Catégories
Entretiens Rencontres

« Et les blancs sont partis. » : les dessous d’une enquête sur un tabou français

Arthur Frayer-Laleix, journaliste indépendant, vient de publier un livre intitulé « Et les blancs sont partis. ». Le fruit de dix ans d’enquête au cœur de différentes cités françaises. Au contact des habitant.e.s sur place, l’auteur révèle un constat sans appel : une fracture ethnique dans certains quartiers où la population blanche aurait disparu. L’ouvrage interroge, confronte, perturbe, divise. Le journaliste d’investigation lève le voile sur un tabou français, sans prétendre offrir de solutions politiques. Mosaïque l’a rencontré.


Avant de vous plonger dans l’entretien de Arthur Frayer-Laleix pour la sortie de son livre « Et les blancs sont partis. », merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap libre et indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, à partager et à recommander Mosaïque autour de vous !


Avant de rentrer dans le vif du sujet, qu’est ce qui t’a poussé à devenir journaliste d’investigation ?

Je me considère plus comme un reporter. Mon métier c’est avant tout d’aller sur place, rapporter des informations, ramener ce qu’on voit. Que ce soit dans la peau d’un migrant (Pour écrire son livre « Dans la peau d’un migrant » paru en 2017, il s’est fait passer pour un clandestin pendant plusieurs années, NDLR) ou pour ce livre sur la banlieue. Parler avec monsieur et madame tout le monde, c’est ce que j’aime le plus.

Quel est le point de départ de cette enquête ?

C’est mon immersion en prison (Le journaliste est devenu gardien de prison pour sortir le livre « Dans la peau d’un maton », en 2011, NDLR). Ce qui a été sidérant, c’était de voir à quel point les quartiers et les cités étaient sur-représentés, que ce soit en banlieue parisienne ou dans des villes beaucoup plus petites comme Orléans. Je trouvais qu’il y avait un vrai un problème social en prison et qu’il fallait bosser dessus. Et le pire, c’est que c’est tabou ! Le fait de dire que les jeunes issus de l’immigration sont majoritairement représentés en cellule, on l’entend que dans la bouche de l’extrême droite et de manière déformée. En face, on entend rien. Il faut avoir le courage d’en parler.

Certains passages de ton enquête datent de 2012. Pourquoi avoir attendu autant de temps avant de la publier ?

Je n’ai pas vraiment attendu, c’est surtout que je faisais des papiers au coup par coup pour Le Monde, Les Echos, StreetPress. Je savais que j’allais sortir un livre sur les banlieues. Au bout d’un moment, je me suis dit que j’avais suffisamment de matière pour pouvoir construire une réflexion. Et puis avec le Covid ça a été retardé, le livre devait sortir en 2019.

Le titre « Et les blancs sont partis. » est marquant. Lorsque tu as décidé de l’appeler comme ça, n’as-tu pas eu peur qu’il puisse être mal interprété ?

C’était un choix assumé. La quatrième de couverture précise qui prononce ces mots là, à savoir des Maliens, des Sénégalais, des gens issus de l’immigration. Vu que le livre aborde des questions délicates sur la société française, je pense que c’était important de le dire dès le titre. Et puis, c’est aussi une réalité sociale. Le problème c’est que cette réalité, en fonction du contexte et de l’interprétation qu’on lui donne, elle est différente. L’enjeu de l’honnêteté intellectuelle de mon métier, c’est de remettre cette phrase là dans un contexte. Dans la bouche de l’extrême droite, elle n’a pas du tout la même valeur.

D’ailleurs, ton enquête a-t-elle été reprise par l’extrême droite ?

Ils n’ont pas attendu la sortie du livre pour déformer des faits. On sait que sur des questions délicates comme celles-ci, on va être repris et déformé. Mais c’est encore plus dangereux de ne pas oser en parler. Ça fait vingt ans qu’on évite de parler de l’immigration en banlieue parce qu’on a peur de faire le jeu de l’extrême-droite. Et au final, ils sont à 20 % sur certaines élections.

On en est venus à refuser de penser par communauté d’origine. Mais c’est nier le réel, nier le vocabulaire qu’utilise les gens dans les quartiers. Eux, ils n’ont aucun soucis avec le terme de « communauté ».

Arthur Frayer-Laleix pour Mosaïque
Pourquoi parle-t-on de tabou ?

Très souvent, les gens qui sont gênés avec ce sujet, ce ne sont pas ceux qui sont issus des quartiers populaires. Eux, ils n’ont aucun mal à dire : « Regardez ici il y a des Maghrébins, des Camerounais, des Maliens et il n’y a pas de blancs. » C’est eux qui le disent ! Les blancs ont du mal avec le fait de dire qu’il n’y a pas de blancs en banlieue. Avec une idée juste certes, pour éviter les amalgames. Mais au final, ça crée ce que ça doit combattre : de l’exclusion. Vouloir nier ce fait en lui-même est une absurdité. Il faut parler des causes, c’est sur ce champ là qu’il faut faire reculer l’extrême droite.

