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Rap & NBA : un crossover culturel

[vc_row][vc_column][vc_column_text]En 2016, l’artiste Dame D.O.L.L.A sort son tout premier album « The Letter O ». Dame D.O.L.L.A derrière le micro, Dame Time derrière l’arceau, le meneur superstar des Portland Blazers (Oregon), Damian Lillard, incarne aujourd’hui cette passerelle existante entre le rap et le basketball. Show-off, puissance, rythmique… Une vraie connexion culturelle. 

Dans le rap, Drake est connu pour ses musiques romantiques et entraînantes. Dans le basket, il est de notoriété publique pour son trashtalk corrosif à l’encontre des adversaires de ses Raptors de Toronto. Le rappeur est un supporter bien particulier dans ces travées bondées les soirs de match.

Il n’assiste pas uniquement au match : il l’influence. Par ses punchlines et ses contestations sur les décisions d’arbitrage, il dépasse largement son statut d’artiste. En partenariat avec la franchise depuis 2013, il a contribué au développement infrastructurel des « Dinos », concernant les choix esthétiques (couleurs, maillots, logo). Drake a indéniablement contribué à replacer Toronto (Ontario, Canada) sur la carte des équipes qui ont la cote.

 

Drake et Klay Thompson (Golden State Warriors).

 

Si son investissement reste exceptionnel, il n’est pas le seul supporter étoilé à assister aux matchs de la « Grande Ligue ». Les court sides (premier rang des gradins, NDLR) des terrains NBA brillent souvent par la présence de personnalités importantes du rap game américain : J Cole, Travis Scott ou encore les Migos.

Regards complices, checks, célébrations… Les liens d’amitié et de fraternité entre artistes et athlètes sont indéniables. Dès lors, comment cette relation se traduit-elle dans les compositions de ces MC ? Game on.

 

Une origine commune

Un premier élément de réponse peut être trouvé dans les lyrics du créatif Post Malone et son track White Iverson. Le titre rend bien évidemment hommage à Allen Iverson, dit The anwser, légende des Philadelphia Sixers. Ici, Post se sert de ce titre pour exprimer son amour de la balle orange, distillant des références à certains cadors du game, comme James Harden (Houston Rockets) ou Anthony Davis (Los Angeles Lakers).

Comme beaucoup de rappeurs, ils jouent sur les playgrounds depuis que ses jambes lui permettent de tenir debout. La similarité des trajectoires entre rappeurs et basketteurs créent cette connexion, à l’image du premier couplet de Drake dans le morceau Thank me now :

« I can relate to kids going straight to the league when they recognize that you got what it takes to succeed, and that’s around the time that your idols become your rivals. […] Damn, I swear sports and music are so synonymous, cause we want to be them, and they want to be us. »

Le cran, l’audace, le dépassement de soi et la croyance en une destinée glorieuse, voici ce qui lie en premier lieu le rappeur et le basketteur. Cette mentalité particulièrement nord-américaine de la legacy, cette envie de marquer l’histoire et d’aller au-delà des limites.

 

Quavo et Trae Young (Atlanta Hawks).

 

De chaque côté de la ligne de touche, se tiennent des hommes dont l’histoire fut parfois tragique, souvent teintée de galères et de souffrances, toujours symbole de courage et de persévérance. Le rappeur comme le basketteur, s’inspire de ses idoles, les idolâtrent, en espérant un jour leur ressembler et les surpasser. Il y a dans cette démarche une envie de prouver, à soi-même et aux autres, sa valeur en tant qu’homme mais également en tant qu’artiste ou sportif.

Mais alors pourquoi le rap est-il tant lié à la Ligue ? Pourquoi le jazz, le rock ou encore le funk ne le sont-ils pas tout autant ? De par l’origine des joueurs (majoritairement issus des classes populaires) et celle du rap (né dans les quartiers défavorisés du Bronx, à New-York), un lien indéfectible et immuable se trouve entre ces deux univers. Il en découle, dès lors, un partage de valeurs similaires, traduites dans les paroles et l’énergie mise dans leurs œuvres.

 

Question de flow

Aujourd’hui, une notion dénote de façon criante dans les sons performés par Lil Baby, Future, Young Thug ou Gunna : l’agressivité. La rythmique a changé depuis les générations Old School. L’heure est aux basses saccadées, accompagnants des couplets débités avec intensité. L’agressivité et l’intensité sont deux notions fondamentales dans la NBA de notre époque.

De facto, le flow qui ressort de ces compositions résonne parfaitement avec les actions kamikazes d’un Ja Morant (Memphis Grizzlies), à la froideur d’un Stephen Curry (Golden State Warriors) ou la robustesse d’un Montrezl Harrel (Los Angeles Clippers).

Le champ lexical du basketball est également propice aux punchlines. La bague, les 3-pointers, les cross et les shoots traduisent des actions transposables dans la vie de tous les jours et deviennent des moyens métaphoriques pour les rappeurs.

 

Kim Kardashian, Kanye West et J Cole

 

La « ring » par exemple est la récompense suprême pour un joueur de NBA, obtenue grâce à une victoire en finale de play-offs. Elle incarne la réussite, l’accomplissement d’un processus de labeur et de dévouement pour arriver au sommet. Kanye West y fait d’ailleurs référence dans New God Flow, où il prononce ces phrases: « Went from most hated to the champion god flow. I guess that’s a feeling only me and LeBron know. »

Bien qu’il n’y ait pas de correspondance directe à cette distinction dans le rap, d’aucun comprend facilement la portée et le sens de ce message. Ce besoin d’approbation et de validation est commun à ces deux métiers et la route est longue pour atteindre une pleine satisfaction.

