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Chroniques

« Civilisation » – L’avis de la rédaction

Avec « La fête est finie », Orelsan mettait fin à un cycle artistique en trois étapes. Celui d’un adolescent tourmenté, devenu un jeune adulte face à ses responsabilités, pour enfin grandir avec nostalgie et trouver l’amour. Quatre ans plus tard, l’artiste a encore changé de vie et raconte de nouvelles histoires. Une semaine après la sortie de « Civilisation », le disque réalise une sortie historique, devient disque de platine et déchaîne les passions. Le rappeur caennais a-t-il su se renouveler suffisamment pour ouvrir une nouvelle page de sa carrière ou y mettre un terme ? La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.


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« Orelsan multiplie les prises de risques »

Orelsan va bien, Orelsan va mieux. Sa hargne qui résonnait au plus fort de sa carrière dans le morceau San s’est dissipée pour laisser place à de l’apaisement et à des réflexions davantage tournées vers les autres et le monde qui l’entoure. Si le disque n’est pas sans quelques aspérités, il relate avec authenticité la vie d’un artiste accompli de 39 ans qui ne cesse de changer. Ce quatrième opus est un défi de taille et heureusement, le Caennais raconte toujours aussi bien les histoires et a su renouveler son discours. Mais le tour de force vient surtout de l’instrumentalisation du disque. Avec Skread et Phazz, Orelsan multiplie les prises de risques sur des productions tantôt drill, tantôt disco, ou sur des nappes de synthétiseur vintage et des envolées électroniques audacieuses. « Civilisation » est moderne. Le rappeur dépoussière sa formule en développant son sens de la mélodie. L’ensemble forme une bande son cohérente, maîtrisée sur le bout des doigts, avec des faiblesses qui lui ressemblent tout autant.

– Thibaud Hue

« Le problème vient de ses expérimentations vocales et mélodiques »

Les attentes étaient fortes autour de ce quatrième album et force est de constater que je suis déçu. En témoigne la difficulté que j’ai eue à me replonger dans le projet pour préparer cette chronique. Pourtant, le message global de l’album me parle beaucoup. Orelsan n’a pas perdu son incroyable capacité à retranscrire les errances d’une génération, à synthétiser les incohérences d’un peuple. Après deux années de pandémie et dans un climat social tendu, « Civilisation » est en phase avec son environnement. L’album balaie différents thèmes tout en y apportant son traditionnel cynisme et son autodérision. Reflet de son époque, il flirte aussi bien avec les remarques boomer qu’avec les messages révolutionnaires. Mais le problème ne vient pas de ses textes même si certains morceaux sonnent vraiment creux comme la collaboration inutile avec Gringe. On était en droit d’attendre mieux qu’un épisode mal écrit de « Bloqués » pour un featuring intitulé Casseur Flowters Infinity. Non, le problème vient de ses expérimentations vocales et mélodiques. Orelsan est un très bon rappeur, on ne peut malheureusement pas en dire autant de ses qualités au chant. Beaucoup trop de refrains chantonnés avec une voix aiguë difficile à soutenir m’ont fait sortir de morceaux pourtant pas si mauvais comme Jour meilleur. Mais la déception n’est pas totale grâce notamment au morceau Manifeste. Un exercice de style maîtrisé à la perfection, un storytelling poignant, immersif et sincère. Un message politique fort et un texte rappé sur une magnifique instru minimaliste et progressive de Skread. Du Orelsan comme on l’aime.

– Robin Spiquel

« Son quotidien n’a plus rien à voir avec celui qui avait Peur de l’échec »

Et de quatre. Orelsan, Aurélien ou Orselane est de retour avec « Civilisation », son quatrième album. Selon l’artiste normand, « c’est un album sur ma meuf et la société ». À l’instar d’Épilogue, Orelsan se dévoile davantage sur sa relation amoureuse avec les morceaux Ensemble et Athéna. Des textes imbibés d’amour qui marquent une rupture avec le rappeur de Double Vie ou Finir Mal. Pour certains, ce nouvel opus est décevant, voire trop lisse. Beaucoup pensaient trouver en « Civilisation » une réplique parfaite du Orelsan du début qui parle de ses Soirée[s] Ratée[s], de ses nombreux loupés avec les filles ou encore de ses aventures de jeune adulte avec ses potes de Caen. Ce qu’il faut avoir en tête en écoutant ses nouveaux titres, c’est le changement. Comme le rappeur Sofiane le soulignait à Mehdi Maïzi dans l’émission « Le Code » d’Apple Music : « Il faut être cohérent avec ce que tu vis et qui tu es […], je peux pas avoir le même discours dans mes chansons qu’un mec de 18 ans ». C’est alors tout naturellement que des morceaux comme Baise le monde ou Manifeste ont pris leur place sur le disque. Ses références sont différentes car son quotidien n’a plus rien à voir avec celui qui avait Peur de l’échec.