Il y a un chapitre où tu parles de « ghettoïsation ethnique » dans certains quartiers. Qu’est-ce que tu as appris dans ton enquête ?

C’est la combinaison des facteurs qui est intéressante. Sur le sujet de la ghettoïsation ethnique, l’État a une grande part de responsabilité dans le fait d’avoir volontairement parqué certaines communautés ensemble. La recherche universitaire l’a bien montré, c’est indéniable. Mais il y a aussi une solidarité qui joue un rôle important dans ce phénomène. Les groupes d’une même appartenance ethnique ont tendance à se regrouper. C’est un phénomène très ancien, ça existait déja en France avec la concentration des Bretons à Montparnasse. C’était déja la même logique. Le départ des blancs, les politiques publiques, la solidarité communautaire… C’est complètement fallacieux de vouloir réduire un seul fait à une seule cause.

Dans un chapitre, tu parles de la difficulté d’utiliser aujourd’hui certains mots. Tu évoques notamment « Apartheid », « Racisme d’état » ou « Communauté ».

Le mot « communauté » est contraire à notre tradition républicaine qui se veut universaliste où chaque citoyen est égal. Par glissement, on en est venus à refuser de penser par communauté d’origine. Mais c’est nier le réel, nier le vocabulaire qu’utilise les gens dans les quartiers. Eux, ils n’ont aucun soucis avec ce terme. Ça fait partie du quotidien des gens. C’est juste un constat. Est-ce qu’il faut établir des politiques publiques basées sur ces communautés comme les Anglo-Saxons ? Je ne prétends pas avoir de réponses là-dessus. L’élection présidentielle approche. On a d’un coté Eric Zemmour qui développe des thèses complotistes et racistes sans fondements. Mais en face, il n’y a rien. Pas de discours, pas de programme pour les cités. Au final, la gauche n’a pas de réel projet pour les quartiers populaires.

Tu t’es beaucoup déplacé en France pour écrire « Et les blancs sont partis. ». Tu as été à Strasbourg, à Marseille, à Paris… Un moment t’a-t-il marqué plus que les autres ?

L’un des reportages les plus intéressants, c’était avec Mousa Mara qui était premier ministre au Mali. Je l’avais suivi en campagne présidentielle dans un foyer de travailleurs maliens en banlieue parisienne. Ils venaient voir des travailleurs qui n’ont pas le droit de vote ni la nationalité française. Il m’expliquait que ces travailleurs passaient des consignes de vote importantes au Mali, d’où sa présence dans ce quartier. Je trouve que ce moment raconte vraiment cette fracture politique qu’on a en France. C’est quelque chose qu’on voit peu dans les médias.

Tu expliques dans ce livre que les communautés issues de l’immigration en France sont vitales pour leur pays d’origine. Elles envoient beaucoup d’argent à leur village d’origine pour construire des écoles, des puits, des routes, pour nourrir leur famille... Tu parles même d’une « mondialisation invisible ». C’est quelque chose que tu as découvert sur le terrain ?

Oui, j’ai découvert ça au fur et à mesure en discutant avec les gens. On se rend compte que c’est quelque chose de très généralisé pour les pays en développement. J’avais rencontré le ministre de l’intérieur du Sénégal qui m’expliquait que la diaspora sénégalaise représentait un tiers du PIB du pays. C’est énorme ! C’est comme si on avait tout un pan de la société française qu’on avait sous-traité. Et pourtant, c’est un sujet qu’une grande partie de la classe politique ne connaît pas. En tant que journaliste, c’est passionnant de voir ça.

Comment te sens-tu aujourd’hui vis-à-vis de ton travail sur « Et les blancs sont partis. » ?

Je suis content. J’ai eu beaucoup de retours d’associations issues des quartiers qui m’ont écrit. Elles retrouvaient un constat qu’elles avaient du mal à évoquer. Je suis content si mon livre ouvre des discussions. Il a une fonction sociale. Le but c’est surtout permettre un espace de débat sur des questions délicates.

Cette interview est publiée sur un magazine spécialisé dans le rap, quel regard portes-tu sur cette musique et sur la place qu’elle peut avoir dans les cités ?

Les rappeurs sont d’excellents sociologues. Il suffit de regarder les citations qui sont en exergue du livre. J’ai mis une citation de Kery James et de Shurik’n. Le rap engagé est un très bon chroniqueur, c’est presque un travail de journaliste. Le rap n’a pas de gêne pour parler de ce qu’il se passe en banlieue. Les gens qui écoutent cette musique aujourd’hui sont beaucoup plus sereins sur ces questions-là. Ils sont beaucoup moins gênés que les gens de mon âge et les vieilles générations. J’écoute aussi Hugo TSR et Davodka, j’aime beaucoup leur écriture. Ça donne presque des pistes d’articles.

