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Tejdeen, la ruée vers le platine

En 2020, pendant le premier confinement, Tejdeen sort son premier projet « Silver Tej ». Suivi un an plus tard de « Golden Tej ». L’argent, l’or, puis le platine, c’est naturellement qu’il dévoile aujourd’hui son troisième EP « PLATINUM TEJ ». Avec ce projet, le Lyonnais clôture une trilogie pour introduire son identité et sa musique sur la scène rap émergente. Mosaïque est allé à sa rencontre dans son quartier de La Guillotière à Lyon. Portrait du jeune rappeur de 23 ans. 


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Tejdeen

C’est au cours d’une journée lyonnaise ensoleillée que Tejdeen nous accueille dans son quartier de La Guillotière. Accompagné de ses ami.e.s Jason et Olive, l’artiste est souriant, ravi de nous offrir sa première prise de parole. Il y a deux ans, lors de la sortie de son premier projet, Tejdeen ne se sentait pas prêt. « Vous êtes ma première interview parce qu’avant, c’était trop tôt. Je n’avais pas grand chose à raconter », confie-t-il. En face des quais du Rhône, l’artiste de 23 ans a choisi un bar de son quartier pour se livrer. Tout juste diplômé d’un master d’information et de communication, Alexandre de son vrai nom, compte désormais se consacrer pleinement à sa musique.: « C’était important pour moi et ma famille de sécuriser un diplôme. Que la musique ne soit pas le plan A de ma vie. Mais maintenant je sens que c’est le bon moment. » 

Arrivé à Lyon à 17 ans, l’artiste a sorti deux projets depuis 2020. Chacun d’entre eux porte le nom de « Tej », son deuxième prénom, qui signifie « couronne » en arabe. Le dernier de la trilogie, disponible depuis minuit, ne déroge pas à la règle : « PLATINUM TEJ ». Dans sa veste Puma bleu électrique, Tejdeen est confiant.: « C’est un projet que je vais pouvoir défendre à 100 %. Je suis sûr qu’il me ressemble, que c’est ce que j’ai envie de donner. J’ai l’impression d’atteindre sérieusement ce que je voulais faire dans la musique depuis le début. Je trouve aussi que je dis mieux les choses. » 

Tejdeen, le beatmaker

À ses côtés, Olive et Jason forment « Augure », la boîte de production qui réalise chacun de ses visuels et de ses clips depuis le départ. Derrière sa casquette rose Pigalle et son sweat mauve, Jason se souvient de sa rencontre avec Alexandre.: « À l’époque, il ne rappait pas encore et il postait ses prods sur Twitter. J’avais adoré l’une d’entre elles et je lui avais envoyé un message. Bizarrement, on avait des amis en commun de Lyon et des influences communes comme Take A Mic. On était vraiment des diggers. On écoutait des gars comme Laylow et Oboy sur Soundcloud. C’est lors d’un concert que l’on s’est rencontrés en vrai pour la première fois. » 

Tejdeen

À cette époque, Tejdeen est avant tout un producteur. Il parvient à placer pour le groupe DTF en 2015 sur le morceau Les Princes. Il se souvient : « À ce moment là, je cherchais à m’approcher de PNL. Je me rappelle leur avoir envoyé une prod par mail avec pour objet : « La prod qu’il vous faut » (rires). Évidemment, je n’ai jamais eu de réponse. ».Un peu plus tard, en 2016, il collabore avec le Parisien Cashmire sur quatre morceaux du projet « PoeticGhettoSound »

Mais le Lyonnais le sait, il finira par « mettre sa voix » sur ses productions. Il publie donc quelques morceaux sur Soundcloud. Son ami et manager Jason sourit, laissant apparaître ses grillz argentées, et raconte : « J’étais fan de Kanye West et je trouvais qu’il n’y avait pas trop de truc électro en France à part Myth Syzer. Quand j’entends Tejdeen pour la première fois, je me dis qu’il est différent des rappeurs de l’époque qui étaient dans la mouvance 1995, boom bap. Je kiffais Hamza aussi. Ça paraît normal aujourd’hui mais à l’époque, il n’y avait pas grand monde qui faisait ça. »

Tejdeen en première partie de Laylow

De son côté, Jason lui fait des études de cinéma. Il profite de pouvoir emprunter la caméra de son école pour tourner des clips de mode, des visuels lifestyle et quelques clips pour des rappeurs émergents de Lyon comme Mvzoo. Petit à petit, il intègre la sphère rap lyonnaise et programme des concerts dans la ville. 

C’est ainsi qu’en 2018, Tejdeen se retrouve en première partie d’un concert de Laylow à La Marquise organisé par Jason qui se rappelle : « C’était le seul artiste auquel j’ai pensé et qui correspondait à l’univers de Laylow à ce moment-là à Lyon ». Juste à côté, entre deux gorgées de café, le rappeur sourit : « Je me rappelle que je n’ai même pas croisé Laylow. Il est arrivé en retard et il a fait le concert avec mes balances (rires). C’était assez catastrophique, mais c’était super. C’était la première fois que j’ai pu ramener ma famille et mes potes pour me voir sur scène. » 

Une quête identitaire

Au fil du temps, Olive, une amie du lycée de Jason, rejoint l’aventure et ensemble il.elle lance « Augure » qui réalise aujourd’hui des visuels pour Tawsen ou encore de Still Fresh. Dès 2018, il.elle.s mettent en image le premier double clip de Tejdeen pour les titres Prêt et Oh God, « pour faire plaisir à la scène Soundcloud qui l’attendait », explique Jason. Pour le tourner, il.elle.s s’incrustent tou.te.s les trois à une soirée Halloween organisée à Lyon et tourne au milieu d’inconnu.e.s.

