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Enquêtes Investigation

Enquête : L’heure de gloire de l’EP, levier d’intérêt majeur

En 2020, les projets de rap français ont été très courts et très nombreux. Depuis dix ans, le format EP est de plus en plus courtisé par le genre. Les artistes et les acteurs et actrices de l’industrie musicale se sont emparé.e.s de ce petit disque afin d’établir de nouvelles stratégies et de s’ancrer dans le temps. Pourquoi l’EP est-il devenu si prisé ? La rédaction de Mosaïque a enquêté sur la question, comptant scrupuleusement les sorties pour établir des statistiques, partant à la rencontre d’un journaliste, d’un programmateur, d’une attachée de presse, de chefs de projet et d’un label manager.

16 mars 2020. Sur toutes les télévisions françaises, Emmanuel Macron confine le pays pour tenter d’endiguer la vague épidémique de Covid-19. La vie est mise sous cloche pendant presque trois mois de pause historique. Le monde de la culture s’enrhume, la création artistique s’enraye. Le rap français qui connaît une courbe de progression alors sans limites reçoit un coup d’arrêt inattendu. Pourtant, ni les scènes closes, ni les points de vente de CD fermés n’ont empêché les interprètes de sortir de la musique. La période s’est même montrée fructueuse.

Le rendez-vous du vendredi à minuit pile, toujours aussi attendu, est dominé par des formats réduits. Des EP, en d’autres termes. Pour mener cette enquête, nous avons considéré un projet court comme étant un disque comportant huit titres ou moins. À l’arrivée, les chiffres sont détonants. Les données disponibles sur le site collaboratif Genius montrent que près de 40 % des projets rap parus en 2020 comptent huit morceaux ou moins. Un score jamais vu pour le genre en France. Mehdi Maïzi, animateur de l’émission Rap Jeu pour Red Bull et présentateur de l’émission Le Code sur Apple Music, a lui aussi fait ce constat : « J’ai senti une bascule, le confinement a accéléré les choses. Roméo Elvis, Sopico, Alonzo… Beaucoup d’artistes ont profité de la période pour réaliser qu’ils pouvaient sortir des petits formats et tester de nouvelles choses sur quelques titres. Quand j’ai fait mon top album 2020, je me suis demandé si je ne devais pas aussi faire un top EP. »

Note Board
Infogram

Cette progression n’a rien d’une tendance éphémère. Sur les dix dernières années, l’EP n’a cessé d’être de plus en plus courtisé par les artistes rangé.e.s dans le catalogue « urbain ». Pourtant, les tracklists courtes n’ont pas toujours reçues autant d’attention. « Pendant longtemps dans le rap, le terme était utilisé pour dire : « autre chose qu’un album ». On était embêté pour désigner ces projets là. Dans les années 2000, on disait surtout mixtape et street CD. Le terme EP est revenu à la mode dans les années 2010, d’abord en étant presque dénaturé. J’avais interviewé Vald à la sortie de « NQNT » en 2014 et il disait que c’était un EP alors que ça faisait 13 titres. C’était juste pour ne pas dire le mot album », se souvient Mehdi Maïzi.

La pression du format

L’album. Le format préféré des labels qui rythme une carrière et lui donne ses lettres de noblesse. Avant de dévoiler un projet long censé être une sortie attendue, l’EP est devenu un levier stratégique incontournable. Le milieu artistique s’en est saisi pour pouvoir faire monter les enchères sur un artiste avant de pouvoir parier plus de budget. Cécile Plancke est attachée de presse pour le label Low Wood qui héberge notamment Hatik, Jok’Air, Zinée ou encore Michel. Selon elle, une compilation de quelques morceaux permet d’éviter toute forme de pression : « Sur un EP, tu as le droit à l’échec de ta promotion. C’est la musique qui parle seule. Sur l’album, on regarde tes chiffres, tes interviews, parce qu’il y a beaucoup plus d’investissement à tous les niveaux. Le but, c’est de ne pas mettre des artistes devant des responsabilités qu’ils ne peuvent pas encore assumer. »

Une approche moins coûteuse et plus souple pour accompagner des jeunes artistes en développement, voire des artistes confirmé.e.s. Deen Burbigo annonçait d’ailleurs sur le plateau du Code ne plus se sentir à l’aise avec la pression régnant autour de l’album. Au mois de juillet dernier, le rappeur dévoile ainsi « OG San », un projet de huit titres.

