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Enquêtes Investigation

Enquête : L’heure de gloire de l’EP, levier d’intérêt majeur

En 2020, les projets de rap français ont été très courts et très nombreux. Depuis dix ans, le format EP est de plus en plus courtisé par le genre. Les artistes et les acteurs et actrices de l’industrie musicale se sont emparé.e.s de ce petit disque afin d’établir de nouvelles stratégies et de s’ancrer dans le temps. Pourquoi l’EP est-il devenu si prisé ? La rédaction de Mosaïque a enquêté sur la question, comptant scrupuleusement les sorties pour établir des statistiques, partant à la rencontre d’un journaliste, d’un programmateur, d’une attachée de presse, de chefs de projet et d’un label manager.

16 mars 2020. Sur toutes les télévisions françaises, Emmanuel Macron confine le pays pour tenter d’endiguer la vague épidémique de Covid-19. La vie est mise sous cloche pendant presque trois mois de pause historique. Le monde de la culture s’enrhume, la création artistique s’enraye. Le rap français qui connaît une courbe de progression alors sans limites reçoit un coup d’arrêt inattendu. Pourtant, ni les scènes closes, ni les points de vente de CD fermés n’ont empêché les interprètes de sortir de la musique. La période s’est même montrée fructueuse.

Le rendez-vous du vendredi à minuit pile, toujours aussi attendu, est dominé par des formats réduits. Des EP, en d’autres termes. Pour mener cette enquête, nous avons considéré un projet court comme étant un disque comportant huit titres ou moins. À l’arrivée, les chiffres sont détonants. Les données disponibles sur le site collaboratif Genius montrent que près de 40 % des projets rap parus en 2020 comptent huit morceaux ou moins. Un score jamais vu pour le genre en France. Mehdi Maïzi, animateur de l’émission Rap Jeu pour Red Bull et présentateur de l’émission Le Code sur Apple Music, a lui aussi fait ce constat : « J’ai senti une bascule, le confinement a accéléré les choses. Roméo Elvis, Sopico, Alonzo… Beaucoup d’artistes ont profité de la période pour réaliser qu’ils pouvaient sortir des petits formats et tester de nouvelles choses sur quelques titres. Quand j’ai fait mon top album 2020, je me suis demandé si je ne devais pas aussi faire un top EP. »

Note Board
Infogram

Cette progression n’a rien d’une tendance éphémère. Sur les dix dernières années, l’EP n’a cessé d’être de plus en plus courtisé par les artistes rangé.e.s dans le catalogue « urbain ». Pourtant, les tracklists courtes n’ont pas toujours reçues autant d’attention. « Pendant longtemps dans le rap, le terme était utilisé pour dire : « autre chose qu’un album ». On était embêté pour désigner ces projets là. Dans les années 2000, on disait surtout mixtape et street CD. Le terme EP est revenu à la mode dans les années 2010, d’abord en étant presque dénaturé. J’avais interviewé Vald à la sortie de « NQNT » en 2014 et il disait que c’était un EP alors que ça faisait 13 titres. C’était juste pour ne pas dire le mot album », se souvient Mehdi Maïzi.

La pression du format

L’album. Le format préféré des labels qui rythme une carrière et lui donne ses lettres de noblesse. Avant de dévoiler un projet long censé être une sortie attendue, l’EP est devenu un levier stratégique incontournable. Le milieu artistique s’en est saisi pour pouvoir faire monter les enchères sur un artiste avant de pouvoir parier plus de budget. Cécile Plancke est attachée de presse pour le label Low Wood qui héberge notamment Hatik, Jok’Air, Zinée ou encore Michel. Selon elle, une compilation de quelques morceaux permet d’éviter toute forme de pression : « Sur un EP, tu as le droit à l’échec de ta promotion. C’est la musique qui parle seule. Sur l’album, on regarde tes chiffres, tes interviews, parce qu’il y a beaucoup plus d’investissement à tous les niveaux. Le but, c’est de ne pas mettre des artistes devant des responsabilités qu’ils ne peuvent pas encore assumer. »

Une approche moins coûteuse et plus souple pour accompagner des jeunes artistes en développement, voire des artistes confirmé.e.s. Deen Burbigo annonçait d’ailleurs sur le plateau du Code ne plus se sentir à l’aise avec la pression régnant autour de l’album. Au mois de juillet dernier, le rappeur dévoile ainsi « OG San », un projet de huit titres.

La recette a séduit beaucoup d’acteur.rice.s de l’industrie musicale. Dès les années 2010, de nombreux label managers ont saisi la vague. Mohamed Ali est l’un d’entre eux.elles. Tête pensante de l’écurie Foufoune Palace, il confie avoir pensé sa démarche dans ce sens lors des premiers pas du rappeur Luidji : « Cet intérêt particulier pour l’EP dans le rap date d’à peine une dizaine d’années. Quand j’ai commencé à bosser avec Luidji, en 2014, on a choisi logiquement ce format pour démarrer. Hors de question de sortir beaucoup de morceaux d’un coup sans fans et sans attente. C’est censé être la consécration d’un artiste. Et avant d’en sortir un deuxième, on s’est permis de sortir un nouvel EP, « Boscolo Exedra », parce que ça collait avec ce qu’il voulait raconter. » Une marge de manœuvre autrefois impensable : « Le marché et l’économie du disque étaient régis différemment. Cette liberté artistique existait moins. Il fallait vendre des disques, rentrer en radio, on était plus bridé. » 

Streaming sensation

L’un des facteurs clés de ce changement d’approche, c’est l’arrivée du streaming. Cette nouvelle manière de consommer de la musique donne au rap un souffle nouveau. Les performances des écoutes en streaming sont comptabilisées dans les chiffres de vente par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP, organisme qui attribue les certifications or, platine et diamant aux singles et aux projets, NDLR) et les plateformes deviennent des laboratoires à ciel ouvert où la créativité autour du format se renouvelle.

Sortir de la musique devient alors moins coûteux et plus accessible, entraînant une productivité jamais vue de la part des artistes (revoir plus haut l’infographie réalisée à partir des données accessibles sur le site collaboratif Genius, NDLR). « On skip beaucoup, on écoute les albums pour en tirer un ou deux singles, on écoute les tops Spotify, ça a favorisé l’EP. On a moins de temps et on veut écouter bien et super vite, explique l’un des chefs de projet de la maison de disque Universal Music France, aussi directeur artistique de rappeurs à succès, qui a souhaité rester anonyme. Les cinq ou six titres vont se démocratiser de plus en plus pour pouvoir faire respirer les discographies, tout en permettant aux rappeurs de rester très productifs. Tu imagines Drake ressortir un album en fin d’année ? Le public ne peut plus tout écouter. »

« Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. »

Un chef de projet d’un label parisien à Mosaïque

Pour les jeunes artistes, se positionner dans ce nouvel écosystème est une nouvelle paire de manche. Il faut pouvoir être remarquable au milieu du flot des sorties hebdomadaires. Ce chef de projet et directeur artistique dans un label parisien, également anonyme, le constate auprès de l’un de ses artistes en développement : « On s’est fait remarquer avec des EP courts, efficaces et faciles à digérer pour les nouveaux auditeurs. Il y a tellement de chose à découvrir que oui, si on ne connaît pas ton nom, on ne peut pas se manger un projet de 18 tracks. »

