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Nayra : « Je me considère comme une chanteuse de rap »

Le 8 juillet prochain, Mosaïque vous invite à son premier événement. Une soirée spéciale qui fait sens, en alignement avec nos valeurs. Associé.e.s avec le projet Écoute Meuf, nous présentons « L’Antidote » : un moment à vivre à La Flèche d’Or dans le 20e arrondissement de Paris. À cette occassion, Nayra sera sur scène le 8 juillet à la Flèche d’Or aux côtés des rappeuses Timéa et Angie. L’artiste, originaire de Saint-Denis, ouvre une nouvelle page musicale de sa carrière avec sa signature chez le label Low Wood.

Celle qui rappe depuis dix ans n’apparaît désormais plus jamais sans son trait noir qui se dessine de son menton jusqu’à sa poitrine. Symbole de sa culture arabo-berbère et des femmes qui l’ont précédées, il reflète ce qui l’inspire pour donner naissance à sa musique. Avant de la retrouver sur scène le 8 juillet, nous sommes allé.e.s à sa rencontre à l’endroit qui l’a vu grandir, au cœur de Saint-Denis, à deux pas de la Basilique. Dans son ensemble jogging Nike, Nayra nous a accueilli avec un sourire ensoleillé et son rire franc qui ne la quitte jamais. 


Avant de vous plonger dans l’interview de Nayra, ne ratez pas notre événement « L’Antidote », le 8 juillet à La Flèche d’Or à Paris. Au programme : lives, DJ set, conférence, blind test, stands… Rejoignez la soirée en cliquant ICI !


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Le 8 juillet, tu seras sur scène à La Flèche d’Or avec Angie, Nayra et Timéa mais en attendant, nous nous sommes retrouvé.e.s au café de France, en plein centre de Saint-Denis, peux-tu nous décrire cette place ?

J’habite juste là-bas, au niveau des vélos. Je suis née ici, j’ai grandi ici. C’est le quartier du centre-ville. On appelle ça « Fourca » parce qu’il y a le Carrefour, l’un des seuls centre commerciaux qu’on trouve par ici. J’habite avec ma mère, mon frère et ma sœur. Je suis dans cet appartement depuis que j’ai trois ans. J’aimerais bien bouger, vivre ailleurs, mais Saint-Denis reste la ville qui fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

C’est le seul endroit où je me sens à l’aise. Il y a toujours des mecs qui te cassent les couilles, mais au calme. On est une grande famille, tout le monde connaît le cousin du cousin. Et d’ailleurs, si un jour la musique ça marche pour moi, j’investirais dans mon quartier. Ça fait des piges que personne ne veut rénover les dalles en haut et les bâtiments. Investir dans la culture aussi, il se passe des trucs, mais c’est pas suffisant. C’est une mine d’or ici, mais personne ne veut l’exploiter.


De ton côté, tu t’es déjà investie dans la culture du 93, notamment à travers des cours d’écriture que tu donnes à des collégien.ne.s…

Oui c’est le collège d’Ivry qui m’a proposé. Le directeur du conservatoire est venu à l’un de mes concerts et il m’a proposé de faire un projet ensemble. C’est comme ça que ça s’est fait. Sinon, les institutions publiques ça ne les intéresse pas. À mon échelle, je me dis que c’est cool, mais il faudrait qu’il y ait beaucoup plus d’initiatives en ce sens. Il y a plein d’associations qui existent pour ça, mais personne ne les aide. Tu galères pour trouver un local…

Que fais-tu faire à tes élèves ?

Je leur donne des cours de français à partir de punchlines de rap. Ninho, Médine, Kery James… On analyse leurs phrases et on cherche à comprendre comment elles sont construites. Ce que je veux leur transmettre, c’est qu’ils ne sont pas obligés de savoir faire de la musique pour en faire. L’écriture, avant même d’être un moyen d’exprimer artistiquement des choses poétiques, te permet de structurer ta pensée. Je leur achète un petit carnet à tous et je leur demande d’écrire. Même si ce n’est pas dans le but d’écrire un rap, je leur demande de marquer des choses, une balade, une belle fleur qu’ils ont vu, un bon moment en famille… Ce qui leur est arrivé de bon aujourd’hui.

Ce rapport très étroit avec la musique, l’avais-tu, toi aussi, dès le début de l’adolescence ? 

Avant même que je naisse, je dansais dans le ventre de ma mère (rires) ! Chez nous, la musique arabe c’est très important. Ma mère est une immigrée du Maroc, mon père vient d’Égypte. Ce qui me rapproche le plus de ma terre et mes origines, c’est la cuisine et la musique. Chez moi, il y a toujours eu du son, des grandes chanteuses du monde arabe : Fayrouz, Oum Kalthoum… Ça m’a bercé, on avait des cassettes dans la voiture de mon père et on mettait que ça. On appelle ça le chaabi, c’est de la pop arabe, la musique du peuple, c’est aussi la rue. J’ai grandi avec de la musique travaillée, spontanée. Ensuite, il y a eu beaucoup de chansons françaises à la maison, ma mère écoutait du Claude François, j’avais un double CD avec les « Best of », mais elle écoutait ça parce qu’il était égyptien, c’est tout !

Quand est-ce que tu te mets à la musique ? 

Quand j’ai eu 12 ou 13 ans, j’ai réalisé que la musique était faite pour moi. Alors, je suis allée au conservatoire mais je suis restée seulement un jour parce que je suis tombée sur une professeure ultra raciste. On s’est embrouillé, je suis partie et je me suis dit que j’apprendrai toute seule. Je me suis achetée une guitare et j’ai commencé à apprendre. À côté de ça, j’écrivais souvent des textes. La plupart du temps, j’étais fâchée (rires). Je m’écrivais à moi-même parce qu’on ne me comprenait pas toujours. Un jour je me suis motivée à les mettre en musique, à trouver les bonnes notes. 

À cette époque, je faisais du dog sitting et je bossais au marché de Saint-Denis… Ma mère galérait même si elle ne nous a jamais fait ressentir le manque. J’ai rapidement pris la place du « mâle alpha ». Je voulais l’aider, l’alléger comme je pouvais. Elle ne comprenait pas et elle me disait : « Mais pourquoi tu fais ça ? T’as pas besoin », alors qu’elle était dans le besoin. Dès mes 13 ans, l’argent qu’il me restait et que je ne lui donnais pas allait dans un studio, près de la mairie de Saint-Ouen. Pour ma mère, c’est devenu une sorte de monnaie d’échange quand elle a vu que j’adorais ça : « Je t’aide à payer le studio, mais toi faut que tu carbures à l’école. »

À quel moment as-tu eu envie de rendre ça professionnel ? 

Au début, je voulais garder ça pour moi et puis le rappeur L’Deterr m’a vraiment fait découvrir la culture hip-hop dans laquelle il a baigné. Ici, on est dans le berceau du hip-hop français. Quand j’étais petite, il y avait des gars qui se posaient devant le métro et ils faisaient que de rapper avec des intrus sur CD. J’ai rencontré L’Deterr sur un tremplin rap où je ne rappais pas vraiment, je chantais encore beaucoup. J’y suis allée avec ma cousine Nora, j’étais au milieu d’une vingtaine de bougs avec du public. J’étais super stressée, mais ça s’est bien passé.

L’Deterr m’a transmis son amour pour le rap, mais il m’a aussi donné confiance en moi. Il me disait si d’autres le font, toi tu peux le faire en mieux. C’est avec lui que je commence à rapper, à kicker. Il m’a donné trop de conseils, sur mes phases, sur mes flows… Il improvisait super facilement, il écrivait vite et bien, c’est un crack et il m’a pris sous son aile.

Tu as eu un déclic ? 

Un jour, j’ai participé à un concours de freestyle sur Facebook où il n’y avait que des hommes. À cette époque, je ne me posais même pas la question de savoir s’il y avait des meufs ou pas. Je poste ma vidéo et je gagne. Je ne sais pas si je gagne parce que je suis une meuf où si c’est parce que je les ai fumé, mais c’est lourd. C’est là que j’ai commencé à poster des trucs sur mes réseaux.

Même si je rappais, il y avait déjà ce truc de chanteuse de rap. Les bougs à l’époque m’appelaient pour faire leur refrain. Plusieurs fois je me suis retrouvée à accepter et une fois en cabine je faisais un couplet trop chaud qu’ils ne pouvaient pas ne pas garder. Soit je suis invitée à fond, soit c’est non. Je ne suis pas là juste pour mettre en avant ton travail. 

T’es-tu sentie ramenée à ton genre en évoluant dans la musique ?

À la base, je ne voulais même pas renverser les codes, c’était très naturel. Au début, j’étais consciente qu’il y avait un problème qui faisait que j’étais dans un affront, dans l’adversité, mais je ne comprenais pas encore qui était mon véritable ennemi. Je me disais : pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi on me dit telle chose ? Et puis j’ai fini par comprendre : c’est parce que j’ai un vagin. D’accord. Subtilement, on me ramenait toujours à mon genre. Quand Booba est arrivé avec l’auto-tune, tout le monde se foutait de sa gueule, parce qu’il y a ce truc de masculinité toxique. Pareil pour Jul. Ninho aussi est un putain de chanteur de rap.

Aujourd’hui, quand je vois Lomepal ou d’autres, ce sont des limites qui bougent. Le rap appartient aux gens qui ont des choses à exprimer, c’est tout. C’est pour ça qu’il ne faut pas parler de rap féminin. C’est du rap et il évolue tout le temps. Le rapport femme et homme, le fait de genrer le rap, c’est se tromper. On est libre, la musique est libre.

Tu as d’ailleurs commencé à véritablement te faire connaître en reprenant des titres de rappeurs masculins que tu parodiais.

C’était à l’époque où le rap devenait super populaire en France. Dans ce que j’écoutais, on parlait de michtonneuse, les femmes étaient des objets et je ne comprenais pas pourquoi personne ne leur répondait. La parodie permettait d’alléger le bail. Le titre Je ne dirai rien de Black M m’avait choqué : « T’aimes te faire belle, oui, t’aimes briller la night, t’aimes les éloges, t’aimes quand les hommes te remarquent ». Oui et ? C’est quoi le problème ? Je me disais : « Mais ils sont frustrés les bougs ? Venez on parle des michtonneurs alors. Vous parlez des femmes en faisant des généralités. » Elles assument, elles font ce qu’elles veulent de leur corps, et après ? Du coup, j’ai répondu. J’ai aussi fait le remix de J’suis qu’un thug de Lacrim. Résultat : quatre millions de vues.

Depuis cette époque, tu as ouvert une nouvelle page en supprimant tous tes titres des plateformes…

Oui à part mon single Non de 2016 parce que j’étais en maison de disque ! Ça fait dix ans que je fais de la musique. Pendant tout ce processus, j’ai eu le temps de chercher qui j’étais et comment artistiquement je pouvais le retranscrire. J’ai envie de réinstaller quelque chose qui me correspond vraiment. Ça allait dans tous les sens avant. C’est pour ça que j’ai signé avec le label indépendant Low Wood.

Alors qui est Nayra, en 2022 ?

J’assume être une chanteuse de rap. C’est ce que je suis. Je me dirige vers la liberté, vers du fuck les cases, fuck le fait de rentrer en playlist et je veux revenir à la liberté qu’implique ce mouvement. Je veux aussi un retour subtil à mes racines : la culture hip-hop et la culture arabo-berbère. On m’a souvent dit que c’était un handicap en France, mais non, je vais l’utiliser. Je ne veux pas dire que je suis la plus costaud, mais montrer que je peux pleurer et que c’est ça qui fait que je suis forte. 

Tu as également une nouvelle direction artistique. Comment peux-tu la décrire ?

Elle est un peu plus dark, mais elle reste solaire. J’ai l’impression d’être un oxymore ambulant. J’ai un trait noir sur le visage qui se dessine de mon menton à ma poitrine. C’est une référence à ma grand-mère qui se faisait des tatouages sur le visage que je ne comprenais pas. En cherchant, j’ai capté que chaque tatouage avait une symbolique, un lien avec la culture, avec les croyances. Le trait que j’ai sur le visage, c’est un symbole de fertilité. Le fait de me dire que les femmes qui m’ont précédées et m’ont entourées, ont porté des signes forts sur elles, ça m’inspire beaucoup. Je me dis que j’ai de la chance d’être une femme. J’ai l’impression d’avoir des ancêtres à mes côtés et de mettre ma culture en avant.

En tout cas, tu auras l’occasion de la mettre en avant le 8 juillet, lorsque tu seras sur scène avec Nayra et Timéa pour notre évènement « L’Antidote », organisé avec Écoute Meuf. Comment appréhendes-tu cette soirée ?

J’ai trop hâte. La scène c’est un vrai kiffe pour moi. Je ne connais pas Timéa mais j’ai hâte de la rencontrer. Angie c’est trop ma meuf, je l’aime trop ! C’est l’été, ça nous manque d’être sur scène et c’est une programmation de fou ! Ça va être lourd.

Quel.les sont les artistes que tu écoutes ?

J’écoute Angie fort. Joanna, Jäde, Lazuli… J’écoute Audrey Nuna à l’international, Fanny Polly qui est ultra engagée depuis des années et aussi Lauryn Hill.  « The Miseducation of Lauryn Hill », pour moi, c’est l’album de référence qui me permet de trouver de l’inspiration. Ça me donne de la force. C’est notre maman, la maman des chanteuses de rap.

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Angie : « Avant la scène, j’ai toujours le cœur qui bat la chamade »

Le 8 juillet prochain, Mosaïque vous invite à son premier événement. Une soirée spéciale qui fait sens, en alignement avec nos valeurs. Associé avec le projet Écoute Meuf, nous présentons « L’Antidote » : un moment à vivre à La Flèche d’Or dans le 20e arrondissement de Paris. Trois rappeuses pointues et talentueuses seront rassemblées. Aux côtés de Nayra et de Timéa, la rappeuse Angie perfomera sur scène. Alors pour l’occasion, nous sommes allé.e.s rencontrer l’artiste avant l’un de ses shows à la Marbrerie pour mieux la connaître. Entretien.


Avant de vous plonger dans l’interview d’Angie, ne ratez pas notre événement « L’Antidote », le 8 juillet à La Flèche d’Or à Paris. Au programme : lives, DJ set, conférence, blind test, stands… Rejoignez la soirée en cliquant ICI !


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Angie, tu seras sur scène le 8 juillet pour notre événement « L’Antidote » en partenariat avec Écoute Meuf. Tu as déjà joué de nombreuses fois devant du public. Quel est ton premier souvenir de scène ? Angie

Mon premier step, c’était à quatre ou cinq ans. Il y avait une comédie musicale dans ma ville avec du chant, du théâtre, de la danse… Ma mère m’a inscrite à ça et j’y suis restée jusqu’à mes 16 ans. C’était trop bien. Quand j’ai dit à ma daronne que je voulais chanter sur une scène, elle devait se dire : « Mais wesh, le bébé il veut pas danser avant ? ». Tous les autres petits voulaient être derrière, moi tout devant : « Qui veut un micro ? Moi ! », (rires). Je m’en rappelle comme si c’était hier. Il y avait une représentation devant les parents et c’est là que j’ai rencontré pour la première fois un public. Ensuite, ma vraie première scène c’était la première partie d’Yseult au Stereolux à Nantes. Incroyable. Il y avait 500 personnes.


