Depuis la sortie du morceau Bad Luv en juillet 2020, DMS s’est fait discret. Pourtant, derrière les murs du studio Avlanche à Ivry-sur-Seine, le rappeur de 22 ans concoctait en douce son premier projet : « Rideaux bleus », paru le 10 décembre dernier. Pour l’occasion, il a invité de jeunes confrères, à savoir La Fève, 99 et Chanceko (et Le Motif, NDLR). Tous font partie d’une génération d’artistes prometteur.se.s, « la new wave », qui tente de bousculer les codes du hip-hop français. DMS incarne ces nouvelles inspirations et ce souffle de fraîcheur. Jusqu’ici réservé dans les médias, il a accepté de lever le rideau sur sa personnalité pour Mosaïque. Le producteur 99, le compositeur Guapo du Soleil et le réalisateur SwimTheDog, proches du rappeur, ont aussi joué le jeu de la confidence. Portrait.
C‘est une vague qui déferle sur le rap français. Une vague couleur arc-en-ciel, teintée du jaune de Khali, des reflets lotus de Sonbest, du rouge de Chanceko et qui ne pouvait s’échouer sur la plage de 2021 sans se draper du bleu de DMS. L’artiste a pris le large le 10 décembre 2021 avec son projet « Rideaux bleus », venant clôturer aux côtés de La Fève une année colorée par « la new wave » du rap français. Dans ce fracas de couleurs, DMS se devait d’apporter sa touche au tableau. Nous l’avons rencontré au studio Avlanche d’Ivry-sur-Seine. Caché derrière ses lunettes de soleil, encore fatigué de la veille, vêtu d’un pull floqué « Laîla », il explique : « Rideaux bleus, c’est une référence au ciel, à quelque chose d’assez mystique et nébuleux, ça touche aussi à la religion. »
Le rappeur avait ce projet en tête depuis plus de deux ans, date à laquelle sa carrière musicale prend une tournure sérieuse lors de sa rencontre avec l’artiste Chanceko. Les deux rappeurs se voient pour la première fois au 99 studio, un lieu d’enregistrement qui porte le nom de son créateur, 99, producteur devenu l’un des visages de la next gen. L’alchimie passe et à trois, ils créent le titre Bad Luv.
Pendant l’été 2020, le titre devient un nouvel hymne du rap underground et atteint le million de streams sur Spotify. « C’est mon premier succès. C’est à ce moment là que j’ai senti une vraie hype qui m’a poussé à continuer en solo et à confirmer les attentes », confie l’interprète. Cette poussée artistique, 99, l’a lui aussi ressenti : « Pour tout le monde, ça a été un point de départ. Ça nous a donné une grosse crédibilité pour la suite. Grâce à ça, DMS a pu négocier un bon deal en label. »
DMS et Guapo du Soleil : un début en binôme
Avant de créer son propre label, Ciel, en distribution avec la maison de disque Wagram Music, c’est dix ans plus tôt que DMS commence timidement à rapper à l’âge de 12 ans lorsque sa mère ramène un ordinateur à la maison. Il commence des « vieilles prods », tel qu’il les qualifie, réalisées sur le logiciel Garageband en enregistrant des morceaux qu’il a depuis supprimé pour « ne laisser aucune traces ». Comme beaucoup de rappeur.se.s, c’est donc dans sa chambre des Hauts-de-Seine que tout commence. C’est aussi là qu’il rencontre celui qui deviendra son meilleur ami dans la musique, le compositeur Guapo du Soleil.
Crédit : Lucas Beasse pour Mosaïque.
Les deux adolescents sont dans le même lycée et Guapo est ami avec le frère de DMS chez qui il passe beaucoup de temps. Alors qu’un jour il est « posé » dans le salon, il entend une mélodie sortir de la pièce où se terre l’apprenti rappeur. Guapo se souvient : « J’avais commencé à rapper à cette époque mais je n’avais jamais fait de son. Je suis rentré dans sa chambre, j’ai trouvé que ce qu’il faisait était super lourd. On a enregistré un son qui était pas ouf. Et moi, derrière je me suis vite rendu compte que j’étais nul donc je suis passé de l’autre coté des machines pour produire. »
DMS est un adolescent passionné qui ne sort pas beaucoup de chez lui. Après le lycée, son bac ES en poche, il poursuit trois ans de droit sans grande conviction. Dès qu’il touche un peu d’argent, il l’investit dans du matériel pour enregistrer chez lui. De temps en temps, il fréquente un studio gratuit au sous-sol du conservatoire de sa ville mais « ça a commencé à devenir sérieux il y a deux trois ans lors de mes premières grosses sessions au studio 99 », explique DMS.