Pourtant, les albums longs n’ont jamais cessé d’être dominants. En 2020, 60 % des sorties comptent plus de huit titres. « Je suis surpris qu’il y ait encore autant d’albums. Ce n’est pas adapté à tous les types d’artistes, s’étonne Mehdi Maïzi. Je crois que je préfère écouter Leto sur un EP par exemple. Il a plus la possibilité de donner ce que son public attend, sans les passages obligés de l’album qui lui correspondent moins. Il y a des artistes qui cartonnent en singles et qui sortent des albums qui marchent beaucoup moins bien. Il peut y avoir du remplissage, alors que le streaming te permet de faire tout ce que tu veux. » 

Même son de cloche pour le chef de projet du label parisien : « Peut-être que Heuss L’enfoiré gagnerait à ne faire que des EP de cinq titres. C’est un faiseur de hits et ça collerait mieux à son économie. Je pense que ça augmenterait considérablement son volume de streams. »

Le petit frère mal-aimé de l’album

Pourquoi, alors, l’EP est-il toujours le petit frère mal-aimé de l’album ? L’industrie garde une affection particulière, presque déraisonnée, pour le long format. Une vieille habitude à laquelle on n’ose que très peu toucher. Cette situation, le chef de projet d’un label parisien l’observe de l’intérieur : « Les labels et les maisons de disque font encore signer des artistes pour deux ou trois albums. Beaucoup essayent de se libérer de ces vieux contrats en sortant des projets commandés mais qui ne répondent pas à leurs besoins de développement. » 

Les médias généralistes se sont également mis au pas de ce fonctionnement : « Ils ne parlent que très peu des EP. Je me suis déjà fait repousser quand je présentais des projets courts à des entreprises de presse nationale. Ils se focalisent sur l’événement album parce qu’ils n’ont pas le temps de tout suivre. C’est vraiment une ancienne école », explique Cécile Plancke. D’autant plus que certains EP impressionnent par leur impact médiatique et commercial, en témoigne le succès de « Mafana » du rappeur Oboy (2020) qui comptabilise une centaine de millions de streams, même si la certification est toujours plus délicate à décrocher.

« Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? »

Mehdi Maïzi à Mosaïque

En attendant les chiffres de l’année 2021, des EP comme celui de Koba LaD (« Cartel : volume 1), de Benjamin Epps (« Fantôme avec chauffeur ») ou encore de Nemir (« Ora »), ont déjà marqué ces derniers mois et certains titres ont intégré les rotations des radios. Rachid Bentaleb est programmateur pour la radio Mouv’ du groupe Radio France. Il confie recevoir de plus en plus d’EP et constate une nette hausse de leur qualité : « Les EP qu’on écoutait avant, c’était parfois des compilations de titres qu’on ne mettait pas dans l’album. Ça se sentait. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus cohérents et travaillés. L’EP n’est plus un format de recyclage. »

Tout au long de l’enquête, une question a été systématiquement posée : « Le format long va-t-il un jour devenir minoritaire ? » « Non », répondent les observateur.rice.s, confiant que l’album conservera un caractère spécial pour les oreilles des auditeurs et auditrices. Mehdi Maïzi tranche : « Le changement, je l’attends surtout des nouvelles générations. Est-ce qu’ils ont vraiment envie de sortir des albums ? Ça serait bien de continuer à dynamiter ce format. »

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Chroniques

La sélection Mosaïque du mois de mai

Au mois de mai, fait ce qu’il te plaît. C’est sur cette vague qu’on choisi de surfer Joanna et Squidji, en délivrant des albums concepts sur le thème de la relation amoureuse. Au même moment, les projets de Khali et L’Or du commun ont fait briller des univers authentiques sur des compositions sur-mesure. Enfin, Jewel Usain et ISK ont dévoilé un premier jet prometteur et détonant. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois de mai. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

« Sérotonine » – Joanna – 7 mai 2021

Quelques semaines après avoir téléphoné à Joanna pour évoquer le clip de Sur Ton Corps, diffusé sur Pornhub avec le duo star Leolulu, nous avons retrouvé la chanteuse en visioconférence pour parler de son projet « Sérotonine » sorti le 7 mai 2021. « Ce premier album m’a permis de faire un résumé de ma dernière relation et m’a équilibrée. J’avais besoin de définir tout ce qui se passait dans mon for intérieur et j’ai tout examiné », nous a raconté Joanna, en cherchant parfois ses mots.

À travers quatorze morceaux, l’artiste originaire de Rennes a monté un concept de toutes pièces : une histoire d’amour racontée de A à Z. En relevant le défi du storytelling, elle met en exergue des schémas relationnels qu’elle souhaite expliquer, comprendre et parfois déconstruire. Un premier album réussi où l’amour est perçu sous forme de cycle qui semble se répéter sans cesse et sans surprise, dans lequel le début inclut la fin et où l’amour rime souvent avec désamour. 

– Thibaud Hue

« Mode Difficile » – Jewel Usain – 7 mai 2021

Quand Jewel Usain décide de choisir le mode difficile pour réussir le jeu vidéo de sa carrière, il ne fait pas les choses à moitié. L’EP « Mode difficile » sorti le 7 Mai 2021 a toutes les qualités pour être considéré comme un album charnière. Aux côtés des producteurs Madka et Antoine Bodson, Jewel livre « le projet de [sa] ie-v ». Un featuring avec USKY, quelques morceaux storytellings et des transitions léchées nous plongent dans l’univers maintenant bien dessiné de l’artiste. Ce projet confirme que le rappeur souhaite s’installer confortablement sur la scène du rap français. Comme il le dit si bien dans le titre Paw patrol« J’connais mon but. »

– Amaël Coquel

« Avant la nuit » – L’Or Du Commun – 14 mai 2021

Avec une telle cover, le trio bruxellois annonçait la couleur. Entre rouge et bleu, folie et réflexion, rap et chant, Swing, Primero et Loxley semblent avoir trouvé le bon équilibre. Porté par un escadron de beatmakers et de musicien.n.e.s de renom, l’album s’articule entre morceaux rap et chansons lancinantes. Du crépuscule à la nuit, la plume toujours aussi bavarde de l’ODC varie les exercices de styles : textes à thèmes et réflexions plus vaporeuses. À la baguette, les producteurs PH Trigano et Phasm nous ont raconté les coulisses de la création musicale du projet, composé à huis clos dans un studio perché dans les Ardennes.

Avec Lous & The Yakuza, Zwangere Guy, Caballero et Roméo Elvis invité.e.s sur la tracklist, les Belges jouent en famille. Un opus soigné et réussi, même si certain.e.s pourraient reprocher un manque de prise de risque. Mention spéciale au morceau Inertie, à savourer allongé.e dans un bain chaud pour une écoute optimale. 

– Robin Spiquel

« LAÏLA » – Khali – 21 mai 2021

Si le mot « LAÏLA » était intégré au dictionnaire, il serait rangé près du mot « éclosion ». Avec ce projet de onze titres, accompagné d’une pochette aussi énigmatique que lui, Khali laisse transparaître la richesse de ses émotions tout en se démarquant de la scène rap française actuelle. Un pari réussi par le choix de productions dantesques. Les morceaux produits par Bloody et Kosei, en particulier, rappellent le travail des producteurs américains Wheezy et Mike Dean. Le résultat final sonne comme le fruit d’un travail mûrement réfléchi d’un artiste qui a pensé sa musique avant de délivrer son premier album. Permettra-t-il à cette nouvelle vague de rappeur.se.s français.e.s issu.e.s de Soundcloud, avec La Fève et Chanceko en prime, d’atteindre de nouveaux sommets ? « LAÏLA » laisse en tout cas croire au renouvellement du genre, porté par des univers aussi aboutis que celui de Khali.