Tejdeen

Le trio s’amuse aujourd’hui de l’improvisation du clip mais Olive explique : « On ne voulait pas regretter les visuels. On imaginait déjà un cheminement avec les prochains projets. Comme Tej n’était pas encore identifié sur la scène rap, l’idée c’était de l’humaniser au fur et à mesure des covers. La première pochette, il ressemble presque à un alien, sur celle du deuxième projet, il y a plus de détails et la troisième… Il faut encore qu’on la fasse (rires). » Depuis notre rencontre, la cover est désormais disponible et laisse apparaître le visage de Tejdeen. Symbole de son évolution musicale, elle humanise celui qui n’était jusque-là qu’un objet digital en pleine construction.

Amusé lorsqu’on lui demande s’il se sent appartenir à la « new wave » du rap français, il préfère nuancer : « Je ne connais pas assez ce que veut dire la new wave pour dire si j’y appartiens ou pas. Il y a des gens qui montent et se connectent ensemble. Par la force des choses, tout le monde se connaît plus ou moins. On a tous des influences communes. Mais je ne me sens pas appartenir à un mouvement. Il était question qu’on fasse un morceau avec Khali mais ça ne s’est pas fait. Je suis plus connecté aux producteurs de cette génération qu’aux rappeurs. » 

100 % lyonnais

Avant de quitter la ville des Lumières, Tejdeen et ses ami.e.s tiennent à nous faire visiter quelques coins. De la boutique Focus tenue par l’un de leurs amis proches en passant par les quais et la place Bellecour, le trio raconte au fil de la balade leurs anecdotes ensemble. En passant devant la Marquise, Alexandre se remémore sa première partie au concert de Laylow tout en nous confiant sa passion pour le stand-up et son rêve de collaborer avec l’artiste jamaïcain Beam

C’est un Tejdeen désormais auréolé de sa couronne de platine que nous quittons dans la quartier de La Guillotière, là où nous avions retrouvé la petite bande. « Je suis encore jeune et frais, c’est le bon timing », nous rappelle-t-il confiant, prêt à se lancer dans la course au diamant.


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Ratu$, le fruit du charbon

Révélé au grand jour depuis son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann, Ratu$ n’a plus de temps à perdre. Après « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », sa première mixtape, il enchaîne avec un projet du même nom : « TTMS, Vol.2 ». Emporté par un engouement qu’il n’aurait pu prévoir, il écrit nuit et jour et redouble de productivité. Bien décidé à profiter de son moment pour devenir celui dont il a toujours rêvé. Le rappeur nous ouvre les portes de chez lui, à Pierrefitte-sur-Seine. Portrait.  


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«Je sors d’une session studio qui s’est terminée à 6h du mat! On discute, je vais dormir un peu et je reprends ce soir », débite Ratu$ lorsqu’on le retrouve en bas de son bâtiment de Pierrefitte-sur-Seine. Le rappeur ne laisse transparaître aucun signe de fatigue malgré sa nuit blanche. « Je ne fatigue jamais », ajoute-t-il en ajustant sur sa tête sa casquette North Face noire sur sa tête. Après une courte visite du hall de l’immeuble, il cherche furtivement du regard un endroit pour se poser. La solution est toute trouvée : sa Citroën C3 Picasso.

Une fois assis dans ce cockpit vieillissant qu’il connaît comme sa poche, il baisse la vitre et allume une première cigarette. Il souffle. Ratu$ travaille sans relâche. De studio en studio, de maquette en maquette. « Ce nest pas le moment de baisser le rythme », martèle-t-il. Et pour cause, sa mixtape « TTMS, Vol.2 » est sortie depuis deux mois.

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Dans ce deuxième volet d’une série de trois projets, l’artiste confie s’être plus livré : « Je suis plus profond que dans le premier volume. Je suis allé plus loin, surtout dans les prods. Je savais ce que je voulais. » Depuis plus d’un an et demi, le jeune Francilien cristallise les attentes et il le sent. Son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann en décembre 2020 a donné à sa musique une dimension nouvelle.