La recette a séduit beaucoup d’acteur.rice.s de l’industrie musicale. Dès les années 2010, de nombreux label managers ont saisi la vague. Mohamed Ali est l’un d’entre eux.elles. Tête pensante de l’écurie Foufoune Palace, il confie avoir pensé sa démarche dans ce sens lors des premiers pas du rappeur Luidji : « Cet intérêt particulier pour l’EP dans le rap date d’à peine une dizaine d’années. Quand j’ai commencé à bosser avec Luidji, en 2014, on a choisi logiquement ce format pour démarrer. Hors de question de sortir beaucoup de morceaux d’un coup sans fans et sans attente. C’est censé être la consécration d’un artiste. Et avant d’en sortir un deuxième, on s’est permis de sortir un nouvel EP, « Boscolo Exedra », parce que ça collait avec ce qu’il voulait raconter. » Une marge de manœuvre autrefois impensable : « Le marché et l’économie du disque étaient régis différemment. Cette liberté artistique existait moins. Il fallait vendre des disques, rentrer en radio, on était plus bridé. » 

Streaming sensation

L’un des facteurs clés de ce changement d’approche, c’est l’arrivée du streaming. Cette nouvelle manière de consommer de la musique donne au rap un souffle nouveau. Les performances des écoutes en streaming sont comptabilisées dans les chiffres de vente par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP, organisme qui attribue les certifications or, platine et diamant aux singles et aux projets, NDLR) et les plateformes deviennent des laboratoires à ciel ouvert où la créativité autour du format se renouvelle.

Sortir de la musique devient alors moins coûteux et plus accessible, entraînant une productivité jamais vue de la part des artistes (revoir plus haut l’infographie réalisée à partir des données accessibles sur le site collaboratif Genius, NDLR). « On skip beaucoup, on écoute les albums pour en tirer un ou deux singles, on écoute les tops Spotify, ça a favorisé l’EP. On a moins de temps et on veut écouter bien et super vite, explique l’un des chefs de projet de la maison de disque Universal Music France, aussi directeur artistique de rappeurs à succès, qui a souhaité rester anonyme. Les cinq ou six titres vont se démocratiser de plus en plus pour pouvoir faire respirer les discographies, tout en permettant aux rappeurs de rester très productifs. Tu imagines Drake ressortir un album en fin d’année ? Le public ne peut plus tout écouter. »

« Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. »

Un chef de projet d’un label parisien à Mosaïque

Pour les jeunes artistes, se positionner dans ce nouvel écosystème est une nouvelle paire de manche. Il faut pouvoir être remarquable au milieu du flot des sorties hebdomadaires. Ce chef de projet et directeur artistique dans un label parisien, également anonyme, le constate auprès de l’un de ses artistes en développement : « On s’est fait remarquer avec des EP courts, efficaces et faciles à digérer pour les nouveaux auditeurs. Il y a tellement de chose à découvrir que oui, si on ne connaît pas ton nom, on ne peut pas se manger un projet de 18 tracks. »

Pourtant, les albums longs n’ont jamais cessé d’être dominants. En 2020, 60 % des sorties comptent plus de huit titres. « Je suis surpris qu’il y ait encore autant d’albums. Ce n’est pas adapté à tous les types d’artistes, s’étonne Mehdi Maïzi. Je crois que je préfère écouter Leto sur un EP par exemple. Il a plus la possibilité de donner ce que son public attend, sans les passages obligés de l’album qui lui correspondent moins. Il y a des artistes qui cartonnent en singles et qui sortent des albums qui marchent beaucoup moins bien. Il peut y avoir du remplissage, alors que le streaming te permet de faire tout ce que tu veux. » 

Même son de cloche pour le chef de projet du label parisien : « Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. Je pense que ça augmenterait considérablement son volume de streams. »

Le petit frère mal-aimé de l’album

Pourquoi, alors, l’EP est-il toujours le petit frère mal-aimé de l’album ? L’industrie garde une affection particulière, presque déraisonnée, pour le long format. Une vieille habitude à laquelle on n’ose que très peu toucher. Cette situation, le chef de projet d’un label parisien l’observe de l’intérieur : « Les labels et les maisons de disque font encore signer des artistes pour deux ou trois albums. Beaucoup essayent de se libérer de ces vieux contrats en sortant des projets commandés mais qui ne répondent pas à leurs besoins de développement. » 

Les médias généralistes se sont également mis au pas de ce fonctionnement : « Ils ne parlent que très peu des EP. Je me suis déjà fait repousser quand je présentais des projets courts à des entreprises de presse nationale. Ils se focalisent sur l’événement album parce qu’ils n’ont pas le temps de tout suivre. C’est vraiment une ancienne école », explique Cécile Plancke. D’autant plus que certains EP impressionnent par leur impact médiatique et commercial, en témoigne le succès de « Mafana » du rappeur Oboy (2020) qui comptabilise une centaine de millions de streams, même si la certification est toujours plus délicate à décrocher.

« Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? »

Mehdi Maïzi à Mosaïque

En attendant les chiffres de l’année 2021, des EP comme celui de Koba LaD (« Cartel : volume 1), de Benjamin Epps (« Fantôme avec chauffeur ») ou encore de Nemir (« Ora »), ont déjà marqué ces derniers mois et certains titres ont intégré les rotations des radios. Rachid Bentaleb est programmateur pour la radio Mouv’ du groupe Radio France. Il confie recevoir de plus en plus d’EP et constate une nette hausse de leur qualité : « Les EP qu’on écoutait avant, c’était parfois des compilations de titres qu’on ne mettait pas dans l’album. Ça se sentait. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus cohérents et travaillés. L’EP n’est plus un format de recyclage. »

Tout au long de l’enquête, une question a été systématiquement posée : « Le format long va-t-il un jour devenir minoritaire ? » « Non », répondent les observateur.rice.s, confiant que l’album conservera un caractère spécial pour les oreilles des auditeurs et auditrices. Mehdi Maïzi tranche : « Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? Ça serait bien de continuer à dynamiter ce format. »

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Entretiens Rencontres

nelick, la maturité enfantine

Un an après son album « PiuPiu », Nelick, devenu nelick, fait son retour avec un EP de sept titres : « Tatoo », dévoilé le 17 juin 2021. Ce projet court, désinvolte et naturel marque une rupture pour l’artiste qui a toujours pris le soin de construire des concepts et de la musique pensée et réfléchie. Cette nouvelle proposition montre un jeune homme décontracté et empreint de simplicité, à mi-chemin entre l’innocence d’un enfant et la maturité d’un adulte. Tout juste réveillé d’un lendemain de soirée, le rappeur a décroché son téléphone pour nous raconter l’histoire de ce virage artistique et humain.

En un an, Nelick est devenu nelick. Une majuscule en moins qui change tout pour un artiste qui semble s’être trouvé musicalement avec « Tatoo », sorti le 17 juin 2021. Malgré trois projets à son actif, c’est avec cet EP que l’artiste a réussi à déchiffrer le sens de sa vocation : « Je fais ça pour me sentir bien, dans ce monde de sept milliards d’humains. C’est ma raison de vivre, j’ai envie d’aider les gens à grande échelle. » À peine réveillé d’une soirée mouvementée de la veille, il nous avoue au téléphone : « Je crois que c’est la première fois que je le dis comme ça (rires). » 

nelick respire la sérénité de celui qui s’est affranchi des pressions liées à son art. En janvier 2020, alors qu’il dévoile « PiuPiu », un album concept dans lequel un marchand de friandises fabrique des bonbons pour rendre les gens heureux, lui ne l’est pas : « Le jour où je l’ai sorti, j’étais pas satisfait. C’était une mixtape à la base et je n’aime pas les choses qui n’ont pas trop de signification du coup j’ai tout relié et j’ai monté un concept avec des interludes. J’avais peur de montrer que je faisais juste du son comme ça. Sûrement aussi parce que les sons n’étaient pas assez bons. » Pourtant, même si le disque est bien reçu par la critique et le public, c’est un déclic pour le chanteur qui le perçoit aujourd’hui comme un échec : « J’ai connu la déception de moi-même. J’ai échoué avec ce projet et je n’ai pas apprécié ce que j’ai sorti. Mais échouer c’est trop bien parce que ça m’a permis de retrouver le pourquoi de ma musique. » 

