Mosaïque

Nixfé est né le 2 juin 1998 à 9h10. Sous le signe gémeaux. Un signe qu’il a gravé sur sa peau. Et dans sa musique. Avec son pre­mier pro­jet « EP910 », sor­ti le 18 sep­tem­bre 2020, Lon­ny dévoile sa (dou­ble) per­son­nal­ité et son iden­tité artis­tique à tra­vers six titres. Ren­con­tre avec le rappeur de 22 ans, orig­i­naire du 13e arrondisse­ment, pour sa pre­mière interview. 

Tu as sor­ti ton pre­mier EP, ven­dre­di 18 sep­tem­bre 2020. Qu’est-ce que tu as voulu mon­tr­er avec le pro­jet « EP910 » ? 

Je voulais trou­ver mon iden­tité et que les gens la décou­vrent en même temps. Dans « EP910 », il y a six titres qui sont com­plète­ment dif­férents avec des thèmes qui le sont tout autant. Tout est réel. Il n’y a pas un son où je joue un rôle. Tout fait par­tie de moi. 

Dans mon EP, je racon­te une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le ver­lan de phoenix, ndlr). Si cette mort je l’embrasse, elle me fait fan­er au fur et à mesure. Mais au lieu de me bat­tre avec elle, je l’accepte. 

Pour­tant sur la cov­er de l’EP, on ne voit pas ton visage ? 

Juste­ment, sur la cov­er, je voulais jouer sur le fait que je suis gémeaux. C’est aus­si pour ça que le pro­jet s’appelle EP910. Parce que je suis né à 9h10. Le 2 juin 1998. Je suis un moth­er­fuck­ing gem­i­ni (rires).

J’ai grave un délire avec la per­son­nal­ité. Je sais que je suis plusieurs per­son­nes en même temps. Je me sens dou­ble. Du coup, je peux faire autant un son comme La mort dans la peau que Red and blue ou Sea­son avec une voix fémi­nine. C’est ce que j’ai voulu partager avec les gens. Je ne voulais pas choisir pour eux mais qu’ils aient une palette de ce que je sais faire. Qu’ils puis­sent choisir dans tout mon univers.

Dans La mort dans la peau, tu dis : « Lboy est schiz­o­phrénique et s’est pas fait tout seul », et là tu expliques que tu te sens dou­ble. Ça veut dire quoi pour toi ?

Je joue beau­coup sur le thème de la dou­ble face. C’est aus­si pour ça que dans le clip de Tenir, il y a des gens dos à dos, des gens avec des cagoules. Je ne voulais pas qu’il y ait de vis­age. C’est comme si c’était moi mais un peu partout. Pareil avec le con­traste noir et blanc des tenues.

Quels sont les deux côtés dont tu parles ?

Je peux être aus­si pur que vicieux. Vrai­ment dans les extrêmes. C’est ça que je veux mon­tr­er dans ma musique. Je veux que quand tu écoutes mon pro­jet et que tu pass­es de La mort dans la peau à Sea­son, tu te deman­des si c’est la même per­son­ne qui a écrit le son. 

Mon EP, c’est un peu un com­bat qui se finit bien. Un com­bat con­tre moi-même.

Sur le pro­jet, il y a six prods avec six com­pos­i­teurs dif­férents. Ça ren­tre dans cette idée de per­son­nal­ités multiples ?

Exacte­ment. C’était fait exprès. Je voulais vrai­ment pouss­er le délire loin. Six prods, six com­pos­i­teurs dif­férents. On garde juste le même ingénieur son sur le pro­jet pour la cohérence. 

Il y a un son que tu as préféré faire ?

Le son qui me tient le plus à coeur, c’est Tenir. La prod me touche plus que les autres. Il y a beau­coup plus d’émotions. Ce serait le pro­jet d’un autre artiste, je kif­ferais Tenir, Sea­son, et La mort dans la peau. C’est ceux qui me cor­re­spon­dent le plus. C’est là où je me livre. J’ai besoin que ce soit vrai et qu’il y ait un partage d’émotion. C’est impor­tant pour moi. 

Tu vas bien­tôt clip­per le morceau La mort dans la peau. As-tu déjà une idée de ce à quoi il va ressembler ?

