venir saluer celui qui est presque devenu une star locale. En un an, l’artiste a délivré un triptyque remarqué. Un sprint pour espérer embrasser le début d’une carrière. « Dans le morceau Combine, je dis : « J’ai plus le temps d’avoir le temps ». J’ai trente ans, j’ai perdu beaucoup de temps. Je suis même pas dans une optique de marcher et faire des sous, c’est vraiment le faire avant de regretter. Même si j’ai pas d’auditeurs, je suis fier de pouvoir taper mon nom sur internet et de pouvoir écouter un projet avec une cover et tout… », explique-t-il.

Tedax Max : le renouveau du « rap de kickeur »

C’est dans cette même urgence que Ted, de son vrai nom, publie son premier EP, « Forme Olympique », un 1er janvier 2021. Il se remémore : « Fallait aller vite. Je voulais arriver en début d’année pour qu’on me voit. Personne me connaît mais voilà j’suis là ! ». La nouvelle année à peine sonnée, le projet résonne déjà avec un nom ambitieux et une cover mystique qui s’inspire d’une peinture de René-Antoine Houasse, mettant en scène le dieu Jupiter façon gangster. Et cerise sur le gâteau : « Alpha Wann a tout de suite partagé, ça a fait beaucoup de bruit, c’était le bon timing. » 

Un bon timing pour celui qui considère vivre le renouveau du « rap de kickeur » : « Quand Freeze Corleone a sorti « LMF », ça m’a conforté. Je suis vraiment un taliban quand je rentre en cabine. Je suis là pour découper. Parfois, mes gars me disent de mettre un petit son mielleux et tout mais non ! Ça va être juste être noir. » 

La machine est lancée. L’idée d’une série de trois EP se manifeste : « On s’est dit, pourquoi pas ? Ils le font aux USA, alors pour pourquoi pas nous ? Finalement c’est grâce à ça que je suis là. Grâce au matraquage on a fidélisé les gens », observe-t-il, une cigarette au bec. Si le premier volet est instinctif, la suite est planifiée. Même rythme, même cadence. Il avance sur le deuxième volet : « Forme Olympique : Middle Season » : « J’écrivais tous les jours, la musique allait super vite. Et je suis super efficace. Le studio je le paye, c’est de l’argent. Alors je suis pas là pour faire des snaps. Tout est déjà écrit et je pose tout très rapidement ».

« Forme Olympique : Middle Season » et un passage par COLORS

Changement d’ambiance. Dans le deuxième EP, Tedax Max emmène son flow aux États-Unis et affiche avec transparence des sonorités sudistes. Influencé par « Cash Money, Master P, Three 6 Mafia ou A$AP Rocky avec son tout premier projet couleur Huston », il flirte avec le chopped and screwed (une technique de remix du hip-hop lancée dans les années 1990 qui ralentit le tempo, NDLR) et les ambiances de Los Angeles dans le morceau Long Beach. « Des prods qui tapent et des voix gonflées », telle est la recette du rappeur lyonnais pour garder l’attention du public lors de sa sortie en juin 2021.

À la même période, l’artiste est approché par les équipes du studio COLORS de passage à Paris, pour interpréter le morceau inédit J’te Jure. Une consécration que l’artiste n’a pas réalisé tout de suite, pris dans sa spirale créatrice. « Ils m’avaient déjà DM, je n’avais même pas vu et ils sont revenus vers moi en mode : « Excuse-nous de te déranger ». On aurait pu croire que j’étais pas intéressé alors que si ! », confesse-t-il en ajoutant avec un regard malicieux : « C’était lourd. Je vais pas me la raconter, mais j’ai fait que deux prises et la première était déjà bonne ! ».

Tedax Max : « L’important c’est de se faire plaisir »

La musique va vite et entraîne de premières rentrées financières. « Je ne vis pas encore de tout ça. Ça commence tout juste à payer les clips et le studio. Je peux faire du son avec l’argent de la musique. Mais ça avance et maintenant on est cité par Mehdi Maïzi, YARD… On nous voit parce qu’on a charbonné et on a des propositions de l’industrie. Alors on va pouvoir bientôt parler oseille et bonne distrib’ », précise Ted. Mais le rappeur ne perd pas le sens des priorités. Pour le dernier volet « Forme Olympique : Final Season », publié en décembre 2021, « l’important c’était de se faire plaisir. »

« C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Tedax Max pour Mosaïque

Et pour clôturer le triptyque, il s’entoure des producteurs Nars et Sidi Sid avec qui il va créer une atmosphère 100 % new-yorkaise. « Sidi Sid me faisait écouter des prods à la Roc Marciano et je lui disais : « Mais je raffole de ça moi ! ». Il me répondait : « Personne ne rappe sur des trucs comme ça en France. » » Comme avant la sortie du premier EP, c’est le paysage rap qui le conforte dans son choix artistique : « Au début je me disais que ça allait être trop noir. Mais j’ai vu NAS (un rappeur originaire de Brooklyn, NDLR) sortir son projet au même moment. J’étais en plein dedans. Ça m’a convaincu. »

C’est finalement sur la dernière marche de cette année intense que Tedax Max se reconnaît le plus : « C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Une « mixtape » pour cette année

Ainsi, il ne lui a fallu que trois séances en studio pour enregistrer les onze titres. La confiance règne, même lors de la semaine de sortie durant laquelle il se permet de rajouter le morceau Harlem Manhattan au tout dernier moment. Il cultive d’ailleurs cette méthode de travail qu’il qualifie de « bâclé » jusque sur la pochette qu’il a lui-même réalisée. « Je me suis inspiré d’une peinture, je me rappelle plus laquelle (rires). J’ai rajouté des détails un peu gang : la bouteille, la weed, les grills… J’ai tout fait sur Photoshop à l’arrache. C’est ça que j’aime, ça fait partie de moi. »

2021 est terminé. Place à la suite. Tedax Max qui n’est « toujours pas fatigué » continue d’être productif tout en souhaitant espacer davantage ses sorties. Et si ses trois premiers EP ne comportaient qu’un seul featuring avec son acolyte Laws Babyface sur le titre Thomas & Laimbeer, il a depuis déjà coffré « plusieurs collaborations encore secrètes ». Même s’il glisse qu’il aimerait vraiment pouvoir croiser le fer avec « Limsa d’Aulnay et Mac Tyer, ça serait fou ». Et concernant le prochain projet prévu cette année, « ce ne sera pas encore un album, sûrement une tape. J’ai déjà la cover et le titre. Un peu en anglais avec une petite réf à Lyon. » Mais il prévient : « Tout peut encore changer ! »


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Lazuli, le cardio dans la peau

Après un premier EP « Zéro » sorti en juin 2021, Lazuli revient vendredi avec un deuxième projet « CARDIO ». Entièrement dédié aux sonorités reggaeton, cet EP est une collaboration avec le producteur King Doudou, aussi compositeur pour J. Balvin ou PNL. La franco-chilienne livre quatre morceaux destinés à faire danser ceux.celles qui l’écoutent. Mosaïque l’a rencontrée au cœur de Paris, près de la place de la République.


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Sur le fond d’écran de son iPhone, Lazuli affiche une citation : « Il ne faut pas contrôler sa vie mais la vivre ». Habitée par cette devise, elle se réveille désormais tous les matins persuadée d’être à sa place en tant qu’artiste. Pourtant, il y a encore deux ans, Élisa de son vrai nom, était analyste de textiles à la douane. Celle qui se décrit comme « une scientifique, la meuf qui aime bien mettre sa blouse (rires) » se rend compte que la passion n’y est pas mais poursuit, aspirée par la spirale d’une vie bien rangée.

Lazuli

Lors du premier confinement, elle doit mettre ses activités sur pause. Elle se retrouve confinée avec le producteur Izen chez qui se trouve un home studio. Un jour d’ennui en quarantaine, elle se met derrière le micro pour rigoler : « Quand je prends le micro, dans ma tête je ne sais même pas chanter. La musique n’est pas dans mes projets. On se met à faire un son à deux qui ne sortira jamais parce que c’était vraiment pas ça (rires). Mais ça a fait naître quelque chose en moi. Je me suis dit qu’en fait j’en étais capable. Je m’attendais tellement à faire pire que je me suis surprise. » Les jours suivants, elle répète l’exercice et fait écouter ses morceaux à son entourage qui la pousse à les diffuser. 

Lazuli : « Ne plus être guidée par la peur »

Le déclic est né pour Élisa qui devient Lazuli et quitte son emploi : « Quand je travaillais, je regardais déjà la montre en attendant la retraite pour kiffer ma vie. C’était le moment de dire stop. Je suis partie sans me retourner parce que j’étais arrivée à un stade où je ne voulais plus être guidée par la peur. Je n’essaye pas de contrôler ma vie mais de la vivre. »

Depuis, derrière ses lunettes bleu teintées, la rappeuse ne voit plus la vie de la même façon : « Ça a tout changé. C’est comme si tu rentres dans un tunnel, tu ne regardes jamais à côté et d’un coup tu tournes la tête. Et une fois que t’as regardé, c’est trop tard. Le tunnel rassurant est une sorte de prison dorée. J’aime tellement ma vie que je n’aurai aucun regret. Je suis sereine parce que peu importe où ça me mène, la liberté que je ressens est trop belle. »

Après un voyage au Brésil qui l’inspire pour tourner entre autres le clip de Papi Chulo et Zero, elle se lance sérieusement. Elle sort son premier EP « ZERO » composé entièrement avec le compositeur Izen, qui n’est jamais très loin lorsqu’il s’agit de Lazuli. Puis pendant toute l’année 2021, elle s’exerce et crée « au moins trois titres par semaine ». Puis, à travers Izen qui a déjà un pied dans le milieu de la musique, elle rencontre King Doudou. Compositeur de renom, il est connu pour avoir travaillé auprès de J. Balvin, PNL, Freeze Corleone, Kaydy Cain ou encore Bad Gyal. Récemment, il a d’ailleurs reçu un Grammy Awards pour l’album « Colores » de J. Balvin.

