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Cashmire : « Je suis agressivement réaliste avec une charge d’espoir. »

Alors qu’il rappait ses rêves sur sa mixtape « PoeticGhettoSound », Cashmire vient de terminer son deuxième projet. Le rappeur du 18e arrondissement de Paris ouvre une nouvelle page artistique, sur laquelle il raconte la réalité de sa vie au quartier et sa vision « agressivement réaliste » du monde. Attablés à un café parisien, rencontre avec une signature musicale 018.

Tu vas bientôt sortir ton deuxième projet. Où en es-tu dans le processus de création et comment tu te sens à l’approche de la sortie ?

Il est fini et il est excellent. Tout est mixé. Je suis dans les visuels. Je ne ressens aucune pression, tout comme avant la sortie de « PoeticGhettoSound ». Je suis focus sur ce que j’ai à faire et je laisse parler la force des choses. Que je sorte un nouveau projet, un nouveau clip ou une nouvelle interview, il se passe ce qu’il doit se passer. Si je dois avoir une pression, c’est seulement vis-à-vis de moi-même. Combien de sons ai-je écris cette semaine ? Combien de phases ? C’est ça qui me challenge.

Tu as déjà qualifié ta musique de « new pop rock ». On sent que tu as envie d’avoir une signature propre. Aujourd’hui, as-tu l’impression que c’est chose faite ?

Au niveau du son, c’est ma signature vocale que je travaille le plus. Je pense être arrivé à un truc tangible. Cette signature, je l’appelle 018. Il y a d’ailleurs beaucoup d’ad-libs « 018 », à la manière de : « 018, c’est pas touristique » sur Gucci Bae

Sur « PoeticGhettoSound », tu as misé sur une grande diversité d’instrumentales. À quoi doit-on s’attendre maintenant ?

C’est plus uniforme, même si j’ai encore touché à beaucoup de chose. Je suis branché avec les meilleurs compositeurs du rap français. J’ai pu travailler avec Unfazzed, Wladimir Pariente ou encore Punisher. Il y a même un énorme titre avec Junior Alaprod. Je pense aussi à un jeune que j’aime beaucoup qui s’appelle Omran, à Mathias Di Giusto, un guitariste qui travaille avec Maître Gims, sans oublier Six10 qui a signé la prod de Gucci Bae. D’ailleurs, je fais un gros s/o à Julien Thollard d’Universal Music Publuhsing pour son grand travail de composition.

Junior Alaprod, senior du beatmaking. Article à découvrir sur Mosaïque.

As-tu participé au mix de ce projet ?

Il n’y a pas un effet de voix dans un son de Cashmire que Cashmire n’a pas décidé. Je peux revenir au studio à cause d’un delay (effet audio, NDLR). Ma sonorité est trop importante pour moi. Je ne fais pas les mixs, mais je les supervise un peu comme un directeur artistique. J’apprends pour m’enregistrer tout seul. J’ai un studio dans ma chambre et je m’essaye aussi à la composition, mais je n’en dirai pas plus ! Je veux être maître de ma musique.

As-tu peur que ta nouvelle proposition musicale ne puisse pas plaire ?

Une fois que j’ai fini et que je considère que c’est carré, personne ne va venir me dire ça sonne mal. C’est ma musique. Quand j’enverrai mon projet, les gens vont péter leurs têtes (rires). Si « PoeticGhettoSound » a pu plaire à des gens, ce que je fais là ne peut que leur plaire encore plus. S’il y a encore des choses à comprendre de ça, je l’apprendrai et je reviendrai. Avant d’en arriver là, je les ai vécu les trucs durs. Maintenant, c’est juste de la musique. Au pire si tu n’aimes pas, tu n’écoutes pas.

S’appellera-t-il « Madame tout le monde » ?

Il y a plein de rumeurs. Je m’amuse un peu comme Kanye West avec des fausses pistes. Ce ne sera ni « Serge Gainsbourg », ni « Madame tout le monde ». J’ai déjà une idée solide en tête mais rien est encore fixe, donc je ne dirai rien !

