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« A7 » : Le premier braquage de SCH

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Si l’année 2015 a marqué l’histoire du rap français à bien des égards, elle n’avait pas vu venir ce rappeur d’Aubagne, aux allures de gangster italien. Pour se présenter au public, SCH dévoile quatorze titres et trace les premiers contours de son personnage. Avant de le rejoindre sur son rooftop, prenons le temps d’emprunter l’autoroute A7. Devenu une référence, ce projet a laissé une trace indélébile sur son passage. Un game changer.

 

Avant d’arriver dans le grand bain, SCH rappe déjà depuis 10 ans. Sous le nom de Schneider, il poste ses premiers sons depuis son compte Skyblog. Repéré par Baarbus Music en 2014, il se professionnalise et perfectionne le style qu’on lui connaît aujourd’hui. Ses premières percées ne se font pas attendre avec des sons comme Que le doigt ou La mallette.

Alors que sa première mixtape est en préparation, Lacrim décide de lui laisser une place de choix sur la dernière piste de « R.I.P.R.O Volume 1 » avec le single Million. Rien ne sera plus comme avant pour le S. En septembre, il rejoint dans la foulée l’écurie du label Def Jam France (Universal) et dévoile « A7 », le 13 novembre.

À peine déposée dans les backs, la cover attire les regards. Inspirée d’une posture de Johnny Depp dans le film « Blow » où il incarne George Jung (un célèbre trafiquant de drogue américain, ndlr), le « Numéro 19 » donne le ton.

 

Johnny Depp dans le rôle de George Jung pour le film « Blow ».

 

Si tous les chemins mènent à Rome, celui qui mène à SCH, c’est l’A7. Cet autoroute est le chemin le plus rapide vers le sud et vers Aubagne (13). Il force ainsi le passage dans la ville de son enfance, située à vingt kilomètres de la Cité Phocéenne, où peu de touristes sarrêtent.

 

« A7, jai mis dix ans à l’écrire parce que je n’étais rien et que japprenais à devenir quelquun »

SCH diversifie ses thèmes, ses postures et son rap. Il se cherche mais indique déjà de nombreuses directions. La genèse de ce projet apparaît alors comme la conclusion d’une longue quête vers la maturité artistique. Il confiait d’ailleurs dans une interview à Mehdi Maïzi « Cest lalbum de toute ma jeunesse, jai mis dix ans à l’écrire parce que je n’étais rien et que japprenais à devenir quelquun ».

Sous les traits d’un John Lennon mafieux, il signe le premier titre d’un « Mathafuck » agressif. Son célèbre gimmick qu’on lui connaît bien aujourd’hui. Accompagné de ces « scélérats », SCH prépare le braquage. « J’recherche mes limites, la ge-gor du rap sous mon Gilette » (A7).

Décidé à frapper fort, il sort les muscles sur le morceau éponyme de l’album. A7, piste numéros deux. Un titre que le rap game n’est pas prêt d’oublier. Avec une parfaite gestion du découpage, il articule ses couplets et ses ponts autour d’un refrain intense. Un flow trap qui épouse une prod majestueuse de Guilty (Katrina Squad).

 

Photo réalisée pendant le shooting de la cover de la mixtape « A7 ». Crédit : Koria.

 

Si l’artiste est d’ores et déjà en démonstration, il dévoile quelques traits d’intimité. Une texture émotionnelle que nous retrouverons plus affirmée sur « Anarchie » (sa deuxième mixtape, ndlr). Ainsi, il évoque aussi bien son rapport avec son père : « Papa m’reniera jamais, j’suis ni flic ni pd » (A7) que ses errances de jeunesse. Celui qui « traîne des problèmes d’puis l’CE2 » décrit avec réalisme la violence du quartier « On libère des potes dans des écrans de fumées, ôter la vie, j’vois mes res-frè pour l’kilo s’allumer »  (Solide).

 

Un Beretta semi-auto dans la ceinture

« A7 », c’est aussi la naissance d’un personnage unique. Cheveux sur les épaules, un Berreta semi-auto dans la ceinture, il troque le survêtement Nike pour un élégant veston crocodile ou un perfecto noir tiré à quatre épingles. Il déroule ainsi un style à contre-sens qui n’a rien à envier au Parrain.