L’énergie du collectif façon new wave
Les mois passent et le studio 99 disparaît. Les jeunes artistes qui s’y réunissent trouvent un nouveau refuge au sein des studios de production Avlanche à Ivry-sur-Seine. Ici, interprètes et producteurs se croisent, discutent et travaillent spontanément. C’est au milieu de cette effervescence musicale que DMS prend ses marques et forge son identité. Le compositeur 99 l’a vu évoluer : « Depuis le début, il est trop fort en topline (un air musical, NDLR) et il écrit super bien. Mais petit à petit, il a gagné de la confiance et il a pris un niveau exceptionnel. Les sons qu’il fait en ce moment sont encore un cran au dessus. »
C’est au cœur de ce mouvement que, comme chacun des projets de cette nouvelle vague, tout se construit en équipe. DMS ressent cette énergie comme « une quête de créativité perpétuelle ». Un esprit collectif « qui ne s’arrête jamais de produire et autour duquel se dégage une vraie vibe positive ».
Crédit : Lucas Beasse pour Mosaïque.
Entouré, il commence à construire son projet « Rideaux bleus » en 2019. DMS explique : « La phase de conception de l’album a été longue pour construire un projet vraiment cohérent. J’ai travaillé chaque son pour qu’ils se répondent les un les autres. » « Rideaux bleus » raconte l’histoire d’une soirée où l’ambiance décline petit à petit avant de retomber dans les travers de la mélancolie : « Plus l’album avance, plus il prend une tournure personnelle, avec une ambiance de fin de soirée où je discute avec l’auditeur en lui racontant mes baraudes en ville. » En dix titres, DMS dit vouloir retranscrire « le sentiment des couleurs de la ville ».
La Fève, 99, Le Motif et Chanceko
Impossible pour le rappeur originaire du 92 d’organiser une soirée sans inviter ses acolytes. La Fève se tape l’incruste sur le morceau Promesses, le producteur 99 s’invite sur Coeur vides, poches pleines tandis que Le Motif fait son entrée avec Particulière et que Chanceko rentre sur la piste sur Pendentif. Derrière les platines, c’est le compositeur Guapo du Soleil qui mène la danse : « Ce projet a été construit comme une carte de visite pour montrer un panel de ce qu’il est capable de faire et de ce qu’il aime. Il a gardé des sons plus chauds tout en allant vers des sonorités moins chaleureuses sur Vide qui est plus mélancolique ou House qui envoie un peu plus. »
Guapo garde un bon souvenir de la conception du morceau House : « On a organisé une fête quand je vivais encore chez ma daronne, il y a presque deux ans. C’est là qu’avec DMS, on a capté Junior Alaprod pour la première fois (compositeur de trois titres du projet, NDLR). On était même pas partis pour faire du son mais l’ambiance était tellement lourde qu’elle a donné naissance à House. Ce titre, c’était une évidence. Tout le monde dans la pièce trouvait ça incroyable. »
C’est aussi dans ce groupe créatif que DMS croise la route du réalisateur SwimTheDog. Leur dernière collaboration : le clip du morceau Rideaux Bleus. L’homme derrière la caméra se rappelle : « Il m’a beaucoup surpris. Il était très à l’aise devant la caméra. On a pensé un décor avec des toiles partout, c’était un délire. Nous n’avions pas trop de budget, mais on y a mis beaucoup de spontanéité. Son univers se démarque vraiment.»
« DMS a un rôle rassembleur pour cette génération »
Le projet est aussi une consécration de plusieurs années de travail pour DMS. À désormais 22 ans, le rappeur a su prouver ses qualités de toplineur (celui qui écrit la mélodie vocale et les paroles par-dessus une prod, NDLR) avec un disque d’or obtenu sur le morceau Miel de Wejdene : « Ça fait quelque chose de ramener une plaque à la daronne. Ça a été une première récompense matérielle. Ellem’a permis de concrétiser auprès de mes proches et dans le monde de la musique. Mais maintenant, je veux travailler mon identité de rappeur. »
Avec « Rideaux bleus », DMS tient à s’affirmer en tant qu’artiste. Pour Guapo du Soleil, l’importance de DMS au sein de la new wave du rap français dépasse le cadre musical. Selon lui, « c’est un mec qui a un rôle rassembleur pour cette génération. Il est hyper sociable, super pote avec tout le monde. C’est important d’avoir quelqu’un comme ça quand un courant se développe. »
Crédit : Lucas Beasse pour Mosaïque.
Si encore aujourd’hui, les rentrées d’argent issues de la musique sont « très irrégulières » pour lui, DMS trace son chemin entouré des siens, préférant pour l’instant ne pas dévoiler l’origine de son nom de scène. Une chose est sûre : tous ses proches interrogés évoquent un blagueur dans l’âme avec le cœur sur la main.
Guapo l’assure : « DMS, c’est un des mecs avec qui on rigole le plus. Il est souvent chez moi et tous les soirs, on pleure de rire. C’est aussi un des mecs les plus fidèles que je connaisse. Je sais que je peux lui parler de n’importe quoi que ce soit par rapport à la musique ou non. C’est un mec de bons conseils, grave à l’écoute. C’est un personnage rassurant à avoir à ses cotés. Tu peux toujours compter sur lui. C’est un mec que je chéris de fou dans mon entourage. C’est un peu à l‘eau de rose mais c’est sincère (rires). Il fait le bien autour de lui. » Une version confirmée par 99 en quelques mots : « DMS, c’est le plus love de tous. »
L’année 2020 a été riche en sortie pour le rap français, avec des rendez-vous du vendredi soir toujours plus chargé. La rédaction de Mosaïque a décortiqué tous les albums, mixtapes et EP parus pendant les douze derniers mois et vous livre sa sélection. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.