Ce qui caractérise la majeure partie du temps cette relation bilatérale est la reconnaissance des rappeurs en certaines stars, devenues icônes de la balle orange. Comme le clament J Cole : « I want Jordan numbers, LeBron footin’ »  (Return of Simba), Kanye West : « And you can live through anything if Magic made it »  (Can’t tell me nothing), ou encore Lil Wayne : « I must be LeBron James if he’s Jordan » (Dough is what i got). La propension à trouver son reflet dans ces athlètes aux mains d’or est évidente.

À travers ces paroles, les lyricistes américains traduisent une admiration pour ce que représente pour eux, les plus grands joueurs de basket. Ils font figure de role model, sur le terrain mais surtout en dehors.

À en juger par l’orientation musicale de la tracklist officielle pour le prochain NBA 2K, la connivence entre rap et basketball est évidente. Sans être exhaustif, les fameux Travis Scott, Lil Baby ou Stormzy seront au rendez-vous, accompagnés d’étoiles montantes comme Polo G, Jack Harlow ou NLE Choppa. Le sport national du pays, le plus influent de la planète, continue de mettre en lumière le rap. Et n’est pas prêt de s’arrêter.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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Carte du 92, le vieux continent

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Alors que la carte du 91 s’imposait comme le lieu de la nouvelle ère du rap, le 92 incarne une époque de l’âge d’or du rap. Lunatic, Les Sages Poètes de la rue, Beat de Boul, les collectifs et les groupes étaient très florissant à la fin des années 90. Derrière eux, l’ancienne génération va laisser un héritage marquant au rap français que nous connaissons aujourd’hui. Entre une punchline de Booba et une rime de Guizmo, le département des Hauts-de-Seine revendique une identité forte. À l’image des rappeurs qu’il abrite.

Explorez la carte des Hauts-de-Seine à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus du 92 :

Exploration sur PC recommandé.

 

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joysad, nature peinture

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Des ses freestyles Instagram, à son passage sur le Planet’rap de Marwaloud, en passant par sa signature chez Because Music, joysad a fait du chemin. Après plusieurs mois de teasing, le rappeur originaire de Périgueux a libéré son premier EP : « Fernandez », vendredi 10 juillet 2020.

 

« Détendez-vous le campagnard arrive », annonçait-il dans son freestyle Booska Périgueux avant la sortie de « Fernandez ». Loin des lumières de la capitale, Nathan Fernandez, 20 ans, revendique avec fierté ses origines périgourdine : « J’viens pas de Paris, moi j’viens de Périgueux » (Hiver). De l’égotrip, mais pas trop,  Joysad se montre tel qu’il est.

Révélé par des concours de freestyles Instagram sur 1minute2rap, il s’est rapidement fait repérer. Mais pour aller au-delà d’un succès cantonné aux réseaux sociaux, il a fallu se transformer. Avec ce premier projet, il offre ainsi neuf titres cohérents qui font désormais de lui un artiste.

 

Multi-facettes

Versatile et multi-facettes, le projet est à l’image des sons qu’il avait déjà dévoilé. Alors que son titre Chicha Pomme était plus trap, avec des couplets puissants, il avait aussi dévoilé un morceau plus introspectif avec Coup d’avance, dans lequel il parle de son frère, décédé un 14 juillet dans un accident de voiture.

 

Cover de l’EP « Fernandez », sorti vendredi 10 juillet 2020.

 

C’est d’ailleurs avec le premier son de l’EP, éponyme du projet, que Joysad souhaite lui rendre hommage : « Maintenant, faut que j’honore mon frère »  (Fernandez). Là où le premier projet peut souvent prendre la forme d’une démonstration technique et de puissance, l’artiste a saisi cette rampe de lancement pour laisser une carte de visite à son image, sans hésiter à jouer la corde de la mélancolie et de la confession. La cinquième piste, Près de toi, incarne d’ailleurs cette sensibilité assumée où il interroge la difficulté des relations amoureuses au regard de son nouveau métier.

Sensible, calme ou malicieux, la jeune recrue de Because Music montre plusieurs visages. Le morceau Hiver et son visuel exploitent d’ailleurs très bien cette dynamique. Le rappeur y incarne les deux humeurs de son nom de scène qui s’entrechoquent. Il confiait d’ailleurs à Konbini : « Je peux être très heureux comme très triste. Je suis peut-être un peu lunatique. »

 

 

Une production variée

Celui qui rappait sur des type beats se balade aujourd’hui à travers plusieurs couleurs musicales. Sur des productions trap avec Californie ou des instrumentales acoustiques comme sur Eh poto, l’artiste envoie des couplets millimétrés avec une facilité à varier les flows qui prouve déjà sa maturité.

Si ses enchaînements de punchlines en cascade rappelle son aisance en freestyle, il étonne par sa créativité sur les refrains. Les toplines des morceaux : Les points sur les I ou 6 euros, teintées d’autotune, se révèlent très efficaces. Elles donnent notamment de la respiration à son phrasé, généralement très dense.

 

Crédit : OJOZ.

 

Si les traits encore juvéniles de son art ne parleront pas à tous, il demeure accessible dans ses textes et assume rapper sa jeunesse. Alors que le rappeur rêve de la « West side » (Californie), il faut reconnaître son ascension impressionnante et rapide auprès d’une communauté déjà très attachée à la simplicité du jeune homme.