Si les références à l’univers mafieux sont déjà monnaie courante chez des artistes comme PNL ou Sadek, le Marseillais demeure celui qui les incarne le mieux. Dans la peau d’un personnage de la série « Gomorra », il s’immerge dans l’atmosphère de la mafia napolitaine sur le morceau du même nom. Le clip a d’ailleurs été tourné sur les lieux du crime, dans le quartier de la Scampia.

 

 

Pour toucher son public, l’artiste a rapidement trouvé la recette pour donner vie à sa plume. SCH prête ainsi allégeance à l’auto-tune dont il use sans modération. Omniprésente sur son projet, il en fera une marque de fabrique. Avec un timbre rugueux qui rappelle celui de Lacrim, il se montre sec, agressif ou encore solennel et donne de la crédibilité à son univers ténébreux. Il se risque même à une courte session de chant sur le refrain de J’reviens de loin.

 

Guilty et Kore en tandem

En coulisse, la direction artistique est scindée en deux. Guilty (Katrina Squad) guide la première partie de la mixtape. Avec des instrumentales sur-mesures, SCH peut briller sans forcer. Il s’exprime alors aussi bien sur des ambiances orchestrales (Gomorra) que sur des sonorités de clavecins inédites (Mauvaises idées). Nous en oublierions presque les deux featurings du projet.

Le match retour avec Lacrim sur Liquide tient ses promesses mais apporte moins de fraîcheur que les derniers tracks composés par Kore. Concordant avec l’arrivée de SCH chez Def Jam Music, le beatmaker prend le train en marche et boucle la mixtape. Ce changement à la production apporte les finitions au tableau. De leur collaboration naîtra notamment le hit Champs-Elysées, les synthés de J’reviens de loin ou encore le piano mélancolique de Fusil qui vient apposer un point d’orgue au projet.

Cette scission musicale, qui peut manquer de cohérence aux yeux de certains, ne fait pas oublier qu’« A7 » marque seulement ses premiers pas dans la cour des grands.

« J’suis un putain dindélébile, ici y a que des velledas » (John Lenon). S’il avait annoncé être ici pour durer, « Gotzë » a tenu ses promesses. Cinq ans plus tard, « A7 » est un succès. Il compte aujourdhui plus de 440 000 exemplaires vendus et se rapproche de son premier disque de diamant. L’artiste doit tout à cette rampe de lancement que fut sa première mixtape. Elle marque la naissance d’un OVNI du rap français qui a fait bouger bien plus que des codes vestimentaires. Poings fermés, mâchoire serrée, SCH trop réel.

 

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Tejdeen, d’or et d’argent

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Si son premier EP s’intitule « Silver Tej », Tejdeen ne se contentera pas de l’argent et ira chercher l’or. Sorti le 17 avril, son premier projet dévoile l’étendue de son potentiel. Cohérent et original, l’EP de cinq titres met en lumière le talent brut de l’artiste.

 

Crédit : compte Facebook de Tejdeen.

 

Avec un univers débien défini, le titre God Damn au refrain entêtant donne le ton. Un voile sur la voix, Tejdeen nous emporte avec lui dans ses tentations amoureuses. Une tentation mise en image dans le clip du morceau qui accompagne la sortie de lEP. À limage du titre, des nuances de couleurs sentremêlent dans une atmosphère planante et légère.

De la légèreté de lamour à lardeur de la quête de largent, il ny a quun pas. Le titre Wari  (argent en bambara, langue nationale du Mali) invite à bouger la tête en rythme avec legotrip du morceau. Vite rattrapé par sa mélancolie, Tejdeen fait usage de son flow céleste dans Grillz : « Je ne sais plus comment rire, je me demande à qui la faute. Pose un grillz sur mon sourire, j’ai l’air trop morose ».

Au total, cinq titres courts et efficaces qui  confirment que Tejdeen a plus dune corde à son arc. Avec ce projet, lartiste ne cache pas ses ambitions : « J’ai besoin d’une fenêtre sur le monde, que ma voix s’propage sur les ondes » (Grillz).