Les albums
« Trinity » – Laylow
Crédit : Osman Mercan, Eliott Grunewald, Hornus Studio et Maxime Guyon.
Dans des suites binaires de 1 et de 0, Laylow se dématérialise pour s’immerger dans l’univers de « Trinity ». Pris dans le tourbillon d’un logiciel de stimulation émotionnelle, l’artiste fuit la dureté de sa réalité et s’enivre d’une euphorie artificielle. Avant de remonter à la surface. Avec cet opus concept minutieusement travaillé, le toulousain propose une épopée auditive digne du film d’Andy et Larry Wachowski (« Matrix », 1999). Emmené par des pistes interludes qui guident l’écoute, sa musicalité dénotent par une utilisation exigeante, tantôt avant-gardiste, de l’auto-tune. Il articule alors une ambiance vert-obscure qui traverse la haine, l’excitation, la peine et la mélancolie.
La richesse en guise de faire-valoir, Dioscures comme architecte. Le compositeur laisse son empreinte sur douze morceaux et manipule avec brillo les atmosphères dantesques et dramatiques qui parcourent la tracklist. Son association avec le pianiste Sofiane Pamart donne également lieu à des ambiances abouties, poussées à leur paroxysme. En témoigne la mélancolie poignante de NAKRÉ où Laylow se noie dans un chagrin atrophié de vocaux robotiques.
Sans porter l’ambition du texte et du lyricisme, il livre un produit complet qui vibre tout autant avec l’âme de Lomepal, Alpha Wann, Jok’air, S.Pri Noir… Tous invités avec justesse. « Trinity » marque la fin du succès d’estime d’un moderniste. Un accomplissement inespéré, auréolé d’un disque d’or au mois de novembre. Laylow signe ainsi la victoire d’un rap digital encore niché, aux allures d’une nouvelle vague artistique. Blason couleur Digital Mundo.
Premier et dernier album d’un artiste insaisissable, « Adios Bahamas » marque le début de l’année 2020 par sa fraîcheur. Ce testament musical se démarque de la plume sombre et acerbe à laquelle nous avait habitué jusqu’alors Népal. Comme s’il avait enfin sorti la tête de l’eau après avoir sondé les abysses, le rappeur de la 75e session égraine dans un album aux sonorités claires et mélodieuses, ses principes de vies : apprendre à connaître ses ennemis, ne pas céder à la négativité, faire de sa différence une force…
Avec cet album, salué par la critique, Népal opère une mue intellectuelle et musicale tout en restant proche de ses valeurs. Une évolution qui se retrouve notamment dans le morceau Sundance, ode à l’anticonformisme et à l’art indépendant, produit par Diabi.
– Robin Spiquel
« QALF » – Damso
Crédit : Romain Garcin.
En préparation depuis près de cinq ans, « QALF » semble sortir des tripes du rappeur bruxellois, au sens propre comme au figuré. Chamboulé par la maladie de sa mère, Damso offre une introspection quasi-complète. De l’absence de son fils jusqu’aux souvenirs d’un passé de galère, l’album s’épanche sur la contradiction d’une vie d’opulence et de ses sentiments troubles, vis-à-vis de ses relations perdues. L’album fait référence à ses origines, tant par ses sonorités (MEVTR), ses lyrics (POUR L’ARGENT) que par ses collaborations (FAIS ÇA BIEN). L’amour est traité dans son côté le plus sombre : sa complexité et la peur viscérale qu’il apporte par instant.
Au terme d’un album riche et varié, l’ultime track INTRO soulève des interrogations chez les damsologues professionnels. Damso sait mieux que quiconque que la fin d’une aventure n’est finalement rien d’autre que le début d’un nouveau périple. Tous les espoirs sont désormais permis pour marquer encore davantage le retour du Dems à la Vie.
– Maxime Guillaume
« Stamina, » – Dinos
Crédit : Fifou.
« Stamina, », un second souffle, du travail, et surtout une virgule. Alors que le Punchlinovic n’est même plus taciturne, Dinos revient avec un album plus spontané. Moins mélodieux dans son approche, l’artiste n’a rien perdu de ses flows et propose des morceaux toujours aussi denses. Il montre alors une nouvelle fois l’épaisseur dont il a le secret et sa capacité à provoquer de l’émotion en toute simplicité.
Pour la première fois, il invite cinq artistes. Quatre d’entre-eux n’apparaissaient pas sur la tracklist, réservant la surprise à la première écoute de son public. Le featuring avec Nekfeu apporte un relief immédiat et fait écho à leur première collaboration en 2013 (Bouchées triples). Malgré les bonnes performances de Leto, Zefor ou encore Zixko, leurs prestations ne ramènent pas de valeur ajoutée à la direction artistique.
Si l’instrumentalisation montre moins de richesse que sur l’album précédent, elle conserve toute sa cohérence avec une équipe de beatmakers qui lui est coutumière (Ken & Ryu, Chapo, twinsmatic). La boucle de synthé vintage qui rythme sa prestation avec Laylow et la partie de piano de Sofiane Pamart sur 93 mesures sont toutefois particulièrement remarquables.
