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Sa majesté le rap : Flohio à l’assaut du rap anglais

La conquête du trône du rap anglais ne se limite pas qu’aux frontières du Royaume-Uni. Par-delà les contrées lointaines, de nouveaux prétendant.e.s embarquent à bord de leurs radeaux pour se disputer la possession du siège royal. Et parfois… la menace peut venir des terres conquises. Dans la banlieue sud-est de Londres, la rappeuse Flohio renverse les codes établis du grime ​en mélangeant les styles dans un genre unique et part à l’abordage de la couronne.

Started from the bottom 

Funmi Ohiosumah est une jeune nigérienne originaire de l’état de Lagos. L’année de ses huit ans, elle emménage dans la banlieue sud-est de Londres, Bermondsey. Avant de poser le pied sur les terres royales, Flohio est bercée par les affinités musicales de ses parents qui font notamment résonner la musique de Stevie Wonder. Cependant, elle se découvre un plaisir pour les productions hip-hop, lorsque les vibes de Chipmunk, Lauryn Hill ou encore 50 Cent lui parviennent aux oreilles. Le déclic se produit lors de sa première écoute de l’artiste britannique Eve. Un véritable coup de cœur auditif. La jeune MC se met à développer sa culture rap, se passionne pour le genre et commence à gratter ses premiers brouillons. Elle s’inscrit dans un club jeunesse depuis lequel elle commence à enregistrer quelques morceaux. 

Son indéniable talent attire l’attention du Guardian et Dazed & Confused, journaux à la résonance importante outre-Manche. Ses collaborations avec des artistes comme Clams Casino et Modeselektor lui offrent une visibilité nouvelle, ponctuée par un éloge de Naomi Campbell. La mannequin la présente alors comme « l’une des dix femmes qui changent notre futur ».

Flohio semble en tout cas déjà bien partie pour changer le futur du grime. Elle incarne ce combo imprévisible mêlant grime métallique, techno industrielle et hip-hop traditionnel. Un style construit par des inspirations issues du Vieux et du Nouveau-Continent, à l’instar de Trippie Redd, 21 Savage ou encore Chip. La figure féminine iconique du hip-hop, Missy Elliott, n’est également jamais très loin dans son esprit lorsqu’elle pose les fondations de ses futures œuvres.

Sa majesté le rap : Chip, précurseur du grime

Les deux premiers EP de Flohio, « Nowhere Near » et « Wild Yout », posent les premiers piliers d’une création en pleine construction. Sorti en 2016, le premier EP laisse entrer la lumière sur l’artiste nigérienne, permettant au monde de la découvrir. Son expression artistique se caractérise par un amalgame de courants, rendant la production unique en son genre. Par son œuvre, elle souhaite exprimer son ressenti sur la société qui l’entoure, mais également se mettre à la place des autres et leur donner une voix. Une profondeur de réflexion qui tend au paradoxe lors de ses représentations, tant elle contraste avec la fougue qui ressort de ses clips et performances. En 2020, son premier projet « No Panic No Pain » concrétise et matérialise une profusion artistique débordante. 

Tea time

Début février 2021, la célèbre chaine YouTube COLORS propose à l’artiste anglo-nigérienne de suspendre le temps, en même temps que le micro, une deuxième fois. Cette fois-ci, elle performe Flash, le quatrième track de son dernier projet. La première fois, elle s’était révélée grâce à Bands, l’un de ses premiers singles.

Publié le 31 janvier 2018, la vidéo totalise aujourd’hui 610 000 vues. Coup d’éclat important, il s’agit d’un fer de lance médiatique bénéfique pour la jeune MC. Elle l’admet elle-même dans un entretien pour Yard : « [La vidéo Colors] a changé des choses, ça a été un grand moment c’est vrai. Cela a ouvert une toute nouvelle perspective pour moi. » Une performance qui lui vaut même la comparaison avec l’artiste anglaise émérite, M.I.A. 

The crown jewels 

Sorti tout droit de la fournaise cérébrale de l’artiste londonienne, « No Panic No Pain » pourrait laisser certains aficionado.a.s sur leur faim. Par moments, le projet génère de la frustration chez l’auditoire, tant sa timidité rythmique ne colle pas avec l’œuvre originelle de Flohio. Un récit teinté de nostalgie : un retour aux sources dans sa banlieue sud de la capitale anglaise. La réussite d’un premier projet guidé par les textes lyriques de l’artiste. Les collaborations donnent également du relief au projet puisque Flohio s’associe aux producteurs Cadenza et Fred again.., ayant déjà œuvré sur les albums d’Ed Sheeran, Jorja Smith ou encore Stormzy. 