« PoeticGhettoSound » est une mixtape. Aujourd’hui, tu prépares un album. Est-ce que ces formats signifient encore quelque chose pour toi ?

Cela ne veut plus rien dire. L’industrie est tellement rapide que les noms et les étiquetages n’ont plus aucune signification. Mais le public lui donnera le nom qu’il souhaite pour le comprendre. Moi, je crée seulement des histoires et des tableaux. Dans ma conception créatrice, les formats ne m’intéressent pas. Je fais juste en sorte que les sons se lient entre eux.

Avec mon collectif RCHAOS, nous avons le dégoût profond de la conception de l’art élitiste.

Tu as une manière très artistique de voir ton art et tu fais partie du collectif RCHAOS qui fait de l’art plastique. De quelle manière cela t’influence-t-il ?

RCHAOS m’apporte beaucoup de richesse. C’est avant tout une bande de potes et nous avons des liens très forts. Il y a une émulation et nous nous boostons tous. Une concurrence saine et positive. Chacun a son médium, même si nous défendons tous la même éthique de travail et de pensée. Nous sommes des jeunes parisiens qui se réunissent autour de l’amour de la création et qui veulent découvrir le « world ». Chacun avec ses problèmes, que ce soit en tant que minorité sociale, financière ou autre.

Le collectif se présente avec l’ambition de « rendre l’art accessible à tous ». C’est aussi dans cet état d’esprit que tu développes ton rap ? 

Tout à fait. Nous avons le dégoût profond de la conception de l’art élitiste. C’est une démarche que Keith Haring avait aussi. C’est un blueprint. Nous avons la démarche du Do it yourself aussi. C’est pour ça que mes premiers clips sont faits par RCHAOS. Je voulais tout de suite instaurer une image à moi et par moi. C’est un adage de Vivienne Westwood, qui est une créatrice de mode.

Tu te cultives beaucoup à côte de ta musique. Tu parles même de tes projets comme des « chapitres ». Il y a quelque chose de très littéraire chez toi.

Après, moi j’étais en STMG (rires). J’ai une conception artistique des choses en général. Je vois tous les arts comme des médiums avec des ponts. C’est pour ça que je peux comprendre un réal, un designer, un peintre, un chanteur, un compositeur, un ingénieur du son, un journaliste…J’ai cette approche là dans ma musique. J’accepte d’être catégorisé comme un rappeur, mais j’ai vraiment une fibre artistique plus large. Je suis surtout un artiste-musicien.

Le collectif RCHAOS se présente aussi comme des jeunes utopistes. Pourtant, dans tes sons tu parles souvent du quartier comme étant « maudit ». Tu te vois comme un utopiste ? 

Je ne pense pas être utopiste, ni un candide. Je suis agressivement réaliste. Avec la même charge d’espoir. Je dirais même que je suis anarchiste.

Je suis un enfant de la marge. Je suis né, j’ai grandi et j’ai compris en marge. Je me sens mieux dans les « bats » que dans les soirées mondaines.

Tu te considères contre l’ordre établi ?

Je ne suis pas contre. Mais je suis un enfant de la marge. Je suis né, j’ai grandi et j’ai compris en marge. Et même si un jour ma musique marche, je continuerai à marcher en marge. Cela ne signifie pas forcément être underground, mais ce sera toujours 018. Je représente mon quartier. C’est ma famille, mes proches qui me donnent de la force. Je ne dois rien à personne. Il n’y a aucune industrie qui me fera changer. Je me sens mieux dans les « bats » que dans les soirées mondaines.

RCHAOS a produit pratiquement tous tes clips. Y aura-t-il d’autres visuels de RCHAOS pour accompagner ton deuxième projet ?

