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Sa majesté le rap : l’héritier JAY1

À cheval entre le royaume du grime et celui de la drill, un jeune héritier se démarque du reste des courtisans : JAY1. Loin de Londres, chef-lieu du rap britannique, le rappeur s’est enraciné au Nord-Ouest du pays, à la frontière des terres galloises.

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Jason Andrè Juami est un jeune artiste né le 27 Janvier 1997. Il grandit dans le Nord de Londres, dans le quartier d’Enfield et s’exile au cours de sa jeunesse dans la région des West Midlands, à Conventry. D’origines jamaïcaines et congolaises, il commence à gratter ses premiers textes à 16 ans. Décrit comme un jeune homme à la personnalité audacieuse et assurée, il se démarque par sa versatilité artistique, s’adaptant aux productions drill et dancehall, jonglant entre lyrics sans-filtres et paroles laconiques.

Comme beaucoup d’autres de ses compères, JAY est fan de football. Joueur amateur pendant ses années lycées, il finit par délaisser le cuir du ballon pour la grille du micro, tout en gardant une accroche dans le milieu sportif. Récemment, son morceau Flex a d’ailleurs été retenu dans la tracklist officielle du jeu-vidéo FIFA 21. Lors d’une opération avec la marque de bière Budweiser, il rencontre le joueur international anglais de Leicester, City James Madison. Les deux « artistes » échangent sur leurs goûts musicaux, JAY1 déclare alors avoir une préférence affirmée pour Stormzy et Dave dans le game anglais.

Le jeune londonien commence à rapper sous le pseudonyme de Young Jay. Rapidement, il délaisse ce premier nom de scène pour devenir JAY1, suite à son arrivée près de Birmingham, en 2016. Une fois n’est pas coutume, le début de son ascension s’effectue sur YouTube. Il laisse aux auditeurs la chance d’entrevoir ses talents de driller lors du freestyle Hardest Out. Son premier succès majeur survient sur la chaîne GRM Daily (équivalent anglais de Daymolition) avec son freestyle That’s My Bae, totalisant aujourd’hui 1,2 millions de vues.

Il signe d’autres performances sur la plateforme, brisant ses records personnels les uns après les autres. Son premier projet « One Wave » compte aujourd’hui plus de 100 millions de streams sur Spotify avec deux titres placés dans le top 20 des UK charts. Le Coventry boy est depuis devenu partenaire d’Amazon Music et tease un second projet prévu pour janvier 2021.

Tea time

Sa carrière juvénile ne lui a pas encore permis de remplir le Stade Wembley ou de soulever la foule du festival de Glastonbury. Néanmoins, l’étoile montante britannique peut se targuer de succès précoces, dont son track Your Mrs. Composé par GRM Records, sur son premier EP « One Wave » (2019), le morceau explose, se place à la 18e position du classement britannique et compte aujourd’hui plus de 13 millions de vues sur YouTube.

Au-delà du simple phénomène artistique, le retentissement de cette production s’exprime également sur les réseaux sociaux. La punchline « I’m taking your Mrs, nah, brudda, I’m joking » (Your Mrs) devient alors un gimmick remarqué, largement repris de manière humoristique sur Twitter.

The crown jewels 

Dans un court documentaire d’une dizaine de minutes, JAY1 invite le public dans les backstages de son « One Wave Tour », performé en 2019. Plusieurs intervenants prennent la parole, allant de son manager à son responsable merchandising. Son entourage s’exprime alors tour à tour sur les raisons de son succès. Certains l’expliquant par sa force de travail et son besoin de challenge face aux critiques, d’autres par sa production musicale constante et régulière.

Au niveau des featurings, JAY1 privilégie la qualité à la quantité. Seul le jeune rappeur londonien Hakkz se trouve sur la liste des invités, sorte de mise en avant bienveillante d’un rookie qui pourrait faire parler de lui dans les mois à venir en outre-Manche. Avec cinq producteurs alignés, dont Nastylgia qui a notamment collaboré avec le drilleur Headie One sur son album « Music x Road », le projet prouve une certaine cohérence rythmique. L’artiste sort alors de ses beats saccadés et joue sur les temps de pause, avec des samples froids et électriques. Il progresse aussi vers des mélodies plus souples.

À découvrir aussi sur Mosaïque : Le prince Headie One.

Si le format EP de « One Wave » ne permet pas au rappeur de laisser une large place aux textes introspectifs et sonne davantage comme une juxtaposition de productions, il évoque dans l’intro ses relations passées qui ont empruntés des chemins de travers, finissant pour certains dans l’allée des embrumes. Il n’oublie pas d’inclure une dose suffisante de testostérone pour sortir les muscles et montrer sa vaillance vis-à-vis de ses détracteurs et l’attirance qu’il suscite auprès de la gente féminine (Mocking it, Yours Mrs). Il se confie d’ailleurs sur la place qu’il accorde à ces dernières dans son quotidien, malgré le temps manquant et les attentions parfois rares (Becky, Tropical Love).