Le Chili et la danse

Tous les deux originaires des environs de Lyon, il.elle.s donnent naissance à un EP 100 % reggaeton prévu pour le 11 mars : « CARDIO ». Dans sa veste sport rétro et son jean à carreaux, elle n’en revient toujours pas : « C’est une opportunité de fou de travailler avec King Doudou. Le voir prendre du temps pour moi alors qu’il travaille avec des artistes tellement connus et talentueux, je trouve ça incroyable. De base, il me donnait juste des conseils et finalement on s’est retrouvé à faire du son. Il a vécu en Argentine, en Amérique du Sud. Moi qui écoute beaucoup de reggaeton, il manie ces sonorités à la perfection. » C’est avec le titre Casse ton dos que l’alchimie entre les deux artistes opère. Une fierté pour Lazuli : « Ce que j’ai fait avec ce projet, c’est du pur reggaeton comme j’en entendais quand j’étais petite. Ça m’a fait passer un step. » 

Petite, Élisa connaît des dimanche enflammés au cœur de la salle des fêtes où l’emmène son père. À l’intérieur, des Chilien.ne.s se réunissent pour retrouver ensemble l’atmosphère de leur pays d’origine. Lazuli se souvient : « Les darons faisaient de la salsa. C’était trop bien, il y avait des vrais musiciens et tout le monde saignait Daddy Yankee. Il y avait de la nourriture chilienne et toutes les générations étaient réunies dans la pièce. Il y avait vraiment une ambiance très chaleureuse comme en Amérique du Sud. Ils retrouvaient ici ce qui leur manquait en France. » La musique mais aussi la danse : « Mon grand-père à 96 ans, il galérait à marcher mais il dansait encore la salsa (rires). » Héritière de cette culture, elle s’affiche désormais à chaque concert avec des danseuses sur scène pour « donner envie aux gens de se libérer, qu’ils se lâchent ». 

Banaliser le twerk

Dans le clip du titre Casse ton dos, Lazuli fait également le choix de faire twerker un homme : « Lorsque je suis allée au Brésil, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas du tout cette culture de la sexualisation que l’on a chez nous en France. Sur les plages là-bas, les hommes les plus baraqués que tu peux voir twerkent. Tu ne verrais jamais ça en France parce qu’il y a beaucoup de tabous. En Amérique du Sud, ils sont très libres. C’est de la danse et c’est tout. Ils n’ont pas non plus la même approche de la nudité. Être sexy chez eux, c’est banal. » 

Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires) ! Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés.

Lazuli pour Mosaïque

Une banalisation qu’elle cherche à reproduire dans ses morceaux et ses visuels : « Je veux que les gens qui m’écoutent puissent le faire sans chercher à attribuer des rôles à un tel ou un tel. Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires). Pour le clip, on a galéré à trouver un profil d’un homme danseur qui twerke. C’est même pas du féminisme. Je ne mène pas un combat. Par contre, je veux que les gens qui écoutent ma musique comprennent que c’est ma normalité. Que tout le monde puisse se sentir égaux. Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés. »

La musique comme une évidence pour Lazuli

Si elle semble déjà savoir où elle va, la Lyonnaise lutte toujours contre un syndrome de l’imposteur : « J’ai encore du mal à me considérer comme une artiste parce que je ne m’étais jamais projetée dans cette vie donc c’est difficile. Je me rappelle du premier concert que j’ai fait. J’ai eu besoin de me regarder dans le miroir avant et de me motiver. C’est le moment où j’ai réalisé. » 

Mais du haut de ses bientôt 25 ans, Lazuli ne s’est jamais autant sentie à sa place : « C’est comme si t’avais jamais prévu quelque chose mais qu’une fois que tu y es, tout te paraît logique. C’est ce que je ressens. C’est pour ça que je me sens légitime. Parce que je travaille pour ça et que j’aime ce que je fais. J’ai envie que ce soit entendu et compris. Et puis, c’est quoi la légitimité ? À partir du moment où je fais de la musique, que je m’investis dedans et que j’aime ce que je fais, il n’y a pas de questions à se poser. »

Lazuli avance à l’allure du train dans lequel elle est montée sans en connaître la destination. Elle compte explorer d’autres horizons : « Mon premier EP mélangeait beaucoup de styles dont la baile et la trap. Celui-ci est entièrement reggaeton mais je ne veux pas que les gens croient que je vais me cantonner à ça. L’idée de ce projet, c’est de faire des sons club et je vais continuer à expérimenter encore plus de choses. » 


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Edge, la tête dans les nuages

Après « OFF », un premier projet sorti il y a un an, Edge revient avec la suite, « OFFSHORE », paru le 26 novembre 2021. Entre temps, le rappeur du 19e arrondissement s’est affiché aux côtés de Jazzy Bazz et Esso Luxueux pour un album en commun « Private Club ». Mais c’est entouré de la nouvelle génération qu’il fait son retour avec une mixtape de 14 titres. Au coin d’une table du restaurant de l’hôtel Amour près de Pigalle à Paris, nous avons rencontré Edge. Autour d’un thé vert que le rappeur apprécie accompagné de miel, il s’est confié sur son obsession du temps qui passe, son rapport à la météo et à l’argent. À la fin de l’entretien, il a pris le temps de poser quelques instants avec notre photographe, Jacques Mollet, dans les rues du 9e arrondissement. 


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En ce mois de novembre, l’artiste dont les humeurs sont rythmées par le cycle des saisons est affecté par le froid glacial qui a envahi Paris ces derniers jours. Enrhumé et fatigué, Edge se console par la sortie de son projet « OFFSHORE » qui lui « redonne du baume au coeur ». Une mixtape prévue depuis le départ comme la suite de son premier projet « OFF », sorti il y a un an, qui se clôturait sur le morceau 5h54. Ce n’est donc pas sans raison que le premier morceau de ce nouvel opus débute par une voix étouffée que les habitué.e.s du GPS connaissent bien : « Dans six minutes, il sera 6 heures. » Mais Edge, toujours coiffé de son indispensable durag, prévient : « La mixtape n’est pas forcément le déroulement d’une journée mais plutôt d’une période. C’est en tout cas une continuité de ce que j’avais vécu sur OFF. » Une période qui s’ouvre sur le titre Météo, métaphore des états du rappeur conscient de sa fragilité émotionnelle. 

Avec de l’oseille j’peux contrôler la météo.

Mais j’pourrais jamais rattraper l’temps qui passe.

Fuck c’est horrible, ouais c’est horrible.

– Edge, météo

Si l’artiste se revendique d’un « cœur froid » dans ses textes, l’humain caché derrière ses lunettes teintées de rose apparaît très sensible, sans chercher à s’en cacher : « Je suis quelqu’un de stressé et je ne suis pas le mec le plus confiant au monde. Je me suis senti plus à l’aise avec ce projet. Depuis OFF, je ne sais pas mieux gérer mes émotions mais je cherche à les accepter et les comprendre pour les extérioriser. » Marqué par plusieurs décès, il reste obnubilé par son impuissance face au temps qui passe : « J’ai peur de la mort. Sans vouloir être larmoyant, j’ai perdu trop de proches. Mais il y a perdre des proches parce que c’est des gens qui vieillissent, et perdre des proches comme ça du jour au lendemain. »

Lorsqu’il évoque ces souvenirs, Edge se frotte le front en baissant la tête, visiblement encore touché par son passé : « Le temps, c’est spécial pour moi, parce que j’arrive pas à chérir les moments par peur de ce qui va se passer le lendemain. J’ai peur de me réveiller un matin, comme ça a pu m’arriver, et qu’on me dise, cette personne n’est plus là. Sans que ça n’ait pu m’effleurer la tête que ça puisse arriver. » Le rappeur développe donc un rapport complexe au temps : « Le temps me fait peur parce que c’est l’inconnu. C’est l’inconnu du futur et les maux du passé. Ce qui me fait peur, c’est de voir le temps avancer sans pouvoir rien faire. » 

L’isolement avant l’éclosion

L’artiste préfère donc s’isoler : « Mon temps est spécial parce que je vis en décalé des autres. Je dors pas beaucoup et je suis debout très tôt. Quand il est 8h du matin, souvent je suis debout depuis quatre ou cinq heures et la journée, je me coupe pour me reposer. Du coup, j’ai du mal à me situer dans l’espace-temps. C’est un discours de foncedé (rires), mais les trucs qui sont pas rationnels comme le temps ça me perturbe de ouf. »

Dans ses paroles comme dans la vie, la quête de l’argent remplace ses peurs d’où le nom de « OFFSHORE » (se dit d’une société enregistrée à l’étranger, dans un pays où le propriétaire n’est pas résident, et qui profite des avantages fiscaux du lieu souvent appelé un paradis fiscal, NDLR) : « Je parle beaucoup plus d’argent sur cette mixtape, mais en ayant conscience que ce n’est pas ça qui va me faire me sentir mieux dans ma vie. Mais j’y pense tout le temps parce que je dois hustle (travailler, NDLR). J’ai eu des galères financières pas évidentes dans ma vie et je bosse pour ne plus avoir à me soucier de ça. » Sur le projet, Edge noie aussi ses peurs dans l’alcool : « J’ai un rapport malsain avec les substances. À une période de ma vie, je pensais que c’était la solution à certains maux mais en fait, pas du tout. Aujourd’hui, j’essaye de ralentir. »

Alpha Wann est le plus chaud parce qu’il n’a pas peur des prises de risques et de sortir de sa zone de confort.