Ils seront toujours là de toute façon, d’une manière ou d’une autre. Il y aussi des étapes. Avoir des clips directed by RCHAOS, c’était bien pour arriver, avec une imagerie, des codes qui ne sont propres qu’à moi. Là, j’ai envie de m’exprimer en tant que Cashmire. Le côté RCHAOS va continuer de s‘exprimer avec du merch, de l’affichage, des photos… Toujours de l’art en tout cas.

Le dernier clip en date, Gucci Bae, a été produit par NoColor. Pourquoi as-tu voulu distinguer les visuels par la réalisation ?

Le clip de Gucci Bae est moins collectif. Il est plus indépendant. C’est le premier clip du nouveau moi. Visuellement, Cashmire va plus s’exprimer. Pour Gucci Bae, j’ai fait appel à Cherif, un gars du 18e arrondissement. Je sais donc qu’il comprend l’image que je veux avoir. J’ai envie de faire un truc un peu plus fashion. Je vais mettre en avant mes inspirations mode, mon attitude aussi. Que l’on puisse capter la personnalité du gars en mode : « Ça pourrait être mon pote » (rires).

Ta gestuelle a été particulièrement remarquée dans Gucci Bae. C’était naturel ou travaillé ?

Je l’ai toujours eu. Mais avant, j’avais pas les sons, ni les lieux. Et peut-être qu’il était trop tôt pour que j’arrive en gesticulant. Cette petite rotation d’épaule, c’est ça que je veux faire. C’est très Cashmire. Toujours dans la rue, mais fashion. 

Le prochain projet est pour mon quartier. Cashmire va se mettre au service du 18e.

Tes clips sont toujours tournés dans le 18e arrondissement de Paris. Dans le prochain projet, quelle place veux-tu donner à ton quartier ? 

Avec ce deuxième projet, je veux entrer dans la profondeur des choses. Dans des morceaux comme Geisha, Cookie ou Le parrain, je rappais mes rêves et ce que j’avais dans la tête. Si certains pouvait déjà kiffer mon délire, ma musique n’était pas utile. Le premier son du deuxième projet, Bienvenue, s’intègre dans un nouvel état d’esprit que j’appelle 018. Le prochain projet est pour mon quartier. Cashmire va se mettre au service du 18e. Il y aura plus de chansons sur moi et ma vision des choses. Je dépeins ce que je vis et ce que je vois au quartier. 

Tu fais notamment référence à la colline du crack, située Porte de la Chapelle à Paris, en la renommant la « colline du trap ».

Le cas de la colline du crack est très représentatif de ce que je veux faire. Je vois comment Brut en parle, et moi, ce que je vois au quotidien. Je suis dans le réel et je ne suis pas intéressé par le buzz ou le shock value que ça peut créer. Certains cherchent les sensations fortes, mais moi, je suis juste venu montrer mon quartier. Dans Gucci bae, je montre le point de vue d’un gamin pour qui tout ça, c’est normal. Avant, c’était des rêves, maintenant, je suis agressivement réaliste.

Je ne rappe pas pour être une star, mais pour sortir du ghetto.

Tu parles d’être agressivement réaliste, pourtant tu t’appelles Cashmire. Un nom qui appelle plutôt à la douceur. Paradoxale, non ?

Le cashmire, c’est doux et luxueux. Il y a ce truc du plus rare, du plus cher, du plus quali… Et du cash. Je ne rappe pas pour être une star, mais pour sortir du ghetto. Et je trouve cela agressivement réaliste. Si j’avais pu être une star de la médecine, j’aurais été content aussi. Mais ce que j’ai pu faire avec mes opportunités, c’est le rap. Et derrière cette réalité là, il y a la délicatesse et la finesse de Cashmire. D’où le jeu de mots.

Pour le côté douceur, de manière général, je suis aussi un lover boy quand même. J’aime les mélodies et les histoires d’amour. Mais j’ai aussi normalisé une certaine violence de la rue et du quartier. Le résultat, c’est Cashmire, un hybride de Tupac et Serge Gainsbourg. Et au-dessus du cashmire, il y a l’Alpaga. Mais je n’allais pas m’appeler Alpaga (rires).