« Stamina, » signe une nouvelle dynamique de la part d’un Dinos moins clivant et ouvert à un public plus large. En témoigne les titres Je Wanda ou Le Nord se souvient qui cassent avec sa musicalité habituelle. Un virage important mais maîtrisé.
– Amaël Coquel et Thibaud Hue
« LMF » – Freeze Corleone
Crédit : Collectif Blakhat.
« La Menace Fantôme » a déjà fait couler beaucoup d’encre. Considéré par beaucoup comme l’album de l’année, Freeze Corleone a frappé un grand coup. Porté par le single à succès Desiigner, le projet était particulièrement attendu.
Avec plusieurs mois de recul, il est clair que « LMF » ne perd pas de sa saveur. Un album pur rap dans la lignée de ce que propose l’artiste. D’Osirus Jack, à Despo Rutti, en passant par Le Roi Heenok ou Alpha 5.20, les nombreux featurings de l’album corrèlent avec l’univers sombre et énigmatique de ChenZen. Une ribambelle de rois sans couronne, réunis pour en élever un autre vers la lumière.
Très bien reçu par la critique et par les fans, l’opus n’en reste pas moins limité sur certains points. Il est parfois difficile de se replonger dans le projet, tant l’ambiance proposée par les productions de Flem s’étend sur un nombre important de tracks. La musicalité intense peut parfois sembler oppressante et rebute après des semaines intenses d’écoute. Lyricalement, de nombreuses punchlines se répètent, marquant les limites de l’univers complotiste du rappeur.
Freeze Corleone semble avoir trouvé sa recette, mais va devoir la renouveler pour perdurer dans le temps. Malgré ces réserves, « La Menace Fantôme » demeure l’un des albums les mieux réalisés de l’année. Freeze Corleone propose une direction artistique bien dessinée et singulière. Il affirme alors son nouveau statut d’homme fort du rap français.
– Jules Careau
« Gore » – Lous & The Yakuza
Crédit : Lee Wei Swee.
Après plusieurs mois de montée en puissance, Lous & The Yakuza sort son premier projet. Composé de dix titres, « GORE » est un album musicalement très varié dans la forme, mais conserve un fond très cohérent. La jeune belge aborde avec sourire la cruauté humaine et analyse un monde dans lequel la solitude devient son refuge.
Polyvalente, l’artiste n’a pas hésité à user de toute sa palette artistique. Sur des instrumentales lentes ou rythmées, joyeuses ou obscures, Lous s’adapte avec intelligence.
Rapidement étiquetée comme rappeuse par la sphère médiatique après la sortie de ses titres Tout est gore ou encore Dilemne, Lous & The Yakuza propose un contre-pied avec un album chanté et mélodieux, où seules quelques phases rappées apparaissent avec parcimonie. Bien produit, notamment grâce à la présence de David Mems, également compositeur pour Damso, l’opus offre une première fenêtre prometteuse sur l’univers de l’artiste. Sombre dans le fond, coloré dans la forme.
– Yassine Ben Amor
« Pour de vrai » – Ichon
Crédit : Keffer.
EntIchon-nous
Ichon est né il y a trente ans mais vient de commencer à vivre. Dévoilé le 11 septembre 2020, jour de son trentième anniversaire, l’artiste a voulu éteindre ses bougies en délivrant un album personnel sur lequel souffle un vent de liberté. Au cours des 15 morceaux de « Pour de vrai », Ichon voyage sans boussole à la rencontre d’une boucle de saxophone, de clavier ou de notes de piano.
Le projet s’écoute comme on écouterait une symphonie : les yeux fermés en se laissant guider par l’orchestre dont la voix du rappeur est le maestro. Un chef d’orchestre qui ralentit les tempos pour parler d’amour et d’espoir. Une poésie aussi légère qu’authentique, cristallisée dans le morceau Litanie. Moment de suspension solennel où l’artiste ne fait résonner que son timbre, tel un cantique.
Artiste affranchi qui n’hésite pas à se montrer nu dans son clip-métrage d’Elle pleure en hiver, Ichon nous fait danser, rire et pleurer. Parfois, tout à la fois. Un album complet et équilibré qui recèle certainement d’une des plus grandes diversités musicale de l’année.
Eclipsé par l’éclaboussante réussite de Freeze Corleone, « Pour de vrai » s’est vendu en première semaine à 582 exemplaires et rappelle une fois de plus que les chiffres de ventes ne déterminent pas la qualité d’un projet. Il démontre aussi que l’authenticité artistique est une prise de risque autant qu’un besoin viscéral de rester soi-même. Pour de vrai.
– Lise Lacombe
« Atlas » – twinsmatic
Crédit : Nekro.
« On l’a fait sans auto-tune sur une prod de twinsmatic », cette phase mythique de Damso dans Macarena est un exemple, parmi d’autres, de l’empreinte laissée par les twinsmatic sur le rap français ces dernières années.