Dans son second projet annoncé pour janvier 2021, JAY1 aura l’opportunité de mettre son talent au service de thèmes plus profonds et plus personnels. Le chemin vers la couronne et le succès est toujours semé d’embûches, mais le jeune de Coventry semble armé pour les batailles à venir. La prochaine terre à conquérir serait-elle celle de l’introspection ?

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Chroniques

« don dada mixtape vol 1 » – L’avis de la rédaction

Vendredi 18 décembre sortait la « don dada mixtape vol 1 ». Le technicien Alpha Wann dévoile dix-sept titres autour desquels il réunit Nekfeu, Kaaris, Infinit ou encore Kalash Criminel… Tel un chef d’orchestre, il mène à la baguette une tracklist rap sans concession. Couleur Don Dada. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Le projet respire une aisance déconcertante »

C’est avec une assurance nonchalante qu’Alpha Wann débarque en cette fin d’année sans rien avoir à prouver. Sans même essayer de l’être, la « don dada mixtape vol.1 » se place instantanément parmi les meilleurs projets de l’année. Projet sur lequel Philly Flingo fait le pari de proposer 17 morceaux. Un nombre souvent effrayant lorsqu’il est porté par d’autres artistes. Mais le rappeur a fait le choix judicieux de titres courts dont l’ensemble s’écoute en 46 minutes et 19 secondes. Le projet se montre très équilibré et respire une aisance déconcertante au regard de sa complexité technique. Alpha Wann redonne sens au format de la mixtape tout en imposant son attitude. Une stratégie payante puisque le projet cumule plus de 13 000 exemplaires vendus en trois jours. À l’image de l’artwork de la très belle pochette réalisée par Rægular, le cavalier Phily Flingo ne fait que passer mais en brûlant tout sur son passage. 

– Lise Lacombe

« Alpha Wann a sorti le grand jeu »

Dans l’ombre depuis tant d’années, Alpha Wann brille désormais. Revenant à l’essentiel avec l’utilisation de minuscules pour le nom de ses titres. Épaulé par certaines productions fracassantes, comme celle de FREAKEY! sur fahrenheit 451, Alpha Wann a sorti le grand jeu sur cette mixtape avec des collaborations aussi sensées que surprenantes. L’artiste a eu l’audace de réunir avec justesse plusieurs de ses proches ainsi que des nouvelles révélations comme Veust et Ratu$, mais aussi des grosses têtes d’affiche du rap français comme Kaaris, Freeze Corleone et Kalash Criminel. La meilleure collaboration reste san andreas entre Nekfeu et Lesram, rappeur malheureusement oublié depuis la fin du Panama Bende. Sur ce projet, Alpha réaffirme sa place parmi les meilleurs rappeurs français. Tout en se faisant le trait d’union entre plusieurs courants du rap français.

– Lukas Taylor

« Des prestations de la plus épurée à la plus sombre »

Il suffit de regarder la flamboyante cover réalisée par Rægular pour comprendre l’âme du projet. Ce premier volume nous offre des prestations de la plus épurée avec mitsubishi à la plus sombre avec ny a fond. 17 titres, 12 rappeurs différents dont un Alpha Wann qui ne cesse de s’améliorer : « Je suis là pour passer un stade ». Une écoute très intense qui ravira tous les aficionados de rap sans fioriture. Comme il le dit si bien dans carrelage italien : « C’est mieux d’s’hydrater parce que là, ça va être du sale ». Sans hésiter, la « don dada mixtape » est un des coups de cœur de l’année.

– Amaël Coquel

« La qualité en guise de promotion »

Alpha Wann définit bien le crédo de cette « don dada mixtape », sortie en indépendant. Le boss de l’écurie dévoile un projet éclectique, marqué par des featurings et solos variés, truffés de lyrics marquantes. La mixtape joue parfaitement son rôle de promoteur de label, mettant en lumière des artistes moins connus du grand public. Entre quelques piques salées à Skyrock, des featurings déjà anthologiques (aaa, ny à fond) et des démonstrations techniques signées Philly Flingo, le projet conclut brillamment cette belle année musicale. La qualité en guise de promotion. Une mixtape qu’on a déjà hâte de digérer afin d’en tirer de plus concrètes analyses. Mention spéciale : trapchat pour l’ambiance, aaa pour la connexion Flingue & Feu, fahrenheit 451 pour les références culturelles.

– Jules Careau

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Décryptages Investigation

Tawsen : Les coulisses d’une cover shootée à l’Iphone

Tawsen fêtait le 22 novembre dernier, les un an de son EP « Al Mawja ». Deuxième projet d’une trilogie dont le troisième volet est attendu, Romain Garcin nous raconte les coulisses de la pochette réalisée à l’iPhone.