Le public connaît désormais Joysad, qui parvient à placer Périgueux sur la carte du rap français. Arrivée dans le game réussie. Maintenant, place à la suite.

 

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Chilla, seule sur la lune

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Il y a un an, le 5 juillet 2019, Chilla dévoilait son premier album, « Mūn », sur lequel elle propose 17 titres. Album hautement introspectif, elle nous invite à entrer dans son univers, teinté de mélancolie. Avec ce projet, la rappeuse se livre à la tombée de la nuit, lorsque le ciel se pare d’étoiles et que la lune se dessine. Retour sur un album qui a guéri les blessures de la solitaire Chilla.  

 

Avec « Mūn », Chilla disait à Pascal Cefran pour Mouv’ avoir l’impression « de faire rentrer les gens dans ma chambre. Jai réglé beaucoup de choses en écrivant des titres pour Mūn ».  Elle, qui écrit au clair de la lune et se balade la nuit dans Paris, seul moment où elle se sent capable de nous délivrer ses blessures.

Elle, qui ne se sent jamais mieux que lorsqu’elle a le sentiment de n’être rien dans un univers aussi vaste, seul parmi les étoiles : « J’regarde le ciel, la lune me reflète. J’brille au milieu de la pénombre , les étoiles filent et me guettent » (Oulala). Hasard du destin ou alignement des étoiles, le nom de l’album est un « joli accident », qui fait référence à la lune. 

Ce premier album lui permet d’aller à la rencontre de ses propres démons.

« J’ai décidé de faire de ma solitude, une force »

Du premier au dernier titre, Chilla confie les angoisses d’une solitude qui lui pèse autant qu’elle la protège. Elle débarque sur l’album avec la ferme intention de ne pas finir comme Bridget Jones : « Je suis comme Bridget, j’ai 24 ans, je veux pas finir seule »  (Bridget). Héroïne d’une comédie musicale des plus classiques, Bridget Jones redoute de finir sa vie célibataire et sans enfants. À l’inverse, Chilla veut s’épanouir et construire sa vie indépendamment d’une histoire avec un homme.

Comme Shay sur Antidote, elle revendique l’affranchissement d’un carcan social qui met la pression aux femmes pour se marier et devenir mère : « Certains le voient mal, disent t’es pas normal, l’horloge passera mais là j’ai trop de taff, me parle pas d’hormones, j’veux mon Häagen-Dazs » (Bridget).

 

 

Avec « Mūn », Chilla a décidé d’accepter cette compagne de vie bien silencieuse : « J’ai été confrontée à une solitude qui a toujours été présente dans ma vie, mais abordée différemment. J’ai décidé d’en faire une force », confiait-elle à Pascal Cefran.

Ce premier album lui permet donc d’aller à la rencontre de ses propres démons. Une solitude précoce qui s’empare d’elle dès l’adolescence avec la perte de son père à l’âge de 14 ans. Depuis, Chilla est « paniquée devant ma famille , j’dis pas « je t’aime », j’ai peur d’la mort »  (Aimer). La solitude est toujours plus dure à porter pour celle qui a tant d’amour à donner : « Ils veulent tous le pouvoir, ils ont cessé d’aimer. Le pouvoir, c’est d’aimer, jusqu’à plus en pouvoir » (Aimer).

 

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick

Telle une « rose qui a poussé dans l’asphalte » (Dans le movie #1), la rappeuse se protège des autres qui l’ont trop de fois « déçue par beaucoup d’injustice, d’égocentrisme et de haine » (Oulala). Elle se méfie aussi des hommes et préfère s’en éloigner : « J’me protège des hommes, car à l’issue, souvent ils me quittent » (Mira). Femme entière, Chilla aime avec passion. Tout ou rien. Elle ne prendra donc pas le risque d’une souffrance pour laquelle elle n’a pas de temps à accorder.

 

 

Préférant prévenir que guérir, Chilla opte pour la solitude : « Face à l’ivresse de ton charme, j’aimerais plier bagage, construire un barrage, avant que mon coeur finisse en Bagdad » (Mira).

 

« J’veux qu’on m’écoute plus que Koba »

La musique viendra donc combler les vides qu’elle peut ressentir. L’album lui sert de thérapie pour livrer ses angoisses et les accepter. Comme la lune qui a plusieurs facettes, elle assume sur ce projet de pouvoir chanter autant que de rapper.

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick dont le titre Aimer en est l’incarnation avec une phase remarquable : « J’veux pas aimer à vide, j’veux pas t’aimer connard, j’ai pris des risques pour un zonard , mon cœur brisé pour ces connasses . J’peux pas aimer raciste , j’veux pas aimer camé, qui lui, comate. J’veux pas qu’on m’aime pour mes collabs, j’veux qu’on m’écoute plus que Koba »,réagissant ainsi subtilement au tacle de Koba La D, qui avait déclaré pour GQ à propos de sa musique : « T’écoutes ça, toi ? ».

 

 

La rappeuse se démarque aussi par un véritable sens de la formule comme sur le titre La Nuit, co-écrit et composé par nul autre que son mentor, Youssoupha : « On mélange les accords, les étoiles et les alcools. La nuit, le marchand de sable transforme la neige en or. Faut pas que je déconne, si je tombe, j’aurais tort. Bientôt le jour se lève car le soleil n’est pas mort. »

D’une solitude imposée à une solitude choisie, l’artiste conclut l’album sur le morceau Solo où elle prend acte de ses choix et les assume. Sa musique est son exutoire, comme elle l’expliquait chez Mouv’: « Je ne pense pas que je serais inspirée si je ne souffrais pas. »

Sur ce projet, elle s’affirme et expose toutes ses facettes : fragile et forte à la fois, mélancolique mais pleine d’espoir, seule et pourtant si bien entourée. Avec « Mūn », Chilla démontre à quel point elle est « heureuse d’être imparfaite, heureuse d’être libre »  (Tic-Tac).

