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Face à face Rencontres

Andy S, la « pépite » engagée

On la surnomme « la pépite de la Côte d’Ivoire » et ce n’est pas « Queen Pepita » qui dira le contraire. Autour d’un café à Saint-Denis, nous avons rencontré Andy S alors que la rappeuse ivoirienne de 24 ans est en France pour une série de concerts après la sortie de son dernier projet, « Exousia », en novembre dernier.


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Tejdeen

«Prend des photos de l’interview Momo ! ». Alors que 160 000 personnes la suivent sur son compte Instagram (@andys.therapper), Andy S est également présente sur Snapchat, Instagram ou encore Facebook. Très proche de ceux.celles qu’elle a baptisé sa « Team Pepita », elle n’hésite pas à impliquer son manager, Omomine, dans le maintien de ce lien virtuel. 

Si peu de rappeur.se.s sont aujourd’hui actif.ve.s sur le réseau social au carré bleu, Andy S, elle, cumule 136 000 abonné.e.s sur sa page Facebook, qu’elle abreuve de contenu autant que son fil Instagram. En effet, sa carrière a débuté sur la plateforme. « J’ai commencé à poster mes freestyles sur Facebook », rembobine-t-elle. Alors lycéenne, la jeune femme de 15 ans, déjà fervente consommatrice d’artistes comme Booba ou la Sexion d’Assaut, assiste aux freestyles de ses camarades de classe tous les vendredis soir, devant le lycée.

Passionnée, elle se lance timidement dans l’écriture. « Un jour, j’ai montré ce que je faisais à un pote qui m’a convaincue de me lancer. » Le vendredi suivant, Andréa, de son vrai nom, performe à son tour. « Tout le monde était choqué ! Surtout, il n’y avait pas d’autres meufs », se souvient celle qui est aujourd’hui bien installée sur la scène rap ivoirienne. 

S’imposer en tant qu’artiste féminine

Multipliant les freestyles sur ses réseaux, elle est repérée en 2017 par un premier label à Abidjan. S’ensuivent les premières séances studio, la réalisation de clips et les passages dans les médias ivoiriens. « Ils m’ont aidée à me professionnaliser », conclut-elle. En 2019, elle sort son premier EP « Le Rap N’a Pas De Sexe » dans lequel elle revendique sa place de femme dans le milieu très masculin du rap, notamment en Côte d’Ivoire. « C’était une prise de position. Quand on pense « rap » on pense « rappeur », alors que justement, le rap n’a pas de sexe. Il faut prendre des gens bons dans leur domaine, c’est tout », tranche la jeune femme, consciente du rôle qu’elle a choisi d’endosser. « Même si tu ne peux pas changer le monde, tu peux toucher quelques personnes, faire passer des message et impacter les mentalités. »

Quand Andy S pense rap.

Quand Andy S pense rap.

Mais les stéréotypes sexistes ont la peau dure. En promotion pour la sortie de sa mixtape « Exousia », l’artiste était récemment questionnée sur son look jugé « trop masculin » par l’animateur d’une chaîne ivoirienne. À l’évocation de ce souvenir, la rappeuse échange un regard avec son manager avant d’esquisser un sourire. « Sur certains plateaux télé en Côte d’Ivoire, je suis sûre d’avoir à chaque fois des questions à ce sujet. En France, les médias sont beaucoup plus focus sur ta musique, ton parcours, tes positions… »

Andy S : « Je veux que les gens se retrouvent dans mes textes »

Dans le titre TTLH (Tu Te Lances Hein), dont le clip est sorti le mois dernier sur YouTube, Andy S ne mâche pas ses mots : « J’arrive ici y’a personne qui m’égale, je sais que je régale je bouffe le game (…) ». Même si elle ne semble pas craindre la critique, la jeune artiste ne fait pas dans l’egotrip dans le seul but de se mettre en avant. « Je veux que les gens se retrouvent dans mes textes. Quand je dis « N°1 fuck la modestie » (dans le morceau Rap décalé avec Vicky R et Yanik Jones, NDLR), c’est pour que les gens puissent s’identifier et prendre confiance. C’est la dynamique première du projet. » 