– Lukas Taylor

« Vérité » – ISK – 28 mai 2021

Pour son premier album « Vérité » paru ce vendredi 28 mai, ISK a mis toute sa hargne et sa sincérité à l’ouvrage. Après avoir déjà démontré sa capacité à adopter un style plus mélodieux sur certains titres de sa mixtape « Le mal est fait », l’étoile montante du 77 (Seine-et-Marne) se montre encore plus à l’aise au chant qu’auparavant. Malgré tout, le rappeur cherche toujours des repères, en témoigne la tentative peu convaincante du morceau club Le billet. De Sofiane, Niro, Alonzo à Uzi en passant par Da Uzi, ISK parvient à servir un projet correct avec une liste d’invités intergénérationnel. Un premier jet encourageant.

– Yassine Ben Amor

« Ocytocine » – Squidji – 28 mai 2021

L’amour selon Squidji. Ce sentiment complexe qui régit nos liens est observé, exploré, questionné par l’artiste tout au long de ce troisième opus. Avec « Ocytocine », le rappeur de 22 ans mélange les univers et s’entoure d’artistes comme Josman, Lala &ce, Jäde ou encore Disiz La Peste. Un challenge qui porte ses fruits, notamment avec le morceau Cicatrices : une ode à toutes les femmes accompagnée par la voix mélodieuse de Lous & The Yakuza. Un titre touchant qui « évoque quelque chose de tabou », nous a-t-il confié dans l’intimité d’une cabine d’enregistrement après l’écoute de son projet.

Les différentes sonorités proposées par le rappeur, avec l’aide de beatmakers comme Ponko, Prinzly ou encore Paco Del Rosso, offrent une palette de couleurs variées, capable de transporter l’auditeur tout en restant cohérente. Ce troisième album peut être perçu comme quelques pages d’un journal intime dans lesquelles Squidji nous partage sa vulnérabilité avec A.M.O.U.R ou encore sa fierté mal placée avec INSTA. Un storytelling maîtrisé de bout en bout.

– Imane Lyafori

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Chroniques

La sélection Mosaïque du mois d’avril

Entre l’EP surprise d’Aladin 135, le retour de Caballero et JeanJass et le premier jet de la rappeuse Bouki, le rap francophone s’est montré productif mais aussi collaboratif. Ainsi, Benjamin Epps et le Chroniqueur Sale ont allié leurs forces autour d’un projet commun, tout comme Jazzy Bazz, Esso Luxueux et Edge en trio. Une période ponctuée par la sortie de « QALF infinity » de Damso, tête d’affiche de ce mois d’avril. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

« X1 » – Aladin 135 – 9 avril 2021

Aladin 135 fait son retour avec « X1 », un retour aux sources avec un projet plus rappé que ne l’était son album « Phantom », sorti le 10 juillet 2020. Un EP transition dans lequel l’artiste retrouve Lesram, son partenaire du Panama Bende, sur le morceau Sur Paname. Avec Étincelles, le rappeur renoue avec sa mélancolie avant de livrer deux bangers Akha et Ya. Le Parisien redonne ainsi un aperçu de ses qualités de kickeur avec cinq morceaux accompagnés du clip de Akha tourné dans le 13e arrondissement de Paris, lieu d’origine du rappeur.

– Lise Lacombe

« Par amour et pour le geste » – Smeels – 16 avril 2021

Quelques mois après la sortie de l’EP « Very Bad Drip », la mixtape « Par amour et pour le geste », sortie le 16 avril dernier, vient confirmer la direction prise par Smeels : un rap planant et mélodieux porté par des instrumentales groovy. À l’image de cette cover-portrait signée Elea Jeanne Schmitter, l’ancien Bordelais propose une musique sobre, millimétrée et réaliste. Avec un flow nonchalant, à la frontière du chant par moment, Smeels peaufine un peu plus son personnage de lover désabusé sur 13 titres. Un projet en solitaire, cohérent musicalement sans tomber dans le piège de la répétition. Mention spéciale à Real Nword, Lover Boy et Cash & Bitchies.

– Robin Spiquel

« OSO / Hat Trick » – Caballero & JeanJass – 16 avril 2021

Deux albums distincts, mais une direction artistique commune. À la manière du duo américain Outkast qui dévoilait en 2003 deux albums solo : « Speakerboxxx » et « The Love Below », Caballero et JeanJass envoie « OSO » et « Hat Trick ». Oscillant entre bangers et morceaux introspectifs, les deux rappeurs belges ont pris le temps de s’ouvrir un peu plus à leur public. Que ce soit à travers les origines espagnoles de Caballero ou la déclaration d’amour de JeanJass au rap concrétisée au côté d’Akhenaton, le tandem propose ainsi une nouvelle lecture de leurs univers musicaux.

– Jules Careau

« 7 Milliards » – Bouki – 19 avril 2021

Lyon regorge décidément de talents. La jeune rappeuse Bouki a dévoilé le 19 avril l’EP « 7 Milliards » dans lequel elle laisse échapper un grain de voix joliment drapé d’auto-tune. Cinq titres où l’artiste délivre l’étendue de sa proposition musicale, à l’image de l’audacieux Définition. La Lyonnaise nous envoûte le temps d’un morceau de 58 secondes qui sonne comme un interlude pour introduire Inna, un track aux sonorités orientales. Porté par le featuring Donnez-moi avec Richi, « 7 Milliards » est une porte d’entrée sur l’univers de celle qui sait aussi bien varier les flows que les tonalités de voix.

– Lise Lacombe

« Fantôme Avec Chauffeur » – Benjamin Epps & Le Chroniqueur Sale – 23 avril 2021

Benjamin Epps est un rookie qui débarque avec l’attitude de celui qui n’a rien à prouver. L’attitude d’un rappeur conscient d’être unique sur la scène rap francophone et assez sûr de lui pour ouvrir son dernier EP « Fantôme Avec Chauffeur » sur un egotrip décomplexé : « Booba a sorti l’dernier album, ça y est maintenant, j’peux prendre le trône. » Audacieux, le Français sonne américain sans pour autant se tromper, fait assez rare pour qu’il soit rapidement rendu crédible aux yeux de tous et toutes par ses qualités d’écriture et d’interprétation. Un rap plein de références old school portées par les prods boomp bap du youtubeur Le Chroniqueur Sale, cette fois dans le costume du beatmaker. Sans être dépassé, celui qu’on identifie par la ressemblance de sa voix à celle de Westside Gunn relève le pari de réveiller l’oreille moderne sans la lasser, tout en débitant des punchlines à l’ego surdimensionné. Benjamin Epps sait aussi délivrer des textes remplis de sincérité, comme dans Dieu bénisse les enfants, morceau qui sonne comme un hymne à l’amour d’un homme qui cherche à protéger ceux.celles qui peuvent encore l’être.