Tu étais très jeune à l’époque, mais tu avais déjà un intérêt naturel pour le son ?
Angie

Oui, ma mère écoute beaucoup de musique et elle a fait beaucoup de concerts, même quand elle était enceinte ! Elle regardait des lives à la télé de Destiny’s Child, Lauryn Hill, et je voyais quelle était trop heureuse de voir ça. C’est comme ça que je me suis dit que c’était fait pour moi. Je me disais : « Moi aussi je veux faire ça, regardez ce que ça fait à ma mère ! ».

À quel moment as-tu commencé à concrètement t’investir dans la musique ? Angie

D’abord, j’écrivais des chansons quand j’étais en primaire. Je me rappelle, une fois j’allais faire du sport et j’avais dit à mon maître que j’avais écrit une chanson. Alors, il avait fait asseoir tout le monde et il avait dit : « Ouais elle a une chanson à vous chanter ! ». J’ai toujours aimé écrire. Au collège, tu as le temps de te désintéresser des cours, du coup j’écrivais à fond. Au lycée, j’ai pu rentrer en studio pour la première fois. C’était à Quimper, en octobre 2018. Quand j’ai entendu ma voix, j’étais choquée. J’ai dit : « Ok c’est cool ça, on fait quoi maintenant ? Une autre ! ». J’attendais que ça en vrai, fallait pas me le dire deux fois.

Tu avais déjà un entourage musical à l’époque ? Angie

Quand j’étais en Bretagne, pas du tout. Je faisais mes trucs dans ma chambre, j’avais rien pour enregistrer. Et petit à petit, je me suis fait des amis qui faisaient du son. Après, je suis allé à la fac à Nantes. J’ai fait une « tentative » de licence d’anglais (rires), et j’ai pris la route du studio. J’ai rencontré Delho qui avait un studio et qui a commencé à faire du son chez lui. On a enregistré super vite et l’album est sorti dans la foulée. On était dans une bulle c’était trop bien. 

Tu as dévoilé ton premier projet « December 8th » en 2019. Un disque aux tonalités RnB. Dedans, tu chantes en anglais et en français. Pourquoi avoir eu d’abord cette préférence pour l’écriture en langue anglaise ?

À l’époque de « December 8th », je n’écrivais presque jamais en français. L’anglais était beaucoup plus fluide. Ça mettait comme une distance avec le public. J’avais le cœur brisé, « so I needed to get it out ! ». Au moins les gens comprenaient moins, je me sentais protégée. J’ai réussi à me débloquer un peu ensuite et j’apprécie beaucoup plus écrire en français aujourd’hui. Je trouve les mots justes, j’image mieux ce que je ressens et je n’ai pas voulu brusquer le truc, même si on me le demandait. Je pense que l’anglais ne va pas revenir tout de suite dans mes sorties, mais en tout cas le RnB est encore là et j’ai toujours le cœur brisé ! Ces derniers temps en studio, j’ai fait du RnB et mon prochain son sera dans cette vibe. J’ai toujours cette double casquette.

De nombreux artistes en développement préfèrent d’abord proposer des projets courts pour pouvoir se présenter au public. Tu as choisi un format plus long, de dix titres, alors que tu n’avais encore rien sorti. Pourquoi ? 

On était pas du tout dans des stratégies. J’avais toujours le cœur brisé donc j’avais beaucoup de trucs à dire. J’avais besoin de me soulager et de chanter. C’est vraiment tout ce qui comptait. Et au bout d’un moment, on s’est juste regardé et on s’est dit : « Bon bah on le sort ! ». On voulait faire un EP à la base, mais ça commençait petit à petit à basculer vers un album. Donc on a quand même calmé le jeu.

Après « December 8th » en 2019, tu as fait une longue pause jusqu’à la sortie de ton single Briller l’année dernière. Que s’est-il passé entre-temps ?

Ça s’est très mal passé avec ma première manageuse. On a rien sorti pendant un an alors qu’on avait fait plein de morceaux. J’étais rentrée dans une mentale où ça me soulait. Viens, je fais une pause. Donc quand ça s’est finit= avec elle, j’ai pris un step back. Je ne voulais pas me dégoûter de la musique, du coup je me suis laissée vivre un peu. Je pensais aussi qu’avec un peu de chance mon cœur allait se refermer, mais en fait non…

Jusqu’ici, Angie ne rappait pas encore. Pourquoi ?

Je faisais du son avec des gars qui ne me laissaient pas vraiment rapper. Je faisais du miel, du RnB et voilà quoi. Alors que je voulais aussi m’énerver. Il y avait des prods rap et tout, mais ils se les passaient entre eux et je regardais ça de loin. Un jour, il y a eu une session pendant un séminaire et ils faisaient un feat à deux ou trois. Moi, j’avais écris un petit couplet rap, un petit seize, mais j’avais peur de le dire donc je ne l’ai jamais montré. Depuis, je suis sortie de cet environnement là. Je me suis détachée de ces gens. Je me rappelle, c’était un mardi et je me suis dit : « C’est bon, ils sont plus là, donc on va rapper ». J’ai pris cette décision et un truc génial s’est passé… (Elle montre du doigt Lola Levent, sa manageuse.)

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Lola Levent : Il y avait un summer camp près de Nantes, dans les studios de Trempo, qui proposait un truc pour les meufs qui rappent. Angie m’avait envoyé un freestyle et je me suis fait : « Quoi !? ». Cet événement est le premier truc qu’on a fait ensemble. C’est moi qui suis venue la voir la première fois. J’avais écouté son projet et le morceau Un ou deux très souvent. Mais elle avait déjà une manageuse et puis elle ne sortait plus de son… donc je l’avais unfollow… (rires).

Angie : Ah mais oui tu m’avais unfollow wesh !

Lola : Bah j’étais en mode scout tu vois… Et un jour, j’apprends que ça se passe mal avec sa manager. Du coup, je l’ai appelée le lendemain. Je savais qu’elle avait un potentiel de ouf. Et le rap ça a mis un coup d’accélérateur dans le projet.

Le morceau qui matérialise ton retour et cette nouvelle page artistique de ta carrière c’est ton single OK. Un titre rap très incisif. Comment l’as-tu crée ?

Le producteur Sutus avait envoyé des prods à Lola. J’ai mis un casque et j’ai pris le métro. J’entends la dinguerie et hop, j’ai sorti mes notes. Et de la porte des Lilas jusqu’à Montparnasse, j’ai écris le morceau d’un coup. Il est resté quelques semaines dans mon téléphone puis je suis allée en studio avec Sutus et je l’ai posé.

De quelle manière écris-tu ?

Quand je vais au studio, je préfère que le producteur commence un truc et moi j’écris en même temps. Sinon, je reçois des prods et c’est celles qui me chamboulent qui me font écrire. Et ça m’arrive d’écrire sans musique dans les oreilles. J’aime bien ça, c’est toujours un bon moment.

Des courant musicaux t’inspirent-t-il en ce moment ? 

Quand j’étais avec mon ancien entourage, la drill commençait. Je voulais essayer, mais je n’avais pas le droit. Alors plus tard, j’ai mis une story en mode envoyez des prods et celui qui a fait l’instru du morceau Nouvel Anthem (Single d’Angie sur la mixtape du média 7Culture, NDLR), m’a répondu : « Même des drill ? » J’ai dit : « Envoie seulement ». Quand il a entendu le son pour la première fois en entier au FGO Barbara, il était choqué.

Et qu’est-ce que tu as dans ta playlist en ce moment ?

J’écoute tout ce qui sort. J’ai beaucoup saigné Rouhnaa, Makala, OG GOLD, la new wave… J’ai juste pas encore écouté le projet de So La Lune. J’écoute aussi toutes les artistes DIVA. Lazuli, Joanna, Lou CRL… J’ai quelques exclus en plus. Sinon, j’adore Dreezy & Hit-Boy, surtout leur titre 21 Questions. Hors rap, beaucoup de Sabrina Claudio et Amy Winehouse bien sûr !

Le 8 juillet, tu seras sur scène avec Nayra et Timéa pour notre évènement « L’Antidote », organisé avec Écoute Meuf. Comment appréhendes-tu cette soirée ?

Ça va être trop lourd. Nayra ça fait pas très longtemps que je la connais. Timéa un peu plus, on se croise souvent en soirée. Je les aime trop, elles sont trop fortes. C’est mes go wesh ! Avant la scène, j’ai toujours une petite excitation. J’ai le cœur qui bat la chamade et après ça passe. Ma passion, c’est vraiment de faire le show, depuis toujours. C’est ce que je préfère. J’adore parler au public, c’est vraiment un partage. J’aime raconter ma vie, j’aime ça. Un jour peut-être à Londres ou à Manchester ? Oups, je l’ai dit.

Qu’est-ce que tu comptes jouer sur scène ? Dis-nous en plus…

C’est pas encore sorti mais je vais faire DLB, j’aime beaucoup ce morceau. Il a été trop galère a mixer, j’étais à deux doigts de l’abandonner. C’était avec le producteur 99. Il y aura aussi le titre Ford Mustang que je n’ai pas sorti non plus pour le moment, l’un de mes préférés. C’est une grossière chronologie de mon état d’esprit depuis le début où la musique c’était mon rêve. Je me suis fait briser le cœur, j’ai fait confiance aux mauvaises personnes, jusqu’à ce que je me remette bien pour aller à fond vers mes objectifs. 

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Kendrick Lamar : l’auteur Nicolas Rogès nous livre son analyse

Après cinq ans d’absence, Kendrick Lamar sort de son silence musical et dévoile « Mr. Morale & the Big Steppers », son cinquième album studio. Pour l’occasion, Nicolas Rogès, l’auteur du livre « Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche » aux éditions Le mot et le reste, nous livre son regard sur le disque.


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Avec ton livre « Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche », tu t’étais plongé dans le parcours du rappeur et dans ses quatre premiers albums. À quoi t’attendais-tu avant l’écoute de son cinquième disque « Mr. Morale & the Big Steppers » ? 

J’attendais de voir comment Kendrick allait pouvoir se démarquer de ses albums précédents. Je savais qu’il allait choisir une direction différente. D’abord, je me doutais que le projet serait bien construit avec des messages très forts parce que l’année dernière il avait annoncé avoir pris du recul. Je n’avais pas d’attente en termes de son, même si au vu de son travail avec son cousin Baby Keem sur sa structure pgLang, on pouvait prévoir un truc très minimaliste. En tout cas, j’étais sûr qu’il n’allait pas faire le même album deux fois. C’est ce que j’aime bien chez lui. Il réfléchit et il évolue en tant qu’artiste et en tant qu’homme. On avait envie de savoir quelle version de Kendrick il allait nous montrer.


La pochette qui a été dévoilée quelques jours avant la sortie donnait déjà quelques indices. Qu’en as-tu pensé ?

Je l’ai trouvé super bien faite. J’ai beaucoup aimé le contraste avec la couronne d’épine et le flingue dans la ceinture. J’ai apprécié qu’il mette en avant le fait qu’il soit père. C’est super significatif. Ça m’a fait penser à celle de « Good Kid, M.A.A.D City » où il y avait déjà des enfants, même si cette fois c’était Kendrick qui était petit. Il y avait cette même superposition de l’innocence de l’enfant avec la violence d’un flingue et de bouteilles posées sur la table. Alors, je me suis dit qu’on allait vivre quelque chose de cyclique, qu’il allait boucler une boucle. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé.

Quel a été ton ressenti après tes premières écoutes ?

J’étais très déstabilisé. Le projet est compliqué à saisir. Ses textures paraissent d’abord moins travaillées que dans « To Pimp a Butterfly » ou « DAMN. », très riches dans leurs arrangements. Là, il va plus directement au but. C’est peut-être son « meilleur » album dans le sens où il a réussi à faire passer des messages très profonds, très durs, avec la manière la plus directe qui soit. Il y a aussi des chansons assez dérangeantes, je pense notamment à We Cry Together où il reproduit une scène de dispute conjugale. Dès que je l’ai terminé, j’ai compris qu’il allait falloir beaucoup de temps pour le comprendre et le digérer. Il y avait surtout de la surprise et l’envie de se replonger dedans tout de suite.

Le public semblait très partagé à la sortie du disque.

Oui et d’ailleurs j’en ai beaucoup parlé avec mon entourage, notamment avec des gens de l’Abcdr du Son et ça a crée beaucoup de débat. C’est l’une des premières fois qu’il divise autant et c’est souvent assez rare de trouver des voix dissonantes qui disent que Kendrick fait un mauvais album. C’est la première fois que j’ai vu ça. Que ce soit au niveau de la forme, mais surtout au niveau du message que l’album porte.

La présence de Kodak Black, condamné, entre autres, pour agression sexuelle a fait beaucoup réagir. Comment as-tu perçu son invitation ?

Je trouve ça inacceptable et je n’arrive pas à passer outre. Dans le discours de l’album, sa présence fait sens mais elle me dérange. L’album aurait été aussi profond si Kodak Black avait été simplement cité, comme Kendrick Lamar le fait avec R. Kelly par exemple. C’est un personnage très controversé et je ne vois pas pourquoi il lui donne une telle audience, au lieu de mettre en avant ses victimes.

Son invitation s’explique parce que Kendrick parle de la cancel culture. Il raconte que ceux qui ont vécu dans des conditions extrêmes ne doivent pas être jugés, mais compris, au regard de tout ce qu’ils ont pu vivre. Comme c’est le cas pour Kendrick et Kodack, victimes de pauvreté, d’exclusion sociale et raciale… Mais ce n’est pas excusable, l’inviter c’est comme l’excuser. Et lui donner un interlude et un featuring, c’est trop. C’est comme quand Kanye West invite DaBaby et Marilyn Manson sur scène.

Tu mentionnais le morceau We Cry Together. Après plusieurs écoutes, comment as-tu reçu ce morceau ?

Le message est très intéressant, la femme prend le dessus et Kendrick se tourne en ridicule lui-même. Mais à la fin, les deux personnages s’apprêtent à faire l’amour. C’est un peu chelou qu’ils se réconcilient comme ça. Une nouvelle fois, il ne donne pas d’explication. Il a franchi une frontière qui est un peu tendu. Cette fois, il est volontairement provocateur et il s’est mouillé sur des sujets qui sont vraiment d’actualité. C’est une sorte de leader pour plein de gens, ce n’est pas un rappeur underground. Toutes ses prises de positions sont scrutées.

Faudrait-il alors que Kendrick Lamar s’exprime sur le fond ? 

Il le faut. Il l’a toujours fait avant pour donner des pistes de lectures au public. Et là, plus que jamais, il faut expliquer ce qu’il a voulu faire. Sinon c’est bizarre, il a des choses à justifier. C’est extrêmement personnel et personne ne peut comprendre ce à quoi Kendrick a pensé quand il a fait l’album. C’est pour ça que c’est important.

Kendrick Lamar évoque également la transphobie dans le titre Auntie Diarires. Est-ce que cela t’a surpris ?