Une démarche qu’elle a aussi souhaité imager grâce à la pochette de sa mixtape, sur laquelle on devine le Christ crucifié. « Les catholiques savent que Dieu a pris tous nos péchés en allant sur la croix, explique-t-elle. J’ai un peu cette position dans le rap ivoirien. Je subis toutes les critiques pour que d’autres femmes aient l’audace de se lancer ensuite. » 

Andy S envisage de s’installer en France

Aujourd’hui, Andy S est confiante. « En Côté d’Ivoire, même si j’étais soutenue par mon public, certains ont essayé de me décourager, car le rap à message, où ça kick, n’était pas la musique la plus écoutée ». Présente en France pour ses premiers concerts, force est de constater que sa persévérance a payé. « Savoir que j’ai continué et qu’on m’a invitée pour me produire, qu’on a payé mon billet d’avion, qu’on m’a donné un cachet… Tu t’assois et tu te dis que c’est lourd. » 

À Paris pour quelques semaines, l’artiste a aussi à cœur de rencontrer son public, comme lors du « meeting » prévu le lendemain dans le XIème arrondissement. Bien que le climat parisien diffère de celui d’Abidjan, comme elle aime le faire remarquer, Andy S envisage de s’installer en France. « Ce qui me plaît, c’est qu’ici il y a cette culture du rap. Même s’il y a différents styles, il y a de la scène pour tout le monde », conclut-elle en faisant référence à Benjamin Epps, dont elle apprécie la musique. « D’ailleurs, s’il y’a moyen de le contacter… », ajoute-t-elle en riant, intrépide mais déterminée. Comme à son habitude.


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Portraits Rencontres

Tejdeen, la ruée vers le platine

En 2020, pendant le premier confinement, Tejdeen sort son premier projet « Silver Tej ». Suivi un an plus tard de « Golden Tej ». L’argent, l’or, puis le platine, c’est naturellement qu’il dévoile aujourd’hui son troisième EP « PLATINUM TEJ ». Avec ce projet, le Lyonnais clôture une trilogie pour introduire son identité et sa musique sur la scène rap émergente. Mosaïque est allé à sa rencontre dans son quartier de La Guillotière à Lyon. Portrait du jeune rappeur de 23 ans. 


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Tejdeen

C’est au cours d’une journée lyonnaise ensoleillée que Tejdeen nous accueille dans son quartier de La Guillotière. Accompagné de ses ami.e.s Jason et Olive, l’artiste est souriant, ravi de nous offrir sa première prise de parole. Il y a deux ans, lors de la sortie de son premier projet, Tejdeen ne se sentait pas prêt. « Vous êtes ma première interview parce qu’avant, c’était trop tôt. Je n’avais pas grand chose à raconter », confie-t-il. En face des quais du Rhône, l’artiste de 23 ans a choisi un bar de son quartier pour se livrer. Tout juste diplômé d’un master d’information et de communication, Alexandre de son vrai nom, compte désormais se consacrer pleinement à sa musique.: « C’était important pour moi et ma famille de sécuriser un diplôme. Que la musique ne soit pas le plan A de ma vie. Mais maintenant je sens que c’est le bon moment. » 

Arrivé à Lyon à 17 ans, l’artiste a sorti deux projets depuis 2020. Chacun d’entre eux porte le nom de « Tej », son deuxième prénom, qui signifie « couronne » en arabe. Le dernier de la trilogie, disponible depuis minuit, ne déroge pas à la règle : « PLATINUM TEJ ». Dans sa veste Puma bleu électrique, Tejdeen est confiant.: « C’est un projet que je vais pouvoir défendre à 100 %. Je suis sûr qu’il me ressemble, que c’est ce que j’ai envie de donner. J’ai l’impression d’atteindre sérieusement ce que je voulais faire dans la musique depuis le début. Je trouve aussi que je dis mieux les choses. » 

Tejdeen, le beatmaker

À ses côtés, Olive et Jason forment « Augure », la boîte de production qui réalise chacun de ses visuels et de ses clips depuis le départ. Derrière sa casquette rose Pigalle et son sweat mauve, Jason se souvient de sa rencontre avec Alexandre.: « À l’époque, il ne rappait pas encore et il postait ses prods sur Twitter. J’avais adoré l’une d’entre elles et je lui avais envoyé un message. Bizarrement, on avait des amis en commun de Lyon et des influences communes comme Take A Mic. On était vraiment des diggers. On écoutait des gars comme Laylow et Oboy sur Soundcloud. C’est lors d’un concert que l’on s’est rencontrés en vrai pour la première fois. » 