– Imane Lyafori

Oscillant entre fatalisme et regard bienveillant sur le passé, le rappeur à la mèche blanche soulève les questions auxquelles il apporte ses propres réponses au fil du temps.

Maxime Guillaume sur « Civilisation »

« Une ambiance musicale parfois contradictoire avec les idées exprimées »

Dans un tourbillon de flammes, Orelsan s’entoure d’une bulle d’eau, hermétique à la chaleur extérieure. Le sensei normand nous entraîne dans une promenade urbaine et temporelle où la civilisation humaine se présente sous ses meilleurs jours, mais aussi ses pires. Ses meilleurs, par la description de l’importance vitale qu’occupent ses proches dans sa vie et son équilibre. Ses pires, par la mise en exergue de l’anarchie continuelle dans laquelle se situe la société observée. Le flegmatique lyriciste exprime ses émotions et ses failles, le tout enrobé d’une ambiance musicale parfois contradictoire avec les idées exprimées. Oscillant entre fatalisme et regard bienveillant sur le passé, le rappeur à la mèche blanche soulève les questions auxquelles il apporte ses propres réponses au fil du temps. Finalement, dans tout cet environnement à la rationalité relative, le plus important reste de garder une lumière à laquelle se référer pour avancer. Après trois projets à retracer sa vie, il semblerait bien que « tout se transforme, mais rien ne se perd ». 

– Maxime Guillaume


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Reportages

Dans les coulisses de la sixième édition du Hip Hop Symphonique

Pour cette sixième édition du Hip Hop Symphonique, ce sont sept nouveaux artistes qui foulent la scène de l’auditorium de Radio France pour interpréter leurs morceaux aux côtés d’un orchestre symphonique. Aux manettes, le musicien Issam Krimi et son groupe, The Ice Kream, réarrangent les titres des interprètes pour leur donner un second souffle. Cette année, Mosaïque s’est rendu dans les coulisses de l’événement. Reportage. 


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Dans la salle de l’auditorium de Radio France, quelques notes de piano résonnent. Une voix s’élève : « Les Champs-Elysées brillent avec la lumière de l’Afrique ». Puis, tout l’orchestre s’emballe. Sur scène, le rappeur Dinos, emmitouflé dans une doudoune orange vif, déclame son texte accompagné par les voix des choristes. Pour la première fois, le rappeur de La Courneuve interprète la version symphonique de son morceau XNXX devant une salle aux sièges pour l’instant vides.

En ce jour de répétition, les artistes de la sixième édition du Hip Hop symphonique sont venu.e.s répéter leurs prestations qui aura lieu le lendemain. L’occasion pour chacun.e d’entre eux.elles de faire les derniers ajustements comme pour Dinos qui demande à entendre sa voix plus fort dans son retour. À ses côtés, on retrouve Doria, Benjamin Epps, MC Solaar, Bisso Na Bisso, Selah Sue et Laeti. Comme pour chaque édition, Bruno Laforestrie, directeur de Mouv’, explique avoir pensé une programmation équilibrée : « Ce que nous voulons faire, c’est mélanger les générations avec de jeunes talents et des légendes du rap. Mais aussi mettre en avant la scène rap féminine. » 

Toutefois, le musicien Issam Krimi reste le chef d’orchestre de l’événement. Il choisit les participant.e.s et peut se permettre de refuser certaines propositions : « Tous les morceaux ne peuvent pas venir au Hip Hop Symphonique. Si aucun titre ne permet de faire des arrangements, je peux me permettre de dire non, ou tout simplement si esthétiquement je ne suis pas fan de l’univers de l’artiste. Et ceux qui pensent ne pas avoir de sons compatibles avec un orchestre sont souvent ceux qui s’adaptent le mieux. » 

Un événement unique pour les artistes

Avant la représentation, le choix des tracks fait d’ailleurs l’objet d’une longue concertation entre les artistes et la tête du groupe The Ice Kream : « Cette année, Dinos a été un cas intéressant parce qu’il a une culture du sample. C’était compliqué de réarranger le morceau El Pichichi en version symphonique parce qu’il y a une boucle de violon. Et avec l’orchestre, on ne peut pas la répéter tout le morceau sinon c’est ennuyant pour tout le monde. Mais on est parvenu à détourner ça. Chaque mélodie à sa réponse. »

