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Sandra Gomes : « J’ai osé me lancer dans l’inconnu »

En 2004, Rohff encourage ses semblables à saisir leur chance avec son single Ça fait plaisir. Un conseil qui marquera la jeune Sandra Gomes. À la fois photographe, rédactrice en chef du média Nanas Benz et podcasteuse, elle a décidé d’oser se jeter dans le vide pour ne vivre que de sa passion. Témoignage.


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Sandra Gomes

« Oser signifie ne pas douter. En tant qu’entrepreneuse, le doute fait partie de mon quotidien. Pourtant, dès que je n’y prête pas attention, la magie opère. Je me bats pour ne pas être parasitée par un manque de confiance ou ce que les autres pensent et font. Tu réussis à oser lorsque tu t’affranchis de toutes tes peurs. J’ai commencé à travailler très jeune avec un patron, des missions et un salaire qui tombait tous les mois. J’étais dans un circuit. Humainement, ça ne me convenait pas et à vingt-quatre ans je savais que je n’avais plus envie de continuer. En travaillant pour un autre, je contribuais juste à le rendre plus riche.

Avoir osé quitter ce monde m’offre une tranquillité d’esprit. Le jour où je ne serai plus épanouie, je retrouverai un travail. Ce qui compte le plus c’est mon bien-être, ma santé mentale et mon envie de continuer. Le contexte dans lequel j’ai grandi a été déterminant. Mon père était maçon et ma mère aide-soignante. Ils ne se sont jamais demandés si exercer un métier par goût était envisageable. Lorsque tu es dans l’urgence financière, tu es au centime près, nourri par ton faible salaire et les aides de l’État. Tu ne cherches pas à savoir ce que tu aimes car le travail est alimentaire.

Sandra Gomes : « Être indépendante a un prix et implique que mon chemin sera plus long »

Le jour où j’ai compris que malgré cette situation, je pouvais choisir une voie, prendre du plaisir dans le travail et aider des personnes dans le même cas que moi, j’ai décidé d’oser. À mes yeux, ceux qui vivaient de leur passion étaient des privilégiés qui avaient une certaine sécurité, ne serait-ce que familiale. Ils pouvaient prendre le risque de tenter et d’échouer. Le métier d’artiste est surtout précaire. Je me suis lancée dans l’inconnu, sans savoir si j’allais être payée ou tout simplement si j’allais plaire. Pour oser, il est aussi primordial de rester dans le réel. Le but n’est pas de se sacrifier ou de tout miser. J’avais un toit sur la tête et un chômage de côté en cas d’échec. 

Être indépendante a un prix et implique que mon chemin sera plus long, plus difficile mais je préfère la manière plutôt que le résultat. Si personne n’apprécie mon art, je ne vais pas en vivre mais je ne veux pas l’orienter dans le but de plaire. Je suis fière de porter mes valeurs au niveau professionnel. Beaucoup d’artistes que j’apprécie ont un parcours « indépendant ». Ils ont trouvé leur public en restant proches de leurs idées. Ça ne veut pas dire qu’il faut travailler seul, je me nourris de mes rencontres mais je n’oublie jamais ma vision. J’ai choisi d’évoluer dans la musique, ce n’est pas anodin.

Sandra Gomes

Au début des années 2000, le rap n’était pas mainstream. Tu étais stigmatisé selon ton milieu social, tes vêtements, ton niveau de vie. J’ai été scolarisée dans des établissements où je faisais partie du groupe des dix cas sociaux. On était surnommés les racailles, assimilés à beaucoup de violence alors qu’on ne faisait qu’écouter de la musique. Elle a été le moyen de trouver des gens qui me ressemblent. Par exemple, c’est adulte que je me suis rendue compte de l’impact de Nessbeal, Sinik et Diams ou encore de « La fierté des nôtres » de Rohff dans ma vie.