Tejdeen

À cette époque, Tejdeen est avant tout un producteur. Il parvient à placer pour le groupe DTF en 2015 sur le morceau Les Princes. Il se souvient : « À ce moment là, je cherchais à m’approcher de PNL. Je me rappelle leur avoir envoyé une prod par mail avec pour objet : « La prod qu’il vous faut » (rires). Évidemment, je n’ai jamais eu de réponse. ».Un peu plus tard, en 2016, il collabore avec le Parisien Cashmire sur quatre morceaux du projet « PoeticGhettoSound »

Mais le Lyonnais le sait, il finira par « mettre sa voix » sur ses productions. Il publie donc quelques morceaux sur Soundcloud. Son ami et manager Jason sourit, laissant apparaître ses grillz argentées, et raconte : « J’étais fan de Kanye West et je trouvais qu’il n’y avait pas trop de truc électro en France à part Myth Syzer. Quand j’entends Tejdeen pour la première fois, je me dis qu’il est différent des rappeurs de l’époque qui étaient dans la mouvance 1995, boom bap. Je kiffais Hamza aussi. Ça paraît normal aujourd’hui mais à l’époque, il n’y avait pas grand monde qui faisait ça. »

Tejdeen en première partie de Laylow

De son côté, Jason lui fait des études de cinéma. Il profite de pouvoir emprunter la caméra de son école pour tourner des clips de mode, des visuels lifestyle et quelques clips pour des rappeurs émergents de Lyon comme Mvzoo. Petit à petit, il intègre la sphère rap lyonnaise et programme des concerts dans la ville. 

C’est ainsi qu’en 2018, Tejdeen se retrouve en première partie d’un concert de Laylow à La Marquise organisé par Jason qui se rappelle : « C’était le seul artiste auquel j’ai pensé et qui correspondait à l’univers de Laylow à ce moment-là à Lyon ». Juste à côté, entre deux gorgées de café, le rappeur sourit : « Je me rappelle que je n’ai même pas croisé Laylow. Il est arrivé en retard et il a fait le concert avec mes balances (rires). C’était assez catastrophique, mais c’était super. C’était la première fois que j’ai pu ramener ma famille et mes potes pour me voir sur scène. » 

Une quête identitaire

Au fil du temps, Olive, une amie du lycée de Jason, rejoint l’aventure et ensemble il.elle lance « Augure » qui réalise aujourd’hui des visuels pour Tawsen ou encore de Still Fresh. Dès 2018, il.elle.s mettent en image le premier double clip de Tejdeen pour les titres Prêt et Oh God, « pour faire plaisir à la scène Soundcloud qui l’attendait », explique Jason. Pour le tourner, il.elle.s s’incrustent tou.te.s les trois à une soirée Halloween organisée à Lyon et tourne au milieu d’inconnu.e.s.

Tejdeen

Le trio s’amuse aujourd’hui de l’improvisation du clip mais Olive explique : « On ne voulait pas regretter les visuels. On imaginait déjà un cheminement avec les prochains projets. Comme Tej n’était pas encore identifié sur la scène rap, l’idée c’était de l’humaniser au fur et à mesure des covers. La première pochette, il ressemble presque à un alien, sur celle du deuxième projet, il y a plus de détails et la troisième… Il faut encore qu’on la fasse (rires). » Depuis notre rencontre, la cover est désormais disponible et laisse apparaître le visage de Tejdeen. Symbole de son évolution musicale, elle humanise celui qui n’était jusque-là qu’un objet digital en pleine construction.