Après le départ de Nadeem, membre du duo beatmaker, c’est à Julian de porter le poids du monde sur ses épaules, tout comme Atlas, le titan grec qui sert également de titre éponyme du projet. Un tour de force réussi grâce à un échantillon diversifié de productions et des collaborations cohérentes.
Sur des compositions trap qu’on lui connaît bien, il invite SCH, Dinos ou encore Koba LaD qui font rayonner l’opus. Pour autant, il ouvre aussi son spectre à des artistes moins exposés comme Box et Marj qui chante à la fois en anglais et en français. Il parvient aussi à entrer dans l’univers particulier d’Ash Kidd, connu pour ses mélodies et épaulé par la guitare de Waxx.
Pour un album marqué par les transitions harmonieuses entre ses tracks, c’est le projet en tant que tel qui effectue la meilleure des transitions. twinsmatic se renouvelle ainsi en tant qu’artiste solo et s’affirme comme un producteur à part entière.
– Lukas Taylor
« Les derniers salopards » – Maes
Crédit : Fifou.
Comptant près de 260 000 albums vendus en 2020, Maes a su perdurer dans le temps, tout en progressant. Dans le sillage d’une intro puissante qui absorbe l’auditeur dès les premières notes, l’artiste nous laisse percevoir ses pensées les plus intimes et se montre vulnérable. D’autre part, trois fortes collaborations (Booba, Ninho et Jul) permettent à l’album de prendre plus de poids. Le morceau Dybala en featuring avec Jul, certifié disque de diamant, répond aux attentes avec un single réalisé avec justesse.
Néanmoins, la répétition de ses flows et de ses mélodies lui est souvent reprochée. Maes va certainement devoir sortir de sa zone de confort pour continuer d’attiser la curiosité. Malgré tout, le rappeur a prouvé durant toute cette année, et à plusieurs reprises, que son talent de mélodiste régit une bonne partie de la scène rap actuelle. Il fait indéniablement partie de la cour des grands.
– Imane Lyafori
Les mixtapes
« don dada mixtape vol 1 » – Alpha Wann & Co
Crédit : Rægular.
Avec une assurance nonchalante, Alpha Wann a souhaité ponctuer l’année 2020 sans ambition apparente. Lettres minuscules, productions minimalistes, déclarations discrètes… Pour le gourou de l’écurie Don Dada, le mot d’ordre est clair : faire dans le détail et la sobriété.
Sur des compostions à la musicalité presque new-yorkaise, le rappeur trouve un juste point de bascule entre des couplets intenses que son public lui connaît bien (la lune attire la mer) et de nouvelles postures, plus mesurées, et non moins techniques (philly flingo, apdl).
Avec dix-sept titres et onze invités, Alpha Wann redonne sens au format de la mixtape et laisse la place aux talents des plus installés (Kalash Criminel, Kaaris) ainsi qu’à d’autres rookies en quête de confirmation. S’il se fait un trait d’union efficace entre ses différents featurings, le projet, de part son essence, souffre aussi de performances inégales. C’est le cas des prestations de K.S.A (super swishstyle 2) et Ratu$ (velux), pour qui la marche était sans doute trop haute pour pouvoir user de trois minutes en solo aux côtés de Philly Flingo.
L’occasion est aussi parfaitement trouvée pour recroiser le fer avec son compagnon de fortune Nekfeu, et proposer un match retour à Comptes les hommes (« Les étoiles vagabondes », 2019). Chose faite et pari réussi pour les deux hommes qui troquent le passe-passe pour un refrain chanté et des couplets distincts très bien exécutés. « don dada mixtape vol 1 », la qualité en guise de promotion.
– Thibaud Hue
« Jour avant caviar » – Meryl
Crédit : DR.
Portée par la hype de Wollan ou Béni, Meryl profite du début d’année pour envoyer son premier jet : « Jour avant caviar » et se lance définitivement dans une carrière musicale déjà bien dessinée. Topline pensante pour des têtes d’affiches comme Shay, Niska ou SCH, la jeune femme se consacre à elle-même sur un produit coloré qui ne manque pas d’identité.
À la croisée de ses origines martiniquaises, la rappeuse ne manque pas de mélanger les styles. Pour rebondir sur des productions trap (TCQDOF) et des ambiances zouk aux drums ensoleillés (Coucou), Meryl empreinte à la langue française, mais aussi parfois à l’anglais et au créole.
La chaleur de la mixtape réside aussi dans l’unique collaboration de la mixtape : La brume. La voix cristalline du rappeur et producteur Le Motif se confond avec celle de Meryl sur le refrain et le deuxième couplet du morceau qui rayonne d’une production de Junior Alaprod. Proche des deux artistes, le compositeur, qui signe la moitié des prods du projet, fait alors résonner par deux fois son gimmick et renforce l’impression d’un trio.
Avec caractère, la rappeuse débarque et montre une palette de flows et de technicité prometteuse. Dans l’attente d’une confirmation qui viendra, peut-être, en 2021.
– Thibaud Hue
« À moitié loup » – sean
Crédit : DR.