« Faut être très mature pour être un enfant. Je suis un adulte qui travaille mon côté enfantin. »

nelick

« PiuPiu » était l’aboutissement de l’univers enfantin et burtonien de nelick, avec lequel il s’est toujours démarqué. Mais c’est en se libérant d’une forme rigide et conceptuelle à travers ce dernier EP que ce monde a pris sens : « J’ai réussi à prendre du recul et à me dire que la musique que je voulais faire c’était pour les enfants. Faire de la musique pour Disney, pour des dessins animés, à la Miyazaki ou à la manière d’une comédie romantique italienne, ça me parle trop. Faut être très mature pour être un enfant. Je suis un adulte qui travaille mon côté enfantin. »

Soudain, la conversation ralentie. « Putain, je suis désolé je commandais à graille ! », avoue-t-il en rigolant. « Euh… Je voudrais un burger bon qui coûte cher un peu… Il hésite : Y a des gens très indécis sur terre et il faut choisir pour eux ! Bon allez Five Guys, faut reprendre des forces. »

Une légèreté assumée

Cette légèreté, nelick l’assume enfin. Que ce soit sur la tracklist, dont les titres des morceaux sont écrits sans majuscule, ou avec le nom du projet qui comporte une faute d’orthographe délibérée. La cover du projet reflète tout autant cette idée. On aperçoit la photo d’un jeune adulte portant un appareil dentaire : « Ça se voit c’est un jeune qui a envie d’être adulte et de faire comme les covers classiques du rap. Un enfant qui se prend pour un grand. » 

Le figurant sur la pochette n’est nul autre que kofi bæ, producteur de l’EP, avec qui nelick a façonné le projet. Ensemble et à leur image, ils ont travaillé comme des enfants. Ils se retrouvent à Nancy et bouclent « Tatoo » en cinq jours : « Le pire, c’est qu’on a pas travaillé du matin au soir. On s’est branlé un peu même (rires). On se levait à 13 h, on allait au parc… Mais on est pareil et on a la même vision, donc c’est fluide. »

Les deux acolytes se sont bien trouvés. Ils se rencontrent alors que le compositeur fait des type beats de nelick sur YouTube (méthode qui consiste à s’inspirer très fortement d’un titre pour produire une instrumentale très proche en terme de tempo, de sonorités et de structure musicale, NDLR) : « Je lui ai demandé la prod et il m’a répondu que finalement c’était Jäde qui l’avait pris pour faire son titre Docteur. Je me disais : « Le poto il fait un type beat nelick, c’est sûr il va me dire c’est pour toi, et en faite non ! » Une association musicale qui participe à l’émancipation de Kiwibunny (surnom de l’artiste, également le titre de l’un de ses projets : « Kiwibunnytape », NDLR) : « kofi est trop fort parce qu’il est authentique. Chaque prod qu’on m’envoie, l’harmonie n’est jamais parfaite, alors que lui ça va rendre un truc juste et parfait. C’est cette justesse que je trouve trop belle. »

Une musique d’impact

Le sens de sa musique, il l’a aussi trouvé auprès de son public dont la vie a pu changer grâce à ses morceaux, toute génération confondue : « J‘ai une amie à moi qui a cinquante ans. Elle m’a dit qu’en écoutant mon projet et en regardant mes stories, ça lui avait donné la force de faire son projet de théâtre. C’est ça qui est beau avec le son. Tu laisses ton empreinte sur les autres. » Laisser son empreinte, un peu comme un « Tatoo », nom de son dernier EP qu’il a choisi d’intituler de cette manière parce que « écouter un album c’est un truc éphémère mais qui peut te marquer pour toujours ».

Et justement, quand on lui demande ce que sera la suite de « Tatoo », nelick botte en touche, préférant l’insouciance : « On verra. Mais d’abord aimer ce que je fais, c’est la première fois que ça m’arrive. J’ai trouvé ce pourquoi je veux faire de la musique toute ma vie. Certains attendent ça indéfiniment. Cette zénitude que j’ai trouvé. »

Parce que le projet incarne un renouveau, l’artiste a glissé un titre caché intitulé Nouvelle vie dans le dernier morceau du projet : « Le fait que ça soit un message caché à la fin veut dire qu’il faut aller voir au fond de soi pour se rendre compte qu’il y a de l’espoir. Tous mes albums se finissent mal et là je finis sur un titre badant mais qui cache un truc plus cool. J’ai envie que les gens s’envolent quand ils écoutent ce son, quand la flûte arrive… J’ai envie de faire voyager et j’ouvre une porte pour le prochain projet. »

Selon lui, « Tatoo » ne serait en réalité qu’une introduction : « C’est un film qui se lance. J’ai l’impression que c’est une BO de la nouvelle vie de KiwiBunny. La meilleure partie sera la fin, mais j’adore les génériques de début. »

Retrouvez « Tatoo » de nelick dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.