Le temps d’un album ou d’une chanson je n’avais plus honte de qui j’étais, ni d’où je venais. Je salue la volonté de la nouvelle génération, qui ose être singulière et créer sans concession. Aujourd’hui, avec un ordinateur et internet tu peux apprendre à faire des prods, sampler, mettre du vocoder sur ta voix. Tu as plus d’outils pour créer et diffuser ta musique mais aussi plus de liberté. Se rendre à Paris pour signer un contrat n’est plus obligatoire. Sur Distrokid, tu peux distribuer ta musique seul. C’est une manière de rendre la création moins élitiste.

Sandra Gomes : « Au début, je n’étais pas à l’aise parce que je n’avais pas les codes »

Lorsque j’ai commencé à être photographe, j’ai dû me rendre à Paris. Au début, je n’étais pas à l’aise parce que je n’avais pas les codes. J’essayais de faire des efforts pour me faire respecter et socialiser. J’aime les gens mais pas les mondanités. J’ai le souvenir d’être allée voir un showcase de 13 Block, habillée sobrement avec des baskets. À l’entrée, on m’a reproché de ne pas être en talons. Même si j’ai pu rentrer, on m’a fait comprendre que j’avais eu une faveur.

Paris aime le rap mais seulement avec des paillettes. Il faut aller à toutes les soirées, boire des verres, dérouler son CV à peine après avoir fait connaissance. Je ne sais pas faire ça. Maintenant que j’ai un peu plus d’expérience, je force le trait pour montrer que je ne suis pas parisienne. Le fait que Lyon devienne de plus en plus crédible dans le paysage rap me fait plaisir car cela signifie qu’on nous demandera moins de nous travestir.»

– Sandra Gomes pour Mosaïque


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Quel avenir pour le rap à Nantes ? Les rappeurs de la ville répondent

Si, dans l’Ouest de la France, Rennes a déjà fait éclore une génération de rappeurs et de rappeuses, Nantes n’a pas encore pris son envol. Mais la Cité des Ducs, qui a vu naître le groupe Hocus Pocus ou certains membres de 5 Majeur, prépare l’avenir. Comment cette scène locale peut-elle aborder le futur ? Sur qui faut-il compter ? Pour Mosaïque, les rappeurs Heskis, Terence, Don Max & FullBaz, témoignent.


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Heskis : « À Nantes, c’était chacun pour soi pendant très longtemps, mais je crois qu’on arrive à un vrai changement »

Je vis à Nantes depuis 2015. J’étais membre de 5 Majeur avec Nekfeu et Fixpen Sill. J’ai fait mes armes à Nantes dans la rue, les freestyles sauvages à dix sur une enceinte portable, à Radio Prun’ et dans les open mic du bar le Canotier. Mais avec mes gars on passait surtout notre temps au studio de Vidji, à Saint-Herblain, à quelques kilomètres de Nantes.

Pendant très longtemps, tout le monde était dans son coin et personne ne se mélangeait dans cette ville. C’était très éloigné de l’état d’esprit de Rennes où quasi tous les rappeurs collaboraient entre eux et s’invitaient sur des tracks ou des scènes communes. Ici, c’était chacun pour soi pendant très longtemps. Que des guerres intestines d’égo qui n’ont permis à personne de sortir du lot. Mais je crois qu’on arrive à un vrai changement. Les nouvelles générations amènent une nouvelle énergie et beaucoup d’artistes se fédèrent autour de catalyseurs locaux comme le studio Krumpp.

Je pense malgré tout que Nantes restera toujours une scène moins exposée parce que toute l’industrie est centrée à Paris. Labels, médias, studios… C’est là-bas que tout se trouve. Même si maintenant avec internet, on s’en fout d’où tu viens. Tu peux péter sur YouTube même en venant du fin fond du bled le plus paumé du territoire. Coelho est en train de prouver de très belles choses au niveau national et je pense que c’est que le début. Si on doit parler de talents plus émergents, il y a des gars comme Litviee, Routs Wayne et IPNDEGO qui sont archi bouillants et que vous devriez suivre de près.

