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Face à face Rencontres

Sally, l’évasion des maux

Deux ans après son EP « PYAAR », Sally revient avec un format dont elle a toujours rêvé : un album. À seulement 22 ans, Marion, de son vrai prénom, a sûrement plus à raconter en un opus que n’importe quel.le artiste à la carrière bien entamée. Après s’être exprimée ouvertement sur sa bipolarité pour cesser d’en faire un tabou, elle a pris la décision de parler publiquement sur ses réseaux sociaux des violences sexuelles dont elle a été victime, « pour ne plus avoir honte ».

Si le projet sorti le 8 avril 2022 en fait une « Prisonnière », Sally se libère de tous ses démons et partage les espoirs d’une jeune femme déjà marquée par la vie. À cette occasion, Mosaïque est allé à sa rencontre un jour ensoleillé dans la capitale. Devant l’église Notre-Dame-des-Champs, boulevard de Montparnasse, la chanteuse s’est prêtée avec facilité à l’exercice du shoot avant de se confier à nous autour d’un diabolo fraise. 


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sally

Un soir de sa vie adolescente, Marion est seule dans sa chambre chez ses parents. Elle attrape le carton vide d’une pizza mangée la veille. De l’autre main, elle se saisit de son briquet et approche la flamme du carton. Alors que le feu se met à consumer la pièce, la jeune fille s’endort sur son lit, au milieu de l’incendie. À son réveil, les pompiers sont entrain d’éteindre la fumée. Elle se met à rire. Cette scène surréaliste correspond à la première crise « vraiment violente » de bipolarité de l’artiste. C’est aussi le moment qu’elle a choisi de reproduire sur la pochette de son premier album : « Prisonnière », sorti le 8 avril 2022. 

Le tableau est à l’image d’un album dans lequel Sally livre les angoisses, les doutes et les traumatismes de Marion (son vrai nom, NDLR) : « Le nom du projet était logique parce que dans toutes les chansons dont la chanson éponyme, je suis prisonnière de quelque chose. Soit de mes émotions, soit de l’amour, soit de mon passé… », explique-t-elle, vêtue le jour de notre rencontre d’un anorak Adidas rose et rouge qui semble prolonger la couleur de ses cheveux.

Sally

Se libérer de la honte

Parmi toutes les histoires de son projet, il y en a une qu’elle n’avait jamais mise en mot. Dans le titre Prisonnière, Sally raconte une agression sexuelle avec séquestration dont elle a été victime : « J’ai écrit ce morceau dans ma chambre dans le noir. Avant, je n’étais pas prête pour en parler. Encore aujourd’hui, je ne sais pas si je le suis mais je l’ai écrit spontanément. » 

Je trouvais ça important de parler de mes traumas sur les réseaux sociaux. Ça m’a changé la vie de raconter mon histoire. Je n’ai plus honte et on ne devrait pas avoir honte.

Sally pour Mosaïque

Quelques mois après l’écriture de ce morceau, elle partage son histoire sur les réseaux sociaux. Elle se souvient : « J’ai craqué, je suis allée dans mes notes et j’ai écrit un pavé. J’avais envie d’aider les personnes dans ce genre d’histoires horribles et c’était aussi une façon pour moi de faire un deuil. Je trouve ça important quand on a la chance de se sentir prêt de parler de ces traumas. Ça m’a changé la vie. Je n’ai plus honte et on ne devrait pas avoir honte. »

 Sally

Un manque viscéral de confiance en soi

Comme pour Prisonnière, la plupart des titres ont été écrits dans le noir : « Ça me permet de sentir que je suis moi-même. Je n’ai pas honte d’écrire ou de dire tel ou tel mot. Je suis mon instinct. Le noir me permet de ne penser à rien d’autre, je peux faire face à mes émotions. En studio c’est pareil, on tourne le micro face au mur pour que je sois dos à la vitre. On éteint les lumières et après je peux enregistrer. Pendant longtemps, poser des toplines au studio devant les producteurs, c’était impossible. Aujourd’hui ça va plus vite mais j’avais beaucoup de pudeur. »

Pour l’album, Sally a même réussi à faire entrer le rappeur A2H dans l’intimité de son projet en le laissant imprimer sa patte sur deux « tubes » de l’album (Loco et Malhonnête) qu’elle a eu « du mal à écrire » : « Moi je suis dans les trucs deep, on ne s’amuse pas (rires). A2H est trop fort. Alors, je lui ai laissé la main », plaisante la chanteuse. Mais laisser la main n’a pas été facile pour celle qui manque viscéralement de confiance en elle.

À l’évocation de la sortie du disque, Sally avoue avoir eu des doutes : « J’ai toujours rêvé de faire un album mais pendant longtemps j’ai paniqué. C’était très violent. Je pensais que mon album était nul. Je ne voulais plus le sortir parce que c’était la honte à côté d’autres projets. Le flop me stresse (rires). Finalement, plus la date se rapproche, plus je réapprends à l’aimer. » 

Sally

Sally et Marion

D’un naturel timide qui la rattrape parfois lors de notre échange, la chanteuse, tatouée d’un cœur sous l’œil droit et d’un éclair sous l’œil gauche, se sent tiraillée entre deux identités : Marion et Sally. « J’aspire à devenir Sally parce qu’elle a trop confiance en elle. Elle s’assume. J’aimerais être elle. Je rêve d’être accomplie personnellement, professionnellement et m’accepter. J’y travaille. » 

J’ai l’impression que tout ce que je touche se détruit. Dans mes relations, dans le travail, avec ma famille… Dès que je touche quelque chose, j’ai l’impression qu’il m’échappe et que c’est de ma faute.

Sally pour Mosaïque

Sally, c’est celle qui arrive souriante, un Starbucks à la main, sans que l’on puisse se douter d’une quelconque timidité enfouie. C’est aussi celle qui pose de manière assurée devant l’objectif de notre photographe après quelques retouches maquillage indispensables. Mais Marion refait souvent surface lui donnant l’impression d’être maudite : « J’ai l’impression que tout ce que je touche se détruit. Dans mes relations, dans le travail, avec ma famille…. Dès que je touche quelque chose, j’ai l’impression qu’il m’échappe et que c’est toujours de ma faute. Je prends toujours tous les torts et je me laisse faire. C’est pour ça que je dis : « Partout où je vais, tout se casse » dans un des titres. Je serai toujours une victime (rires). »

Marion se dit « nulle en société » ne sachant pas comment parler aux inconnu.e.s. Un trait de caractère qui l’a conduite pendant une période de sa vie, qu’elle raconte dans le titre Sainte, à s’isoler : « À ce moment-là, je n’avais pas d’amis. J’étais très timide et je ne sortais pas. Je regardais des séries toute la journée. J’étais une sainte : je ne faisais rien, même si c’était aussi le résultat de mon agression sexuelle. »

Sally

Garder la foi  

Aujourd’hui, Marion et Sally maîtrisent leurs émotions. La chanteuse est désormais stable après plusieurs années de crises de bipolarité qui l’ont aidé à écrire : « La plupart des trucs deep que j’ai écris sur l’album sont des moments où je n’étais pas bien. Juste après mes phases maniaques, arrive la phase dépressive avant la phase stable. Et c’est à ce moment là que j’écris tout. Aujourd’hui, je suis stable tout le temps donc ça ne m’accompagne plus. Mais on grandit avec ces émotions et on mourra avec, c’est comme ça. »

Très croyante, Sally est convaincue que les épreuves rencontrées sur sa route étaient écrites : « Je pense sincèrement que Dieu me les a envoyées pour que je m’endurcisse. S’il t’arrive quelque chose, c’était prévu. Et je suis convaincue d’avoir des anges sauveurs qui m’ont aidé à chaque fois. Je ne sais pas où j’en serai sans eux. Je remercie Dieu pour ça. » 

Sally

La lumière de l’amour

Des anges gardiens qui prennent aussi vie sous la forme de ses parents. Le dernier morceau du projet Lettre à l’amour leur est dédié. Sally a écrit le titre en se mettant à la place de ses parents juste avant leur mariage, comme s’il.elle.s se déclaraient leur amour l’un pour l’autre : « Mes parents sont un modèle. 30 ans de mariage. Incroyable. Ils me donnent beaucoup d’espoir. C’était inconcevable de faire un album sans parler d’eux. J’adore voir qu’il y a des relations saines et qui se passent bien. »

L’artiste admire les relations qui l’entourent en attendant de se sentir prête à nouveau un jour à redonner sa confiance : « Personnellement, je suis seule depuis cinq ans et je me découvre. J’en suis très heureuse. Je suis bien avec mes potes, je ne me suis jamais autant amusée. Il n’empêche que je crois en l’amour et ça arrivera au moment où ça arrivera. Je ne me mets pas de pression. Juste il me faut deux enfants un jour (rires). »

Ses enfants, elle les élèvera peut-être en Corée du Sud où elle rêve de vivre. Passionnée de K-pop, Sally s’est mise à apprendre la langue du pays dans l’espoir de s’y installer un jour. En attendant, telle une popstar qu’elle aspire à devenir, Sally, cachée derrière ses lunettes noires, nous quitte pour une autre interview en nous remerciant chaleureusement : « Merci à vous les loulous ! ». 


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Portraits Rencontres

Tejdeen, la ruée vers le platine

En 2020, pendant le premier confinement, Tejdeen sort son premier projet « Silver Tej ». Suivi un an plus tard de « Golden Tej ». L’argent, l’or, puis le platine, c’est naturellement qu’il dévoile aujourd’hui son troisième EP « PLATINUM TEJ ». Avec ce projet, le Lyonnais clôture une trilogie pour introduire son identité et sa musique sur la scène rap émergente. Mosaïque est allé à sa rencontre dans son quartier de La Guillotière à Lyon. Portrait du jeune rappeur de 23 ans. 