Edge pour Mosaïque

Harcelé par sa banquière et une conquête féminine, Edge se terre dans sa solitude tout au long des 14 morceaux jusqu’au dernier titre introspectif Des nuages à la terre où le rappeur se livre : « J’ai un rapport très spécial à ce dernier morceau parce que je ne voulais pas le garder à la base. Il me touchait trop, il était trop personnel. Je l’ai écris à une période de ma vie qui n’était pas ouf. J’étais vraiment isolé pendant deux semaines, je ne voyais personne. Maintenant que c’est sorti, c’est cool parce que je capte que c’est une espèce de thérapie. Ce morceau, c’est le parfait résumé de ce projet. » Edge finit donc sur le dernier track par décrocher son téléphone mettant fin au mode « OFF » sur lequel il s’était branché depuis deux projets. 

« OFFSHORE » montre déjà des signes d’ouverture en invitant la nouvelle génération : Jäde, La Fève, Enfantdepauvres et Lowssa. Le rappeur s’est aussi diversifié musicalement. Accompagné de son producteur de toujours, Johnny Ola, ils ont ainsi fait appel à de nouveaux compositeurs dont Guapo du soleil : « Pour le son avec Jäde, on savait que c’était une couleur que nous n’arriverions pas à travailler seuls. Guapo est venu au studio. C’était tellement insolent. La veille, il avait fait une nuit blanche. Il s’est posé, il a dormi trente minute et il s’est réveillé en sachant ce qu’il allait faire. En une demi heure, il a fait de la magie. »

En collaborant avec Alpha Wann sur une prod two-step sur le titre 20.000, Edge assume aussi des prises de risques : « Avec Alpha, on a écouté des prods pendant facile deux heures et demi. Alpha est dur et c’est pas pour rien que c’est le plus chaud parce qu’il est exigeant. À la fin, je lui ai proposé cette prod que j’avais en stock depuis quelques semaines sans y croire une seule seconde. Il a écouté et il était partant. C’est une big prise de risque mais Alpha n’a pas peur de sortir de sa zone de confort. » À l’avenir, Edge veut continuer à proposer d’autres horizons musicaux. Si la boucle est bouclée pour la série « OFF », le rappeur espère encore étonner : « La suite ne sera pas drastiquement différente mais un peu. Je laisse la surprise. En tout cas, l’album n’est pas pour tout de suite. »

« OFFSHORE », le projet de Edge est disponible sur toutes les plateformes.


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Face à face Rencontres

Mourad, le monde au bout des doigts

Qualifié de « prodige » par l’ensemble de la presse française dans un engouement général depuis une vidéo qui le montre en pleine interprétation d’une composition de Chopin, Mourad voit sa vie basculer en décembre 2018. Jeune adolescent de 14 ans des quartiers Nord de Marseille, il se retrouve propulser sur le devant de la scène. Il signe chez Universal, joue pour Soprano et André Manoukian puis performe au Vélodrome jusqu’au Stade de France. Cette année, Mourad Tsimpou s’apprête à dévoiler son deuxième album, « Petit frère », le 19 novembre 2021. Rencontre avec un passionné de classique et d’opéra, qui s’est mis à rapper et invite Jok’air sur son projet. Notre photographe, Sara Gurewan, en a profité pour capturer la timidité du pianiste dans le 5e arrondissement de Paris.

En rentrant chez lui un soir de l’année 2015, Mourad tape sur Google : « Meuble en bois ». Une succession d’armoires, de commodes et de tables basses défilent sur son écran. Mais ce n’est pas ce que l’adolescent recherche. L’objet dont il ne parvient pas à identifier le nom, il y a touché pour la première fois à l’école. Alors, il rajoute à sa recherche « touches noires, touches blanches ». Il scrolle. Bingo. Voici ce qui quelques heures plus tôt l’a attiré comme un aimant. Il clique. C’est ce qu’on appelle un piano. C’est la première fois que le jeune garçon entend parler de cet instrument : « Je viens des quartiers Nord et l’accès à la culture, surtout classique, n’est pas facile. Je ne connaissais pas l’existence du piano. » 

En février 2015, une fusillade éclate dans le quartier de La Castellane à Marseille, tout près de l’établissement scolaire de Mourad. Pour lui, c’est une journée comme une autre : « C’est un jour normal où il y a eu des coups de feu à La Castellane, ça ne m’a pas terrorisé. C’est grave de dire ça mais c’est banal dans mon quartier. » Le lendemain de l’attaque, une intervenante, Marianne Sunner, vient échanger avec les élèves, par le biais de la musique : « Ce jour là, dégun (sic) voulait chanter. Elle a sorti son accordéon, elle a commencé à jouer et je me suis mis à chanter de l’opéra. Quelque chose me disait qu’il fallait que j’y aille. C’est là que j’ai découvert que je pouvais chanter. » Avant ça, l’adolescent n’écoute pas beaucoup de musique et ne s’est jamais essayé au chant. Aux côtés de la musicienne, il découvre l’opéra mais aussi ce qu’il identifie désormais comme étant un piano : « La première fois que je pose mes mains sur un piano, le seul truc que je sais c’est qu’il faut que je joue. » 

Passionné, le jeune garçon âgé de 14 ans à l’époque, se met à se renseigner sur l’instrument. Il regarde alors quelques vidéos Youtube et tombe sur La fantaisie impromptue de Chopin. Le collégien se prend d’admiration pour le compositeur. Il visualise et enregistre les notes mais pour accéder régulièrement à un piano, il n’a pas le choix. Il se rend dès qu’il peut à l’hôpital de la Timone, où il est suivi pour une maladie métabolique héréditaire, pour jouer sur le piano mis en libre-service dans le bâtiment : « Je ne sais même pas pourquoi je fais ça comme un fou tout seul alors que mes collègues sont au quartier. Qu’est-ce que tu vas faire là-bas jouer au piano ? Pour moi c’était une perte de temps mais c’était un passe temps. » 

À tout juste 17 ans, deux albums en trois ans

Un jour de décembre 2018, épaté par sa performance, Rayan Guerra, un patient, lui demande sa permission pour le filmer en jouant ce qu’il sait faire de plus rapide. Mourad se rappelle alors la fameuse composition de Chopin : « Normalement, tu mets cinq ans pour apprendre à savoir la faire et je jouais du piano depuis seulement un an. Je me suis entraîné avec une application et je jouais les notes dans ma tête. J’ai pu la jouer directement. » En quelques heures, la vidéo de sa prestation postée sur Twitter fait des milliers de vues.

À son retour chez lui, il est accueilli par ses frères et soeurs qui n’en reviennent pas. Au réveil, tout prend un autre sens. Dans son salon : France 2, France 3 et BFM TV l’attendent pour des interviews. Sa mère, qui n’a pas encore vue la vidéo, ne comprend pas grand chose à tous ces gens qu’elle a laissé entrer chez elle : « Tous les journalistes sont venus vers moi : « Alors, le jeune prodige de Marseille ? ». Moi, dans ma tête, tout ce que je me dis c’est : « C’est quoi ce bordel ? ». Je ne suis pas allé au collège de la journée et à partir de là, tout s’est enchaîné. » 

Tout s’enchaîne jusqu’à finir par jouer au Vélodrome puis au Stade de France trois ans plus tard. Un succès qui épate son entourage comme Mohamed Ali, rappeur et ami de l’artiste : « Quand Mourad a joué au Stade de France, il ne réalisait pas ce qu’il était entrain de faire mais c’était fou. C’est là que je me suis dit qu’on avait affaire à un génie de la musique.»

Entre temps, il signe avec Universal en 2019, seulement quelques mois après la vidéo. C’est dans les locaux de son label à Paris que nous le rencontrons deux ans plus tard. Le jour de notre entretien, Mourad porte des lunettes teintées de forme carrée, une chaîne autour du coup et un polo Lacoste. En ce jour ensoleillé de septembre à Paris, l’artiste a une pensée pour la cité Phocéenne : « Il fait beau, je me croirais à Marseille. » Le jeune homme n’aime pas Paris et préférerait être dans son quartier de La Castellane qu’il décrit comme « un quartier avec beaucoup d’entraides, comme tous les quartiers de Marseille ». Sur son prochain album, une chanson, L’amour à La Castellane, est dédiée au lieu : « J’avais envie de déclamer mon amour pour cet endroit. J’y suis très attaché, je ressens de l’amour pour ce quartier et pour tous ces gens qui y vivent. »

Lorsqu’il monte à la capitale, ce ne sont donc que pour des raisons professionnelles. Celui qui a été surnommé le « Zidane du piano » s’apprête à sortir son deuxième album « Petit frère », prévu pour le 19 novembre 2021. Si son premier album « Prémices », sorti en novembre 2019, était uniquement composé de piano, cette fois, le pianiste a décidé de poser sa voix et de rapper : « Il fallait que je m’affirme en tant qu’artiste et montrer que je peux être un artiste complet. Je voulais faire du moderne et sortir de l’image du petit prodige qui fait du classique. »

 Les gens se sont intéressés à moi, parce que mon histoire est hors norme. Mais ils n’ont pas encore écouté ma véritable musique, ce que je sais faire. 