Après « Et les blancs sont partis. », quels sont tes futurs projets ?

J’ai deux projets. Ça sera un roman sur la prison mais pas lié à la banlieue. C’est plus un thriller fantastique. J’ai aussi un projet de série sur la banlieue. On a pas de grande série en France sur les prisons. Il faut arriver à faire une quelque chose d’intelligent là-dessus. Mais c’est encore un projet, on est vraiment au tout début.

L’enquête de Arthur Frayer-Laleix, « Et les blancs sont partis », est disponible aux éditions Fayard.


Mosaïque

Si l’article vous a plu, n’hésitez pas à le partager ! Pour savoir les prochains articles à venir, les exclus de la rédaction et les coulisses, abonnez-vous à notre newsletter :

Subscribe

* indicates required

Catégories
Entretiens Rencontres

7 Jaws : « Tout faire sans demi-mesure » 

Après une année 2020 riche d’expérience et couronnée par le succès de sa mixtape « Rage », 7 Jaws dévoile « Je vois les couleurs ». En pleine promotion d’un premier album attendu, le rappeur nous a accordé un échange téléphonique pour évoquer ce projet éclectique qui accueille les performances de Vald, Bigflo et de Captain Roshi. La réussite, son processus d’écriture, son goût pour la culture asiatique, la création de l’album… 7 Jaws se confie à Mosaïque dans un entretien inédit.

Si 7 Jaws a su prouver qu’il était un vrai kicker, l’artiste originaire de Sarrebourg (Moselle) tire aujourd’hui son épingle du jeu grâce à une ouverture artistique peu commune. Comme il le revendiquait dans le morceau Par Ici, issu de sa mixtape « Rage » : « Dire que j’suis un rappeur, c’est réducteur. » Un éclectisme singulier qui prend tout son sens dans le titre de son premier album « Je vois les couleurs », dévoilé vendredi 7 mai 2021.

Après avoir sorti cinq projets depuis 2016, ce premier opus était particulièrement attendu. Depuis quelques semaines, 7 Jaws décroche son téléphone sans arrêt : « La promotion d’un projet, c’est parfois fatiguant car c’est très condensé sur quelques semaines. On doit parler avec énormément de gens. » Pourtant, le jeune homme reste souriant et énergique derrière sa webcam et se livre avec spontanéité.

Un long voyage coloré

Tout au long des 15 tracks, « Je vois les couleurs » déroule un condensé de ce que propose 7 Jaws depuis plusieurs années. Un mélange de sonorités, de flows et de tonalités qui s’accordent autour d’une même rage de vaincre. L’egotrip de certaines phases croisent même mélancolie et recul sur soi. En témoigne cette punchline du titre S Klasse : « J’ai tout préparé, j’vais bientôt démarrer, récupérer la SACEM de Led Zepеllin, c’est chaud j’suis un peu trop émotif, j’vais lui faire unе dinguerie si j’ai le spleen. »

Pour le rappeur, pas question de se reposer sur ses acquis : « Cet album, c’est un long voyage musical d’un an et demi qui s’est terminé par l’envie de rapper. Quand je fais de la musique, je veux tout faire sans demi-mesure. Si je fais un son pop, je le fais à 100 %, pareil pour un son rap ou électro. »

Si 7 Jaws surprend par la diversité de ses choix artistiques, le rappeur concrétise aussi des collaborations évidentes, notamment avec son compère Bigflo sur le titre Rien n’est grave. Le premier featuring solo du rappeur toulousain sans son frère, Oli. Un morceau fort dans lequel les artistes évoquent une expérience qui leur est commune : une mère malade qui a vaincu la maladie. « Ce son est très important pour nous deux. La connexion s’est faite naturellement, on est amis depuis plusieurs années. On en a discuté avec Oli, ça ne l’a pas du tout gêné que son frère fasse un morceau sans lui. Même si on le voit un peu râler dans leur documentaire… » (« Bigflo & Oli : Presque Trop », disponible sur Netflix, NDLR).

Sur cette piste, le rappeur au crâne tatoué n’hésite pas à pousser sa voix en variant les utilisations de l’auto-tune. Un travail de style qui le pousse à diversifier son approche de l’écriture. Il explique : « Pour les sons rap, je vais derrière le micro et j’envoie. Il y a plus de relief et c’est plus spontané. Pour les sons plus chantés, je me pose et je cherche d’abord une mélodie. »

C’est d’ailleurs Sale état, le morceau que 7 Jaws confesse être son préféré du disque, qui témoigne le plus de son ouverture pop et de sa capacité à trouver des toplines et des gimmicks entêtants. Ce tournant artistique incarné par « Je vois les couleurs » sonne finalement comme l’aboutissement d’une année 2020 riche humainement et musicalement.