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Décryptages Investigation

Tawsen : Les coulisses d’une cover shootée à l’Iphone

Tawsen fêtait le 22 novembre dernier, les un an de son EP « Al Mawja ». Deuxième projet d’une trilogie dont le troisième volet est attendu, Romain Garcin nous raconte les coulisses de la pochette réalisée à l’iPhone.

Après une première cover réussie pour l’EP « Al Warda » (La fleur), qui se voulait colorée et fleurie à l’image du titre, Tawsen réitère sa collaboration avec Romain Garcin (photographe, qui a récemment réalisé la pochette de l’album « QALF » de Damso) pour le deuxième épisode de sa trilogie.

Et pour cause, les deux hommes s’entendent parfaitement : « C’est un des artistes avec lequel je m’entends le mieux et avec qui je peux bosser de manière totalement libre. Nous sommes tout le temps hyper d’accord », explique Romain Garcin.  

Pour cette pochette, ils s’accordent pour que le visuel soit cohérent avec le premier projet : « Comme c’est une trilogie, nous avons voulu aller dans la continuité de la première cover. Le deuxième EP s’appelant « Al Mawja » qui veut dire « La vague », nous voulions rester dans cette idée au niveau du cadrage et de sa pose. »

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « Al Mawja » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Romain Garcin travaille actuellement avec l’artiste belge sur la réalisation de la cover du troisième projet de cette trilogie. Une collaboration professionnelle et amicale pour le photographe, selon qui, « Tawsen est une antistar absolue. Il est totalement accessible. C’est le mec le plus adorable que tu puisses trouver sur la scène rap actuellement. » 

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Entretiens Rencontres

Bambino : « Dans l’erreur se glisse de la magie »

Après avoir collaboré avec des artistes de variété ou du rap français, Bambino lance son premier EP, « Enfant difficile ». Un disque sorti le 20 novembre où la tristesse et l’euphorie se bagarrent. Entretien plein de mélancolie avec l’artiste au sourire infatigable. 

Comment es-tu venu à la musique ?

J’étais au conservatoire quand j’étais petit. À 11 ans, j’avais un copain de l’école de musique qui m’a proposé d’enregistrer dans le studio de son père. C’était magique et je prends conscience d’à quel point je kiffe l’ambiance et le travail en studio. Progressivement, j’ai rencontré des musiciens extraordinaires qui n’avaient pas forcément les mêmes goûts musicaux que moi. Ils n’avaient pas non plus la même oreille. Comme je suis quelqu’un d’assez curieux, je n’étais pas réfractaire à toutes les nouveautés qu’on me proposait. Je me suis ouvert à de nouvelles sonorités musicales qui nourrissent cet EP. 

Qu’est ce qui a motivé la sortie de ce premier projet ? 

Cela fait plusieurs années que je suis dans le son. J’ai collaboré avec pas mal d’artistes qu’ils soient urbains comme Hayce Lemsi ou de variété comme Kendji Girac ou Matt Pokora. Je produisais un peu pour les autres et j’avais envie de montrer ce que je savais faire. Exposer mon propre univers artistique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aucun feat ne figure sur l’EP. Il fallait que je montre un peu à quoi ressemblait ma musique avant de me pencher sur des collaborations. Mais pour revenir sur la manière de construire cet EP… En fait, je suis quelqu’un d’hyper instinctif, j’ai une manière de travailler très rapide et instantanée. J’agis sans avoir une idée précise de là où je veux aller ou une référence en tête.

As-tu pensé la cohérence du projet « Enfant difficile »

En réalité, je trouve que dès que tu es dans la réflexion, tu doutes et tu perds de la fluidité. On n’a pas le temps de douter. La spontanéité est essentielle à la création, et même dans l’erreur se glissent des choses magiques. Souvent, on réclame aux rappeurs de la cohérence dans leurs albums. Mais si tu es honnête avec toi-même, tu n’as pas besoin de la rechercher. Elle s’impose naturellement. Les thèmes qui t’obsèdent vont revenir au fil de la tracklist. Chaque titre sera cohérent avec le précédent puisqu’il reflétera qui tu es, avec tes complexités et tes contradictions. 