 


 

Pour le moment, il navigue seul et « pour l’heure incompris, l’air imbécile, moi, mes sons et mes dreams »(Difficile). Artiste indépendant, Tejdeen est autant rappeur que producteur. Sur « Silver Tej », quatre prods sur cinq sont signés de lui. Seul le dernier titre Backseat a été produit par le beatmaker Kosei. Ce morceau, qui clôt le projet, dénote du ton chantant de l’EP et permet à Tejdeen de montrer quil sait aussi kicker.

Avant « Silver Tej », lartiste avait désorti quatre titres individuels en 2018 et a notamment collaboré avec DTF sur le titre Les Princes en 2015 ou avec le rappeur Cashmire sur le titre Princesse Raiponce en 2017. Des rappeurs aux univers proches liés par la mouvance du cloud rap.  

 

Un univers singulier 

 

Dans la même lignée, les grillz de sa pochette dEP rappellent celles de la  cover de lalbum « Trinity » de Laylow. Loin d’être leur seul point commun, les deux rappeurs du sud de la France ont eu loccasion de se rencontrer alors que le lyonnais Tejdeen assurait, en avril 2018, la première partie du concert du toulousain. Deux univers musicales proches et hypnotisant où les voix chantent en grésillant.

Proches aussi par loriginalité de leur proposition sur la scène rap actuelle. Ils  se démarquent par la singularité de leur univers, une utilisation très personnelle de l’autotune et des visuels uniques. À limage des clips de Tejdeen, tous réalisés par la société Augure, dont lesthétique colorée accompagne lambiance planante des morceaux.

 

Cover de l’EP « Silver Tej », réalisée par Constant Fernandez.

 

« God Damn », cest en tout cas le sentiment que laisse la découverte dun artiste comme Tejdeen. Des visuels travaillés, un univers marqué et du talent à revendre. Tejdeen se fait discret mais attire les regards en coulisses. Tous conscients du potentiel dont regorge lartiste. Prenez donc 11 minutes et 44 secondes (durée de lEP) pour écouter « Silver Tej », un projet efficace comme une porte dentrée vers un autre monde, en pleine expansion : « Silver Tej arrive, ça m’suffit pas, il m’faut le gold, le platine » (Backseat). 

 

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S.Pri Noir #3 : L’entre-deux albums

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Dans quelques heures, S.Pri Noir délivrera son deuxième album studio « État d’esprit » avec une solide tracklist de 14 titres réunissant huit invités de marque (Dadju, Laylow, Lefa, Leto…). Après le succès de « Masque Blanc », le jeune rappeur est resté très actif. Avant d’appuyer sur play à minuit, faisons un tour d’horizon des accomplissements de l’artiste pendant ce laps de temps. Musicalement, mais pas que.

 

Le 11 mai 2018, S.Pri Noir dévoilait son premier album « Masque Blanc ». Le succès est immédiat et sa carrière prend une nouvelle tournure. Alors que certains auraient marqué une pause après les semaines intenses précédant la sortie, il a préféré garder le pied sur la pédale.

Le 9 juillet, le rappeur clippe sans attendre la collaboration phare de l’album : Juste pour voir en featuring avec Nekfeu. Entourés de motards, les deux artistes se mettent en scène sur une piste d’atterrissage. Le visuel est entrecoupé d’images de concerts et de festivals.

 

 

Décidé à continuer de mettre en avant son album le plus longtemps possible, S.Pri Noir va enchaîner les clips. Celui de Narco Poète sort quelques jours plus tard (le 14 juillet) et l’artiste s’offre les services du vidéaste Brice VDH (réalisateur des clips d’Angèle, Julien Doré ou encore Roméo Elvis). Dans une usine désaffectée de Belgique, il décline les punchlines de ce morceau introspectif. Si l’esthétique semble plus simpliste qu’à son habitude, elle reste très efficace.

Il donne ensuite un nouveau souffle à des morceaux comme Papillon et Chico. Ce dernier est filmé à Cuba dans les quartiers de La Havane. TBMA derrière la caméra, il nous transporte quelques minutes au pays des narcotrafiquants.