 

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Il était une fois « Trinity » – Épisode 2

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L’épisode 1 . À découvrir sur Mosaïque.

 

– ÉPISODE 2 –

 

Après s’être assoupi plusieurs heures, Laylow ouvre les yeux. Encore aux prises de l’alcool ingéré lors de la soirée de la veille, un mal de crâne intense le saisit au réveil. Il aperçoit, pour la première fois à la lumière du jour, la ville à travers la baie vitrée de l’appartement. Ses souvenirs reviennent à lui peu à peu. Le logiciel, S.Pri Noir, Trinity… Il n’a pas rêvé et la molette incrustée dans son torse est bien réelle.

En levant les bras, il inspire. Devenu un code numérique absorbé par son propre système, la situation de Laylow relève d’une absurdité des plus totales. Pourtant, une sensation de stimulation enivrante continue de le faire vibrer. Au dessus d’un lavabo dans l’appartement, il se contemple dans le miroir. Ses traits n’ont pas changé mais il se sent bien différent.

Soudain, une ombre indiscrète attire son regard. La silhouette d’une femme se dessine alors derrière lui. Levant les yeux, il reconnaît un visage familier. Il hurle de surprise. Après quelques instants pour recouvrir ses esprits, il la reconnaît. Trinity.

– « Bonjour », lui susurre-t-elle d’une voix métallique.

Laylow, déstabilisé, reste bouche bée.

– « Qui es-tu ? » questionne-t-il naïvement.

– « Je suis », répond-t-elle en pointant du doigt la ville par la fenêtre puis sa molette.

Il comprend. Le logiciel de stimulation émotionnel qui l’a intégré est incarné par cette mystérieuse jeune femme. Elle est le système, le système est Trinity. Envoûté, l’attirance qu’il lui voue est désormais irrésistible, incontrôlable.

Il balbutie et s’excuse :

– «On s’est déjà vu dehors mais y’avait toutes tes copines. T’étais au fond dans le noir, j’étais à fond dans le vice. » 

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Sans un mot, elle se rapproche et l’embrasse langoureusement en lui attrapant le menton. Son cœur s’enflamme. D’un coup, elle se saisit de sa molette en glissant sa main sur son torse. La jeune femme la pousse vers son deuxième cran. Il se laisse guider sans hésiter. De sa voix digitalisée, elle reprend : « Interaction de niveau 1. Taux de compatibilité élevé » Elle ajoute : « Mode stimulation émotionnelle : mélancolie, tristesse, adrénaline, violence. » Au dernier mot, il hoche la tête d’un air approbateur. Flirter avec les sentiments les plus extrêmes pour se sentir vivant. « Choix confirmé. »

Pris aux tripes par une vibration de brutalité, il se tient la tête avant de frapper de toutes ses forces le mur tremblant. De la poussière se détache du plafond. L’envie de se défouler devient insoutenable. Dans une folie venue de nulle part, il jette un tabouret dans la grande baie vitrée du salon qui se brise instantanément. Trinity l’empêche de faire plus de dégâts en attrapant son bras droit. « Taux de compatibilité critique. Je vous attends sur le parking », lance-t-elle.

Pris dans un tourbillon de pixel, il voit sa vision se troubler pour sombrer dans l’obscurité. Quelques secondes plus tard, il est projeté contre le sol humide. « Le logiciel m’a téléporté en dehors de l’appartement », réalise-t-il. Il se retrouve sur un parking sans voiture, situé en parallèle de l’immeuble où il était la veille.

En tentant de se relever, il constate que Trinity est en train de se matérialiser à califourchon, sur lui. Sans réfléchir, il la saisit par la taille pour lui rendre son baiser. Enlacés, ils finissent finalement par succomber et enlèvent leurs vêtements. Serrés l’un contre l’autre, nus. La peau de Laylow est désormais brûlante. Pendant leurs ébats, elle s’écrie : « Température trop élevée » et le repousse.

Alors qu’ils se rhabillent, une berline noire se gare en haut de la place de stationnement, plein phare. Éblouis, il plisse les yeux et tente d’apercevoir le visage des cinq hommes qui ouvrent les portières et se dirigent vers lui. Cagoulés, matraques à la main, le groupe se rapproche. Il remarque le mot « Pirahana » en lettre jaune, inscrit sur leur sweat noir.

Sa molette clignote rouge. Sa comptabilité avec le logiciel est si puissante qu’il indique une surchauffe. La violence qu’il vient de commander semble sur le point de dériver complètement.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Son niveau d’adrénaline s’envole et la peur le tétanise. Le premier homme lui agrippe le bras et lui assène un violent coup sur le crâne. Il pose un genou à terre pour reprendre ses esprits mais un deuxième choc à l’épaule le fait flancher. S’ensuit cinq minutes de brutalité pendant lesquelles Laylow est passé à tabac, à terre, sans raison. Un coup de pied mal placé fait perler son sang et vient tâcher son jean Levis.