Mourad pour Mosaïque

« Prodige », c’est le surnom que lui a rapidement attribué toute la presse généraliste au moment de son buzz. Pourtant, lui ne s’y reconnaît pas : « Un prodige, c’est quelqu’un qui sait tout faire alors qu’en musique, tu apprends toute ta vie. Je dirais que je suis un pianiste en développement qui essaye de construire sa carrière. » Et c’est justement avec ce deuxième album qu’il compte faire ses preuves : « Les gens se sont intéressés à moi, parce que mon histoire est hors norme. Mais ils n’ont pas encore écouté ma véritable musique, ce que je sais faire. »

Son ami, Mohamed Ali, le voit évoluer depuis ses débuts : « Je suis plus âgé que lui, alors je le conseille pour qu’il ne soit pas trop impulsif. Quand il fait des sessions ou quand il faut prendre des décisions, il a beaucoup de responsabilités… Et il n’a que 17 ans. Dans le taff, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’imagination. Il est surprenant mais il faut le canaliser. Quand t’es jeune, tu n’as pas forcément les mots pour bien dire ce que tu veux. »

Un succès à confirmer

Derrière ses lunettes teintées, Mourad est encore un adolescent de tout juste 17 ans, qui a encore du mal à s’exprimer, satisfait d’avoir correctement utilisé le mot « culinaire » en s’exclamant : « Ouah, j’ai dit un mot incroyable (rires). ». C’est pourquoi, le pianiste préfère pour l’instant se faire aider pour écrire les textes de son album : « J’ai jamais écrit un son en entier. » Il s’arrête, regarde son manager, Amine Immel, et demande : « J’ai le droit de le dire ? » Toujours en quête de permission et d’approbation comme un enfant qu’il est encore, il poursuit avec l’accord de celui qui l’épaule : « J’ai des gens qui m’aident en studio, comme le rappeur Lenox. Parce que moi, ce sont plutôt des images que je vois lorsque je joue du piano. Surtout des paysages. Je vois des branches d’arbres, avec des feuilles qui tombent, et le ciel bleu derrière. Chaque feuille qui tombe est une note de piano dont je retransmets l’émotion. » Sur le morceau Dernier bus, il invite le rappeur Jok’air, en s’effaçant derrière son instrument : « J’ai préféré laisser mon piano parler parce que c’est un morceau introspectif. Mes notes en disent plus long que moi », insiste-t-il. 

Mourad, c’est un peu le petit frère de Marseille. Il y a vraiment un soutien de toutes les générations, des anciens comme des plus jeunes.

Amine Immel, manager du pianiste.

Encore jeune dans le milieu, le rappeur n’a pas l’assurance des artistes accompli.e.s. Au moment du shooting photo, le chanteur cache sa gêne par le rire et se dit « déstabilisé ». Si son album s’appelle « Petit frère », c’est précisément pour cela selon Amine Immel, son manager, venu à la rescousse de son protégé qui ne sait pas vraiment expliquer le choix de cet intitulé : « C’est un peu le petit frère de Marseille. Il y a vraiment ce soutien de toutes les générations, des anciens comme des plus jeunes. On a reçu des messages chaleureux de Kery James auxquels on ne s’attendait pas. » Une vision que confirme son ami Mohamed : « Il a une vie atypique pour un lycéen. Mais on essaye de le protéger, c’est comme un petit frère pour moi. »

Si personne n’évoque une référence potentielle à la chanson d’IAM du même nom, Mourad se sent porté par l’énergie de Marseille. Depuis son ascension, il a déménagé de La Castellane, qui lui manque, pour s’installer avec sa famille à La Jolière. Sa mère, femme au foyer et ancienne chanteuse aux Comores, ainsi que son père, chef de sécurité, sont admiratifs de sa réussite : « Ma mère est fière de moi, de voir que je parviens à me frayer un chemin dans la musique. S’il n’y avait pas eu le piano, je pense que j’aurais fini guetteur… ou footballeur (rires) », explique l’artiste.

Si le chanteur se fait plus taciturne lorsque l’on vient à parler famille, il retrouve son énergie pour évoquer le pianiste Sofiane Pamart, réputé pour être le virtuose du rap français, et avec lequel il aimerait un jour collaborer. Ce sera peut-être sur son troisième album auquel il pense déjà, mais encore faut-il que Sofiane Pamart ouvre ses messages sur Instagram : « Je lui ai envoyé un message, il me répondra sûrement un jour », en rigole Mourad, au tempérament blagueur malgré sa timidité.

À 17 ans et déjà deux albums au compteur, le garçon des quartiers Nord doit faire face au risque du succès rapide qui parfois retombe aussi vite qu’il n’est apparu. Son ami, Mohamed, se veut rassurant : « Il est bien entouré. Son succès peut le stresser mais il est déterminé. Il ira très loin, jusqu’au bout du monde. » Justement, après tant d’accomplissement, Mourad rêve encore de deux choses : « Jouer avec Alicia Keys et faire le tour du monde avec mon piano. » 

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Saint DX, retrouver le temps perdu

Saint DX joue autant qu’il interprète et voue un amour simple au son. Dans son deuxième EP « Unmixtape », paru le vendredi 1er octobre, le producteur francilien chante et compose de tendres lignes de pop. Lors de sa rencontre avec Mosaïque, l’artiste s’apprête à dévoiler le disque. Pendant l’entretien, il digresse et passe d’un sujet à l’autre avec élégance, parfois avec intérêt ou détachement, mais sans pudeur pour se montrer tel qu’il est depuis ses premières notes. Avant de poser sagement devant l’objectif sur le rooftop d’un bar du 18e arrondissement de Paris.

C’est au premier étage de la brasserie Barbès que nous retrouvons l’homme derrière les accords du morceau 911 de Damso. Avec son pull blanc et ses cheveux longs attachés en arrière, Saint DX n’a rien d’une superstar du rap. Dans son sac à dos, la plume « éprouvante » de Marcel Proust rencontre celle, « passionnée », de Laurent de Wilde, auteur du livre « Les fous du son » : « Je lis « À la recherche du temps perdu » depuis cinq ans. J’ai besoin d’une concentration ultime quand je le lis. C’est un bouquin sur la perte de l’être aimé. C’est douloureux à lire », explique l’artiste. 

Quand il n’est pas derrière son synthé, Saint DX se renseigne sur l’instrument, et en parle avec frénésie : « Les fous du son, je l’ai lu trois fois. L’auteur part de l’invention de l’électricité par Edison pour en arriver au synthétiseur qui, à la base, est une transformation de l’onde électrique en son. C’est passionnant. » Entre Proust et le synthé, il lit aussi, au moment de la rencontre, un ouvrage de Kate Tempest nommé « Connexion » tout en parcourant « un espèce d’essai » des philosophes Spinoza et Gilles Deleuze. 

Cœur à cœur avec le synthétiseur

Entre l’album de Damso, celui de Squidji, son deuxième projet « Unmixtape » dévoilé le 1er octobre et son prochain album prévu pour 2022 sur lequel il travaille, le producteur tient à « se créer du temps pour lire », comme il l’a toujours fait. Adolescent, il fait des allers-retours entre la gare de Massy-Palaiseau où il habite et la Fnac de Paris-Montparnasse : « J’y ai lu tous les « Dragon Ball ». J’étais fan des « Chevaliers du Zodiaque » aussi mais ça coûtait trop cher pour les acheter. À l’époque, un manga c’était 5 francs. C’était le budget de la semaine que me donnait ma mère. Donc, je préférais acheter un ticket de métro pour les lire à la Fnac. »

Le compositeur se souvient aussi d’un vendeur qui lui conseille un jour d’écouter l’album « Rock Bottom » de Robert Wyatt : « J’ai trouvé la pochette de ce CD magnifique. La première fois que je l’ai écouté, c’était inaudible. J’en voulais au vendeur de me l’avoir fait acheter (rires). C’est une musique très amer, très dur. Aujourd’hui, c’est l’un des artistes que j’aime le plus donc finalement, je le remercie. » Au détour d’une anecdote, Saint DX ne manque jamais de raconter la vie ou le parcours des artistes ou des auteur.rice.s dont il parle, affichant ainsi une culture générale large et précise. 

Dans la bande originale du « Grand Bleu », il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore maintenant, quand je l’écoute, ça me procure des sensations fortes.