Il y a aussi des répertoires plus faciles à réarranger comme celui de Doria. Quelques minutes avant, elle se trouvait à la place de Dinos sur scène pour répéter ses morceaux. Dans son ensemble jogging vert et noir, elle donne vie au morceaux Goodbye et Donne-moi la main, les deux morceaux « les plus touchants de son répertoire » selon la rappeuse. Après un premier essai, elle demande à ce que les voix des choristes soient moins fortes dans son oreillette. Pour Doria, le Hip Hop Symphonique est une expérience inédite : « Le fait d’être accompagnée par un orchestre symphonique rend le moment très particulier. Il y a des instruments, comme la contrebasse, que je n’ai jamais entendu. » Elle regarde chaque édition tous les ans et reste marquée par les prestations de SCH et Soolking. La jeune femme originaire de Nanterre (92) se dit fière de se retrouver aux côtés de MC Solaar, venu répéter son classique Caroline

Un autre ténor du rap français aurait dû être à l’affiche de cette édition en la personne de Rim’K. Avec le pianiste Issam Krimi, il devait créer ensemble un morceau inédit, conçu spécialement pour l’événement. Mais le rappeur a finalement manqué de temps et c’est le groupe Bisso Na Bisso qui a été appelé à la rescousse pour le remplacer. Déjà présents sur l’édition précédente, ils reviennent donc cette année pour interpréter une deuxième fois leur single Bisso Na Bisso. Une nouvelle qui a réjoui le groupe raconte Passi, l’un des membres : « C’est un single que l’on a chanté dix mille fois, on a l’habitude. Mais cette version symphonique nous fait du bien. C’est jouissif de pouvoir le refaire sur cette scène. » Se réunir leur donne même envie de se reformer : « Ça nous traverse l’esprit. On y pense souvent ! Il y a des inédits qui existent et il y en aura dans mon prochain album », indique Calbo.

Ouvrir l’événement à tous  

Particularité de cette édition : une ouverture internationale et à d’autres genres musicaux avec l’invitation de la chanteuse Selah Sue, qui sera accompagnée de Benjamin Epps, absent des répétitions, sur le morceau Hurray. Selon Bruno Boutleux, directeur général de l’Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes), « le moins il y a de frontières entre les genres, le mieux on se porte ». Pour le directeur de Mouv’, l’événement est aussi l’occasion d’inciter les artistes à s’essayer à autre chose : « En 2017, après sa prestation, Ninho nous avait dit qu’il comprenait maintenant pourquoi les gens écoutent Mozart. Beaucoup d’artistes rap n’ont jamais eu d’expériences avec de vrais musiciens. » Une ambition partagée par Bruno Boutleux et qui concerne également le public : « Les personnes qui assistent à l’événement forment un public différent de celui qui a l’habitude d’être dans l’auditorium de Radio France. L’idée, c‘est aussi de décloisonner les genres et ouvrir le classique à un autre public. »

Ouvrir le classique à un autre public dont les sourd.e.s. Pour la quatrième fois, des chansigneur.se.s sont présent.e.s sur l’évènement. Sur scène, à droite des artistes, Erremsi, Élodia, Jennifer, Vinz et Slam traduisent les morceaux en langue des signes : « Ce n’est pas juste artistique et esthétique. Le plus important pour nous, ce n’est pas de faire du mot à mot mais de redonner le sens du morceau », explique Élodia. Pour traduire un texte, il est essentiel de comprendre ce que l’artiste a voulu dire selon son collègue Erremsi : « Par exemple, si on traduit Dinos, il faut être Dinos. On doit se fondre dans le personnage, il faut prendre ses codes, avoir vu des interviews et comprendre les références. »

Parfois, l’exercice se complique : « Lorsque SCH parle du « son des guitares », il est important qu’on traduise le fait qu’il parle de kalachnikovs. C’est pour ça que l’idéal pour nous c’est de pouvoir échanger avec les artistes pour respecter leur intention. Malheureusement, c’est encore rarement le cas. » Le Hip Hop Symphonique reste pour les chansigneur.se.s le plus grand événement de scène en France. Erremsi tient toutefois à nuancer : « Ça rend le concert bilingue mais pas accessible. Parce que tout le reste de l’événement est décidé par rapport aux gens normés. »

Pour clôturer la journée de répétitions, l’artiste Laeti, guest star de cette édition interprète Rider toute la night sur une scène qu’elle connaît bien pour l’avoir foulée lors de la scène finale de la série « Validé ». Mais cette fois, les sensations sont différentes : « Dans la série, c’est l’Alpha qui joue le morceau. Cette fois, c’est Laeti. » Nouveau visage de la sphère rap, Laeti semble stressée lors des répétitions et se fie souvent au regard d’Issam Krimi pour se rassurer : « Je suis très exigeante envers moi-même. Je pense que je me sentirai bien après ma prestation quand j’aurai tout donné. En tout cas, je suis super fière d’être ici, ça me donne l’impression d’être une vraie artiste. Je me retrouve à côté de gens qui pour moi sont des stars. » En décembre, son titre Rider toute la night sera disponible en version symphonique sur toutes les plateformes de streaming. Une première dans l’histoire de la cérémonie. Mais avant ça, c’est le lendemain, samedi 20 novembre, que Laeti a rejoué son morceau à l’occasion de la première représentation. Cette fois, le public enthousiaste était bel et bien présent pour assister aux performances des artistes et des 400 musicien.ne.s de Radio France.