La douleur devient insoutenable, il lâche prise et s’évanouit. Le logiciel résonne tout au fond de lui, tel un électrocardiogramme plat : « Crash du système. Retour à l’état initial. »

Lorsqu’il se réveille, son corps est toujours aussi chaud. Des étincelles et des petites flammes émanent de son corps. Sur le point de prendre feu, il panique. À une cinquantaine de mètre de lui, il aperçoit une fontaine. Comme un assoiffé dans un désert qui se jetterait dans un oasis, il plonge.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

En apnée dans l’eau glacée, il refroidit. Les battements de son cœur ralentissent peu à peu. Lorsqu’il se relève et secoue ses cheveux bouclés humides, il se questionne. L’expérience devient dangeureuse. En voulant ressentir à nouveau, il a failli se tuer. Sa connexion avec Trinity est beaucoup trop intense. De retour sur le parking, il rejoint la jeune femme, assise en tailleur.

– « Je me suis attaché à toi, attention », dit-elle pour le mettre en garde.

C’est en trop pour lui. À quoi bon vouloir se sentir vivre si c’est pour finalement en mourir ?

–  « Tous vos taux sont au minimum. Que diriez-vous d’un nouveau programme d’entraînement ? Le mode hélicoptère ou bien la simulation : tir au sniper ? », reprend-t-elle.

– « Arrête de parler dans ma tête, tu m’fais péter les plombs là ! T’sais quoi ? Déconnecte-moi », s’exclame-t-il. En acquiesçant, elle lui répond : « D’accord. Choix confirmé. »

Le temps d’une seule fraction de seconde, son corps se désintègre.

 

L’épisode 3. À découvrir sur Mosaïque.

 

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Rap & strip clubs : Génération « Demon Time »

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De strip-teaseuse à rappeuse, il n’y a qu’une danse. Une nouvelle mouvance d’artistes américaines bouscule la place de la femme dans le rap. Véritable symbole d’un mouvement féministe, elles prônent et banalisent une sexualité affirmée et affranchie. Avides de liberté dans un milieu hautement masculin, bienvenue dans la génération « Demon Time ».

 

« Hips TikTok when I dance. On that Demon Time she might start an OnlyFans », scande Beyoncé lors de sa dernière collaboration très attendue avec Megan Thee Stallion sur le remix du titre Savage. L’engouement autour du featuring n’a pas tardé à se faire sentir. La mention d’Onlyfans, devenue l’une des plus grandes plateformes de diffusion de contenu pornographique, a d’ailleurs entrainé une hausse d’activité de 15 % sur le site. Des millions d’internautes sur l’application Tik Tok ont ensuite repris la chorégraphie créée spécialement pour le morceau.

Alors que le titre proclame que les femmes peuvent être aussi bien classes, snobs que légèrement « pétasses », l’indignation aurait pu être totale. À l’inverse, Beyonce et Megan Thee Stallion expriment une nouvelle forme d’empowerment des femmes. Elles emportent avec elle une génération d’artistes, qui n’hésite pas à prendre sa sexualité à bras le corps et à l’exposer. La levée de tabou par les rappeuses sur les danseuses et l’univers des strip clubs participe notamment à cette émancipation.

 

Doja Cat et Megan Thee Stallion pour la sortie de la Bande Originale de « Birds Of Prey ».

 

Cardi B en est certainement l’incarnation la plus aboutie. Icône controversée, elle porte haut les couleurs d’une sexualité débridée et choque autant qu’elle provoque. Des barres de pole dance à la scène de Coachella, elle est devenue l’emblème d’une ascension musicale et sociale qui attire les regards. Si contrairement à Cardi B, elle n’a pas un passé de strip-teaseuse, Nicki Minaj s’inscrit dans cette lignée en reprenant tous les codes de l’univers du strip.

Elles incarnent ainsi les figures d’un mouvement qui a fait naître une nouvelle génération représentée par Doja Cat, City Girls, Ms. Banks, Saweetie ou encore Megan Thee Stallion. Toutes ces rappeuses font aujourd’hui parti des artistes les plus écoutés sur les plateformes de streaming. L’influence des ces femmes est désormais indéniable voire prépondérant dans le rap américain.

 

Strip et rap : un lien unique

Aux États-Unis, rap et strip club ont toujours entretenu un lien particulier et les établissements demeurent des lieux sacrés pour le milieu du rap américain. Ils se sont finalement imposés comme un tremplin dynamique et puissant pour cette musique. En effet, en choisissant leurs titres, les danseuses peuvent faire d’un morceau le prochain hit de l’année.

À tel point que des producteurs admettent même faire des strip clubs des endroits de repérages de futurs talents. David Banner (un rappeurproducteur et directeur de label, ndlr) confiait d’ailleurs se rendre dans ces lieux pour observer ce qui fonctionne le mieux et chercher de l’inspiration pour ses propres instrumentales. Dans un autre style, le rappeur Mike Jones avait eu l’ingéniosité de distribuer gratuitement ses morceaux à des danseuses renommées pour se faire connaître. Les strip clubs sont ainsi devenus un outil efficace pour mesurer la popularité d’un morceau et d’un artiste. 

De cette relation (entre rap et strip, ndlr), Atlanta en a fait une véritable identité. Drake avait d’ailleurs fait une collaboration avec le club mythique de la ville : Magic City. Plus efficace que n’importe quel radio ou média, tous les rappeurs cherchent à y être exposé s’assurant ainsi de se faire repérer.

 

Extrait du documentaire sur le Strip club Magic City d’Atlanta : « Inside the Atlanta Strip Club that Runs Hip Hop | Magic City » sur la chaîne Youtube de GQ.