Après une première cover réussie pour l’EP « Al Warda » (La fleur), qui se voulait colorée et fleurie à l’image du titre, Tawsen réitère sa collaboration avec Romain Garcin (photographe, qui a récemment réalisé la pochette de l’album « QALF » de Damso) pour le deuxième épisode de sa trilogie.

Et pour cause, les deux hommes s’entendent parfaitement : « C’est un des artistes avec lequel je m’entends le mieux et avec qui je peux bosser de manière totalement libre. Nous sommes tout le temps hyper d’accord », explique Romain Garcin.  

Pour cette pochette, ils s’accordent pour que le visuel soit cohérent avec le premier projet : « Comme c’est une trilogie, nous avons voulu aller dans la continuité de la première cover. Le deuxième EP s’appelant « Al Mawja » qui veut dire « La vague », nous voulions rester dans cette idée au niveau du cadrage et de sa pose. »

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « Al Mawja » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Romain Garcin travaille actuellement avec l’artiste belge sur la réalisation de la cover du troisième projet de cette trilogie. Une collaboration professionnelle et amicale pour le photographe, selon qui, « Tawsen est une antistar absolue. Il est totalement accessible. C’est le mec le plus adorable que tu puisses trouver sur la scène rap actuellement. » 

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Chroniques

Sa majesté le rap : l’héritière Little Simz, étoile montante

Sur la scène rap britannique, une nouvelle génération se dessine. Les héritiers au trône mélangent les genres. En tête de ce cortège talentueux : Little Simz. À 26 ans, l’artiste marche dans les pas de la grime et s’inspire de d’autres styles pour former un rap expérimental unique.

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La jeune Simbi Ajikawo est née à la fin du mois de février 1994, dans un quartier londonien du nom d’Islington. De sang nigérian par sa mère, elle grandit sous l’influence des Missy Elliott, 2Pac et autres Jay-Z. Fan des gunners d’Arsenal, elle commence à gratter ses punchlines dès l’âge de 9 ans.

Surnommée « Bars Simzson », elle est confrontée au début de sa carrière à l’appréhension d’un milieu masculin, ne prenant pas au sérieux les velléités artistiques d’une jeune fille. Face à l’injustice, Little Simz trouve le remède : rejetée par plusieurs labels, elle décide de créer le sien : Age 101.

Dans une interview accordée à Mouloud Achour dans l’émission Clique, elle dévoile une personnalité sensible et émotive. Elle déclare d’ailleurs : « Le rap m’a sauvé », et évoque l’influence de Lauryn Hill, une artiste hip-hop américaine. L’éclectisme de ses goûts ne s’arrête pas ici. Little Simz confesse rejoindre les bras de Morphée en écoutant les mélodies mélancoliques de James Blake. De ses inspirations naît un rap expérimental, mêlant la grime, le jazz, le funk, le dubstep ou encore la soul.

Simbi est une artiste prolifique. Quatre mixtapes et cinq EP. Tout commence en 2015. À l’occasion de la cérémonie des BBC Worldwide Awards de la même année, présentée par Gilles Peterson, « Lil Simz » est couronnée par le Breakthrough Artist of the Year, équivalence britannique de la révélation de l’année. Le phénomène est lancé. Quelques mois plus tard, elle diffuse son tout premier album, « A Curious Tale of Trials + Persons ».

Après son second album, « Stillness in Wonderland », c’est en 2019 que la consécration arrive. Son troisième projet « Grey Area » est nommé au Mercury Prize et se voit décerner le trophée IMPALA de l’album indépendant européen de l’année. Elle rejoint en même temps le top 30 des personnalités de moins de trente ans qui ont marqué l’année 2016. Preuve d’une aura qui se propage au-delà de sa fanbase, elle se dit « choquée que cela arrive aussi vite dans sa carrière »

Tea time

Juin 2015, BBC Radio 1. Mistajam, présentateur du show éponyme, reçoit Kendrick Lamar. Invité de poids, le rappeur californien se livre jusqu’à ce que le temps se suspende sur un nom : Little Simz. Pendant quelques minutes, le rappeur ne tarit pas d’éloges concernant la jeune londonienne : « Little Simz… Je ne sais pas si tu as entendu parlé d’elle. En ce moment, c’est celle qui tue le plus et je devais la mettre en avant. Je lui souhaite beaucoup de succès. J’ai pu la rencontrer une fois mais c’était bref. […] Vraiment, elle est incroyable. » La rappeuse est alors propulsée sous les projecteurs.

The crown jewels 

Embarquement imminent pour le second album de Little Simz, sorti en décembre 2016 : « Stillness in Wonderland ». Bienvenue au pays des merveilles. Pour ce projet, elle réalise un court métrage et une bande dessinée spéciale. Une créativité détonnante pour dessiner les traits d’un univers auquel elle voue de l’attachement. Elle déclare même « avoir toujours été dans une sorte de pays des Merveilles ».