Pour le moment, tu ne comptes aucun featuring à ton actif. As-tu prévu d’inviter des artistes du 18e pour mettre en avant ton quartier ?

Ce sera sans featuring. Cashmire fait une grosse prise de parole. Je tiens à dire des choses. Mais, par la suite, je vais rapidement devenir un acteur actif sur la scène dans le 18e arrondissement et faire découvrir plein de mecs que je trouve excellents.

Tu as déjà posé sur deux prods du rappeur Tejdeen qui vient de sortir un EP en mars. Une nouvelle collaboration est-elle pour bientôt ? 

Tejdeen, c’est une grosse connexion. Nous avons une alchimie qui est très forte. J’aime beaucoup ce mec. Il fait partie de ceux qui m’ont donné de la force, de la matière créative et de l’écoute à une époque où j’en avais besoin. Il a sa part dans ce projet qui arrive. J’avais une idée et je l’ai appelé pour qu’il la réalise. Le son est très lourd, il s’appelle Non.

Tejdeen, d’or et d’argent. Article à découvrir sur Mosaïque.

Un dernier mot ? 

Le projet arrive. Merci à vous. Restez branchés. Et surtout : 018.

« PoeticGhettoSound », le premier projet de Cashmire, disponible sur Spotify et Deezer.

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Nixfé : « Je me sens double, aussi pur que vicieux »

Nixfé est né le 2 juin 1998 à 9h10. Sous le signe gémeaux. Un signe qu’il a gravé sur sa peau. Et dans sa musique. Avec son premier projet « EP910 », sorti le 18 septembre 2020, Lonny dévoile sa (double) personnalité et son identité artistique à travers six titres. Rencontre avec le rappeur de 22 ans, originaire du 13e arrondissement, pour sa première interview.

Tu as sorti ton premier EP, vendredi 18 septembre 2020. Qu’est-ce que tu as voulu montrer avec le projet « EP910 » ? 

Je voulais trouver mon identité et que les gens la découvrent en même temps. Dans « EP910 », il y a six titres qui sont complètement différents avec des thèmes qui le sont tout autant. Tout est réel. Il n’y a pas un son où je joue un rôle. Tout fait partie de moi. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phoenix, ndlr). Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Mais au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. 

Pourtant sur la cover de l’EP, on ne voit pas ton visage ? 

Justement, sur la cover, je voulais jouer sur le fait que je suis gémeaux. C’est aussi pour ça que le projet s’appelle EP910. Parce que je suis né à 9h10. Le 2 juin 1998. Je suis un motherfucking gemini (rires).

J’ai grave un délire avec la personnalité. Je sais que je suis plusieurs personnes en même temps. Je me sens double. Du coup, je peux faire autant un son comme La mort dans la peau que Red and blue ou Season avec une voix féminine. C’est ce que j’ai voulu partager avec les gens. Je ne voulais pas choisir pour eux mais qu’ils aient une palette de ce que je sais faire. Qu’ils puissent choisir dans tout mon univers.

Dans La mort dans la peau, tu dis : « Lboy est schizophrénique et s’est pas fait tout seul », et là tu expliques que tu te sens double. Ça veut dire quoi pour toi ?

Je joue beaucoup sur le thème de la double face. C’est aussi pour ça que dans le clip de Tenir, il y a des gens dos à dos, des gens avec des cagoules. Je ne voulais pas qu’il y ait de visage. C’est comme si c’était moi mais un peu partout. Pareil avec le contraste noir et blanc des tenues.

Quels sont les deux côtés dont tu parles ?

Je peux être aussi pur que vicieux. Vraiment dans les extrêmes. C’est ça que je veux montrer dans ma musique. Je veux que quand tu écoutes mon projet et que tu passes de La mort dans la peau à Season, tu te demandes si c’est la même personne qui a écrit le son. 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même.