Amusé lorsqu’on lui demande s’il se sent appartenir à la « new wave » du rap français, il préfère nuancer : « Je ne connais pas assez ce que veut dire la new wave pour dire si j’y appartiens ou pas. Il y a des gens qui montent et se connectent ensemble. Par la force des choses, tout le monde se connaît plus ou moins. On a tous des influences communes. Mais je ne me sens pas appartenir à un mouvement. Il était question qu’on fasse un morceau avec Khali mais ça ne s’est pas fait. Je suis plus connecté aux producteurs de cette génération qu’aux rappeurs. » 

100 % lyonnais

Avant de quitter la ville des Lumières, Tejdeen et ses ami.e.s tiennent à nous faire visiter quelques coins. De la boutique Focus tenue par l’un de leurs amis proches en passant par les quais et la place Bellecour, le trio raconte au fil de la balade leurs anecdotes ensemble. En passant devant la Marquise, Alexandre se remémore sa première partie au concert de Laylow tout en nous confiant sa passion pour le stand-up et son rêve de collaborer avec l’artiste jamaïcain Beam

C’est un Tejdeen désormais auréolé de sa couronne de platine que nous quittons dans la quartier de La Guillotière, là où nous avions retrouvé la petite bande. « Je suis encore jeune et frais, c’est le bon timing », nous rappelle-t-il confiant, prêt à se lancer dans la course au diamant.


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Face à face Rencontres

Tedax Max, le bilan d’une année olympique

Tedax Max a délivré en 2021 une série de trois EP : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». À travers ces projets, le rappeur d’une trentaine d’années souhaite occuper l’espace pour donner une chance à sa carrière de décoller. Ce sprint musical a-t-il tenu ses promesses ? Mosaïque s’est rendu dans son quartier, à Lyon, pour faire le bilan.


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Tedax Max

«Ici c’est rue Paul Bert, c’est là où je vis, c’est réel », lance Tedax Max en pointant du doigt le petit écriteau bleu de la rue lyonnaise. Cet endroit, il le rappe dans chacun de ses trois premiers EP sortis en 2021 : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». Dans la peau d’un guide touristique, le rappeur déambule dans les rues de son quartier, La Guillotière, situé en plein centre-ville, auquel il est très attaché. Une fois arrivé sur la place Voltaire, ce jeune barbu à la trentaine se fait régulièrement interpeller : « Eh je suis en interview », se justifie-t-il auprès de ses compères.

Les habitant.e.s de ce recoin sont fier.e.s de venir saluer celui qui est presque devenu une star locale. En un an, l’artiste a délivré un triptyque remarqué. Un sprint pour espérer embrasser le début d’une carrière. « Dans le morceau Combine, je dis : « J’ai plus le temps d’avoir le temps ». J’ai trente ans, j’ai perdu beaucoup de temps. Je suis même pas dans une optique de marcher et faire des sous, c’est vraiment le faire avant de regretter. Même si j’ai pas d’auditeurs, je suis fier de pouvoir taper mon nom sur internet et de pouvoir écouter un projet avec une cover et tout… », explique-t-il.

Tedax Max : le renouveau du « rap de kickeur »

C’est dans cette même urgence que Ted, de son vrai nom, publie son premier EP, « Forme Olympique », un 1er janvier 2021. Il se remémore : « Fallait aller vite. Je voulais arriver en début d’année pour qu’on me voit. Personne me connaît mais voilà j’suis là ! ». La nouvelle année à peine sonnée, le projet résonne déjà avec un nom ambitieux et une cover mystique qui s’inspire d’une peinture de René-Antoine Houasse, mettant en scène le dieu Jupiter façon gangster. Et cerise sur le gâteau : « Alpha Wann a tout de suite partagé, ça a fait beaucoup de bruit, c’était le bon timing. » 

Un bon timing pour celui qui considère vivre le renouveau du « rap de kickeur » : « Quand Freeze Corleone a sorti « LMF », ça m’a conforté. Je suis vraiment un taliban quand je rentre en cabine. Je suis là pour découper. Parfois, mes gars me disent de mettre un petit son mielleux et tout mais non ! Ça va être juste être noir. » 

La machine est lancée. L’idée d’une série de trois EP se manifeste : « On s’est dit, pourquoi pas ? Ils le font aux USA, alors pour pourquoi pas nous ? Finalement c’est grâce à ça que je suis là. Grâce au matraquage on a fidélisé les gens », observe-t-il, une cigarette au bec. Si le premier volet est instinctif, la suite est planifiée. Même rythme, même cadence. Il avance sur le deuxième volet : « Forme Olympique : Middle Season » : « J’écrivais tous les jours, la musique allait super vite. Et je suis super efficace. Le studio je le paye, c’est de l’argent. Alors je suis pas là pour faire des snaps. Tout est déjà écrit et je pose tout très rapidement ».