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Tejdeen

C’est au cours d’une journée lyonnaise ensoleillée que Tejdeen nous accueille dans son quartier de La Guillotière. Accompagné de ses ami.e.s Jason et Olive, l’artiste est souriant, ravi de nous offrir sa première prise de parole. Il y a deux ans, lors de la sortie de son premier projet, Tejdeen ne se sentait pas prêt. « Vous êtes ma première interview parce qu’avant, c’était trop tôt. Je n’avais pas grand chose à raconter », confie-t-il. En face des quais du Rhône, l’artiste de 23 ans a choisi un bar de son quartier pour se livrer. Tout juste diplômé d’un master d’information et de communication, Alexandre de son vrai nom, compte désormais se consacrer pleinement à sa musique.: « C’était important pour moi et ma famille de sécuriser un diplôme. Que la musique ne soit pas le plan A de ma vie. Mais maintenant je sens que c’est le bon moment. » 

Arrivé à Lyon à 17 ans, l’artiste a sorti deux projets depuis 2020. Chacun d’entre eux porte le nom de « Tej », son deuxième prénom, qui signifie « couronne » en arabe. Le dernier de la trilogie, disponible depuis minuit, ne déroge pas à la règle : « PLATINUM TEJ ». Dans sa veste Puma bleu électrique, Tejdeen est confiant.: « C’est un projet que je vais pouvoir défendre à 100 %. Je suis sûr qu’il me ressemble, que c’est ce que j’ai envie de donner. J’ai l’impression d’atteindre sérieusement ce que je voulais faire dans la musique depuis le début. Je trouve aussi que je dis mieux les choses. » 

Tejdeen, le beatmaker

À ses côtés, Olive et Jason forment « Augure », la boîte de production qui réalise chacun de ses visuels et de ses clips depuis le départ. Derrière sa casquette rose Pigalle et son sweat mauve, Jason se souvient de sa rencontre avec Alexandre.: « À l’époque, il ne rappait pas encore et il postait ses prods sur Twitter. J’avais adoré l’une d’entre elles et je lui avais envoyé un message. Bizarrement, on avait des amis en commun de Lyon et des influences communes comme Take A Mic. On était vraiment des diggers. On écoutait des gars comme Laylow et Oboy sur Soundcloud. C’est lors d’un concert que l’on s’est rencontrés en vrai pour la première fois. » 

Tejdeen

À cette époque, Tejdeen est avant tout un producteur. Il parvient à placer pour le groupe DTF en 2015 sur le morceau Les Princes. Il se souvient : « À ce moment là, je cherchais à m’approcher de PNL. Je me rappelle leur avoir envoyé une prod par mail avec pour objet : « La prod qu’il vous faut » (rires). Évidemment, je n’ai jamais eu de réponse. ».Un peu plus tard, en 2016, il collabore avec le Parisien Cashmire sur quatre morceaux du projet « PoeticGhettoSound »

Mais le Lyonnais le sait, il finira par « mettre sa voix » sur ses productions. Il publie donc quelques morceaux sur Soundcloud. Son ami et manager Jason sourit, laissant apparaître ses grillz argentées, et raconte : « J’étais fan de Kanye West et je trouvais qu’il n’y avait pas trop de truc électro en France à part Myth Syzer. Quand j’entends Tejdeen pour la première fois, je me dis qu’il est différent des rappeurs de l’époque qui étaient dans la mouvance 1995, boom bap. Je kiffais Hamza aussi. Ça paraît normal aujourd’hui mais à l’époque, il n’y avait pas grand monde qui faisait ça. »

Tejdeen en première partie de Laylow

De son côté, Jason lui fait des études de cinéma. Il profite de pouvoir emprunter la caméra de son école pour tourner des clips de mode, des visuels lifestyle et quelques clips pour des rappeurs émergents de Lyon comme Mvzoo. Petit à petit, il intègre la sphère rap lyonnaise et programme des concerts dans la ville. 

C’est ainsi qu’en 2018, Tejdeen se retrouve en première partie d’un concert de Laylow à La Marquise organisé par Jason qui se rappelle : « C’était le seul artiste auquel j’ai pensé et qui correspondait à l’univers de Laylow à ce moment-là à Lyon ». Juste à côté, entre deux gorgées de café, le rappeur sourit : « Je me rappelle que je n’ai même pas croisé Laylow. Il est arrivé en retard et il a fait le concert avec mes balances (rires). C’était assez catastrophique, mais c’était super. C’était la première fois que j’ai pu ramener ma famille et mes potes pour me voir sur scène. » 

Une quête identitaire

Au fil du temps, Olive, une amie du lycée de Jason, rejoint l’aventure et ensemble il.elle lance « Augure » qui réalise aujourd’hui des visuels pour Tawsen ou encore de Still Fresh. Dès 2018, il.elle.s mettent en image le premier double clip de Tejdeen pour les titres Prêt et Oh God, « pour faire plaisir à la scène Soundcloud qui l’attendait », explique Jason. Pour le tourner, il.elle.s s’incrustent tou.te.s les trois à une soirée Halloween organisée à Lyon et tourne au milieu d’inconnu.e.s.

Tejdeen

Le trio s’amuse aujourd’hui de l’improvisation du clip mais Olive explique : « On ne voulait pas regretter les visuels. On imaginait déjà un cheminement avec les prochains projets. Comme Tej n’était pas encore identifié sur la scène rap, l’idée c’était de l’humaniser au fur et à mesure des covers. La première pochette, il ressemble presque à un alien, sur celle du deuxième projet, il y a plus de détails et la troisième… Il faut encore qu’on la fasse (rires). » Depuis notre rencontre, la cover est désormais disponible et laisse apparaître le visage de Tejdeen. Symbole de son évolution musicale, elle humanise celui qui n’était jusque-là qu’un objet digital en pleine construction.

Amusé lorsqu’on lui demande s’il se sent appartenir à la « new wave » du rap français, il préfère nuancer : « Je ne connais pas assez ce que veut dire la new wave pour dire si j’y appartiens ou pas. Il y a des gens qui montent et se connectent ensemble. Par la force des choses, tout le monde se connaît plus ou moins. On a tous des influences communes. Mais je ne me sens pas appartenir à un mouvement. Il était question qu’on fasse un morceau avec Khali mais ça ne s’est pas fait. Je suis plus connecté aux producteurs de cette génération qu’aux rappeurs. » 

100 % lyonnais

Avant de quitter la ville des Lumières, Tejdeen et ses ami.e.s tiennent à nous faire visiter quelques coins. De la boutique Focus tenue par l’un de leurs amis proches en passant par les quais et la place Bellecour, le trio raconte au fil de la balade leurs anecdotes ensemble. En passant devant la Marquise, Alexandre se remémore sa première partie au concert de Laylow tout en nous confiant sa passion pour le stand-up et son rêve de collaborer avec l’artiste jamaïcain Beam

C’est un Tejdeen désormais auréolé de sa couronne de platine que nous quittons dans la quartier de La Guillotière, là où nous avions retrouvé la petite bande. « Je suis encore jeune et frais, c’est le bon timing », nous rappelle-t-il confiant, prêt à se lancer dans la course au diamant.


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Face à face Rencontres

Lazuli, le cardio dans la peau

Après un premier EP « Zéro » sorti en juin 2021, Lazuli revient vendredi avec un deuxième projet « CARDIO ». Entièrement dédié aux sonorités reggaeton, cet EP est une collaboration avec le producteur King Doudou, aussi compositeur pour J. Balvin ou PNL. La franco-chilienne livre quatre morceaux destinés à faire danser ceux.celles qui l’écoutent. Mosaïque l’a rencontrée au cœur de Paris, près de la place de la République.


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Sur le fond d’écran de son iPhone, Lazuli affiche une citation : « Il ne faut pas contrôler sa vie mais la vivre ». Habitée par cette devise, elle se réveille désormais tous les matins persuadée d’être à sa place en tant qu’artiste. Pourtant, il y a encore deux ans, Élisa de son vrai nom, était analyste de textiles à la douane. Celle qui se décrit comme « une scientifique, la meuf qui aime bien mettre sa blouse (rires) » se rend compte que la passion n’y est pas mais poursuit, aspirée par la spirale d’une vie bien rangée.

Lazuli

Lors du premier confinement, elle doit mettre ses activités sur pause. Elle se retrouve confinée avec le producteur Izen chez qui se trouve un home studio. Un jour d’ennui en quarantaine, elle se met derrière le micro pour rigoler : « Quand je prends le micro, dans ma tête je ne sais même pas chanter. La musique n’est pas dans mes projets. On se met à faire un son à deux qui ne sortira jamais parce que c’était vraiment pas ça (rires). Mais ça a fait naître quelque chose en moi. Je me suis dit qu’en fait j’en étais capable. Je m’attendais tellement à faire pire que je me suis surprise. » Les jours suivants, elle répète l’exercice et fait écouter ses morceaux à son entourage qui la pousse à les diffuser. 

Lazuli : « Ne plus être guidée par la peur »

Le déclic est né pour Élisa qui devient Lazuli et quitte son emploi : « Quand je travaillais, je regardais déjà la montre en attendant la retraite pour kiffer ma vie. C’était le moment de dire stop. Je suis partie sans me retourner parce que j’étais arrivée à un stade où je ne voulais plus être guidée par la peur. Je n’essaye pas de contrôler ma vie mais de la vivre. »

Depuis, derrière ses lunettes bleu teintées, la rappeuse ne voit plus la vie de la même façon : « Ça a tout changé. C’est comme si tu rentres dans un tunnel, tu ne regardes jamais à côté et d’un coup tu tournes la tête. Et une fois que t’as regardé, c’est trop tard. Le tunnel rassurant est une sorte de prison dorée. J’aime tellement ma vie que je n’aurai aucun regret. Je suis sereine parce que peu importe où ça me mène, la liberté que je ressens est trop belle. »

Après un voyage au Brésil qui l’inspire pour tourner entre autres le clip de Papi Chulo et Zero, elle se lance sérieusement. Elle sort son premier EP « ZERO » composé entièrement avec le compositeur Izen, qui n’est jamais très loin lorsqu’il s’agit de Lazuli. Puis pendant toute l’année 2021, elle s’exerce et crée « au moins trois titres par semaine ». Puis, à travers Izen qui a déjà un pied dans le milieu de la musique, elle rencontre King Doudou. Compositeur de renom, il est connu pour avoir travaillé auprès de J. Balvin, PNL, Freeze Corleone, Kaydy Cain ou encore Bad Gyal. Récemment, il a d’ailleurs reçu un Grammy Awards pour l’album « Colores » de J. Balvin.

Le Chili et la danse

Tous les deux originaires des environs de Lyon, il.elle.s donnent naissance à un EP 100 % reggaeton prévu pour le 11 mars : « CARDIO ». Dans sa veste sport rétro et son jean à carreaux, elle n’en revient toujours pas : « C’est une opportunité de fou de travailler avec King Doudou. Le voir prendre du temps pour moi alors qu’il travaille avec des artistes tellement connus et talentueux, je trouve ça incroyable. De base, il me donnait juste des conseils et finalement on s’est retrouvé à faire du son. Il a vécu en Argentine, en Amérique du Sud. Moi qui écoute beaucoup de reggaeton, il manie ces sonorités à la perfection. » C’est avec le titre Casse ton dos que l’alchimie entre les deux artistes opère. Une fierté pour Lazuli : « Ce que j’ai fait avec ce projet, c’est du pur reggaeton comme j’en entendais quand j’étais petite. Ça m’a fait passer un step. » 

Petite, Élisa connaît des dimanche enflammés au cœur de la salle des fêtes où l’emmène son père. À l’intérieur, des Chilien.ne.s se réunissent pour retrouver ensemble l’atmosphère de leur pays d’origine. Lazuli se souvient : « Les darons faisaient de la salsa. C’était trop bien, il y avait des vrais musiciens et tout le monde saignait Daddy Yankee. Il y avait de la nourriture chilienne et toutes les générations étaient réunies dans la pièce. Il y avait vraiment une ambiance très chaleureuse comme en Amérique du Sud. Ils retrouvaient ici ce qui leur manquait en France. » La musique mais aussi la danse : « Mon grand-père à 96 ans, il galérait à marcher mais il dansait encore la salsa (rires). » Héritière de cette culture, elle s’affiche désormais à chaque concert avec des danseuses sur scène pour « donner envie aux gens de se libérer, qu’ils se lâchent ». 