Ce sera pas telle­ment éloigné du clip de Tenir. Je veux garder une cohérence. De base, pour moi, ces sons vont ensem­ble. Les deux morceaux sont à la suite dans l’EP. Il faut le com­pren­dre comme : « J’ai la mort dans la peau donc il fau­dra tenir. » 

D’ailleurs, dans Tenir, je dis : « Évidem­ment, j’ai la mort dans l’épi­derme », ce qui fait référence à l’autre morceau. Je répète aus­si : « Dans les yeux, dis-le moi si tu m’mens » (La mort dans la peau) et « Dis-le moi, dis-le moi dans les yeux si c’est pour m’men­tir » (Tenir). Je voulais vrai­ment lier ces deux sons. 

Plus glob­ale­ment, la track­list racon­te une histoire ? 

Mon EP, c’est un peu un com­bat qui se finit bien. Un com­bat con­tre moi-même. Dans Red and blue (pre­mier son de l’EP), tu as le bruit des chaînes, des clés, des res­pi­ra­tions, les reverb… C’est pour moi le son le plus hard core de l’EP. Finale­ment, le pro­jet s’adoucit au fur et à mesure du com­bat que je mène. J’essaye de m’enfuir. Mais j’ai La mort dans la peau (deux­ième son) donc il fau­dra Tenir (troisième son). 

Tenir est placé au milieu de l’EP. Tu com­mences à ren­tr­er dans la phase opti­miste. Je com­mence à me bat­tre con­tre la mort dans la peau. Ensuite, dans Marée noire (qua­trième titre), la prod est plus joyeuse mais tu gardes les paroles som­bres : « J’su­is dans la marée noire, elle veut me mari­er moi. J’pense à me bar­rer loin car ici tout est noir. » Comme tu veux te bar­rer loin, tu deviens un Ban­di­to (cinquième son). Et pour finir, une fois que t’as accep­té tout ça tu finis sur Sea­son (six­ième et dernier son), qui est beau­coup plus posé. 

Dans mon EP, je racon­te une mort qui tourne en rond. C’est le but du phœnix.

Mais dans Sea­son tu dis : « Au fil des saisons je fane », c’est pas très optimiste.

C’est pas très opti­miste mais c’est un cer­cle. Si cette mort je l’embrasse, elle me fait fan­er au fur et à mesure. Juste au lieu de me bat­tre avec elle, je l’accepte. Dans Sea­son, ma voix se trafique à un moment et c’était fait exprès parce que je voulais mon­tr­er que je souf­fre. Dans mon EP, je racon­te une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le ver­lan de phœnix, ndlr). C’est un cer­cle vicieux. Je renais dans Tenir. Quand je dis : « Toi et moi faisons la paire », c’est le tour­nant. Tenir, c’est le seul son qui est pas monot­o­ne. C’est pour ça que j’ai clip­pé ce morceau : tu as de l’autotune, un pont calme, du rap et je finis en chant. 

Pourquoi as-tu choisi ce nom de scène ?

Je suis fils unique et ça a été la galère. Il a fal­lu s’en sor­tir tout seul, s’encourager tout seul. Par­fois, je suis tombé bien bas. Le principe du phœnix, c’est de renaître de ses cen­dres et d’être tou­jours plus fort. J’ai aus­si un côté un peu démon. C’est l’animal des enfers donc je m’identifie beau­coup à lui. Je dis sou­vent : « le gauch­er m’a tout dit », et le gauch­er c’est le dia­ble. Dans l’EP, il y a six titres parce que je suis né en juin mais aus­si parce que le 6, c’est le numéro du dia­ble. Ma dou­ble per­son­nal­ité se retrou­ve là aus­si. Tout est lié. 

Le son pour ma mère, je le ferai plus tard. J’ai besoin de partager cette émo­tion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but c’est de la transmettre. 

Pour un EP, c’est déjà très abouti. Tu comptes pro­pos­er quoi après ? 

Dans tous les cas, je ne peux qu’évoluer. Je suis un mec qui ne peut pas faire en dessous de ce qu’il a fait avant. Et même si là c’est recher­ché pour un EP, c’est un pro­jet qui vient vrai­ment de moi. Je n’ai pas cher­ché un con­cept. Je voulais juste m’exprimer. La trame que je viens de t’expliquer, je l’ai réfléchi en faisant les sons. Je me suis ren­du compte qu’elle appa­rais­sait naturelle­ment au fur et à mesure. C’est très instinctif. 