– Lise Lacombe

« Private Club » – Jazzy Bazz, Esso Luxueux, Edge – 23 avril 2021

Dans les coulisses d’un strip club éclairé par des néons rétro, trois voyous nous emmènent pour une virée nocturne. L’occasion pour le duo de la Cool Connexion, formé par Jazzy Bazz et Esso Luxueux, de se retrouver avec une nouvelle pièce maîtresse : Edge. Tantôt sur des flows noyés dans l’alcool d’une soirée finie trop tôt, tantôt sur des sessions de kick incisif, le trio délivre une capsule de couleurs et d’ambiances abouties. Un univers de débauche, de ride et de fête intitulé : « Private Club ». À la prod, des initiés de la recette : Kezo, Johnny Ola ou encore WAVYYAVE qui donnent vie à la scène. Au micro, les forces sont bien équilibrées : Edge avec des refrains mélodieux, Jazzy Bazz à travers des couplets calibrés et des formules bien senties, et Esso Luxueux qui fait enfin profiter le public de ses rares lignes murmurées et nonchalantes. Starter pack d’écoute : un verre de cognac et un cigare bien fumant.

– Thibaud Hue

« QALF infinity » – Damso – 28 avril 2021

Alors que la terre tourne et fait face au soleil, un faisceau lumineux fait apparaître les courbes d’un projet convoité et mystérieux. Les spéculations ont été nombreuses mais aucune n’a été à la hauteur de l’imprévisibilité de « QALF infinity ». Damso livre le résultat de plusieurs années d’expérimentation musicale, longtemps gardées secrètes derrière les murs des studios ICP de Bruxelles. Avec maîtrise, le rappeur dévoile une copie précurseuse qui ne fait pas l’erreur d’être incomprise. L’avant-gardisme de l’instrumentalisation des onze tracks écarte avec maîtrise les codes étroits du streaming. Souvent à cheval sur plusieurs prods, son flow s’adapte avec une agilité déconcertante et fait voir une certaine apothéose artistique où saxophone et guitare peuvent se fracasser contre une ligne de synthé étouffée et des sonorités tirant sur la musique électronique. Le compositeur Prinzly à la baguette, l’album est un OVNI qui profite aussi d’une qualité de mixage rare, mettant en relief chaque voix, chaque instrument et chaque motif rythmique avec justesse. Déconcertant de facilité et de profondeur, « QALF infinity » bouscule le hip-hop francophone et propose une nouvelle grille de lecture de la musique moderne. Ainsi, ne lui manque-t-il pas que les années pour pouvoir revêtir le blason de game changer ?

– Thibaud Hue

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Entretiens Rencontres

Jeune Arab : « J’ai voulu déconstruire la figure du héros »

À 25 ans, Jeune Arab dévoile son troisième EP : « Shane ». Un projet sombre et éclectique de six titres dans lequel le rappeur stéphanois continue de se dévoiler peu à peu à son public. Entretien avec une figure discrète d’une nouvelle vague musicale dans le rap français.

Pourquoi as-tu choisi d’intituler ce projet « Shane » ?

C’est le nom d’un personnage de la série « The Walking Dead » qui m’a inspiré. C’est l’anti-héros de la série. Tout le monde met à l’honneur les héros et j’ai voulu déconstruire cette idée. Dans la série, Shane est un pourri mais il a tout le temps les bonnes idées. Le dernier titre de l’EP y fait également référence.

L’anti-héros, c’est une figure que tu as voulu développer dans ton EP ?  

Tout à fait. C’est une partie de moi. La partie la plus sombre est incarnée par Shane. J’ai l’impression que c’est aussi la période qui est comme ça. Un épisode sombre, noir, où nos valeurs sont bousculées. Plus tu fais du sale, plus tu seras adulé. 

L’image du miroir revient souvent dans tes visuels. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Le miroir, c’est un élément qui permet l’introspection. Je l’avais déjà exploité dans le clip de Sahara ou de La pluie. J’aime jouer avec les reflets. L’être multiple. Cela rappelle aussi que l’image que tu renvoies aux autres n’est pas toujours celle que tu incarnes réellement.

Le titre du morceau Soleil d’argent illustre d’ailleurs un paradoxe. Pourquoi ce titre ?

J’allais au travail en bus et l’arrêt où je suis descendu s’appelait Soleil d’or. J’ai trouvé l’expression très belle, cela m’a inspiré et j’ai voulu jouer sur la contradiction du titre qui rapproche une couleur froide à la chaleur du soleil. Il fait aussi référence à la dualité du bien et du mal dont je parle dans l’EP.

Comment as-tu préparé ce projet ?

Je l’ai réalisé pendant le premier confinement. Avec mon beatmaker Juja, nous avons fait vingt à vingt-cinq sons. Nous nous sommes rencontrés dans une salle de concert à Toulouse. Nous étions complètement khabat (rires). Une semaine après, il m’a envoyé un pack de prods et depuis nous travaillons ensemble. Pour cet EP, j’ai voulu garder une couleur cohérente avec ces six titres. J’ai essayé de créer une ambiance automnale.

Pourquoi garder un format court ?

Par rapport à l’exposition que j’ai, je ne me voyais pas envoyer plus de morceaux sur un projet. Je ne trouve pas ça intéressant. Mais je suis pressé de pouvoir me mettre sur un format plus long quand j’aurai avancé dans ma carrière.

Sur le projet, tu évoques Nirvana, Serge Gainsbourg ou encore NTM. De quoi t’inspires-tu ?

En rap français, je dirais PNL et SCH. Quand je les écoute, j’essaye de comprendre comment ils ont travaillé leurs ambiances. Ils ont développé quelque chose qui n’existait pas avant eux. Sans oublier Serge Gainsbourg pour la licence poétique. J’ai aussi écouté énormément de rock. Je m’en inspire quand j’essaye de faire partir ma voix. En ce moment, j’écoute aussi « BLO II » de 13 Block et « 3 » de Triplego. 

Sur cet EP, tu pousses aussi beaucoup plus ta voix.

Tout à fait. Je me suis senti plus à l’aise pour chanter et toucher à l’auto-tune. J’ai aussi tenté de nouvelle choses musicalement. Juja m’a proposé des prods avec de nouvelles sonorités que j’ai envie de continuer d’explorer. Notamment sur Nineties Child, qui rappelle une ambiance club années 80.

As-tu peur de devoir renoncer à ton côté instinctif en te professionnalisant ?

Je pense vraiment que la musique doit rester instinctive. On me demande déjà de réfléchir de plus en plus. C’est une réalité que je préfère éviter. Mais les attentes qui grandissent autour de moi provoquent cette situation logiquement. C’est à moi d’entretenir mon inspiration : en lisant des livres, en écoutant du son…

Qu’est-ce que tu lis ?

Dernièrement, j’ai beaucoup aimé « Le Double » de Dostoïevski. Il s’inscrit d’ailleurs dans l’univers du projet. Il raconte l’histoire d’un héros qui rencontre son double. On ne sait jamais s’il est fou ou lucide. J’ai trouvé cela très fort. 

Pourquoi as-tu choisi Jeune Arab comme nom de scène ? 

À l’époque où j’ai trouvé le nom, il y avait une grosse influence américaine. Et bien sûr, il y a un aspect communautaire et provocateur. Je sais qu’en France, ça va déranger. Ça m’a déjà fermé quelques portes. Quand je suis passé sur le Mouv’, ça avait surpris.