2020 : « Une vraie aventure »

Entre sa signature en maison de disque, la sortie de deux projets et sa préparation du premier album, 7 Jaws émerge tout juste d’une bulle dans laquelle il semble réellement s’épanouir : « Il s’est passé tellement de choses en 2020. Mon quotidien, ce n’était pas juste d’aller bosser et de rentrer chez moi. C’était vraiment palpitant ! C’est dur de retenir un moment précis de cette année, tellement c’est une vraie aventure. » Pourtant, malgré le succès, l’artiste tient a conserver la tête froide « Je garde des œillères vis-à-vis du succès. Je suis toujours dans ma chambre à faire des morceaux. J’ai la chance d’être super bien entouré. Ce qui change vraiment, c’est que je rencontre beaucoup plus de monde. »

« Du rap, du métal, de la pop, j’écoute de tout ! En ce moment j’aime beaucoup Charlie XCX. »

– 7 Jaws pour Mosaïque

Des rencontres marquantes comme celle avec le producteur Seezy. En février 2020, les deux hommes collaborent autour de la mixtape « Rage ». Un projet de dix titres qui apparaît comme un avant-goût de « Je vois les couleurs », tant par son identité intimiste, sa cohérence et sa large palette de sonorités. Cette mixtape charnière, 7 Jaws a choisi de l’immortaliser en se faisant tatouer le nom du disque sur son ventre : « J’aime beaucoup ce projet. Il m’évoque pleins de souvenirs, les bons comme les mauvais. Quand je serai vieux, je veux que mes albums soient la discographie de ma vie. »

Fort de ce premier succès commercial, 7 Jaws continue de jongler avec les différents styles et dresse la route de « Dalton », un dernier EP dévoilé en novembre 2020. Dans ce ce projet aux sonorités électro, l’artiste s’amuse. « Ouais ça m’régale », chante-t-il dans le morceau du même nom.

À la source de cet éclectisme : « Du rap, du métal, de la pop, j’écoute de tout ! En ce moment j’aime beaucoup Charlie XCX. » Un peu de tout, et même parfois un peu de rock. Dans l’émission « Fanzine », l’artiste étonne en reprenant le classique du célèbre groupe californien Red Hot Chili Peppers : Under The Bridge. Avec modestie, le Sarrebourgeois se réjouit de ces multiples influences qui lui permettent de se montrer ouvert à son public.

« J’aimerais bien travailler sur des scénarios de mangas. J’ai déjà des contacts avec une dessinatrice, mais ce n’est qu’une idée pour l’instant ! »

– 7 Jaws pour Mosaïque

Alors que l’on pourrait avoir l’impression d’avoir fait le tour, l’artiste nous rappelle son attrait prononcé pour la musique asiatique. Il y a quelques années, un voyage au Japon a « changé sa vie » et l’a poussé à se mettre au rap. Une influence omniprésente dans sa musique, tant dans les références que dans l’esthétique. Preuve à l’appui dans le deuxième épisode de « Rentre Dans le Cercle » où il freestyle : « Si j’veux demain je vais faire un son de K-Pop. » Vraiment ? « Vous savez, tout est possible ! Je ne me ferme aucune porte », répond-t-il en laissant planer le doute. 

« J’aimerais bien travailler sur des scénarios de mangas, précise-t-il finalement. J’ai déjà des contacts avec une dessinatrice, mais ce n’est qu’une idée pour l’instant ! Et puis je n’ai jamais fait trop de featurings, alors je vais m’ouvrir un peu plus maintenant que le projet est terminé. J’ai envie d’aller tenter de nouvelles choses. »

Avant de laisser vivre l’album dans les oreilles des auditeur.rice.s, l’artiste s’est offert une semaine de « Planète Rap » sur Skyrock. Une première dans sa jeune carrière de rappeur, aux côtés de Lujipeka, Tsew the Kid ou encore Souffrance, remarqué pour sa performance. Il se souvient : « J’étais comme un fou. J’en rêvais depuis quinze ans de faire cette émission ! On était limité à dix personnes à cause du Covid, j’aurais ramené tous mes potes sinon. C’était frustrant mais bon, c’était un super moment. »

Débordant d’énergie et de créativité, 7 Jaws affirme un style singulier tout en remettant au goût du jour une écriture introspective, couplée à un flow saillant. Un long chemin artistique vers un premier album qui englobe les influences multiples d’un artiste décomplexé. Avec « Je vois les couleurs », 7 Jaws fait honneur à son pseudonyme, montre les crocs d’un kicker affamé et fait évoluer son art vers de nouvelles sonorités.

Retrouvez 7 Jaws dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.

Catégories
Entretiens Rencontres

C.Cole de chez Fanzine : « Hatik qui reprend Diam’s, ça m’a mis une claque »

Dans un décor rétro qui respire la simplicité, le guitariste Waxx vibre au rythme de son nouveau programme : Fanzine. Avec des invités rap de tous genres, d’Oxmo Puccino, à Hatik, en passant par 7 Jaws, Lujipeka ou Medine, l’émission d’une vingtaine de minutes propose aux artistes de reprendre trois morceaux de leur choix et réinvente des classiques du rap, de la pop et du rock, sur des productions inédites. Avec C.Cole, le beatmaker de l’émission ayant travaillé pour Georgio, LEJ ou Ben l’Oncle Soul, Mosaïque vous emmène dans les coulisses de l’émission.