Un titre solo, velux, et tout s’emballe. Il se souvient : « Jai pris des followers de partout, c’était fou. Ça a tout changé parce que japparais sur la tape dun mec qui a tout pété. Je suis avec Nekfeu, Lesram, 3010, Kaaris et des producteurs de ouf. Diabi, Louis, Hugz… Les gars ils sont [disque de] diamant gros ! » Une invitation et une reconnaissance nouvelle pour le rappeur : « Maintenant je peux travailler avec eux. Ils sont haut pour moi, mais avec le peu de choses que jai pu accomplir, je peux discuter avec ces gens-là. Là cest pas la street crédibilité de la rue, tu es jugé par des musiciens. »

Des terrains de foot au studio de musique

Et si aujourd’hui le disque d’or de la mixtape est accroché avec fierté dans le salon de l’appartement de sa mère, une carrière dans la musique n’a pas toujours été une évidence pour celui qui a d’abord rêvé d’un avenir de footballeur à succès. « Jai joué toute ma vie et je suis partie plusieurs fois à l’étranger où j’étais professionnel. Je suis allé à Rimini en Italie, en Belgique et au Portugal où il y avait des problèmes de salaires et où je n’étais pas toujours payé. Et je suis revenu en France pour jouer en CFA (Championnat de France de football de National 2, NDLR). »

Ensuite suspendu pour une bagarre dont il aurait été l’un des protagonistes, c’est le début de la fin : « Rupture de contrat, je nai jamais repris, ça ma plombé. Ma mère me voyait partir, elle men voulait. Elle me reprochait de ne pas avoir fait d’études. Elle cest un peu l’éducation africaine. Si tu fais pas d’études, tu ne sers à rien. Alors je me suis acharné, jai appris. »

« Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » »

Ratu$ pour Mosaïque

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Fraîchement sorti du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), c’est donc pour sa mère que Ratu$ se donne corps et âme dans un BEP comptabilité. Après en avoir été exclu à 18 ans pour avoir « foutu la merde », c’est en candidat libre qu’il obtient son diplôme. Des études tête baissée en cherchant sa voie dans un parcours plus « classique » : « Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » Y a des potes à moi qui sont plombiers ou menuisiers alors quils auraient peut-être aimé faire dautres trucs. Moi avec le BEP je pensais que jallais apprendre à compter, à gérer une société. Au final rien du tout. »

« À l’époque, je voyais Ratu$ gratter au fond de la classe »

Les études, le foot, mais déjà le rap. Près de sa Citroën C3 qui s’est transformée en salon de discussion, un ami du rappeur s’approche. « Chinois ». C’est son surnom. Depuis le primaire, les deux hommes ne se sont pas quittés. « À l’époque, il était très bon en français. Je le voyais gratter au fond de la classe. La musique la vite rattrapé ! », se remémore ce résident du quartier. Ratu$ hoche la tête en signe d’approbation et précise : « Je rappais avec mes gars Diar et Def, un groupe qui sappelait Prototype. Mais ça prenait pas, même si ici, ça se répandait un peu, tout le monde kiffait. »

Au même moment, l’artiste rencontre Eff Gee, un rappeur du collectif l’Entourage, pendant une soirée. Puis, il croise les autres membres. « Je ne savais même pas quils faisaient du son. Quand jai appris quils allaient aux Rap Contenders, je savais pas c’était quoi. Quand jai regardé je leur ai dit mais vous êtes des fous ! Le mec est là il te dit : « Ta mère elle grosse »… Mais ils mont expliqué que c’était du trash talking, que c’était le jeu. »

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« Jayjay et Lama m’ont donné beaucoup. Ils m’ont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ? » »

Ratu$ pour Mosaïque

Ratu$ se rend de plus en plus régulièrement au studio de Deen Burbigo dans le 18e arrondissement de Paris, mais sans objectif précis. Sa rencontre avec les deux producteurs JayJay et Lama est un déclic : « Ils mont dit : « Vas-y lance toi ! Rentre dans la cabine et pose un truc. » Ils mont beaucoup donné. Ils mont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ?« . » Bientôt acteur, il observe encore. « Jallais au studio Don Dada, je regardais, janalysais, je prenais des conseils. Je faisais écouter et on me disait : « Ouais non cest pas terrible. » Même Chinois me le disait ! », raconte-t-il. Son acolyte confirme : « Oui tu avais des trucs à perfectionner. Mais tu avais déjà un truc, on se le disait. »

Couille de Loup, le tremplin de Ratu$

Tout s’emballe après qu’Eff Gee ait publié sur YouTube Couille de Loup I, le premier épisode d’une série de sept freestyles. Il raconte : « J’étais même pas au courant, il ne m’avait pas prévenu. Et il avait écrit « Ratu$«  avec le dollar. On mappelait souvent comme ça en tournée parce que j’étais dans la nuit, je faisais mes affaires à droite à gauche, je mangeais mal, toujours caché comme un rat. C’est devenu mon nom de scène… (Son ami le coupe) Alors que nous ici on lappelait Sekel, même encore maintenant ! »

Des premiers pas dans le game en toute confiance. Le rappeur né dans le 18e arrondissement de Paris confie ne pas avoir eu peur de trébucher : « Je ne me suis jamais dit que je voulais en être, jai ça en moi depuis toujours. J’étais tout neuf, personne ne me calculait. Javais le droit à lerreur. Parfois, Eff ne voulait pas sortir un titre et je lui disais non, on va le sortir, cest ma musique. J’écoute toujours lavis du groupe, mais cest moi qui ait le mot final. Si tu crois pas en toi à 100 %, qui y croira ? »

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C’est sur cette confiance que Ratu$ va s’appuyer pour articuler son art et ses premiers projets. « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », « TTMS Vol.2 »… En attendant le dernier volet. Il affirme avoir imaginé cette trilogie depuis déjà plusieurs années. « Tout est écrit dans ma tête. Les feats, tout. Ce que je vis, jen ai rêvé. Le matin je me lève, je prends un petit déjeuner, je fume, j’ouvre mon studio, je dis des mots et je gagne de largent. Si tu crois que tu vas vivre de ta musique pendant 50 ans et que tu vas faire danser des papis, tas rien compris. Je veux ramasser un max, monter un business, et me casser.