Je peux comprendre mais c’est aussi pour ça que je l’ai choisi. D’ailleurs, je préfère ne pas dévoiler mes origines. Je trouve que c’est un gros problème de notre communauté. Tunisiens, Marocains, Algériens… Nous sommes trop nombreux à nous faire la guerre entre nous. Je suis contre ça et j’aime avoir un nom rassembleur.

Envisages-tu de faire de la scène ?

Avant l’arrivée de l’épidémie, nous étions en train de travailler à fond là-dessus. Je devais faire la première partie de DA Uzi à Toulouse, mais j’avais refusé parce que je n’étais pas encore prêt. Je n’avais pas encore de backeur et je n’avais pas envie de me précipiter. Je le serai pour l’année prochaine !

As-tu d’autres projet en route ?

Avec tous les sons que j’ai stocké pendant le confinement, je vais sortir un autre projet dans pas longtemps. En mars, je l’espère. Je pense que ce sera un six ou huit titres. Le prochain sera beaucoup plus lumineux. 

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Décryptages Investigation

Frenetik, la noirceur haute en couleur

En mai 2020, Frenetik dévoilait son premier EP : « Brouillon ». Alors que le titre laisse entendre que ce n’était qu’un croquis, il laissera bientôt place à une ébauche aux multiples teintes : « Jeu de couleurs », son prochain projet. Programmé pour début 2021, il pourrait venir confirmer l’ascension du rappeur, reconnu comme l’une des révélations de l’année.

Un flow incisif, des prods brutales et des textes impactants, Frenetik a de nombreux atouts qui font de lui un artiste complet et attendu. Kickeur expérimenté, le jeune rappeur bruxellois s’autorise aussi des refrains chantés qui s’ajoutent à sa palette artistique déjà bien éclectique.

Des atouts avec lesquels le jeune poulain du label Jeune Boss Records a conçu « Brouillon »,  un premier jet de démonstration dans lequel il témoigne de ses ambitions : « J’vois plus loin qu’eux, pourtant j’suis qu’un gamin. » (Virus BX-19).

Brutalité consciente

Alors que son public s’agrandit de jour en jour, le jeune rappeur a également reçu des coups de pouce tout droit venus des cadors du rap francophone. Il a ainsi été convié par Oxmo Puccino en personne sur la scène de la FiftyFifty Session, avec Zed Yun Pavarotti, en tant que jeune talent. Damso lui a d’ailleurs récemment consacré un « S/O » dans son morceau BPM, extrait de « QALF » : « J’mets YG, Frenetik, volume dans la ture-voi. » Les deux artistes sont liés par des origines belges, mais aussi par une plume colorée intégrée à un univers particulièrement sombre.

« Quand j’écris, j’essaie de faire en sorte que mes paroles puissent être des images. »

Frenetik

Frenetik souhaite se démarquer grâce à une vision très précise de ce que renvoie ses punchlines, qu’il veut touchantes et fortes auprès de son public. « Quand j’écris, j’essaie de faire en sorte que mes paroles puissent être des images », confiait-il dans le Wesh qui lui a été dédié sur la chaîne YouTube de Booska-P. Son agilité à l’écriture est sans doute l’une de ses aptitudes les plus développées, bien relevée par des producteurs de renom comme Richie Beats (Booba, Nekfeu, Dinos, Joke, Ateyaba, Koba LaD) qui font déjà partie de son entourage.

Un rap conscient pour cet artiste qui ne « rappe pas que pour le plaisir » et souhaite parler de ce qui le touche, conscient de porter des idées et des engagements. Dans le morceau Trafic, il évoque d’ailleurs les violences policières : « Un policier meurt dans une bavure, c’est ce que j’appelle une remontada. » Un titre sanglant qu’il a révélé avoir écrit il y a cinq ans, toujours « tristement » d’actualité.

Le souci de l’esthétique 

Ses envolées de trap hargneuses se reposent aussi sur une esthétique particulièrement soignée. Cette bascule se remarque avec les visuels réalisés pour l’EP « Brouillon ». Le clip de BX-19 fait d’abord figure d’OVNI. Nous pouvons y voir une télévision vintage faire défiler des images d’archives pour illustrer son propos.

De la même manière, le plan-séquence du titre Trafic montre son souhait d’une direction artistique inspirée et cohérente. Frenetik a récemment dévoilé Chaos, un morceau inédit accompagné d’un clip marquant avec des images fortes le montrant en pleine confrontation avec des CRS. « Bref, à suivre », lâche-t-il à la fin.

Point culminant de la hype entourant le phénomène belge : sa double apparition dans les studios de Colors. Son interprétation sur fond vert du titre Infrarouge a été particulièrement remarquée et dépasse désormais le million de vues. Ce titre a finalement été annoncé comme le premier extrait de son prochain projet.

Dévoué à l’écriture, le rappeur belge de 21 ans vient seulement d’ouvrir son micro. « J’ai trop de choses à dire », expliquait-il à l’occasion de sa session studio pour Blacklisted. Un peintre sombre et prometteur qui délivrera sa nouvelle toile, « Jeu de couleurs », dans quelques mois.

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Sa majesté le rap : prince Headie One, the Chosen one

Alors que le hip-hop est en pleine conquête des terres musicales anglaises, une dynastie de rappeurs se dessine outre-Manche. Les artistes se partagent les royaumes et adoubent leurs suzerains, dignes successeurs de leur blason artistique. La drill qui s’impose désormais comme un courant prédominant dans le rap, dont le défunt Pop Smoke aurait dû être un chef de file, voit émerger en Angleterre Headie One, véritable incarnation de cet avenir électrique.

Started from the Bottom 

Headie One, de son vrai nom Irving Adjey, est un rappeur londonien, né le 6 octobre 1994 à Tottenham, dans le nord de la capitale anglaise. Passionné de football, fervent supporter des Red Devils de Manchester United, il use ses crampons sur les terrains du nord de la Tamise et commence à parfaire ses rimes au cours de sa jeunesse. Originaire d’un quartier défavorisé, son environnement finit par le rattraper, et les peines de prison commencent à tomber. Il est finalement incarcéré à cinq reprises pour des affaires de trafic de stupéfiants ou de port d’armes létales. Période importante de sa vie, l’isolement le met face à lui-même et ses pensées.

Le rappeur d’origine ghanéenne commence à gratter ses freestyles, se cultive par la littérature philosophique et développe son flow et son univers. Sa frénésie artistique l’anime et l’inspire : en l’espace de quatre ans, il sort sept projets, dont « Music x Road » qui parvient à se placer à la cinquième position des charts anglaises. Côté single, sa plus grosse performance reste le featuring avec Dave : 18Hunna, plaçant le morceau en sixième position des classements. Un record pour un rappeur drill, style originaire de Chicago, porté par des artistes comme Chieff Keef ou Fredo Santana, est né dans le quartier de Brixton au milieu des années 2010 avec notamment le groupe 67.

Tea time 

Le 30 juillet 2020, le freestyle Only You en featuring avec Drake, produit par M1 on the beat, fait l’effet d’une bombe. Le titre s’élève à la cinquième marche des classements britanniques. Il s’agit, à l’heure actuelle, de la plus haute place jamais atteinte par le morceau d’un driller.