Au détriment d’une histoire fictionnelle, Flohio raconte la chronologie de sa vie d’artiste, s’attardant sur les points sombres de son existence. La frénésie de sa vie de succès s’accompagne de son lot de troubles et d’instabilité. Une dichotomie entre la présence permanente du soutien de ses fans et l’absence continue de certains proches disparus. Néanmoins, la résilience est le maître mot de cette confession musicale : la nécessité de garder un calme et un sang-froid olympien pour gérer les aléas rencontrés. « No panic, no pain (…) more hype, more rage », se lit sur ses lèvres dans le deuxième morceau Unveiled de sa mixtape. Une belle synthèse de l’esprit qui anime l’enfant de Lagos. À maintes reprises, Flohio déclare vouloir devenir « iconic ». Sa réussite sera de laisser un héritage pour les jeunes générations à venir. Elle souhaite ainsi que les plus jeunes voient en elle un modèle d’inspiration et d’aspiration. Une figure que l’on admire, le regard fixé en direction du ciel. Une reine, tout simplement. 

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Sa majesté le rap : l’héritière Little Simz, étoile montante

Sur la scène rap britannique, une nouvelle génération se dessine. Les héritiers au trône mélangent les genres. En tête de ce cortège talentueux : Little Simz. À 26 ans, l’artiste marche dans les pas de la grime et s’inspire de d’autres styles pour former un rap expérimental unique.

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La jeune Simbi Ajikawo est née à la fin du mois de février 1994, dans un quartier londonien du nom d’Islington. De sang nigérian par sa mère, elle grandit sous l’influence des Missy Elliott, 2Pac et autres Jay-Z. Fan des gunners d’Arsenal, elle commence à gratter ses punchlines dès l’âge de 9 ans.

Surnommée « Bars Simzson », elle est confrontée au début de sa carrière à l’appréhension d’un milieu masculin, ne prenant pas au sérieux les velléités artistiques d’une jeune fille. Face à l’injustice, Little Simz trouve le remède : rejetée par plusieurs labels, elle décide de créer le sien : Age 101.

Dans une interview accordée à Mouloud Achour dans l’émission Clique, elle dévoile une personnalité sensible et émotive. Elle déclare d’ailleurs : « Le rap m’a sauvé », et évoque l’influence de Lauryn Hill, une artiste hip-hop américaine. L’éclectisme de ses goûts ne s’arrête pas ici. Little Simz confesse rejoindre les bras de Morphée en écoutant les mélodies mélancoliques de James Blake. De ses inspirations naît un rap expérimental, mêlant la grime, le jazz, le funk, le dubstep ou encore la soul.

Simbi est une artiste prolifique. Quatre mixtapes et cinq EP. Tout commence en 2015. À l’occasion de la cérémonie des BBC Worldwide Awards de la même année, présentée par Gilles Peterson, « Lil Simz » est couronnée par le Breakthrough Artist of the Year, équivalence britannique de la révélation de l’année. Le phénomène est lancé. Quelques mois plus tard, elle diffuse son tout premier album, « A Curious Tale of Trials + Persons ».

Après son second album, « Stillness in Wonderland », c’est en 2019 que la consécration arrive. Son troisième projet « Grey Area » est nommé au Mercury Prize et se voit décerner le trophée IMPALA de l’album indépendant européen de l’année. Elle rejoint en même temps le top 30 des personnalités de moins de trente ans qui ont marqué l’année 2016. Preuve d’une aura qui se propage au-delà de sa fanbase, elle se dit « choquée que cela arrive aussi vite dans sa carrière »

Tea time

Juin 2015, BBC Radio 1. Mistajam, présentateur du show éponyme, reçoit Kendrick Lamar. Invité de poids, le rappeur californien se livre jusqu’à ce que le temps se suspende sur un nom : Little Simz. Pendant quelques minutes, le rappeur ne tarit pas d’éloges concernant la jeune londonienne : « Little Simz… Je ne sais pas si tu as entendu parlé d’elle. En ce moment, c’est celle qui tue le plus et je devais la mettre en avant. Je lui souhaite beaucoup de succès. J’ai pu la rencontrer une fois mais c’était bref. […] Vraiment, elle est incroyable. » La rappeuse est alors propulsée sous les projecteurs.