Terence : « Le rap à Nantes a été principalement animé par les open mics ces dernières années »

Je suis arrivé à l’âge de trois ans à Nantes, c’est comme ma ville natale. Je rappe depuis 2017 et j’ai sorti quatre projets dont « Prince Noir » en 2020 et « Jeune Prince » en 2019. Pour moi, le rap à Nantes a été principalement animé par les open mics ces dernières années, notamment par ceux organisés par Le Fil Rouge (Une association nantaise, NDLR). C’est d’ailleurs au sein de ces événements que j’ai fait mes armes sur du boom bap. Je pense aussi que des salles de concerts comme Le Ferrailleur et le Stereolux sont très importantes pour nous, rappeurs. J’ai pu y faire les premières parties de Lorenzo et Sofiane qui sont des souvenirs forts pour moi.

À Nantes, on est très fier d’Hocus Pocus et du leader du groupe 20syl. C’est l’emblème de la ville en termes de rap. Il a produit pour des grands rappeurs et il a percé à l’échelle nationale avec C2C. Je pense aussi que la scène nantaise est plus complète aujourd’hui. La ville a toujours été axée sur l’électronique et la techno dans le passé mais maintenant on voit de plus en plus de gens s’orienter vers le rap. Les rookies sont nombreux et on a envie de se montrer.

Don Max & FullBaz : « L’arrivée du studio Krumpp est une super nouvelle pour le développement du mouvement rap dans la ville »

FullBaz : J’officie dans la musique depuis le début des années 2010. Avec Don Max, je forme le duo Doo Boyz. Le rap vit à Nantes grâce aux nombreux événements comme le Hip Opsession, les concerts au Ferrailleur et le studio Krumpp qui vient de voir le jour. Ça va amener une aura positive.

Don Max : L’arrivée de ce nouveau studio est une super nouvelle pour le développement du mouvement rap dans la ville. On a un super ingénieur du son et on voit déjà beaucoup plus de rappeurs se rassembler.

FullBaz : Je vois Nantes comme une scène assez éclectique mais pourtant absente, sans vraiment de tête d’affiche. Si tu me demandes un mec qui a pété je ne pourrais pas t’en citer objectivement. Par contre, il y a des rappeurs comme Coelho, Heskis ou Vadek qui peuvent faire parler d’eux à l’avenir.

Don Max : Et en termes de technique, même si je suis proche de lui, je pense que Fullbaz est le meilleur à Nantes. C’est aussi dans cette ville que j’ai beaucoup de souvenirs de rap. J’ai fait des premières parties qui m’ont marquées comme celle du Panama Bende. C’est comme ça que j’ai rencontré des gars comme Sheldon dont je suis proche aujourd’hui.


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Parole de compositeur : « On bafoue nos droits, mais on n’en parle pas »

Rim’K, Dadju, Leto, Vegedream… La liste des collaborations de Béni Bass est longue. Ce producteur de Vitry-sur-Seine vibre pour le son depuis ses premiers pas et s’est professionnalisé à l’adolescence. Désormais devenu un compositeur aguerri de 26 ans, il se confie pour la première fois sur ses mauvaises expériences avec une industrie musicale pas toujours tendre. Entre naïveté et désillusions, il veut dénoncer et prévenir.


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« À McDo, on ne voit jamais celui qui fait le sandwich, mais toujours celui qui te le vend. Pour les compositeurs en France, c’est pareil. C’est le mec qui est caché dans la cuisine. Celui dont on ne parle pas beaucoup, qu’on crédite seulement de temps en temps et dont on profite. Tous les compositeurs se mangent des carottes en début de carrière, on est très naïfs, mais on en parle pas. Aujourd’hui, je vis de ma musique et je pense avoir compris les ficelles de cette industrie qui abuse de son pouvoir. Il est grand temps de faire de la prévention.

Il faut que les beatmakers qui se lancent se protègent et se renseignent sur leurs droits. Même si au début, c’est souvent David contre Goliath. Je m’explique. En 2019 par exemple, j’ai envoyé une palette d’instrumentales à un artiste, une des têtes d’affiche du rap français. Sur mes dix prods, sept ont été retenues. On m’a ensuite demandé si j’avais un éditeur. Son équipe m’a expliqué que ça ne serait pas possible de bosser avec moi si j’étais édité parce qu’ils voulaient empocher mes droits d’édition. Pour qu’en cas de single d’or, ça soit le jackpot pour eux. 


