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Enquête : L’heure de gloire de l’EP, levier d’intérêt majeur

En 2020, les projets de rap français ont été très courts et très nombreux. Depuis dix ans, le format EP est de plus en plus courtisé par le genre. Les artistes et les acteurs et actrices de l’industrie musicale se sont emparé.e.s de ce petit disque afin d’établir de nouvelles stratégies et de s’ancrer dans le temps. Pourquoi l’EP est-il devenu si prisé ? La rédaction de Mosaïque a enquêté sur la question, comptant scrupuleusement les sorties pour établir des statistiques, partant à la rencontre d’un journaliste, d’un programmateur, d’une attachée de presse, de chefs de projet et d’un label manager.

16 mars 2020. Sur toutes les télévisions françaises, Emmanuel Macron confine le pays pour tenter d’endiguer la vague épidémique de Covid-19. La vie est mise sous cloche pendant presque trois mois de pause historique. Le monde de la culture s’enrhume, la création artistique s’enraye. Le rap français qui connaît une courbe de progression alors sans limites reçoit un coup d’arrêt inattendu. Pourtant, ni les scènes closes, ni les points de vente de CD fermés n’ont empêché les interprètes de sortir de la musique. La période s’est même montrée fructueuse.

Le rendez-vous du vendredi à minuit pile, toujours aussi attendu, est dominé par des formats réduits. Des EP, en d’autres termes. Pour mener cette enquête, nous avons considéré un projet court comme étant un disque comportant huit titres ou moins. À l’arrivée, les chiffres sont détonants. Les données disponibles sur le site collaboratif Genius montrent que près de 40 % des projets rap parus en 2020 comptent huit morceaux ou moins. Un score jamais vu pour le genre en France. Mehdi Maïzi, animateur de l’émission Rap Jeu pour Red Bull et présentateur de l’émission Le Code sur Apple Music, a lui aussi fait ce constat : « J’ai senti une bascule, le confinement a accéléré les choses. Roméo Elvis, Sopico, Alonzo… Beaucoup d’artistes ont profité de la période pour réaliser qu’ils pouvaient sortir des petits formats et tester de nouvelles choses sur quelques titres. Quand j’ai fait mon top album 2020, je me suis demandé si je ne devais pas aussi faire un top EP. »

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Cette progression n’a rien d’une tendance éphémère. Sur les dix dernières années, l’EP n’a cessé d’être de plus en plus courtisé par les artistes rangé.e.s dans le catalogue « urbain ». Pourtant, les tracklists courtes n’ont pas toujours reçues autant d’attention. « Pendant longtemps dans le rap, le terme était utilisé pour dire : « autre chose qu’un album ». On était embêté pour désigner ces projets là. Dans les années 2000, on disait surtout mixtape et street CD. Le terme EP est revenu à la mode dans les années 2010, d’abord en étant presque dénaturé. J’avais interviewé Vald à la sortie de « NQNT » en 2014 et il disait que c’était un EP alors que ça faisait 13 titres. C’était juste pour ne pas dire le mot album », se souvient Mehdi Maïzi.

La pression du format

L’album. Le format préféré des labels qui rythme une carrière et lui donne ses lettres de noblesse. Avant de dévoiler un projet long censé être une sortie attendue, l’EP est devenu un levier stratégique incontournable. Le milieu artistique s’en est saisi pour pouvoir faire monter les enchères sur un artiste avant de pouvoir parier plus de budget. Cécile Plancke est attachée de presse pour le label Low Wood qui héberge notamment Hatik, Jok’Air, Zinée ou encore Michel. Selon elle, une compilation de quelques morceaux permet d’éviter toute forme de pression : « Sur un EP, tu as le droit à l’échec de ta promotion. C’est la musique qui parle seule. Sur l’album, on regarde tes chiffres, tes interviews, parce qu’il y a beaucoup plus d’investissement à tous les niveaux. Le but, c’est de ne pas mettre des artistes devant des responsabilités qu’ils ne peuvent pas encore assumer. »

Une approche moins coûteuse et plus souple pour accompagner des jeunes artistes en développement, voire des artistes confirmé.e.s. Deen Burbigo annonçait d’ailleurs sur le plateau du Code ne plus se sentir à l’aise avec la pression régnant autour de l’album. Au mois de juillet dernier, le rappeur dévoile ainsi « OG San », un projet de huit titres.