 

 

Quelques mois après avoir décroché son premier disque d’or, S.Pri Noir envoie un dernier visuel pour Mon crew en juin 2019. Dans une ambiance ensoleillée, il foule le sable du désert de Dubaï aux côtés de Nemir. Trois mois plus tard, les deux rappeurs feront le match retour sur l’album du Perpignanais avec Rock N’ Roll. Au total, onze des vingt-deux titres de « Masque Blanc » seront habillés d’un clip.

 

Crédit : SpriNoirTV.

 

Machine à featurings

Pour  continuer d’affirmer sa place de cador du rap français, S.Pri Noir n’a pas besoin de sortir un projet chaque année. Ses multiples collaborations entretiennent sa présence à travers différents registres musicaux. 

En septembre, il s’invite sur le premier album de 4Keus : « À coeur ouvert » avec le morceau Toutes la Night. Dans un deuxième couplet planant, le rappeur des Fougères montre qu’il n’a rien perdu de son flow.

2019. Nouvelle année, nouvelle ambiance. S.Pri Noir rejoint Jok’Air à l’occasion de la sortie de son deuxième album « Jok’Travolta », sorti le 14 juin. Sur le morceau Ta meuf est sèche, accompagné par Gros Mo, il boucle le featuring avec délicatesse : « Ma meuf éblouit, elle est dévouée, ma meuf est douée ».

Pour son retour sur les plateformes en octobre, c’est S.Pri Noir que D. Ace a choisi. Dans leur première association sur le son Charmant, ils signent un single efficace avec un refrain incisif qui ne demeurent pas moins l’un des meilleurs succès commerciaux du rappeur du 95 (D. ACE, ndlr).

 

 

À noter également son apparition sur le projet « Street Love » d’Abou Debeing (Calme), sur le morceau Au Réveil de Malory ou encore sur le single Eau de Cologne d’Abou Tall.

L’artiste a aussi prêté ses talents au cinéma en posant sur la B.O du film « Black Snake, la légende du serpent noir » (Alhadji Baller Remix) et sur celle de « Taxi 5 » (All Eyes On Me). Il a d’ailleurs été invité à l’écran par Franck Gastambide, pour une brève apparition dans le premier épisode de la série « Validé ».

Pour finir l’année en beauté, le rappeur rejoint son ami Doums sur Onda, lors de la sortie de son nouvel EP « Polite & Co » en décembre. Le clip sera dévoilé en février.

 

De la scène au podium

Pendant deux ans, S.Pri Noir n’a pas seulement excellé derrière le micro. Déjà ambassadeur de la marque Adidas depuis 2017, l’élégance de l’artiste n’a pas laissé indifférentes des marques comme Kenzo, Hugo Boss, Cartier ou encore Dior. 

 

Shooting photo à l’occasion de son association avec Kenzo, en octobre 2018. Crédit : @lewisylvain.

 

Égérie de la collaboration du PSG avec Hugo Boss, au côté de Mauro Icardi, en novembre 2019. Crédit : @ahtlaqdmm.

 

En décembre 2019, le rappeur est devenu l’un des visages de Cartier. Crédit : @gdw__________.

 

Égérie de Dior parfums pendant la campagne de février 2020. Crédit : Hugo Jozwicki.

 

Dernier virage début 2020. S.Pri Noir accélère. Il présente un premier extrait de son prochain album, le 22 janvier, avec Dystopia. Sous les airs d’un court métrage avec un teaser en forme d’affiche de blockbuster, le projet dévoile ses premiers traits. Dans une ambiance apocalyptique, il donne le ton. Sur Instagram, il laisse même des premières pistes : « Vous pourrez my voir évoluer dans mon quartier où tout a commencé et où tout finira un jour… Trente ans après une guerre nucléaire entre l’Est et l’Ouest censée avoir eu lieu dans les années 2010.»

Sur ses derniers featurings, S.Pri Noir monte en puissance. D’abord sur l’album «  Trinity » de Laylow avec le morceau Hillz, puis avec ses compagnons de route sur Étincelles, en compagnie de Sneazzy, Alpha Wann et de Nekfeu. Dans ce casting haut en couleur, le rappeur s’est frayé une place sur le quatrième couplet où il place quatre phrases sobres, mais toujours justes.

L’équipe n’a pas tardé à remettre le couvert. Avec Sneazzy et Philly Phaal, S.Pri Noir envoie le troisième extrait de son album : T’as capté.