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Rencontres Témoignages

Carte blanche à Sam’s : « Il faut briser la glace »

À la table d’un bar à chicha du 5ème arrondissement de Paris. Sam’s, aka Moussa Mansaly, s’apprête à sortir son nouvel album : « Inspiré d’histoire(s) vraie(s) ». Dans le tourbillon d’une opération de promotion très rythmée, enflammée par la sortie à succès de la deuxième saison de « Validé » dans laquelle il interprète le personnage de Mastar, Mosaïque a pu disposer de quinze minutes chrono avec ce touche-à-tout. Tout le long de l’album jusqu’à la pochette du CD, la réalité se mêle à la fiction et le rappeur bordelais trace un scénario musical dans lequel il rappe son propre rôle. Un concept immortalisé par le photographe Fifou qui a représenté l’artiste se jetant par la fenêtre d’un bâtiment. Entre deux bouchées d’une crêpe au jambon, le rappeur revient sur son envie de briser la glace entre la réalité et la fiction mais aussi de briser le plafond de verre social contre lequel il a toujours lutté. Carte blanche.


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« Cet album concept, « Inspiré d’histoire(s) vraie(s) », je l’avais en tête depuis longtemps. C’était une ambition, un truc que je voulais faire dans ma vie d’artiste. Et je ne suis pas de ceux qui ne vont jamais au bout de leurs idées. Je me rappelle le premier truc que j’ai fait, c’est un street CD. Je m’en foutais que ça se vende ou pas, je voulais juste le sortir et j’en étais fier. Finir un projet, c’est presque un exploit en soi. C’était ma mental pour cet album que j’ai commencé il y a un an et demi. J’étais tout le temps en studio et j’ai fait plus d’une centaine de sons. J’aurais pu le sortir à l’époque de la première saison de « Validé » mais je voulais faire ça bien, prendre le temps de le construire et de donner un rendu cohérent aux gens. Faire une playlist de titres, ça ne m’intéresse pas.

Je me suis inspiré de faits réels. Dans ma vie, il y a toujours des moments où j’ai senti une fine frontière entre le réel et la fiction. Des moments où je me disais : « Putain, je suis dans une série ou quoi ? ». Je me rappelle d’un jour, après le tournage de la première saison de « Validé ». Je rentrais chez moi et un pote m’appelle sur la route et me dit que sa tante se fait braquer. On arrive sur place, le mec s’énerve et sort un calibre. On s’embrouille, il veut tirer, l’arme s’enraye, on lui fonce dessus, il tire, la balle part à côté et on le désarme. Les keufs arrivent et il se fait embarquer. À la base, je devais juste rentrer chez moi manger des sushis et je me retrouve là-dedans… C’est ce que je veux montrer quand je mets en scène l’expression « briser la glace » sur la pochette. Parfois, la réalité chevauche la fiction.

On nous a toujours fait comprendre qu’on était des gens du fond, des marginaux. C’est pas nous qui l’avons voulu, c’est ce qu’on nous a toujours dit.

Sam’s pour Mosaïque

Mais pour moi ça veut aussi dire : aller au-delà des limites qu’on nous impose. Briser le plafond de verre. Là d’où je viens, on était conscient qu’on était pas les mieux lotis et que si on se battait pas, on allait vite sombrer. Grâce à dieu, mes parents ont toujours mis de la bouffe sur la table, mais quand je mettais mes mains dans les poches j’avais rien. Alors j’allais au charbon et je rentrais pas tant que j’avais pas ramassé un billet. Ce côté débrouille on l’a tous. Aujourd’hui, je me sens à ma place. À la place que j’ai mérité. Personne ne peut me l’enlever. Le dernier morceau de l’album s’appelle Fond de la classe.

Je ne me sens pas au fond de la classe, mais il y a toujours une différence entre comment tu te sens et comment les gens te voient. On nous a toujours fait comprendre qu’on était des gens du fond, des marginaux. C’est pas nous qui l’avons voulu, c’est ce qu’on nous a toujours dit. La condition sociale fait tout. Si t’es pas fils d’un tel, si t’as pas ci, si t’as pas ça, t’es du fond. C’est pas une question de capacité, c’est une question de vision. Je ne suis plus à plaindre, mais au yeux de beaucoup je reste un paria, de par ce que je représente. Du coup, il n’y a pas un jour où je n’ai pas essayé de briser cette glace. Dans le film de ma vie, je pense que le protagoniste a relevé ses manches et continue de gravir la montagne. Suite au prochain épisode. »