Le comic book est réalisé conjointement avec l’écrivain Eddie « Versetti » Smith et l’illustrateur McKay Felt. Dans cette œuvre dystopique, les hommes sont collés à leur écran de téléphone, s’abandonnant au pouvoir de la technologie pour les guider. Un monde des merveilles aux allures de cauchemar, répulsif pour beaucoup et notamment Little Simz, qui déclare qu’elle « ne pourrait vivre éternellement dans un tel monde. À sa façon, ce monde vous dévore. »

Autour de cet opus, elle organise aussi un mini-festival, niché dans le RoundHouse’s Rising Festival londonien : le Welcome to Wonderland – The Experience. Divisé entre une exposition artistique et une performance lyrique, l’évènement regroupe de nombreux artistes autour de la MC britannique, en présence de Rapsody, Ari Lennox ou encore Vanjess. Une programmation éclectique, à l’image de son album.

Du reggaeman jamaicain Chronixx, jusqu’à la chanteuse américaine Syd, en passant par les icônes du grime britannique Chip et Ghetts, « Lil Symz » offre des tons différents à chaque morceau qui recoupent la diversité des thèmes qu’elle aborde.

Habitée par l’envie de s’enfuir aux pays des Merveilles pour suivre son propre « lapin blanc », Little Simz confesse vouloir fuir le monde réel. Tout comme le jardin de la Reine de Cœur, elle explique que « l’industrie musicale est un labyrinthe, dont les lignes sont troublées entre la réalité et l’imaginaire. Fuir la réalité pour s’épargner les déviances sociétales que sont le racisme et le sexisme ». Elle évoque ces sujets dans le titre LMPD.

Pour affronter les difficultés de la vie, la rappeuse souhaite quelqu’un près d’elle pour l’accompagner, comme elle l’exprime dans le morceau Shotgun. Tout en restant lucide face à l’aspect toxique que peuvent revêtir les relations dans Poison Ivry. Néanmoins, au risque de s’égarer dans le labyrinthe de ses sentiments, Little Simz ne veut pas d’une vie de solitude. Perfect Picture, Low Tides et No More Wonderland marquent son retour à la vie réelle. Le pays des Merveilles, malgré sa beauté, demeure éphémère. Tel un rêve.

La couverture de l’album boucle la cohérence du projet. D’abord au centre : le visage de Simbi. Les yeux fermés témoignent de l’aventure onirique (ou cauchemardesque) dans laquelle elle est plongée. Le toboggan en colimaçon rappelle celui que l’héroïne du pays des merveilles empreinte à l’œuvre de Lewis Carroll. Les champignons et les lapins renvoient aussi à la fiction absurde. Le « Gherkin » (un building en forme de « cornichon ») de la City londonienne situé derrière rappelle le lieu de naissance de l’artiste.

À neuf ans, la jeune artiste avait rédigé dans sa première chanson : « Achieve, achieve, achieve » (« Réalise, réalise, réalise »). À 26 ans, elle a déjà réalisé ses rêves. Si Little Simz n’est pas la Reine de Cœur, elle est bel et bien un As.

A découvrir aussi sur Mosaïque : Le roi Skepta, sensei du grime.
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Entretiens Rencontres

Jeune Arab : « J’ai voulu déconstruire la figure du héros »

À 25 ans, Jeune Arab dévoile son troisième EP : « Shane ». Un projet sombre et éclectique de six titres dans lequel le rappeur stéphanois continue de se dévoiler peu à peu à son public. Entretien avec une figure discrète d’une nouvelle vague musicale dans le rap français.

Pourquoi as-tu choisi d’intituler ce projet « Shane » ?

C’est le nom d’un personnage de la série « The Walking Dead » qui m’a inspiré. C’est l’anti-héros de la série. Tout le monde met à l’honneur les héros et j’ai voulu déconstruire cette idée. Dans la série, Shane est un pourri mais il a tout le temps les bonnes idées. Le dernier titre de l’EP y fait également référence.

L’anti-héros, c’est une figure que tu as voulu développer dans ton EP ?  

Tout à fait. C’est une partie de moi. La partie la plus sombre est incarnée par Shane. J’ai l’impression que c’est aussi la période qui est comme ça. Un épisode sombre, noir, où nos valeurs sont bousculées. Plus tu fais du sale, plus tu seras adulé. 

L’image du miroir revient souvent dans tes visuels. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Le miroir, c’est un élément qui permet l’introspection. Je l’avais déjà exploité dans le clip de Sahara ou de La pluie. J’aime jouer avec les reflets. L’être multiple. Cela rappelle aussi que l’image que tu renvoies aux autres n’est pas toujours celle que tu incarnes réellement.