Qu’est-ce que l’édition ? Mosaïque vous explique !

Après la confection d’une œuvre musicale, pour pouvoir percevoir ses droits d’auteurs, il faut la déposer à la Sacem (La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). L’œuvre permet de percevoir deux types de droits : les droits d’auteur-compositeur (qu’on appelle les droits d’auteur) et les droits éditoriaux. Mais il est possible que l’auteur-compositeur puisse céder la totalité ou une partie de ces parts éditoriales à un éditeur. Cette société est en charge de promouvoir l’œuvre, de lui faire générer des revenus (diffusion en radio, en playlist, en faire faire une reprise par un interprète, la placer dans des films, des publicités, etc.).

Un contrat est dressé entre l’auteur-compositeur et l’éditeur et les revenus générés par l’œuvre sont donc repartis entre les deux (50 % minimum pour l’auteur-compositeur et la part de l’éditeur est variable selon le contrat et les exploitations). Les producteurs indépendants qui s’éditent par eux-mêmes, comme c’est le cas pour Béni Bass, gardent leurs droits éditoriaux. Et c’est cette partie que certaines maisons d’édition (appartenant à de grands groupes de l’industrie musicale) tentent de récupérer pour augmenter leur profit sur un single.


« Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur »

Ils tentent cette « manipulation » sur des mecs indépendants qui, comme moi, s’auto-éditent et peuvent choisir à contrecœur de renoncer à leurs droits en échange de placer des prods (tant bien que mal), parce que c’est un rappeur qui vend. À cette proposition, j’avais répondu non. Mais au début, je n’avais pas le choix que d’accepter pour pouvoir progresser et avancer. Et au bout d’un moment j’ai dit stop. Ils essayent de récupérer l’argent là où ils peuvent. C’est dur de tenir pour ceux qui ont leur propre structure. Parfois, même avec de la volonté, on est sans défense face à des abus de pouvoir. 

C’est décourageant. Il m’est déjà arrivé plusieurs fois d’avoir été volé par des labels. J’envoyais quelques prods pour un rappeur, on m’expliquait que finalement ça ne convenait pas et je m’apercevais à la sortie du morceau que toute mon instru avait été reprise. Seuls quelques éléments sonores avaient été changés et un autre compositeur était crédité à ma place. Ça m’est arrivé sur deux titres, depuis certifiés single d’or. Mais quand tu vas te plaindre, c’est déjà trop tard. C’est le premier qui dépose à la Sacem qui gagne. Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur.

Compositeur Compositeur Compositeur

Le beatmaker est tellement peu pris au sérieux qu’on peut facilement se permettre de bafouer ses droits. Le beatmaker, quelles que soient ses capacités ou sa notoriété, n’est pas considéré à sa juste valeur. Surtout par ignorance. On enseigne peu le beatmaking. Il y a des conférences, des interventions, mais pas de vrai apprentissage.

Et d’ailleurs, ce terme : « beatmaker » en est même devenu réducteur. On pense tout de suite à un geek derrière sa machine, gros casque sur les oreilles, qui ne se sert que d’une souris et hop, il nous pond le hit de l’été. Alors que nous sommes des musiciens, des artistes-compositeurs à part entière qui jouent un rôle majeur dans la création d’une œuvre.

« À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous »

En France, il faut avoir placé des prods pour de grands noms pour être reconnu, ne serait-ce qu’un petit peu. Et malgré ça, c’est toujours une galère pour être crédité sur les pochettes de CD physique par exemple. Mais certains le font très bien et on progresse ! Je voyais récemment Guy2Bezbar dévoiler sa tracklist dans une animation vidéo où chaque compositeur était mentionné. C’est un beau move dont il faut s’inspirer.