Banaliser le twerk

Dans le clip du titre Casse ton dos, Lazuli fait également le choix de faire twerker un homme : « Lorsque je suis allée au Brésil, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas du tout cette culture de la sexualisation que l’on a chez nous en France. Sur les plages là-bas, les hommes les plus baraqués que tu peux voir twerkent. Tu ne verrais jamais ça en France parce qu’il y a beaucoup de tabous. En Amérique du Sud, ils sont très libres. C’est de la danse et c’est tout. Ils n’ont pas non plus la même approche de la nudité. Être sexy chez eux, c’est banal. » 

Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires) ! Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés.

Lazuli pour Mosaïque

Une banalisation qu’elle cherche à reproduire dans ses morceaux et ses visuels : « Je veux que les gens qui m’écoutent puissent le faire sans chercher à attribuer des rôles à un tel ou un tel. Je dis aux mecs qui twerkent en cachette dans leur chambre, venez on se libère ! On twerke tous ensemble (rires). Pour le clip, on a galéré à trouver un profil d’un homme danseur qui twerke. C’est même pas du féminisme. Je ne mène pas un combat. Par contre, je veux que les gens qui écoutent ma musique comprennent que c’est ma normalité. Que tout le monde puisse se sentir égaux. Je kiffe voir des gens libres d’esprit faire ce qu’ils aiment sans se sentir jugés. »

La musique comme une évidence pour Lazuli

Si elle semble déjà savoir où elle va, la Lyonnaise lutte toujours contre un syndrome de l’imposteur : « J’ai encore du mal à me considérer comme une artiste parce que je ne m’étais jamais projetée dans cette vie donc c’est difficile. Je me rappelle du premier concert que j’ai fait. J’ai eu besoin de me regarder dans le miroir avant et de me motiver. C’est le moment où j’ai réalisé. » 

Mais du haut de ses bientôt 25 ans, Lazuli ne s’est jamais autant sentie à sa place : « C’est comme si t’avais jamais prévu quelque chose mais qu’une fois que tu y es, tout te paraît logique. C’est ce que je ressens. C’est pour ça que je me sens légitime. Parce que je travaille pour ça et que j’aime ce que je fais. J’ai envie que ce soit entendu et compris. Et puis, c’est quoi la légitimité ? À partir du moment où je fais de la musique, que je m’investis dedans et que j’aime ce que je fais, il n’y a pas de questions à se poser. »

Lazuli avance à l’allure du train dans lequel elle est montée sans en connaître la destination. Elle compte explorer d’autres horizons : « Mon premier EP mélangeait beaucoup de styles dont la baile et la trap. Celui-ci est entièrement reggaeton mais je ne veux pas que les gens croient que je vais me cantonner à ça. L’idée de ce projet, c’est de faire des sons club et je vais continuer à expérimenter encore plus de choses. » 


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Décryptages

La Fève : la mixtape « ERRR » racontée par ses compositeurs

C’est en rugissant que La Fève a fait son retour avec « ERRR », titre de sa mixtape sortie en décembre 2021. L’onomatopée est aussi indéchiffrable que son auteur qui préfère rester discret sur la scène médiatique. L’absence comme présence, La Fève n’a pas besoin de s’exprimer pour faire parler de lui tant sa musique fait réagir. À l’inverse de son premier projet « KOLAF » entièrement produit par le compositeur Kosei, La Fève a réuni sur « ERRR » une dizaine de beatmakers pour faire naître les 18 titres qui composent la mixtape. Pour Mosaïque, certains d’entre eux ont accepté de lever le voile sur les coulisses de la production de la mixtape. 


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BBounce. Un seul mot pour faire son retour, affoler les foules et s’imposer comme l’homme sur qui il faudra compter. C’est avec le titre MAUVAIS PAYEUR que La Fève annonce la sortie de son deuxième projet. Comme pour beaucoup, le morceau est une révélation pour les compositeurs 3G & Bricksy, auteur de la prod de CASTRO sur le projet « ERRR » : « C’est clairement MAUVAIS PAYEUR qui nous a convaincu. On avait pas encore eu l’occasion de se croiser avec La Fève et c’est un morceau très fédérateur. »

Derrière la basse entêtante du titre, le beatmaker Demna. Il n’en revient toujours pas de l’accueil réservé au morceau : « Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi impactant pour le public. La Fève lui-même lui donnait une place moins forte que celle qu’il a prise. Quand il a décidé de le clipper, je lui ai demandé si c’était le meilleur morceau. Il m’a répondu : « Non, gros, il y a des sons encore plus chauds ». Quelques mois plus tard, le titre est maintenant son morceau le plus écouté sur les plateformes. » 

Mais La Fève gardait une deuxième surprise à son public en reliant entre eux les 18 titres de sa mixtape. Demna le découvre lui aussi lorsque le rappeur lui envoie le projet final : « C’est un petit filou, il ne m’avait rien dit ! La transition entre ZAZA et MAUVAIS PAYEUR est choquante. Sur l’ensemble de la mixtape, il y a un vrai taff de cohérence. Je pense que Lyel Gwap, le compositeur du titre ZAZA, a fait exprès de choisir la même fréquence de 808 (son de basse typique utilisé dans la musique trap moderne, NDLR) que ma prod pour que ça glisse. Rien n’est laissé au hasard. » 

Des choix artistiques assumés

Investi, La Fève s’offre l’instrumentalité organique d’un vrai saxophone sur les titres L’APPEL et ZOMBIE. Le saxophoniste Jead se souvient : « J’avais tellement la pression que je ne savais pas si ce que je jouais était assez bien. Quand j’ai eu son approbation, ça a été hyper gratifiant pour moi. » L’instrument se balade entre la guitare de D1gri et la mélancolie du rappeur sur L’APPEL, donnant au morceau « une patte beaucoup plus humaine » raconte le musicien pour qui « la construction du morceau est beaucoup moins mécanique avec un vrai saxophone qu’avec un VST FL Studio (banque d’instruments enregistrés, NDLR). C’était le sentiment recherché par La Fève. »  

Ce que recherche le rappeur, c’est aussi de sortir des sentiers battus. C’est ainsi qu’il utilise une prod originellement destinée à $ouley pour leur featuring sur CASTRO. Elle est composée par le duo de compositeur Bricksy & 3G, connu pour leur style très inspiré de la plug d’outre-Atlantique. Un titre remarqué à sa sortie et vivement critiqué par les youtubeurs Amin et Hugo. Des réaction attendues selon les deux beatmakers : « Le morceau, soit les gens l’ont détesté, soit ils l’ont adoré. C’est vraiment ça qu’on recherche quand on produit. Et puis le titre a une vibe unique. Elle est dans un style un peu Chicago à l’ancienne, ce ne sont pas des références qui sont évidentes. » 

« ERRR » ou le charbon discret de La Fève

Des influences au rap américain que l’on retrouve également sur le titre VOITURE SPORTIVE composé par Kosei en collaboration avec FREAKEY! qui assume ses influences : « Au moment où je suis intervenu, le beat était déjà fait mais je trouvais qu’il manquait quelque chose à l’instrumental. J’ai changé les drums et j’ai ajouté un sample du groupe américain UGK. Je me suis aussi inspiré de Marvin Gaye, Outkast ou encore Bun-B pour la prod. »

FREAKEY! se souvient avoir vu La Fève « travailler fort » pendant « de longues night au studio » tandis que le duo 3G & Bricksy le définisse comme « un charbonneur », « très humain » et « discret ». Tellement discret qu’il n’a même pas eu à faire la promotion de son premier concert à La Gaîté Lyrique à Paris le 1er avril prochain, sold out en cinq minutes après la mise en vente des places. L’occasion pour son public d’entendre « ERRR » résonner en dehors des studios et en dehors des plateformes.

Propos recueillis par Cédric Rossi.  


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Portraits Rencontres

Naïri Zadourian, la revanche d’une brune

À bientôt 30 ans, Naïri Zadourian a la carrière dont n’osent même pas rêver tous les jeunes diplômé.e.s de l’examen du barreau. Un an seulement après l’obtention de son diplôme, cette avocate croule sous les dossiers. Elle a ouvert son propre cabinet et a dû engager un collaborateur. En cause : une forte exposition médiatique liée au dossier du rappeur DA Uzi dont elle s’est saisie en mai 2021. En parallèle, Naïri Zadourian ne cache pas un tempérament emprunt d’humour et de franc-parler qu’elle affiche sans complexe sur Twitter où elle cumule des milliers d’abonné.e.s. Avocate atypique dans le milieu de la justice, elle s’est confiée à Mosaïque. Portrait.


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«T’as des beaux yeux mashallah. On y voit le paradis, ça veut dire qu’on va se revoir », lance un passant à Naïri Zadourian alors que nous sommes assis.e.s à un café de Bobigny, à deux pas du palais de justice. Ce jour là, le soleil a décidé d’éclairer les grands yeux bleu azur de l’avocate. Son audience est à 13 h 30 mais Naïri est sur place depuis 10 h 30. Afin d’anticiper le moindre accroc. Le jour de notre rencontre, elle se présente avec une chaleur naturelle et deux cafés à la main. Au passant qui la complimente et se présente comme le « messi », elle répond de ce ton spontané qui fait sa réputation : « Merci pour les buts ! ».

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Cette grande brune à la voix grave ne rate jamais une occasion de faire rire ceux et celles qui l’écoutent. Comme sa meilleure amie Adélaïde : « Je la connais depuis sept ans. Elle a toujours eu ce coté humoristique, un peu piquant. C’est ce qui a fait qu’on s’entendait bien. Mais elle est très sérieuse professionnellement. C’est aussi sa manière de décompresser. »

Un trait de personnalité qui lui vaut d’être suivie par des milliers de personnes sur Twitter. Et le compteur s’est envolé lorsqu’elle s’est saisie du dossier du rappeur DA Uzi. En quelques tweets, elle double son nombre d’abonné.e.s, passant de 17 000 à 34 000 followers.

DA Uzi : l’affaire d’une vie

Un soir banal dans la vie d’une avocate qui débute, Naïri Zadourian reçoit en mai 2020 le dossier qu’un ami lui transmet. DA Uzi a été arrêté pour détention de stupéfiants et d’armes. Elle se souvient : « Je le connaissais de nom. Avant de prendre en charge l’affaire, je suis allée voir qui je défendais. Parce quentre DA Uzi, Uzi, Lil Uzi Vert, je ne savais plus qui était qui (rires). Mais surtout, rappeur ou pas rappeur, je men fichais. » Attachée à chacun de ses client.e.s qu’elle appelle ses « petits chats », Naïri cherche à les comprendre pour mieux les défendre, convaincue que « l’être humain n’est ni mauvais ni bon ». Elle décide donc de représenter l’artiste à la barre et obtient sa relaxe, le 31 mai, pour vices de procédure.

Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que ça voulait dire.