La recette a séduit beaucoup d’acteur.rice.s de l’industrie musicale. Dès les années 2010, de nombreux label managers ont saisi la vague. Mohamed Ali est l’un d’entre eux.elles. Tête pensante de l’écurie Foufoune Palace, il confie avoir pensé sa démarche dans ce sens lors des premiers pas du rappeur Luidji : « Cet intérêt particulier pour l’EP dans le rap date d’à peine une dizaine d’années. Quand j’ai commencé à bosser avec Luidji, en 2014, on a choisi logiquement ce format pour démarrer. Hors de question de sortir beaucoup de morceaux d’un coup sans fans et sans attente. C’est censé être la consécration d’un artiste. Et avant d’en sortir un deuxième, on s’est permis de sortir un nouvel EP, « Boscolo Exedra », parce que ça collait avec ce qu’il voulait raconter. » Une marge de manœuvre autrefois impensable : « Le marché et l’économie du disque étaient régis différemment. Cette liberté artistique existait moins. Il fallait vendre des disques, rentrer en radio, on était plus bridé. » 

Streaming sensation

L’un des facteurs clés de ce changement d’approche, c’est l’arrivée du streaming. Cette nouvelle manière de consommer de la musique donne au rap un souffle nouveau. Les performances des écoutes en streaming sont comptabilisées dans les chiffres de vente par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP, organisme qui attribue les certifications or, platine et diamant aux singles et aux projets, NDLR) et les plateformes deviennent des laboratoires à ciel ouvert où la créativité autour du format se renouvelle.

Sortir de la musique devient alors moins coûteux et plus accessible, entraînant une productivité jamais vue de la part des artistes (revoir plus haut l’infographie réalisée à partir des données accessibles sur le site collaboratif Genius, NDLR). « On skip beaucoup, on écoute les albums pour en tirer un ou deux singles, on écoute les tops Spotify, ça a favorisé l’EP. On a moins de temps et on veut écouter bien et super vite, explique l’un des chefs de projet de la maison de disque Universal Music France, aussi directeur artistique de rappeurs à succès, qui a souhaité rester anonyme. Les cinq ou six titres vont se démocratiser de plus en plus pour pouvoir faire respirer les discographies, tout en permettant aux rappeurs de rester très productifs. Tu imagines Drake ressortir un album en fin d’année ? Le public ne peut plus tout écouter. »

« Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. »

Un chef de projet d’un label parisien à Mosaïque

Pour les jeunes artistes, se positionner dans ce nouvel écosystème est une nouvelle paire de manche. Il faut pouvoir être remarquable au milieu du flot des sorties hebdomadaires. Ce chef de projet et directeur artistique dans un label parisien, également anonyme, le constate auprès de l’un de ses artistes en développement : « On s’est fait remarquer avec des EP courts, efficaces et faciles à digérer pour les nouveaux auditeurs. Il y a tellement de chose à découvrir que oui, si on ne connaît pas ton nom, on ne peut pas se manger un projet de 18 tracks. »

Pourtant, les albums longs n’ont jamais cessé d’être dominants. En 2020, 60 % des sorties comptent plus de huit titres. « Je suis surpris qu’il y ait encore autant d’albums. Ce n’est pas adapté à tous les types d’artistes, s’étonne Mehdi Maïzi. Je crois que je préfère écouter Leto sur un EP par exemple. Il a plus la possibilité de donner ce que son public attend, sans les passages obligés de l’album qui lui correspondent moins. Il y a des artistes qui cartonnent en singles et qui sortent des albums qui marchent beaucoup moins bien. Il peut y avoir du remplissage, alors que le streaming te permet de faire tout ce que tu veux. » 

Même son de cloche pour le chef de projet du label parisien : « Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. Je pense que ça augmenterait considérablement son volume de streams. »

Le petit frère mal-aimé de l’album

Pourquoi, alors, l’EP est-il toujours le petit frère mal-aimé de l’album ? L’industrie garde une affection particulière, presque déraisonnée, pour le long format. Une vieille habitude à laquelle on n’ose que très peu toucher. Cette situation, le chef de projet d’un label parisien l’observe de l’intérieur : « Les labels et les maisons de disque font encore signer des artistes pour deux ou trois albums. Beaucoup essayent de se libérer de ces vieux contrats en sortant des projets commandés mais qui ne répondent pas à leurs besoins de développement. » 

Les médias généralistes se sont également mis au pas de ce fonctionnement : « Ils ne parlent que très peu des EP. Je me suis déjà fait repousser quand je présentais des projets courts à des entreprises de presse nationale. Ils se focalisent sur l’événement album parce qu’ils n’ont pas le temps de tout suivre. C’est vraiment une ancienne école », explique Cécile Plancke. D’autant plus que certains EP impressionnent par leur impact médiatique et commercial, en témoigne le succès de « Mafana » du rappeur Oboy (2020) qui comptabilise une centaine de millions de streams, même si la certification est toujours plus délicate à décrocher.

« Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? »

Mehdi Maïzi à Mosaïque

En attendant les chiffres de l’année 2021, des EP comme celui de Koba LaD (« Cartel : volume 1), de Benjamin Epps (« Fantôme avec chauffeur ») ou encore de Nemir (« Ora »), ont déjà marqué ces derniers mois et certains titres ont intégré les rotations des radios. Rachid Bentaleb est programmateur pour la radio Mouv’ du groupe Radio France. Il confie recevoir de plus en plus d’EP et constate une nette hausse de leur qualité : « Les EP qu’on écoutait avant, c’était parfois des compilations de titres qu’on ne mettait pas dans l’album. Ça se sentait. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus cohérents et travaillés. L’EP n’est plus un format de recyclage. »

Tout au long de l’enquête, une question a été systématiquement posée : « Le format long va-t-il un jour devenir minoritaire ? » « Non », répondent les observateur.rice.s, confiant que l’album conservera un caractère spécial pour les oreilles des auditeurs et auditrices. Mehdi Maïzi tranche : « Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? Ça serait bien de continuer à dynamiter ce format. »

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Face à face Rencontres

Clara Charlotte, rêveuse lucide

Parfois pétillante et spontanée, parfois réfléchie et prudente, Clara Charlotte fait ses premiers pas dans le grand bain. Avec son premier EP « Venus », paru le 4 juin 2021, elle dévoile les premières teintes de son univers musical. Entre ses inspirations soul, trap, et ses featurings avec Squidji, Geeeko et Prototype, la chanteuse originaire d’Orléans dresse une proposition de caractère et s’imagine déjà de grands projets.

Assise à une terrasse parisienne, elle s’est confiée à Mosaïque sans avoir peur de rentrer dans son intimité ou dans ses réflexions personnelles sur sa musique et sa nouvelle vie d’artiste. Tout au long de votre lecture, découvrez le shooting d’Inès Mansouri qui a photographié la jeune femme dans une rue parisienne. Sans filtre.

Quand Clara Charlotte nous rejoint sur la terrasse du restaurant Aux saveurs d’Italie dans le 17e arrondissement de Paris, accompagnée de son manager, elle rayonne. Ces dernières semaines ont été décisives pour la jeune artiste qui a dévoilé son premier jet artistique. Si certaines premières propositions restent discrètes, « Venus », son EP de six titres, n’est pas de ceux-là. Remarqué à sa sortie, le projet a éveillé la curiosité des plus grand.e.s. Avec un sourire béat, elle soulève avant de commencer l’entretien : « Je n’attendais pas vraiment de retours. Mais finalement, j’ai eu des messages de gens à qui je n’aurais jamais pensé que ça plairait. » Elle énumère. « Amel Bent, Mehdi Maïzi… C’est surprenant pour une petite personne comme moi d’être prise dans ce filet sans s’en rendre compte. Ça fait peur aussi. J’ai envie de la garder cette peur parce que sans elle, on ne fait plus preuve de courage. »

La jeune orléanaise prend rapidement les rênes de la discussion. Ravie de pouvoir s’exprimer sur son art, elle n’hésite pas à s’épancher lors de ses réponses et à rebondir par elle-même. « Ce nouveau projet, c’est un bébé sur lequel je travaille depuis que j’ai 18 ans et qui a bien grandi. C’est frustrant de devoir montrer celle que j’étais il y a trois ans alors que j’ai 21 ans aujourd’hui. » Pourtant, même si le temps s’en est allé, l’authenticité de sa musique est toujours la même : « J’évolue et je me renouvelle sans cesse dans mon art mais ça reste le même tissu. »

Un tissu sur lequel elle a cousu de nombreuses influences bien distinctes. Le sixième et dernier morceau du projet en témoigne : « Elle, c’est un son que j’ai écris il y a deux ou trois ans. Il y a un côté très instrumental avec une guitare brute. C’est le côté de Clara Charlotte soul qui écoutait plus jeune du Aretha Franklin. » Pour se constituer une ADN sur-mesure, la chanteuse a digéré ses influences : « Quand je suis arrivée à Paris, les gens ont commencé à me dire : “On dirait que t’écris des textes rappés mais que tu les chantes.” J’ai commencé à chanter du RnB soul sur des prods trap et à écrire façon rap des textes que je mettais sur du RnB. Ça marchait dans les deux sens, alors j’ai fusionné les deux. »