Saint DX pour Mosaïque

Lorsqu’il évoque son adolescence, il mentionne aussi « Les Robots » d’Isaac Azimov mais sa madeleine de Proust reste la saga Harry Potter : « C’est ma lecture de jeunesse que j’ai le plus kiffé. J’attendais leur sortie avec impatience. Je les lisais en anglais avant de pouvoir les lire en français. Je jetais des sorts tout seul dans ma chambre. » Et si Saint DX n’est toujours pas devenu sorcier, le synthétiseur est devenu son moyen d’ensorcellement. C’est d’ailleurs lorsqu’il entend l’ouverture de la bande originale du film « Le Grand Bleu » dans le salon de ses parents qu’il est envoûté par l’instrument pour la première fois : « Je trouvais qu’il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore maintenant, quand je l’écoute, ça me procure des sensations fortes. » 

La magie du collectif

Aujourd’hui, Saint DX cherche à provoquer ce qu’il ressent à travers ses compositions. Connu pour ses productions pour Damso, Squidji et bientôt Disiz, le musicien chante aussi sur ses projets dont « Unmixtape », un deuxième EP qu’il a voulu spontané : « Je voulais délivrer quelque chose de très naturel. Un peu comme un circuit court, de l’agriculteur au consommateur (rires). C’est comme ça qu’on devrait faire. » Il compose ce projet seul, chez lui, préférant ne montrer aux autres que « le produit fini », par timidité. Une solitude qui lui avait manqué après avoir travaillé en collectif pour « QALF » de Damso et « Ocytocine » de Squidji, aux côtés d’autres producteurs (Prinzly, Ponko, Dioscures, Paco Del Rosso, NDLR) : « Au début, quand je me suis retrouvé à bosser en bande, je me suis demandé pourquoi je m’infligeais cette souffrance de devoir bosser seul. Donc j’ai un peu mis mon projet de côté. Deux semaines après ces expériences, j’avais déjà envie de retrouver mon EP parce qu’en solitaire, tu prends beaucoup plus le temps. »

Des expériences collectives dont Saint DX ressort transformé. En composant les morceaux 911 et MVTR pour Damso, il expérimente des sensations jusqu’alors inconnues : « Je me souviens, j’étais dans ma chambre à 6 ou 7 h. On venait de composer les deux titres. J’ai pris une douche et je me suis rendu compte que je savais qu’on venait collectivement de faire quelque chose d’incroyable. Je n’ai jamais revécu quelque chose d’aussi fort. C’était une expérience tellement riche et spéciale que c’est dur de passer de Damso à d’autres artistes. »

Sa rencontre avec le rappeur belge donne à son parcours une autre dimension : « Damso m’a apporté des souvenirs sans précédent et une reconnaissance à laquelle je ne m’attendais pas. Avant ça, je faisais tout dans ma piaule. Et d’un coup, en studio, ta parole a un poids. » Il retrouve cette émulation de groupe avec le projet du jeune Squidji qui fait appel à plusieurs producteurs présents sur l’album de Damso : « En studio, on se demandait ce qui se passait, tellement c’était ouf. »

Face à son temps

Sa visibilité nouvelle le met aussi face aux réseaux sociaux auquel ce trentenaire qui n’a pas la télé chez lui n’avait alors jusque-là pas été exposé : « Quand Damso a sorti « QALF », je ne connaissais pas Twitter. Les rappeurs regardent beaucoup ce réseau mais la violence sur la musique et sur les gens m’a choqué. Ce n’est pas du tout bienveillant. Je me souviens qu’à minuit, on rafraichissait le feed et je voyais des : « Putain, c’est trop de la merde », alors qu’ils n’avaient même pas eu le temps d’écouter. Je découvrais ça. Ça ne m’a pas blessé mais c’est le problème de l’immédiateté. »

Je déteste les réseaux sociaux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vraiment pas un rapport sain avec ça.

Saint DX pour Mosaïque

Saint DX est de ceux.celles qui croit à la force du temps et se désole de voir la place que prend l’instantanéité dans la société. Pour la sortie de son projet, le producteur ne prévoit donc pas d’aller taper son nom dans la barre de recherche de Twitter : « Je déteste les réseaux sociaux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vraiment pas un rapport sain avec ça. Et puis, comparé à Damso, mon projet est tellement confidentiel. La pop est très différente. C’est une communauté beaucoup moins engagée. Je parle moins à cette génération de moins de 20 ans. » 

« Unmixtape » adopte des sonorités pop sur lesquelles Saint DX chante principalement en anglais : « J’adore crier des émotions dans mes morceaux, mais en français, je n’y arrive pas. Alors que j’adore chanter en anglais parce que j’ai moins d’attachement à la langue, du coup je me sens plus libre. Je m’en fiche que grammaticalement, ça ne sonne pas. En français, je réfléchis trop. » Un seul son de l’EP sur les neuf est chanté en français : Ilya. Saint DX aime aussi réinterpréter des classiques. Dans l’EP, le producteur reprend les airs de Gypsy Woman de Crystal Waters et All the tired horses de Bob Dylan : « J’aime dire les mots d’un autre. Souvent, je commence avec un piano voix et je me rends compte que les accords et ce que raconte la chanson me touche. »

À 34 ans, il respire le calme de quelqu’un éduqué par des parents bouddhistes. Celui qui s’informe en lisant Le Monde Diplomatique, en regardant les reportages Arte et en écoutant France Culture, dénote dans un paysage rap où il se sent bien. Actuellement en préparation de son album, prévu pour 2022, il se rend régulièrement à Bruxelles pour travailler aux côtés des producteurs Prinzly et Ponko qui lui apportent « leur vision et leur énergie », entre les murs des studios ICP où il a désormais ses habitudes : « J’aime l’odeur, les chambres, la nourriture, l’ingé son Jules Fradet mais aussi le gérant, John Hastry. Je m’y sens trop bien. »

Pas encore rodé à l’exercice du shooting photo, le producteur se cache derrière quelques mimiques burlesques pour poser, sans oublier de « se refaire une beauté » juste avant en détachant ses cheveux. Au détour d’un couloir, il croise la route d’une petite bibliothèque et ne résiste pas à l’envie d’y jeter un œil. Parmi les livres exposés, il choisit de feuilleter un roman d’espionnage, sans grande conviction, préférant retourner à sa quête du temps perdu. 

Retrouvez l’EP « Unmixtape » de Saint DX sur toutes les plateformes de streaming.

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Still Fresh, (re)penser l’amour

Par Lise Lacombe et Thibaud Hue

Alors que le troisième volume de son projet « Amour Noir » est sorti le 10 septembre 2021, nous avons rencontré Still Fresh dans le 2e arrondissement de Paris. Lors de l’entretien, nous avons tenté de saisir la philosophie amoureuse d’un artiste qui se plaît à chanter l’amour depuis près de dix ans. L’occasion aussi d’échanger sur l’évolution du rapport homme et femme et du regard du rappeur sur le féminisme, notamment face à la polémique engendrée par le dernier clip de Sneazzy, présent sur l’EP. La photographe Sarah Gurewan a profité de cette rencontre pour capturer Still Fresh pour Mosaïque, au détour du passage des Panoramas, dans le quartier Vivienne.

Quand Still Fresh s’installe sur le canapé au centre des locaux de sa maison de disque BMG Production Music France, il vient à peine de terminer son sandwich et de finir sa bouchée. Prêt à en découdre avec l’exercice de l’entretien auquel cet artiste de 28 ans est rompu, après déjà dix ans de carrière. Pendant neuf projets, il s’est appliqué à dresser autour de sa musique un décor romantique, parfois tragique, qui se veut le haut-parleur de ses observations sur les relations entre les hommes et les femmes.

Still Fresh a l’habitude de s’épancher sur la façon dont il gère ses rapports et ses expériences à la gente féminine. Dans le troisième volume de sa série « Amour Noir », sorti le 10 septembre 2021, il ne cesse d’analyser ce qu’il appelle les « schémas répétitifs » et regrette l’uniformisation de ce que l’on peut ressentir : « On a l’impression que l’amour ne va que dans une seule direction. Celui de l’amour toxique. Il y a des gens pour qui le moteur de la relation, c’est le « je t’aime moi non plus », avec beaucoup de passion et de douleur. Mais ce n’est pas forcément la bonne formule. D’autres, à l’inverse, sont des partenaires de vie. » En relevant la tête pour rassembler ses pensées, il ajoute, un brin hésitant : « C’est la société qui nous a matrixé », (qui nous a conformé, NDLR).

Une société qui établit scrupuleusement les traits féminins et masculins et qui demande à l’homme de ne pas pleurer, comme Still Fresh le chante sur Ne m’en veux pas, la deuxième piste de l’EP : « J’suis un homme, pas d’larmes sur mes joues, elles coulent sur mon arme. »

Repenser les rapports entre hommes et femmes ?

Si l’artiste concède que les émotions puissent être propres à chacun.e indépendamment de son genre, il distingue les comportements des hommes de celui des femmes : « Tout le monde pleure, c’est la vie. L’émotion n’a pas de sexe. Certains hommes sont très émotifs. Je lisais la biographie de Steve Jobs et il faisait des crises de larmes à la trentaine quand il n’avait pas ce qu’il voulait. Ça ne l’a pas empêché d’être un génie et de changer le monde. Chacun est comme il est. Mais l’homme et la femme restent très différents. On ne réagit pas pareil. Pour moi, un homme, même s’il a des difficultés, il doit quand même y aller, repartir à la guerre. C’est l’exemple que j’ai eu avec mon papa en tout cas. »

J’ai été éduqué comme ça. Si une guerre éclate, je préfère y aller moi et mes petites sœurs restent là, tu vois ce que je veux dire ? C’est peut-être archaïque, mais c’est ma vision.

Still Fresh pour Mosaïque.

Cet état d’esprit est, selon le rappeur, le fruit de son éducation. Durant sa jeunesse, son père, chauffeur de taxi, perd subitement son permis de conduire. Sans emploi à soixante ans, il prend son courage à deux mains, repart en formation et retrouve la route : « C’était difficile, mais il l’a fait sans montrer trop d’émotions. J’ai été éduqué comme ça. Si une guerre éclate, je préfère y aller moi et mes petites sœurs restent là, tu vois ce que je veux dire ? C’est peut-être archaïque, mais c’est ma vision », conclut le mélodiste.