Il arrête sa tirade, réfléchit et récite : « Un jour Alpha Wann ma dit : « Le but cest que dans cinq ans on regarde lheure sur nos Rolex et on se demande qui va payer laddition. Quon soit plus au niveau du seuil de pauvreté.«  » 

Des doutes mais de la passion

Planter les graines de son travail pour en voir germer le fruit, c’est le mantra qu’il développe tout au long de ses mixtapes. Et pourtant, la récompense n’a pas été toute de suite au rendez-vous. « Avant velux j’étais à deux doigts d’cher-lâ », rappe le jeune homme dans le morceau Nombre 38.

Et pour cause, les premiers sous se sont faits attendre. Il décrit une certaine frustration : « Jai eu une période de doute. Le premier truc que jai touché des streams c’était à Couille de Loup V ou VI et jai pris 70 euros. Pour un gars comme moi qui sort de la rue c’était compliqué… Avoir des contraintes, rester au studio, aller aux rendez-vous… Mais maintenant cest bon, jai fait le volume 2 avec beaucoup de passion. » Son ami dénommé « Chinois » reprend : « Cest vrai quon le voit moins ici. Mais je lui dis fonce ! Ici cest la prison, pars casse toi. »

Pourtant, Ratu$ est resté très proche de chez lui et vit toujours dans le même quartier. « Tu vois là-bas sur la route ? Et bah sur ce trottoir là, tes à Saint-Denis. Ici cest ma vie, il y a du monde de partout. Ma mère habite juste là, au numéro 7 », précise-t-il. Rien n’a changé. En faisant trembler les enceintes de sa voiture avec l’un de ses prochains titres pas encore dévoilé, il prend la voiture et se gare dans le centre-ville pour rejoindre ses compères.

« Ratu$ a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous »

Gainz, un habitant de Pierrefitte-sur-Seine, se réchauffe avec une tasse de thé chaude devant l’épicerie du coin. Spontanément, il vient à notre rencontre pour vanter les mérites de son ami rappeur, les yeux brillant de fierté : « Il a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous. Son kickage, ses gimmicks, ça vient dici. Il nous raconte, cest que la vérité, il ment pas hein ! » « Cartable », de son surnom, vient aussi s’asseoir à la table pour ajouter : « Signature 93 ! La misère sociale. Il a du talent, mais il va encore faire mieux. »

Tous sont venus acclamer leur Ratu$ lorsqu’il était programmé en première partie de Deen Burbigo à l’Olympia, en octobre 2021. « C’était la première fois quun mec du quartier était sur une scène remplie de Paris. Jai ramené tout le quartier dans les loges, c’était trop fort », raconte l’artiste en réajustant sa sacoche jaune et bleue pour poser devant notre objectif. Au milieu des siens.


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Naïri Zadourian, la revanche d’une brune

À bientôt 30 ans, Naïri Zadourian a la carrière dont n’osent même pas rêver tous les jeunes diplômé.e.s de l’examen du barreau. Un an seulement après l’obtention de son diplôme, cette avocate croule sous les dossiers. Elle a ouvert son propre cabinet et a dû engager un collaborateur. En cause : une forte exposition médiatique liée au dossier du rappeur DA Uzi dont elle s’est saisie en mai 2021. En parallèle, Naïri Zadourian ne cache pas un tempérament emprunt d’humour et de franc-parler qu’elle affiche sans complexe sur Twitter où elle cumule des milliers d’abonné.e.s. Avocate atypique dans le milieu de la justice, elle s’est confiée à Mosaïque. Portrait.


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«T’as des beaux yeux mashallah. On y voit le paradis, ça veut dire qu’on va se revoir », lance un passant à Naïri Zadourian alors que nous sommes assis.e.s à un café de Bobigny, à deux pas du palais de justice. Ce jour là, le soleil a décidé d’éclairer les grands yeux bleu azur de l’avocate. Son audience est à 13 h 30 mais Naïri est sur place depuis 10 h 30. Afin d’anticiper le moindre accroc. Le jour de notre rencontre, elle se présente avec une chaleur naturelle et deux cafés à la main. Au passant qui la complimente et se présente comme le « messi », elle répond de ce ton spontané qui fait sa réputation : « Merci pour les buts ! ».