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

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L’avocate se souvient : « Dans sa tête, DA Uzi allait retourner en prison. Jétais assise. La présidente dit le mot « relaxe ». Je lève les yeux au ciel en me disant : « Tu las fait bordel ». Je me retourne pour vérifier quil a compris. Il était un peu sonné. » Un mot : « relaxe ». S’il permet à DA Uzi de reprendre le cours de sa vie, il s’apprête à faire basculer celle de Naïri. Fière de son succès, elle répond sur Twitter au drilleur Freeze Corleone qui réclamait la libération du rappeur de Sevran. « C’est fait », écrit-t-elle.

À son tour, il répond : « Merci beaucoup Madame ». Une pluie de remerciements s’abat sur la jeune femme. « Quand tout le monde me disait : « s/o Naïri », je ne comprenais pas ce que c’était. » Le rap game s’empresse de la féliciter. De Mister You à Aya Nakamura en passant par Sadek qui lui glisse : « J’espère que petite pénaliste deviendra grande. » La semaine suivante, elle déjeune même avec DA Uzi et Ninho pour célébrer sa libération et poste une photo sur les réseaux sociaux.

« Je suis une jeune femme issue de limmigration. La cible facile »

Très vite, les retombées se font moins joyeuses. Pendant des mois, Naïri Zadourian est cyberharcelée par des internautes issu.e.s des mouvances d’extrême droite : insultes racistes, sexistes, antisémites, menaces de mort et de viol… Elle raconte : « Avec cette affaire, ce qui ma fait bader ce ne sont pas les insultes. Jai lhabitude et je m’en branle, mais cest lexposition. Cest la première fois de ma vie que je sortais dans la rue et que les gens me reconnaissaient. »

Parfois, Naïri Zadourian craint pour sa sécurité. Un soir à son cabinet, quelqu’un se met à tambouriner sur la porte de son cabinet après l’avoir suivie. « Jusquà aujourd’hui, je reçois encore des messages donc sur le moment c’était terrible. Je me suis rendue compte en pleine soirée, un samedi soir avec des potes, que ça maffectait. Jai eu dun coup une boule au ventre, le cœur serré, les larmes aux yeux. Je suis allée pleurer dans la chambre dun de mes potes. Parce que je ne savais plus quoi faire de ces insultes, de cette exposition. »

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« On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. »

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

Son collaborateur Vincent Nativi l’a vécu à ses côtés : « Cest là ou je me suis rendu compte de la force du harcèlement. Elle me disait avoir besoin de déconnecter parce que c’était violent pour elle. » Lorsqu’on lui demande si elle regrette, sa réponse est sans appel : « Je ne regretterai jamais de ma vie davoir obtenu la libération dun gars. On a essayé de me faire regretter ma manière de communiquer. Mais ce n’est pas parce que je réponds à un tweet de Freeze Corleone que je mérite ça. » 

La jeune femme pointe aussi du doigt ce qu’elle incarne : « Quand Éric Dupond-Moretti prenaient des photos avec ses clients : Benzema ou Balkany ou quand Maître Ruben allait sur Skyrock pour parler de Fianso… Ils n’ont jamais pris le quart des insultes que jai reçues. Pourquoi ? Parce que je suis une jeune femme issue de limmigration. La cible facile. »

La vocation de la justice

Naïri ne compte pas pour autant se retirer du réseau à l’oiseau bleu, là où depuis des années elle tweete « dès qu’elle pense à un truc ». « J’aime cette instantanéité. Aujourd’hui, je peux autant faire un tweet sur l’état de droit que sur le dernier album d’Hamza et avoir la même quantité de réactions. »

Même si elle regrette que l’exposition engendre des responsabilités indésirées. « Parce que je suis d’origine arménienne, on me demande de prendre position. Certaines personnes de la communauté arménienne sont dextrême droite. Sauf que nous sommes héritiers dun génocide arménien qui a été rendu possible à cause des nationalistes dextrême droite. Pour moi cest une honte absolue quon se permette de cautionner les idées de nos génocidaires. Quand jouvre ma gueule sur ce sujet, les gens de la communauté sont les plus virulents auxquels jai eu affaire sur ce réseau. On ma demandé de changer de nom de famille, on a demandé des comptes à mes parents… »

D’une mère libanaise et d’un père iranien, la petite Naïri veut devenir avocate depuis l’âge de 8 ans. « Mon grand frère faisait beaucoup de bêtises et quand mes parents lengueulaient, ça me faisait mal au cœur. Je trouvais ça injuste. Je prenais sa défense et ma mère hurlait : « Tes pas lavocate de ton frère ! ». Issue d’une famille d’immigré.e.s, le métier d’avocat incarne la réussite selon elle : « Mes parents voulaient que je fasse ce travail. Cest un peu le fantasme de tous les immigrés. Que leurs enfants aient un meilleur niveau de vie qu’eux. Ils avaient un peu peur pour moi mais maintenant ça va. Par contre à chaque fois que je leur dis que je vais en taule, ma mère est en arrêt cardiaque (rires). »

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Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement.

Naïri Zadourian pour Mosaïque.

Très vite, celle qui grandit à Meudon-la-Forêt, Nanterre puis Saint-Denis se met également en tête de défendre ses ami.e.s : « La banlieue, je l’ai côtoyée et je la côtoie toujours. Ce qui me faisait beaucoup de mal quand je grandissais, c’était de regarder les médias et autres dépeindre les mecs de cité comme des animaux. Je le prenais personnellement. Un jour, jai vu l’un de mes potes se prendre une clé de bras par un mec de la BAC devant une boîte. Il était en train d’étrangler mon pote. Il disait : « Je desserre pas tant que tu te calmes pas ». Et mon pote disait : « Je me calme pas tant que tu desserres pas ». Du coup, on fait quoi ? Depuis ce jour-là, je me suis dit hors de question que je laisse faire. C’était lun de mes déclics. » 

C’est chose faite. Après l’affaire DA Uzi, elle a pu ouvrir son propre cabinet. Fait rare à seulement un an de barre : la jeune avocate croule sous les demandes et peut même se permettre de refuser des dossiers. Des journées effrénées qui ne surprennent pas sa meilleure amie. Adélaïde l’a toujours vu courir après le temps : « Même quand elle ne travaillait pas, elle était quand même surbookée. Elle a toujours été à 100 à lheure. C’est quelqu’un d’hyper volontaire. »

Un succès mérité

Pour tenir le rythme, elle s’est offerte les services d’un collaborateur. Vincent Nativi a prêté serment la même année qu’elle : « On travaille ensemble principalement grâce à cette affaire DA Uzi qui lui en a apporté dautres, cest leffet boule de neige. C’était impressionnant. On a la chance de pouvoir choisir nos missions et cest formidable au stade de nos carrières. Au quotidien, Naïri est exigeante. On a la même vision de la profession, on ne se permet pas de faire le travail à moitié. »

Un succès qui sonne comme une justice pour celle qui confesse que le film « La revanche d’une blonde » a marqué sa vie. Elle considère sa situation comme un digne retour des choses, après de mauvaises expériences : « Il y a deux ans à l’école davocats, j’étais qualifiée pour un concours de plaidoirie pour représenter mon école à la finale et des filles ont été dire au directeur d’école que je harcelais des élèves. Sans preuve, sans rien, on ma disqualifiée et on ma menacée de poursuites disciplinaires et pénales. C’était l’une de mes anciennes meilleures amies. J’ai passé 6 mois sous antidépresseur tellement c’était injuste. Et me dire quun an après, on ne parle que de moi, jespère que ça leur fait les pieds. » 

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Aujourd’hui encore, elle se sent « isolée » dans le milieu des avocats : « Heureusement quil y a les jeunes confrères qui me soutiennent. Cest un peu injuste de dire ça parce que quand je me suis faite harcelée, jai eu le soutien de toute la profession. Mais dans lexercice quotidien, ce nest pas pareil. » Un sentiment que partage celui qui travaille à ses côtés, Vincent Nativi : « Elle a une carrière qui est bien plus en avance quun avocat normal, donc il y a la peur de ne pas être considéré, dapparaître comme le nouveau et de devoir montrer que tu es là et que tu mérites. »

Le syndrome de l’imposteur

Malgré la réussite, la jeune femme manque encore de confiance en elle : « Jaurai le syndrome de limposteur toute ma vie. Je pense que quand j’étais jeune dans ma famille, on ma beaucoup rabaissée. Mes grands cousins, mes grands frères avaient toujours lhabitude de me dire que je ne valais rien, que je ne pouvais pas parler sans diplôme. Jai presque eu le droit à la parole dans ma famille quand jai obtenu ma licence. Maintenant, je n’arrive pas à être fière de moi sans quon me donne une raison de l’être. »

Gênée devant notre caméra, l’avocate explique détester prendre la pose et ne jamais se trouver jolie sur les photos. Alors qu’elle parle pendant le shooting pour se détendre et détourner son attention de l’objectif, elle avoue sa « peur de la mort, de la vieillesse, de la solitude, de tout ce qui fait souffrir ». Tout en s’inquiétant d’avoir bientôt 30 ans en juillet prochain. Mais Naïri a le charme de l’humour immortel et n’oublie jamais de nuancer ses craintes avec un goût insolent de la formule : « Je suis vieille mais intemporelle. »


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Portraits Rencontres

DMS : le joyeux mélomane de la new wave

Depuis la sortie du morceau Bad Luv en juillet 2020, DMS s’est fait discret. Pourtant, derrière les murs du studio Avlanche à Ivry-sur-Seine, le rappeur de 22 ans concoctait en douce son premier projet : « Rideaux bleus », paru le 10 décembre dernier. Pour l’occasion, il a invité de jeunes confrères, à savoir La Fève, 99 et Chanceko (et Le Motif, NDLR). Tous font partie d’une génération d’artistes prometteur.se.s, « la new wave », qui tente de bousculer les codes du hip-hop français. DMS incarne ces nouvelles inspirations et ce souffle de fraîcheur. Jusqu’ici réservé dans les médias, il a accepté de lever le rideau sur sa personnalité pour Mosaïque. Le producteur 99, le compositeur Guapo du Soleil et le réalisateur SwimTheDog, proches du rappeur, ont aussi joué le jeu de la confidence. Portrait.


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C‘est une vague qui déferle sur le rap français. Une vague couleur arc-en-ciel, teintée du jaune de Khali, des reflets lotus de Sonbest, du rouge de Chanceko et qui ne pouvait s’échouer sur la plage de 2021 sans se draper du bleu de DMS. L’artiste a pris le large le 10 décembre 2021 avec son projet « Rideaux bleus », venant clôturer aux côtés de La Fève une année colorée par « la new wave » du rap français. Dans ce fracas de couleurs, DMS se devait d’apporter sa touche au tableau. Nous l’avons rencontré au studio Avlanche d’Ivry-sur-Seine. Caché derrière ses lunettes de soleil, encore fatigué de la veille, vêtu d’un pull floqué « Laîla », il explique : « Rideaux bleus, c’est une référence au ciel, à quelque chose d’assez mystique et nébuleux, ça touche aussi à la religion. » 

Le rappeur avait ce projet en tête depuis plus de deux ans, date à laquelle sa carrière musicale prend une tournure sérieuse lors de sa rencontre avec l’artiste Chanceko. Les deux rappeurs se voient pour la première fois au 99 studio, un lieu d’enregistrement qui porte le nom de son créateur, 99, producteur devenu l’un des visages de la next gen. L’alchimie passe et à trois, ils créent le titre Bad Luv.