S’il entend que sa façon d’aborder la masculinité puisse paraître dépassée, Still Fresh constate toutefois l’évolution des nouvelles mentalités dans lesquelles le « masculin et le féminin se confondent un peu ». Pourtant, lui, reste marqué par ce qui l’entoure : « Je suis originaire du Mali et au village c’est très différent. Le matin, les hommes se lèvent pour aller au champ parce que c’est plus dur, les femmes s’occupent des enfants et de la nourriture. Lorsqu’ils reviennent épuisés du travail, elles les nourrissent. C’est un travail d’équipe. Personne n’est esclave de personne. Les deux sont dépendants de l’autre pour survivre. Chacun gère le foyer comme il le veut. »

« Je suis pour le féminisme mais ça commence à partir en couilles »

Le concernant, Still Fresh n’en est pas encore à l’étape de se construire son propre cocon familial. Célibataire, il se définit comme « un corsaire, un pirate sur les mers ». Sa solitude est un choix pour celui qui tient à respecter sa parole lorsqu’il la donnera : « Le mariage est un engagement. Même si ce n’est pas devant Dieu, c’est devant la société et tes proches. Sauf qu’on connaît tous l’Homme. Il ne tient pas souvent sa parole. C’est juste qu’on a besoin d’être engagé. Cest pour ça qu’il y a des contrats partout. On a besoin d’être cadré. » Un cadre dont lui-même ressent le besoin : « Je préférerais me marier. Ça me donnerait de la stabilité. Je ne peux pas être seul toute ma vie. Les personnes qui accomplissent des choses sont souvent accompagnées. Ça peut être le rôle d’une famille. »

En attendant de trouver celle qui lui donnera l’envie de fonder un foyer, Still Fresh parle des femmes au pluriel dans ses textes, en tenant à rester respectueux : « Je ne ressens pas trop le besoin d’être vulgaire dans mes textes. Je ne trouve pas ça séduisant. J’ai envie que tout le monde puisse m’écouter. Je ne me censure pas pour autant, je dis les choses comme je les pense. Mettre des meufs dénudées et tout, je n’aime pas trop ça et être misogyne, c’est pas mon délire non plus… J’ai eu un bon exemple avec ma mère, je ne me vois pas manquer de respect à la femme. »

Je suis pour le féminisme, je dirais même que je suis humaniste. Mais ça commence à partir en couilles. Aujourd’hui, ça m’arrive d’avoir peur de draguer une meuf. Tout est surinterprété.

Still Fresh pour Mosaïque.

Pourtant, l’artiste ne comprend pas certaines réactions, notamment celles dont a été l’objet le clip Failles de Sneazzy, présent en featuring sur le morceau Ne m’en veux pas de son EP. Le 6 août 2021, Sneazzy met en scène dans son clip un homme courant après sa copine dans la rue pendant plus de trois minutes pour s’expliquer avec elle. Il avait alors été reproché au rappeur de romantiser un schéma de harcèlement de rue à travers ce visuel. L’avocate pénaliste Naïri Zadourian, connue, entre autres, pour avoir libéré le rappeur DA Uzi, avait réagi sur Twitter : « Il aurait dû appeler son morceau « harcèlement » parce que c’est ce qu’il se passe dans son clip et c’est tout sauf mignon. » Ce à quoi Sneazzy avait répondu : « Elle joue ma copine dans le clip, le morceau parle d’une relation amoureuse. Tu peux aller dormir avec ton analyse ko… t’es tout sauf mignonne. »

Des reproches que le principal intéressé avait donc rejeté en bloc et face auxquels Still Fresh confesse son incompréhension : « Il ne faut pas abuser. Il faut mettre les choses dans leur contexte. Dans le clip, ils sont en couple et finissent ensemble. Il y a également des meufs qui suivent des gars dans la rue quand elles sont en couple. On ne peut pas parler de harcèlement à chaque fois qu’on voit une meuf en train de convaincre son mec ou l’inverse. Il nest pas dans la rue en train de la siffler avec des potes. Ce genre de truc inutile dessert le combat féministe. Parce que quand ça va parler de sujets sérieux, les gens vont dire : « Ah, elle nous casse encore les couilles ». Alors que c’est un combat légitime. »

Still Fresh tient à rappeler son partage du combat féministe mais se montre réfractaire à ces avancées : « Je suis pour le féminisme, je dirais même que je suis humaniste parce qu’on va pas se casser les couilles à faire des affrontements. Mais ça commence à partir en couilles, martèle-t-il une nouvelle fois. Aujourd’hui, ça m’arrive d’avoir peur de draguer. Tout est surinterprété. » Lorsque nous lui suggérons que sa pensée est sûrement dictée par le fait qu’il soit un homme, Still Fresh acquiesce : « Peut-être que oui, c’est pas impossible. » 

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Joysad, la pression du sablier

En janvier 2021, joysad dévoilait son premier EP « Palindrome » dont la cover montrait l’artiste sous plusieurs facettes, comme possédé par des identités multiples. Ce déboublement de la personnalité s’exprimait déjà dans le nom de scène du rappeur. Il revient pour la rentrée avec son premier album « Espace Temps », sorti le 10 septembre 2021, qui s’accompagne d’un court-métrage autour d’un personnage torturé par des voix dans sa tête. Mosaïque est allé à la rencontre des différentes faces de l’artiste lors d’un entretien au sein de son label. Dans une salle aux moulures dorées et au parquet parisien qui craque, l’artiste s’est livré à nous après s’être prêté au jeu de la pose avec notre photographe Jacques Mollet dont le shoot est à retrouver tout au long de votre lecture.

Lorsque nous rencontrons joysad, le rappeur se présente instinctivement par son vrai prénom : Nathan. Pendant près d’une heure en face de nos deux journalistes et de l’œil de notre photographe, le Périgourdin se montre spontané et naturel. La veille, le rappeur performait sur la scène du cinéma du Club de l’étoile à Paris. Un showcase dédié au public venu découvrir en avant-première son court-métrage qui accompagne la sortie de son premier album « Espace Temps », disponible depuis le 10 septembre 2021. 

Dans ce film, joysad incarne son premier rôle devant la caméra dans lequel il joue un personnage torturé par les voix qui l’entend dans sa tête. Un rôle délicat pour lui qui refuse d’attribuer une maladie au protagoniste : « Il faut être précis quand on parle de maladie mentale. Le milieu du handicap, c’est quelque chose à respecter et à bien décrire. J’avais très peur de stigmatiser des gens. On m’a demandé dix fois quelle était la maladie du personnage principal. Tout ce qu’il y a à savoir, c’est qu’il entend des voix dans sa tête. Je ne suis pas médecin pour lui diagnostiquer un type de maladie. » C’est sa mère, directrice d’une maison d’accueil spécialisée en polyhandicap, qui lui conseille de rester vigilant : « Du coup, je fais très attention à ces choses là. Tu peux entendre des voix dans ta tête sans être schizophrène. Je ne voulais manquer de respect à personne. Même aujourd’hui, il ne faut plus dire personne handicapée mais personne en situation de handicap. » 

Le milieu médico-social, Nathan le connaît bien. Avant de se lancer dans la musique, il travaille pendant un an en alternance dans un foyer de vie pour personne adulte en situation de handicap en tant qu’éducateur. Il se souvient : « Je me suis même fait frapper une fois. Un jour, j’étais entrain de jardiner avec une petite résidente, elle me regarde, elle se met à crier donc je me retourne pétrifié de peur et elle me met un coup de pelle dans le dos. » Une expérience dont il s’est nourri pour écrire et interpréter son rôle dans son court-métrage « Trou noir » : « Lorsque je travaillais dans ce milieu, j’en ai vu beaucoup des schizophrènes. Ça m’a aidé notamment pour jouer les épisodes de crise dans le film. Les moments de folie sont les plus durs à jouer. J’ai mis au moins un bon jour de tournage avant de me mettre dans le bain. » 

Pour mon premier court-métrage, je voulais une ambiance glauque et de la violence.

– joysad à Mosaïque

Pendant 11 jours, joysad et son équipe se rendent en Macédoine du nord pour tourner toutes les séquences. Le jour de notre entretien, l’artiste porte un tee-shirt floqué « Exit Void », le nom de la boîte qui a réalisé « Trou noir » : « Birdjan et Emral de chez Exit Void sont aussi barrés que moi. Ils ont l’habitude de faire des trucs glauques et c’est l’ambiance que je voulais pour mon court-métrage. » Le rappeur découvre les deux réalisateurs à travers un court-métrage de deux minutes intitulé « Tout le monde regarde ».

Tout d’un coup, joysad s’anime pour raconter avec vivacité la découverte de ce visuel : « Au début de ce petit film, tu comprends pas trop. Tu vois un couple qui s’embrouille sous un espèce de pont. T’as une fille qui arrive et qui demande du feu à un gars qui fume à côté. Et le mec du couple qui se dispute se met à taper sa femme. Il la met au sol et la frappe. La fille qui venait d’arriver décide d’aller les séparer et elle se fait taper aussi. Et pendant qu’elles se font fracasser, t’as l’autre mec qui fume sa clope et qui regarde. Il fait rien. J’avais trouvé ça hyper impactant dans la violence. » De la violence, c’est justement ce que Nathan a voulu pour son court-métrage dont le décor est froid, presque poussiéreux. Avec dix ans de théâtre derrière lui, jouer n’a pas été une difficulté : « Je suis arrivé, j’ai allumé deux joints et je me suis mis dans le rôle (rires). Comme c’est moi qui ait crée ce personnage, j’ai réussi rapidement à entrer dans sa peau. Et puis, il me ressemble aussi parce qu’il ne dort jamais. »

« Je croyais que la mort me suivait »

L’artiste met aussi en scène son rapport complexe avec le temps, d’où le nom de son premier album « Espace Temps ». Il explique non sans une certaine fierté : « On a appelé le court-métrage « Trou Noir » parce qu’en toute logique, dans l’univers, le seul endroit où l’espace temps est distendu, c’est dans un trou noir » avant de plaisanter : « Ouais je sais, je suis chaud ouais » (rires). 