« Forme Olympique : Middle Season » et un passage par COLORS

Changement d’ambiance. Dans le deuxième EP, Tedax Max emmène son flow aux États-Unis et affiche avec transparence des sonorités sudistes. Influencé par « Cash Money, Master P, Three 6 Mafia ou A$AP Rocky avec son tout premier projet couleur Huston », il flirte avec le chopped and screwed (une technique de remix du hip-hop lancée dans les années 1990 qui ralentit le tempo, NDLR) et les ambiances de Los Angeles dans le morceau Long Beach. « Des prods qui tapent et des voix gonflées », telle est la recette du rappeur lyonnais pour garder l’attention du public lors de sa sortie en juin 2021.

À la même période, l’artiste est approché par les équipes du studio COLORS de passage à Paris, pour interpréter le morceau inédit J’te Jure. Une consécration que l’artiste n’a pas réalisé tout de suite, pris dans sa spirale créatrice. « Ils m’avaient déjà DM, je n’avais même pas vu et ils sont revenus vers moi en mode : « Excuse-nous de te déranger ». On aurait pu croire que j’étais pas intéressé alors que si ! », confesse-t-il en ajoutant avec un regard malicieux : « C’était lourd. Je vais pas me la raconter, mais j’ai fait que deux prises et la première était déjà bonne ! ».

Tedax Max : « L’important c’est de se faire plaisir »

La musique va vite et entraîne de premières rentrées financières. « Je ne vis pas encore de tout ça. Ça commence tout juste à payer les clips et le studio. Je peux faire du son avec l’argent de la musique. Mais ça avance et maintenant on est cité par Mehdi Maïzi, YARD… On nous voit parce qu’on a charbonné et on a des propositions de l’industrie. Alors on va pouvoir bientôt parler oseille et bonne distrib’ », précise Ted. Mais le rappeur ne perd pas le sens des priorités. Pour le dernier volet « Forme Olympique : Final Season », publié en décembre 2021, « l’important c’était de se faire plaisir. »

« C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Tedax Max pour Mosaïque

Et pour clôturer le triptyque, il s’entoure des producteurs Nars et Sidi Sid avec qui il va créer une atmosphère 100 % new-yorkaise. « Sidi Sid me faisait écouter des prods à la Roc Marciano et je lui disais : « Mais je raffole de ça moi ! ». Il me répondait : « Personne ne rappe sur des trucs comme ça en France. » » Comme avant la sortie du premier EP, c’est le paysage rap qui le conforte dans son choix artistique : « Au début je me disais que ça allait être trop noir. Mais j’ai vu NAS (un rappeur originaire de Brooklyn, NDLR) sortir son projet au même moment. J’étais en plein dedans. Ça m’a convaincu. »

C’est finalement sur la dernière marche de cette année intense que Tedax Max se reconnaît le plus : « C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Une « mixtape » pour cette année

Ainsi, il ne lui a fallu que trois séances en studio pour enregistrer les onze titres. La confiance règne, même lors de la semaine de sortie durant laquelle il se permet de rajouter le morceau Harlem Manhattan au tout dernier moment. Il cultive d’ailleurs cette méthode de travail qu’il qualifie de « bâclé » jusque sur la pochette qu’il a lui-même réalisée. « Je me suis inspiré d’une peinture, je me rappelle plus laquelle (rires). J’ai rajouté des détails un peu gang : la bouteille, la weed, les grills… J’ai tout fait sur Photoshop à l’arrache. C’est ça que j’aime, ça fait partie de moi. »

2021 est terminé. Place à la suite. Tedax Max qui n’est « toujours pas fatigué » continue d’être productif tout en souhaitant espacer davantage ses sorties. Et si ses trois premiers EP ne comportaient qu’un seul featuring avec son acolyte Laws Babyface sur le titre Thomas & Laimbeer, il a depuis déjà coffré « plusieurs collaborations encore secrètes ». Même s’il glisse qu’il aimerait vraiment pouvoir croiser le fer avec « Limsa d’Aulnay et Mac Tyer, ça serait fou ». Et concernant le prochain projet prévu cette année, « ce ne sera pas encore un album, sûrement une tape. J’ai déjà la cover et le titre. Un peu en anglais avec une petite réf à Lyon. » Mais il prévient : « Tout peut encore changer ! »