– Sam’s pour Mosaïque

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Face à face Rencontres

Mourad, le monde au bout des doigts

Qualifié de « prodige » par l’ensemble de la presse française dans un engouement général depuis une vidéo qui le montre en pleine interprétation d’une composition de Chopin, Mourad voit sa vie basculer en décembre 2018. Jeune adolescent de 14 ans des quartiers Nord de Marseille, il se retrouve propulser sur le devant de la scène. Il signe chez Universal, joue pour Soprano et André Manoukian puis performe au Vélodrome jusqu’au Stade de France. Cette année, Mourad Tsimpou s’apprête à dévoiler son deuxième album, « Petit frère », le 19 novembre 2021. Rencontre avec un passionné de classique et d’opéra, qui s’est mis à rapper et invite Jok’air sur son projet. Notre photographe, Sara Gurewan, en a profité pour capturer la timidité du pianiste dans le 5e arrondissement de Paris.

En rentrant chez lui un soir de l’année 2015, Mourad tape sur Google : « Meuble en bois ». Une succession d’armoires, de commodes et de tables basses défilent sur son écran. Mais ce n’est pas ce que l’adolescent recherche. L’objet dont il ne parvient pas à identifier le nom, il y a touché pour la première fois à l’école. Alors, il rajoute à sa recherche « touches noires, touches blanches ». Il scrolle. Bingo. Voici ce qui quelques heures plus tôt l’a attiré comme un aimant. Il clique. C’est ce qu’on appelle un piano. C’est la première fois que le jeune garçon entend parler de cet instrument : « Je viens des quartiers Nord et l’accès à la culture, surtout classique, n’est pas facile. Je ne connaissais pas l’existence du piano. » 

En février 2015, une fusillade éclate dans le quartier de La Castellane à Marseille, tout près de l’établissement scolaire de Mourad. Pour lui, c’est une journée comme une autre : « C’est un jour normal où il y a eu des coups de feu à La Castellane, ça ne m’a pas terrorisé. C’est grave de dire ça mais c’est banal dans mon quartier. » Le lendemain de l’attaque, une intervenante, Marianne Sunner, vient échanger avec les élèves, par le biais de la musique : « Ce jour là, dégun (sic) voulait chanter. Elle a sorti son accordéon, elle a commencé à jouer et je me suis mis à chanter de l’opéra. Quelque chose me disait qu’il fallait que j’y aille. C’est là que j’ai découvert que je pouvais chanter. » Avant ça, l’adolescent n’écoute pas beaucoup de musique et ne s’est jamais essayé au chant. Aux côtés de la musicienne, il découvre l’opéra mais aussi ce qu’il identifie désormais comme étant un piano : « La première fois que je pose mes mains sur un piano, le seul truc que je sais c’est qu’il faut que je joue. » 

Passionné, le jeune garçon âgé de 14 ans à l’époque, se met à se renseigner sur l’instrument. Il regarde alors quelques vidéos Youtube et tombe sur La fantaisie impromptue de Chopin. Le collégien se prend d’admiration pour le compositeur. Il visualise et enregistre les notes mais pour accéder régulièrement à un piano, il n’a pas le choix. Il se rend dès qu’il peut à l’hôpital de la Timone, où il est suivi pour une maladie métabolique héréditaire, pour jouer sur le piano mis en libre-service dans le bâtiment : « Je ne sais même pas pourquoi je fais ça comme un fou tout seul alors que mes collègues sont au quartier. Qu’est-ce que tu vas faire là-bas jouer au piano ? Pour moi c’était une perte de temps mais c’était un passe temps. » 

À tout juste 17 ans, deux albums en trois ans

Un jour de décembre 2018, épaté par sa performance, Rayan Guerra, un patient, lui demande sa permission pour le filmer en jouant ce qu’il sait faire de plus rapide. Mourad se rappelle alors la fameuse composition de Chopin : « Normalement, tu mets cinq ans pour apprendre à savoir la faire et je jouais du piano depuis seulement un an. Je me suis entraîné avec une application et je jouais les notes dans ma tête. J’ai pu la jouer directement. » En quelques heures, la vidéo de sa prestation postée sur Twitter fait des milliers de vues.

À son retour chez lui, il est accueilli par ses frères et soeurs qui n’en reviennent pas. Au réveil, tout prend un autre sens. Dans son salon : France 2, France 3 et BFM TV l’attendent pour des interviews. Sa mère, qui n’a pas encore vue la vidéo, ne comprend pas grand chose à tous ces gens qu’elle a laissé entrer chez elle : « Tous les journalistes sont venus vers moi : « Alors, le jeune prodige de Marseille ? ». Moi, dans ma tête, tout ce que je me dis c’est : « C’est quoi ce bordel ? ». Je ne suis pas allé au collège de la journée et à partir de là, tout s’est enchaîné. » 

Tout s’enchaîne jusqu’à finir par jouer au Vélodrome puis au Stade de France trois ans plus tard. Un succès qui épate son entourage comme Mohamed Ali, rappeur et ami de l’artiste : « Quand Mourad a joué au Stade de France, il ne réalisait pas ce qu’il était entrain de faire mais c’était fou. C’est là que je me suis dit qu’on avait affaire à un génie de la musique.»