Et je parle de la France, mais on voit bien la différence de considération avec l’étranger. Les compositeurs y sont plus mis en valeur, ils apparaissent même dans les clips et ils ne sont pas furtifs. À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous, documentez-vous, lisez. On ne peut pas toujours compter sur les autres. Et surtout, le monde est méchant. Mais on n’arrête jamais d’apprendre.»

– Béni Bass pour Mosaïque

Vous êtes auteur-compositeur et vous voulez vous renseignez sur vos droits ? Rapprochez-vous de la Guilde des artistes de la musique (GAM) ou du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC).


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Rohff : quelles attentes pour « Grand Monsieur » ? Ses fans témoignent

Le dixième album de Rohff, « Grand Monsieur », sort ce vendredi 10 décembre 2021. Un opus attendu qui marque un nouvelle page de l’une des carrières les plus longues du rap français. En plus de 20 ans de longévité, Housni Mikouboi, aka Rohff, a laissé son empreinte chez de nombreux.se.s auditeur.rice.s. Alors que le rappeur perdure tant bien que mal face à une transformation profonde du rap depuis son arrivée sur la scène, que pensent ses fans de lui aujourd’hui ? Qu’attendent-ils.elles de son nouvel album ? Mosaïque a échangé avec ceux.celles qui le soutiennent à l’occasion de la sortie de « Grand Monsieur ».


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« Les nouvelles générations n’ont aucune idée de l’impact colossal que Rohff a pu avoir par le passé »

Lisa a découvert Rohff il y a quinze ans, alors qu’elle était au collège. À cette période à la ZUP (Zones à Urbaniser en Priorité, NDLR) de Nîmes, il était le rappeur le plus influent. « Il était dans tous les walkmans de la cité », se rappelle-t-elle. La jeune femme se souvient même de son anniversaire en 2004, quand elle avait déballé de son papier cadeau « La fierté des nôtres », troisième album de l’artiste.

Quand elle le compare avec les artistes qui étaient les têtes d’affiche de l’époque, il reste son préféré. « Quand Booba a sorti « Panthéon », il s’affichait sur sa pochette avec une snapback (casquette de type américaine, NDLR). À l’époque, tout le monde était en survêt’ Lacoste et avait des TN aux pieds. On trouvait qu’il se prenait trop pour un Américain. Rohff, lui, est un rappeur plein de contradictions. C’est ce que j’apprécie dans sa personnalité. Ça le rend très humain. On sent qu’il a parfois du mal à se positionner quand il parle de ses vices. Peut-être qu’il n’a pas envie de faire de la musique qui va influencer son public négativement. »

Au fil des années, la jeune femme a suivi la carrière de Rohff. Elle n’a pas toujours tout apprécié, comme « La cuenta » sorti en 2010. Pour la sortie de « Grand Monsieur », Lisa sait qu’elle ne sera pas transcendée. « Je ne m’attends pas à un nouveau Rohff ou à quelque chose de fondamentalement différent. » Même si le featuring avec Jul, Legend, sorti sur YouTube une semaine plus tôt lui a plu, elle n’est pas certaine qu’il puisse séduire les nouvelles générations avec ce projet. « Il n’est pas considéré à sa juste valeur par les plus jeunes. Mais, en même temps, il n’a pas réussi à les séduire et à les toucher. »

« On n’attend pas de Nas ou Jay-Z qu’ils rappent comme Migos. On devrait faire pareil avec Rohff »

En 2001, Aurélien a 14 ans. Il découvre Rohff grâce à son grand-frère sur les hits de « La vie avant la mort ». Le morceau Sensation brave impressionne le jeune homme. Il se remémore : « Mi parlé, mi rappé… Je n’avais jamais entendu ça. » Depuis, il l’a toujours suivi et ils ont pris de l’âge ensemble. Aurélien a aujourd’hui 34 ans et reste satisfait de ce qu’il propose. Il apprécie ses textes plus intimes qui parlent de sa famille et de ses enfants. Il salue aussi ses prises de position sociales.