 

Un documentaire avait été réalisé à propos de ce lieu devenu incontournable. Les clips et les paroles de rap sont d’ailleurs représentatifs de l’importance des clubs de strip-tease aux États-Unis. Les rappeurs y sont souvent fantasmés entrain de lancer des liasses de billets sur la piste et aux danseuses.

La démocratisation du « stripping » à travers les lives Instagram pendant le confinement illustre ce lien qui unit si fortement le rap et les strip clubs. En pleine promotion de son dernier album « The New Toronto » (sorti le 14 avril dernier), Tory Lanez, le rappeur originaire de Toronto, a diffusé à ses quelques 9 millions d’abonnés des prestations de strippers, parfois même d’actrices de films X.

Devenu un rendez-vous régulier très relayé sur les réseaux sociaux, le moment a même été renommé par The Weeknd comme le « Demon Time ». Ainsi, devant l’essor de ces clubs de strip-tease virtuels et malgré la fermeture des clubs due au Covid-19, de nombreux strippers ont pu continuer à travailler (via l’application CashApp par exemple, ndlr).

Si les clubs ont toujours été appréhendés du point de vue des rappeurs, il est désormais question de mettre en avant le point de vue des danseuses. De figurantes à actrices principales de l’univers rap, elles sont désormais mises en lumière. Le film « Queens », sorti le 16 octobre 2019, le témoigne en relatant leur quotidien.

Alors qu’elles n’étaient qu’un décor de clip, elles sont devenues de véritables icônes. Aujourd’hui, ces mêmes femmes, à qui les rappeurs distribuaient des centaines de billets et que l’on qualifiait de travailleuses du sexe, reprennent le flambeau et occupent le sommet des ventes. Avènement du twerk, tenues plus que suggestives et chirurgie esthétique à outrance : elles n’hésitent plus à lever le tabou sur l’univers du stripping. Un mouvement devenu hautement féministe.

 

Délivrer le rapport à la sexualité

Si ces excentricités choquent, c’est parce que ce sont des femmes qui s’en font le porte-parole. La question du sexe est, en effet, loin d’être un tabou dans le rap américain. Bien au contraire, il a toujours été un bruit de fond de cette industrie. Que ce soit dans les textes ou dans les clips. Mais lorsqu’il devient le thème de prédilection des femmes, il dérange.

En prenant le plein pouvoir de leur corps et de ce qu’elles représentent, ces danseuses-rappeuses invitent ainsi de nombreuses femmes à se délivrer dans leur rapport à leur sexualité. En cela, elles incarnent un mouvement féministe qui clame l’émancipation du corps de la femme. La plupart de ces artistes se revendiquent d’ailleurs tout à fait légitimes de porter fièrement ces valeurs. Malgré tout, beaucoup leur reprochent d’être assujetties au regard de l’homme autant que de provoquer leur propre sexualisation.

 

 

Cardi B et City Girls dans un extrait du clip « Twerk ».

 

Elles n’hésitent pas à rappeler, dans leurs textes, que ce sont de réelles self-made women et qu’elles sont les prochaines figures de proue de la scène rap actuelle. Impossible maintenant de les invisibiliser et de les dissimuler au regard du grand public. Impossible désormais de les cantonner à de simple arrière-plan sexy de clips. Cette nouvelle dimension du féminisme s’installe et prend, depuis quelques années, une place importante dans le monde fermé et exigeant du rap US.

Dans un game encore très masculin, affirmer sa place de rappeuse n’est jamais évident, encore moins de manière si débridée. C’est pourtant ce que font ces artistes depuis le début des années 2010, sans pour autant négliger celles qui leur ont ouvert la voie. Notons Lil’ Kim, qui n’hésite pas à affirmer via les réseaux sociaux sa fierté de voir la relève bel et bien assurée par ces nouvelles représentantes d’un féminisme trash. Elle dira elle-même avoir « cédé le flambeau » à cette nouvelle génération, bien décidée à faire valoir la voix des femmes dans le rap.

Beaucoup de femmes se sentent représentées par ces rappeuses et il existe désormais une réelle symbiose entre ces artistes et leur public. Ils affirment d’une seule voix ne plus vouloir être limitées dans leur féminité, après l’avoir été pendant de si longues années. Libres, peu importe leur milieu social, leur apparence et leurs convictions. De véritables diablesses au combat féministe angélique.

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Chroniques

Shay, le poison de la liberté

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Il y a un an jour pour jour, Shay délivrait son remède. Sur «Antidote», sorti le 10 mai 2019, la rappeuse belge explore ses blessures et ses forces. La musique guérit ses peines et l’accompagne dans son émancipation. Un an après son deuxième album, Shay est en rémission, en quête de toujours plus de liberté.

 « Je veux être libre et c’est ce que j’ai voulu faire avec ce projet », déclare Shay dans un face à face avec Pascal Cefran pour Mouv. Pour faire tomber ses chaînes, l’artiste doit d’abord s’affranchir musicalement. Bien trop grande pour être réduite aux « sons de chicha et zumba », elle se met en quête d’un projet à la hauteur de son ambition. Sur la pochette de l’album, elle annonce la couleur. Tel un serpent qui change de peau au cours de son évolution, Shay s’apprête à effectuer sa transformation. 

Résultat, le venin de la liberté se propage à travers 14 titres où l’artiste s’évertue à affirmer son indépendance vis-à-vis de la société et ses attendus. Sur « Antidote », elle déploie les ailes de son talent. Elle offre des phases de kicks comme sur Prends ton time ou Oh oui, de mélancolie sur Ich Liebe Dich ou BXL, tout en restant dans sa zone de confort sur des titres aux accents zumbas comme Liquide, Même pas bonne ou Villa.