Entre temps, il signe avec Universal en 2019, seulement quelques mois après la vidéo. C’est dans les locaux de son label à Paris que nous le rencontrons deux ans plus tard. Le jour de notre entretien, Mourad porte des lunettes teintées de forme carrée, une chaîne autour du coup et un polo Lacoste. En ce jour ensoleillé de septembre à Paris, l’artiste a une pensée pour la cité Phocéenne : « Il fait beau, je me croirais à Marseille. » Le jeune homme n’aime pas Paris et préférerait être dans son quartier de La Castellane qu’il décrit comme « un quartier avec beaucoup d’entraides, comme tous les quartiers de Marseille ». Sur son prochain album, une chanson, L’amour à La Castellane, est dédiée au lieu : « J’avais envie de déclamer mon amour pour cet endroit. J’y suis très attaché, je ressens de l’amour pour ce quartier et pour tous ces gens qui y vivent. »

Lorsqu’il monte à la capitale, ce ne sont donc que pour des raisons professionnelles. Celui qui a été surnommé le « Zidane du piano » s’apprête à sortir son deuxième album « Petit frère », prévu pour le 19 novembre 2021. Si son premier album « Prémices », sorti en novembre 2019, était uniquement composé de piano, cette fois, le pianiste a décidé de poser sa voix et de rapper : « Il fallait que je m’affirme en tant qu’artiste et montrer que je peux être un artiste complet. Je voulais faire du moderne et sortir de l’image du petit prodige qui fait du classique. »

 Les gens se sont intéressés à moi, parce que mon histoire est hors norme. Mais ils n’ont pas encore écouté ma véritable musique, ce que je sais faire. 

Mourad pour Mosaïque

« Prodige », c’est le surnom que lui a rapidement attribué toute la presse généraliste au moment de son buzz. Pourtant, lui ne s’y reconnaît pas : « Un prodige, c’est quelqu’un qui sait tout faire alors qu’en musique, tu apprends toute ta vie. Je dirais que je suis un pianiste en développement qui essaye de construire sa carrière. » Et c’est justement avec ce deuxième album qu’il compte faire ses preuves : « Les gens se sont intéressés à moi, parce que mon histoire est hors norme. Mais ils n’ont pas encore écouté ma véritable musique, ce que je sais faire. »

Son ami, Mohamed Ali, le voit évoluer depuis ses débuts : « Je suis plus âgé que lui, alors je le conseille pour qu’il ne soit pas trop impulsif. Quand il fait des sessions ou quand il faut prendre des décisions, il a beaucoup de responsabilités… Et il n’a que 17 ans. Dans le taff, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’imagination. Il est surprenant mais il faut le canaliser. Quand t’es jeune, tu n’as pas forcément les mots pour bien dire ce que tu veux. »

Un succès à confirmer

Derrière ses lunettes teintées, Mourad est encore un adolescent de tout juste 17 ans, qui a encore du mal à s’exprimer, satisfait d’avoir correctement utilisé le mot « culinaire » en s’exclamant : « Ouah, j’ai dit un mot incroyable (rires). ». C’est pourquoi, le pianiste préfère pour l’instant se faire aider pour écrire les textes de son album : « J’ai jamais écrit un son en entier. » Il s’arrête, regarde son manager, Amine Immel, et demande : « J’ai le droit de le dire ? » Toujours en quête de permission et d’approbation comme un enfant qu’il est encore, il poursuit avec l’accord de celui qui l’épaule : « J’ai des gens qui m’aident en studio, comme le rappeur Lenox. Parce que moi, ce sont plutôt des images que je vois lorsque je joue du piano. Surtout des paysages. Je vois des branches d’arbres, avec des feuilles qui tombent, et le ciel bleu derrière. Chaque feuille qui tombe est une note de piano dont je retransmets l’émotion. » Sur le morceau Dernier bus, il invite le rappeur Jok’air, en s’effaçant derrière son instrument : « J’ai préféré laisser mon piano parler parce que c’est un morceau introspectif. Mes notes en disent plus long que moi », insiste-t-il. 

Mourad, c’est un peu le petit frère de Marseille. Il y a vraiment un soutien de toutes les générations, des anciens comme des plus jeunes.

Amine Immel, manager du pianiste.