Effectivement, c’est un thème très rarement évoqué, spécifiquement par des rappeurs masculins. Ce qui est intéressant, c’est que Kendrick Lamar est quelqu’un de très religieux et il met en péril sa foi. Dans le morceau, il est dans une église avec sa tante qui est devenu un homme. Il explique que le pasteur ne comprend pas ce geste, alors il se demande si la religion nous ment. Il sort un peu de l’image christique qu’il adopte souvent. Enfin… c’était avant de voir le clip de N95 où il se met en lévitation en se prenant pour Jésus. C’est un point qu’il faudrait d’ailleurs plus explorer.

Nous parlions de la cover où apparaissent ses enfants, la filiation est un thème marquant du disque. Un sujet qu’il a déjà abordé dans le passé, mais dont il nous parle plus.

Il avait déjà beaucoup évoqué son rapport avec son père, Kenny Duckworth, notamment dans « Good Kid, M.A.A.D City » et « DAMN. ». Il guidait ses pas mais était aussi le symbole de plein de choses qui le tiraient vers le bas. Father Time est super intéressant parce qu’il va plus loin. Il explique que son père lui a appris a devenir un homme fort, viril, à se battre pour ce qu’il voulait. J’ai trouvé ça bien car il met cela en perspective avec sa propre expérience de père. Il s’interroge : est-il capable de guider ses enfants vers le bon chemin ? Est-il capable d’être quelqu’un de bien ? Va-t-il transmettre ses vices à ses enfants ? La question se pose, surtout lorsqu’on l’entend évoquer son addiction au sexe. Il dit des trucs assez durs, particulièrement si on se met à la place de sa femme. Des histoires de trahisons, de tromperies… Ce qu’il raconte est très profond.

Kendrick Lamar avait-il déjà autant parlé de lui-même ?

Il l’avait déjà fait dans « Good Kid, M.A.A.D City » et surtout dans « DAMN. » qui est une exploration de sa personnalité, des ses traumatismes et du chemin vers la rédemption. Cette fois, il parle de lui mais pour aller vers les autres. On dirait qu’il prend plus de recul. C’est une exploration de sa thérapie car l’album est plus que jamais thérapeutique pour lui. Il pense aussi plus à lui et ça se ressent dans le titre Savior où il dit qu’il ne sauvera personne. Il arrête de penser aux autres pour privilégier les siens.

Quel est ton regard sur ses performances vocales ? On entend Kendrick chantonner, plus que ce à quoi il nous avait habitué. 

Ça va avec les temps qui court. Baby Keem, par exemple, est un artiste qui travaille beaucoup sur les mélodies et on sait que Kendrick est très impliqué dans son processus créatif. Je pense que c’est une manière de simplifier son discours. Dans le clip N95, il transforme beaucoup sa voix. D’ailleurs, il n’a jamais fait que rapper, il y a plein de nuances dans son flow. Je ne comprends pas ceux qui réclament plus de rap. Ça me dépasse un peu.

Mother I Sober c’est une grande chanson, Purple Hearts avec Ghostface Killah c’est super fort, Silent Hill est un gros banger. J’ai un problème avec les gens qui projettent leurs propres envies sur ce qu’est censé faire un artiste. C’est comme ça qu’on les enferme dans une case et qu’on refuse qu’ils évoluent. Si on connaît Kendrick, on sait très bien que ça sera différent à chaque fois. Il a toujours fait de la musique uniquement pour lui, il n’a plus besoin de prouver quoique ce soit sur sa place dans le rap. Il n’a plus besoin d’argent et d’ailleurs dans le disque il n’y a pas d’énorme single comme HUMBLE. et DNA..

Comment interpréter le fait que Top Dawg Entertainment, son label, soit si peu représenté sur le disque ?

Je suis assez partagé là-dessus. Si on est égoïste justement, on aurait aimé que pour son dernier album chez TDE il y ait du Jay Rock, du Schoolboy Q et du Ab-Soul, pour faire une fête avant les au revoir. Mais en même temps, il prépare le futur avec Baby Keem. Donc c’est logique qu’il le mette en avant pour lui donner de la visibilité. D’ailleurs, dans les crédits, on voit qu’il a collaboré avec des producteurs qui bossent avec lui depuis ses tout débuts, avant même « Section 80 », notamment Sounwave et DJ Dahi.

Selon toi, quelle suite cet album annonce-t-il ?

Je le vois comme son dernier album. La dernière chanson veut dire ça : « Je n’ai pas réussi à sauver le monde, désolé, donc je vais me sauver moi-même. » C’est presque un constat d’échec. Dernier album chez TDE, il travaille sur une comédie avec les créateurs de la série « South Park », il développe des artistes… Il a fait sa thérapie, de son enfance et même de son statut d’adulte. Il dit aussi qu’il va s’occuper de ses enfants, qu’il souhaite être un homme bien pour eux avant de l’être pour ses millions d’auditeurs. Le titre Mirror, c’est une victoire et un au revoir. 

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Coelho : « Les années à venir vont être décisives pour ma musique »

En novembre 2021, le rappeur Coelho a livré « Un jour de plus », le premier EP d’une trilogie. Mosaïque l’a rencontré pour la sortie ce 29 avril du deuxième opus « Un jour de moins ». L’œuvre d’un acharné, flirtant avec l’introspection et l’allégresse. Quelques heures seulement avant sa première partie de Kemmler au bar nantais Le Ferrailleur, nous avons discuté le temps d’un verre avec l’artiste, avant d’être rejoint.e.s par son producteur Be Dar et son ami IPNDEGO. Entretien avec Coelho.


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Ton prochain projet « Un jour de moins » sera disponible dans quelques jours, comment te sens-tu ?

Je suis simplement pressé de le sortir, d’en parler, de le défendre sur scène. On était un peu dans le rush sur la fin du projet, c’est un peu notre défaut pour le moment. Mais je suis content, à la fois des titres, de notre travail et des feats. On a un concert ce soir où l’on va jouer des sons inédits. Je dirais presque que j’ai envie de les interpréter davantage pour nous que pour le public.


À la sortie de ton dernier EP « Un jour de plus », tu disais vouloir faire une trilogie avec 5 titres par projet. Or,  « Un jour de moins » compte 12 tracks. Que s’est-il passé ?

À l’origine, j’avais prévu d’enregistrer quinze titres, à séparer en trois EP. C’est de cette manière qu’est né « Un jour de plus ». Après sa sortie, j’ai réalisé que je ne le considérais même pas comme un projet à part entière, mais davantage comme une transition. En parallèle, on commençait à réunir plus de cinq titres. Tout naturellement, j’imaginais 14 tracks pour ce nouveau projet, dont trois avec la voix de Neefa (Intro, Outro, Interlude). Finalement, on ne la retrouve que pour l’interlude Noneefication. On s’est accordé sur le fait qu’elle s’imbrique mieux.

Prévoir une trilogie implique nécessairement des changements mais je connais généralement la direction qu’on va prendre. J’ai déjà prévu les visuels qui représentent les routines incontournables de chaque journée. La cover de l’EP « Un jour de plus », en violet, symbolise le réveil. Ce nouvel EP, « Un jour de moins », en vert, incarne le moment de la toilette, et enfin le prochain, « Un jour sans fin » dans les tons orangés, sera dédié au repas. Les covers illustrent le propos des titres, d’où cette idée de routine épuisante. Je ne suis pas triste, loin de là, mais créer une trilogie m’oblige à créer une ambiance. En espérant qu’ « Un jour sans fin » permettra d’en sortir. À l’image du film « Un jour sans fin » dans lequel le héros, s’en libère après s’être remis en question pour devenir la meilleure version de lui-même. 

Pourquoi la question du temps est-elle aussi centrale dans ta trilogie ? 

Je pense que si tu es connu tu peux rapper toute ta vie tant que tu aimes ta musique. Mais pour être connu, je crois qu’il y a une deadline. Il faut avoir la force de continuer sans vivre de ta passion. Dans Maudit, je dis que je suis dans un marathon car je rappe depuis longtemps et je garde un rythme de sortie constant. Je suis aussi dans une course contre la montre parce qu’à un certain âge tu te fais rattraper par la vie, les responsabilités, les envies. Lorsque tu vis de ta musique, tu fais de ta carrière une priorité. 

Tu évoques toujours ton envie irrépressible de vivre de ton art mais moins sous le prisme de tes petits boulots alimentaires. Te consacres-tu pleinement à la musique ? 

Grâce à ces petits boulots, je suis actuellement au chômage et j’essaye d’avoir l’intermittence. Pendant sept ans, je me suis consacré à des taffs que je n’aimais pas, alors je me suis presque promis de ne pas y retourner. À présent, je peux me dédier entièrement à la musique et construire ma carrière. Par contre, les années à venir vont être décisives.

Dans le morceau Maudit, tu dis aussi : « Plus les années passent, moins j’ai le temps de partir ailleurs ». Justement, te faudra-t-il quitter Nantes pour réussir à vivre de ton art ?

Ce n’est pas seulement par rapport à la reconnaissance. J’ai vécu toute ma vie ici et je rappe depuis la seconde même si les premières années ne sont pas sérieuses. Ce que je fais aujourd’hui, je le fais dans la même ville. Je prends donc du plaisir à bouger, me rendre à Paris, rencontrer de nouvelles personnes. Mon équipe de travail est là-bas, Merkus et Tunisiano, d’autres producteurs, d’autres rappeurs. Pour les clips, je suis allé rencontrer un réalisateur à Montréal. L’environnement musical Hip Hop à Nantes, je le connais. Les membres des institutions Pick Up, Hip Opsession, Big City Life, Krumpp… Je les connais humainement et les rappeurs les plus installés c’est pareil. 

J’hésite parfois à déménager mais au bout de deux semaines à Paris, j’en ai marre. J’ai en tête de vivre ailleurs un moment. Pourtant, à Nantes, il y a encore tout à faire. Avoir une audience sur internet est différent d’avoir des auditeurs qui se rendent à l’un de tes concerts. Avec le Covid, on n’a pas eu le temps de jauger l’impact qu’on a pu avoir avec « Odyssée » et « Se7en ». J’ai juste l’impression qu’il faut qu’on m’écoute ailleurs pour être plus écouté ici. Je veux être un rappeur français qui vient de Nantes. Les gens ne viendront pas nous chercher, il vaut mieux aller à leur rencontre à Paris par exemple.

Selon toi, la ville de Nantes a-t-elle la capacité de faire éclore une véritable scène rap ? 

Elle a autant de chances que toutes les autres villes. Il y a des jeunes, des équipes motivées. Maintenant, il y a également les studios de Krumpp et ATMA. Tout est donc favorable à ce qu’une scène émerge. Par contre, je trouve que les artistes pensent qu’ils peuvent se faire connaître à grande échelle en se focalisant seulement sur notre région. J’ai plutôt l’impression que c’est comme aux États-Unis. Je regarde le youtubeur Tales From The Click. Il parle d’acteurs qui finissent tous par aller à Los Angeles ou à New York.

Il faut parfois aller faire des rencontres à Paris pour que ce soit concret, c’est incontournable. C’est à Paris qu’on a obtenu des signatures, des grosses opérations de promotion, il n’y a pas de secret. La preuve : même les rappeurs marseillais sont signés dans des labels parisiens. J’espère également qu’on ouvrira les portes pour d’autres Nantais, pour mettre Nantes sur la carte et en faire une ville active. 

Lors du Grünt Talks à Nantes, en octobre dernier, tu affirmais proposer une musique hybride, à mi-chemin entre RnB et rap, d’où vient cette envie de ne pas te cloisonner et de tenter le chant sur des morceaux comme Le Temps d’un Verre ou Ton cœur ne suffit plus ?

RnB c’est un grand mot mais j’ai toujours écouté des artistes qui s’en rapprochaient. La première fois que j’ai saigné un artiste, c’était Fifty Cent. La mélodie et le chant avaient déjà une place importante. J’ai aussi découvert Sexion d’Assaut, Booba, Drake, Kendrick. C’est se fermer une porte que de ne pas créer de mélodies. Même si je ne m’estime pas être le meilleur chanteur du monde, je connais ma gamme et les notes que je peux tenir en concert. J’essaie de faire les refrains les plus entêtants possible. Il faut presque que je me force pour choisir de rapper un refrain plutôt que de le chanter.

Tu cites toujours des influences différentes, de Kendrick Lamar à OVO en passant par Solange Knowles. Comment les retranscris-tu ? 

Justement, elles m’inspirent mais je ne les retranscris pas toutes. « Vanités » était un écart entre Kendrick, Sampha, Solange, Frank Ocean, avec aussi du rap aux sonorités rock. J’aime beaucoup ce mélange mais ça partait dans tous les sens et ce n’est pas ce que j’ai envie de faire sur la durée. Ça ne me permet pas d’avoir une identité musicale définie. Les artistes que j’écoute ont leur propre patte. Je n’ai pas besoin de toutes leurs énergies pour avoir la mienne. Elle se précise avec le travail et les années. 

Pourquoi avoir invité IPNDEGO qui était déjà sur « Un jour de plus » ?

Il s’est récemment mis à chanter en français et j’ai accroché lorsqu’il a commencé à travailler avec mon frère. Il ne prétend pas faire du RnB à l’ancienne mais s’inscrit dans la vibe actuelle. C’est une position qui est facilement intégrable dans ma musique parce que je chante, mais avec une approche bien différente. Il vient de signer sur le même label que moi (Mezoued records, label de Tunisiano, NDLR).  En studio on a une alchimie, ça me paraît être une évidence. Et surtout, je l’apprécie humainement (rires de IPNDEGO qui est présent autour de la table). Il fait partie de mon entourage proche. Avoir un feat avec lui, c’est comme avoir Vincent à la prod. Je suis très fier de nos titres et je trouve Pour cette vie encore meilleur qu’Un peu de temps. Je serai aussi sur son projet qui sort en juin.

« Un jour de moins » présente aussi un featuring avec l’émouvant Tuerie. Comment est né le titre ?

J’ai découvert « Bleu Gospel » grâce aux recommandations de Mehdi Maïizi et Neefa. Intrigué, je suis allé écouter. Quelle claque ! Son projet est honnête, bien écrit, musical, bien mixé. Les clips sont cools. Je ne lui trouvais aucun défaut. Puisqu’il avait l’air accessible, je l’ai contacté. On s’est rencontrés en studio à Paris en février. J’avais déjà la prod mais on peinait à créer le morceau. Alors, on a offert à Tuerie la possibilité d’avoir plusieurs voix en changeant la prod. Il m’a dit : « Pour m’avoir entièrement sur un feat, il faut que tu me permettes de montrer mes différentes facettes ». Je ne suis pas habitué à bosser avec des gens que je connais pas et pourtant je trouve que Mes névroses est la preuve d’une belle alchimie. Sa performance se rapproche de ce que j’ai apprécié sur « Bleu Gospel ».

Le morceau Petit frère est un hommage à ton frère aîné Be Dar, qui a produit presque intégralement chacun de tes projets depuis « Philadelphia ». À quel point est-il présent dans ton processus de création? 

Il a travaillé sur presque l’intégralité des titres et puis KCIV, le DJ de Lujipeka, Seezy et Selman Faris de Don Dada, se sont rajoutés à la boucle. Vincent (nom de naissance de Be Dar, NDLR) est repassé pour faire quelques retouches. En résumé, il s’occupe surtout de la DA pour que le projet reste cohérent. En ce qui concerne Seezy, il a entièrement retapé des morceaux qui se prêtaient moins à l’univers de mon frère.