Cover de l’album « Antidote » de Shay.

 

Douceur brutale

L’amour sous toutes ses formes est au cœur du projet. Mais quand Shay parle d’amour, c’est pour parler de ses désastres. En pleine émancipation, sa fuite d’une quelconque dépendance est inévitable :« Enlace moi, enlace moi avant que je me lasse, je me lasse », « Attache-moi, attache-moi avant que je me détache » (Amours & désastres).

Ainsi, elle mêle toujours l’amour au chaos. Sur Amours & désastres, la douceur d’un refrain se marie à la brutalité du son des kalashs. La rappeuse belge cède rarement à la fragilité qui est toujours contrebalancée :« Je traîne ma peine en Versace ». Sa voix délicieusement cassée vient rompre avec l’apparente tranquillité des morceaux.

Après avoir chanté sa « détresse désenchantée » (sillusions), Shay n’oublie jamais d’être impertinente. Sur une prod, toute aussi insolente, du titre Même pas bonne, elle fustige avec nonchalance : « Ta salope elle est pas bonne ». Affranchie, l’artiste a fait son choix : « À deux c’est bien mais seul c’est beaucoup mieux » (Prends ton time).  

 J’refuse d’être la meuf qui pleure 

À travers Shay, c’est aussi la langue qui se libère de ses codes, à la manière de son mentor Booba. Les phrases se détournent du carcan de leurs syntaxes comme dans Amour & désastres : « Tendresse, zéro, marée basse, Bonnie & Clyde à la casse / Amour et ses désastres, bouquet de roses, mauvaise passe ». Les textes de la rappeuse la laissent libre de condenser une histoire en quelques mots pour raconter sans se livrer.

De la même manière, elle masque ses blessures derrière une prod aux tonalités dansantes sur Pleurer qui nous ferait presque oublier que Shay nous confie ses peines : « L’espoir fait vivre, suis-je enterrée ? ». Incapable de coucher ses souffrances sur papier, elle confie ses angoisses à Damso qui se chargera de l’écriture du titre.

Celle qui « refuse d’être la meuf qui pleure » parvient rarement à parler de ses douleurs à la première personne. Alors, elle choisit de s’adresser une dernière fois à son coeur, coupable de tous ses maux sur Coeur Wanted et conclut « C’est bien beau d’aimer mais c’est bien mieux de ne pas souffrir .

Shay a trouvé lantidote à ses souffrances et ferme la porte à ses émotions qui l’ont trop souvent trahies. La liberté qui l’a rendu insensible sera son nouveau poison. Désormais, elle a des « thunes à récolter », pour assurer le confort des siens à qui elle assure : « Maman, t’auras la villa, Maman t’auras la ville ».

Dans cette perspective, elle laisse derrière elle les morceaux de son cœur brisé pour regarder vers l’avenir. Avant de revêtir sa nouvelle carapace, elle entonne un hymne mélancolique à la ville qui a fait d’elle l’artiste qu’elle est aujourd’hui. Avec BXL pour clôturer l’album, Shay adresse un ultime regard à son passé qui sonne comme un adieu rempli de promesses.

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Entretiens Rencontres

Florian Huvier : « Je veux ouvrir le rap à un autre public »

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Florian Huvier est journaliste pour BFMTV au pôle vidéo et web. Depuis le mois d’avril 2019, il s’intéresse chaque semaine à un rappeur français émergent dans son émission « Tu connais ? ». À 24 ans, il fait partie de la jeune génération qui invite l’univers du rap à la table des médias généralistes. Alors que BFMTV cherche à se faire sa place sur les réseaux sociaux, il en profite pour proposer à sa rédaction d’animer une chronique web hebdomadaire pour parler rap. L’émission : « Tu connais ? » est née. La règle est simple : présenter des rappeurs francophones qui montent en puissance. La place est réservée aux artistes n’ayant pas encore décroché de disque d’or. Depuis la première émission sur le groupe 13 Block, vingt autres épisodes ont été tournés.

Comment es-tu parvenu à imposer une émission rap hebdomadaire sur le web à BFMTV ?

BFM à la télé n’a pas une bonne image auprès des jeunes. Il fallait donc trouver quelque chose qui les intéresse sur le web. Quand j’ai proposé le projet, le rap était déjà la musique la plus écoutée en France mais les médias n’en avaient pas encore conscience. À la rédaction, il y avait de plus en plus de trentenaires qui connaissaient, mais qui n’écoutaient pas forcément.

J’étais le seul à avoir la vingtaine et à pouvoir comprendre ma génération. Ils m’ont fait confiance. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir choisir librement l’artiste dont je vais parler. Quoi qu’il arrive, je suis le seul à parler rap à la rédaction donc personne ne va débarquer avec un artiste peu connu et me dire : « Tu vois, là, celui-là, tu devrais en faire quelque chose » (rires). C’est impossible.

 

 

Comment parler rap lorsqu’on est un média généraliste ? 

Je ne veux pas m’inventer spécialiste du rap. Il y a des gens beaucoup plus calés. Mon objectif, c’est de donner des pistes assez larges pour ouvrir le rap à un autre public. L’émission reste plutôt destinée aux jeunes, ce qui explique qu’elle soit aussi diffusée sur Snapchat (tous les samedis à 10h, ndlr).