Pendant l’été 2020, le titre devient un nouvel hymne du rap underground et atteint le million de streams sur Spotify. « C’est mon premier succès. C’est à ce moment là que j’ai senti une vraie hype qui m’a poussé à continuer en solo et à confirmer les attentes », confie l’interprète. Cette poussée artistique, 99, l’a lui aussi ressenti : « Pour tout le monde, ça a été un point de départ. Ça nous a donné une grosse crédibilité pour la suite. Grâce à ça, DMS a pu négocier un bon deal en label. »

DMS et Guapo du Soleil : un début en binôme 

Avant de créer son propre label, Ciel, en distribution avec la maison de disque Wagram Music, c’est dix ans plus tôt que DMS commence timidement à rapper à l’âge de 12 ans lorsque sa mère ramène un ordinateur à la maison. Il commence des « vieilles prods », tel qu’il les qualifie, réalisées sur le logiciel Garageband en enregistrant des morceaux qu’il a depuis supprimé pour « ne laisser aucune traces ». Comme beaucoup de rappeur.se.s, c’est donc dans sa chambre des Hauts-de-Seine que tout commence. C’est aussi là qu’il rencontre celui qui deviendra son meilleur ami dans la musique, le compositeur Guapo du Soleil. 

Les deux adolescents sont dans le même lycée et Guapo est ami avec le frère de DMS chez qui il passe beaucoup de temps. Alors qu’un jour il est « posé » dans le salon, il entend une mélodie sortir de la pièce où se terre l’apprenti rappeur. Guapo se souvient : « J’avais commencé à rapper à cette époque mais je n’avais jamais fait de son. Je suis rentré dans sa chambre, j’ai trouvé que ce qu’il faisait était super lourd. On a enregistré un son qui était pas ouf. Et moi, derrière je me suis vite rendu compte que j’étais nul donc je suis passé de l’autre coté des machines pour produire. » 

DMS est un adolescent passionné qui ne sort pas beaucoup de chez lui. Après le lycée, son bac ES en poche, il poursuit trois ans de droit sans grande conviction. Dès qu’il touche un peu d’argent, il l’investit dans du matériel pour enregistrer chez lui. De temps en temps, il fréquente un studio gratuit au sous-sol du conservatoire de sa ville mais « ça a commencé à devenir sérieux il y a deux trois ans lors de mes premières grosses sessions au studio 99 », explique DMS. 

L’énergie du collectif façon new wave

Les mois passent et le studio 99 disparaît. Les jeunes artistes qui s’y réunissent trouvent un nouveau refuge au sein des studios de production Avlanche à Ivry-sur-Seine. Ici, interprètes et producteurs se croisent, discutent et travaillent spontanément. C’est au milieu de cette effervescence musicale que DMS prend ses marques et forge son identité. Le compositeur 99 l’a vu évoluer : « Depuis le début, il est trop fort en topline (un air musical, NDLR) et il écrit super bien. Mais petit à petit, il a gagné de la confiance et il a pris un niveau exceptionnel. Les sons qu’il fait en ce moment sont encore un cran au dessus. »

C’est au cœur de ce mouvement que, comme chacun des projets de cette nouvelle vague, tout se construit en équipe. DMS ressent cette énergie comme « une quête de créativité perpétuelle ». Un esprit collectif « qui ne s’arrête jamais de produire et autour duquel se dégage une vraie vibe positive ». 

Entouré, il commence à construire son projet « Rideaux bleus » en 2019. DMS explique : « La phase de conception de l’album a été longue pour construire un projet vraiment cohérent. J’ai travaillé chaque son pour qu’ils se répondent les un les autres. » « Rideaux bleus » raconte l’histoire d’une soirée où l’ambiance décline petit à petit avant de retomber dans les travers de la mélancolie : « Plus l’album avance, plus il prend une tournure personnelle, avec une ambiance de fin de soirée où je discute avec l’auditeur en lui racontant mes baraudes en ville. » En dix titres, DMS dit vouloir retranscrire « le sentiment des couleurs de la ville ». 

La Fève, 99, Le Motif et Chanceko

Impossible pour le rappeur originaire du 92 d’organiser une soirée sans inviter ses acolytes. La Fève se tape l’incruste sur le morceau Promesses, le producteur 99 s’invite sur Coeur vides, poches pleines tandis que Le Motif fait son entrée avec Particulière et que Chanceko rentre sur la piste sur Pendentif. Derrière les platines, c’est le compositeur Guapo du Soleil qui mène la danse : « Ce projet a été construit comme une carte de visite pour montrer un panel de ce qu’il est capable de faire et de ce qu’il aime. Il a gardé des sons plus chauds tout en allant vers des sonorités moins chaleureuses sur Vide qui est plus mélancolique ou House qui envoie un peu plus. »

Guapo garde un bon souvenir de la conception du morceau House : « On a organisé une fête quand je vivais encore chez ma daronne, il y a presque deux ans. C’est là qu’avec DMS, on a capté Junior Alaprod pour la première fois (compositeur de trois titres du projet, NDLR). On était même pas partis pour faire du son mais l’ambiance était tellement lourde qu’elle a donné naissance à House. Ce titre, c’était une évidence. Tout le monde dans la pièce trouvait ça incroyable. »

C’est aussi dans ce groupe créatif que DMS croise la route du réalisateur SwimTheDog. Leur dernière collaboration : le clip du morceau Rideaux Bleus. L’homme derrière la caméra se rappelle : « Il m’a beaucoup surpris. Il était très à l’aise devant la caméra. On a pensé un décor avec des toiles partout, c’était un délire. Nous n’avions pas trop de budget, mais on y a mis beaucoup de spontanéité. Son univers se démarque vraiment.»

« DMS a un rôle rassembleur pour cette génération »

Le projet est aussi une consécration de plusieurs années de travail pour DMS. À désormais 22 ans, le rappeur a su prouver ses qualités de toplineur (celui qui écrit la mélodie vocale et les paroles par-dessus une prod, NDLR) avec un disque d’or obtenu sur le morceau Miel de Wejdene : « Ça fait quelque chose de ramener une plaque à la daronne. Ça a été une première récompense matérielle. Elle m’a permis de concrétiser auprès de mes proches et dans le monde de la musique. Mais maintenant, je veux travailler mon identité de rappeur. »

Avec « Rideaux bleus », DMS tient à s’affirmer en tant qu’artiste. Pour Guapo du Soleil, l’importance de DMS au sein de la new wave du rap français dépasse le cadre musical. Selon lui, « c’est un mec qui a un rôle rassembleur pour cette génération. Il est hyper sociable, super pote avec tout le monde. C’est important d’avoir quelqu’un comme ça quand un courant se développe. » 

Si encore aujourd’hui, les rentrées d’argent issues de la musique sont « très irrégulières » pour lui, DMS trace son chemin entouré des siens, préférant pour l’instant ne pas dévoiler l’origine de son nom de scène. Une chose est sûre : tous ses proches interrogés évoquent un blagueur dans l’âme avec le cœur sur la main.

Guapo l’assure : « DMS, c’est un des mecs avec qui on rigole le plus. Il est souvent chez moi et tous les soirs, on pleure de rire. C’est aussi un des mecs les plus fidèles que je connaisse. Je sais que je peux lui parler de nimporte quoi que ce soit par rapport à la musique ou non. Cest un mec de bons conseils, grave à l’écoute. C’est un personnage rassurant à avoir à ses cotés. Tu peux toujours compter sur lui. Cest un mec que je chéris de fou dans mon entourage. Cest un peu à leau de rose mais cest sincère (rires). Il fait le bien autour de lui. » Une version confirmée par 99 en quelques mots : « DMS, c’est le plus love de tous. » 

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Face à face Rencontres

Edge, la tête dans les nuages

Après « OFF », un premier projet sorti il y a un an, Edge revient avec la suite, « OFFSHORE », paru le 26 novembre 2021. Entre temps, le rappeur du 19e arrondissement s’est affiché aux côtés de Jazzy Bazz et Esso Luxueux pour un album en commun « Private Club ». Mais c’est entouré de la nouvelle génération qu’il fait son retour avec une mixtape de 14 titres. Au coin d’une table du restaurant de l’hôtel Amour près de Pigalle à Paris, nous avons rencontré Edge. Autour d’un thé vert que le rappeur apprécie accompagné de miel, il s’est confié sur son obsession du temps qui passe, son rapport à la météo et à l’argent. À la fin de l’entretien, il a pris le temps de poser quelques instants avec notre photographe, Jacques Mollet, dans les rues du 9e arrondissement. 


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En ce mois de novembre, l’artiste dont les humeurs sont rythmées par le cycle des saisons est affecté par le froid glacial qui a envahi Paris ces derniers jours. Enrhumé et fatigué, Edge se console par la sortie de son projet « OFFSHORE » qui lui « redonne du baume au coeur ». Une mixtape prévue depuis le départ comme la suite de son premier projet « OFF », sorti il y a un an, qui se clôturait sur le morceau 5h54. Ce n’est donc pas sans raison que le premier morceau de ce nouvel opus débute par une voix étouffée que les habitué.e.s du GPS connaissent bien : « Dans six minutes, il sera 6 heures. » Mais Edge, toujours coiffé de son indispensable durag, prévient : « La mixtape n’est pas forcément le déroulement d’une journée mais plutôt d’une période. C’est en tout cas une continuité de ce que j’avais vécu sur OFF. » Une période qui s’ouvre sur le titre Météo, métaphore des états du rappeur conscient de sa fragilité émotionnelle. 

Avec de l’oseille j’peux contrôler la météo.

Mais j’pourrais jamais rattraper l’temps qui passe.

Fuck c’est horrible, ouais c’est horrible.