Encore jeune dans le milieu, le rappeur n’a pas l’assurance des artistes accompli.e.s. Au moment du shooting photo, le chanteur cache sa gêne par le rire et se dit « déstabilisé ». Si son album s’appelle « Petit frère », c’est précisément pour cela selon Amine Immel, son manager, venu à la rescousse de son protégé qui ne sait pas vraiment expliquer le choix de cet intitulé : « C’est un peu le petit frère de Marseille. Il y a vraiment ce soutien de toutes les générations, des anciens comme des plus jeunes. On a reçu des messages chaleureux de Kery James auxquels on ne s’attendait pas. » Une vision que confirme son ami Mohamed : « Il a une vie atypique pour un lycéen. Mais on essaye de le protéger, c’est comme un petit frère pour moi. »

Si personne n’évoque une référence potentielle à la chanson d’IAM du même nom, Mourad se sent porté par l’énergie de Marseille. Depuis son ascension, il a déménagé de La Castellane, qui lui manque, pour s’installer avec sa famille à La Jolière. Sa mère, femme au foyer et ancienne chanteuse aux Comores, ainsi que son père, chef de sécurité, sont admiratifs de sa réussite : « Ma mère est fière de moi, de voir que je parviens à me frayer un chemin dans la musique. S’il n’y avait pas eu le piano, je pense que j’aurais fini guetteur… ou footballeur (rires) », explique l’artiste.

Si le chanteur se fait plus taciturne lorsque l’on vient à parler famille, il retrouve son énergie pour évoquer le pianiste Sofiane Pamart, réputé pour être le virtuose du rap français, et avec lequel il aimerait un jour collaborer. Ce sera peut-être sur son troisième album auquel il pense déjà, mais encore faut-il que Sofiane Pamart ouvre ses messages sur Instagram : « Je lui ai envoyé un message, il me répondra sûrement un jour », en rigole Mourad, au tempérament blagueur malgré sa timidité.

À 17 ans et déjà deux albums au compteur, le garçon des quartiers Nord doit faire face au risque du succès rapide qui parfois retombe aussi vite qu’il n’est apparu. Son ami, Mohamed, se veut rassurant : « Il est bien entouré. Son succès peut le stresser mais il est déterminé. Il ira très loin, jusqu’au bout du monde. » Justement, après tant d’accomplissement, Mourad rêve encore de deux choses : « Jouer avec Alicia Keys et faire le tour du monde avec mon piano. » 

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La sélection Mosaïque du mois d’octobre

Le mois d’octobre marque le retour d’une actualité chargée pour le rap français. Pendant que So La Lune et Bakari continuent d’être prolifiques, Sopico fait un retour attendu avec l’album « Nuages ». Pour les rappeurs du nord de l’île-de-France, ce fut l’heure des grandes premières sorties d’albums comme Cashmire avec « 018 » ou encore Olazermi avec « OTCHO ». Certains ont également joué collectif comme les producteurs du Blaze sur « La Tape » qui invite la scène rap émergente. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois d’octobre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.


« La Tape »
 – Le Blaze – 13 octobre 2021

Si le collectif de beatmakers Le Blaze se forme en 2018, il aura fallu attendre le mois d’octobre 2021 pour goûter les premiers fruits de leur collaboration. Sur « La Tape », huit producteurs s’alignent pour porter les voix d’une génération émergente, encore en pleine éclosion. Tous ont synthétisé l’essentiel de leur proposition sur des productions sur-mesure. La Fève et Malo baladent un flow assuré sur des percussions légères pendant que Khali et DMS croisent le fer sur un passe-passe électrique. De bout en bout, l’ADN du casting couplé aux prods sophistiquées suffisent à mettre sur pied une direction artistique cohérente. Un premier jet qui révèle l’aisance de cette next gen à fusionner les énergies d’interprétation et de composition.

– Thibaud Hue

« Nuages » – Sopico – 15 octobre 2021

Avec ce premier album, Sopico nous plonge dans un univers composé de notes de guitares et de textes délicatement chantés. L’artiste de 25 ans signe son retour avec « Nuages », un projet travaillé qui reste en adéquation avec son ADN : une guitare et des textes délivrés sans fioritures. S’il rappelle son précédent EP « Ëpisode 0 », « Nuages » apporte de nouvelles couleurs. À travers ces treize titres, Sopico explore davantage sa musicalité. Avec Slide, les sonorités percutantes de la guitare électrique embarquent l’auditeur dans un trailer à la James Bond. Sur le morceau Hier, le jeune artiste emprunte les notes du Luth, un instrument de musique très utilisé en Afrique du Nord. Ce nouvel opus offre des transitions qui viennent habiller le projet. Une manière d’apporter de la structure tout en racontant une histoire. Une nouvelle fois, Sopico (ou « So » comme il se surnomme) affirme son style tout en réussissant à susciter de l’intérêt chez son public.