J’essaye de faire quelques références à ceux qui sont déjà fans de rap. Le délire de la chaise, c’est un petit clin d’œil à Hatik sur lequel j’ai fait un épisode. Je l’ai découvert avec sa mixtape « Chaise pliante ». Au moment de concevoir l’émission, j’ai pensé à lui.

 

J’avais des commentaires du genre « BFMTV qui fait du Booska-p ». J’ai l’étiquette d’un « journaliste de télé » alors forcément ça passe moins bien.

 

Sur l’épisode de 100blaze, il y a eu de nombreuses réactions sur Twitter. On te comparait à Nico Colombien de chez Booska-p qui va à la rencontre d’artistes prometteurs dans l’émission  « Wesh » . A-t-il été une source d’inspiration ?

Honnêtement, avant 100Blaze, je ne connaissais pas le concept du « Wesh ». Je regarde leur JDR (Journal du rap, ndlr) mais je ne connaissais pas le travail de Colombien. Je m’y suis intéressé parce que je ne comprenais pas pourquoi est-ce que dans mes mentions Twitter j’avais des commentaires du genre «BFMTV qui fait du Booska-p ». Maintenant, je comprends mieux les réactions. J’ai l’étiquette d’un « journaliste télé », alors forcément ça passe moins bien.

La différence avec le « Wesh », c’est qu’il rencontre l’artiste, contrairement à moi qui en fait une présentation succinte en deux minutes. La personne qui gère le digital m’a suggéré d’aller moi aussi rencontrer les rappeurs mais j’ai refusé parce que ce serait voler le concept du « Wesh ». Et puis Booska-p s’adresse à un public qui écoute du rap. L’audience de BFMTV est très différente. Les trois quarts des messages que je reçois, ce sont des messages en mode : « Pourquoi vous parlez de ça, laissez-moi avec Johnny Hallyday » (rires).

 

Certains internautes te proposaient un octogone avec Colombien, tu es chaud ?

Je suis sûr de le gagner (rires). Je rigole, il a l’air gentil en plus.

 

 

Historiquement parlant, la chaîne a un rapport conflictuel avec cette culture. Alors, constater que BFMTV profite désormais de l’essor du rap peut paraître assez opportuniste, non ?

Cette relation conflictuelle est d’ailleurs toujours d’actualité. Dernièrement, ils ont fait un reportage qui a fait beaucoup réagir sur le rap et l’orthographe. Alors oui, c’est problématique, mais à mon échelle, je ne peux malheureusement pas y changer grand-chose. Personnellement, je ne travaille pas pour la chaîne télé mais pour le site web.

Pour l’anecdote, la semaine avant le reportage, j’avais presque calé des interviews avec les journalistes de l’Abcdrduson pour la sortie de leur livre, L’Obsession Rap. J’avais eu Raphaël Da Cruz au téléphone qui était partant. Je pars en vacances et le reportage tombe. À mon retour, je le rappelle et il m’explique qu’ils ont finalement décidé de ne plus faire l’interview. Il ne m’a pas dit pas pourquoi, mais j’ai compris que c’était en partie pour ça. Honnêtement, je les comprends totalement. L’image de BFM est rattachée à ce qu’elle propose à la télé.

 

Il y a un mépris évident pour la rap à la télé.

 

Peut-on dire qu’il y a un certain mépris des médias télé pour le rap en France ?

Il y a, bien sûr, un mépris évident pour le rap de la part de la télé en général. Ce n’est pas leur génération. Les seuls rappeurs dont la télé parle c’est Bigflo & Oli (rires). De manière générale, il y a des sujets sur des artistes émergents comme Pomme, Maëlle ou Suzanne qui ont été nommées aux Victoires de la musique. Mais les artistes que je présente sont tout aussi légitimes. Pourtant, ils n’y sont pas.

 

Depuis quelques années, les médias généralistes commencent à s’intéresser différemment au rap. Comment expliques-tu ce changement ?

Un média comme BFMTV n’a pas à être avant-gardiste. Il suit l’actualité. Je comprends que l’on puisse reprocher à la télé d’avoir été médisante, mais les clichés commencent à disparaître. Ceux qui intègrent la rédaction sont de plus en plus ouverts à cette musique. Le rap commence à être respecté.

 

Quand tu es journaliste et que tu ne vois plus que toi, tu n’apprends plus rien.

 

Le manque de diversité sociale que l’on peut observer parmi les journalistes n’est-il pas le premier responsable de ce rapport cliché au rap ? 

Totalement. Ce sont des gens du même milieu qui se côtoient. Ils passent tellement de temps ensemble qu’ils finissent par ne voir plus qu’eux. Quand tu es journaliste et que tu ne vois plus que toi, tu n’apprends plus rien. Le principe même du journalisme, c’est d’être le reflet de la société.

Quand le rap est arrivé, c’était un moyen pour les chaînes d’info de faire un sujet sur les banlieues. C’était déjà une forme d’entre-soi. Il y a peu de journalistes qui viennent de banlieues par exemple. Il y a un problème quelque part.

Propos recueillis par Lise Lacombe.

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Chroniques

Carte du 93, l’empire rap

[vc_row][vc_column][vc_column_text]« La banlieue influence Paname, Paname influence le Monde. Le 93 influence Paname, Paname influence le monde ». La Seine-Saint-Denis est définitivement une place forte du rap en France et des talents y émergent chaque année. En 2018, Fianso réunit une trentaine de rappeurs du département autour du projet « 93 Empire ». La revendication d’une véritable identité. Explorez la carte de la Seine-Saint-Denis à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus du 93 :

Exploration sur PC recommandée.

 

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