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Cette grande brune à la voix grave ne rate jamais une occasion de faire rire ceux et celles qui l’écoutent. Comme sa meilleure amie Adélaïde : « Je la connais depuis sept ans. Elle a toujours eu ce coté humoristique, un peu piquant. C’est ce qui a fait qu’on s’entendait bien. Mais elle est très sérieuse professionnellement. C’est aussi sa manière de décompresser. »

Un trait de personnalité qui lui vaut d’être suivie par des milliers de personnes sur Twitter. Et le compteur s’est envolé lorsqu’elle s’est saisie du dossier du rappeur DA Uzi. En quelques tweets, elle double son nombre d’abonné.e.s, passant de 17 000 à 34 000 followers.

DA Uzi : l’affaire d’une vie

Un soir banal dans la vie d’une avocate qui débute, Naïri Zadourian reçoit en mai 2020 le dossier qu’un ami lui transmet. DA Uzi a été arrêté pour détention de stupéfiants et d’armes. Elle se souvient : « Je le connaissais de nom. Avant de prendre en charge l’affaire, je suis allée voir qui je défendais. Parce quentre DA Uzi, Uzi, Lil Uzi Vert, je ne savais plus qui était qui (rires). Mais surtout, rappeur ou pas rappeur, je men fichais. » Attachée à chacun de ses client.e.s qu’elle appelle ses « petits chats », Naïri cherche à les comprendre pour mieux les défendre, convaincue que « l’être humain n’est ni mauvais ni bon ». Elle décide donc de représenter l’artiste à la barre et obtient sa relaxe, le 31 mai, pour vices de procédure.

Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que ça voulait dire.

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

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L’avocate se souvient : « Dans sa tête, DA Uzi allait retourner en prison. Jétais assise. La présidente dit le mot « relaxe ». Je lève les yeux au ciel en me disant : « Tu las fait bordel ». Je me retourne pour vérifier quil a compris. Il était un peu sonné. » Un mot : « relaxe ». S’il permet à DA Uzi de reprendre le cours de sa vie, il s’apprête à faire basculer celle de Naïri. Fière de son succès, elle répond sur Twitter au drilleur Freeze Corleone qui réclamait la libération du rappeur de Sevran. « C’est fait », écrit-t-elle.

À son tour, il répond : « Merci beaucoup Madame ». Une pluie de remerciements s’abat sur la jeune femme. « Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que c’était. » Le rap game s’empresse de la féliciter. De Mister You à Aya Nakamura en passant par Sadek qui lui glisse : « J’espère que petite pénaliste deviendra grande. » La semaine suivante, elle déjeune même avec DA Uzi et Ninho pour célébrer sa libération et poste une photo sur les réseaux sociaux.

« Je suis une jeune femme issue de limmigration. La cible facile »

Très vite, les retombées se font moins joyeuses. Pendant des mois, Naïri Zadourian est cyberharcelée par des internautes issu.e.s des mouvances d’extrême droite : insultes racistes, sexistes, antisémites, menaces de mort et de viol… Elle raconte : « Avec cette affaire, ce qui ma fait bader ce ne sont pas les insultes. Jai lhabitude et je m’en branle, mais cest lexposition. Cest la première fois de ma vie que je sortais dans la rue et que les gens me reconnaissaient. »

Parfois, Naïri Zadourian craint pour sa sécurité. Un soir à son cabinet, quelqu’un se met à tambouriner sur la porte de son cabinet après l’avoir suivie. « Jusquà aujourd’hui, je reçois encore des messages donc sur le moment c’était terrible. Je me suis rendue compte en pleine soirée, un samedi soir avec des potes, que ça maffectait. Jai eu dun coup une boule au ventre, le cœur serré, les larmes aux yeux. Je suis allée pleurer dans la chambre dun de mes potes. Parce que je ne savais plus quoi faire de ces insultes, de cette exposition. »

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« On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. »

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

Son collaborateur Vincent Nativi l’a vécu à ses côtés : « Cest là ou je me suis rendu compte de la force du harcèlement. Elle me disait avoir besoin de déconnecter parce que c’était violent pour elle. » Lorsqu’on lui demande si elle regrette, sa réponse est sans appel : « Je ne regretterai jamais de ma vie davoir obtenu la libération dun gars. On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. » 

La jeune femme pointe aussi du doigt ce qu’elle incarne : « Quand Éric Dupond-Moretti prenaient des photos avec ses clients : Benzema ou Balkany ou quand Maître Ruben allait sur Skyrock pour parler de Fianso… Ils n’ont jamais pris le quart des insultes que jai reçues. Pourquoi ? Parce que je suis une jeune femme issue de limmigration. La cible facile. »

La vocation de la justice

Naïri ne compte pas pour autant se retirer du réseau à l’oiseau bleu, là où depuis des années elle tweete « dès qu’elle pense à un truc ». « J’aime cette instantanéité. Aujourd’hui, je peux autant faire un tweet sur l’état de droit que sur le dernier album d’Hamza et avoir la même quantité de réactions. »