Tu collabores souvent avec le même entourage : Slasher Vision pour les clips, Juxe en tant qu’ingénieur du son, ton frère pour les productions et Tade pour les visuels. Pourquoi conserver cet entourage 100% nantais ?

Ce n’est pas le premier entourage avec lequel j’ai travaillé. J’ai surtout commencé avec mon frère puis on a rencontré de nombreux ingé son avant Juxe. Concernant le graphisme, j’ai toujours eu Tade. J’ai fait appel aux vidéastes de Slasher pendant quelques temps, même si je ne me ferme pas de portes pour aller vers quelqu’un d’autre, et revenir vers eux plus tard. Une fois que tu trouves un ingé son et un graphiste qui te comprennent, qui arrivent à te faire avancer dans ta démarche, avec qui les échanges sont fluides, en général tu ne changes pas.

Ce ne sont pas des postes faciles à trouver, en tout cas pour qu’il y ait un vrai feeling, une vraie cohésion et une vraie envie d’aller dans la même direction. Tant que ça marche, je ne vois pas pourquoi je changerais d’équipe. Il ne faut pas se fermer au fait de rencontrer des nouvelles personnes, des nouveaux collaborateurs mais quand ton environnement te convient, tu le conserves évidemment.

La suite pour toi, c’est le troisième opus : « Un jour sans fin » ?

La suite est bien entendu « Un jour sans fin », qui pour être honnête ne verra pas le jour avant l’année prochaine. C’est une trilogie donc je ne peux pas me permettre d’être absent trop longtemps. Mais j’aimerais qu’on mette en avant « Un jour de moins » sur le reste de l’année avec peut-être quelques sorties en attendant, tout en étant programmé pour faire des concerts. On envisage déjà une date en septembre à Paris. 

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sean : « « Restez Prince », c’est le sean que je voulais être »

sean est le premier artiste que Mosaïque avait interviewé, à l’occasion de la sortie de sa mixtape « À moitié loup », en plein confinement. Pour « Restez Prince », une nouvelle discussion s’imposait. Dans un recoin du Hasard Ludique, dans le 17ème arrondissement de Paris, nous avons retrouvé le rappeur. Il s’est présenté à nous élégamment vêtu d’une veste en cuir noir imposante, de lunettes de soleil dorées et d’une bague floquée « SEAN », au majeur gauche. Rythmé par quelques cigarettes, il s’est confié sur la conception de sa nouvelle mixtape, parue vendredi 15 avril. L’artiste rappe ses expériences, sa vision et une nouvelle philosophie. Celle du sad boy devenu prince. Entretien.


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Ta mixtape « Restez Prince » est sortie depuis cinq jour. Comment te sens-tu ?

Je me sens béni, mec. Je suis hyper reconnaissant, il m’arrive que des bêtes de trucs en ce moment…. Le concert, la sortie, j’attendais ça depuis tellement longtemps. Pour le coup, ce projet est une vraie philosophie de vie que je mets en avant : « Restez Prince ». 

D’où vient ce titre « Restez Prince » 

C’est une phrase qu’un ami plus vieux m’a dit pendant des vacances cet été en Italie dans les Pouilles. On s’est rencontré il y a un an et demi, il a de l’expérience et avec lui j’ai des conversations de fou. On part loin lui et moi. C’était un voyage très important pour moi. Quand je suis revenu à Paris je n’étais pas le même homme et j’avais cette phrase : « Restez Prince ». Ça m’a fait beaucoup réfléchir et pour moi, ça reprend l’idée du conte de fées avec une quête au bout.

Je veux privilégier le chemin qui t’amène à la fin plutôt que la fin elle-même. Dans le royaume, le roi, qui vit dans l’opulence, a une place très importante. Mais si on regarde les histoires, il prend une place secondaire lorsqu’il est mourant. Alors moi, je privilégie la quête plutôt que son arrivée. 

« Restez Prince », c’est rester humble, rester fidèle à ses rêves d’enfant. Quand tu regardes ma carrière, j’ai commencé par un truc très innocent avec quelque chose de très conceptuel (Son EP « Mercutio », sorti en 2019, DLR). Ensuite, j’ai senti une pression sociale et de l’industrie qui te dit qu’il y a des façons de faire. Je me suis rendu compte assez vite qu’il fallait que je m’écoute moi, c’était la seule solution.

Une fois rentré de ce voyage en Italie, as-tu changé des choses en toi ?

Je me suis mis à fond dans ce truc de rester soi. Ça m’a donné confiance. J’ai failli être roi parce que, quand j’étais tout jeune et innocent, des gens importants venaient me dire que j’avais un réel potentiel, que j’avais de l’intérêt. Ils te promettent plein de choses pour te charmer alors que t’es un gosse. Et souvent c’est faux et j’ai vu des plus jeunes que moi à qui il est arrivé exactement la même chose. C’est un peu comme les centres de formation de football.  

Après la sortie de ta mixtape « À moitié loup », le studio dans lequel tu travaillais s’est fait cambrioler. Tu as tout perdu et les quelques morceaux qui ont été retrouvés ont formé un nouveau projet « MP3+WAV », sorti l’année dernière. Comment t’es-tu relancé artistiquement après cette période ?

Après ce cambriolage, il y a eu une grosse période de flou pour moi. C’était un projet sur lequel je travaillais depuis longtemps. « MP3+WAV », ça ne s’appelait pas du tout comme ça et c’était un autre concept. J’avais envie de faire un projet hyper cohérent à la base, donc j’ai pris le temps pour repartir et j’ai même changé de process. J’ai changé d’équipe et de studio sans prévenir.

Surtout, je ne voulais plus retourner dans celui qui avait été cambriolé, je n’y avais plus la même énergie. C’était un nouveau chapitre. Maintenant, je travaille dans un studio qui s’appelle Noble dans le 20ème arrondissement de Paris. Le nom du studio colle totalement avec ce que je veux faire. J’y ai rencontré des gens humbles, qui m’ont poussé dans mon délire « Restez Prince » et qui m’ont rassuré sur le fait de produire ma musique comme je l’entends et à mon rythme, sans céder aux codes qui marchent aujourd’hui.

T’es-tu senti rattrapé par des codes ? 

De ouf, mais indirectement. Ce sont les gens avec qui je travaillais qui me disaient de faire un gros featuring parce que c’est comme ça que ça marche, en épurant mes clips, en faisant des choses conventionnelles… En mettant moins d’argent dans les visuels, mais plus dans la promo. Ce sont des avis légitimes et pertinents mais qui ne sont pas pour autant la vérité ultime. Faut savoir que moi, tu me donnes une enveloppe de 100 000 euros, je mets 90 000 dans les clips. Je m’en bats les couilles de la promo (rires).

Pour la réalisation de cette mixtape, de qui t’es-tu entouré ? 

D’un mec qui s’appelle Espiiem. Un rappeur de l’ancienne génération qui a fuck avec l’Entourage. Il a monté ce studio, Noble, qui reprend un peu l’esprit de Motown. Il veut un retour vers l’organique et développer des projets avec de grosses ambitions pour donner une respiration à la musique française. C’est lui et un autre gars plus lowkey (discret, ndlr) qui ne se crédite sur rien. Il m’enregistre, masterise, mixe… Ce gars, il fait des bêtes de truc gros. Il a tout fait sur « Restez Prince ». Il ne veut même pas dire son prénom et il est partisan de tout niquer sans donner son blase. Sans être dans le culte de la personnalité. Je pense que dans quelques années on en parlera comme un truc de ouf.

Ensemble, ils veulent reprofessionnaliser la musique en France. Je trouve que vu qu’on est dans une époque où tu peux faire de la musique avec ton ordinateur, on se contente de ça. Les propositions sont homogènes et génériques. Le but, c’est de se détacher de ça mais pour le faire, il faut des gens qui s’y connaissent vraiment. Moi j’ai commencé la musique dans ma chambre avec un PC et une carte son et j’avais cette envie d’explorer d’autres délires. Et eux, ils ont une vibe vraiment néo-soul, avec beaucoup de références et beaucoup de gens qu’ils peuvent appeler.

De quelle manière as-tu eu une approche organique de ta musique sur ce projet ?

Le meilleur exemple c’est Omax. On était sur un morceau baile et eux ils ont tout de suite pensé à appeler Addriano DD, le percussionniste de Stevie Wonder depuis 20 ans. Il est venu avec tout son matériel baile, j’ai eu l’impression d’être au festival de Rio, mec. Il a tout rejoué. On a fait chanter une chorale d’enfants aussi. C’était incroyable. C’est une approche différente de la musique. C’était un bête de moment de création. Et « Restez Prince », c’est aussi une transition pour moi. Les premiers tests… Je ne suis pas encore allé au bout du délire. Mais c’est que du bon pour le futur parce que le prochain projet, on fera vraiment un truc abouti. 

On remarque aussi que certains morceaux ont été réalisés par l’équipe des studios Goldstein.

Oui, j’ai écrit Vide et Zeudog vie chez eux. Avec Elyo, Ola et Pibe, la dream team. Tout ça, c’était il y a un an et demi, mec. Vide, je l’avais fait en live chez Pascal Cefran (Mouv’, NDLR) il y a un an et demi. Goldstein, on est grave proches. Ce sont les prémices des Avengers que je veux ramener sur mon prochain projet. Ce que j’aime, c’est la synergie de plusieurs compos, plusieurs énergies créatrices au service d’un même projet. 


Arrivé avec un peu de retard lors de notre entretien, sean a marqué une pause pour se rendre sur le tournage d’une interview avec un média rap. L’occasion pour nous de reprendre un café au Hasard Ludique. En attentant qu’il revienne, la rédaction vous conseille d’écouter la MOSA’Hit, notre playlist disponible sur toutes les plateformes.


sean est de retour, il reprend place à notre table. Lors de ton concert à La Place Hip Hop, tu avais interprété pour la première fois un titre qui reprend l’air des Cités d’Or. Pourquoi n’est-il pas sur la tracklist ?

On a galéré à avoir les droits et ça ne l’a pas fait. Mais il devait être dans la tape. Alors je suis allé au studio une dernière fois et j’ai fait le Coup du berger pour remplacer Cités d’Or. Il rappe : « Tout le royaume est au courant, une couronne cassée par terre. Et si mon ennemi est mourant, on pose les armes par terre. » J’ai écrit ça parce que c’était la mentalité. Et j’ai écrit Mauvais marins aussi à ce moment-là.

De quoi t’es-tu nourri pour écrire « Restez Prince » ?

J’écoute plein de trucs, je suis un fou des sorties, j’écoute tout ce qui sort. Je n’ai pas un artiste en particulier mais il y a des mecs comme C. Tangana qui font leur truc à part. C’est un rappeur espagnol, il a le même profil que moi et il a décidé de faire ce qu’il kiffait et ça a archi bien marché. Il se retrouve sur Tiny Desk (Une série de vidéo de concerts en direct animés par NPR Music, NDLR). Le but, c’est Tiny Desk. 

Dans cette tape, tu évoques beaucoup ton train de vie. Le coté plus faste. Est-ce qu’il a vraiment changé dernièrement ?

Je pense que j’ai grandi, ma vie s’est intensifiée. J’ai beaucoup de projets. Je sors, je life, je voyage, j’ai un peu d’argent. Ce n’est pas de l’egotrip, c’est juste vrai. Parfois, je la rends plus belle dans mes textes, mais c’est ma vie. 

Certains morceaux sont très introspectifs, peut-être plus que sur tes précédents projets. Notamment sur Vide qui est un titre fort. Peux-tu nous en parler ?

De ouf, c’est une période de ma vie. Vide ce que j’aime bien c’est que quand je l’écoute aujourd’hui, je n’ai pas la même interprétation ni les mêmes images que quand je l’ai écrit. Je me fais des nouvelles histoires avec. Quand je l’ai joué à la Boule Noire, c’était différent de quand je l’interprétais avant. Je dis plein de trucs dedans, c’est un ras le bol général, c’est un cri. Ça incarne un état d’esprit.

Ce son, il faut savoir qu’à la base c’est un long texte qu’on a coupé en deux pour faire le premier et le deuxième couplet. Je voulais faire quatre minutes de freestyle où je m’arrête aps mais il manquait un truc. Du coup, on a cassé avec quatre mesures sur lesquelles on s’est cassé la tête. Quand je l’ai enregistré, j’étais en transpi’. Je l’ai fait quinze fois d’affilée. Je suis ressorti, j’étais tout rouge. 

Comme dans tes projets précédents, l’amour est omniprésent. Parles-tu à quelqu’un en particulier ?

Non, ce sont des histoires vécues mais avec plusieurs filles parce que ça fait longtemps maintenant. Ce sont des chansons d’amour, des sentiments universels qu’on traverse tous. Tu enjolives les choses que t’as vécues. Je ne pense pas forcément à une personne. 

On retrouve aussi S.Pri Noir avec qui tu as déjà collaboré il y a quelques mois sur sa série de morceaux « Saison 999 ».

On a enregistré le feat Hey Baby en même temps que Juicy, sur la même session. C’est moi qui l’avais invité parce qu’on a des connaissances en commun, on s’était déjà rencontré. C’est un bête de gars, bête d’humain. Il est simple, c’est un mec prince. Il n’est pas roi, il a toujours faim alors que ça fait 15 ans qu’il est là, avec la sagesse d’un mec de 40 ans.

On a écrit ensemble, c’était un passe-passe. On se répondait, on enregistrait et après on écrivait par rapport à ce que l’autre avait dit. Sur le projet on devait aussi avoir un gros feat de ouf international, un espagnol, et ça ne s’est pas fait à cause d’un problème de timing. Je n’avais pas envie de chercher un feat pour faire un feat. Je n’aime pas quémander sauf si je trouve ça pertinent qu’il y ait cette personne sur le son.

Et alors, cette cover ?

Quelle cover incroyable. C’est une gow qui s’appelle Léa Simon. On a d’abord matché sur un premier clip et on a glissé sur la cover parce que j’aimais trop sa DA. C’est rare les gens qui ont du goût comme elle. Moi j’avais déjà l’idée avec le gâteau cassé en deux qui symbolise la couronne, comme un petit anniversaire et elle a rajouté un truc très « De Rrusie ». C’est un ami à moi qui fait des tableaux de ciel. On lui a fait un clin d’œil avec ce fond. Et sur la table, on a mis plein de trucs qui symbolisent l’aventure. Un peu comme si chaque objet représentait une péripétie. Elle est forte cette cover. 

Tu nous avais confié, lors de la sortie de « À moitié loup », vouloir montrer un sean plus dansant et plus solaire. Chose qui s’est ensuite confirmée sur « MP3+WAV ». Une partie de ta fanbase a été déçue de tes nouveaux choix artistiques, plus éloignés de l’ADN de « Mercutio ». Comment as-tu senti réagir ton public après la sortie de « Restez Prince » ?

Je pense que j’en ai perdu pas mal en route (rires). Certains attendaient mon retour dans un truc un peu conceptuel. Mais j’ai l’impression qu’avec « Restez Prince », tout le monde y trouve son compte. C’est plus lisible. Il y a un vrai univers avec une singularité. Les fans de « Mercutio » peuvent s’y retrouver. C’est plus tout public, c’est plus mature. Je ne ferai jamais un « Mercutio 2 », mais c’est la même énergie.

sean a-t-il trouvé son équilibre ? 