Il ne fait pas de doute que l’artiste s’appliquera à clipper un bon nombre de ses morceaux sur ce deuxième projet, comme il l’avait fait pour « Masque Blanc ». Rendez-vous à minuit pour rejoindre le nouvel « État d’esprit » de l’artiste. Opération programmée avec le MI6 (« Music Intelligence System »).

 

Pochette de l’album « État d’esprit ». Crédit : Fifou.

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S.Pri Noir #2 : Une ascension en punchlines

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Futuriste dans ses visuels, avant-gardiste dans sa musique, S.Pri Noir n’oublie pas d’où il vient et garde les pieds sur terre pour savoir où il va. Ses textes racontent son émancipation de la rue, à force de pugnacité et de persévérance. Du quartier des Fougères au sommet du rap français, l’histoire d’une ascension en huit punchlines. 

 

« Ici c’est pas le bac qui compte, c’est la BAC qui t’plombe »

Certifié Gangsta – « En attendant État d’esprit »

S.Pri Noir grandit dans le 18e arrondissement de Paris puis passe son adolescence dans le quartier des Fougères (20e). Un quartier parisien situé au-delà du périphérique. Laissés à l’abandon, les habitants sont livrés à eux-mêmes pour s’en sortir. Poursuivre des études devient alors un privilège, lorsque gagner de l’argent est une question de survie.

En gagner beaucoup et en gagner vite : le deal est souvent la solution la plus efficace. Une inégalité mise en avant par S.Pri Noir qui confronte le baccalauréat à la BAC (Brigade anti-criminalité). Contraint par le système, il confie ses regrets dans Chakal : « Parfois c’est dur, t’as envie d’poursuivre des études. Mais pour ça, il faut des thunes que t’iras chercher dans les stups ».

 

« L’État me bloque comme un rat »

Comme un rat – « En attendant État d’esprit »

Ce système, l’artiste s’applique à le dénoncer dans chacun de ses projets. Prisonnier d’une spirale sociale dont il ne peut s’extirper, le rappeur se sent comme un rat en cage. Ces animaux sont parmi les plus utilisés pour les expérimentations animales dans les laboratoires. Il a ainsi le sentiment d’être enfermé, comme un rat dans un labyrinthe. Les hauts fonctionnaires de l’Etat qui tirent les ficelles, observent son comportement et étudient la façon dont il se débat pour s’en sortir.

 

 

Crédit : Konbini.

 

 

« On a pas de pellicules mais sous nos crânes c’est négatif »

60G – « Le Monde Ne Suffit pas »

Comme les jeunes issus de ces quartiers délaissés, S.Pri Noir explique voir la vie à travers un filtre en noir et blanc. Un état d’esprit négatif, aussi sombre que l’image qui se forme sur une pellicule de photographie. Abandonné, il s’interroge sur le même titre :  « Condamnés à survivre, est-ce que c’est ça nos vies ? ».

 

 

« Le sol de leur chiotte c’est nos plafonds »

Highlander – « Masque Blanc »

Face à ces injustices, S.Pri Noir s’insurge. Il condamne ce plafond de verre qui s’impose à lui. Le plus haut niveau de l’échelle sociale que le système lui propose ne lui promet que les miettes du gâteau. Défavorisé dès le départ, il ne peut espérer s’élever que jusqu’au « sol de leur chiotte », ou « au mieux la tête dans les W.C » (Vivre et laisse mourir). Il réutilise d’ailleurs cette image du « sol » : « La rue dit que jsuis un artiste car j’évolue entre quinte et sol. Peut-être que je suis Black mais je ne laverai aucun de tes sols » (CFA). La richesse de la France n’empêche pas le fossé des inégalités de se creuser.

 

 

« Saisis ton avenir, saisis le à deux mains. Tu meurs aujourd’hui on t’oubliera demain »

Vivre et laisser mourir – « 0.0.S : Licence To Kill »

C’est décidé. S.Pri Noir refuse qu’on lui impose une destinée. Son histoire, il l’écrira lui-même. Il invite alors ceux qui l’écoutent à prendre en main leur avenir, dont ils sont les seuls maîtres. Il évoque, à maintes reprises dans ses textes, ne pas vouloir perdre de temps pour entreprendre :« Pas besoin d’une montre Patek Philippe, pour savoir que mon temps est compté » (Kestupeufaire). La vie avance vite, avec ou sans nous, et le rappeur ne peut concevoir mourir sans avoir jouer toutes ses cartes ni laisser de trace de son passage.