Le titre du morceau Soleil d’argent illustre d’ailleurs un paradoxe. Pourquoi ce titre ?

J’allais au travail en bus et l’arrêt où je suis descendu s’appelait Soleil d’or. J’ai trouvé l’expression très belle, cela m’a inspiré et j’ai voulu jouer sur la contradiction du titre qui rapproche une couleur froide à la chaleur du soleil. Il fait aussi référence à la dualité du bien et du mal dont je parle dans l’EP.

Comment as-tu préparé ce projet ?

Je l’ai réalisé pendant le premier confinement. Avec mon beatmaker Juja, nous avons fait vingt à vingt-cinq sons. Nous nous sommes rencontrés dans une salle de concert à Toulouse. Nous étions complètement khabat (rires). Une semaine après, il m’a envoyé un pack de prods et depuis nous travaillons ensemble. Pour cet EP, j’ai voulu garder une couleur cohérente avec ces six titres. J’ai essayé de créer une ambiance automnale.

Pourquoi garder un format court ?

Par rapport à l’exposition que j’ai, je ne me voyais pas envoyer plus de morceaux sur un projet. Je ne trouve pas ça intéressant. Mais je suis pressé de pouvoir me mettre sur un format plus long quand j’aurai avancé dans ma carrière.

Sur le projet, tu évoques Nirvana, Serge Gainsbourg ou encore NTM. De quoi t’inspires-tu ?

En rap français, je dirais PNL et SCH. Quand je les écoute, j’essaye de comprendre comment ils ont travaillé leurs ambiances. Ils ont développé quelque chose qui n’existait pas avant eux. Sans oublier Serge Gainsbourg pour la licence poétique. J’ai aussi écouté énormément de rock. Je m’en inspire quand j’essaye de faire partir ma voix. En ce moment, j’écoute aussi « BLO II » de 13 Block et « 3 » de Triplego. 

Sur cet EP, tu pousses aussi beaucoup plus ta voix.

Tout à fait. Je me suis senti plus à l’aise pour chanter et toucher à l’auto-tune. J’ai aussi tenté de nouvelle choses musicalement. Juja m’a proposé des prods avec de nouvelles sonorités que j’ai envie de continuer d’explorer. Notamment sur Nineties Child, qui rappelle une ambiance club années 80.

As-tu peur de devoir renoncer à ton côté instinctif en te professionnalisant ?

Je pense vraiment que la musique doit rester instinctive. On me demande déjà de réfléchir de plus en plus. C’est une réalité que je préfère éviter. Mais les attentes qui grandissent autour de moi provoquent cette situation logiquement. C’est à moi d’entretenir mon inspiration : en lisant des livres, en écoutant du son…

Qu’est-ce que tu lis ?

Dernièrement, j’ai beaucoup aimé « Le Double » de Dostoïevski. Il s’inscrit d’ailleurs dans l’univers du projet. Il raconte l’histoire d’un héros qui rencontre son double. On ne sait jamais s’il est fou ou lucide. J’ai trouvé cela très fort. 

Pourquoi as-tu choisi Jeune Arab comme nom de scène ? 

À l’époque où j’ai trouvé le nom, il y avait une grosse influence américaine. Et bien sûr, il y a un aspect communautaire et provocateur. Je sais qu’en France, ça va déranger. Ça m’a déjà fermé quelques portes. Quand je suis passé sur le Mouv’, ça avait surpris.

Je peux comprendre mais c’est aussi pour ça que je l’ai choisi. D’ailleurs, je préfère ne pas dévoiler mes origines. Je trouve que c’est un gros problème de notre communauté. Tunisiens, Marocains, Algériens… Nous sommes trop nombreux à nous faire la guerre entre nous. Je suis contre ça et j’aime avoir un nom rassembleur.

Envisages-tu de faire de la scène ?

Avant l’arrivée de l’épidémie, nous étions en train de travailler à fond là-dessus. Je devais faire la première partie de DA Uzi à Toulouse, mais j’avais refusé parce que je n’étais pas encore prêt. Je n’avais pas encore de backeur et je n’avais pas envie de me précipiter. Je le serai pour l’année prochaine !

As-tu d’autres projet en route ?

Avec tous les sons que j’ai stocké pendant le confinement, je vais sortir un autre projet dans pas longtemps. En mars, je l’espère. Je pense que ce sera un six ou huit titres. Le prochain sera beaucoup plus lumineux. 

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Décryptages Investigation

Django a-t-il enfin trouvé sa voie ?

Le vendredi 7 novembre 2020, Django publiait sa mixtape « S/O Le Flem ». Après des mois d’absence, l’artiste vient discrètement s’aventurer sur le terrain de la drill, épaulé par le producteur Flem. Certains y voient une énième adaptation d’un rappeur « caméléon », d’autres l’occasion enfin pour Django de briller.