Sur le projet, il y a six prods avec six compositeurs différents. Ça rentre dans cette idée de personnalités multiples ?

Exactement. C’était fait exprès. Je voulais vraiment pousser le délire loin. Six prods, six compositeurs différents. On garde juste le même ingénieur son sur le projet pour la cohérence. 

Il y a un son que tu as préféré faire ?

Le son qui me tient le plus à coeur, c’est Tenir. La prod me touche plus que les autres. Il y a beaucoup plus d’émotions. Ce serait le projet d’un autre artiste, je kifferais Tenir, Season, et La mort dans la peau. C’est ceux qui me correspondent le plus. C’est là où je me livre. J’ai besoin que ce soit vrai et qu’il y ait un partage d’émotion. C’est important pour moi. 

Tu vas bientôt clipper le morceau La mort dans la peau. As-tu déjà une idée de ce à quoi il va ressembler ?

Ce sera pas tellement éloigné du clip de Tenir. Je veux garder une cohérence. De base, pour moi, ces sons vont ensemble. Les deux morceaux sont à la suite dans l’EP. Il faut le comprendre comme : « J’ai la mort dans la peau donc il faudra tenir. »

D’ailleurs, dans Tenir, je dis : « Évidemment, j’ai la mort dans l’épiderme », ce qui fait référence à l’autre morceau. Je répète aussi : « Dans les yeux, dis-le moi si tu m’mens » (La mort dans la peau) et « Dis-le moi, dis-le moi dans les yeux si c’est pour m’mentir » (Tenir). Je voulais vraiment lier ces deux sons. 

Plus globalement, la tracklist raconte une histoire ? 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même. Dans Red and blue (premier son de l’EP), tu as le bruit des chaînes, des clés, des respirations, les reverb… C’est pour moi le son le plus hard core de l’EP. Finalement, le projet s’adoucit au fur et à mesure du combat que je mène. J’essaye de m’enfuir. Mais j’ai La mort dans la peau (deuxième son) donc il faudra Tenir (troisième son).

Tenir est placé au milieu de l’EP. Tu commences à rentrer dans la phase optimiste. Je commence à me battre contre la mort dans la peau. Ensuite, dans Marée noire (quatrième titre), la prod est plus joyeuse mais tu gardes les paroles sombres : « J’suis dans la marée noire, elle veut me marier moi. J’pense à me barrer loin car ici tout est noir. » Comme tu veux te barrer loin, tu deviens un Bandito (cinquième son). Et pour finir, une fois que t’as accepté tout ça tu finis sur Season (sixième et dernier son), qui est beaucoup plus posé. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phœnix.

Mais dans Season tu dis : « Au fil des saisons je fane », c’est pas très optimiste.

C’est pas très optimiste mais c’est un cercle. Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Juste au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. Dans Season, ma voix se trafique à un moment et c’était fait exprès parce que je voulais montrer que je souffre. Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phœnix, ndlr). C’est un cercle vicieux. Je renais dans Tenir. Quand je dis : « Toi et moi faisons la paire », c’est le tournant. Tenir, c’est le seul son qui est pas monotone. C’est pour ça que j’ai clippé ce morceau : tu as de l’autotune, un pont calme, du rap et je finis en chant. 

Pourquoi as-tu choisi ce nom de scène ?

Je suis fils unique et ça a été la galère. Il a fallu s’en sortir tout seul, s’encourager tout seul. Parfois, je suis tombé bien bas. Le principe du phœnix, c’est de renaître de ses cendres et d’être toujours plus fort. J’ai aussi un côté un peu démon. C’est l’animal des enfers donc je m’identifie beaucoup à lui. Je dis souvent : « le gaucher m’a tout dit », et le gaucher c’est le diable. Dans l’EP, il y a six titres parce que je suis né en juin mais aussi parce que le 6, c’est le numéro du diable. Ma double personnalité se retrouve là aussi. Tout est lié.