 

 

S.Pri Noir à l’occasion du shooting de son premier album « Masque Blanc ». Crédit : Fifou.

 

 

« L’intention de décoller du sol, débloquer une somme et d’m’arracher loin d’ici »

Compliqué – « 0.0.S : Licence To Kill »

Après avoir grandi la tête sous l’eau, le rappeur veut décoller de ce sol qui était autrefois son plafond. Pour prendre son envol, il n’a pas d’autre choix que de gagner de l’argent. Et c’est grâce à son talent derrière le micro qu’il ira débloquer ses premières sommes. Celui qui voulait  « changer les paramètres » (Paramètres) et la faible considération que certains pouvaient lui porter, a réussi à grimper l’échelle.

 

 

 « On fait l’Atlantique, on fait pas la Manche »

Podium – « Masque Blanc »

Désormais en vol, S.Pri Noir est devenu un rappeur français reconnu et dit « faire l’Atlantique ». Plus large que la mer de la Manche, il a les ambitions de la taille d’un océan et le succès le lui rend bien. L’artiste qui s’est construit tout seul, avec travail et persévérance, peut désormais se vanter de ne pas faire la manche.

 

 

Pochette de l’album « Etat d’esprit ». Crédit : Fifou.

 

 

« Alexandre Le Grand, on a conquis la street »

Jujitsu – « Masque Blanc »

Le succès de son premier album « Masque Blanc » est sans appel. À la manière d’Alexandre le Grand, l’un des plus grands conquérants de l’Antiquité, il accomplit ainsi une première grande performance avec son équipe. Emportant avec lui des temps d’avant et d’aujourd’hui, prônant la mixité des couleurs et des cultures, condamnant un système social injuste, S.Pri Noir a conquis bien plus que la street et en veut toujours plus. L’ascension se poursuit, vendredi 17 avril, avec « État d’esprit ».

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S.Pri Noir #1 : « Masque blanc », au clair de l’obscur

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Les fans de la première heure le savent, l’album « État d’esprit » de S.Pri Noir, qui sort vendredi 17 avril, était attendu depuis 2012. À l’époque, le rappeur publie une net-tape (mixtape disponible exclusivement en ligne) intitulée « En attendant État d’esprit ». Il annonçait alors le titre de son premier album. Pourtant en mai 2018, c’est sous le nom « Masque blanc » qu’il verra le jour. Une étape intermédiaire dont S.Pri Noir n’a pu s’affranchir. Un album qui sonne comme un parcours vers l’affirmation de son identité et de son art. Retour sur « Masque Blanc », un projet à la hauteur du génie de son auteur. 

 

Pochette de l’album « Masque Blanc ». Crédit : Fifou.

 

« Masque blanc, c’est la playlist de ma vie » déclare S.Pri Noir à la sortie du projet, très attendu à l’époque. Album éclectique autant musicalement que thématiquement, l’artiste fait tomber le masque et se livre. De la haine à l’amour, du rejet à l’acceptation, de la soumission à la révolte : cet album, c’est l’histoire d’un parcours et d’une identité révélée.

Au bout du parcours : la lumière que regarde au loin le rappeur sur le visuel de la cover réalisée par Fifou. Une lueur d’espoir pour un esprit noir. Noir et révolté à l’image du titre Nyméria qui ouvre l’album : « Révolutionnaire, masque à gaz, veste camouflée, man j’t’invite à voir réellement ce que l’État nous fait ». Le décor est planté. Il est temps pour lui d’exorciser ses angoisses et de trouver la paix.

 

« Dans mon cerveau, tout est black »

 

S.Pri Noir débarque sous les traits de Nyméria. Une louve géante adoptée par Arya Stark dans la série « Games of Thrones ». Au fil des épisodes, elle s’émancipe de la tutelle de sa maîtresse. À son image, S.Pri Noir s’affranchit de ses démons au fil des chansons. 22 sons pour affirmer son identité masquée par le système.