« Restez Prince », c’est le sean que je voulais être. C’est un bon équilibre entre plein d’influences. Je vais aussi vers d’autres choses, avec « L’Œil du Dog » par exemple. J’ai trop aimé les moments de tournage. C’était très libre et j’ai beaucoup aimé ça. C’est un projet évolutif et je vais mettre les sons sur les plateformes. Il y a même un EP qui va arriver de trois titres, un projet spécial summer. Ce sera la surprise, c’est un style très rare dans le rap. Personne n’a posé là-dessus je crois. Le but, c’est que ça passe en soirée.

Mais il n’est pas encore venu le temps de l’album ?

Non, je suis Lil Wayne, je sors des tapes, je m’amuse. Je ferai un album quand je pourrai faire mon bail. Quand je ferai un album, je serai prêt à le faire. Pour moi c’est important frérot. Si je fais un album, faut que ce soit le meilleur album. 

As-tu déjà des plans en tête pour la suite ? sean

On va faire un séminaire de trois semaines avec les Avengers des compositeurs français, que des monstres. La première semaine, ils vont composer. Ensuite, j’enregistrerai sur des clics, donc le métronome. À partir de là, on aura la base et on appellera un gars en particulier des States qui va retaper tous les beats et qui va faire en fonction de ma voix, de mes émotions. Ça fera des sons beaucoup plus fluides et qui évoluent beaucoup plus. 

Ce nouveau projet s’accompagne aussi par ta signature dans le label Suite 21, chez A+LSO (Sony Music France). Que signifie cette nouvelle page de ta carrière ?

Lansky (fondateur de Suite 21, NDLR), c’est devenu un reuf. On s’était rencontré sur le shooting de Mauvaise nouvelle où il était venu écrire un article pour YARD. J’avais kiffé cet article. Il m’a donné de la force sur Twitter et il m’a toujours suivi. On ne s’est plus lâché. J’aime beaucoup ce gars et il complète ma vision parce qu’il la comprend. Ce n’est pas un vieux DA à l’ancienne (rires). J’avais besoin d’un neujeu qui capte ce dont je parle et à qui je peux tout dire. 

La recette de sean, tu le disais, ce sont aussi les clips. Des visuels sont-ils en préparation ?

Pour Hey Baby et Mauvais marins on a tourné un truc mais on ne sait pas si ça va rendre bien. Il y a le clip de Plus jeune qui arrive. sean regarde une vidéo sur son téléphone que l’on vient de lui envoyer avec les effets spéciaux. Il est réalisé par celle qui a fait la cover, Léa Simon. Ça va être fou.


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Driver : « Ce livre me rappelle tout ce que j’ai fait pendant 30 ans »

Rappeur, journaliste, chroniqueur, acteur, producteur et maintenant auteur. Avec 30 ans de carrière derrière lui, Driver a accompagné le rap français dans toutes ses évolutions depuis les années 90. Une longévité rare qui a donné naissance à « J’étais là », un livre co-écrit avec le journaliste Ismaël Mereghetti qui raconte la carrière de l’artiste. L’ouvrage, publié aux éditions Faces Cachées et Hors Cadres, montre comment se réinventer en tant qu’artiste dans une culture en perpétuelle changement. Mosaïque a rencontré Driver et Ismaël Mereghetti pour l’occasion.

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Dans « Roule avec Driver », tu disais souvent : « Celle-là je la garde pour mon livre », en parlant de certaines anecdotes. Avais-tu envie d’écrire ce livre depuis longtemps ?

Driver : Je suis nul dans les dates mais ça correspond à l’époque où je bossais chez OKLM. Je balancais un maximum d’anecdotes dans les émissions et les internautes m’ont demandé d’en faire un bouquin. Au début, je ne prenais pas la chose au sérieux. Mais des éditeurs m’ont envoyé des messages privés sur les réseaux sociaux en me disant : « Si tu le fais, ça nous intéresse ». Alors j’ai décidé de garder des anecdotes de côté pour que le livre soit intéressant.

Ismaël Mereghetti : Ça s’est fait très vite. Il y a eu les discussions avec les éditeurs et Driver a fait un choix fin 2020. On a ensuite lancé le processus d’entretien au printemps 2021.

Comment s’est faite la connexion avec Ismaël Mereghetti ?

Driver : Quand j’ai décidé de faire le livre avec les éditions Faces Cachées et Hors Cadres, ils m’ont demandé si je voulais un journaliste pour co-écrire avec moi. J’ai dit oui tout de suite parce qu’écrire des livres, ce n’est pas mon métier. J’avais commencé à écrire et j’avais déjà trois chapitres, mais ça m’avait pris beaucoup de temps. Je me disais : « Si je suis ce rythme-là, le livre sera là dans trois ans. » Le premier nom que l’on m’a proposé c’est Ismaël Mereghetti. J’avais déjà bossé avec lui dans une émission sur YouTube qui s’appelle « La Récré ». J’aimais vraiment toutes ses interventions, je les trouvais très pertinentes, donc on a commencé le boulot.

Comment s’est passé l’écriture ?

Ismaël Mereghetti : Il y a eu un temps d’entretien et un temps d’écriture. D’abord, pendant deux mois on a fait des demi-journées entières de discussion. Driver venait avec des choses à raconter. Moi en tant que journaliste, je posais des questions, je le relançais, on échangeait. Parfois, il parlait longtemps, j’écoutais, je notais tout et à la fin j’avais des cahiers entiers de notes. Je suis parti dans l’écriture et je lui ai proposé ce que j’avais fait. Généralement, on envoie des petites bribes, mais il m’a fait complétement confiance.

J’avais très envie de lui proposer quelque chose de construit tout de suite pour qu’il ait la vision globale du récit. Ensuite, il m’a fait des retours très détaillés. J’avais très peur qu’il le lise. C’est sa vie et je pensais que ça allait être chiant pour lui. Finalement, il m’a dit : « J’avais pas l’impression que tu parlais de moi ». C’était la preuve que s’il s’était fait embarquer par l’histoire, ça pouvait marcher pour tout le monde. C’est l’enjeu de travailler à deux comme ça. C’est écrit à la première personne mais c’est passé par un intermédiaire. Ce ping-pong entre nous pousse les choses différemment.

Qu’est-ce que ça fait de lire un livre qui parle de soi, qui raconte sa propre vie ?

Driver : J’ai eu un détachement quand je l’ai lu, c’est bizarre. Je ne suis pas sûr que tout le monde le vive comme moi mais je me suis dit : « Ouah il a fait tout ça, j’ai fait tout ça ? » Quand on a la tête dans le guidon, on ne se rend pas compte que notre vie est une accumulation de choses. Ce livre me rappelle tout en fait, pendant 30 ans.

Ismaël Mereghetti : Il a vécu ce que certains de ses invités racontent dans « Featuring » (Podcast animé par Driver, produit par Engle, NDLR). En tant qu’auditeur, je me dis toujours qu’ils ont des énormes carrières et qu’ils en sont eux-mêmes étonnés. T’as un Passi ou un Busta Flex qui redécouvrent des trucs alors que nous on les connaît par cœur. C’est là où je me suis dis que ça pouvait être bien que je mette un miroir à Driver, que je lui dise : « Tu te rends compte, t’as fait ça en telle année, t’avais tel âge, c’est un truc de ouf, c’est pas normal. »

Pourquoi avoir choisi ce titre, « J’étais là »  ?

Driver : C’est Ismaël qui a eu l’idée. C’est une phrase que je répète souvent dans le podcast « Featuring ». Quand je reçois les gens, ils me racontent des moments de leur carrière et je leur dis : « J’étais là ! », parce que j’étais vraiment là. Je me rends compte que j’étais très souvent là et c’est ce qui me caractérise. Il fallait que ça s’appelle comme ça.

Ismaël Mereghetti : Je cherchais un titre à lui soumettre et je ne voulais pas que ça soit un truc comme : « C’est clean » ou un gimmick. Quand je trouve « J’étais là », je me dis c’est parfait parce que ça incarne toutes ses facettes. Le côté témoin de plein d’époques, il se retrouve toujours dans les endroits où il se passe des choses, et le rôle géographique. « J’étais là » à Sarcelles, en France (Ville de naissance de Driver, NDLR). Il a pu être partout dans le monde, il est toujours là. C’est ce qui le définit beaucoup.

Quel est ton secret pour durer dans le temps en tant qu’artiste ?

Driver : C’est la passion, l’amour. Si t’aimes ça, tu vas rester. J’ai beaucoup de collègues de ma génération, à un moment ils n’ont plus aimé, c’est pour ça qu’ils ont disparu. Moi j’ai cette chance d’aimer encore. Malgré les mutations du rap, je trouve toujours mon bonheur aujourd’hui. J’ai tous les morceaux d’avant, je les garde, je les écoute, mais les nouveautés aussi.

Ismaël Mereghetti : Et pour lui, en plus de l’amour et la passion, le secret c’est de toujours rester dans son truc. Tu dures quand tu ne colles pas à des modes, sinon tu te fais forcément dépasser. Il a tracé son propre sillon.

Pendant la lecture, on comprend que tu ne cherches pas le succès mais plutôt à te faire plaisir. Comme pour les interludes avec Julia Channel et Sophie Favier sur ton premier album par exemple.

Driver : Tout à fait. Après, je voulais juste la rencontrer Sophie Favier, on va pas se mentir (rires). Mais même en termes de featuring rap, je ne suis pas à la recherche du mec qui vend le plus. Si tu me demandes avec qui j’ai envie de faire un morceau, je ne vais pas te citer le top 10 des plus gros vendeurs. Il y a vraiment un truc de musique. Est-ce que ça me touche ou pas ? Est-ce que je me vois avec lui ? Quand je l’entends rapper, est-ce que je me dis : « Ah le salaud il est fort ! »

Quelle époque de ta carrière as-tu préféré ?

Driver : Je le dis souvent à des rappeurs plus jeunes que moi : « Profitez de cette période où vous faites monter le buzz sur votre nom jusqu’à l’éventuel signature en label. » En major ou en indépendant, peu importe. Ce moment où tu vas sortir ton premier album, tout ce qui est un petit peu avant, c’est magique. Moi, c’est ma période préférée. On va dire de 1996 jusqu’à 1998. C’est là ou je vois le truc monter. Je me dis que je vais vraiment faire un album. Je le sens et je le sais (Le premier album de Driver « Le Grand Schelem » est sorti en 1998, NDLR).

Ismaël Mereghetti : T’as rien à perdre à ce moment-là.

Tu parles aussi souvent de tes voyages aux États-Unis. Ces expériences t’ont-elles nourries pour réaliser tes disques ?

Driver : Ça a surtout changé ma façon de travailler. Je me suis retrouvé dans l’urgence des États-Unis parce qu’ils sont comme ça : « Tu rap en français ? Je suis beatmaker, écoute mes sons, t’aimes bien celui-là ? Rendez-vous demain au studio à 14h pour enregistrer un morceau. » Je ne pouvais pas dire non alors je me mettais à écrire sur place. Quand je suis rentré en France, j’ai fait la même chose. En termes de business aussi, ils sont très dans le show, à préparer des événements. Ce qu’on appelle le buzz maintenant, eux ils font ça depuis toujours.

J’ai eu la chance de vivre l’industrie de la musique à LA. La journée j’étais en studio, le soir j’étais dans ce qu’ils appellent des « soirées industries ». Dans la boîte, il n’y a que des gens de l’industrie, de la musique et du cinéma. Toutes les conversations sont à propos de faire avancer sa carrière.

Ismaël Mereghetti : Il a toujours eu une mentale très américaine de par sa passion pour ce pays. Du coup, il a pensé sa carrière un peu comme un Américain, hors des codes. Chacun de ses voyages se sont faits dans des moments où en en France ça n’allait pas forcément très fort et ça lui a donné une bouffée d’air. Ça le conforte dans cette histoire de longévité. Il se dit qu’ils ont raison et qu’il doit continuer à faire les choses à sa manière quand il revient ici.

Après avoir fait de la musique, de la production, du journalisme, du cinéma et sorti un livre, souhaites-tu te lancer dans un autre domaine ?

Driver : En fait, tous ces domaines-là ne m’ont pas intéressé. Il n’y a que le rap qui m’a intéressé et c’est le rap qui m’a amené à avoir des situations où on m’a proposé ces autres casquettes. C’était pas des plans de carrière. Moi je me voyais rapper toute ma vie et à la rigueur être producteur de rap. Le reste ce sont des trucs qui me sont tombés dessus. Donc s’il y a d’autres casquettes qui arrivent sur ma tête, c’est qu’elles me seront aussi tombées dessus (rires).

Que penses-tu de la scène rap actuelle ?

Driver : Il y a du bon et du mauvais, comme à toutes les époques. Je ne dis pas non plus que c’était mieux avant. On se plaignait déjà à l’époque, aujourd’hui c’est pareil. Maintenant dans le bon, je trouve que les artistes sont plus libres de leurs mouvements, ils font ce qu’ils veulent. J’ai connu une époque où t’avais pas le droit de sortir des rangs. Moi je fais partie de ceux qui en sont sortis.

Il y a des jeunes qui m’ont découvert en tant que média, qui entendent que je suis un rappeur, donc ils vont fouiller. Ils écoutent mon premier album et ils me disent : « Ouais ça tue, c’est un classique ». C’est sûrement aujourd’hui qu’il aurait été vraiment compris parce que les artistes sont vraiment plus libres. J’étais un peu en avance. C’est important de ne pas être en avance, ni en retard. Il faut être à l’heure.

Ce livre remonte loin dans le temps. Pour les rappeur.se.e et les passionné.e.s, pensez-vous qu’il est important de connaître l’histoire de cet art ?

Driver : Important je ne sais pas si c’est le mot mais c’est mieux. Si tu sais ce qu’il s’est passé avant toi ça peut te servir. Pour un rappeur à la mode en 2022 qui a commencé en 2010, ce qui est intéressant c’est d’abord celui qui était là en 2008. Si tu ne connais pas celui qui était là en 1990, ça ne va pas changer ton rap et ça ne va pas t’empêcher d’être bon. Mais au bout d’un moment, tu auras peut-être besoin de la force d’un mec qui était là en 95-96.

Ismaël Mereghetti : Faut pas culpabiliser les jeunes, chacun connaît son histoire. Ce genre de livre, ça pose des pierres et chacun peut aller piocher ce qu’il veut après.


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Lord Apex : « Je suis un enfant de Kanye West, il m’a donné confiance en moi »

Don’t speak French ?

This article is also available in english. Scroll down to the bottom of the page for the translation of this interview.


Lord Apex Lord Apex Lord Apex

Version française / French version

Après la sortie en avril 2021 du troisième volet de sa série de projets « Smoke Sessions », Lord Apex est revenu le 10 mars dernier avec « Off the Strength ». Un album confectionné en collaboration avec Cookin Soul, le compositeur espagnol, producteur pour Orelsan, Deen Burbigo et Wiz Khalifa. Mosaïque a pu discuter, à distance, avec le rappeur en pleine tournée en Europe. Entretien.

Lord Apex Lord Apex Lord Apex


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Comment te sens-tu après la sortie de ton projet « Off the Strength » ?