The crown jewels 

Embarquement imminent pour le second album de Little Simz, sorti en décembre 2016 : « Stillness in Wonderland ». Bienvenue au pays des merveilles. Pour ce projet, elle réalise un court métrage et une bande dessinée spéciale. Une créativité détonnante pour dessiner les traits d’un univers auquel elle voue de l’attachement. Elle déclare même « avoir toujours été dans une sorte de pays des Merveilles ».

Le comic book est réalisé conjointement avec l’écrivain Eddie « Versetti » Smith et l’illustrateur McKay Felt. Dans cette œuvre dystopique, les hommes sont collés à leur écran de téléphone, s’abandonnant au pouvoir de la technologie pour les guider. Un monde des merveilles aux allures de cauchemar, répulsif pour beaucoup et notamment Little Simz, qui déclare qu’elle « ne pourrait vivre éternellement dans un tel monde. À sa façon, ce monde vous dévore. »

Autour de cet opus, elle organise aussi un mini-festival, niché dans le RoundHouse’s Rising Festival londonien : le Welcome to Wonderland – The Experience. Divisé entre une exposition artistique et une performance lyrique, l’évènement regroupe de nombreux artistes autour de la MC britannique, en présence de Rapsody, Ari Lennox ou encore Vanjess. Une programmation éclectique, à l’image de son album.

Du reggaeman jamaicain Chronixx, jusqu’à la chanteuse américaine Syd, en passant par les icônes du grime britannique Chip et Ghetts, « Lil Symz » offre des tons différents à chaque morceau qui recoupent la diversité des thèmes qu’elle aborde.

Habitée par l’envie de s’enfuir aux pays des Merveilles pour suivre son propre « lapin blanc », Little Simz confesse vouloir fuir le monde réel. Tout comme le jardin de la Reine de Cœur, elle explique que « l’industrie musicale est un labyrinthe, dont les lignes sont troublées entre la réalité et l’imaginaire. Fuir la réalité pour s’épargner les déviances sociétales que sont le racisme et le sexisme ». Elle évoque ces sujets dans le titre LMPD.

Pour affronter les difficultés de la vie, la rappeuse souhaite quelqu’un près d’elle pour l’accompagner, comme elle l’exprime dans le morceau Shotgun. Tout en restant lucide face à l’aspect toxique que peuvent revêtir les relations dans Poison Ivry. Néanmoins, au risque de s’égarer dans le labyrinthe de ses sentiments, Little Simz ne veut pas d’une vie de solitude. Perfect Picture, Low Tides et No More Wonderland marquent son retour à la vie réelle. Le pays des Merveilles, malgré sa beauté, demeure éphémère. Tel un rêve.

La couverture de l’album boucle la cohérence du projet. D’abord au centre : le visage de Simbi. Les yeux fermés témoignent de l’aventure onirique (ou cauchemardesque) dans laquelle elle est plongée. Le toboggan en colimaçon rappelle celui que l’héroïne du pays des merveilles empreinte à l’œuvre de Lewis Carroll. Les champignons et les lapins renvoient aussi à la fiction absurde. Le « Gherkin » (un building en forme de « cornichon ») de la City londonienne situé derrière rappelle le lieu de naissance de l’artiste.

À neuf ans, la jeune artiste avait rédigé dans sa première chanson : « Achieve, achieve, achieve » (« Réalise, réalise, réalise »). À 26 ans, elle a déjà réalisé ses rêves. Si Little Simz n’est pas la Reine de Cœur, elle est bel et bien un As.

A découvrir aussi sur Mosaïque : Le roi Skepta, sensei du grime.
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Sa majesté le rap : roi Skepta, sensei du grime

Le grime britannique possède son ambassadeur en la personne de Stormzy. Mais le rappeur est un héritier du digne père fondateur du mouvement : Skepta. Au tournant des années 2010, l’artiste originaire de Tottenham a su redonner vie au grime, qui est alors, au bord de l’essoufflement.

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Pionnier du style grime, il est présent sur la scène britannique depuis le début des années 2000. Joseph Junior Adenuga, aka Skepta. Une fois n’est pas coutume, le rappeur d’origine nigérienne est né le 19 Septembre 1982, dans le quartier londonien de Tottenham. Il grandit au sein d’une fratrie de quatre enfants, dont deux d’entre eux connaissent également la lumière des projecteurs : son frère Jamie, alias JME, rappeur et producteur connu dans la Perfide Albion, et sa sœur Julie, présentatrice radio.