Il y a des thèmes que tu veux abor­der mais dont tu n’as pas encore eu l’occasion de parler ?

Il y a un thème : la famille. Surtout ma mère. En fait, ce son là, il faut qu’il soit écouté. Je veux trans­met­tre énor­mé­ment d’émotions. Je veux avoir un cer­tain pub­lic avant de le sor­tir. Je pense que c’est pour ça qu’inconsciemment les rappeurs font un son pour leur mère après avoir per­cé. Tu partages cette émo­tion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but, c’est de la transmettre. 

Juste­ment, tu ne partages aucun son sur EP910. Il n’y aucun fea­tur­ing à part la voix de Sar­ilou (Sea­son). Pourquoi ?

Totale­ment. Je voulais n’être influ­encé que par moi-même sur ce pro­jet. Je suis déjà en feat avec moi-même (rires). Par con­tre, je suis grave ouvert aux feats, j’adore ça. Dans la vie, je suis un mec qui s’adapte beau­coup donc ça m’intéresse de m’ouvrir à l’univers de quelqu’un d’autre. Pour l’instant, je n’ai que des col­labs avec des potes à moi. Mais j’aimerais bien en faire, pour attir­er un nou­veau public. 

Si tu devais faire un feat dans le rap français, ce serait avec qui ?

En grosse tête, ce serait Nin­ho. C’est un mec qui m’a suivi dans plusieurs par­ties de ma vie. Je l’écoute depuis ses tout pre­miers pro­jets sur YouTube. C’est quelqu’un qui me donne beau­coup de déter­mi­na­tion. Il arrive à rap­per en restant mélodieux. 

Pour un feat dans les « petites têtes », j’aimerais bien feater Chanceko. C’est un délire de fou. Il fait par­tie des artistes qui ont leur univers. À par­tir du moment où les gens te suiv­ent pour ton univers, ils restent et ils vont te pouss­er au max­i­mum. Ils écoutent « du chanceko ». Là, tu as une vraie fan base. 

Quelles sont tes inspi­ra­tions musicales ? 

Aujourd’hui, je suis beau­coup plus rap français. Quand j’étais plus jeune, la pre­mière per­son­ne qui m’a inspiré, c’était Guiz­mo. Boo­ba aus­si mais dans l’état d’esprit, au niveau du tra­vail. À l’ancienne, en rap améri­cain, c’était Asap Rocky et Chance the rap­per. Dernière­ment, l’album de Lay­low « Trin­i­ty » et celui de Jos­man « Split » m’ont mis une claque. Jos­man, pour moi, c’est le Travis Scott français. Sur la scène actuelle, j’aime aus­si beau­coup Sean. Son dernier pro­jet est très lourd. 

J’écoute de tout. Beau­coup de var­iété française : Alain Sou­chon, Flo­rent Pag­ny, France Gall, Télé­phone… Il y a même du Joe Dassin dans ma playlist frère (rires). C’est trop impor­tant de con­naître tout ça. Il y a beau­coup de repris­es dans le rap français. Quelqu’un comme Damso pour moi est inspiré par la chan­son française. 

Quand je fai­sais LBOY, je voulais diver­tir. Avec Nixfé, il y a beau­coup plus d’introspection. Je souhaite touch­er les gens.

C’est intéres­sant parce que tu cites Jos­man et Sean qui ont tous les deux le même délire que toi avec les per­son­nal­ités mul­ti­ples. Tu vas con­tin­uer à exploiter ce con­cept en lien avec le gémeaux ? 

Je pense oui, parce qu’avec cet EP, j’ai présen­té le côté gémeaux mais je ne l’ai pas exploité. Je pense faire des dou­ble sons par exem­ple. J’ai des idées mais je ne veux pas m’enfermer dans un truc. La chose la plus sat­is­faisante quand tu es artiste pour moi, c’est d’avoir une sig­na­ture. Ils écouteront parce que c’est moi et ça c’est grave important.

Avec ce pro­jet, tu sens un changement ?

Je sens un change­ment de fou (rires). Déjà, en moi, je le sens. Je tra­vaille dessus depuis décem­bre. Sor­tir un tra­vail que tu fais depuis plus de six mois, c’est telle­ment un soulage­ment. En plus, il est appré­cié. L’EP, ça per­met aus­si de se pro­fes­sion­nalis­er. Rien qu’au niveau des réseaux et du visuel, c’est beau­coup plus pro. Il y a un avant et un après. Je voulais sépar­er LBOY (son autre nom de scène, ndlr) et Nixfé. Quand je fai­sais LBOY, je voulais diver­tir. Avec Nixfé, il y a beau­coup plus d’introspection. Je souhaite touch­er les gens.