Je suis super content. Cette collaboration avec le producteur Cookin Soul est probablement mon meilleur démarrage. Sur Spotify, on est juste en dessous de 500 000 écoutes. Les visionnages sur YouTube sont également au top. Tout compris, on doit être proche du million d’écoutes. Je suis comme un fou. En plus de ça, il y a encore des visuels à venir.

Il sonne différemment de ton précédent projet « Smoke Sessions 3 ». Pourquoi ?

Sur les « Smoke Sessions », j’ai travaillé avec beaucoup de producteurs différents, des Britanniques comme des Américains : Maverick Saber, GRiMM Dozan… J’avais tendance à rester dans la même vibe (Sonorités boom bap et lo-fi, NDLR). Là j’ai essayé de proposer une atmosphère différente et de travailler avec un seul producteur. Cookin Soul m’a donné envie de tester de nouvelles choses et d’exploiter des inspirations différentes. Il fait partie des compositeurs avec lesquels j’ai toujours voulu travailler. J’ai dû prendre un petit peu de recul par rapport à cela pour pouvoir réellement saisir l’opportunité qui m’était donnée.

Dans une interview à propos de « Smoke Sessions 3 » en 2021, tu disais croire en la qualité de chacun des titres. As-tu eu le même sentiment sur ce nouvel opus ? 

Si je suis honnête, je te dirais que oui, quasiment. La collaboration avec Cookin Soul était réciproque, c’était top ! Lorsque je composais les morceaux, je voulais tester de nouvelles choses. À la fin, il n’y avait qu’un seul son sur lequel j’avais un doute, c’est Bricks. Pour le reste, c’était très fluide, j’aimais vraiment tout. Je voulais faire quelque chose de spécial. C’est la raison pour laquelle je chante beaucoup plus sur ce projet. 

Les productions sont aussi plus punchy et incisives, à l’image des morceaux Stay Alive et M.I.M.S qui semblent fonctionner comme une paire, avec une rythmique similaire. Pourquoi ce changement de ton ?

Je voulais prouver des choses. Je me disais : « Continuez de faire semblant de ne pas me connaître, maintenant, vous allez le savoir ! » Et ce qui résume bien l’énergie de ce projet, c’est l’histoire derrière le titre M.I.M.S. Un jour, mon gars Jack Harper organisait un événement pour promouvoir sa marque. Quelques DJ et des invités étaient là. Je suis arrivé pour monter sur scène à 2h du matin. Je lui avais dit que je venais gratuitement. Mais en contrepartie, je demandais un minimum de respect de la part de la foule.

Je me suis retrouvé sur scène en train de kicker et les gens continuaient de parler pendant ce temps-là. Vraiment, ça m’a énervé. Donc j’ai pris le micro et gueulé pendant cinq minutes : « Vous n’avez jamais été à un show ou quoi ? Je me fiche de savoir qui vous avez vu avant. Je suis là, je rappe donc vous devez me respecter. » Jack est arrivé pour me dire de rentrer chez moi et de ne pas tenir compte de ce qui s’était passé. Alors je suis arrivé chez moi à 7h du matin et j’ai posé toute ma colère dans ce freestyle. J’ai exprimé mes émotions de l’instant.

Tu as commencé sur SoundCloud. Comment est-ce que tu perçois cette plateforme ?

SoundCloud est génial pour une chose : c’est un espace qui ne concerne que toi et tes amis. Avant, la musique n’était pas accessible pour tout le monde. Les gens ne savaient pas ce que c’était d’avoir un home studio et de s’enregistrer tout seul. Par exemple, je n’en avais pas avant 2018. J’ai commencé parce que je voulais chiller avec mes amis et enregistrer des sons avec eux. C’était beau parce que je pouvais littéralement être fan de mes amis et me sentir très libre. 

La musique est-elle nécessairement collaborative pour toi ?

Cela joue beaucoup. J’ai eu cette conversation il y a quelques jours avec un ami. On se disait : « Ce serait incroyable de regrouper toute la musique créée depuis la nuit des temps en un seul et unique morceau, non ? » J’ai l’impression que ça a été un vrai bing bang spirituel quand la première chanson a été créée. Puis ensuite la première danse. Quand les deux se sont rencontrées, je n’imagine pas le résultat. 

Depuis 2016, tu as sorti au moins un projet par an. Cette productivité a-t-elle été importante dans ton ascension ?

Et encore, ce n’était pas suffisant (rires). 2016 a été l’une de mes meilleures années, j’ai lâché cinq ou six projets. Je suis fier lorsque je me remémore ces années parce que l’on a vraiment fait ça sans aucun argent. Uniquement grâce au travail acharné. Une nuit, je me suis enfermé au studio et j’ai enregistré 49 sons sur une seule tape. Le lendemain, j’étais de nouveau en train de composer des prods.

La clé, c’est ça : savoir à quel point tu en veux, à quel point tu es prêt à t’investir. Je vais avoir 26 ans cette année, je n’ai plus le temps de jouer. Je ne suis plus un enfant, je travaille tous les jours pour développer mon art. Quand j’ai fait mon entrée dans ce milieu à 16 ans, je voulais être le meilleur. Puis, au fur et à mesure, je me suis dis que je voulais être le meilleur dans ce que je faisais, tout en restant dans une sorte de confort. Ces deux dernières années m’ont fait changer d’avis : je veux devenir le meilleur, tout court.

Ce rythme t’a-t-il aidé à affûter ton style ? 

C’est certain, à 100 %. Par exemple, je fais des freestyles tous les jours et je m’entraîne sur des productions différentes. Du coup quand je pose sur des sonorités plus électroniques par exemple, les gens trouvent cela bizarre mais je me sens en confiance dessus parce que je freestyle déjà régulièrement sur ce type de sons.

Dans quelle mesure la confiance en soi est-elle importante pour toi, en tant qu’artiste ?

Je suis un enfant de Kanye West. En grandissant, il m’a donné confiance en moi, comme à de nombreux enfants. Il a été le premier à se sentir légitime de dire : « Je suis le plus grand de tous les temps ». Être fan de lui m’a donné les clés pour mieux me comprendre. Une partie de cette énergie vient des interviews d’hommes comme Mohamed Ali ou Mike Tyson que je regardais. Toute cette foi aveugle vient de cet état-d’esprit. Je ne sais même pas si je suis le meilleur dans la pièce, mais je vais venir avec la confiance suffisante et t’affirmer que c’est le cas.

Ça me permet de me sentir à l’aise pour expérimenter de nouvelles choses. Je pourrais prochainement me lancer dans le théâtre par exemple. La mode pourrait m’intéresser aussi. Mon frère m’a déjà promis qu’il me laisserait défiler lors de son premier show. Mais il faut aussi avoir la capacité de rester calme et à ne pas te perdre là-dedans. C’est ce que je veux transmettre aux enfants lorsqu’ils me voient en interview ou sur scène.

Jusqu’ici, as-tu été soutenu ?

Ma famille est fière de moi, même si je ne leur ai pas parlé pendant des années parce que j’étais recroquevillé sur moi-même. Ma mère m’a laissé prendre une année sabbatique après la fac en me disant : « Tu as un an, fais en sorte que cela fonctionne (dans la musique, NDLR) ». Elle aurait pu me mettre la pression pour que je puisse trouver un travail rapidement. Mais au contraire, elle m’a toujours laissé l’espace suffisant pour exprimer ma créativité. Mes proches m’ont toujours supporté. C’est essentiel, je pense. Ils savaient que j’étais né pour faire de la musique.

Le « Smoke Session Tour » va bientôt démarrer. Comment te sens-tu ?

J’ai hâte ! On commence le 19 mars à Porto. Cela fait dix ans que je travaille en indépendant et c’est un vrai aboutissement. Même si c’est difficile de célébrer ma propre réussite parce que je ne me sens qu’au début de mon aventure. Je prends du recul au maximum pour garder les pieds sur terre. Nous n’avons encore rien fait. On reste humble, tout en restant sûr de notre force. J’ai déjà réalisé les collaborations de mes rêves. On va le faire ! 

« Smoke Sessions 4 » est-il en cours de préparation ? 

2024. Pas avant. On a d’autres projets à sortir avant et ils vont nous mener jusque-là. Et quand ça arrivera, je veux que ça soit légendaire. Par exemple : Lord Apex x Brodinski ! Il y aura des flows incroyables sur des prods électros. Il y a aussi un projet qui est en route avec le producteur orléanais Astronote qui a déjà bossé avec Kendrick Lamar. Beaucoup de belles chansons vont arriver. Juillet semble être le bon moment pour diffuser tout cela. Quatre projets devraient sortir d’ici l’été. 


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English Version / Version anglaise

On 10th March, Lord Apex came back to release his new album called “Off the Strength”, the result of his collaboration with Spanish DJ Cookin Soul. The project introduced his Smoke Sessions Europe Tour (from March to June 2022), which included a stop in Paris at the venue “Elysee Montmartre”. The tour is going to end at Barcelona Primavera Sound Festival next June. Mosaïque interviewed Lord Apex, just a few days after the release. 


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How do you feel after the release of your new project “Off the Strength” ?

I am super happy. This is probably our best first week release, even though it is a collaboration. On Spotify, I know that we are just under 500 000 listeners right now. The numbers on YouTube have been amazing too. All together, we are just under a million. So, I am really excited right now. We have got some more visuals on the way. 

This sounds different to your last album “Smoke Sessions 3”. How do you feel about that ?

I had a lot of different producers working on the “Smoke Sessions”, with a few Americans and Brits (Maverick Saber, GRiMM Dozan). I like to keep the same vibe (Lo-fi and boom bap sounds) in my music, when I am on this series. However, when I am working with only one producer, we try to make something different. Cooking Soul was on the list of producers I have always wanted to be on a project with. I took a step back and told myself that I was getting the opportunity to work with someone I had always looked up to. 

During an interview about “Smoke Sessions 3” in 2021, you felt confident about every track. Do you feel the same this time ?

Most definitely. It was beautiful because there was a mutual connection on this project. When I was making it, I was like : “Experiment it”. I knew that I would know if it was good or not by trying. Once we finished recording everything, there was only one song we were divided on, called Bricks. Apart from that, everything was smooth, I pretty much loved everything. I wanted to make something special, which is why I am singing a lot more on it. 

Productions are sharper and punchier than your preceding projects. For instance, Stay Alive and M.I.M.S seem to work together, following a similar rhythm. What was your idea behind this change ?   

When I made that, my mindset was like : you guys keep acting like you don’t care about me. So, act like you know ! I am going to give you the backstory behind M.I.M.S. One day, my guy Jack Harper was putting on an event to promote his brand called Aeliza. Some DJ were there, some special guests too and people came to see the installations and buy the products. It was two in the morning, I went out as a special guest.

I was doing it for free, so I would just ask for a certain level of respect from everyone in the crowd. When I was performing, people were still talking. I just got really pissed off, so I pulled the mic and shouted at the crowd for five minutes : “You guys have never been to a show before ? I don’t care who you have seen before, I am here, I am rapping, I need you to respect me”. Jack was like : “Nevermind. Go home”. I got home by 7 in the morning and I freestyled the whole thing, out of pure anger. 

You started to create music on SoundCloud. How do you view the platform ?

The beautiful thing about SoundCloud was that it was only about you and your friends. Music was not always accessible before, not everyone knew what a studio was, not everyone knew you could have a home set and record yourself. I did not have one until 2018. At the beginning, I would just go to my friends and record there. It was beautiful because I could be a fan of my friends. 

Is music collaborative, according to you ? 

It plays a big part. I had this conversation with a friend some days ago. We were saying : “Wouldn’t it be crazy if all music, since the beginning of times, was standing for one ?” All music ever created, standing up for one song. It must have been a spiritual bing bang when the first song ever was created, and at the same time, dance was created. And when those two entities collided… I can’t really imagine the result.

You have released, at least, one project a year since 2016. Has this big output been important in your progression ?

It is not enough (laugh). 2016 was one of my best years : I dropped 5 or 6 tapes. I look back to that year a lot and I was like : we have done that with no money. Hard work is necessary. In one night, I locked myself in the studio and I recorded 49 songs, no adlibs, on just one tape. I was still making some beats the next day. It is just how bad you want it, how bad you see yourself invested in this process.

I am gonna be 26 this year, I ain’t playing with no one. I am working everyday, crafting my art. When I came to this game, I wanted to be the best. As I was walking down my path, I thought that I did not want to be THE best, but to be the best in what I do and be the most comfortable. Last two years, I was like : “Nah, I am going to be the best that ever lived. That’s how it is.”

Has this rate of creation helped you to sharpen your musical style ?

100%. I freestyle everyday on different types of beats, so my pen stays sharp that way. I could use a more electronic song, people would feel quizzical about it, but I would not, because I would have freestyled on it before. 

To what extent is self-confidence important to you, as an artist ?

Very important. I am a Kanye West stan. Growing up, he instilled a lot of confidence in a lot of kids. He was the first man to say loudly “I am the greatest”, and he was the first who felt right about saying it. Being a fan of his music made me understand myself a lot. A lot of that energy comes from seeing Mohamed Ali’s interviews, or Mike Tyson. A lot of his blind faith comes from this mindset. Like, I don’t even know if I am the greatest in the room, but I am gonna come and step with the confidence and tell you that I am the greatest.

The more I become comfortable with myself, the freer I feel about experimenting things. So, I might get into the acting world. I would love to get into the fashion world too. My brother has already promised me that he would let me walk on his first catwalk (laughs). But, let us keep some secrets there… The most important thing is to stay calm and not lose yourself in arrogance. That’s what I want to convey to kids, when they see me in interviews or when they hit my tours. I want them to feel like : “Woh, how he is so confident”. 

How have you been supported so far ?

My whole family is proud of me. I did not speak to my family for a few years. It was an internal shape where I was like “don’t fuck with them”. My mom let me take a gap year after I finished college, just saying : “You got a year, go make this music shit work”. She could just have been pressing me to get a job and all. I have always been given this space to be creative, even before it became what it is today. My family has always pushed me to be creative. People around me have always been supportive. It is important to have this kind of circle around you. 

The Smoke Session Tour is about to begin. How do you feel ? 

I am super excited ! We start in 5 days (19/03) in Porto. I have been independent for ten years, and some parts when I did not have Max by my side. I have been through a lot. So, to put it mildly, I am one of those who need to see it to believe it. It is hard for me to celebrate my own success. I feel that I am only at five percent of my journey. In a zoomed-out perspective, I can never be excited. We got nothing done. However, I have already done the collabs I had been dreaming about my whole life. So, we are gonna do it !

Is Smoke Sessions 4 currently in the works ? 

2024. No sooner. BUT, we have so many projects that lead up to that. For Smoke Sessions 4, I am not coming for something less than legendary. Lord Apex x Brodinski, on the way ! It is gonna be so awesome. There are gonna be some crazy flows on that electronic productions. We have a project with Astronote, who comes from Orléans (France) and who has already worked with Kendrick Lamar. We have got beautiful songs coming and July will be a good time to drop some stuff. I don’t want to give too much out ! Basically four projects in the first half of the year.