Même si elle regrette que l’exposition engendre des responsabilités indésirées. « Parce que je suis d’origine arménienne, on me demande de prendre position. Certaines personnes de la communauté arménienne sont dextrême droite. Sauf que nous sommes héritiers dun génocide arménien qui a été rendu possible à cause des nationalistes dextrême droite. Pour moi cest une honte absolue quon se permette de cautionner les idées de nos génocidaires. Quand jouvre ma gueule sur ce sujet, les gens de la communauté sont les plus virulents auxquels jai eu affaire sur ce réseau. On ma demandé de changer de nom de famille, on a demandé des comptes à mes parents… »

D’une mère libanaise et d’un père iranien, la petite Naïri veut devenir avocate depuis l’âge de 8 ans. « Mon grand frère faisait beaucoup de bêtises et quand mes parents lengueulaient, ça me faisait mal au cœur. Je trouvais ça injuste. Je prenais sa défense et ma mère hurlait : « Tes pas lavocate de ton frère ! ». Issue d’une famille d’immigré.e.s, le métier d’avocat incarne la réussite selon elle : « Mes parents voulaient que je fasse ce travail. Cest un peu le fantasme de tous les immigrés. Que leurs enfants aient un meilleur niveau de vie qu’eux. Ils avaient un peu peur pour moi mais maintenant ça va. Par contre à chaque fois que je leur dis que je vais en taule, ma mère est en arrêt cardiaque (rires). »

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Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement.

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

Très vite, celle qui grandit à Meudon-la-Forêt, Nanterre puis Saint-Denis se met également en tête de défendre ses ami.e.s : « La banlieue, je l’ai côtoyée et je la côtoie toujours. Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement. Un jour, jai vu l’un de mes potes se prendre une clé de bras par un mec de la BAC devant une boîte. Il était en train d’étrangler mon pote. Il disait : « Je desserre pas tant que tu te calmes pas ». Et mon pote disait : « Je me calme pas tant que tu desserres pas ». Du coup, on fait quoi ? Depuis ce jour-là, je me suis dit hors de question que je laisse faire. C’était lun de mes déclics. » 

C’est chose faite. Après l’affaire DA Uzi, elle a pu ouvrir son propre cabinet. Fait rare à seulement un an de barre : la jeune avocate croule sous les demandes et peut même se permettre de refuser des dossiers. Des journées effrénées qui ne surprennent pas sa meilleure amie. Adélaïde l’a toujours vu courir après le temps : « Même quand elle ne travaillait pas, elle était quand même surbookée. Elle a toujours été à 100 à lheure. C’est quelqu’un d’hyper volontaire. »

Un succès mérité

Pour tenir le rythme, elle s’est offerte les services d’un collaborateur. Vincent Nativi a prêté serment la même année qu’elle : « On travaille ensemble principalement grâce à cette affaire DA Uzi qui lui en a apporté dautres, cest leffet boule de neige. C’était impressionnant. On a la chance de pouvoir choisir nos missions et cest formidable au stade de nos carrières. Au quotidien, Naïri est exigeante. On a la même vision de la profession, on ne se permet pas de faire le travail à moitié. »

Un succès qui sonne comme une justice pour celle qui confesse que le film « La revanche d’une blonde » a marqué sa vie. Elle considère sa situation comme un digne retour des choses, après de mauvaises expériences : « Il y a deux ans à l’école davocats, j’étais qualifiée pour un concours de plaidoirie pour représenter mon école à la finale et des filles ont été dire au directeur d’école que je harcelais des élèves. Sans preuve, sans rien, on ma disqualifiée et on ma menacée de poursuites disciplinaires et pénales. C’était l’une de mes anciennes meilleures amies. J’ai passé 6 mois sous antidépresseur tellement c’était injuste. Et me dire quun an après, on ne parle que de moi, jespère que ça leur fait les pieds. » 

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Aujourd’hui encore, elle se sent « isolée » dans le milieu des avocats : « Heureusement quil y a les jeunes confrères qui me soutiennent. Cest un peu injuste de dire ça parce que quand je me suis faite harcelée, jai eu le soutien de toute la profession. Mais dans lexercice quotidien, ce nest pas pareil. » Un sentiment que partage celui qui travaille à ses côtés, Vincent Nativi : « Elle a une carrière qui est bien plus en avance quun avocat normal, donc il y a la peur de ne pas être considéré, dapparaître comme le nouveau et de devoir montrer que tu es là et que tu mérites. »

Le syndrome de l’imposteur

Malgré la réussite, la jeune femme manque encore de confiance en elle : « Jaurai le syndrome de limposteur toute ma vie. Je pense que quand j’étais jeune dans ma famille, on ma beaucoup rabaissée. Mes grands cousins, mes grands frères avaient toujours lhabitude de me dire que je ne valais rien, que je ne pouvais pas parler sans diplôme. Jai presque eu le droit à la parole dans ma famille quand jai obtenu ma licence. Maintenant, je n’arrive pas à être fière de moi sans quon me donne une raison de l’être. »

Gênée devant notre caméra, l’avocate explique détester prendre la pose et ne jamais se trouver jolie sur les photos. Alors qu’elle parle pendant le shooting pour se détendre et détourner son attention de l’objectif, elle avoue sa « peur de la mort, de la vieillesse, de la solitude, de tout ce qui fait souffrir ». Tout en s’inquiétant d’avoir bientôt 30 ans en juillet prochain. Mais Naïri a le charme de l’humour immortel et n’oublie jamais de nuancer ses craintes avec un goût insolent de la formule : « Je suis vieille mais intemporelle. »