Entre le mélancolique heureux et le nostalgique radieux, sean est toujours à moitié. Couvert de fourrure, il présente sa première mixtape : « À moitié loup ». Après avoir dévoilé les six premiers morceaux le 10 avril 2020, l’artiste a complété sa tracklist de douze titres deux semaines plus tard.
Un opus double face, à l’image de l’atmosphère de la mixtape, qui balance entre la douceur de Chanson d’amour et l’exotisme de Santa Muerte. Il casse ainsi les premiers traits de son personnage, esquissé sur « Mercutio » (2019) et propose une métamorphose à contre-pied.
Loup enragé et torturé, il laisse entrevoir une lune intense pleine de nostalgie, d’inquiétude et d’émoi. Sur son concept, il expliquait à Mosaïque : « Avec le côté loup, j’évoque le vice et les tentations. C’est le côté animal qui rattrape, qui est instinctif et qui se rappelle à nous dans certaines situations. Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal. »
Parfois lisse, parfois rugueux, il confirme aussi sa polyvalence technique. Avec le juste traitement de sa voix métallique et des lignes de chant plus ouvertes, mais pas moins maîtrisées, il bonifie ses performances déjà remarquées.
Comme une catharsis de ses démons intérieurs, sean entrevoie une suite déjà différente. En témoigne son dernier EP : « MP3+WAV », dévoilé en novembre.
– Thibaud Hue
« XXIII : Bilan de vie » – Gianni
Crédit : AVA France et Igniseum.
Sur ce projet, Gianni fait un bilan introspectif sombre et fataliste. À travers les 12 titres, le rappeur s’acharne à se dépeindre comme un produit de son environnement. Condamné à vendre de la drogue, le cœur blessé et la mort dans la peau, Gianni rejette l’amour. Le seul remède à ses souffrances demeure : l’argent.
Un constat désabusé porté par de belles tournures où le rappeur parvient à transformer ses souffrances en poèmes. L’ambiance planante cloud rap du projet se prête parfaitement aux propos. On notera d’ailleurs la présence sur quatre morceaux du beatmaker Boumidjal, producteur pour Ninho, Damso ou encore Niska.
Sur « XXIII : Bilan de vie », Gianni donne l’image d’un jeune homme animé par l’envie de s’en sortir, s’accrochant aux notes de musique qui finissent en l’air mais retombent dans le déterminisme de son quotidien. Une lassitude qu’il partage avec le rappeur américain Don Toliver sur le morceau De La Hoya, pour la première collaboration du rappeur protégé de Travis Scott avec un rappeur français.
Le thème du deal et de ce qui l’entoure parcourt tout le projet, de manière peut-être excessive puisqu’aucun des douze titres n’est épargné. Gianni se dépeint comme une mauvaise graine devenue fleur du mal. C’est en tout cas une jeune pousse pleine de talent qui devrait s’épanouir dans le jardin du rap français.
– Lise Lacombe
« Jeune CEO » – Le Juiice
Crédit : DR.
À l’image du titre de la mixtape, Le Juiice n’a pas de temps à perdre. C’est avec une arrogance non dissimulée qu’elle débite son flow sur les 10 titres de son projet. Elle démontre en puissance qu’elle est bien la reine de la trap. Sur des instrus quasiment toutes signées Draco, la rappeuse déploie son égotrip en découpant la prod. Une recette bien ficelée et équilibrée par les featurings de la mixtape.
L’artiste a su tirer profit des qualités de chacun de ses invités. Les collaborations sont réussies et bien amenées. Stavo lui offre un banger efficace avec Buvance tandis que Meryl joint son flow antillais sur une zumba redoutable (O NONO). Enfin, Jok’air apporte la note sucrée qui manquait au projet avec Rich sex. Au fur et à mesure de l’écoute de « Jeune CEO », on souhaiterait que Le Juiice puisse varier son flow. C’est heureusement, presque tardivement, que l’artiste sort de sa zone de confort sur les trois derniers titres.
Comme s’il fallait d’abord apprendre à la connaître pour briser la glace, la rappeuse attend la fin pour se livrer et laisser tomber le masque egotrip de la femme puissante et insensible. Le projet s’adoucit et s’émancipe du kick pour des refrains auto-tunés. Le thème de l’amour trouve également sa place sur des sonorités soul et R’n’B. Le Juiice nous fait ainsi miroiter son potentiel et sa capacité à s’affranchir de la trap pour aller vers de nouveaux horizons, plus doux, qui lui vont tout aussi bien.
– Lise Lacombe
Les EP
« Boscolo Exedra » – Luidji
Crédit : Remi Medi.
Avec « Boscolo Exedra », Luidji nous offre à la fois une suite à son premier album « Tristesse Business : Saison 1 », ainsi qu’un apéritif pour une deuxième saison éventuelle.
Sur ce projet, Luidji change de décor mais pas de recette. En invitant son idylle du moment sur la Côte d’Azur, il prouve encore une fois son attache à l’eau, thème omniprésent sur son premier album. Une attache renforcée par le titre du troisième morceau de l’EP : Sirène. Le temps d’une saison estivale, le rappeur coupe court à sa frénésie sentimentale de peur de se replonger dans ses mauvaises habitudes. Conscient de n’être pas encore guéri de ses maux.