Django, de son vrai nom Lazar Vachter, revient à son goût du kickage. Les productions drill viennent se mêler au flow sombre et agressif du rappeur. Alors que sa précédente mixtape « Tue Moi Mon Amour S’il Te plait », au style émo, n’avait pas rencontré son public, ce nouveau projet semble bien plus remarqué.

Pour préparer ce retour, Django s’est entouré d’artistes en pleine vogue tels quel Freeze Corleone, Gazo, ou Osirus Jack, et s’est appuyé sur la philosophie de cette mouvance underground pour articuler sa direction artistique. En témoigne le titre de l’opus : « S/O Le Flem », qui fait écho à la fameuse manière dont Freeze Corleone distribue les dédicaces dans ses morceaux. Ajouter à cela la qualité des productions de Flem, producteur phare du collectif 667 et architecte de l’album « LMF », pour permettre à Django une nouvelle exposition.

Cette mixtape qui impose ainsi une ligne directrice nette, fidèlement suivie tout au long des dix morceaux, propose un véritable step up artistique. Loin de l’aspect expérimental de son premier EP « Anthracite », qui manquait d’épaisseur, et de ses égarements emo-rap sur le projet « Tue-moi, mon amour, s’il te plait ». « S/O Le Flem » renoue avec le kickage sombre et percutant, artisant du succès de l’artiste.

Les productions sombres de Flem permettent aussi à Django de réinventer son style musical. Ses flows minimalistes et sa plume obscure s’accordent avec aisance aux instrumentales drill du beatmaker. L’occasion pour l’artiste de montrer qu’il a su s’affranchir de l’étiquette du multi-syllabiste à casquette, trop inspiré par le style de Nekfeu, que beaucoup lui avaient accordé à l’époque de ses singles Fichu et Oiseaux. Pour trouver une nouvelle identité ?

Souvent très proche d’une forme de mimétisme, Django marche dans les pas du courant drill qui frappe le rap français et s’est logiquement rapproché de ses acteurs les plus symptomatiques. Pourtant, l’artiste semble avoir renouvelé son style qu’il exécute avec tact.

Dans « S/O Le Flem », Django s’ose à des phrases chocs, qui se sont pas sans rappeler les phases d’un certain Freeze Corleone. Références énigmatiques et philosophiques, phrases polémiques, comparaisons obscures… Son univers sombre et introspectif se décline avec minutie. Il se démarque aussi par sa réduction des références en « comme », devenue une marque de fabrique, pointée du doigt pour son manque d’originalité.

« J’suis un homme blanc hétérosexuel aka tortionnaire »

« Fuck tous ceux qui sont bien pensants à défaut d’être pensants tout courts »

« S/O Gangster et Gentleman, j’suis Jacques comme Mesrine ou Lacan »

« Fuck les idiots utiles sous couvert d’humanisme et d’gouvernance mondiale sont les nouveaux nazis »

Django

La pseudo culpabilité blanche, ou encore la gouvernance mondiale, le rappeur joue avec l’imagerie complotiste et les polémiques récentes. Une approche qui peut sembler répétitive voir volontairement défaitiste pour les non-initiés à son style.

Sa patte provocatrice et parfois abusive trahit-elle une démarche opportuniste ? Si l’album s’inscrit dans un rap en marge, underground et sombre, éloigné des codes tendance du rap français, certains pourront regretter un aspect caméléon de l’artiste, qui s’accorde une nouvelle fois au codes musicaux en vogue.

Avec « S/O Le Flem », Django veut s’imposer comme un nouvel homme fort de la mouvance drill, avec un projet fidèle à l’univers torturé et marginal de la plume de l’artiste. Une harmonie musicale trouvée, qui pèche cependant par l’aspect répétitif de certains couplets, et à une forme de calquage à l’imagerie du 667. Des thèmes abordés de manière parfois maladroite, ou extrapolée, qui n’empêche pas au rappeur de briller par une technique et des flow maitrisés. Les productions de Flem et les nombreux invités subliment l’EP, et lui offre une réelle direction artistique. En attendant un premier album, Django offre ici le projet le plus abouti de sa carrière.

Mention : Coupable, S/O Le Flem, Pyramide, Fléau.

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Décryptages Investigation

Romain Garcin : « QALF, c’est une cover simple mais pas simpliste »

Le 18 septembre 2020, Damso révèle l’album « QALF » attendu par son public depuis 2014. La pochette du projet étonne par sa simplicité. L’homme derrière le visuel, Romain Garcin, nous raconte les coulisses de sa conception et de sa collaboration avec Damso.