Un savant mélange des styles

31 émissions, 31 invités. Fanzine vient de conclure sa première saison dans son studio coloré. Des rappeurs, mais aussi de nombreux artistes de la scène pop avec Bilal Hassani, Louane ou Camélia Jordana. « Nous avons de la chance d’avoir une nouvelle génération d’artistes très ouverte. Les codes disparaissent peu à peu. Et justement, moins la musique est codifiée, plus elle est riche. Grâce à l’émission, il y a des rockeurs qui viennent me dire qu’ils apprécient enfin le rap ! », nous confie C.Cole, le producteur aux platines, juste derrière le guitariste Waxx, dans le rôle de l’animateur.

Chaque épisode propose quatre reprises avec comme thème : « Le morceau qui a changé ta carrière » ou « Le morceau qui t’a fait aimer la musique ». Les invités ont le choix et les réponses sont parfois étonnantes. C.Cole raconte : « Lorsque l’on contacte les artistes et qu’ils nous envoient les sons qu’ils veulent reprendre, je prends toujours une claque. C’est une grosse surprise à chaque fois. On se dit toujours que l’on va s’éclater à détourner la musique originale. Par exemple, je ne m’attendais pas du tout à ce que Chilla nous propose Amy Winehouse. »

Briser les barrières musicales, mélanger les genres, redéfinir les codes. Fanzine met la musique au cœur de l’échange et du rapport à l’artiste dans une ambiance chaleureuse. Quelques heures avant le tournage, C.Cole et Waxx font écouter les instrumentales sur lesquelles les artistes vont devoir poser. Un moment fort pour C.Cole : « C’est toujours un peu stressant. Généralement, ils sont satisfaits, mais ça représente une vraie prise de risque pour eux. »

Les artistes réalisent souvent les morceaux en une seule prise, de manière très spontanée, malgré le fait qu’ils sortent complètement de leur zone de confort.

– C.Cole

Certains, comme Médine, ont même été bousculés par la proposition : « Il trouvait ça trop chelou au départ et il ne se sentait pas de poser sur notre arrangement de Bande organisée. Après lui avoir bien expliqué le délire en studio, il était chaud. Finalement, le rendu live était vraiment top. » Le naturel des invités est l’un des ingrédients de la réussite du programme : « Les artistes réalisent souvent les morceaux en une seule prise, de manière très spontanée, malgré le fait qu’ils sortent complètement de leur zone de confort. C’est une vraie prouesse pour moi. »

L’occasion d’apprécier des croisements générationnels inédits. En témoigne la reprise détonnante du morceau RR 9.1 de Koba LaD par Oxmo Puccino. « Quand j’ai vu Oxmo en studio analyser le flow de Koba, qui est plus technique qu’on ne le pense, j’étais fou. On peut dire que la boucle est bouclée », se souvient le beatmaker.

Chez Fanzine, Lujipeka rend hommage à Michel Berger, 7 Jaws surprend sur les Red Hot Chili Peppers et Médine s’amuse sur Bande Organisée. En énumérant les crossovers, C.Cole avoue sa préférence pour la reprise de Nirvana de Sopico et la prestation d’Hatik sur Petite banlieusarde de Diam’s qui demeure l’une des plus remarquées de la chaîne : « Sa performance m’a mis une grosse claque en studio. »

Le tournant 2021

Avec plus de dix millions de vues cumulées sur YouTube, l’émission est un franc succès et Fanzine croule sous les demandes des maisons de disques. Pourtant, Waxx et C.Cole gardent la main et choisissent les artistes en fonction de leurs affinités musicales, tout en veillant à rester éclectique pour se renouveler.

Cette année, le duo veut aller plus loin. « Nous travaillons sur un album qui réunira les artistes passés chez nous, mais je ne peux pas en dire plus ! Beaucoup nous réclament les morceaux des émissions en streaming et nous bossons dessus, même si pour le moment les droits d’auteur compliquent tout. Nous aimerions aussi créer un festival Fanzine… », explique C.Cole. Avec l’américain Cole Bennet et sa société de production : Lyrical Lemonade (Lil Xan, Juice WRLD) comme modèle, Fanzine veut s’exporter.

Concernant l’année à venir, le beatmaker conclut : « Nous allons continuer à casser les barrières. Nous repartons pour une deuxième saison avec de nouveaux artistes et nous développons la nouvelle capsule « Cycle » pour clipper une session live d’un titre avec un artiste. Nous avons la chance d’avoir une scène musicale prête à se réinventer. »

Les épisodes de Fanzine sont à retrouver en intégralité sur la chaîne YouTube de Waxx.