Pour la sortie de « Grand Monsieur », il attend d’écouter Comoreine : « C’est la première fois en plus de vingt ans qu’il consacre un morceau entier à sa mère. Ça risque d’être intense. » Pour ce double-album, Aurélien imagine aussi que Rohff parlera beaucoup de sa carrière, qu’il fera un morceau sans refrain et qu’il brillera à côté d’une voix féminine : « Le featuring avec Imen Es est un morceau que j’attends. Rohff avec les chanteuses de RnB, c’est une grande histoire. »

Enfin, il espère reconnaître un Rohff fidèle à lui-même. Un Rohff qui ne cherche pas forcément à séduire les jeunes. « On n’attend pas de Nas ou Jay-Z qu’ils rappent comme Migos. On devrait faire pareil avec Rohff », conclut-il.

« Je l’ai connu quand certains parlaient de sa période de déclin »

Comme Rohff, Anthony est né à Antananarivo. La capitale de Madagascar. Lorsqu’il entend pour la première fois le rappeur en 2010, les radios ne jurent que par la Sexion d’assaut, Youssoupha ou Kery James. « Je l’ai connu quand certains parlaient de sa période de déclin », confie-t-il. À cette époque, Rohff vient de sortir son album « La cuenta ». L’opus reçoit un accueil mitigé de la part de son public.

Pourtant, Anthony n’est pas du même avis. Les morceaux Thug mariage avec Indila et Tu pardonneras avec Jena Lee le transportent. Happé par la curiosité, il se plonge alors dans ses albums précédents : « Comme quand tu découvres un sport, tu veux t’identifier à un joueur, une écurie. Tu cherches un peu lequel correspond à tes valeurs et tes goûts. J’ai reçu ma claque sur « Le code de l’horreur » (2008). Le meilleur album de rap français pour moi. »

Pour ce nouvel album, il espère des sons funky, dans la lignée de Get down, Samedi soir (2003) et Number One (2011). Ce fan a hâte de découvrir les titres afrobeat que le rappeur a annoncé. Il s’attend aussi à des sonorités West Coast avec « des sirènes dans les refrains ». Mais il aimerait surtout que Roh2f se refasse une santé par rapport à l’opinion publique qui le « néglige », encore plus après ses déboires judiciaires. « Ne me juge pas, prend le bon côté d’un fruit pourri », rappe Rohff dans Testament, Anthony souhaiterait que la nouvelle génération fasse de même. 

« Les sons de Roff venaient tout le temps à moi partout où j’allais »

Alors que Marvin écoute Rohff avec assiduité depuis qu’il est en CM2, il crée en 2015 une page Twitter qu’il nomme @Roh2f_Punchline. Au début, il ne publiait que des extraits de ses morceaux, il partage désormais des archives et des actualités de l’artiste à ses 1.000 abonné.e.s. C’est aussi une manière de faire la promotion du rappeur qui, Marvin le reconnaît, n’est pas dans « le délire des réseaux sociaux, même si il fait des efforts ». Ses publications sont souvent repostées, y compris par des personnes qui ont travaillé avec le rappeur : « Amy (anciennement en duo avec Bushy, NDLR) qui était signé sur son label m’ont déjà relayé ! » Pour Marvin, ces nombreux reposts sont « un signe que le rappeur a toujours des supporters solides ».

Marvin a prévu de relayer « Grand Monsieur ». Pour lui, chaque album signe le renouvellement de l’artiste et ne veut pas entendre ceux.celles qui réclament « du Rohff à l’ancienne ». Il s’attend à écouter des morceaux sombres et mélancoliques avec des prods travaillées. Le fondateur de la page @Roh2f_Punchline voit grand pour ce nouvel album : « Il enchaîne pas mal d’interviews c’est lourd et j’aimerais bien qu’il fasse un Colors ! » 


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Carte blanche à Sam’s : « Il faut briser la glace »

À la table d’un bar à chicha du 5ème arrondissement de Paris. Sam’s, aka Moussa Mansaly, s’apprête à sortir son nouvel album : « Inspiré d’histoire(s) vraie(s) ». Dans le tourbillon d’une opération de promotion très rythmée, enflammée par la sortie à succès de la deuxième saison de « Validé » dans laquelle il interprète le personnage de Mastar, Mosaïque a pu disposer de quinze minutes chrono avec ce touche-à-tout. Tout le long de l’album jusqu’à la pochette du CD, la réalité se mêle à la fiction et le rappeur bordelais trace un scénario musical dans lequel il rappe son propre rôle. Un concept immortalisé par le photographe Fifou qui a représenté l’artiste se jetant par la fenêtre d’un bâtiment. Entre deux bouchées d’une crêpe au jambon, le rappeur revient sur son envie de briser la glace entre la réalité et la fiction mais aussi de briser le plafond de verre social contre lequel il a toujours lutté. Carte blanche.