Luidji s’ouvre aussi davantage musicalement. En témoigne, les apparitions discrètes d’Astrønne et de Nemir sur le projet et la confiance donnée à Ryan Koffipour la production du projet.
Si « Boscola Exedra » est une première réponse à ses tourmentes, Luidji nécessite un soin plus profond. Sur l’outro de l’EP, il discute avec la même femme présente sur l’intro de Veuve Cliquot, une vieille amie de son père, qui lui propose de suivre une thérapie afin de se débarrasser de ces problèmes relationnels. « Tristesse Business : Saison 2 » sonnera-t-il l’heure de la guérison ?
– Lukas Taylor
« Lotus » – SONBEST
Crédit : Hoda Hoda.
Du cloud à la trap, du kick aux refrains chantés, la maturité du rappeur originaire de Colmar dénote. Symbole d’un rap qui repousse les limites de ce qui le caractérise, « Lotus » de SONBEST propose une esthétique fine et introspective. À Mosaïque, le rappeur explicitait : « Le lotus, c’est la fleur de l’espoir. Elle pousse dans les marécages et ça ne l’empêche pas d’être une belle fleur, malgré son environnement. »
Un deuxième EP prometteur, accompagné de visuels conceptualisés (Agonie, XO), et d’une production sur mesure enrichie de sound design.
– Thibaud Hue
« Alt F4 » – Swing
Crédit : Louis Lekien, Daniil Zozulya et Romain Habousha.
Deux ans après son premier projet solo « Marabout », Swing est de retour avec un style épuré et un phrasé plus chantant. Un EP compact, sept titres seulement, porté par des instrumentales planantes et percutantes signées PH Trigano, Crayon, Duñe, Twenty9 ou encore Krisy. Côté voix, le Bruxellois a fait le choix de la complémentarité en allant chercher la douceur d’Angèle sur S’en aller et le timbre cassé de Némir sur Indélébile.
Un projet concis, dans lequel Swing évoque pêle-mêle le racisme, la mélancolie et ses sacrifices avec la légèreté dont il a le secret. Cohérent, jusque dans son imagerie. Six clips réalisés par le même duo Maky Margaridis & Louis Lekien du collectif Bleu Nuit, dont quatre en plan séquence fixe. Un projet maîtrisé de bout en bout.
– Robin Spiquel
« Ëpisode 0 » – Sopico
Crédit : DR.
En mai 2020, Sopico dévoile son cinquième projet : « Ëpisode 0 », deux ans après son premier album « YË ». Une collection de morceaux aux couleurs variées et singulières, marque de fabrique du rappeur parisien.
L’EP s’ouvre sur Atterrir, une porte d’entrée vers un univers planant, composé de notes légères, transportant l’auditeur hors du temps. Pour donner naissance au projet, l’artiste a voyagé, s’imprégnant des cultures pour ouvrir le champ musical des possibles.
Tous reliés entre eux, les septs morceaux peuvent être lus comme un seul et unique titre, un seul et unique voyage : « Si les gens me disent, Ëpisode 0, c’est mon morceau préféré, je serai trop content », confiait-il à Clique.
L’artiste reste fidèle à une formule qu’il maîtrise parfaitement : des textes délivrés sur un ton doux et mélodieux qui peut s’apparenter à une berceuse. « Ëpisode 0 » est une bouffée d’oxygène dans un quotidien anxiogène.
– Imane Lyafori
2020 c’était aussi…
« Cercle Vertueux » – Deen Burbigo
Crédit : Rægular et Ojoz.
Trois ans et demi après un « Grand Cru » qui a bien mûri jusqu’à être certifié disque d’or, Deen Burbigo revient le 6 novembre 2020 avec « Cercle Vertueux ». Sur le projet, l’ex-membre de L’Entourage n’a fait que peu, si ce n’est aucun compromis artistique, en faisant ce qu’il fait le mieux : rapper. Il parvient à servir 15 titres dans lesquels sa plume aiguisée et sa recherche permanente de rimes se font ressentir sans tomber dans la redondance grâce à des variations d’instrumentales et de flows. Si les featurings avec Némir ou Alpha Wann apportent une touche de diversité, des clips travaillés et originaux viennent sublimer un projet déjà très solide.
– Yassine Ben Amor
« Nø future » – WIT.
Crédit : Olohgram et Aykut Aydoğdu.
Entre le pessimisme et le fatalisme, le rappeur entrevoie des lueurs sombres : celles du futur. Dans cette « sale époque » (Falcon) sans solution qui se profile, Wit. ressent « la misère du monde ». De l’intensité, de la noirceur, des couplets étouffants comme sur Ailleurs ou des refrains chantonnés et teintés d’auto-tune comme sur Proz. Tout en maîtrise, « Nø future » est une promesse tenue et prometteuse. Loin d’une consécration, l’artiste a d’ailleurs précisé que ce projet n’était qu’une étape pour avancer. Désormais, place au futur.
– Thibaud Hue
« Silver Tej » – Tejdeen
Crédit : Constant Fernandez.