Il s’agissait d’ailleurs d’un first shot pour Champagne Papi, accordant sa confiance au jeune Irving pour l’initier à ce style émergent et percutant. Le rappeur de Toronto a finalement déclaré : « J’ai dû y aller fort, surtout sur une piste avec l’un des meilleurs artistes de drill au monde. »

The Crown Jewels 

Au sein de la discographie déjà bien fournie de l’artiste britannique, un projet a véritablement servi de tremplin, propulsant Headie One sur le devant de la scène rap : « Music x Road », sorti en août 2019. Produit par le label Relentless Records, le projet compte pas moins de cinq morceaux en featuring avec d’autres rappeurs, anglo-saxons ou américains.

Headie peut ainsi se targuer d’avoir réuni des artistes confirmés, tels que NAV, Dave ou encore Skepta. Il partage également sa lumière à de jeunes pousses émergeantes d’outre-manche, comme Lotto Ash. Dans une courte vidéo publiée sur ses réseaux, il explique son choix d’utiliser un simple masque en tant que couverture d’album. Il s’agissait d’un « moyen pour exprimer la dissimulation de son identité, de se cacher derrière quelque chose pour affronter les vicissitudes de la vie ».

Dans cet album, le rappeur de Tottenham souhaite inspirer les gens qui écoutent sa musique et leur donner la force d’améliorer leur situation, quelle qu’elle soit. Il évoque la dualité de l’être humain, qui ne cesse de changer au fur et à mesure des années en montrant ses bons et ses mauvais côtés. Cette introspection concerne aussi sa propre personne. Les thèmes centraux de l’opus sont clairement identifiables : la rue, les conflits et la prison.

De manière irréversible, les gangs et le monde de l’underground restent liés à Headie One, qui évoque son attirance réciproque pour ces derniers. Pourtant, au fur et à mesure des tracks, Headie One apparaît comme un homme satisfait, ayant le sentiment du devoir accompli, sa revanche prise sur la vie. Il explicite cette plénitude dans les titres Both, Chanel ou encore Home, se référant particulièrement à ses nouveaux moyens financiers. C’est d’ailleurs avec une certaine nonchalance qu’il exprime cela, en évoquant ses achats de luxe lors de virées improvisées dans les rues de la Ville Lumière.

Jose Mourinho n’est plus l’unique Special One de Tottenham, le jeune Irving s’est fait un nom et se place de plus en plus comme une pierre angulaire de la drill britannique qu’il espère un jour dominer. En attendant de glaner de nouveau gallons, Headie One travaille en quête de plus de reconnaissance.

A découvrir aussi sur Mosaïque : Le prince Stormzy.
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Sa majesté le rap : prince Stormzy

Alors que le hip-hop est en pleine conquête des terres musicales anglaises, une dynastie de rappeurs se dessine outre-Manche. Les artistes se partagent les royaumes et adoubent leurs suzerains, dignes successeurs de leur blason artistique. Parmi ces héritiers, le Prince Stormzy est l’un des descendants de la province de la grime, mêlant des basses ancestrales et de nobles synthétiseurs. Portrait du rappeur londonien autour d’une tasse de thé.

Started from the Bottom 

Stormzy est né en juillet 1993 à Croydon, ville de la banlieue Sud de Londres. Le « Wicked Swengman » débite ses premiers flows avec ses amis dans les maisons de jeunesse de son quartier. L’influence des pionniers du grime comme Skepta ou Crazy Titch se fait ressentir dans ses productions et il ne tarde pas à se faire un nom sur la scène britannique.

Après un premier EP en 2014, il enchaîne trois ans plus tard avec son album « Gang Signs & Prayer ». Le succès est au rendez-vous. Avec trois tracks certifiés single de platine, l’album propulse Stormzy en haut des charts.

L’année 2019 vient définitivement placer la couronne sur la tête du rappeur anglais. Il est annoncé en tant que tête d’affiche du festival de Glastonbury et s’offre le luxe d’être en couverture du Time Magazine d’Octobre 2019, l’hebdomadaire américain le qualifiant de l’un des « Next generation leaders ». 

Crédit : Une de Time Magazine, octobre 2019.

Tea time 

Sa performance à Glastonbury sonne clairement comme le fait marquant de sa carrière. Arborant un gilet pare-balles aux couleurs de l’Union Jack, dessiné par l’artiste Banksy, Michael Omari sait qu’il est en train d’entrer dans l’histoire. Il est le premier artiste noir à être programmé sur la fameuse Pyramide Stage de Glastonbury, scène principale du festival.

Crédit : Stormzy.

Jay-z, dans une vidéo adressée au rappeur britannique en début de concert, n’oublie pas de lui rappeler son accomplissement et à quel point « la culture change le monde ». Point culminant de cette soirée riche en émotions : Dave et Fredo accompagnent Stormzy pour performer leur single Funky Friday. Le premier remercie son ami, lui adressant un salut chaleureux : « Tu as rendu cela possible. Tu nous as permis d’y croire. Je t’aime mon frère. » Ce gilet pare-balles est aussi visible sur la cover de son troisième et dernier album : « Heavy is the head ».

Cover de l’album « Heavy is the head ». Crédit : Hashtag Merky Records Limited.

The Crown Jewels 

Sans nul doute, le premier album du rappeur londonien « Gang Signs & Prayer » reste la référence de sa discographie. Mêlant inspirations gospels et productions de rap, Stormzy touche des thématiques importantes au fur et à mesure que l’album avance. Les parties 1 et 2 de Blinded by your grace sont une ode à sa foi et son dévouement à Dieu.

Le combat contre le racisme est également abordé, dans le même temps que l’évolution qu’il a connu au cours de sa carrière. Regardant dans le rétroviseur, Stormzy met en garde ses prochains de la nécessité de bannir les sentiments de vanité et de suffisance de leurs émotions. Il connaît parfaitement cette lutte contre soi-même, lui qui parle à cœur ouvert de son passage dépressif dans Lay me Bare. « Mr Skeng » peut baisser la garde, l’ascension est terminée : il est arrivé au sommet. 

Cover de l’album « Gang Signs & Prayer ». Crédit : John Ross.

Jeune ambassadeur de l’univers grime, Stormzy continue de gravir les échelons et de faire honneur à ses prédécesseurs royaux que sont Skepta et Crazy Titch. Toujours en pleine ascension, le rappeur prince pourrait bien se voir un jour, lui-aussi, auréolé d’une couronne.

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Lous and The Yakuza, seule dans un monde « GORE »

Après plusieurs mois de montée en puissance, Lous and the Yakuza a sorti son premier projet ce vendredi 16 octobre. Dans un monde qu’elle dépeint comme « Gore », Lous aborde la monstruosité humaine avec le sourire, sur des ambiances rythmées et dansantes. Face à cette cruauté, elle a décidé d’opter pour la solitude, fil rouge du projet.

Rap, pop, soul… Lous and the Yakuza est une artiste polyvalente. Une palette artistique large que l’on retrouve sur le projet « Gore », et qui a pu étonner une partie de son public qui aurait pu s’attendre à un album plus identifié rap.

Si la jeune belge s’est fait connaître avec des titres rappés tel que le morceau Tout est Gore, Lous ne s’est jamais réellement considérée comme une rappeuse à part entière. Elle a pourtant été rapidement catégorisée comme tel par la sphère médiatique. 