Empreinte d’éclectisme, Clara Charlotte teste et tente de s’ouvrir à d’autres horizons pour se renouveler. Parfois sans succès, mais sans regrets : « Si je teste une nouvelle couleur et que ça ne me fait rien dans le ventre, c’est que ça ne me parle pas. J’ai testé la country RnB (rires) et ça ne l’a pas fait du tout. C’était pas moi. » Et pour opérer des virages artistiques contrôlés, elle s’est entourée de producteurs d’expériences comme le confirmé Junior Alaprod ou 99, beatmaker de référence sur la scène rap émergente, auteur de trois instrumentales sur « Venus ». Elle raconte : « Quand 99 m’a fait écouté des prods pop avec de la guitare, un peu à la Angèle, The Weekend ou Jorja Smith, c’est la première fois que je me suis sentie capable d’aller faire ce délire là. Depuis, je continue de travailler avec lui et on fait toujours mieux qu’avant. »

De l’autre côté de la vitre du studio, loin des tables de mixage et des micros, Clara Charlotte se découvre moins concentrée, plus songeuse mais pas moins lucide. Pour elle, se livrer dans un texte comme sur son titre Cassiopée est naturel : « Quand je l’ai enregistré, j’ai pleuré. En écoutant le son et les paroles, je me suis rappelée que j’avais beaucoup souffert et avoir mal à ce moment là m’a fait du bien. » Pourtant, trouver un équilibre personnel au milieu de cette démarche artistique n’est pas aisé : « La complexité pour nous, les artistes, c’est qu’on doit écrire sur notre vie. Quand les gens vont taffer, ils sortent de leur vie. Le boulanger, quand il part taffer, il n’est plus avec sa femme, ses enfants… Alors que nous, on doit sans cesse se ressasser des souvenirs, des flashs, des disputes, des moments qui font du mal ou du bien. Et on sort rarement de ce carcan. On a pas le droit à cette part d’intimité cachée que tout le monde a. On dévoile tout au public. »

Elle reprend, déterminée : « Je dois composer avec le fait d’être une jeune femme noire de 21 ans avec des problèmes, compartimenter ma vie, en dire assez sans tout dévoiler au public et essayer de rester stable. » En discutant, nous comprenons que pour Clara Charlotte « compartimenter » rime avec « se protéger ». Comment garder un masque pour que le public ne saisisse pas toutes ses faiblesses, tout en restant assez transparente pour faire vibrer ses auditeurs ? C’est tout le paradoxe qui secoue la chanteuse. Elle enfonce le clou : « Ce masque, nous l’avons tous. L’humain est incapable d’être bon entièrement. Il y a forcément un moment dans une vie où ton côté bon devient mauvais pour l’autre. »

En prenant une gorgée de Perrier, elle réfléchit et reprend : « Vous connaissez l’histoire du scorpion et de la grenouille ? Nous hochons la tête de droite à gauche. En voulant traverser une rivière, une grenouille se fait arrêter par un scorpion. Le scorpion lui dit : « Écoute, prend moi sur ton dos, promis je te pique pas. » Elle le prévient : « Mais si, tu vas me piquer ! » Il lui répond : « Si tu me fais traverser, je te jure que non. » Elle hésite puis s’exécute pour lui venir en aide. Soudain, une douleur foudroyante lui tape le dos. Le scorpion l’a piqué. Elle lui dit : « Mais pourquoi tu m’as piqué ? On va mourir tous les deux. » Il lui répond : « Bah je suis un scorpion. C’est dans ma nature. Même si je t’ai promis que j’allais être bon avec toi, je ne pouvais pas ne pas te piquer », conclut-elle fièrement. Morale de l’histoire : « C’est pour ça qu’il faut compartimenter et garder un jardin secret. C’est ce que j’essaye d’expliquer dans ma musique. »