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Entretiens Rencontres

MadeInParis : « Quand on réécoutera la mixtape, on se dira que j’étais un connard sincère »

Après le succès critique de « Quel beau jour pour mourir », MadeInParis sonne le glas de la confirmation avec un nouvel opus aux reflets sulfureux. Dessinant les contours d’une silhouette féminine à contre-jour, il exhorte l’auditeur à entrer dans son univers toujours éclairé par la lune rougeoyante qui le caractérise. Quelques jours avant la sortie de « Voulez-vous coucher avec moi », il se livre à Mosaïque sur la conception de cette première mixtape autour de laquelle gravitent les atomes de son futur succès.

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MadeInParis MadeInParis

À quelques jours de la sortie de « Voulez-vous coucher avec moi », comment te sens-tu ?

J’ai sacrément évolué depuis la carte de visite que j’ai envoyée avec « Quel beau jour pour mourir ». Maintenant, je continue une nouvelle aventure en major avec le label Epic Records France, je rentre dans l’industrie de la musique et je confirme. Là je propose plusieurs styles pour que les gens se disent : « Ah d’accord, il sait faire ça ». D’où le titre « Voulez-vous coucher avec moi ? » : voulez-vous faire partie de ce mouvement que je suis en train de créer ? Ce nom, il faut le voir comme une proposition. Je vous invite. Alors si vous êtes curieux, venez écouter. Prenez tout ce que vous avez à prendre, inspirez-vous, ambiancez-vous et montez sur le navire parce que ça ne va faire que de monter.

À quel moment as-tu conçu ce projet ?

Je travaille en avance, ce projet est déjà prêt depuis un an. J’aime donner l’impression au public que je me suis cassé la tête, alors que c’est un truc super simple. Là il me fallait une phrase et je me suis demandé : « C’est quoi la phrase française la plus évocatrice ? ». Dès que j’ai eu le nom, j’ai enchaîné sur la phase de conception de la mixtape.  À la base, le projet était bouclé pour septembre mais il y a eu un déclic. On rentre dans une nouvelle année et on s’est dit : « On peut proposer plus que ça ! », donc on a enchaîné les séminaires. 

Dans quelles conditions as-tu travaillé ? 

80 % du projet s’est fait dans ma chambre, puis j’envoyais les pistes à mon ingé son. Il y avait aussi quelques séminaires en Belgique. Quand je pose, je ne fume même pas, je suis concentré. Un vrai geek devant l’ordi. Avant, je me prenais la tête sur les détails, les effets, le traitement de la voix. Aujourd’hui, je me suis pris la tête sur l’exécution : le choix des mots, le champ lexical, la compréhension. On me connaît déjà pour ma maîtrise technique, maintenant il faut que je développe quelque chose qui parte de l’artiste, qui soit unique à moi.

Comment caractérises-tu ton évolution entre tes anciens opus et celui-ci ?

J’ai osé, j’ai brisé les barrières, les limites. Je me suis dit que j’allais proposer un panel de sonorités, de thèmes plus complets. Ensuite, je ciblerai ce qui marche le plus et je partirai sur cette route-là. Le but cette année, c’est de m’imposer. Je suis sûr de pouvoir toucher de nouvelles personnes. Pour « Quel beau jour pour mourir », on m’a dit que le projet était un no skip, j’y pense tous les jours. Maintenant, il faut confirmer ça sur quinze titres. Mais paradoxalement, je ne considère pas ce projet comme une suite à ceux d’avant. Quand je commence quelque chose, je repars de zéro.

Sur la mixtape, tu as collaboré avec 16 compositeur.rice.s. Meel B, Cartier, Fulltrap Alchemist… Les prods et les textures sont très diverses. Comment as-tu travaillé avec les producteur.rice.s ?

Les plus gros acteurs de la tape, ce sont des amis proches. Shadow, Ray Da Prince, Persia… Avec Persia, on se comprend musicalement, il est sur 80 % du projet. Niveau mix, j’ai donné ma confiance à Draco Dans Ta Face. Au studio, on a pas besoin de se parler, il a l’oreille. Il me fait souvent des propositions et il y a une vraie conscience artistique derrière tout ça. J’aime bosser avec des gens avec qui la connexion passe toute seule, on se comprend sans dire un mot. Fulltrap et Cartier, je les connais personnellement. J’ai rencontré Meel B sur les réseaux. Même si je ne te connais pas, on peut travailler ensemble. Et si j’aime pas, je te laisse le temps de me proposer quelque chose de plus étoffé.

Tu avais pris le parti de ne pas inviter d’autres artistes en featuring sur tes deux projets précédents. Et cette fois, ils sont quatre avec notamment Squidji.

Oui ! Avant la musique, je trouve qu’humainement Squidji est un gars très cool. Si je devais le décrire en un mot, je dirais que c’est un gars très peace. Il y a beaucoup d’amour autour de lui. Musicalement ce que je respecte chez lui, c’est qu’il a un côté très acoustique, très live. Il a déjà débloqué ce truc-là et c’est ce que je recherche.

Il y a aussi Luidji qui se fait plutôt rare dans ses apparitions. Pourquoi l’avoir choisi ? 

On s’était déjà rencontrés avant et on a eu un très bon feeling. On s’est retrouvé en studio et j’étais parti sur une base assez acoustique avec un petit saxo, ça lui a parlé. Il y a vraiment ce côté humain entre nous, une vraie alchimie. Même chose avec Captaine Roshi, c’était naturel. Ça a vraiment fait kiffer le public, c’est deux mondes qui s’entrechoquent et ça a créé une belle amitié. Ce couplet, j’ai mis six mois à l’écrire alors que Roshi a mis deux heures. Au début, j’étais tellement loin que je lui ai dit : « Le thème du son c’est meufs, fête, cocaïne ». Je ne sais pas ce qu’il a compris de tout ça mais il a envoyé un couplet de malade (rires). Roshi a vraiment respecté l’invitation. Mon couplet est inspiré du groupe N.W.A et ça fait un bon mélange.

On ressent des inspirations trap qui rappellent PARTYNEXTDOOR ou Drake. Mais tu t’es aussi essayé à des sonorités plus chaudes, moins occidentales. Comment est-ce que tu digères tes influences ?

Et bien justement ! PARTYNEXTDOOR, c’est celui qui m’a donné envie de faire de la musique. Mais pour ce qui est de mes colorations plus chaudes, c’est surtout parce que j’ai envie d’oser. J’ai la voix, j’ai soif de savoir, alors voyons ce que ça donne. Je ne m’y connais pas du tout en afro, c’est pas ma culture. Mais je viens des Antilles néerlandaises, j’ai appris le français très jeune, alors ça sonne bien, ça glisse !

Le traitement de ta voix est souvent robotique, assez déshumanisé et très glacial. Pourquoi avoir articulé des sonorités froides avec des thèmes assez sulfureux ? 

Au début, je ne faisais que dans l’egotrip, mais j’ai commencé à m’intéresser davantage à la culture musicale française. Et c’est comme ça que j’ai vu un grand artiste de variété déclarer : « Le public français aime les connards sincères ». Ce que j’ai compris, c’est que les Français aiment quand un artiste raconte des histoires dans lesquelles chacun peut se reconnaître. Dans la tape, je parle un français assez clair. C’est là que je me suis dit, autant raconter mes histoires ! Non seulement les gens vont rire, mais ils vont être émus, s’identifier, je fais tout ça à ma sauce. Quand la mixtape aura de la postérité et qu’on la réécoutera on se dira : « C’était un connard sincère ! » (rires). D’ailleurs à ce propos, le morceau dont je suis le plus fier, c’est Comment faire. Il est réel. Je pense que beaucoup de gens vont le comprendre. 

Sur tes visuels, on remarque une silhouette féminine à contre-jour. Qu’est-ce que ça signifie ? 

C’est un ressenti esthétique. J’essaie de créer quelque chose d’authentique et qui me ressemble. Mon inspiration pour le visuel, c’est l’un de mes films préférés : « Pulp fiction » de Tarantino. Quand je me pose dans ma chambre, j’ai une vue imprenable sur un poster énorme qui fait la taille de ma porte. Juste les couleurs, le rouge, le jaune, l’orange, le fait que ce soit mon frère qui me l’ait montré : c’est un flux d’émotions. L’ambiance que ça dégage, avec ce que j’ai vécu, donne un sens esthétique et émotionnel à ce symbole.

Sur l’interlude Sex, tu chantes sur des sonorités plus électro, avec des reflets synthwave (genre musical influencé par la musique et les films des années 1980, ndlr). Est-ce une prise de risque ?

Pour être honnête, plus tard j’aimerais finir dans la pop. C’est pour ça que je m’essaye à des morceaux comme celui-ci. J’ai toujours baigné dans la pop culture et musicalement c’est quelque chose dont je suis très proche. Je veux faire une musique d’ambiance, alors même si je ne passe pas à la radio mais que je passe dans des pubs, dans des films, je serai satisfait !

Tu parles beaucoup de la ville, de tes baraudes… Ton nom, MadeInParis, ça vient de là ?

MadeInParis, ça vient de mon passé de graphiste. À l’époque, je travaillais pour des marques et vu que j’étudiais la typographie, j’aimais beaucoup mettre ce nom sur mes créations. Du coup, quand j’ai commencé le rap, je me suis dit « MadeInParis ». Et des années plus tard, les gens l’ont accepté.

Dans le morceau Binks tu dis : « Y’a pas vraiment de place pour l’amour dans ma vie ». Est-ce que c’est pour garder un « esprit lucide » ? Comme dans « Quel beau jour pour mourir ».

Je me suis décidé à me concentrer sur ma carrière. En étant jeune, c’est compliqué de mélanger les émotions et le professionnel. Donc j’ai mis l’amour de côté. Et d’un point de vue personnel, c’est plus profond que ça. C’est pour rejoindre « Quel beau jour pour mourir » : « Amusez-vous mais restez toujours concentré. » L’esprit lucide, mais jamais l’esprit simple.

Après la mixtape, c’est l’album ?

Je trouve que ça ne sert à rien de sortir un album maintenant parce qu’un album c’est des ventes, pas quelques clics et des stories Insta. Si je sors un album, je dois être prêt à remplir une grande salle. Ça se travaille sur le long terme. Donc entre-temps je donne quelques cartes de visite. En ce moment, je suis dans la perspective de sortir un EP précis par rapport à une tendance en vogue pour fidéliser les clients qu’on a pu attraper. Plus on fidélise et plus on a une communauté.

Tu appartiens à une génération d’artiste montant, en développement. Est-ce qu’on t’as déjà attribué l’étiquette « new wave » ? Est-ce que tu te réclames de cette scène ?

La nouvelle vague de signatures en 2020, j’en fais partie et j’en suis fier. Maintenant cette scène-là je ne m’y retrouve plus du tout. Je veux plus que ça, j’ai toujours voulu plus. Parler de nouvelle vague, ça pose des limites, comme si elle allait être toujours underground. Je veux sortir de ça. Sans critiquer la new wave, moi je veux une confirmation parmi les grands : parmi toutes ces grosses têtes, j’ai carrément ma place. Donc qu’on ne me parle pas de nouveaux mecs. Moi on va me remarquer.

C’est quoi la suite de MadeInParis ?

J’ai toujours des prods et des structures innovantes en stock, mais j’essaie de réfléchir encore plus ce que je raconte. Luidji m‘avait conseillé à ce propos : « Avec tout ce que tu fais, si tu donnes 50 % de toi-même en plus, de vraies choses sur ta vie, tu vas encore plus intéresser les gens. » Au vue de sa carrière, je peux le croire. Ce que j’en retiens : « Soit plus vrai ». D’ailleurs il le dit lui-même : « Je ne mens jamais dans mes chansons » (Le rouge, « Boscolo Exedra », NDLR).


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Entretiens Rencontres

INFAMOUSIZAK : « L’amour moderne laisse plus de place à l’égoïsme »

Don’t speak French ?

This article is also available in english. Scroll down to the bottom of the page for the translation of this interview.


Version française / French version

La veille de notre entretien, le rappeur britannique INFAMOUSIZAK apprend que son show au bar-concert The social, prévu le 16 février 2021 à Londres, est déjà sold out. Ce lieu festif de la capitale anglaise a accueilli par le passé des têtes d’affiche de son pays : Adèle, Bon Iver ou encore Lily Allen. Un grand nom de la musique au Royaume-Uni, c’est ce qu’espère devenir le jeune artiste. Mosaïque s’est entretenu avec cette voix prometteuse de la scène rap alternatif aux sonorités cloud. Derrière sa webcam, il affiche une satisfaction contagieuse, avant de s’épancher sur sa carrière, son dernier EP « Fracture » et la façon dont il aborde son art.


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Originaire du sud de Londres, INFAMOUSIZAK dévoile son premier opus « Deep the Night » au cours de l’année 2019. Deux ans plus tard, l’artiste fait le bilan : « Depuis mon premier album, ça se passe bien pour moi, même s’il y a toujours des hauts et des bas. » Si les hauts font son actualité, des doutes sont toujours ancrés en lui depuis le début de son aventure musicale. D’abord parce qu’il ne s’imaginait pas faire carrière dans la musique. Étudiant en sciences du sport à l’Université de Worcester, il se souvient de son anxiété face à ses camarades de classe qui semblaient savoir où aller et quoi faire de leur vie.

INFAMOUSIZAK, lui, se rêvait en basketteur professionnel. Mais les chances d’arriver au bout étaient minces, ce qu’il a vite compris : « Réussir dans le basket paraissait compliqué. Un certain nombre de choses devait s’aligner pour y arriver. Alors que la musique, c’est différent : je savais qu’en travaillant dur, ça pourrait le faire pour moi. »

INFAMOUSIZAK et sa patte « Do It Yourself »

Dans cette période de doute, la musique lui est apparue comme une évidence. Sans peur de l’échec. Se tromper puis se relever à chaque fois pour accomplir ses objectifs, c’est la devise du rappeur qui voit dans cette mentalité un moyen de « transformer ses actes en quelque chose de positif » et de « contrôler ta réalité où que tu sois ». Cette notion de contrôle est prépondérante dans son œuvre et sa production. INFAMOUSIZAK est un artiste complet : production, mixage, mastering… Aucune étape de la réalisation d’un morceau ne lui échappe.

Autodidacte et convaincu que l’on est « jamais mieux servi que par soi-même », il décrit sa musique comme « honnête et DIY » (Do it yourself, NDLR). Naturellement, son entourage s’est garni de personnalités avec la même énergie. Tyrell 169, producteur pour Dave et Headie One, fait parti de ceux qui ont aidé le jeune britannique à se développer. Le rappeur le décrit comme un proche avec qui la connexion s’est faite naturellement. Le fruit de sa progression se remarque d’ailleurs dans son dernier EP « Fracture », mis en ligne en novembre dernier.

INFAMOUSIZAK : « Les contes de fée font partie du passé »

Obsédé par le thème de l’amour, INFAMOUSIZAK s’épanche dans ce projet sur les différentes étapes d’une relation amoureuse. Un champ de sentiments allant de la passion à la crainte, en passant par la peur ou l’obsession. Mais pas question de dépeindre l’amour à la manière d’un scénario Walt Disney : « Les contes de fée font partie du passé. L’amour moderne laisse plus de place à l’égoïsme, l’amour égoïste. Il s’exprime sur une courte durée. »

J’aime être le plus honnête possible dans ma musique.