Jusque-là, tu es con­tent des retours ? 

J’ai eu beau­coup de bons retours. Que ce soit des gens qui con­nais­sent la musique, ou de sim­ples audi­teurs. Mais surtout, et je ne m’y attendais pas for­cé­ment, les gens ont kif­fé le pro­jet dans l’ensemble. Ça me plaît parce que ça veut dire que l’EP marche dans sa glob­al­ité. C’est ce que je voulais faire. 

Récem­ment, le clip de Tenir est passé sur BET. Sur Twit­ter, tu dis­ais « être telle­ment fier », ça représente quoi pour toi ?

C’est la pre­mière fois que je passe à la télé. J’ai regardé ça avec ma mère à côté. C’est trop sat­is­faisant. De me dire que pen­dant l’été, alors qu’il fai­sait 39 degrés, je n’ai pas porté une cagoule, un pull, et une doudoune pour rien (rires). C’est le fruit de mon labeur. En plus BET, il dif­fuse des styles de rappeurs qui sont totale­ment dans la même vibes que moi. J’ai kif­fé le clip XO de Sonbest, le visuel est incroyable. 

Com­ment as-tu com­mencé le rap ? 

À la base, j’étais une tête à l’école moi (rires). Mais je n’ai pas eu mon bac S. Je tra­vaille pour ce que je veux. J’ai du mal à tra­vailler si je n’y vois pas d’intérêt. À l’époque, j’écrivais pas mal de poèmes, quand j’avais 12–13 ans. J’ai ren­con­tré à 15 ans, un pote avec qui je fai­sais du bas­ket et qui rap­pait déjà (William, MW). Ça m’a beau­coup inspiré. 

J’ai sor­ti mes pre­miers sons sur Sound­cloud en sec­onde. Mon pre­mier morceau s’appelait Ros­es. Aujourd’hui, c’est même pas écoutable. C’est mal mixé mais à l’époque, c’était lourd. Ça avait bien tourné. J’avais fait plus de 100 000 écoutes. Bizarrement, dans mes pre­miers sons, je met­tais tou­jours des phras­es en anglais, je sais pas pourquoi (rires). 

Quand il y a des gens dans la musique qui vien­nent te voir, qui te dis­ent que ce que tu fais a du poten­tiel, tu com­mences à y croire. 

Quand est-ce que tu t’es ren­du compte que ça pou­vait marcher ?

Hon­nête­ment, c’est quand FX (son man­ag­er et ami d’enfance) est venu me voir. On habite dans le même bâti­ment donc on se con­nait depuis petit. Je m’en suis aus­si ren­du compte quand j’ai fait mon pre­mier show­case sur les champs au Papil­lon. C’était en début d’année. J’avais sor­ti trois sons avant et deux clips. Dans la boîte, c’était une dinguerie. Les gens kif­faient trop, venaient me voir, etc. On a retourné le truc (rires). Quand il y a des gens dans la musique qui vien­nent te voir, qui te dis­ent que ce que tu fais a du poten­tiel, tu com­mences à y croire. 

Dans cinq ans, tu te vois où dans le rap ?

Je sais pas où je veux me situer dans le rap, mais je sais que dans mon rap, dans cinq ans, je dois être encore plus chaud. Tout le tra­vail que je fais main­tenant, je dois le faire beau­coup mieux. Il faut que je sois plus pré­cis et moins éparpil­lé. J’ai encore beau­coup de choses à apprendre. 

As-tu d’autres pro­jets en préparation ?

Pas tout de suite. Mais j’ai beau­coup de choses à envoy­er. Je vais rester sur des petits EP. Le jour où je fais un album, il faut qu’il soit très con­stru­it. Pour l’instant, j’ai un petit pub­lic donc pour moi, petit pub­lic, petit pro­jet. Si je fais trop de titres, les gens n’auront pas for­cé­ment envie d’écouter jusqu’à la fin. Je préfère faire peu et sat­is­faire totale­ment, plutôt que faire beau­coup et sat­is­faire partiellement. 

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.