– Edge, météo

Si l’artiste se revendique d’un « cœur froid » dans ses textes, l’humain caché derrière ses lunettes teintées de rose apparaît très sensible, sans chercher à s’en cacher : « Je suis quelqu’un de stressé et je ne suis pas le mec le plus confiant au monde. Je me suis senti plus à l’aise avec ce projet. Depuis OFF, je ne sais pas mieux gérer mes émotions mais je cherche à les accepter et les comprendre pour les extérioriser. » Marqué par plusieurs décès, il reste obnubilé par son impuissance face au temps qui passe : « J’ai peur de la mort. Sans vouloir être larmoyant, j’ai perdu trop de proches. Mais il y a perdre des proches parce que c’est des gens qui vieillissent, et perdre des proches comme ça du jour au lendemain. »

Lorsqu’il évoque ces souvenirs, Edge se frotte le front en baissant la tête, visiblement encore touché par son passé : « Le temps, c’est spécial pour moi, parce que j’arrive pas à chérir les moments par peur de ce qui va se passer le lendemain. J’ai peur de me réveiller un matin, comme ça a pu m’arriver, et qu’on me dise, cette personne n’est plus là. Sans que ça n’ait pu m’effleurer la tête que ça puisse arriver. » Le rappeur développe donc un rapport complexe au temps : « Le temps me fait peur parce que c’est l’inconnu. C’est l’inconnu du futur et les maux du passé. Ce qui me fait peur, c’est de voir le temps avancer sans pouvoir rien faire. » 

L’isolement avant l’éclosion

L’artiste préfère donc s’isoler : « Mon temps est spécial parce que je vis en décalé des autres. Je dors pas beaucoup et je suis debout très tôt. Quand il est 8h du matin, souvent je suis debout depuis quatre ou cinq heures et la journée, je me coupe pour me reposer. Du coup, j’ai du mal à me situer dans l’espace-temps. C’est un discours de foncedé (rires), mais les trucs qui sont pas rationnels comme le temps ça me perturbe de ouf. »

Dans ses paroles comme dans la vie, la quête de l’argent remplace ses peurs d’où le nom de « OFFSHORE » (se dit d’une société enregistrée à l’étranger, dans un pays où le propriétaire n’est pas résident, et qui profite des avantages fiscaux du lieu souvent appelé un paradis fiscal, NDLR) : « Je parle beaucoup plus d’argent sur cette mixtape, mais en ayant conscience que ce n’est pas ça qui va me faire me sentir mieux dans ma vie. Mais j’y pense tout le temps parce que je dois hustle (travailler, NDLR). J’ai eu des galères financières pas évidentes dans ma vie et je bosse pour ne plus avoir à me soucier de ça. » Sur le projet, Edge noie aussi ses peurs dans l’alcool : « J’ai un rapport malsain avec les substances. À une période de ma vie, je pensais que c’était la solution à certains maux mais en fait, pas du tout. Aujourd’hui, j’essaye de ralentir. »

Alpha Wann est le plus chaud parce qu’il n’a pas peur des prises de risques et de sortir de sa zone de confort.

Edge pour Mosaïque

Harcelé par sa banquière et une conquête féminine, Edge se terre dans sa solitude tout au long des 14 morceaux jusqu’au dernier titre introspectif Des nuages à la terre où le rappeur se livre : « J’ai un rapport très spécial à ce dernier morceau parce que je ne voulais pas le garder à la base. Il me touchait trop, il était trop personnel. Je l’ai écris à une période de ma vie qui n’était pas ouf. J’étais vraiment isolé pendant deux semaines, je ne voyais personne. Maintenant que c’est sorti, c’est cool parce que je capte que c’est une espèce de thérapie. Ce morceau, c’est le parfait résumé de ce projet. » Edge finit donc sur le dernier track par décrocher son téléphone mettant fin au mode « OFF » sur lequel il s’était branché depuis deux projets. 

« OFFSHORE » montre déjà des signes d’ouverture en invitant la nouvelle génération : Jäde, La Fève, Enfantdepauvres et Lowssa. Le rappeur s’est aussi diversifié musicalement. Accompagné de son producteur de toujours, Johnny Ola, ils ont ainsi fait appel à de nouveaux compositeurs dont Guapo du soleil : « Pour le son avec Jäde, on savait que c’était une couleur que nous n’arriverions pas à travailler seuls. Guapo est venu au studio. C’était tellement insolent. La veille, il avait fait une nuit blanche. Il s’est posé, il a dormi trente minute et il s’est réveillé en sachant ce qu’il allait faire. En une demi heure, il a fait de la magie. »

En collaborant avec Alpha Wann sur une prod two-step sur le titre 20.000, Edge assume aussi des prises de risques : « Avec Alpha, on a écouté des prods pendant facile deux heures et demi. Alpha est dur et c’est pas pour rien que c’est le plus chaud parce qu’il est exigeant. À la fin, je lui ai proposé cette prod que j’avais en stock depuis quelques semaines sans y croire une seule seconde. Il a écouté et il était partant. C’est une big prise de risque mais Alpha n’a pas peur de sortir de sa zone de confort. » À l’avenir, Edge veut continuer à proposer d’autres horizons musicaux. Si la boucle est bouclée pour la série « OFF », le rappeur espère encore étonner : « La suite ne sera pas drastiquement différente mais un peu. Je laisse la surprise. En tout cas, l’album n’est pas pour tout de suite. »

« OFFSHORE », le projet de Edge est disponible sur toutes les plateformes.


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Entretiens Rencontres

Cashmire 018 : « Au quartier, notre pire cauchemar, c’est de se faire rafaler en bas de son bâtiment »

Il y a un an, nous rencontrions pour la première fois ce jeune ambitieux du 18e arrondissement de Paris : Cashmire. Dès nos premiers échanges avec lui, nous avions compris que l’artiste avait une vision précise de son art, se définissant comme « agressivement réaliste avec une charge d’espoir ». Lors de ce premier face à face, Cashmire évoquait déjà un prochain projet qui devait alors sortir début 2021, prévu sans featuring. C’est finalement presqu’un an plus tard, le 29 octobre 2021, que « 018 », le premier album du rappeur voit le jour avec quatre collaborations. Que s’est-il passé ? Mosaïque est revenu vers lui pour comprendre. L’occasion aussi d’aborder en profondeur la situation du 18e arrondissement sous les yeux avisés du premier concerné, jeune prince de son royaume.


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Lors de notre première rencontre en novembre 2020, le projet était déjà prêt. Il est finalement sorti le 29 octobre 2021. Que s’est-il passé en un an ?

Maintenant que tu me le dis, j’ai l’impression qu’un an c’est super long pour sortir un projet. Quand on s’est rencontrés la première fois, il me restait la phase des visuels. Je préparais les clips de ZEP et de Samuel Eto’o. C’est moi qui écrit mes clips. J’ai pensé la pochette aussi. On a aussi rajouté le son avec Abou Tall. Il devait y avoir 18 titres et j’en ai finalement mis 12 plus un bonus. C’était frustrant de devoir attendre un an. Avant, j’étais très underground, je faisais ce que je voulais. Je pouvais sortir un son même sans mix, le mettre sur Soundcloud et c’est tout. Depuis ma signature en label, c’est un travail d’équipe. Le process n’est pas le même.  

Tu évoquais d’ailleurs plusieurs noms de projet. Tu as finalement gardé « 018 ». Pourquoi ?

Je ne peux pas mieux résumer ma musique que par 018. Je le dis constamment de manière inconsciente et innée. À la base, je voulais appeler mon projet « Madame tout le monde », en référence à la série de peintures de Picasso intitulée « Femme assise ». J’avais pensé à faire un projet féminin et un projet masculin. Plus je construisais le projet, plus je me rendais compte que ça ne me ressemblait pas. Ça, c’était le truc de Picasso. Moi, c’est 018. Je me suis dit : « Cash, ouvre les yeux, regarde autour de toi. 018, c’est ton ADN, ton identité. »

Tu nous disais également vouloir un projet sans featuring où « Cashmire fait une grosse prise de parole ». Un an après, il y a finalement quatre invités sur la tracklist. Comment ça se fait ? 

Aujourd’hui le featuring c’est presque un accessoire marketing. Initialement, j’avais conçu le projet sans par volonté de m’exprimer et ainsi faire primer la musique. Le seul titre où je voulais des intervenants étant La Colline avec Olazermi et Slkrack où j’avais besoin de couplets rappés et de belles voix graves pour immerger l’auditeur dans un univers violent de drogue et de rue. Quant à Go Fast avec Nemir et Chaque semaine avec Abou Tall, c’est au fil des rencontres que les titres ont trouvé leur place au sein du projet. J’ai conscience de la diversité des registres et chaque artiste représente une part de moi. Que ce soit Nemir dans la douceur ou les mélodies, Abou Tall pour son ouverture sur le monde ou Slkrack avec qui j’ai grandi.

Comment est-ce que tu rends service à ton quartier avec ce projet ? 

J’ai laissé cet album à ce moment là de ma vie. Ma musique est intemporelle. Je suis un habitant du quartier et j’ai conscience qu’à mon échelle, le 18e me regarde. Le 018 est en moi. Je porte le 018 sur mon épaule (Cashmire a un tatouage « 018 » inscrit sur son bras gauche, NDLR) et je préfère que quelqu’un le découvre par mon album que par ce qu’en disent les médias. J’ai voulu raconter mon quotidien sans le dramatiser. La vie au quartier est dramatique mais ce n’est pas un drame. Depuis que je suis petit, je vois ça. Tu trouves ça moche mais c’est ton quotidien. C’est quand tu grandis que tu te rends compte que tu vis dans un truc à part. C’est pour ça que j’ai samplé l’interlude Peu de gens le savent d’Oxmo Puccino dans ma propre interlude Sauve-toi STP. Il dit : « On s’embrouille entre nous mais, c’est pas les keufs qu’on va chercher, on va chercher les potes à côté et on se tire les uns sur les autres. » Ça ressemble trop à nos vies. Au quartier, la devise, c’est sauve toi si tu peux.

Il n’y a pas d’issue au quartier ? 

Il faut partir. Sinon, l’issue est négative. Dans tous les quartiers, c’est pareil. Tous les gens qui habitent les quartiers connaissent cette réalité. Entre nous, on sait tous qu’on veut partir. Il n’y a que ceux qui ne connaissent pas la rue qui la fantasment. C’est toujours mieux d’en sortir et mettre les siens à l’abri. Je crois que notre pire cauchemar, c’est de se faire rafaler en bas de chez soi. Imagine je meurs en bas de mon bâtiment. Personne ne veut ça. Si j’en ai l’opportunité, je partirai. Pourquoi rester ? Je serai l’exemple de la réussite qui est sortie du quartier. 

Pourtant, tu vis encore dans ton quartier et à ton échelle, tu as réussi. Tu ne penses pas être un modèle ? 

Bien sûr. Je ne crache pas dans la soupe, c’est vrai. J’en suis très fier. C’est juste qu’il faut voir toujours plus loin. Je ne suis pas allé au bout de ce que j’ai en tête. Dans l’idéal, j’ai une vie de ouf, j’habite à Toronto et j’emmène tous les enfants du quartier en vacances au ski. Je fais des choses pour des associations, je contribue au quartier. La réussite, c’est pas la signature en label. Il faut que j’aide financièrement et socialement mon quartier. Comme Pop Smoke l’a fait. Il a ouvert une fondation avant de mourir : « Shoot for the Stars, Aim for the Moon ». Je trouve ça magnifique. 

Mais si on a pas le talent de Cashmire, on est condamné au quartier ? 

C’est horrible de dire ça. On est pas condamné mais j’essaye de mettre en lumière que c’est beaucoup plus dur. Évidemment que tu peux faire des études, t’accrocher et réussir. Mais c’est plus dur que pour le reste du monde. Parce que toi tu continues mais au quartier tout le monde lâche. Ton environnement ne te pousse pas vers le haut. Rien est impossible mais tout est plus dur. Juste parce que l’appartement est trop petit, on est trop nombreux, donc faire ses devoirs c’est plus compliqué que la moyenne. Et puis au quartier tout est fait pour que ce soit plus dur pour nous. Le 18e est une banlieue au sein même de Paris, c’est sa particularité. L’architecture, le nom des rues…. Quand je suis dans le 16e arrondissement, le nom des rues c’est rue de la Boétie, rue Mozart, rue des grands poètes. J’arrive chez moi, je vois rue Marx Dormoy, le nom d’un révolutionnaire. C’est juste fait comme ça. Quand t’arrives au quartier, les routes commencent à être trouées. Rien est dû au hasard. C’est l’origine même des ghettos.