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DMS : le joyeux mélomane de la new wave

Depuis la sortie du morceau Bad Luv en juillet 2020, DMS s’est fait discret. Pourtant, derrière les murs du studio Avlanche à Ivry-sur-Seine, le rappeur de 22 ans concoctait en douce son premier projet : « Rideaux bleus », paru le 10 décembre dernier. Pour l’occasion, il a invité de jeunes confrères, à savoir La Fève, 99 et Chanceko (et Le Motif, NDLR). Tous font partie d’une génération d’artistes prometteur.se.s, « la new wave », qui tente de bousculer les codes du hip-hop français. DMS incarne ces nouvelles inspirations et ce souffle de fraîcheur. Jusqu’ici réservé dans les médias, il a accepté de lever le rideau sur sa personnalité pour Mosaïque. Le producteur 99, le compositeur Guapo du Soleil et le réalisateur SwimTheDog, proches du rappeur, ont aussi joué le jeu de la confidence. Portrait.


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Place à votre lecture :

C‘est une vague qui déferle sur le rap français. Une vague couleur arc-en-ciel, teintée du jaune de Khali, des reflets lotus de Sonbest, du rouge de Chanceko et qui ne pouvait s’échouer sur la plage de 2021 sans se draper du bleu de DMS. L’artiste a pris le large le 10 décembre 2021 avec son projet « Rideaux bleus », venant clôturer aux côtés de La Fève une année colorée par « la new wave » du rap français. Dans ce fracas de couleurs, DMS se devait d’apporter sa touche au tableau. Nous l’avons rencontré au studio Avlanche d’Ivry-sur-Seine. Caché derrière ses lunettes de soleil, encore fatigué de la veille, vêtu d’un pull floqué « Laîla », il explique : « Rideaux bleus, c’est une référence au ciel, à quelque chose d’assez mystique et nébuleux, ça touche aussi à la religion. » 

Le rappeur avait ce projet en tête depuis plus de deux ans, date à laquelle sa carrière musicale prend une tournure sérieuse lors de sa rencontre avec l’artiste Chanceko. Les deux rappeurs se voient pour la première fois au 99 studio, un lieu d’enregistrement qui porte le nom de son créateur, 99, producteur devenu l’un des visages de la next gen. L’alchimie passe et à trois, ils créent le titre Bad Luv.

Pendant l’été 2020, le titre devient un nouvel hymne du rap underground et atteint le million de streams sur Spotify. « C’est mon premier succès. C’est à ce moment là que j’ai senti une vraie hype qui m’a poussé à continuer en solo et à confirmer les attentes », confie l’interprète. Cette poussée artistique, 99, l’a lui aussi ressenti : « Pour tout le monde, ça a été un point de départ. Ça nous a donné une grosse crédibilité pour la suite. Grâce à ça, DMS a pu négocier un bon deal en label. »

DMS et Guapo du Soleil : un début en binôme 

Avant de créer son propre label, Ciel, en distribution avec la maison de disque Wagram Music, c’est dix ans plus tôt que DMS commence timidement à rapper à l’âge de 12 ans lorsque sa mère ramène un ordinateur à la maison. Il commence des « vieilles prods », tel qu’il les qualifie, réalisées sur le logiciel Garageband en enregistrant des morceaux qu’il a depuis supprimé pour « ne laisser aucune traces ». Comme beaucoup de rappeur.se.s, c’est donc dans sa chambre des Hauts-de-Seine que tout commence. C’est aussi là qu’il rencontre celui qui deviendra son meilleur ami dans la musique, le compositeur Guapo du Soleil. 

Les deux adolescents sont dans le même lycée et Guapo est ami avec le frère de DMS chez qui il passe beaucoup de temps. Alors qu’un jour il est « posé » dans le salon, il entend une mélodie sortir de la pièce où se terre l’apprenti rappeur. Guapo se souvient : « J’avais commencé à rapper à cette époque mais je n’avais jamais fait de son. Je suis rentré dans sa chambre, j’ai trouvé que ce qu’il faisait était super lourd. On a enregistré un son qui était pas ouf. Et moi, derrière je me suis vite rendu compte que j’étais nul donc je suis passé de l’autre coté des machines pour produire. » 

DMS est un adolescent passionné qui ne sort pas beaucoup de chez lui. Après le lycée, son bac ES en poche, il poursuit trois ans de droit sans grande conviction. Dès qu’il touche un peu d’argent, il l’investit dans du matériel pour enregistrer chez lui. De temps en temps, il fréquente un studio gratuit au sous-sol du conservatoire de sa ville mais « ça a commencé à devenir sérieux il y a deux trois ans lors de mes premières grosses sessions au studio 99 », explique DMS. 