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Lazuli, le cardio dans la peau

Après un premier EP « Zéro » sorti en juin 2021, Lazuli revient vendredi avec un deuxième projet « CARDIO ». Entièrement dédié aux sonorités reggaeton, cet EP est une collaboration avec le producteur King Doudou, aussi compositeur pour J. Balvin ou PNL. La franco-chilienne livre quatre morceaux destinés à faire danser ceux.celles qui l’écoutent. Mosaïque l’a rencontrée au cœur de Paris, près de la place de la République.


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Sur le fond d’écran de son iPhone, Lazuli affiche une citation : « Il ne faut pas contrôler sa vie mais la vivre ». Habitée par cette devise, elle se réveille désormais tous les matins persuadée d’être à sa place en tant qu’artiste. Pourtant, il y a encore deux ans, Élisa de son vrai nom, était analyste de textiles à la douane. Celle qui se décrit comme « une scientifique, la meuf qui aime bien mettre sa blouse (rires) » se rend compte que la passion n’y est pas mais poursuit, aspirée par la spirale d’une vie bien rangée.

Lazuli

Lors du premier confinement, elle doit mettre ses activités sur pause. Elle se retrouve confinée avec le producteur Izen chez qui se trouve un home studio. Un jour d’ennui en quarantaine, elle se met derrière le micro pour rigoler : « Quand je prends le micro, dans ma tête je ne sais même pas chanter. La musique n’est pas dans mes projets. On se met à faire un son à deux qui ne sortira jamais parce que c’était vraiment pas ça (rires). Mais ça a fait naître quelque chose en moi. Je me suis dit qu’en fait j’en étais capable. Je m’attendais tellement à faire pire que je me suis surprise. » Les jours suivants, elle répète l’exercice et fait écouter ses morceaux à son entourage qui la pousse à les diffuser. 

Lazuli : « Ne plus être guidée par la peur »

Le déclic est né pour Élisa qui devient Lazuli et quitte son emploi : « Quand je travaillais, je regardais déjà la montre en attendant la retraite pour kiffer ma vie. C’était le moment de dire stop. Je suis partie sans me retourner parce que j’étais arrivée à un stade où je ne voulais plus être guidée par la peur. Je n’essaye pas de contrôler ma vie mais de la vivre. »

Depuis, derrière ses lunettes bleu teintées, la rappeuse ne voit plus la vie de la même façon : « Ça a tout changé. C’est comme si tu rentres dans un tunnel, tu ne regardes jamais à côté et d’un coup tu tournes la tête. Et une fois que t’as regardé, c’est trop tard. Le tunnel rassurant est une sorte de prison dorée. J’aime tellement ma vie que je n’aurai aucun regret. Je suis sereine parce que peu importe où ça me mène, la liberté que je ressens est trop belle. »

Après un voyage au Brésil qui l’inspire pour tourner entre autres le clip de Papi Chulo et Zero, elle se lance sérieusement. Elle sort son premier EP « ZERO » composé entièrement avec le compositeur Izen, qui n’est jamais très loin lorsqu’il s’agit de Lazuli. Puis pendant toute l’année 2021, elle s’exerce et crée « au moins trois titres par semaine ». Puis, à travers Izen qui a déjà un pied dans le milieu de la musique, elle rencontre King Doudou. Compositeur de renom, il est connu pour avoir travaillé auprès de J. Balvin, PNL, Freeze Corleone, Kaydy Cain ou encore Bad Gyal. Récemment, il a d’ailleurs reçu un Grammy Awards pour l’album « Colores » de J. Balvin.