2020, c’est l’année de l’éclosion d’un artiste encore discret mais qui attire les regards en coulisses. Rappeur et beatmaker, Tejdeen débarque et prouve son assise musicale. À travers des rythmes lancinants et une auto-tune grésillante mesurée, il développe une ambiance classieuse qui mêle mélancolie, tentations amoureuses et égotrip.
Harmonieux, c’est en tout cas ce que laisse penser le premier jet du rappeur lyonnais et ses visuels, signés Augure. Même constat pour son deuxième projet, « Golden Tej », sorti au mois de novembre.
– Thibaud Hue
« Ma vie n’est pas un film II » – Infinit‘
Crédit : Rægular.
Le kickeur de l’écurie Don Dada Records sort le grand jeu avec un opus taillé de phrasés denses et orné de multisyllabiques affinées. En constante progression, il répond aux attentes et renoue avec une école classique et un rap brut. Sans fioriture. Références et rimes rebondissent sur des prods de JayJay, accoutumé au style minimaliste d’Alpha Wann, d’ailleurs présent sur deux morceaux. Deen Burbigo et Gros Mo viennent également se fondre au projet avec justesse. Bilan : Infinit’ progresse, épure et achève de convaincre.
– Thibaud Hue
« La vie augmente Vol .3 » – Isha
Crédit : Geem et Olivier Sipesaque.
Un durag sur la tête, Isha réussi le pari de Décorer les murs avec des titres plus mélodieux que dans les deux volumes précédents de sa trilogie. À l’aide d’une plume toujours aussi précise qu’inspirée, le rappeur offre le poétique Les Magiciens. Il retrace l’histoire coloniale du Congo à la manière d’un conte. Il y évoque les souffrances d’un peuple pris au piège de la « magie » des colons sur une prod aux sonorités joyeuses, perturbée par la monstruosité du récit. Mention spéciale pour le featuring avec Dinos où les deux « paroliers fauchés » se retrouvent pour rejeter la posture de l’Idole. « Tout le monde dit qu’j’vais cer-per », rappe Isha dans l’outro. Une prophétie qui pourrait se réaliser avec la sortie de son nouvel album en 2021.
– Amaël Coquel
« Première partie » – Le Motif
Crédit : Pastel Studio.
À la suite de sa série Un son par jour, Le Motif sort « Première Partie », un EP composé de 8 titres. S’il est une révélation en tant qu’interprète, Le Motif est loin d’être un novice dans le rap game. L’artiste belge est à l’origine de gros succès, en tant que beatmaker, tels que Mobali (Siboy, Damso, Benash) ou encore Liquide (Shay, Niska). C’est sans doute ce qui explique la qualité de ce projet : une essence dans la musicalité et un travail minutieux. Chaque morceau dégage sa propre énergie et trouve un écho chez l’auditeur.
– Imane Lyafori
« Rage » – 7 Jaws & Seezy
Crédit : Rægular.
Fruit d’une collaboration entre le rappeur alsacien 7 Jaws et le producteur Seezy, la mixtape « Rage » est parue le 21 Février 2020. Projet collaboratif de 10 morceaux, 7 Jaws innove avec ce nouveau projet. Il propose en effet une mixtape musicalement très variée, d’ambiances turn-up (Turbo S et Block), aux morceaux plus intimes (Accro, C’est Promis) en passant par de belles démonstrations techniques (Par Ici). Très efficace en refrain, le projet est accessible, avec une auto-tune bien léchée et une plume touchante. Réussite commerciale, cette mixtape présage du très bon pour la suite. 7 Jaws a d’ailleurs annoncé un premier album pour 2021.
– Jules Careau
« EP901 » – Nixfé
Crédit : Victor Montet.
Rappeur encore peu connu, Nixfé a le potentiel pour faire parler de lui. Avec son premier projet « EP910 », sorti le 18 septembre 2020, Lonny a dévoilé sa (double) personnalité et son identité artistique. L’EP dénote par sa cohérence minutieuse jusqu’au nombre de ses titres : six pour le mois de juin, son mois de naissance, mais aussi en référence au diable pour un artiste qui se sent « aussi pur que vicieux ».
Nixfé mise sur un projet abouti avec lequel il déploie une palette large et raconte une histoire qu’il nous avait partagé lors de sa première interview.
– Lise Lacombe
« HORION » – Rounhaa
Crédit : Collectif Blakhat.
Alors que tous les artistes émergents ont préféré opter cette année pour des projets courts, Rounhaa débarque en novembre avec une tracklist de 16 morceaux. Un format long et osé. Le projet n’est ni tout à fait un album, ni tout à fait une mixtape. À l’image de la constellation Orion qui regroupe des étoiles pour se dessiner sur la voûte céleste, Rounhaa propose un ensemble des couleurs qui constituent sa palette artistique.
Rounhaa parvient à nous transporter dans son univers grâce à son grain de voix joliment rocailleux. Au cours de son voyage solitaire, l’artiste a trouvé sur sa route le rappeur Khali, autre affiche de la scène rap émergente. Si « Horion » aurait mérité d’être épuré de quelques morceaux, l’artiste fait le pari du passionné.