Catégories
Décryptages Investigation

Django a-t-il enfin trouvé sa voie ?

Le vendredi 7 novembre 2020, Django publiait sa mixtape « S/O Le Flem ». Après des mois d’absence, l’artiste vient discrètement s’aventurer sur le terrain de la drill, épaulé par le producteur Flem. Certains y voient une énième adaptation d’un rappeur « caméléon », d’autres l’occasion enfin pour Django de briller.

Django, de son vrai nom Lazar Vachter, revient à son goût du kickage. Les productions drill viennent se mêler au flow sombre et agressif du rappeur. Alors que sa précédente mixtape « Tue Moi Mon Amour S’il Te plait », au style émo, n’avait pas rencontré son public, ce nouveau projet semble bien plus remarqué.

Pour préparer ce retour, Django s’est entouré d’artistes en pleine vogue tels quel Freeze Corleone, Gazo, ou Osirus Jack, et s’est appuyé sur la philosophie de cette mouvance underground pour articuler sa direction artistique. En témoigne le titre de l’opus : « S/O Le Flem », qui fait écho à la fameuse manière dont Freeze Corleone distribue les dédicaces dans ses morceaux. Ajouter à cela la qualité des productions de Flem, producteur phare du collectif 667 et architecte de l’album « LMF », pour permettre à Django une nouvelle exposition.

Cette mixtape qui impose ainsi une ligne directrice nette, fidèlement suivie tout au long des dix morceaux, propose un véritable step up artistique. Loin de l’aspect expérimental de son premier EP « Anthracite », qui manquait d’épaisseur, et de ses égarements emo-rap sur le projet « Tue-moi, mon amour, s’il te plait ». « S/O Le Flem » renoue avec le kickage sombre et percutant, artisant du succès de l’artiste.

Les productions sombres de Flem permettent aussi à Django de réinventer son style musical. Ses flows minimalistes et sa plume obscure s’accordent avec aisance aux instrumentales drill du beatmaker. L’occasion pour l’artiste de montrer qu’il a su s’affranchir de l’étiquette du multi-syllabiste à casquette, trop inspiré par le style de Nekfeu, que beaucoup lui avaient accordé à l’époque de ses singles Fichu et Oiseaux. Pour trouver une nouvelle identité ?

Souvent très proche d’une forme de mimétisme, Django marche dans les pas du courant drill qui frappe le rap français et s’est logiquement rapproché de ses acteurs les plus symptomatiques. Pourtant, l’artiste semble avoir renouvelé son style qu’il exécute avec tact.

Dans « S/O Le Flem », Django s’ose à des phrases chocs, qui se sont pas sans rappeler les phases d’un certain Freeze Corleone. Références énigmatiques et philosophiques, phrases polémiques, comparaisons obscures… Son univers sombre et introspectif se décline avec minutie. Il se démarque aussi par sa réduction des références en « comme », devenue une marque de fabrique, pointée du doigt pour son manque d’originalité.

« J’suis un homme blanc hétérosexuel aka tortionnaire »

« Fuck tous ceux qui sont bien pensants à défaut d’être pensants tout courts »

« S/O Gangster et Gentleman, j’suis Jacques comme Mesrine ou Lacan »

« Fuck les idiots utiles sous couvert d’humanisme et d’gouvernance mondiale sont les nouveaux nazis »

Django

La pseudo culpabilité blanche, ou encore la gouvernance mondiale, le rappeur joue avec l’imagerie complotiste et les polémiques récentes. Une approche qui peut sembler répétitive voir volontairement défaitiste pour les non-initiés à son style.

Sa patte provocatrice et parfois abusive trahit-elle une démarche opportuniste ? Si l’album s’inscrit dans un rap en marge, underground et sombre, éloigné des codes tendance du rap français, certains pourront regretter un aspect caméléon de l’artiste, qui s’accorde une nouvelle fois au codes musicaux en vogue.

Avec « S/O Le Flem », Django veut s’imposer comme un nouvel homme fort de la mouvance drill, avec un projet fidèle à l’univers torturé et marginal de la plume de l’artiste. Une harmonie musicale trouvée, qui pèche cependant par l’aspect répétitif de certains couplets, et à une forme de calquage à l’imagerie du 667. Des thèmes abordés de manière parfois maladroite, ou extrapolée, qui n’empêche pas au rappeur de briller par une technique et des flow maitrisés. Les productions de Flem et les nombreux invités subliment l’EP, et lui offre une réelle direction artistique. En attendant un premier album, Django offre ici le projet le plus abouti de sa carrière.

Mention : Coupable, S/O Le Flem, Pyramide, Fléau.