Famille atypique, pour un parcours qui l’est tout autant. Le rappeur londonien s’essaie tout d’abord en tant que DJ, avec le collectif Meridian Crew, au début des années 2000. Diffusé sur les ondes des radios pirates, le groupe se fait un nom sur la scène underground britannique, avant de se séparer. C’est alors que Skepta entame son ascension, vers les sommets de la grime et du rap UK. 

Avant d’aller plus loin, point définition : le grime, what is it ? Il s’agit d’un courant créé en Angleterre, au style agressif, intense, mêlant des influences afro et dancehall. Suite à diverses affaires et amalgames effectués entre violences de rue et agitation musicale par les autorités, le grime s’essouffle petit à petit… Jusqu’à ce que Skepta survienne pour raviver la flamme au début des années 2010. D’abord avec son projet « Blacklisted » (2012) qui, malgré un écho médiatique moindre, lui permet de se placer sur la scène britannique, avant l’exposition inédite que lui apporte son quatrième projet, « Konnichiwa » (2016).

Tea time

Avec Skepta, tout est une affaire de projets. Comme il le dit dans le track Back Then, sa mixtape « Blacklisted » a fait l’effet d’une bombe sur la scène rap : « My last mixtape was a game changer. » Véritable accélérateur de particules, il permet au grimer de se positionner en tant que MC incontournable du royaume, malgré un engouement limité à l’international.

Les chiffres obtenus dans les ventes anglaises n’établissent pas de record d’écoutes pour le rappeur de Tottenham. Le top classement du projet est enregistré à la soixante-douzième position. Mais avec Skepta, l’essentiel est ailleurs.

Avec cette mixtape, l’artiste ravive la flamme du grime, partiellement éteinte suite à l’émergence de nouveaux styles, concurrents directs, qui avaient presque réussi à faire taire les porte-paroles de cette mouvance. Skepta aka Monsieur Joseph Junior Adenuga parvient, avec « Blacklisted », à s’adouber égérie de ce courant. 

The crown jewels 

Avant-dernier album de la discographie de Skepta, « Konnichiwa » est, au moment de sa sortie, l’album de grime le plus vendu de tous les temps, avec un total de 190 000 copies vendues au Royaume-Uni en septembre 2019. Les critiques sont unanimes, les distinctions pleuvent. Consécration ultime, il remporte le Mercury Prize, récompensant le meilleur album britannique de l’année, treize années après le sacre de « Boy in da corner », de son ami Dizzee Rascal. 

Skepta donne du relief à son projet par la présence de multiples artistes, apportant tous leur signature à cet album. Il choisit d’incorporer des figures importantes du grime comme Chip ou Wiley, proche de son univers, à l’instar des membres de son label Boy Better Know (Shorty, Frisco, Jammer) ou des artistes émergeant de la scène rap comme le rookie Novelist ou la chanteuse Fifi Rong. Preuve de son nouveau statut, Skepta partage d’ailleurs le mic avec Pharell Williams sur le track Numbers.

Le nom du projet fait écho au langage japonais, tout comme la composition de la cover rappelle le drapeau nippon : le timbre avec de fines bandes verticales et les tampons « London » et « First Class » avec des couleurs rouges et blanches en fond. Telle une carte de voyage, prêt à embarquer vers le pays du Soleil levant, Skepta évoque son besoin d’évasion. L’artiste londonien présente d’ailleurs son projet pour la première fois en live à l’occasion d’un concert à Tokyo, en 2016.

Avec ce projet, Skepta propose un album contestataire, anti-système, sonnant comme un cri de rage, au nom d’une population défavorisée et délaissée depuis longtemps par les institutions. Les flows rapides, la profusion de bangers, les productions éclectiques donnent un cachet à cet album et marquent musicalement toute la dichotomie qui le compose. Symbolisant la remise en scène du grime, il s’agit également d’un aboutissement complet pour Skepta, qui se livre sur ses sentiments amoureux, familiaux et amicaux.

Cette variété musicale corrèle avec les thèmes abordés. Le banlieusard londonien montre une version agressive et déterminée de son personnage, où il aborde sa soif de revanche (Lyrics), l’acharnement quotidien pour développer son œuvre et se placer au-dessus du reste du game anglophone (Man). Malgré cela, il se livre sur ses failles et ses faiblesses, sur l’amour de sa vie (Text me back), sa gestion de la pression vis-à-vis des médias (Numbers) ou encore de sa volonté de voir la fierté dans les yeux de ses proches.