Le Chili et la danse

Tous les deux originaires des environs de Lyon, il.elle.s donnent naissance à un EP 100 % reggaeton prévu pour le 11 mars : « CARDIO ». Dans sa veste sport rétro et son jean à carreaux, elle n’en revient toujours pas : « C’est une opportunité de fou de travailler avec King Doudou. Le voir prendre du temps pour moi alors qu’il travaille avec des artistes tellement connus et talentueux, je trouve ça incroyable. De base, il me donnait juste des conseils et finalement on s’est retrouvé à faire du son. Il a vécu en Argentine, en Amérique du Sud. Moi qui écoute beaucoup de reggaeton, il manie ces sonorités à la perfection. » C’est avec le titre Casse ton dos que l’alchimie entre les deux artistes opère. Une fierté pour Lazuli : « Ce que j’ai fait avec ce projet, c’est du pur reggaeton comme j’en entendais quand j’étais petite. Ça m’a fait passer un step. » 

Petite, Élisa connaît des dimanche enflammés au cœur de la salle des fêtes où l’emmène son père. À l’intérieur, des Chilien.ne.s se réunissent pour retrouver ensemble l’atmosphère de leur pays d’origine. Lazuli se souvient : « Les darons faisaient de la salsa. C’était trop bien, il y avait des vrais musiciens et tout le monde saignait Daddy Yankee. Il y avait de la nourriture chilienne et toutes les générations étaient réunies dans la pièce. Il y avait vraiment une ambiance très chaleureuse comme en Amérique du Sud. Ils retrouvaient ici ce qui leur manquait en France. » La musique mais aussi la danse : « Mon grand-père à 96 ans, il galérait à marcher mais il dansait encore la salsa (rires). » Héritière de cette culture, elle s’affiche désormais à chaque concert avec des danseuses sur scène pour « donner envie aux gens de se libérer, qu’ils se lâchent ». 

Banaliser le twerk

Dans le clip du titre Casse ton dos, Lazuli fait également le choix de faire twerker un homme : « Lorsque je suis allée au Brésil, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas du tout cette culture de la sexualisation que l’on a chez nous en France. Sur les plages là-bas, les hommes les plus baraqués que tu peux voir twerkent. Tu ne verrais jamais ça en France parce qu’il y a beaucoup de tabous. En Amérique du Sud, ils sont très libres. C’est de la danse et c’est tout. Ils n’ont pas non plus la même approche de la nudité. Être sexy chez eux, c’est banal. » 

Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires) ! Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés.

Lazuli pour Mosaïque

Une banalisation qu’elle cherche à reproduire dans ses morceaux et ses visuels : « Je veux que les gens qui m’écoutent puissent le faire sans chercher à attribuer des rôles à un tel ou un tel. Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires). Pour le clip, on a galéré à trouver un profil d’un homme danseur qui twerke. C’est même pas du féminisme. Je ne mène pas un combat. Par contre, je veux que les gens qui écoutent ma musique comprennent que c’est ma normalité. Que tout le monde puisse se sentir égaux. Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés. »

La musique comme une évidence pour Lazuli

Si elle semble déjà savoir où elle va, la Lyonnaise lutte toujours contre un syndrome de l’imposteur : « J’ai encore du mal à me considérer comme une artiste parce que je ne m’étais jamais projetée dans cette vie donc c’est difficile. Je me rappelle du premier concert que j’ai fait. J’ai eu besoin de me regarder dans le miroir avant et de me motiver. C’est le moment où j’ai réalisé. » 

Mais du haut de ses bientôt 25 ans, Lazuli ne s’est jamais autant sentie à sa place : « C’est comme si t’avais jamais prévu quelque chose mais qu’une fois que tu y es, tout te paraît logique. C’est ce que je ressens. C’est pour ça que je me sens légitime. Parce que je travaille pour ça et que j’aime ce que je fais. J’ai envie que ce soit entendu et compris. Et puis, c’est quoi la légitimité ? À partir du moment où je fais de la musique, que je m’investis dedans et que j’aime ce que je fais, il n’y a pas de questions à se poser. »

Lazuli avance à l’allure du train dans lequel elle est montée sans en connaître la destination. Elle compte explorer d’autres horizons : « Mon premier EP mélangeait beaucoup de styles dont la baile et la trap. Celui-ci est entièrement reggaeton mais je ne veux pas que les gens croient que je vais me cantonner à ça. L’idée de ce projet, c’est de faire des sons club et je vais continuer à expérimenter encore plus de choses. » 


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