 

 

Avec « Masque blanc », l’artiste rend hommage au célèbre essayiste et psychiatre Frantz Fanon. Auteur du livre « Peau noire, masques blancs », ce révolutionnaire a analysé les conséquences psychologiques de la colonisation et du racisme sur les rapports entre l’homme noir et l’homme blanc. Il remet en question la nécessité pour l’homme noir de s’approprier les codes de l’occident pour pouvoir s’intégrer.

Devoir porter un masque blanc alors que « dans mon cerveau, tout est black » (Higlander). Un paradoxe douloureux dont S.Pri Noir a fait l’expérience : « depuis tout petit, on nous fait sentir cette différence » (pour « Alohanews »). Un racisme mis en avant par Nekfeu dans Juste pour voir, le featuring phare du projet : « C’est la finance qui tire les ficelles de la démocratie. Et moi, j’suis blanc, donc bénéficiaire de leur système raciste ».

Le fantôme de l’oppression du peuple noir hante l’album. Sur Highlander, S.Pri Noir exprime sa rancune « Je n’oublierais jamais toutes les colonies, le mal que la France a fait à l’Afrique » ou ses angoisses sur Jujitsu : « Dans mes pires cauchemars, tous les esclaves chantent à l’unisson, ce que l’on commence, nous le finissons. Je suis un Noir haute définition ». L’esthétique musicale de l’album est guidée par des nuances clair obscur où le blanc et le noir se mélangent, s’affrontent et s’accordent.

 

L’éclectisme pour esthétique

 

Dans ce fracas de couleurs, l’artiste invite les musiques du monde. Du Sénégal à l’Écosse, de l’Algérie aux États-Unis, de Cuba à la Jamaïque, les sonorités et les langues se répondent et accompagnent l’affranchissement de S.Pri Noir.

La cornemuse écossaise sur Highlander ouvre la voie aux influences américaines des titres Middle Finger et Michael Jackson. Nemir nous berce à l’oriental sur le refrain de Mon crew avant de laisser les rythmes dancehall et salsa prendre le relai sur BabyGyal ou Chico. Ce tour du monde musical atteint son apogée au Sénégal.

Un retour mélancolique au pays d’origine de l’artiste à travers la voix envoûtante de Viviane Chidid (choriste de Youssou N’dour) sur Seck. Un titre merveilleux qui retrace le parcours de la mère du rappeur, une jeune sénégalaise de 14 ans qui quitte son pays natal pour rejoindre la France. Un art du storytelling que l’on retrouve sur le titre La belle est la bête il met en scène les espoirs brisés d’une jeune femme qui tente de s’émanciper. 

Sur ce projet, S.Pri Noir kicke autant qu’il chante et dénonce autant qu’il ambiance. Sombre et lumineux, noir et blanc, mélancolique et dansant, « Masque Blanc » est un album venu d’ici et d’ailleurs. Deux ans plus tard, certifié disque d’or, lalbum résonne encore.

 

Pochette de l’album « Etat d’esprit » probablement inspirée du film « The new mutants ». Crédit : Fifou.

 

Sur la nouvelle pochette de son deuxième album, S.Pri Noir est recouvert d’un masque blanc. Une possible référence au film « The New Mutants » attendu pour 2020 qui met en scène des mutants devenus dangereux lorsqu’ils découvrent leur pouvoir. Avec son premier album, S.Pri Noir a découvert le sien. Affranchi de son « Masque Blanc », S.Pri Noir libère son « Etat d’Esprit » le 17 avril.

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Carte du 91, la nouvelle ère

[vc_row][vc_column][vc_column_text] « Tous les quartiers de l’Essonne, c’est ici que sont les hommes, tous les petits, tous les grands ». En 2004, Sinik revendiquait déjà l’identité du 91. L’Essonne est désormais l’un des départements les plus productifs du rap français. Il a vu naître des poids lourds comme Ninho, PNL ou Niska. L’âge d’or du rap coïncide avec une nouvelle génération qui ancre un peu plus le 91 dans l’Histoire.

Explorez la carte de l’Essonne à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus du 91 :

Exploration sur PC recommandée.

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