Catégories
Décryptages Investigation

« good kid, m.A.A.d city » : un film de Kendrick Lamar

« good kid, m.A.A.d city », deuxième album studio de Kendrick Lamar sorti en 2012, a définitivement marqué l’histoire du rap américain. Projet à maintes fois récompensés, l’album va projeter l’artiste sur le devant de la scène internationale. Le rappeur a réussi un véritable tour de force avec cet album conceptuel d’une richesse musicale innovante. Retour sur l’un des opus phare du natif de Compton.

Nous sommes en 2009. Signé chez le label californien TDE depuis plusieurs années, un certain K.Dot annonce son changement de pseudonyme avec le titre de sa quatrième mixtape : « Kendrick Lamar ». Entouré de ses compères issus d’une scène hip-hop émergente en Californie (Schoolboy Q, Jay Rock, Ab Soul..), le rappeur se démarque comme l’un des plus doués de sa génération.

Un artiste en vogue

Deux ans plus tard, il rencontre un certain succès avec son premier album  « Section 80 ». Rappant sur diverses sonorités jazz, électroniques, « laid-back » (caractéristique d’un style « décontracté » de la vibe californienne), le rappeur de 24 ans impressionne par sa technicité et la maturité de ses lyrics.

L’opus « Section 80 » sonne comme un hymne à la génération née dans les 80’s en abordant de nombreuses thématiques telles que la prostitution, la consommation de drogues ou le racisme. Le morceau Ronald Reagan Era qui revient sur l’épidémie de crack qui envahit les États-Unis dans les années 80 en est témoin. L’album, porté par les iconiques singles « HiiPower » et « A.D.H.D », est salué par la critique et sonne comme le renouveau du rap californien.

C’est d’ailleurs à l’occasion d’un concert à Compton en 2011, deux mois après la sortie de « Section 80 », que Snoop Dogg, Dr. Dre, The Game, Warren G et Kurupt montent sur scène pour passer le relai à Kendrick qu’ils déclarent « New King of the West Coast ».

Repéré par Dr. Dre lui-même avec le morceau Ignorance Is Bliss, issu de la mixtape « Overly Dedicated », K.Dot signe chez Interscope, un label mythique de Los Angeles en 2012. Ce nouvel entourage va l’accompagner vers son objectif ultime : s’ériger comme le successeur légitime de son idole, Tupac, et le nouveau porte étendard de la West Coast.

« A Short Film by Kendrick Lamar »

A la manière d’un court-métrage, le rappeur raconte la journée d’un adolescent afro-américain de 16 ans, à Compton, une banlieue de Los Angeles. L’histoire d’un « bon gamin », au milieu d’un environnement violent. À travers quelques rimes, l’auditeur peut apercevoir les rues, les fast-food et les immeubles de la ville que parcourt le rappeur tout au long de l’opus.

Il revient alors progressivement sur la tentation de l’argent facile (Money Trees) et de l’influence des gangs, face à ses premiers amours (Sherane Aka.), ses soirées entre amis et sa passion pour le rap (Backseat Freestyle). Point d’orgue de l’album, le morceau Sing About Me. Sur cette balade rythmée, accompagnée par les accords doux et mélancoliques d’un piano, l’artiste nous conte trois destinées de vie au sein de son quartier défavorisé, dont la sienne.

Le titre a d’ailleurs traversé l’Atlantique quelques années plus tard. En effet, la boucle rythmique d’Helsinki, déchirant morceau de rupture amoureuse de Dinos, est la même que sur le son de Kendrick. Le rappeur parisien témoignait d’ailleurs aux Inrock : « C’est une inspiration, et à mes yeux, c’est le rappeur de la décennie. Sur chaque projet, il parvient à se renouveler. »

L’artiste évoque un dilemme permanent, tiraillé entre son entourage, la précarité ambiante et sa volonté de ne pas sombrer dans la brutalité. Sur le morceau The Art Of Peer Pressure, qui se morcèle en plusieurs instrumentales distinctes, le rappeur traite d’ailleurs avec clairvoyance de la pression du groupe et celle des normes sociales, notamment autour la consommation de drogue, de la violence et du vandalisme.

Cette ambivalence est aussi soulignée dans le titre de l’album. Le rappeur confiait dans une interview pour LA Leakers que l’acronyme « m.A.A.D » signifiait : « made an angel’s on angel dust », autrement dit : « faire un ange sur de la poussière d’ange », sous-entendu sur de la cocaïne. Il souhaite ainsi montrer que son talent s’est érigé dans un environnement, parfois hostile, en refusant une destiné tout autre qu’il aurait pu choisir d’embrasser.

« good kid, m.A.A.d city » apparaît donc comme un projet très personnel de Kendrick, un retour en arrière sur ses souvenirs, à la manière d’une bande-originale du film de son adolescence. Il raconte ce qu’il voit de ses propres yeux, comme le souligne la pochette, une photo de famille des années 90, où seul le jeune Lamar n’a pas les yeux masqués.. Le rappeur expliquait à ce propos : « Cette photo en dit tellement sur ma vie, comment j’ai été élevé à Compton, les choses que j’ai vu. Vous ne voyez les yeux de personne d’autre, mais vous voyez mes yeux innocents qui tentent de comprendre ce qu’il se passe. »

En dépeignant son vécu personnel, Kendrick Lamar veut tendre à l’universel et offre un album sensible. Cette histoire, c’est la sienne, mais aussi celle de nombreux jeunes issus ou non de milieux défavorisées, en proie aux mêmes tentations, aux mêmes rêves.