L’énergie du collectif façon new wave

Les mois passent et le studio 99 disparaît. Les jeunes artistes qui s’y réunissent trouvent un nouveau refuge au sein des studios de production Avlanche à Ivry-sur-Seine. Ici, interprètes et producteurs se croisent, discutent et travaillent spontanément. C’est au milieu de cette effervescence musicale que DMS prend ses marques et forge son identité. Le compositeur 99 l’a vu évoluer : « Depuis le début, il est trop fort en topline (un air musical, NDLR) et il écrit super bien. Mais petit à petit, il a gagné de la confiance et il a pris un niveau exceptionnel. Les sons qu’il fait en ce moment sont encore un cran au dessus. »

C’est au cœur de ce mouvement que, comme chacun des projets de cette nouvelle vague, tout se construit en équipe. DMS ressent cette énergie comme « une quête de créativité perpétuelle ». Un esprit collectif « qui ne s’arrête jamais de produire et autour duquel se dégage une vraie vibe positive ». 

Entouré, il commence à construire son projet « Rideaux bleus » en 2019. DMS explique : « La phase de conception de l’album a été longue pour construire un projet vraiment cohérent. J’ai travaillé chaque son pour qu’ils se répondent les un les autres. » « Rideaux bleus » raconte l’histoire d’une soirée où l’ambiance décline petit à petit avant de retomber dans les travers de la mélancolie : « Plus l’album avance, plus il prend une tournure personnelle, avec une ambiance de fin de soirée où je discute avec l’auditeur en lui racontant mes baraudes en ville. » En dix titres, DMS dit vouloir retranscrire « le sentiment des couleurs de la ville ». 

La Fève, 99, Le Motif et Chanceko

Impossible pour le rappeur originaire du 92 d’organiser une soirée sans inviter ses acolytes. La Fève se tape l’incruste sur le morceau Promesses, le producteur 99 s’invite sur Coeur vides, poches pleines tandis que Le Motif fait son entrée avec Particulière et que Chanceko rentre sur la piste sur Pendentif. Derrière les platines, c’est le compositeur Guapo du Soleil qui mène la danse : « Ce projet a été construit comme une carte de visite pour montrer un panel de ce qu’il est capable de faire et de ce qu’il aime. Il a gardé des sons plus chauds tout en allant vers des sonorités moins chaleureuses sur Vide qui est plus mélancolique ou House qui envoie un peu plus. »

Guapo garde un bon souvenir de la conception du morceau House : « On a organisé une fête quand je vivais encore chez ma daronne, il y a presque deux ans. C’est là qu’avec DMS, on a capté Junior Alaprod pour la première fois (compositeur de trois titres du projet, NDLR). On était même pas partis pour faire du son mais l’ambiance était tellement lourde qu’elle a donné naissance à House. Ce titre, c’était une évidence. Tout le monde dans la pièce trouvait ça incroyable. »

C’est aussi dans ce groupe créatif que DMS croise la route du réalisateur SwimTheDog. Leur dernière collaboration : le clip du morceau Rideaux Bleus. L’homme derrière la caméra se rappelle : « Il m’a beaucoup surpris. Il était très à l’aise devant la caméra. On a pensé un décor avec des toiles partout, c’était un délire. Nous n’avions pas trop de budget, mais on y a mis beaucoup de spontanéité. Son univers se démarque vraiment.»

« DMS a un rôle rassembleur pour cette génération »

Le projet est aussi une consécration de plusieurs années de travail pour DMS. À désormais 22 ans, le rappeur a su prouver ses qualités de toplineur (celui qui écrit la mélodie vocale et les paroles par-dessus une prod, NDLR) avec un disque d’or obtenu sur le morceau Miel de Wejdene : « Ça fait quelque chose de ramener une plaque à la daronne. Ça a été une première récompense matérielle. Elle m’a permis de concrétiser auprès de mes proches et dans le monde de la musique. Mais maintenant, je veux travailler mon identité de rappeur. »

Avec « Rideaux bleus », DMS tient à s’affirmer en tant qu’artiste. Pour Guapo du Soleil, l’importance de DMS au sein de la new wave du rap français dépasse le cadre musical. Selon lui, « c’est un mec qui a un rôle rassembleur pour cette génération. Il est hyper sociable, super pote avec tout le monde. C’est important d’avoir quelqu’un comme ça quand un courant se développe. » 

Si encore aujourd’hui, les rentrées d’argent issues de la musique sont « très irrégulières » pour lui, DMS trace son chemin entouré des siens, préférant pour l’instant ne pas dévoiler l’origine de son nom de scène. Une chose est sûre : tous ses proches interrogés évoquent un blagueur dans l’âme avec le cœur sur la main.

Guapo l’assure : « DMS, c’est un des mecs avec qui on rigole le plus. Il est souvent chez moi et tous les soirs, on pleure de rire. C’est aussi un des mecs les plus fidèles que je connaisse. Je sais que je peux lui parler de nimporte quoi que ce soit par rapport à la musique ou non. Cest un mec de bons conseils, grave à l’écoute. C’est un personnage rassurant à avoir à ses cotés. Tu peux toujours compter sur lui. Cest un mec que je chéris de fou dans mon entourage. Cest un peu à leau de rose mais cest sincère (rires). Il fait le bien autour de lui. » Une version confirmée par 99 en quelques mots : « DMS, c’est le plus love de tous. »