Cette histoire, elle la doit à son grand-père, lui aussi très intéressé par la musique : « Papi écoute du Drake, il écoute du rap et regarde Skyrock ! » Comme lui, son entourage familial a fait preuve d’un soutien nécessaire : « Mes parents ont été les premiers à croire en moi, à me donner une guitare et m’entendre chanter. » Mais avant de pouvoir s’affirmer comme chanteuse, Clara Charlotte confie avoir eu des difficultés à trouver une place dans son environnement d’adolescente : « Je n’étais pas la plus jolie fille, pas la plus drôle. J’avais pas de petits copains à foison, ni beaucoup de copines. Je faisais juste tout ce que je savais faire. J’étais tellement maladroite que je ne touchais à rien. J’étais juste bonne à être mignonne, à faire des câlins et sourire. C’est cette place que je pensais avoir. Et c’était pas moi. J’étais la « sœur », « la fille », « la petite ». J’avais jamais l’impression que c’était moi qu’on présentait. J’avais l’impression d’être vide. Mes parents ne pensaient pas ça de moi mais je le sentais comme ça. »

Depuis, la jeune femme a quitté Orléans, sa ville d’origine, pour rejoindre Paris et confirmer sa volonté de vivre de sa passion. Un déménagement qu’elle a jugé vital : « Ça a été très dur venant de province parce que je n’avais pas eu beaucoup de soutien de là d’où je viens. Je n’avais pas beaucoup d’amis. Quand je suis arrivé à Paris, je n’avais aucun contact mais j’ai pu avancer. Orléans s’est réveillé quand ça a commencé à prendre à Paris. J’ai quand même beaucoup de reconnaissance pour quelques médias de cette ville qui m’ont soutenue et m’ont propulsée. »

Même si elle juge avoir la maturité d’une femme de 35 ans, Clara Charlotte s’autorise aussi à rêver pour ne pas perdre son innocence et garder des objectifs. « Elle rêve de quoi, Clara Charlotte ? », la questionne-t-on. « Du Stade de France minimum ! répond-t-elle du tac au tac. C‘est tellement gros que ça sonne bête mais je suis là pour bosser. Je me donne dix ans pour aller le plus loin possible. Mes parents ont un certain âge, ils ne sont pas éternels et je veux qu’ils voient ça. Il n’y a pas un jour où je ne leur parle pas du Stade de France. Limite maintenant c’est eux qui m’en parlent. »

Si elle ne remplit pas encore les grandes salles parisiennes, l’artiste se réjouit une nouvelle fois de l’un de ses premiers accomplissements qu’elle nous avait fièrement évoqué en arrivant. « Amel Bent », dit-elle presque gênée. « Dès que j’ai eu la certification sur Instagram, c’est la première personne à qui j’ai envoyé un message. Je voulais lui montrer ce qu’elle était pour moi. Chez moi, il y a le ticket de son Olympia de 2006 ! En dix minutes, elle m’avait répondu en me disant qu’elle m’avait écoutée et qu’elle avait kiffé ma musique. Je me suis mise à pleurer, c’était trop beau. »

Après une heure d’échanges animés, la jeune orléanaise se montre déterminée, confiante et fragile de par sa profondeur avant de se recentrer vers l’essentiel et de se tourner vers son manager. « On irait pas manger ? J’ai trop la dalle », lui lâche-t-elle avec toute la spontanéité qui la caractérise, devant le rire de l’attablée.

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Chroniques

« Polak » : premier pas dans le bunkœur de PLK

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Alors que PLK s’apprête à dévoiler « Enna », le rappeur n’en est plus à ses premiers essais. Au milieu de trois autres mixtapes trône son premier album, « Polak », sorti le 5 octobre 2018. Retour sur un projet abouti et prometteur qui a projeté l’artiste sur le devant de la scène.

 

Froid et rougeoyant. Brutal et tendre. Le premier album de PLK n’est d’autre qu’un assemblage de couleurs qui s’impose comme une évidence. Après quelques détours en compagnie du Panama Bende et ses projets solo « Ténébreux » et « Platinium », l’artiste mène une quête identitaire.

Si ses traits artistiques sont déjà bien dessinés, il n’est pas rare qu’on lui reproche un manque d’épaisseur. Pour se rapprocher encore de son public et passer un cap, PLK ouvre une nouvelle brèche dans son univers. Celle de l’intimité.

 

Le cœur rouge et blanc

Symboliquement, l’artiste ouvre son nom d’artiste et y ajoute deux nouvelles lettres, encore inconnues, pour dévoiler Polak, un mot-valise lourd de sens qui va finalement titrer l’album. S’il est avant tout son surnom, il est aussi un clin d’œil à ses origines polonaises.

 

Cover de l’album « Polak », réalisé par Fifou.