Malgré ce contre pied artistique, « Gore » est un album qui démontre tout son potentiel. Le projet de dix titres se démarque par ses instrumentales variées. Le compositeur congolais David Mems (qui a récemment participé au projet QALF de Damso) est responsable de la moitié des morceaux de l’album. Si la direction musicale change de piste en piste, le projet parvient à rester cohérent notamment grâce à une écriture soignée et à des thèmes autour du comportement humain, souvent cruel.  

La solitude pour refuge 

Lous aborde avec sourire la monstruosité humaine, d’où le titre de son album : « Gore ». Un genre qui parvient à susciter le rire malgré la dureté des propos. L’artiste analyse un monde dans lequel la solitude devient son refuge. A l’image du titre qui introduit l’album : Dilemme.

Dans un morceau plutôt chanté mais rythmé, Lous and The Yakuza exprime son besoin de solitude :

« Seule, seule, seule. Si je pouvais, je vivrais seule loin des problèmes et des dilemmes. Si je pouvais, je vivrais seule loin des problèmes et des gens que j’aime. »

Le désir de solitude revient dans le titre Messes basses. Dans ce morceau, Lous (accompagnée de l’artiste belge Krisy qui fait les ad-libs) raconte une trahison amicale qui l’amène à s’isoler pour éviter de nouvelles déceptions.

La neuvième et avant dernière piste de « Gore », Quatre Heures du matin, résonne comme le morceau qui fait le plus écho au titre de l’album. Dans ce titre, elle raconte une agression sexuelle qu’elle a subie.

Alors qu’elle a 19 ans, Lous se retrouve à la rue parce que ses parents refusent son désir de carrière dans la musique. Elle subira deux agressions dont un viol. Cette période est marquée d’une solitude sans précédent, comme elle l’expliquait à L’Express : « Je gardais au fond de moi cette confiance en ma destinée. Il me manquait juste l’humilité. Je n’osais pas demander de l’aide. Je perdais mes amis. Je ne voyais plus ma famille. J’étais dans une solitude sans nom. »

Le morceau s’inspire de cette expérience qu’elle décrit du point de vue de la victime dans le premier couplet, avant de raconter l’agression du point de vue d’un des agresseurs dans le deuxième. Si la solitude n’est pas explicitement énoncée, Lous constate qu’elle provoque aussi les pires traumatismes.

« Que vont-ils faire de moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Que vont-ils faire de moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Les diables n’ont pas de couleurs. Lâches, ils sont venus, à plusieurs. Je n’ai pas vu mes agresseurs. Je me souviens juste de leurs odeurs. »

Le titre Solo vient clôturer le projet, comme il avait commencé, sur le thème de la solitude. Dans ce morceau, Lous parle de la condition de la communauté noire, qui ne peut compter que sur elle-même pour faire changer les choses. La solitude est dans ce morceau décrite comme une fatalité. Les noirs sont mis à l’écart par les autres communautés. A travers l’album, Lous dépeint cette inévitable nécessité de devoir s’en sortir sans les autres.

Si « Gore » n’est peut-être pas le projet attendu par une partie du public de Lous and the Yakuza, ce premier album donne envie de continuer à suivre ce que proposera la jeune belge, seule et pourtant toujours accompagnée de ses fidèles « Yakuza ».

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Junior Alaprod, senior du beatmaking

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Producteur et beatmaker émérite, Junior Alaprod s’est imposé durablement dans le paysage du rap français. Petit à petit, il s’est révélé être une pièce maîtresse dans l’entourage artistique de PLK. Après avoir signé des collaborations à succès sur « Platinium », « Polak » ou encore « Mental », il est de retour sur « Enna », le dernier album du rappeur, disponible le vendredi 28 août 2020. Retour sur les pas d’un Junior, avec une signature musicale taille senior.

 

« Junior Alaprod et non y a rien de nouveau », scande le gimmick du compositeur. Capuche noire, lunette ronde et fine moustache, Junior se fait discret. Derrière les machines depuis des années, le jeune homme de 24 ans avait déjà les mains sur le son en CM2. S’il rêvait de devenir rappeur ou DJ Soundcloud, il a rapidement troqué ces ambitions pour une carrière de beatmaker. Une discipline dans laquelle il excelle aujourd’hui.

Ses premières couleurs musicales sont d’abord très proches de son pays d’origine. Le Congo. Ce n’est donc pas un hasard si ses premiers placements de renom se font pour Fally Ipupa, un interprète de Kinshasa, sur son album « Tokoos », en 2017. Des premiers pas tonitruants dans le game avec une identité « Zumba », teintée de mélodies ensoleillées et dansantes. Une classification loin d’être péjorative selon l’artiste : « Je fais de la zumba, et j’adore ça », confiait-il à Medhi Maïzi dans l’émission La Sauce, sur OKLM. Polyvalent, il s’assied aussi bien sur des productions rap que afro-trap.

 

Le succès avec Bella

Thibaut Courtois pour Shay, Ivre pour Benash, ou encore Mobali pour Siboy… Tout s’emballe au même moment et les compositions se font de plus en plus nombreuses. En juillet 2018, sa prod pour le morceau Bella de MHD, lui fait passer un cap. Il le reconnaît d’ailleurs lui-même dans une interview pour Booska-P : « Bella m’a ouvert le truc. C’est le plus gros son que j’ai fait. » Devenu un véritable hit, il a d’ailleurs été récemment certifié single de diamant. Le deuxième de la carrière de Junior (avec Mobali).

 

 

Durant la même année, sa connexion avec PLK se concrétise. Un rapprochement artistique devenu évident mais qui prend sa source dans une proximité géographique, les deux hommes étant issus de deux villes voisines du 92 : « On est du même coin. C’est un mec de Clamart et je suis de Meudon », confiait-il à Raphaël Da Cruz pour le Mouv’Les deux artistes se croisent une première fois en studio, mais sans qu’un morceau n’aboutisse.

 

Première connexion avec PLK

C’est en 2018 que leur première collaboration voit le jour, non sans quelques rebondissements.​ Lors d’un live sur Instagram, Junior réalise une prod en direct. Attentif, PLK accroche tout de suite et la lui demande. Un peu plus tard, lors d’une session d’écoute en studio, Lacrim sélectionne la même instrumentale. Entre-temps, PLK décide de poser dessus et Lacrim lui explique qu’il souhaite également la retenir pour en faire un des singles de son projet « Lacrim ». Une situation complexe pour le beatmaker. Finalement, Lacrim ne l’utilisera pas et le morceau 260 pourra naître sur la mixtape « Platinium ».

 

Crédit : Alex Dobé.

 

Une anecdote de taille pour lancer une série de collaborations qui va marquer la carrière de l’un et de l’autre. Sur le premier album du rappeur, « Polak », en octobre 2018, Junior signe sept instrumentales. Il est notamment présent sur le hit Dingue, porteur des inédits du projet et sur le marquant Émotif, réalisé en une heure dans les studios de Booska-P, avec Le Motif, DSTprod et Wladimir Pariente. Une équipe bien choisie pour construire ce tube auréolé d’un succès inattendu, désormais certifié single d’or.

 

Omniprésent sur « Mental  »

En septembre 2019, le beatmaker remet le couvert et place sur la mixtape « Mental » de PLK. Cette fois-ci, il place neuf des dix-neuf instrumentales que compte le projet, dont Un peu de haine et Problèmes, tous deux certifiés singles de platine. Junior accompagne, dans l’ombre, l’oreille du public tout au long de la tracklist. C’est finalement l’album où il aura produit le plus de titres.