INFAMOUSIZAK pour Mosaïque

Au fur et à mesure, Izak, de son surnom, s’engouffre dans les tourments de la relation. La lune de miel (Used to it), la dépendance affective (Run me down), puis la légèreté qui le mène au détachement égoïste (Good Ones). Dans ce titre, INFAMOUSIZAK écrit : « I keep my heart covered in kevlar » (« Mon cœur est recouvert de Kevlar », NDLR). Ses expériences passées l’ont amené à prendre du recul sur ses émotions. Un ressenti qu’il exprime à travers sa musique où la transmission des messages se fait, selon lui, plus simplement. Cette démarche s’inscrit dans une conception plus globale de son art : « J’aime être le plus honnête possible dans ma musique. Cela te rend plus fort quand tu peux faire ça car les gens peuvent s’identifier à toi. »

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Lorsqu’il évoque son avenir, Izak confie vouloir explorer d’autres thèmes intimes et rester dans cette lignée introspective, soulignant qu’il « fait de la musique spécifiquement pour cette raison ». Sans cacher son souhait de réaliser aussi des morceaux « légers et funs ». Depuis la sortie de l’EP « Fracture », il est resté très productif pour proposer un projet d’envergure à la fin de l’année. En parallèle, plusieurs collaborations sont dans les tuyaux et devraient voir le jour prochainement. Après avoir déjà collaboré avec des artistes émergents comme Santino Le Saint ou Poté, il rêve maintenant de featurings avec des références de la scène britannique. « Bosser avec Skepta ou Jorja Smith, ça serait ouf », conclut-il.


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English Version / Version anglaise

The day before our interview, British artist Infamousizak had just learned that his show at “The Social” club, scheduled on the 16th February, was sold out. This welcoming place of London nightlife has seen tremendous artists display their talent on stage, such as Adele, Bon Iver, and none other than Lily Allen. Izak hopes to become a leading name in the UK musical scene. Mosaïque was pleased to talk with this promising voice of alternative rap. Behind the camera, he is clearly satisfied when talking about his career, his last project “Fracture”, and the way he approaches his art.


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Raised in the South of London, Infamousizak shares his very first album “Deep the Night” in 2019. After two years, time has come to take a backward first glance: “My journey has been good man, it has been like a lot of learning, lots of ups and downs.” Some positive energies are paving the way he walks right now. However, the bad moments remain in the shadows, as doubts appeared to be the turning point for the beginning of his career. Izak used to be a sport science student at Worcester University. He felt anxious at the sight of his comrades, whose life objectives and destiny seemed to be laid out. It had not always been the case for the native Londoner.

Back in the days, Izak dreamed about becoming a professional baller. Unfortunately, the rules of the game are harsh : many contenders, few winners. This is something he understood quickly : “Well, there was no plan for this. It could potentially happen, but there were a certain number of things that had to go right to make it. With music, I knew that hard-work and focus would help me figure something out.”

« DIY » Music

Music becomes a necessity for him in this difficult period. Izak is not afraid of failure. His motto still stands : try, fail, rise, progress. The more you make mistakes, the closer you get to your objectives. The young artist sees in that mentality a way to “transform it into something good”, which allows to “control your reality anywhere you are”. This notion of control is key to his entire art and production. Izak is a genuine artist : producing, mixing, mastering… There is not a single part of the production process that slips out of his grasp.

He describes his music as “honest and DIY (Do it yourself)”. His close friends are inspired by the same energy. Tyrell 169, also a producer of Dave and Headie One, is one of those who helped him in the development of his art. Izak explains that the connection was smooth between both of them. Talking about progression, Izak reaps the rewards of his endeavours with the success of his last EP “Fracture”, which was released in November 2021. 

INFAMOUSIZAK: “Fairytales are a thing of the past”

Infamousizak jumps on this occasion to talk a bit more about the theme of love. Throughout the whole project, he explores the different steps of the relationship: a wide range of feelings, from passion and obsession to fear and fright. “My experience, and the modern day experience, leads me to consider fairy tales as a thing of the past. Modern love is aimed towards selfishness, selfish love. Most are short-time.” He disagrees with the idealistic love depicted in most of Walt Disney’s motion pictures.

I like to be as honest as possible in my music.

INFAMOUSIZAK to Mosaïque

Izak dives into the pangs of the relationship as the tracklist shuffles the four songs of the project. It opens on the honeymoon (Used to it), switching to the suffocating experience of emotional dependency (Run me down), before dealing with the necessity of keeping some free space, leading to self-centered detachment (Good ones). In the latter, Infamousizak says: “I keep my heart covered in kevlar”. His recent experiences led him to take a step back in the way he deals with his emotions.

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Izak wants to keep exploring personal themes and stick to his introspective vibe. However, he does not hide his desire to make “funny songs” where the young rapper is not trying to “deliver crazy messages”. Ever since “Fracture” was spread out on the waves, he remained productive and focused, in order to deliver a bigger project by the end of the year. Besides, some collabs are underway, set to be released in the coming months. Izak has already featured with some rising prospects of the British game (Sainto Le Saint, Poté). Now, he dreams of performing alongside references of the United Kingdom. “I want to work with Skepta, it would be sick. I would work with Jorja Smith too, and a lot of others, you know“, says the black-and-white plaited young artist.


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Entretiens Rencontres

« Et les blancs sont partis. » : les dessous d’une enquête sur un tabou français

Arthur Frayer-Laleix, journaliste indépendant, vient de publier un livre intitulé « Et les blancs sont partis. ». Le fruit de dix ans d’enquête au cœur de différentes cités françaises. Au contact des habitant.e.s sur place, l’auteur révèle un constat sans appel : une fracture ethnique dans certains quartiers où la population blanche aurait disparu. L’ouvrage interroge, confronte, perturbe, divise. Le journaliste d’investigation lève le voile sur un tabou français, sans prétendre offrir de solutions politiques. Mosaïque l’a rencontré.


Avant de vous plonger dans l’entretien de Arthur Frayer-Laleix pour la sortie de son livre « Et les blancs sont partis. », merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap libre et indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, à partager et à recommander Mosaïque autour de vous !


Avant de rentrer dans le vif du sujet, qu’est ce qui t’a poussé à devenir journaliste d’investigation ?

Je me considère plus comme un reporter. Mon métier c’est avant tout d’aller sur place, rapporter des informations, ramener ce qu’on voit. Que ce soit dans la peau d’un migrant (Pour écrire son livre « Dans la peau d’un migrant » paru en 2017, il s’est fait passer pour un clandestin pendant plusieurs années, NDLR) ou pour ce livre sur la banlieue. Parler avec monsieur et madame tout le monde, c’est ce que j’aime le plus.

Quel est le point de départ de cette enquête ?

C’est mon immersion en prison (Le journaliste est devenu gardien de prison pour sortir le livre « Dans la peau d’un maton », en 2011, NDLR). Ce qui a été sidérant, c’était de voir à quel point les quartiers et les cités étaient sur-représentés, que ce soit en banlieue parisienne ou dans des villes beaucoup plus petites comme Orléans. Je trouvais qu’il y avait un vrai un problème social en prison et qu’il fallait bosser dessus. Et le pire, c’est que c’est tabou ! Le fait de dire que les jeunes issus de l’immigration sont majoritairement représentés en cellule, on l’entend que dans la bouche de l’extrême droite et de manière déformée. En face, on entend rien. Il faut avoir le courage d’en parler.

Certains passages de ton enquête datent de 2012. Pourquoi avoir attendu autant de temps avant de la publier ?

Je n’ai pas vraiment attendu, c’est surtout que je faisais des papiers au coup par coup pour Le Monde, Les Echos, StreetPress. Je savais que j’allais sortir un livre sur les banlieues. Au bout d’un moment, je me suis dit que j’avais suffisamment de matière pour pouvoir construire une réflexion. Et puis avec le Covid ça a été retardé, le livre devait sortir en 2019.

Le titre « Et les blancs sont partis. » est marquant. Lorsque tu as décidé de l’appeler comme ça, n’as-tu pas eu peur qu’il puisse être mal interprété ?

C’était un choix assumé. La quatrième de couverture précise qui prononce ces mots là, à savoir des Maliens, des Sénégalais, des gens issus de l’immigration. Vu que le livre aborde des questions délicates sur la société française, je pense que c’était important de le dire dès le titre. Et puis, c’est aussi une réalité sociale. Le problème c’est que cette réalité, en fonction du contexte et de l’interprétation qu’on lui donne, elle est différente. L’enjeu de l’honnêteté intellectuelle de mon métier, c’est de remettre cette phrase là dans un contexte. Dans la bouche de l’extrême droite, elle n’a pas du tout la même valeur.

D’ailleurs, ton enquête a-t-elle été reprise par l’extrême droite ?

Ils n’ont pas attendu la sortie du livre pour déformer des faits. On sait que sur des questions délicates comme celles-ci, on va être repris et déformé. Mais c’est encore plus dangereux de ne pas oser en parler. Ça fait vingt ans qu’on évite de parler de l’immigration en banlieue parce qu’on a peur de faire le jeu de l’extrême-droite. Et au final, ils sont à 20 % sur certaines élections.

On en est venus à refuser de penser par communauté d’origine. Mais c’est nier le réel, nier le vocabulaire qu’utilise les gens dans les quartiers. Eux, ils n’ont aucun soucis avec le terme de « communauté ».

Arthur Frayer-Laleix pour Mosaïque
Pourquoi parle-t-on de tabou ?

Très souvent, les gens qui sont gênés avec ce sujet, ce ne sont pas ceux qui sont issus des quartiers populaires. Eux, ils n’ont aucun mal à dire : « Regardez ici il y a des Maghrébins, des Camerounais, des Maliens et il n’y a pas de blancs. » C’est eux qui le disent ! Les blancs ont du mal avec le fait de dire qu’il n’y a pas de blancs en banlieue. Avec une idée juste certes, pour éviter les amalgames. Mais au final, ça crée ce que ça doit combattre : de l’exclusion. Vouloir nier ce fait en lui-même est une absurdité. Il faut parler des causes, c’est sur ce champ là qu’il faut faire reculer l’extrême droite.

Il y a un chapitre où tu parles de « ghettoïsation ethnique » dans certains quartiers. Qu’est-ce que tu as appris dans ton enquête ?

C’est la combinaison des facteurs qui est intéressante. Sur le sujet de la ghettoïsation ethnique, l’État a une grande part de responsabilité dans le fait d’avoir volontairement parqué certaines communautés ensemble. La recherche universitaire l’a bien montré, c’est indéniable. Mais il y a aussi une solidarité qui joue un rôle important dans ce phénomène. Les groupes d’une même appartenance ethnique ont tendance à se regrouper. C’est un phénomène très ancien, ça existait déja en France avec la concentration des Bretons à Montparnasse. C’était déja la même logique. Le départ des blancs, les politiques publiques, la solidarité communautaire… C’est complètement fallacieux de vouloir réduire un seul fait à une seule cause.

Dans un chapitre, tu parles de la difficulté d’utiliser aujourd’hui certains mots. Tu évoques notamment « Apartheid », « Racisme d’état » ou « Communauté ».

Le mot « communauté » est contraire à notre tradition républicaine qui se veut universaliste où chaque citoyen est égal. Par glissement, on en est venus à refuser de penser par communauté d’origine. Mais c’est nier le réel, nier le vocabulaire qu’utilise les gens dans les quartiers. Eux, ils n’ont aucun soucis avec ce terme. Ça fait partie du quotidien des gens. C’est juste un constat. Est-ce qu’il faut établir des politiques publiques basées sur ces communautés comme les Anglo-Saxons ? Je ne prétends pas avoir de réponses là-dessus. L’élection présidentielle approche. On a d’un coté Eric Zemmour qui développe des thèses complotistes et racistes sans fondements. Mais en face, il n’y a rien. Pas de discours, pas de programme pour les cités. Au final, la gauche n’a pas de réel projet pour les quartiers populaires.

Tu t’es beaucoup déplacé en France pour écrire « Et les blancs sont partis. ». Tu as été à Strasbourg, à Marseille, à Paris… Un moment t’a-t-il marqué plus que les autres ?

L’un des reportages les plus intéressants, c’était avec Mousa Mara qui était premier ministre au Mali. Je l’avais suivi en campagne présidentielle dans un foyer de travailleurs maliens en banlieue parisienne. Ils venaient voir des travailleurs qui n’ont pas le droit de vote ni la nationalité française. Il m’expliquait que ces travailleurs passaient des consignes de vote importantes au Mali, d’où sa présence dans ce quartier. Je trouve que ce moment raconte vraiment cette fracture politique qu’on a en France. C’est quelque chose qu’on voit peu dans les médias.

Tu expliques dans ce livre que les communautés issues de l’immigration en France sont vitales pour leur pays d’origine. Elles envoient beaucoup d’argent à leur village d’origine pour construire des écoles, des puits, des routes, pour nourrir leur famille... Tu parles même d’une « mondialisation invisible ». C’est quelque chose que tu as découvert sur le terrain ?

Oui, j’ai découvert ça au fur et à mesure en discutant avec les gens. On se rend compte que c’est quelque chose de très généralisé pour les pays en développement. J’avais rencontré le ministre de l’intérieur du Sénégal qui m’expliquait que la diaspora sénégalaise représentait un tiers du PIB du pays. C’est énorme ! C’est comme si on avait tout un pan de la société française qu’on avait sous-traité. Et pourtant, c’est un sujet qu’une grande partie de la classe politique ne connaît pas. En tant que journaliste, c’est passionnant de voir ça.

Comment te sens-tu aujourd’hui vis-à-vis de ton travail sur « Et les blancs sont partis. » ?

Je suis content. J’ai eu beaucoup de retours d’associations issues des quartiers qui m’ont écrit. Elles retrouvaient un constat qu’elles avaient du mal à évoquer. Je suis content si mon livre ouvre des discussions. Il a une fonction sociale. Le but c’est surtout permettre un espace de débat sur des questions délicates.

Cette interview est publiée sur un magazine spécialisé dans le rap, quel regard portes-tu sur cette musique et sur la place qu’elle peut avoir dans les cités ?

Les rappeurs sont d’excellents sociologues. Il suffit de regarder les citations qui sont en exergue du livre. J’ai mis une citation de Kery James et de Shurik’n. Le rap engagé est un très bon chroniqueur, c’est presque un travail de journaliste. Le rap n’a pas de gêne pour parler de ce qu’il se passe en banlieue. Les gens qui écoutent cette musique aujourd’hui sont beaucoup plus sereins sur ces questions-là. Ils sont beaucoup moins gênés que les gens de mon âge et les vieilles générations. J’écoute aussi Hugo TSR et Davodka, j’aime beaucoup leur écriture. Ça donne presque des pistes d’articles.

Après « Et les blancs sont partis. », quels sont tes futurs projets ?

J’ai deux projets. Ça sera un roman sur la prison mais pas lié à la banlieue. C’est plus un thriller fantastique. J’ai aussi un projet de série sur la banlieue. On a pas de grande série en France sur les prisons. Il faut arriver à faire une quelque chose d’intelligent là-dessus. Mais c’est encore un projet, on est vraiment au tout début.

L’enquête de Arthur Frayer-Laleix, « Et les blancs sont partis », est disponible aux éditions Fayard.


Mosaïque

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