Le son pour ma mère, je le ferai plus tard. J’ai besoin de partager cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but c’est de la transmettre. 

Pour un EP, c’est déjà très abouti. Tu comptes proposer quoi après ? 

Dans tous les cas, je ne peux qu’évoluer. Je suis un mec qui ne peut pas faire en dessous de ce qu’il a fait avant. Et même si là c’est recherché pour un EP, c’est un projet qui vient vraiment de moi. Je n’ai pas cherché un concept. Je voulais juste m’exprimer. La trame que je viens de t’expliquer, je l’ai réfléchi en faisant les sons. Je me suis rendu compte qu’elle apparaissait naturellement au fur et à mesure. C’est très instinctif.

Il y a des thèmes que tu veux aborder mais dont tu n’as pas encore eu l’occasion de parler ?

Il y a un thème : la famille. Surtout ma mère. En fait, ce son là, il faut qu’il soit écouté. Je veux transmettre énormément d’émotions. Je veux avoir un certain public avant de le sortir. Je pense que c’est pour ça qu’inconsciemment les rappeurs font un son pour leur mère après avoir percé. Tu partages cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but, c’est de la transmettre. 

Justement, tu ne partages aucun son sur EP910. Il n’y aucun featuring à part la voix de Sarilou (Season). Pourquoi ?

Totalement. Je voulais n’être influencé que par moi-même sur ce projet. Je suis déjà en feat avec moi-même (rires). Par contre, je suis grave ouvert aux feats, j’adore ça. Dans la vie, je suis un mec qui s’adapte beaucoup donc ça m’intéresse de m’ouvrir à l’univers de quelqu’un d’autre. Pour l’instant, je n’ai que des collabs avec des potes à moi. Mais j’aimerais bien en faire, pour attirer un nouveau public. 

Si tu devais faire un feat dans le rap français, ce serait avec qui ?

En grosse tête, ce serait Ninho. C’est un mec qui m’a suivi dans plusieurs parties de ma vie. Je l’écoute depuis ses tout premiers projets sur YouTube. C’est quelqu’un qui me donne beaucoup de détermination. Il arrive à rapper en restant mélodieux.

Pour un feat dans les « petites têtes », j’aimerais bien feater Chanceko. C’est un délire de fou. Il fait partie des artistes qui ont leur univers. À partir du moment où les gens te suivent pour ton univers, ils restent et ils vont te pousser au maximum. Ils écoutent « du chanceko ». Là, tu as une vraie fan base.

Quelles sont tes inspirations musicales ? 

Aujourd’hui, je suis beaucoup plus rap français. Quand j’étais plus jeune, la première personne qui m’a inspiré, c’était Guizmo. Booba aussi mais dans l’état d’esprit, au niveau du travail. À l’ancienne, en rap américain, c’était Asap Rocky et Chance the rapper. Dernièrement, l’album de Laylow « Trinity » et celui de Josman « Split » m’ont mis une claque. Josman, pour moi, c’est le Travis Scott français. Sur la scène actuelle, j’aime aussi beaucoup Sean. Son dernier projet est très lourd.

J’écoute de tout. Beaucoup de variété française : Alain Souchon, Florent Pagny, France Gall, Téléphone… Il y a même du Joe Dassin dans ma playlist frère (rires). C’est trop important de connaître tout ça. Il y a beaucoup de reprises dans le rap français. Quelqu’un comme Damso pour moi est inspiré par la chanson française.

Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

C’est intéressant parce que tu cites Josman et Sean qui ont tous les deux le même délire que toi avec les personnalités multiples. Tu vas continuer à exploiter ce concept en lien avec le gémeaux ? 

Je pense oui, parce qu’avec cet EP, j’ai présenté le côté gémeaux mais je ne l’ai pas exploité. Je pense faire des double sons par exemple. J’ai des idées mais je ne veux pas m’enfermer dans un truc. La chose la plus satisfaisante quand tu es artiste pour moi, c’est d’avoir une signature. Ils écouteront parce que c’est moi et ça c’est grave important.