 

 

Si la réussite est venue frapper tôt à sa porte, il n’en oublie pas l’esprit d’équipe. Une notion importante pour ce membre du collectif de compositeurs Le Sommet. Celui qui rêve de travailler un jour pour Burna Boy, Jul ou Booba, demeure solidaire dans cette course au placement. Il explique d’ailleurs à Yard avoir fait écouter une prod de S2keys à PLK, lors d’une session studio chez lui, à Clamart. Coup de cœur immédiat, le rappeur adopte l’instrumentale qui deviendra Dis-moi oui. « On se fait des passes », ajoute-t-il.

 

De retour à la prod de « Enna »

En quelques années, Polak est devenu l’artiste pour lequel le beatmaker a le plus créé. Seize morceaux sont aujourd’hui sortis, mais « Enna », le deuxième album studio de Polak, devrait faire grimper le compteur. Quatre sons du projet lui ont été confiés : Dans les clips, Terrible, ainsi que deux collaborations phares : Chandon et Moët avec Heuss l’Enfoiré et Toutes les générations avec Rim’k. Pour ce dernier, Junior s’est associé à Wladimir Pariente et ses lignes de piano solaires pour accompagner la voix grave du « Tonton ». À découvrir ce vendredi 28 août 2020.

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« Polak » : premier pas dans le bunkœur de PLK

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Alors que PLK s’apprête à dévoiler « Enna », le rappeur n’en est plus à ses premiers essais. Au milieu de trois autres mixtapes trône son premier album, « Polak », sorti le 5 octobre 2018. Retour sur un projet abouti et prometteur qui a projeté l’artiste sur le devant de la scène.

 

Froid et rougeoyant. Brutal et tendre. Le premier album de PLK n’est d’autre qu’un assemblage de couleurs qui s’impose comme une évidence. Après quelques détours en compagnie du Panama Bende et ses projets solo « Ténébreux » et « Platinium », l’artiste mène une quête identitaire.

Si ses traits artistiques sont déjà bien dessinés, il n’est pas rare qu’on lui reproche un manque d’épaisseur. Pour se rapprocher encore de son public et passer un cap, PLK ouvre une nouvelle brèche dans son univers. Celle de l’intimité.

 

Le cœur rouge et blanc

Symboliquement, l’artiste ouvre son nom d’artiste et y ajoute deux nouvelles lettres, encore inconnues, pour dévoiler Polak, un mot-valise lourd de sens qui va finalement titrer l’album. S’il est avant tout son surnom, il est aussi un clin d’œil à ses origines polonaises.

 

Cover de l’album « Polak », réalisé par Fifou.

 

C’est là le premier trait personnel du projet. Comme la cover au couleur du drapeau de la Pologne, réalisée par Fifou, PLK a le coeur rouge et blanc. L’artiste profite donc du titre éponyme de l’album, Polak, situé au beau milieu de la tracklist, pour montrer un peu plus son ADN artistique. Il dénonce ceux qui se jouent d’une origine banlieusarde pour faire du bruit. Lui prône l’authenticité. Il sait d’où il vient, en retire une fierté, mais sans artifice. Un peu d’egotrip, mais pas d’excès de zéle.

Impossible alors, de ne pas ramener un peu de polonais sur le projet. C’est donc en présence de Paluch, véritable star du rap dans son pays, qu’il pose sur la piste Gozier.

 

Une porte ouverte sur son intimité

Pourtant, jusqu’ici, PLK n’en était pas moins resté discret. La suite de l’opus ne décevra pas. « Ton cœur est scellé, ça tombe bien : j’suis serrurier », scande-t-il dans Ils nous comprennent pas. À juste titre, cette punchline résonne avec le morceau Bunkœur. « Froid comme le soleil de décembre », il explique sa peur de la déception et de l’attachement. Un coeur glacé, mais surtout verrouillé.

 

 

Celui qui clamait : « Petit Polak deviendra grand » dans l’intro de l’album, va faire face à ces émotions. Dans le morceau Idiote, le rappeur s’ouvre enfin : « À six ans, maman m’a présenté de nouveaux frères. M’a dit « ils sont plus vieux qu’toi, tu verras, tu vas t’y faire ». Puis deux ans après, papa m’a présenté une nouvelle sœur. M’a dit « c’est une demi, une moitié, barricade ton cœur ». » Devant ces mouvements familiaux intempestifs, les barbelés prennent du sens. Il confiait d’ailleurs à Mehdi Maïzi dans l’émission La Sauce sur OKLM : « J’extériorise enfin des choses que je n’ai jamais osé dire à ma mère. »

 

À la recherche du « sel »

Proche des siens comme de son quartier, PLK monte mais garde les yeux sur terre. La notoriété ne lui brûle pas les mains. Il image cette idée par le « sel » dans le titre du même nom. Comme un ingrédient qui vient apporter un goût à un plat, la célébrité et l’argent ont ramené de la saveur dans son quotidien, désormais capable de mettre à l’abri sa famille et de s’occuper pour s’éloigner des tentations.

Dans le morceau Hier, une collaboration trap avec des backs puissants aux côtés de SCH, il aime d’ailleurs rappeler que peu importe la fame et la taille de son portefeuille, l’assaisonnement magique n’est d’autre que la sincérité et le naturel. En restant « l’même qu’hier ».

Si certains pourrait taxer l’artiste de manquer de profondeur ou d’originalité dans ses phrasés et ses choix artistiques, PLK répond et démontre une maturité a plusieurs égards. Bien équilibrée, la tracklist propose un concentré stratégique de « Platinium » et « Ténébreux », ses deux mixtapes précédentes. Avec un flow inspiré par l’école de l’Entourage ou encore de la Sexion d’Assaut, il s’assied tout aussi bien sur des prods sèche (Séparer) que sur des instrumentales piano-voix avec des toplines calibrées (Weed).

Le succès du CD tient aussi aux inédits, ajoutés une fois l’album certifié disque d’or. Des morceaux hors contexte, mais très vendeur, comme le hit Dingue, le morceau story-telling Sans suite et l’inattendu Emotif, réalisé en une heure dans les studios de Booska-P.

 

Un album taillé pour le succès

Si le S et Nekfeu l’accompagne sur l’album, le casting est aussi brillant du côté de la production. À la baguette, Katrina Squad et Junior Alaprod ont sculpté un squelette varié mais cohérent au projet qui a su réunir un large public. Des beatmakers comme Le Motif, Diabi, DST ou Wladimir Pariente ont aussi apporté leur touche.

Deux plus tard, l’album platine résonne encore. Après avoir fait franchir, à son public, un premier pas dans son Bunkœur, PLK en propose un deuxième avec « Enna », son second album, prévu le 28 août 2020. Très personnel, le titre du projet est un nouveau mot-valise, qui rassemble cette fois le prénom de son frère et de sa soeur.

 

Cover de l’album « Enna », réalisé par Fifou.

 

Un deuxième cap doit être franchi pour le rappeur qui va chercher de nouveaux points d’appuie pour se renouveller, à travers Hamza, Rim’K ou encore Heuss l’Enfoiré. Le rappeur surfera-t-il sur la recette du morceau Problèmes et des prods mélodieuses de Junior Alaprod ? La tracklist pourrait le laisser penser. Rendez-vous le 28 août.

 

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