À la mort de mon frère, j’avais ressenti une sensation de trou noir. Je psychotais. Je croyais que la mort me suivait, que j’avais un compte à rebours.

– joysad à Mosaïque

Le temps semble obnubiler le rappeur pour qui les insomnies sont fréquentes : « Tous les sons de cet album évoquent le temps et notamment le temps qui passe. C’est ce qui se passe dans un trou noir. Le temps se distend. Plus tu te perds dans le noir, plus c’est impossible de trouver des repères. » Une sensation qui lui rappelle une certaine période de sa vie : « C’est ce qui se passait à mes 16 ans, à la mort de mon frère. J’avais ressenti ça. Je psychotais à cette époque. Je croyais que la mort me suivait, que j’avais un compte à rebours. » 

Malgré une certaine timidité cachée sous sa chevelure aux reflets dorés, joysad se livre simplement, sans efforts  : « Dans ma famille, on a un rapport compliqué avec la mort. Si tu veux, on est énormément et on est tous proches. Ma grand mère a fait 11 enfants et tous ont fait 5 gosses. C’est une espèce de séquoia (rires). Tous les deux mois dans ma famille, il y a quelqu’un qui meurt. Donc on en a tous très peur. » C’est notamment la mort de son frère à l’âge de 16 ans qui marque une coupure dans l’espace temps du jeune Nathan : « Je ne pensais pas que la mort de mon frère allait autant me niquer. J’étais le plus jeune de ma famille et j’ai commencé à aller mieux quand j’ai réalisé trois ans après que j’étais devenu plus âgé que lui. Pendant longtemps, j’avais 19 ans mais j’étais bloqué à mes 16 ans. Rien avait bougé pour moi. C’est pour ça que j’aime l’idée du trou noir. Toi tu ne verras pas la personne s’éloigner mais elle, elle s’éloigne. » 

Âgé de 20 ans, le temps passe désormais très vite, notamment grâce à la musique qui l’a « aidé à grandir », lui donnant la force de croire en lui : « Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir mon âge. Avant, j’avais peur de tout ce que je pouvais faire, de toutes les décisions que j’allais prendre. » Pour autant, Nathan ne se sent pas plus mature que ses ami.e.s de la même génération : « Je ne sais pas ce que ça veut dire être mature. Je me sens surtout plus occupé que les gens de mon âge. Je suis aussi plus épanoui. Je côtoie plein de gens qui ne font pas ce qui veulent. Je ne suis pas plus mature mais en pleine vie. Je me sens chanceux. » 

La faille temporelle

Chanceux aussi d’avoir émergé grâce au compte Instagram 1minute2rap sur lequel il gagne trois fois les concours de freestyle : « J’en discutais récemment avec mon ami Livaï qui a percé grâce à la même page. On se demandait combien rêveraient d’avoir notre place alors qu’on est pas si haut. On en connait qui ont le talent, qui ont tout mais il manque un truc mais on ne sait pas trop quoi. » Là aussi, Nathan relie son succès au temps. Avoir été là au bon endroit au bon moment : « J’étais là pendant que le compte était en pleine effervescence. Tous les médias regardaient à ce moment là. C’est pendant cette période que j’ai fait monter les enchères avec les labels qui voulaient me signer. On saupoudrait le bifteck (rires). Avant ma troisième victoire, je valais moins cher. Et tout ça, c’est grâce au sens des affaires de Riccie (son manager, NDLR). » joysad finit par signer chez Because qui s’aligne à chaque fois avec les plus grosses maisons de disques durant les sept mois de négociations, une preuve de confiance selon le rappeur. 

Avec « Rentre dans le cercle », je voulais fermer la gueule de ceux qui t’empêchent de rapper ce que tu veux. Montrer que j’ai le droit de raconter les histoires de quartier de chez moi. C’était une manière de m’assumer. 

– joysad à Mosaïque

L’époque des freestyles dans sa chambre ne semble pas lui manquer : « C’était la hess de ouf. J’étais en alternance, j’allais à l’école, la semaine d’après je lavais des culs en foyer de vie et je devais intercaler ça entre deux freestyles (rires). »  Bien loin de ce rythme de vie, joysad partage aujourd’hui le studio avec Sofiane. C’est le parisien qui prend contact directement avec le manager du jeune espoir pour le rencontrer : « Quand je l’ai eu au téléphone, il m’a dit : « Toi,  ta gueule elle est originale. J’aime bien ta gueule, t’as un truc. T’as une bonne tête. Je suis chaud je t’emmène partout. Il m’a dit j’ai des bails de série pour toi. On m’a dit que tu faisais du théâtre, j’ai du théâtre aussi. Il y a « Rentre dans le cercle », t’aimes bien t’aimes bien, tu valides ? », se souvient joysad en imitant Sofiane qu’il finit par inviter sur le morceau Tous les coups sont permis.

Le titre est enregistré en deux heures lors d’un passage éclair à Paris du représentant du 93. Nathan se rappelle avoir été impressionné par le train de vie de l’artiste : « C’était trop fascinant. Il m’a dit : « Ouais ma moula, je suis sur Paris pendant deux heures là. J’ai un rendez-vous de trente minutes, après j’arrive et on boucle le son. » Il a précisé : « J’arrive, je prends les transports » Et en fait il revenait d’Abidjan. Il allait prendre l’avion. Il est arrivé deux heures après. Je sais pas avec quoi il a volé mais c’était rapide. Il s’est posé une heure, il a bu 36 cafés et il est reparti en me disant : « Bon j’y vais, j’ai un avion pour Milan ». Être en studio avec lui, c’était incroyable mais stressant de taff, il fait 600 choses en même temps, c’est un vrai homme d’affaires. »

La connexion en studio passe et Fianso invite le jeune périgourdin à s’exprimer dans son émission « Rentre dans le cercle ». L’occasion pour Nathan de faire passer un message : « Avec cette émission, je voulais fermer la gueule de ceux qui t’empêchent de rapper ce que tu veux. Quand je racontais des histoires de quartier de chez moi, on me disait que j’avais pas à parler de ça parce que j’étais pas concerné. Le « Rentre dans le cercle », c’était une manière de m’assumer. » 

joysad semble savoir où il va sans perdre de sa spontanéité juvénile, notamment lorsqu’il parle d’amour en nous fixant de ses grands yeux bleus teintés de vert : « Je ne suis plus amoureux parce que je me suis fait tej par ma meuf. Je suis archi naze en amour. Il doit y avoir certaines choses évidentes dans les relations que j’arrive pas à voir. Et puis, j’en ai peur parce que ça me fait mal de faire mal aux gens. Donc je vais rester célibataire. Quand je suis pas en couple, mon portefeuille grossit (rires). » Après avoir terminé sa dernière phrase, il se met à la rapper comme s’il allait démarrer un freestyle. Un modèle dont il veut désormais s’éloigner pour s’ouvrir au chant et à la mélodie, pour s’ouvrir à un autre espace temps.

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Tuerie, de la peur bleue au vert espoir

Le 9 juillet 2021, Tuerie fait une entrée remarquée avec un premier EP : « Bleu Gospel ». Ce projet, le rappeur y pense depuis ses 14 ans. Au fil des huit morceaux, il raconte brutalement son enfance, marquée par la violence, et sa rémission. Seule touche de vernis sur une réalité qu’il n’a pas souhaité embellir : l’ambiance gospel et la richesse musicale qui portent son propos. Mosaïque a rencontré Tuerie pour un échange touchant, à l’origine de ses peurs jusqu’à sa guérison incarnée par « Bleu Gospel ». Retrouvez tout au long de votre lecture le shooting photo de Tuerie par notre photographe, Paul Boyer.

Il y a certaines rencontres, qui par leur évidence, sonnent juste. Tuerie est de celles-ci. C’est un jeudi que nous retrouvons Paul, de son vrai nom, en plein cœur de Paris, près du Panthéon où dorment les personnalités qui ont marqué l’histoire. Après plusieurs relances, un quiproquo et une première interview reportée, cet échange aurait pu ne jamais avoir lieu. Il a pourtant duré plus d’une heure durant laquelle Tuerie s’est livré comme rarement, apprenant même certains secrets de son histoire à son attachée de presse, jamais très loin. Mais l’artiste marche au feeling, comme il l’indiquera à la fin de notre entretien : « Je te livre tout ça parce que nous avons une jolie discussion et que j’ai senti une énergie. »

Car Paul, vêtu de son tee-shirt Biggie Smalls et de sa casquette noire, est de ceux.celles qui croient au destin : « Tout est un alignement des planètes. Il n’y a pas de hasard. Je crois que nous sommes tous liés d’une certaine manière. Il y a des fils plus visibles que d’autres, il faut savoir les tirer. Toutes les rencontres sont faites pour arriver. » Spirituel et croyant, le rappeur n’a pourtant rien de religieux : « Dans mon projet, il y a un pied de nez dès l’intro. Même si je n’ai pas les corones de défier Dieu, parfois je lui dis : « C’est injuste ce que tu fais. » Pour autant, je n’ai pas de religion, je n’ai jamais voulu choisir un livre. »

L’artiste se fie aux signes. Lorsque Laylow choisit de reporter son projet « L’étrange histoire de Mr. Anderson » au 16 juillet 2021, initialement prévu le 9 juillet 2021, jour de sortie de son projet « Bleu Gospel », pour lui, cela n’a rien d’anodin. Cette sortie de projet, Tuerie y pense depuis l’adolescence. À 14 ans déjà, il sait qu’il mettra ses peurs et son vécu en musique : « Je suis retombé sur des titres de chansons qui s’appelaient « Gun Gospel » ou « Requiem Pastel ». J’ai retrouvé des archives où, déjà, j’évoquais un côté enfant sage et un autre où l’enfant tombe dans un engrenage. J’abordais déjà un duel manichéen dans le regard. »