Le grime anglais était endormi, tel un ancien jukebox laissé à l’abandon au fond de la salle, couvert de poussière. Skepta a sorti le plumeau et le balai pour rebrancher la machine, mettant les premières pièces pour faire à nouveau briller ce style si entraînant. 

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Sa majesté le rap : prince Stormzy

Alors que le hip-hop est en pleine conquête des terres musicales anglaises, une dynastie de rappeurs se dessine outre-Manche. Les artistes se partagent les royaumes et adoubent leurs suzerains, dignes successeurs de leur blason artistique. Parmi ces héritiers, le Prince Stormzy est l’un des descendants de la province de la grime, mêlant des basses ancestrales et de nobles synthétiseurs. Portrait du rappeur londonien autour d’une tasse de thé.

Started from the Bottom 

Stormzy est né en juillet 1993 à Croydon, ville de la banlieue Sud de Londres. Le « Wicked Swengman » débite ses premiers flows avec ses amis dans les maisons de jeunesse de son quartier. L’influence des pionniers du grime comme Skepta ou Crazy Titch se fait ressentir dans ses productions et il ne tarde pas à se faire un nom sur la scène britannique.

Après un premier EP en 2014, il enchaîne trois ans plus tard avec son album « Gang Signs & Prayer ». Le succès est au rendez-vous. Avec trois tracks certifiés single de platine, l’album propulse Stormzy en haut des charts.

L’année 2019 vient définitivement placer la couronne sur la tête du rappeur anglais. Il est annoncé en tant que tête d’affiche du festival de Glastonbury et s’offre le luxe d’être en couverture du Time Magazine d’Octobre 2019, l’hebdomadaire américain le qualifiant de l’un des « Next generation leaders ». 

Crédit : Une de Time Magazine, octobre 2019.

Tea time 

Sa performance à Glastonbury sonne clairement comme le fait marquant de sa carrière. Arborant un gilet pare-balles aux couleurs de l’Union Jack, dessiné par l’artiste Banksy, Michael Omari sait qu’il est en train d’entrer dans l’histoire. Il est le premier artiste noir à être programmé sur la fameuse Pyramide Stage de Glastonbury, scène principale du festival.

Crédit : Stormzy.

Jay-z, dans une vidéo adressée au rappeur britannique en début de concert, n’oublie pas de lui rappeler son accomplissement et à quel point « la culture change le monde ». Point culminant de cette soirée riche en émotions : Dave et Fredo accompagnent Stormzy pour performer leur single Funky Friday. Le premier remercie son ami, lui adressant un salut chaleureux : « Tu as rendu cela possible. Tu nous as permis d’y croire. Je t’aime mon frère. » Ce gilet pare-balles est aussi visible sur la cover de son troisième et dernier album : « Heavy is the head ».

Cover de l’album « Heavy is the head ». Crédit : Hashtag Merky Records Limited.

The Crown Jewels 

Sans nul doute, le premier album du rappeur londonien « Gang Signs & Prayer » reste la référence de sa discographie. Mêlant inspirations gospels et productions de rap, Stormzy touche des thématiques importantes au fur et à mesure que l’album avance. Les parties 1 et 2 de Blinded by your grace sont une ode à sa foi et son dévouement à Dieu.

Le combat contre le racisme est également abordé, dans le même temps que l’évolution qu’il a connu au cours de sa carrière. Regardant dans le rétroviseur, Stormzy met en garde ses prochains de la nécessité de bannir les sentiments de vanité et de suffisance de leurs émotions. Il connaît parfaitement cette lutte contre soi-même, lui qui parle à cœur ouvert de son passage dépressif dans Lay me Bare. « Mr Skeng » peut baisser la garde, l’ascension est terminée : il est arrivé au sommet. 

Cover de l’album « Gang Signs & Prayer ». Crédit : John Ross.

Jeune ambassadeur de l’univers grime, Stormzy continue de gravir les échelons et de faire honneur à ses prédécesseurs royaux que sont Skepta et Crazy Titch. Toujours en pleine ascension, le rappeur prince pourrait bien se voir un jour, lui-aussi, auréolé d’une couronne.