– Imane Lyafori

« Sur écoute : Saison 3 » – Bakari – 22 octobre 2021

Il y a quelques jours, Bakari s’est produit en concert au C12 de Bruxelles, une salle normalement utilisée pour les soirées techno. Force est de constater que sur scène comme dans ses projets, l’artiste croit en sa proposition musicale. Une confiance que l’on retrouve tout au long de son dernier EP « Sur Écoute : Saison 3 ». Sur ce troisième volet, le jeune rappeur affine son identité musicale en jouant avec les codes lyricales du rap français actuel sur un fond mélodique. De fait, mélo semble être le mot d’ordre pour le rappeur liégeois, surtout sur le morceau Commando, en featuring avec son homologue belge Tawsen. Le morceau est produit par l’un des collaborateur.rice.s les plus intimes d’Aya Nakamura, Ever Mihigo, montrant les échelons qu’il a pu gravir depuis la sortie de son premier EP. La vraie question reste maintenant de savoir si Bakari arrivera à rester mélodieux tout en racontant d’autres histoires ? Espérons entendre la réponse à cette question dans le futur, sur une scène plus grande qu’une salle de techno bruxelloise.

– Lukas Taylor

« 1ère faille (L’Afar) » – So La Lune – 22 octobre 2021

Après « Orbite », « Théia », « Satellite naturel » et « Apollo 11 », des EP sortis en 2021, le prolifique So La Lune revient avec « 1ère Faille (l’Afar) ». Si l’astre lunaire était au cœur de ses derniers projets, l’artiste originaire de Lyon et des Comores s’en éloigne cette fois en faisant référence à l’Afar, région basse et volcanique située en Éthiopie dans laquelle se trouvent de nombreuses failles. Comme un clin d’oeil à la fameuse « fissure de vie » que l’artiste raconte et met en scène tout au long de sa discographie.

Loin d’être répétitif, ce nouvel EP offre davantage de portes d’entrée dans l’univers de l’artiste. Dans Afar, So La Lune pose sur une instrumentale de Vrsa Drip aux sonorités drill et raconte sa « maladie qu’j’traîne dans le vide ». Cet EP est aussi l’occasion de découvrir différemment la voix de So, d’habitude reconnaissable entre mille, sur le titre Promesse. Comme il le confiait il y a quelques mois en interview, l’artiste envisage prochainement de sortir un projet plus conséquent, et ne s’en cache pas dans le titre Montana : « Fissure de vie bientôt sur CD ».

– Emma Jacob

« OTCHO » – Olazermi – 29 octobre 2021

Avec « OTCHO », Olazermi démontre toutes ses capacités par l’utilisation de sa voix grave et menaçante sur des productions sombres et crues, mais teintées d’une recherche de technicité et d’innovation. L’EP, produit par Ikaz Boi, ne sonne pourtant comme un projet fait par un producteur pour les producteur.rice.s. Olazermi reste l’élément le plus important de cette combinaison à 8 chiffres. Le rappeur doit encore s’affranchir de l’influence de son cousin Stavo, membre du groupe 13 Block, tant les similitudes sont plurielles : mêmes textes, mêmes producteurs, et même adlibs… Cela dit, s’il veut continuer à produire de la trap tout en citant Franky Vincent, on s’empressera toujours d’écouter la suite.

– Lukas Taylor

« 018 » – Cashmire – 29 octobre 2021

Lorsque nous avions rencontré Cashmire en décembre 2020, son premier album était déjà terminé. C’est pourtant un an plus tard que le projet voit le jour. Déjà, l’artiste définissait sa signature musicale comme étant « 018 », titre de son album. Pour ce deuxième projet, Cashmire comptait se mettre « au service » de son quartier, duquel découle toute son identité.

Alors qu’il avait promis un album sans featurings, ce sont finalement quatre invités qui s’affichent sur la tracklist : Nemir, Abou Tall, Olazermi et Slkrack. Sur les treize morceaux de son projet, Cashmire dépeint mélodieusement son univers sans chercher à dramatiser son vécu. À l’image d’un jeune du 18e arrondissement qui a banalisé la violence toute sa vie, la réalité du quotidien se fond dans les notes vocales de l’artiste. Comme sur le morceau Go Fast en featuring avec Nemir aux airs de balade sensuelle mais sur laquelle l’invité clame : « Tristement, le bâtiment me regarde fixement. Ici, les crackers font des crises de manque, dit leur que tu m’as pas vu s’ils demandent. » De la cover du projet où le rappeur est drapé d’une couverture que l’on devine être douce à la mélodie de sa voix en passant par des productions comme celle de Tejdeen sur le titre Non, Cashmire n’a jamais aussi bien porté son nom. 

– Lise Lacombe

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