« L’idée, c’était de réaliser une cover simple mais pas simpliste », explique Romain Garcin, qui a également réalisé la pochette de l’album « Lithopédion ». Pour cette deuxième collaboration, Damso lui explique vouloir mettre la musique au cœur de tout :

« Damso n’a pas cette volonté d’exposition. Il ne s’est jamais mis en valeur sur les pochettes de ses albums. Sur ses quatre projets, il disparaît au fur et à mesure. Sur « Batterie Faible », il est dans un clair obscur, sur celle d’« Ipséité », il est totalement dans l’obscurité. « Lithopédion » ne montrait que son œil. « QALF » est donc la suite logique. Une disparition complète. Je pense que les covers qui marquent le plus leur époque sont rarement celles qui montrent des portraits mais plutôt des concepts. Nous voulions créer un album intemporel, qui se concentre sur l’essentiel. »

– Romain Garcin

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « QALF » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquer en bas de droite pour mettre en plein écran.

Les réactions après la sortie

« Lors de sa sortie, il y a eu deux réactions différentes. Celle du milieu professionnel et celle du public. Nous étions conscients que nous y allions au culot. J’avais dit à Damso : « Si la cover floppe, c’est moi qui me prendrais le bad buzz. » Pas lui. J’étais assez confiant et en même temps je m’attendais à des retours d’incompréhension, à ce que les gens disent que c’est trop simple. Ce que j’avais moins prévu, c’est que lorsque nous avons dévoilé le CD dans la campagne d’affichage, les gens n’ont pas tilté que c’était la cover. (rires) »

– Romain Garcin

Le travail avec Damso

« Tu vois l’expression Sky is the limit ? Pour lui, c’est réel. Pourtant, il est totalement humain. Il est d’ailleurs beaucoup plus humain que la plupart des artistes en développement. Le succès il y a goûté et maintenant, il est dans l’optique d’un passionné. C’est un vrai passionné. C’est quelqu’un qui s’émerveille de toutes les trouvailles qu’il peut faire. Il s’investit autant dans sa musique que dans le visuel. Je suis entrain de bosser sur de nouveaux projets avec lui mais je ne pourrai évidemment rien dire. (rires) »

– Romain Garcin
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Entretiens Rencontres

Bambino : « Dans l’erreur se glisse de la magie »

Après avoir collaboré avec des artistes de variété ou du rap français, Bambino lance son premier EP, « Enfant difficile ». Un disque sorti le 20 novembre où la tristesse et l’euphorie se bagarrent. Entretien plein de mélancolie avec l’artiste au sourire infatigable. 

Comment es-tu venu à la musique ?

J’étais au conservatoire quand j’étais petit. À 11 ans, j’avais un copain de l’école de musique qui m’a proposé d’enregistrer dans le studio de son père. C’était magique et je prends conscience d’à quel point je kiffe l’ambiance et le travail en studio. Progressivement, j’ai rencontré des musiciens extraordinaires qui n’avaient pas forcément les mêmes goûts musicaux que moi. Ils n’avaient pas non plus la même oreille. Comme je suis quelqu’un d’assez curieux, je n’étais pas réfractaire à toutes les nouveautés qu’on me proposait. Je me suis ouvert à de nouvelles sonorités musicales qui nourrissent cet EP. 

Qu’est ce qui a motivé la sortie de ce premier projet ? 

Cela fait plusieurs années que je suis dans le son. J’ai collaboré avec pas mal d’artistes qu’ils soient urbains comme Hayce Lemsi ou de variété comme Kendji Girac ou Matt Pokora. Je produisais un peu pour les autres et j’avais envie de montrer ce que je savais faire. Exposer mon propre univers artistique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aucun feat ne figure sur l’EP. Il fallait que je montre un peu à quoi ressemblait ma musique avant de me pencher sur des collaborations. Mais pour revenir sur la manière de construire cet EP… En fait, je suis quelqu’un d’hyper instinctif, j’ai une manière de travailler très rapide et instantanée. J’agis sans avoir une idée précise de là où je veux aller ou une référence en tête.

As-tu pensé la cohérence du projet « Enfant difficile »

En réalité, je trouve que dès que tu es dans la réflexion, tu doutes et tu perds de la fluidité. On n’a pas le temps de douter. La spontanéité est essentielle à la création, et même dans l’erreur se glissent des choses magiques. Souvent, on réclame aux rappeurs de la cohérence dans leurs albums. Mais si tu es honnête avec toi-même, tu n’as pas besoin de la rechercher. Elle s’impose naturellement. Les thèmes qui t’obsèdent vont revenir au fil de la tracklist. Chaque titre sera cohérent avec le précédent puisqu’il reflétera qui tu es, avec tes complexités et tes contradictions. 

« Je n’ai jamais écrit un morceau, en vérité ! »

Bambino

En combien de temps s’est construit le projet ?