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« Cet album concept, « Inspiré d’histoire(s) vraie(s) », je l’avais en tête depuis longtemps. C’était une ambition, un truc que je voulais faire dans ma vie d’artiste. Et je ne suis pas de ceux qui ne vont jamais au bout de leurs idées. Je me rappelle le premier truc que j’ai fait, c’est un street CD. Je m’en foutais que ça se vende ou pas, je voulais juste le sortir et j’en étais fier. Finir un projet, c’est presque un exploit en soi. C’était ma mental pour cet album que j’ai commencé il y a un an et demi. J’étais tout le temps en studio et j’ai fait plus d’une centaine de sons. J’aurais pu le sortir à l’époque de la première saison de « Validé » mais je voulais faire ça bien, prendre le temps de le construire et de donner un rendu cohérent aux gens. Faire une playlist de titres, ça ne m’intéresse pas.

Je me suis inspiré de faits réels. Dans ma vie, il y a toujours des moments où j’ai senti une fine frontière entre le réel et la fiction. Des moments où je me disais : « Putain, je suis dans une série ou quoi ? ». Je me rappelle d’un jour, après le tournage de la première saison de « Validé ». Je rentrais chez moi et un pote m’appelle sur la route et me dit que sa tante se fait braquer. On arrive sur place, le mec s’énerve et sort un calibre. On s’embrouille, il veut tirer, l’arme s’enraye, on lui fonce dessus, il tire, la balle part à côté et on le désarme. Les keufs arrivent et il se fait embarquer. À la base, je devais juste rentrer chez moi manger des sushis et je me retrouve là-dedans… C’est ce que je veux montrer quand je mets en scène l’expression « briser la glace » sur la pochette. Parfois, la réalité chevauche la fiction.

On nous a toujours fait comprendre qu’on était des gens du fond, des marginaux. C’est pas nous qui l’avons voulu, c’est ce qu’on nous a toujours dit.

Sam’s pour Mosaïque

Mais pour moi ça veut aussi dire : aller au-delà des limites qu’on nous impose. Briser le plafond de verre. Là d’où je viens, on était conscient qu’on était pas les mieux lotis et que si on se battait pas, on allait vite sombrer. Grâce à dieu, mes parents ont toujours mis de la bouffe sur la table, mais quand je mettais mes mains dans les poches j’avais rien. Alors j’allais au charbon et je rentrais pas tant que j’avais pas ramassé un billet. Ce côté débrouille on l’a tous. Aujourd’hui, je me sens à ma place. À la place que j’ai mérité. Personne ne peut me l’enlever. Le dernier morceau de l’album s’appelle Fond de la classe.

Je ne me sens pas au fond de la classe, mais il y a toujours une différence entre comment tu te sens et comment les gens te voient. On nous a toujours fait comprendre qu’on était des gens du fond, des marginaux. C’est pas nous qui l’avons voulu, c’est ce qu’on nous a toujours dit. La condition sociale fait tout. Si t’es pas fils d’un tel, si t’as pas ci, si t’as pas ça, t’es du fond. C’est pas une question de capacité, c’est une question de vision. Je ne suis plus à plaindre, mais au yeux de beaucoup je reste un paria, de par ce que je représente. Du coup, il n’y a pas un jour où je n’ai pas essayé de briser cette glace. Dans le film de ma vie, je pense que le protagoniste a relevé ses manches et continue de gravir la montagne. Suite au prochain épisode. »

– Sam’s pour Mosaïque

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