La force du concept

L’opus se détache également par la puissance fédératrice des ses storytellings. Cette ligne directrice lyricale est profondément marquée par les nombreux skits et interludes entre les différents morceaux, qui relatent de nombreux moments de la vie de Kendrick Lamar (racontés notamment par des membres de sa famille).

Le fil rouge qui parcours le projet dépasse même la musique, s’exportant sur l’esthétisme qui entoure la direction artistique. Une photo de l’artbook de « good kid, m.A.A.d city » montre d’ailleurs un van noir qui appartenait à ses parents, devenu un lieu de culte pour de nombreux fans. Sa mère a d’ailleurs dû le cacher pour éviter les regroupements de fan.

La richesse musicale

« good kid, m.A.A.d city » est porté par des singles qui ont particulièrement fait rayonner l’album, comme Swimming Pools. Avec un refrain orchestral et une production minutieuse qui met en valeur des tonalités graves et des changements de voix, le morceau est devenu un véritable tube. Le premier couplet relate les déboires de Kendrick avec l’alcool, la tentation et la connivence sociale qui ont abouti à de nombreux excès. Le rappeur y relate aussi avec optimisme son « autothérapie » dans le dernier couplet, sa prise de conscience face à l’alcoolisme et son retour à la réalité.

Je suis ta conscience, et si tu ne m’écoute pas maintenant, tu feras parti de l’histoire Kendrick. Je sais bien que tu te sens malade. Et j’espère pouvoir te mener jusqu’à la victoire Kendrick.

Swimming Pools

Comment évoquer cet opus sans évoquer l’iconique Bitch Don’t Kill My Vibe qui fut pour beaucoup, la première rencontre avec le rappeur de Compton. Porté par une instrumentale chaleureuse, le rappeur y célèbre la vie, sa musique, et sa notoriété nouvelle. Malgré l’esprit de fête qui émane du morceau et du clip (un enterrement détourné en fête tout de blanc vêtu), Kendrick en profite pour titiller sa concurrence, à coup de formules égotrip.

D’autres morceaux phares comme Compton, en featuring avec Dr. Dre, ou Poetic Justice aux côtés de Drake, ont contribué au succès de l’album en dehors des États-Unis. Backseat Freestyle avait d’ailleurs trouvé une résonance particulière en France.

Coté production, il faut souligner la multiplicité des producteurs sur le projet, auréolé par la présence de Dr. Dre en ingénieur du son. Les choix éclectiques des instrumentales qui tirent tant vers la pop que vers le funk américain ou belge underground, permettent une réinvention du projet sur chaque morceau. Elles se mêlent à la faculté du rappeur de jouer sur sa voix. En effet, Kendrick multiplie les flows, passe de sa voix nasillarde à des vocales beaucoup plus graves, et s’essaye même au chant.

Si l’album est aussi riche dans sa composition, c’est aussi par les innombrables samples que contiennent les morceaux. Janet Jackson, Compton Most Wanted, Kanye West, ont par exemple été crédités sur certaines tracks. À noter : l’entêtante voix féminine de The Recipe appartient à l’une des chanteuses du groupe Twin Sister, extrait du titre Meet The Frownies.

Une posture classique

Sorti il y a bientôt 8 ans, « good kid, m.A.A.d city » est apparu comme un album d’une singularité rare. À seulement 24 ans, le rappeur de Compton dévoile au monde cette odyssée à travers son quartier d’enfance et croise un succès qu’il ne lâchera plus. Il glane d’ailleurs pas moins de 242 000 exemplaires en première semaine aux Etats Unis et vient de dépasser les 400 semaines passées au top Billboard.

Si l’album est aussi marquant, c’est aussi parce qu’il propose une véritable identité, propre à Compton et à toute une génération d’Afro-américains. Nicolas Rogès, auteur du livre « Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche » expliquait d’ailleurs à Mosaïque : « En proposant un véritable TripAdvisor de Compton avec « good kid, m.A.A.d city », Kendrick Lamar voulait montrer que sa ville n’était plus l’endroit violent qui est dépeint dans les clips de gangsta rap. Même si elle est toujours le théâtre de racisme et de violences policières. »

Si le rappeur raconte, à travers douze tracks, le passage de son adolescence à l’âge adulte, l’album incarne aussi son changement de statut artistique. D’un artiste talentueux à l’un des rappeurs les plus reconnus et respectés de toute la scène musicale américaine. De K.Dot à Kendrick Lamar.