Avec ce projet, tu sens un changement ?

Je sens un changement de fou (rires). Déjà, en moi, je le sens. Je travaille dessus depuis décembre. Sortir un travail que tu fais depuis plus de six mois, c’est tellement un soulagement. En plus, il est apprécié. L’EP, ça permet aussi de se professionnaliser. Rien qu’au niveau des réseaux et du visuel, c’est beaucoup plus pro. Il y a un avant et un après. Je voulais séparer LBOY (son autre nom de scène, ndlr) et Nixfé. Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

Jusque-là, tu es content des retours ? 

J’ai eu beaucoup de bons retours. Que ce soit des gens qui connaissent la musique, ou de simples auditeurs. Mais surtout, et je ne m’y attendais pas forcément, les gens ont kiffé le projet dans l’ensemble. Ça me plaît parce que ça veut dire que l’EP marche dans sa globalité. C’est ce que je voulais faire. 

Récemment, le clip de Tenir est passé sur BET. Sur Twitter, tu disais « être tellement fier », ça représente quoi pour toi ?

C’est la première fois que je passe à la télé. J’ai regardé ça avec ma mère à côté. C’est trop satisfaisant. De me dire que pendant l’été, alors qu’il faisait 39 degrés, je n’ai pas porté une cagoule, un pull, et une doudoune pour rien (rires). C’est le fruit de mon labeur. En plus BET, il diffuse des styles de rappeurs qui sont totalement dans la même vibes que moi. J’ai kiffé le clip XO de Sonbest, le visuel est incroyable.

Comment as-tu commencé le rap ? 

À la base, j’étais une tête à l’école moi (rires). Mais je n’ai pas eu mon bac S. Je travaille pour ce que je veux. J’ai du mal à travailler si je n’y vois pas d’intérêt. À l’époque, j’écrivais pas mal de poèmes, quand j’avais 12-13 ans. J’ai rencontré à 15 ans, un pote avec qui je faisais du basket et qui rappait déjà (William, MW). Ça m’a beaucoup inspiré.

J’ai sorti mes premiers sons sur Soundcloud en seconde. Mon premier morceau s’appelait Roses. Aujourd’hui, c’est même pas écoutable. C’est mal mixé mais à l’époque, c’était lourd. Ça avait bien tourné. J’avais fait plus de 100 000 écoutes. Bizarrement, dans mes premiers sons, je mettais toujours des phrases en anglais, je sais pas pourquoi (rires). 

Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Quand est-ce que tu t’es rendu compte que ça pouvait marcher ?

Honnêtement, c’est quand FX (son manager et ami d’enfance) est venu me voir. On habite dans le même bâtiment donc on se connait depuis petit. Je m’en suis aussi rendu compte quand j’ai fait mon premier showcase sur les champs au Papillon. C’était en début d’année. J’avais sorti trois sons avant et deux clips. Dans la boîte, c’était une dinguerie. Les gens kiffaient trop, venaient me voir, etc. On a retourné le truc (rires). Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Dans cinq ans, tu te vois où dans le rap ?

Je sais pas où je veux me situer dans le rap, mais je sais que dans mon rap, dans cinq ans, je dois être encore plus chaud. Tout le travail que je fais maintenant, je dois le faire beaucoup mieux. Il faut que je sois plus précis et moins éparpillé. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

As-tu d’autres projets en préparation ?

Pas tout de suite. Mais j’ai beaucoup de choses à envoyer. Je vais rester sur des petits EP. Le jour où je fais un album, il faut qu’il soit très construit. Pour l’instant, j’ai un petit public donc pour moi, petit public, petit projet. Si je fais trop de titres, les gens n’auront pas forcément envie d’écouter jusqu’à la fin. Je préfère faire peu et satisfaire totalement, plutôt que faire beaucoup et satisfaire partiellement.