 

C’est là le premier trait personnel du projet. Comme la cover au couleur du drapeau de la Pologne, réalisée par Fifou, PLK a le coeur rouge et blanc. L’artiste profite donc du titre éponyme de l’album, Polak, situé au beau milieu de la tracklist, pour montrer un peu plus son ADN artistique. Il dénonce ceux qui se jouent d’une origine banlieusarde pour faire du bruit. Lui prône l’authenticité. Il sait d’où il vient, en retire une fierté, mais sans artifice. Un peu d’egotrip, mais pas d’excès de zéle.

Impossible alors, de ne pas ramener un peu de polonais sur le projet. C’est donc en présence de Paluch, véritable star du rap dans son pays, qu’il pose sur la piste Gozier.

 

Une porte ouverte sur son intimité

Pourtant, jusqu’ici, PLK n’en était pas moins resté discret. La suite de l’opus ne décevra pas. « Ton cœur est scellé, ça tombe bien : j’suis serrurier », scande-t-il dans Ils nous comprennent pas. À juste titre, cette punchline résonne avec le morceau Bunkœur. « Froid comme le soleil de décembre », il explique sa peur de la déception et de l’attachement. Un coeur glacé, mais surtout verrouillé.

 

 

Celui qui clamait : « Petit Polak deviendra grand » dans l’intro de l’album, va faire face à ces émotions. Dans le morceau Idiote, le rappeur s’ouvre enfin : « À six ans, maman m’a présenté de nouveaux frères. M’a dit « ils sont plus vieux qu’toi, tu verras, tu vas t’y faire ». Puis deux ans après, papa m’a présenté une nouvelle sœur. M’a dit « c’est une demi, une moitié, barricade ton cœur ». » Devant ces mouvements familiaux intempestifs, les barbelés prennent du sens. Il confiait d’ailleurs à Mehdi Maïzi dans l’émission La Sauce sur OKLM : « J’extériorise enfin des choses que je n’ai jamais osé dire à ma mère. »

 

À la recherche du « sel »

Proche des siens comme de son quartier, PLK monte mais garde les yeux sur terre. La notoriété ne lui brûle pas les mains. Il image cette idée par le « sel » dans le titre du même nom. Comme un ingrédient qui vient apporter un goût à un plat, la célébrité et l’argent ont ramené de la saveur dans son quotidien, désormais capable de mettre à l’abri sa famille et de s’occuper pour s’éloigner des tentations.

Dans le morceau Hier, une collaboration trap avec des backs puissants aux côtés de SCH, il aime d’ailleurs rappeler que peu importe la fame et la taille de son portefeuille, l’assaisonnement magique n’est d’autre que la sincérité et le naturel. En restant « l’même qu’hier ».

Si certains pourrait taxer l’artiste de manquer de profondeur ou d’originalité dans ses phrasés et ses choix artistiques, PLK répond et démontre une maturité a plusieurs égards. Bien équilibrée, la tracklist propose un concentré stratégique de « Platinium » et « Ténébreux », ses deux mixtapes précédentes. Avec un flow inspiré par l’école de l’Entourage ou encore de la Sexion d’Assaut, il s’assied tout aussi bien sur des prods sèche (Séparer) que sur des instrumentales piano-voix avec des toplines calibrées (Weed).

Le succès du CD tient aussi aux inédits, ajoutés une fois l’album certifié disque d’or. Des morceaux hors contexte, mais très vendeur, comme le hit Dingue, le morceau story-telling Sans suite et l’inattendu Emotif, réalisé en une heure dans les studios de Booska-P.

 

Un album taillé pour le succès

Si le S et Nekfeu l’accompagne sur l’album, le casting est aussi brillant du côté de la production. À la baguette, Katrina Squad et Junior Alaprod ont sculpté un squelette varié mais cohérent au projet qui a su réunir un large public. Des beatmakers comme Le Motif, Diabi, DST ou Wladimir Pariente ont aussi apporté leur touche.

Deux plus tard, l’album platine résonne encore. Après avoir fait franchir, à son public, un premier pas dans son Bunkœur, PLK en propose un deuxième avec « Enna », son second album, prévu le 28 août 2020. Très personnel, le titre du projet est un nouveau mot-valise, qui rassemble cette fois le prénom de son frère et de sa soeur.

 

Cover de l’album « Enna », réalisé par Fifou.

 

Un deuxième cap doit être franchi pour le rappeur qui va chercher de nouveaux points d’appuie pour se renouveller, à travers Hamza, Rim’K ou encore Heuss l’Enfoiré. Le rappeur surfera-t-il sur la recette du morceau Problèmes et des prods mélodieuses de Junior Alaprod ? La tracklist pourrait le laisser penser. Rendez-vous le 28 août.

 

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