« Je n’ai jamais écrit un morceau, en vérité ! »

Bambino

En combien de temps s’est construit le projet ?

Les sons dormaient depuis pas mal de temps dans l’ordinateur de mon main-produceur, Ben, avec qui j’ai grandi. Des ébauches existaient. Quand j’ai signé chez Local, mon label, en janvier, je me suis mis dessus. Je les ai terminées au fur et à mesure. Le projet a été bouclé en moins d’un mois environ. 

Quelle est ta méthode d’écriture ?

Je n’ai jamais écrit un morceau, en vérité. Je m’enferme dans ma cabine et je fais ma topline. J’écris phrase par phrase en me calant sur le rythme. Je n’aime pas écrire sur une feuille ou sur le bloc-notes de mon téléphone. D’ailleurs, je ne possède aucun texte dedans. Ce n’est qu’une fois que j’ai enregistré les morceaux que je recopie les paroles. C’est un peu long d’ailleurs. (rires)

J’ai collaboré avec pas mal d’artistes qui bossaient comme ça. Et je sais que Jay-Z ou Lil Wayne composent beaucoup de cette façon. Ils font tourner des phrases et des sonorités et le morceau se construit petit à petit. Une fois que le bébé est né, je corrige un mot ou un autre en réécoutant. C’est un peu comme un peintre qui balance pleins de couleurs sur sa toile et affine son tableau à la fin. Le titre 365 a lui aussi été ecrit de cette façon.

Quels sont les artistes qui t’ont influencé ?

Quand j’étais gamin, j’écoutais Mice David, Michael Jackson, Booba ou Bill Withers. Je suis vraiment quelqu’un qui kiffe autant la bossa nova que du jazz à la Bobby Mc Ferrin. Désormais, j’écoute moins de musique. Quand je sors du studio, j’en ressens moins le désir. J’aime bien la phrase de Sting qui dit : « Parfois, la meilleure musique est le silence. »

Toi l’instinctif, que penses-tu de l’évolution de l’industrie de la musique qui permet à un artiste de ne plus être dépendant de dates de sortie ou de moyens lourds de production ? 

Je suis hyper sensible à cette dynamique de partager un son le plus vite possible. C’est magique de pouvoir être vite au contact du public pour savoir si le morceau plaît. Dans ce sens, je trouve que Jul est le miroir parfait de l’évolution des moyens de consommation. Je me reconnais dans son côté instinctif. Quand il veut partager un son, il le balance. Sa musique est folle. Ça pue le sud. Et il dit des vrais trucs, contrairement à ce que certains peuvent en dire !

« Je suis un peu un clown triste »

Bambino

Quelles sont tes ambitions pour la suite ?

Mon rêve ultime est d’acheter une maison pour tous les membres de ma famille. 

Et musicalement ? 

Tout simplement, ça va kékra ! (rires) Mon ambition est de faire passer, à travers ma musique, des bons moments aux gens. Je ne promeus pas la violence. Mon but est de faire naître des sourires. Comme tous ceux qui tentent d’apporter un peu de gaieté autour d’eux. Je suis un peu clown triste.

D’où vient cette mélancolie ?

Quand j’étais petit, ma famille déménageait beaucoup. Je n’ai pas foncièrement gardé d’amis d’enfance. Même si elle est remplie de moments tristes, je trouve que c’est la période la plus fascinante de l’existence. Tu poses un regard qui rend les choses plus belles. Je suis très nostalgique de cette époque. Tous ces bruits et ces odeurs de cour d’école, je ne les retrouvais plus. D’ailleurs, quand tu échanges avec une personne âgée, elle te parle le plus souvent de son enfance. Le plus triste est peut-être de perdre cette insouciance. 

L’as-tu perdu ? 

J’essaie de garder mon âme d’enfant, mais quand tu observes ce qu’il se passe dans le monde, tu perds cette vision enfantine. Quand tu sors en bas de ton bâtiment et que tu vois des enfants abandonnés dehors parce que c’est trop petit chez eux, que tu vois leurs parents dépassés, quand tu observes les difficultés dans les quartiers… Chaque gouvernement recouvre les problématiques avec du sable pour qu’on ne voit plus la merde, mais la misère est là. Et le pire étant que toi, tu ne peux pas aider tout le monde !

Avant d’aider les autres, il faut déjà s’aider soi-même. Tu es obligé de laisser des gens derrière toi. Demain, si tu te noies et que tu veux espérer sauver la personne à tes côtés, il faut d’abord monter sur le bateau pour espérer lui tendre la main. C’est terrible !