Tu dis d’ailleurs que c’est le 18e qui a fait de toi un rappeur, c’est à dire ? 

Le quartier m’a conditionné à être un rappeur. Dans un autre endroit, peut-être que j’aurais fait de la guitare, du piano, autre chose. La précarité donne accès aux choses les plus simples. Ça marche aussi avec le sport. J’ai grandi dans le 18e, je fais du foot. J’aurais grandi dans le 6e, j’aurais fait du tennis ou de l’équitation. Ici, l’opportunité n’existe pas. Le foot, il faut juste un ballon et des copains. Pour faire du rap, il faut juste une instru et une voix.

Qui tiens-tu pour responsable de cette situation de ton quartier ? 

Ils. Le « ils » dont je parle dans mon morceau ZEP : « Ils nous ont vraiment mis en ZEP. » Je me suis déjà demandé de qui je parlais quand je disais « ils ». En fait, c’est ceux qui n’en ont rien à foutre de nous et de nos modes de vies. Qu’on meurt par balles, pour trafic de drogue ou juste parce qu’on s’en sort pas. Ce même ils qui prétend qu’on a des chances égales à celles des autres. Ce même ils qui fait payer des écoles à 20, 40 ou 50 000 euros l’année. Je vois qu’il y a des trucs systémiques en face de nous. Ceux qui sont responsables, ce sont ceux qui ferment les yeux. Je sais même pas si je les tiens pour responsables. Les choses sont comme telles.

Je ne suis pas fataliste (Il s’arrête pour réfléchir, NDLR). Je suis agressivement réaliste avec une charge d’espoir. Par exemple, les gueush (Les toxicomanes, NDLR), ils ne font que les déplacer dans trois arrondissements : le 18e, le 19e et le 20e. Ce que je constate, c’est qu’ils ne sont jamais dans le 15e, jamais dans le 8e, jamais dans le 6e, jamais dans le 4e. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que ça ne dérange pas certaines personnes au-dessus, tant qu’ils restent en banlieue parisienne ou dans nos quartiers de merde.

Tu parles beaucoup des toxicomanes dans ta musique. Tu as quel rapport avec eux au sein de ton quartier ? 

Il y a des toxicomanes dont je suis proche, parce que ça fait des années que je les vois. Sur la place Hébert, il y a Stéphanie. C’est un jeune garçon. Ça m’arrive de prendre de ses nouvelles. On connait tous Fanny aussi. Ce sont des vies difficiles. Disons que je comprends tout le monde dans ce quartier. Je comprends ma gardienne qui n’en peut plus, les petits qui s’en foutent de cette situation, les parents qui sont fatigués, ceux qui ont baissé les bras, ceux qui vendent de la drogue, ceux qui n’en vendent pas, ceux qui vont à l’école, ceux qui n’y vont pas… Il n’y a que le maire que je ne comprends pas (rires). Mais je comprends moins les toxicomanes parce que tu choisis à ce moment-là que toi même, tu ne peux plus te sauver. Pour autant, j’ai de l’empathie pour eux. Il y a toujours des parcours de vie derrière. La solitude, la déshumanisation, la dureté de la rue… Ce sont des choix de vie très difficiles. Il suffit de parler avec eux pour savoir qu’ils ne veulent pas de cette vie.

J’ai conscience que je déconstruis ma masculinité à travers mon look. Personnellement, je ne pense pas forcément qu’il faut des critères pour être un bonhomme. 

Cashmire pour Mosaïque

Dans le titre Yaki, tu dis « S’il y a pas dieu, il y a qui ? ». Est-ce que la religion est une issue au quartier ?

Du fait de mes convictions religieuses, si quelqu’un se tourne vers la religion, je trouverais toujours ça magnifique. Au quartier, la foi est un lien très fort entre nous tous. Quand on fait des bêtises, il y a cette conscience de trahir sa religion. Ceux qui connaissent la misère connaissent aussi la prière. Il y a un lien entre les deux. Je trouve ça très beau. Je suis pas sûr que ce soit une porte de sortie. Mais ça porte des valeurs, c’est ce qui fait du bien dans la misère. Ce qui aide à tenir, ce sont les drogues, les paradis artificiels. La foi, c’est juste beau, grand et profond. Moi, je suis ni un ange, ni un exemple mais je suis quelqu’un de religieux.

De par ton attitude et ton look, tu déconstruis l’image du rappeur de quartier. C’est une ambition ?

J’ai conscience que je déconstruis ma masculinité. Rien que comment je m’habille. Je ne fais pas semblant. Au quartier, je suis habillé pareil. Parfois, je suis dans des endroits très sombres, des parkings et moi je me crois à la fashion week (rires). Les grands et les petits savent que je déconstruis. Même dans le clip de Gucci Bae, il y a un mec très fashion dans un quartier très ghetto, c’est ce que je voulais dégager. Ça se retrouve aussi dans mon attrait aux choses culturelles.

La cover va aussi dans ce sens là. Je voulais reprendre l’idée de la pochette de l’album « Sweet Revenge » de l’artiste japonais Ryuichi Sakamoto. Ça n’a pas été facile de faire accepter cette idée au label parce que ça fait pas très rap mais je voulais justement jouer le contrepied, et quand j’ai une idée en tête, c’est difficile de me l’enlever. Pour aller au bout des choses, on a pris un photographe de mode, Thomas Lachambre, pour faire le shoot. Je prends plaisir en tout cas à déconstruire tout ça. Personnellement, je ne pense pas forcément qu’il faut des critères pour être un bonhomme. J’aime voir beaucoup plus loin. 

Est-ce que, de la même manière, tu prêtes attention à la façon dont tu parles des femmes dans tes textes ? 

Je ne le conscientise pas mais naturellement, je ne parle jamais mal des femmes. Je parle toujours avec respect c’est super important. Je suis le principe de Tupac. D’ailleurs, je n’aime pas forcément le rap où ça parle mal des femmes.

Dans tous tes sons et même dans des chansons d’amour comme Non, tu parles de la rue. Est-ce que la rue et ta relation aux femmes sont deux choses indissociables ? 

Je suis marié à la rue. En attendant qu’une femme vienne reprendre ce mariage je reste marié à la rue. Même quand j’essaye de parler d’amour, je parle du quartier. Je suis dans le 018 tout le temps. Je me demande justement si dans mes prochains projets je ne devrais pas changer et la mettre au second plan. On verra par la suite.

Le projet de Cashmire, « 018 », est toujours disponible sur toutes les plateformes.


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Reportages

Dans les coulisses de la sixième édition du Hip Hop Symphonique

Pour cette sixième édition du Hip Hop Symphonique, ce sont sept nouveaux artistes qui foulent la scène de l’auditorium de Radio France pour interpréter leurs morceaux aux côtés d’un orchestre symphonique. Aux manettes, le musicien Issam Krimi et son groupe, The Ice Kream, réarrangent les titres des interprètes pour leur donner un second souffle. Cette année, Mosaïque s’est rendu dans les coulisses de l’événement. Reportage. 


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Dans la salle de l’auditorium de Radio France, quelques notes de piano résonnent. Une voix s’élève : « Les Champs-Elysées brillent avec la lumière de l’Afrique ». Puis, tout l’orchestre s’emballe. Sur scène, le rappeur Dinos, emmitouflé dans une doudoune orange vif, déclame son texte accompagné par les voix des choristes. Pour la première fois, le rappeur de La Courneuve interprète la version symphonique de son morceau XNXX devant une salle aux sièges pour l’instant vides.

En ce jour de répétition, les artistes de la sixième édition du Hip Hop symphonique sont venu.e.s répéter leurs prestations qui aura lieu le lendemain. L’occasion pour chacun.e d’entre eux.elles de faire les derniers ajustements comme pour Dinos qui demande à entendre sa voix plus fort dans son retour. À ses côtés, on retrouve Doria, Benjamin Epps, MC Solaar, Bisso Na Bisso, Selah Sue et Laeti. Comme pour chaque édition, Bruno Laforestrie, directeur de Mouv’, explique avoir pensé une programmation équilibrée : « Ce que nous voulons faire, c’est mélanger les générations avec de jeunes talents et des légendes du rap. Mais aussi mettre en avant la scène rap féminine. » 

Toutefois, le musicien Issam Krimi reste le chef d’orchestre de l’événement. Il choisit les participant.e.s et peut se permettre de refuser certaines propositions : « Tous les morceaux ne peuvent pas venir au Hip Hop Symphonique. Si aucun titre ne permet de faire des arrangements, je peux me permettre de dire non, ou tout simplement si esthétiquement je ne suis pas fan de l’univers de l’artiste. Et ceux qui pensent ne pas avoir de sons compatibles avec un orchestre sont souvent ceux qui s’adaptent le mieux. » 

Un événement unique pour les artistes

Avant la représentation, le choix des tracks fait d’ailleurs l’objet d’une longue concertation entre les artistes et la tête du groupe The Ice Kream : « Cette année, Dinos a été un cas intéressant parce qu’il a une culture du sample. C’était compliqué de réarranger le morceau El Pichichi en version symphonique parce qu’il y a une boucle de violon. Et avec l’orchestre, on ne peut pas la répéter tout le morceau sinon c’est ennuyant pour tout le monde. Mais on est parvenu à détourner ça. Chaque mélodie à sa réponse. »

Il y a aussi des répertoires plus faciles à réarranger comme celui de Doria. Quelques minutes avant, elle se trouvait à la place de Dinos sur scène pour répéter ses morceaux. Dans son ensemble jogging vert et noir, elle donne vie au morceaux Goodbye et Donne-moi la main, les deux morceaux « les plus touchants de son répertoire » selon la rappeuse. Après un premier essai, elle demande à ce que les voix des choristes soient moins fortes dans son oreillette. Pour Doria, le Hip Hop Symphonique est une expérience inédite : « Le fait d’être accompagnée par un orchestre symphonique rend le moment très particulier. Il y a des instruments, comme la contrebasse, que je n’ai jamais entendu. » Elle regarde chaque édition tous les ans et reste marquée par les prestations de SCH et Soolking. La jeune femme originaire de Nanterre (92) se dit fière de se retrouver aux côtés de MC Solaar, venu répéter son classique Caroline

Un autre ténor du rap français aurait dû être à l’affiche de cette édition en la personne de Rim’K. Avec le pianiste Issam Krimi, il devait créer ensemble un morceau inédit, conçu spécialement pour l’événement. Mais le rappeur a finalement manqué de temps et c’est le groupe Bisso Na Bisso qui a été appelé à la rescousse pour le remplacer. Déjà présents sur l’édition précédente, ils reviennent donc cette année pour interpréter une deuxième fois leur single Bisso Na Bisso. Une nouvelle qui a réjoui le groupe raconte Passi, l’un des membres : « C’est un single que l’on a chanté dix mille fois, on a l’habitude. Mais cette version symphonique nous fait du bien. C’est jouissif de pouvoir le refaire sur cette scène. » Se réunir leur donne même envie de se reformer : « Ça nous traverse l’esprit. On y pense souvent ! Il y a des inédits qui existent et il y en aura dans mon prochain album », indique Calbo.