Les sons dormaient depuis pas mal de temps dans l’ordinateur de mon main-produceur, Ben, avec qui j’ai grandi. Des ébauches existaient. Quand j’ai signé chez Local, mon label, en janvier, je me suis mis dessus. Je les ai terminées au fur et à mesure. Le projet a été bouclé en moins d’un mois environ. 

Quelle est ta méthode d’écriture ?

Je n’ai jamais écrit un morceau, en vérité. Je m’enferme dans ma cabine et je fais ma topline. J’écris phrase par phrase en me calant sur le rythme. Je n’aime pas écrire sur une feuille ou sur le bloc-notes de mon téléphone. D’ailleurs, je ne possède aucun texte dedans. Ce n’est qu’une fois que j’ai enregistré les morceaux que je recopie les paroles. C’est un peu long d’ailleurs. (rires)

J’ai collaboré avec pas mal d’artistes qui bossaient comme ça. Et je sais que Jay-Z ou Lil Wayne composent beaucoup de cette façon. Ils font tourner des phrases et des sonorités et le morceau se construit petit à petit. Une fois que le bébé est né, je corrige un mot ou un autre en réécoutant. C’est un peu comme un peintre qui balance pleins de couleurs sur sa toile et affine son tableau à la fin. Le titre 365 a lui aussi été ecrit de cette façon.

Quels sont les artistes qui t’ont influencé ?

Quand j’étais gamin, j’écoutais Mice David, Michael Jackson, Booba ou Bill Withers. Je suis vraiment quelqu’un qui kiffe autant la bossa nova que du jazz à la Bobby Mc Ferrin. Désormais, j’écoute moins de musique. Quand je sors du studio, j’en ressens moins le désir. J’aime bien la phrase de Sting qui dit : « Parfois, la meilleure musique est le silence. »

Toi l’instinctif, que penses-tu de l’évolution de l’industrie de la musique qui permet à un artiste de ne plus être dépendant de dates de sortie ou de moyens lourds de production ? 

Je suis hyper sensible à cette dynamique de partager un son le plus vite possible. C’est magique de pouvoir être vite au contact du public pour savoir si le morceau plaît. Dans ce sens, je trouve que Jul est le miroir parfait de l’évolution des moyens de consommation. Je me reconnais dans son côté instinctif. Quand il veut partager un son, il le balance. Sa musique est folle. Ça pue le sud. Et il dit des vrais trucs, contrairement à ce que certains peuvent en dire !

« Je suis un peu un clown triste »

Bambino

Quelles sont tes ambitions pour la suite ?

Mon rêve ultime est d’acheter une maison pour tous les membres de ma famille. 

Et musicalement ? 

Tout simplement, ça va kékra ! (rires) Mon ambition est de faire passer, à travers ma musique, des bons moments aux gens. Je ne promeus pas la violence. Mon but est de faire naître des sourires. Comme tous ceux qui tentent d’apporter un peu de gaieté autour d’eux. Je suis un peu clown triste.

D’où vient cette mélancolie ?

Quand j’étais petit, ma famille déménageait beaucoup. Je n’ai pas foncièrement gardé d’amis d’enfance. Même si elle est remplie de moments tristes, je trouve que c’est la période la plus fascinante de l’existence. Tu poses un regard qui rend les choses plus belles. Je suis très nostalgique de cette époque. Tous ces bruits et ces odeurs de cour d’école, je ne les retrouvais plus. D’ailleurs, quand tu échanges avec une personne âgée, elle te parle le plus souvent de son enfance. Le plus triste est peut-être de perdre cette insouciance. 

L’as-tu perdu ? 

J’essaie de garder mon âme d’enfant, mais quand tu observes ce qu’il se passe dans le monde, tu perds cette vision enfantine. Quand tu sors en bas de ton bâtiment et que tu vois des enfants abandonnés dehors parce que c’est trop petit chez eux, que tu vois leurs parents dépassés, quand tu observes les difficultés dans les quartiers… Chaque gouvernement recouvre les problématiques avec du sable pour qu’on ne voit plus la merde, mais la misère est là. Et le pire étant que toi, tu ne peux pas aider tout le monde !

Avant d’aider les autres, il faut déjà s’aider soi-même. Tu es obligé de laisser des gens derrière toi. Demain, si tu te noies et que tu veux espérer sauver la personne à tes côtés, il faut d’abord monter sur le bateau pour espérer lui tendre la main. C’est terrible !

Si les gens qui ont une vie meilleure faisaient un pas vers ceux qui ont une existence plus difficile, il n’y aurait pas autant de misère. Mais quand tu n’as pas vécu dans une cité, c’est très compliqué de se représenter la réalité. Demain, si mes gosses grandissent dans le 7e ou le 16e arrondissement à Paris, auront-ils conscience d’aller aider ne serait-ce qu’une famille à Saint-Denis ? J’espère ! C’est un peu utopiste, mais ça fait parfois du bien de l’être.