Si les gens qui ont une vie meilleure faisaient un pas vers ceux qui ont une existence plus difficile, il n’y aurait pas autant de misère. Mais quand tu n’as pas vécu dans une cité, c’est très compliqué de se représenter la réalité. Demain, si mes gosses grandissent dans le 7e ou le 16e arrondissement à Paris, auront-ils conscience d’aller aider ne serait-ce qu’une famille à Saint-Denis ? J’espère ! C’est un peu utopiste, mais ça fait parfois du bien de l’être.

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Chroniques

Tejdeen, d’or et d’argent

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Si son premier EP s’intitule « Silver Tej », Tejdeen ne se contentera pas de l’argent et ira chercher l’or. Sorti le 17 avril, son premier projet dévoile l’étendue de son potentiel. Cohérent et original, l’EP de cinq titres met en lumière le talent brut de l’artiste.

 

Crédit : compte Facebook de Tejdeen.

 

Avec un univers débien défini, le titre God Damn au refrain entêtant donne le ton. Un voile sur la voix, Tejdeen nous emporte avec lui dans ses tentations amoureuses. Une tentation mise en image dans le clip du morceau qui accompagne la sortie de lEP. À limage du titre, des nuances de couleurs sentremêlent dans une atmosphère planante et légère.

De la légèreté de lamour à lardeur de la quête de largent, il ny a quun pas. Le titre Wari  (argent en bambara, langue nationale du Mali) invite à bouger la tête en rythme avec legotrip du morceau. Vite rattrapé par sa mélancolie, Tejdeen fait usage de son flow céleste dans Grillz : « Je ne sais plus comment rire, je me demande à qui la faute. Pose un grillz sur mon sourire, j’ai l’air trop morose ».

Au total, cinq titres courts et efficaces qui  confirment que Tejdeen a plus dune corde à son arc. Avec ce projet, lartiste ne cache pas ses ambitions : « J’ai besoin d’une fenêtre sur le monde, que ma voix s’propage sur les ondes » (Grillz).

 


 

Pour le moment, il navigue seul et « pour l’heure incompris, l’air imbécile, moi, mes sons et mes dreams »(Difficile). Artiste indépendant, Tejdeen est autant rappeur que producteur. Sur « Silver Tej », quatre prods sur cinq sont signés de lui. Seul le dernier titre Backseat a été produit par le beatmaker Kosei. Ce morceau, qui clôt le projet, dénote du ton chantant de l’EP et permet à Tejdeen de montrer quil sait aussi kicker.

Avant « Silver Tej », lartiste avait désorti quatre titres individuels en 2018 et a notamment collaboré avec DTF sur le titre Les Princes en 2015 ou avec le rappeur Cashmire sur le titre Princesse Raiponce en 2017. Des rappeurs aux univers proches liés par la mouvance du cloud rap.  

 

Un univers singulier 

 

Dans la même lignée, les grillz de sa pochette dEP rappellent celles de la  cover de lalbum « Trinity » de Laylow. Loin d’être leur seul point commun, les deux rappeurs du sud de la France ont eu loccasion de se rencontrer alors que le lyonnais Tejdeen assurait, en avril 2018, la première partie du concert du toulousain. Deux univers musicales proches et hypnotisant où les voix chantent en grésillant.

Proches aussi par loriginalité de leur proposition sur la scène rap actuelle. Ils  se démarquent par la singularité de leur univers, une utilisation très personnelle de l’autotune et des visuels uniques. À limage des clips de Tejdeen, tous réalisés par la société Augure, dont lesthétique colorée accompagne lambiance planante des morceaux.

 

Cover de l’EP « Silver Tej », réalisée par Constant Fernandez.

 

« God Damn », cest en tout cas le sentiment que laisse la découverte dun artiste comme Tejdeen. Des visuels travaillés, un univers marqué et du talent à revendre. Tejdeen se fait discret mais attire les regards en coulisses. Tous conscients du potentiel dont regorge lartiste. Prenez donc 11 minutes et 44 secondes (durée de lEP) pour écouter « Silver Tej », un projet efficace comme une porte dentrée vers un autre monde, en pleine expansion : « Silver Tej arrive, ça m’suffit pas, il m’faut le gold, le platine » (Backseat). 

 

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