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Une virée londonienne avec Knucks

Avec son EP « London Class », le rappeur dépeint la capitale britannique sous tous ses aspects. Brutale et romantique, la ville défile sous nos yeux avec Knucks pour chauffeur.

Londres, sombre et lumineuse

Dans une interview pour « Complex UK », le rappeur explique que le titre de l’EP vient de la série coréenne « Itaewon Class ».

La série raconte l’histoire de Park Sae-ro-yi, un jeune étudiant qui entre dans un nouveau lycée. Lors de son premier jour, il frappe l’un de ses camarades, Jang Geun Won, pour défendre un élève qui se faisait harceler. Mais la brute s’avère être le fils du PDG Jang Dae Hee. Ce dernier dirige le restaurant Jangga dans lequel est employé son père. Le directeur exige des excuses auprès de son fils mais Park Sae-ro-yi refuse. Ce refus entraîne l’exclusion de son lycée et le licenciement de son père.

Peu de temps après, le père de Park Sae Roy meurt dans un accident de moto causé par Jang Geun Won. Pris d’un accès de rage et de colère, Park Sae Roy bat violemment Jang Geun Won. Il est arrêté et condamné à la prison pour agression violente. Lors de sa sortie, il décide de venger son père en créant son propre restaurant : Itaewon Class.

Knucks voit dans ce restaurant la métaphore de sa carrière : « La morale que j’ai retenu de cette série, c’est qu’il faut toujours rester fidèle à ses valeurs et ses principes », explique-t-il à Complex.

Si le nom du projet est inspiré d’une série coréenne, l’ensemble de l’EP est un produit britannique. Pour entraîner l’auditeur dans les rues de Londres, Knucks s’est inspiré de films anglais pour mieux représenter sa ville. Sur l’introduction de l’album « New London » – Intro et les deux interludes Enugu – Skit et Meet the Family – Skit, le rappeur a intégré deux extraits de films : « Legend » et  « Coup de foudre à Notting Hill ». Les deux oeuvres représentent deux facettes opposées de la vie londonienne. Sombre et lumineuse.

« Legend » relate l’histoire des jumeaux Kray, des gangsters à Londres dans les années 60. Les interludes évoquent la volonté des frères de mettre Londres sur la carte et de fonder une ville au Nigeria. Knucks revendique ainsi sa propre aspiration à faire rayonner sa ville, mais aussi celle d’être connu au Nigeria, le pays de ses parents. 

Dans un tout autre registre, « Coup de foudre à Notting Hill » est une comédie romantique dans laquelle un bibliothécaire londonien tombe amoureux d’une actrice américaine connue. Knucks l’utilise pour montrer le côté plus tendre de la ville. L’extrait lui sert de transition pour le prochain morceau Duchess, dans lequel il raconte une des ses propres histoires d’amour.

Londres et ses injustices

Knucks parle d’amour mais n’oublie pas la brutalité de la capitale. Sur Know Your Worth, précédé de l’interlude Under Class – Skit, il évoque les injustices subies par la communauté noire, chez lui et ailleurs dans le monde. L’interlude met en avant les propos d’Akala, un rappeur et activiste anglais, qui explique que les noirs ont été réduits à une sous-classe dans la société britannique. 

A la suite de l’Interlude, Knucks illustre ces injustices par ses propres expériences de racisme dans Know Your Worth. Elles sont mises en parallèle avec la mort récente de George Floyd. Pendant 8 minutes et 46 secondes, un policier blanc s’est agenouillé sur l’homme, causant sa mort. Ce laps de temps est aussi le titre de la vidéo de Dave Chappelle, humoriste américain qui est revenu sur la mort de George Floyd. Une vidéo que reprend Knucks dans sa chanson. 

London & co

A travers ses influences et ses collaborations, « London Class » transmet l’énergie de la ville. Inspiré par la chanteuse Sade, les productions et les samples de Jazz accompagnent les 12 titres de l’album.

Knucks et Sam Wise. Crédit : LUCERO.

L’influence de la ville se ressent aussi à travers les collaborations de l’album. Sur Standout, Knucks forme un duo avec son confrère londonien Loyle Carner. Sur Fxcked Up, il raconte son enfance à Londres avec Sam Wise, du groupe House of Pharaos.

A travers cet album, Knucks démontre son attachement à sa ville. Un environnement qui l’a construit mais aussi abîmé. Londres est brutale et romantique, Knucks, lui, est un narrateur hors classe.