À l’origine de la violence

Enfant, il grandit dans un environnement marqué par la violence de son père. Une violence autant physique que psychologique : « Je suis né au Cameroun et je suis arrivé en France à 2 ou 3 ans. De mes 2 ans à mes 7 ans, je vis à Boulogne-Billancourt. Il sest déjà passé des choses entre mon père et ma mère. Finalement, on retourne au Cameroun. Sauf que c’est le cauchemar immédiat jusqu’à mes 13 ans. On revient en catastrophe en France. Je reste en situation irrégulière un bon moment. »

Ce bout de vie, Tuerie parvient à le raconter aujourd’hui avec le sourire d’un homme sur la voie de l’apaisement mais qui ne pourra jamais oublier : « C’est incroyable de devoir, à un si jeune âge, aider sa mère à se libérer. Devenir un adulte en quelques secondes. J’ai grandi dans un environnement où la violence devient banale. C’est surtout un instinct de survie par peur d’imploser. J’ai fonctionné toute ma vie avec des masques. Je souris souvent et j’ai appris il n’y a pas longtemps à laisser paraître mes émotions. »

Car sa rémission est récente. Quand il débute son projet, il y a trois ans, il n’est pas guéri de ses blessures mais l’urgence de la situation l’y oblige. Employé dans une structure sociale, il apprend qu’il va se faire renvoyer. Au même moment, il découvre qu’il s’apprête à être père. Il faut alors trouver un logement plus grand sans fiche de paye : « Deux solutions s’offrent à moi. Soit je vais flip des burgers chez McDo, soit je me concentre sur ce que je fais de mieux : ma musique. »

Depuis toujours, Paul rappe, chante et écrit. Dans sa ville d’enfance Boulogne-Billancourt, il se décrit comme « un OVNI » dont les artistes de l’époque ne savent pas quoi faire : « J’ai eu tellement de phases : rock alternatif, une époque très battle, une autre de performance kickage…. J’ai malgré tout eu la chance très tôt d’avoir les encouragements de mecs comme Dany Dan, Zoxea, Salif et Exs du groupe Nysay. »

Il fallait que je mette à nu mes peurs.  J’ai été cherché des réponses auprès de mon père. À partir de ce moment-là, j’ai enfin pu mettre le morceau que j’imaginais depuis mes 14 ans en musique. Tiroir bleu est né. 

– Tuerie

Alors dix ans plus tard, lorsqu’il faut faire un choix, il n’hésite plus, motivé par l’arrivée au monde de son premier enfant : « Ce qui fait pencher la balance, c’est cette réflexion : si mon gosse a des rêves un jour et qu’il a envie de les abandonner, qui serais-je pour lui dire de ne pas lâcher alors que moi-même je n’ai pas été au bout des miens ? À ce moment-là, c’est le saut sans élastique. » La création de « Bleu Gospel » devient sa thérapie. Assis dans un canapé rouge face à nous, l’artiste explique : « Il fallait que je mette à nu mes peurs. J’avais besoin d’apporter des réponses à mon fils. Un peu comme une assurance vie ou un recueil. Si jamais il y a une galère ou si je ne suis plus là, il n’aura qu’à faire play. » Le morceau Sublime deviendra le premier morceau qui lui est dédié : « J’avais envie de briser une chaîne. C’est une manière de lui dire de ne pas s’inquiéter. Il n’aura pas à se battre contre ces névroses. À la fin du titre Low, mes pleurs de souffrance se transforment en pleurs de mon fils. »

Mais avant le rendu final et pour s’affranchir de ses démons, Paul a besoin de comprendre les raisons du comportement déviant de son père. Pour la première fois de l’entretien, l’artiste qui s’adressait à nous droit dans les yeux, baisse la tête timidement pour raconter : « J’ai été cherché des réponses auprès de mon père. Je sais ce qui la poussé à des choses que je ne peux pas pardonner, mais je sais pourquoi.» Son père lui révèle alors des événements de sa vie, dont il ne lui avait jamais parlé. Des raisons intimes que Tuerie a préféré ne pas partager par respect. « Mon père a eu la force de men parler. Dès que j’ai su, mes colères sont parties. À partir de ce moment-là, j’ai enfin pu mettre le morceau que j’imaginais depuis mes 14 ans en musique. Tiroir bleu est né. »

Après avoir enregistré Tiroir Bleu, bouleversé, il est incapable de faire de la musique pendant 15 jours. Dans ce premier projet, la violence de son vécu se mêle au sacré de la musique gospel « dans laquelle il est impossible de mentir ». Pour couronner ce fracas de couleurs, le rappeur invite l’artiste Greg’z, l’un de ses héros d’enfance, sur le titre Bouquet de peur : « Cest un des pionniers du RnB soul français. Cest un roi sans couronne. Il dégage cette puissance quil y a dans le gospel, la musique de l’âme. On avait besoin dune chorale pour réaliser ce morceau, il la fait à lui tout seul. Cest un homme-orchestre. » Puisque « Bleu Gospel » sert d’exutoire, Paul fait le choix d’assumer le chant dans la deuxième partie du morceau Le givre et le vent : « Il fallait que je la chante moi-même parce que je ne me cachais plus. »

Le flambeau de la guérison

En trois ans de création et de confrontation à ses douleurs, ses peurs s’envolent petit à petit : « Jai été effrayé toute ma vie de reproduire certains schémas. Avant, j’avais des manières d’extérioriser qui n’étaient pas les bonnes. Je pouvais jeter une télé par la fenêtre sans réfléchir (rires). À chaque fois que je faisais cette connerie là, je me disais « Mais pourquoi ? ». Tant que tu n’as pas les réponses, tu ne peux pas comprendre. Je ne suis pas encore venu au bout du processus mais aujourd’hui je suis sûr de ne pas avoir un comportement déviant et de ne pas reproduire les actes de mon père. »

Ma crainte, c’était celle de raviver certaines blessures de ma mère. Elle sait que j’ai fait un projet. Elle ne l’a pas écouté. Peut-être parce qu’elle a compris que ça pourrait être dur à entendre.

– Tuerie

Une seule inquiétude demeure : « Ma crainte, c’était celle de raviver certaines blessures de ma mère. Mon père et moi, on a aujourdhui une relation qui est courtoise. Je men fiche de ce que lui va penser, mais pas de l’avis de mon totem, ma mère. Je m’inquiétais du premier cousin qui allait lui envoyer le lien du morceau. Elle ne la pas écouté. Elle sait que jai fait un projet. Elle est très curieuse mais peut-être quelle ne le fait pas parce quelle a compris que ça pourrait être dur à entendre. Elle a lu un super papier de Nicolas Rogès (Journaliste culturel et auteur, NDLR). C’était tellement chirurgical et poétique quelle sest dit que javais du faire quelque chose de fort. »

Sa mère à qui il rend hommage plusieurs fois dans son projet, a forcé son admiration pour les femmes : « Je n’en ai jamais voulu à ma mère. Je la mettrai toujours sur un piédestal parce qu’elle a eu le courage de mille hommes. J’ai une grande admiration pour les battantes, qui sont entreprenantes, qui ont un parcours sinueux. Rien que la douleur de l’accouchement. Être capable en une fraction de seconde d’aimer la personne qui a causé autant de douleur, c’est gigantesque. »

Abimé repenti, Tuerie se confie et raconte « la moitié d’une vie » sans chercher l’empathie ou la pitié : « Je ne voulais pas qu’on ait de la peine pour moi en entendant mon histoire. Le plus important, c’est la note d’espoir. » Au départ, il fait ce projet égoïstement pour se soigner. Mais à sa sortie, « Bleu Gospel » devient un remède pour d’autres : « J’avais foi en la qualité de mon EP, mais pour moi, les gens n’allaient pas comprendre. Je le pensais indigeste. Finalement, les retours m’ont presque apeuré parce que ça donne une dimension encore plus grande au projet. Jai reçu des messages trop lourds à porter. Cest un peu flippant de recevoir le fardeau de lautre. Comme les américains disent : « Its a gift and a curse ». Ça engendre des responsabilités. J’ai fait du social pendant longtemps et je pense avoir aidé plus de monde avec ce projet que quand je travaillais. »

Ghostwriter pendant des années, il développe un syndrome de l’imposteur et s’étonne toujours que les gens puissent le remercier pour sa musique : « Je ne me sens presque pas légitime mais j’apprends à l’accepter. » Effrayé par la tournure que prend sa carrière, une amie le rassure : « Elle m’a dit : Tu as juste jeté ton galet dans l’eau. Ne t’amuses pas trop à regarder les éclaboussures. Maintenant, soit tu en jettes un autre, soit tu ne te mouilles plus. » Mais le rappeur préfère le grand bain : « C’est une nouvelle émotion à gérer mais c’est à moi de jeter mon galet et voir vers où il navigue. Mes peurs anciennes sont complètement exorcisées. Bleu Gospel en est le point final. » Un point final d’une histoire qui n’est que le début d’une autre dans laquelle Paul veut faire de son fils « un enfant fort » et dans laquelle Grand Tuerie laisse reposer en paix le petit Tuerie.

La création de la pochette

Découvrez la réalisation de la cover du projet « Bleu Gospel » par Steven Norel racontée par Tuerie, en cliquant sur les animations sur la cover du projet juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquer en bas de droite pour mettre en plein écran.

Retrouvez « Bleu Gospel » de Tuerie dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur SpotifyDeezer et YouTube.