Ouvrir l’événement à tous  

Particularité de cette édition : une ouverture internationale et à d’autres genres musicaux avec l’invitation de la chanteuse Selah Sue, qui sera accompagnée de Benjamin Epps, absent des répétitions, sur le morceau Hurray. Selon Bruno Boutleux, directeur général de l’Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes), « le moins il y a de frontières entre les genres, le mieux on se porte ». Pour le directeur de Mouv’, l’événement est aussi l’occasion d’inciter les artistes à s’essayer à autre chose : « En 2017, après sa prestation, Ninho nous avait dit qu’il comprenait maintenant pourquoi les gens écoutent Mozart. Beaucoup d’artistes rap n’ont jamais eu d’expériences avec de vrais musiciens. » Une ambition partagée par Bruno Boutleux et qui concerne également le public : « Les personnes qui assistent à l’événement forment un public différent de celui qui a l’habitude d’être dans l’auditorium de Radio France. L’idée, c‘est aussi de décloisonner les genres et ouvrir le classique à un autre public. »

Ouvrir le classique à un autre public dont les sourd.e.s. Pour la quatrième fois, des chansigneur.se.s sont présent.e.s sur l’évènement. Sur scène, à droite des artistes, Erremsi, Élodia, Jennifer, Vinz et Slam traduisent les morceaux en langue des signes : « Ce n’est pas juste artistique et esthétique. Le plus important pour nous, ce n’est pas de faire du mot à mot mais de redonner le sens du morceau », explique Élodia. Pour traduire un texte, il est essentiel de comprendre ce que l’artiste a voulu dire selon son collègue Erremsi : « Par exemple, si on traduit Dinos, il faut être Dinos. On doit se fondre dans le personnage, il faut prendre ses codes, avoir vu des interviews et comprendre les références. »

Parfois, l’exercice se complique : « Lorsque SCH parle du « son des guitares », il est important qu’on traduise le fait qu’il parle de kalachnikovs. C’est pour ça que l’idéal pour nous c’est de pouvoir échanger avec les artistes pour respecter leur intention. Malheureusement, c’est encore rarement le cas. » Le Hip Hop Symphonique reste pour les chansigneur.se.s le plus grand événement de scène en France. Erremsi tient toutefois à nuancer : « Ça rend le concert bilingue mais pas accessible. Parce que tout le reste de l’événement est décidé par rapport aux gens normés. »

Pour clôturer la journée de répétitions, l’artiste Laeti, guest star de cette édition interprète Rider toute la night sur une scène qu’elle connaît bien pour l’avoir foulée lors de la scène finale de la série « Validé ». Mais cette fois, les sensations sont différentes : « Dans la série, c’est l’Alpha qui joue le morceau. Cette fois, c’est Laeti. » Nouveau visage de la sphère rap, Laeti semble stressée lors des répétitions et se fie souvent au regard d’Issam Krimi pour se rassurer : « Je suis très exigeante envers moi-même. Je pense que je me sentirai bien après ma prestation quand j’aurai tout donné. En tout cas, je suis super fière d’être ici, ça me donne l’impression d’être une vraie artiste. Je me retrouve à côté de gens qui pour moi sont des stars. » En décembre, son titre Rider toute la night sera disponible en version symphonique sur toutes les plateformes de streaming. Une première dans l’histoire de la cérémonie. Mais avant ça, c’est le lendemain, samedi 20 novembre, que Laeti a rejoué son morceau à l’occasion de la première représentation. Cette fois, le public enthousiaste était bel et bien présent pour assister aux performances des artistes et des 400 musicien.ne.s de Radio France.


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Face à face Rencontres

Mourad, le monde au bout des doigts

Qualifié de « prodige » par l’ensemble de la presse française dans un engouement général depuis une vidéo qui le montre en pleine interprétation d’une composition de Chopin, Mourad voit sa vie basculer en décembre 2018. Jeune adolescent de 14 ans des quartiers Nord de Marseille, il se retrouve propulser sur le devant de la scène. Il signe chez Universal, joue pour Soprano et André Manoukian puis performe au Vélodrome jusqu’au Stade de France. Cette année, Mourad Tsimpou s’apprête à dévoiler son deuxième album, « Petit frère », le 19 novembre 2021. Rencontre avec un passionné de classique et d’opéra, qui s’est mis à rapper et invite Jok’air sur son projet. Notre photographe, Sara Gurewan, en a profité pour capturer la timidité du pianiste dans le 5e arrondissement de Paris.

En rentrant chez lui un soir de l’année 2015, Mourad tape sur Google : « Meuble en bois ». Une succession d’armoires, de commodes et de tables basses défilent sur son écran. Mais ce n’est pas ce que l’adolescent recherche. L’objet dont il ne parvient pas à identifier le nom, il y a touché pour la première fois à l’école. Alors, il rajoute à sa recherche « touches noires, touches blanches ». Il scrolle. Bingo. Voici ce qui quelques heures plus tôt l’a attiré comme un aimant. Il clique. C’est ce qu’on appelle un piano. C’est la première fois que le jeune garçon entend parler de cet instrument : « Je viens des quartiers Nord et l’accès à la culture, surtout classique, n’est pas facile. Je ne connaissais pas l’existence du piano. » 

En février 2015, une fusillade éclate dans le quartier de La Castellane à Marseille, tout près de l’établissement scolaire de Mourad. Pour lui, c’est une journée comme une autre : « C’est un jour normal où il y a eu des coups de feu à La Castellane, ça ne m’a pas terrorisé. C’est grave de dire ça mais c’est banal dans mon quartier. » Le lendemain de l’attaque, une intervenante, Marianne Sunner, vient échanger avec les élèves, par le biais de la musique : « Ce jour là, dégun (sic) voulait chanter. Elle a sorti son accordéon, elle a commencé à jouer et je me suis mis à chanter de l’opéra. Quelque chose me disait qu’il fallait que j’y aille. C’est là que j’ai découvert que je pouvais chanter. » Avant ça, l’adolescent n’écoute pas beaucoup de musique et ne s’est jamais essayé au chant. Aux côtés de la musicienne, il découvre l’opéra mais aussi ce qu’il identifie désormais comme étant un piano : « La première fois que je pose mes mains sur un piano, le seul truc que je sais c’est qu’il faut que je joue. » 

Passionné, le jeune garçon âgé de 14 ans à l’époque, se met à se renseigner sur l’instrument. Il regarde alors quelques vidéos Youtube et tombe sur La fantaisie impromptue de Chopin. Le collégien se prend d’admiration pour le compositeur. Il visualise et enregistre les notes mais pour accéder régulièrement à un piano, il n’a pas le choix. Il se rend dès qu’il peut à l’hôpital de la Timone, où il est suivi pour une maladie métabolique héréditaire, pour jouer sur le piano mis en libre-service dans le bâtiment : « Je ne sais même pas pourquoi je fais ça comme un fou tout seul alors que mes collègues sont au quartier. Qu’est-ce que tu vas faire là-bas jouer au piano ? Pour moi c’était une perte de temps mais c’était un passe temps. » 

À tout juste 17 ans, deux albums en trois ans

Un jour de décembre 2018, épaté par sa performance, Rayan Guerra, un patient, lui demande sa permission pour le filmer en jouant ce qu’il sait faire de plus rapide. Mourad se rappelle alors la fameuse composition de Chopin : « Normalement, tu mets cinq ans pour apprendre à savoir la faire et je jouais du piano depuis seulement un an. Je me suis entraîné avec une application et je jouais les notes dans ma tête. J’ai pu la jouer directement. » En quelques heures, la vidéo de sa prestation postée sur Twitter fait des milliers de vues.

À son retour chez lui, il est accueilli par ses frères et soeurs qui n’en reviennent pas. Au réveil, tout prend un autre sens. Dans son salon : France 2, France 3 et BFM TV l’attendent pour des interviews. Sa mère, qui n’a pas encore vue la vidéo, ne comprend pas grand chose à tous ces gens qu’elle a laissé entrer chez elle : « Tous les journalistes sont venus vers moi : « Alors, le jeune prodige de Marseille ? ». Moi, dans ma tête, tout ce que je me dis c’est : « C’est quoi ce bordel ? ». Je ne suis pas allé au collège de la journée et à partir de là, tout s’est enchaîné. » 

Tout s’enchaîne jusqu’à finir par jouer au Vélodrome puis au Stade de France trois ans plus tard. Un succès qui épate son entourage comme Mohamed Ali, rappeur et ami de l’artiste : « Quand Mourad a joué au Stade de France, il ne réalisait pas ce qu’il était entrain de faire mais c’était fou. C’est là que je me suis dit qu’on avait affaire à un génie de la musique.»

Entre temps, il signe avec Universal en 2019, seulement quelques mois après la vidéo. C’est dans les locaux de son label à Paris que nous le rencontrons deux ans plus tard. Le jour de notre entretien, Mourad porte des lunettes teintées de forme carrée, une chaîne autour du coup et un polo Lacoste. En ce jour ensoleillé de septembre à Paris, l’artiste a une pensée pour la cité Phocéenne : « Il fait beau, je me croirais à Marseille. » Le jeune homme n’aime pas Paris et préférerait être dans son quartier de La Castellane qu’il décrit comme « un quartier avec beaucoup d’entraides, comme tous les quartiers de Marseille ». Sur son prochain album, une chanson, L’amour à La Castellane, est dédiée au lieu : « J’avais envie de déclamer mon amour pour cet endroit. J’y suis très attaché, je ressens de l’amour pour ce quartier et pour tous ces gens qui y vivent. »

Lorsqu’il monte à la capitale, ce ne sont donc que pour des raisons professionnelles. Celui qui a été surnommé le « Zidane du piano » s’apprête à sortir son deuxième album « Petit frère », prévu pour le 19 novembre 2021. Si son premier album « Prémices », sorti en novembre 2019, était uniquement composé de piano, cette fois, le pianiste a décidé de poser sa voix et de rapper : « Il fallait que je m’affirme en tant qu’artiste et montrer que je peux être un artiste complet. Je voulais faire du moderne et sortir de l’image du petit prodige qui fait du classique. »

 Les gens se sont intéressés à moi, parce que mon histoire est hors norme. Mais ils n’ont pas encore écouté ma véritable musique, ce que je sais faire. 

Mourad pour Mosaïque

« Prodige », c’est le surnom que lui a rapidement attribué toute la presse généraliste au moment de son buzz. Pourtant, lui ne s’y reconnaît pas : « Un prodige, c’est quelqu’un qui sait tout faire alors qu’en musique, tu apprends toute ta vie. Je dirais que je suis un pianiste en développement qui essaye de construire sa carrière. » Et c’est justement avec ce deuxième album qu’il compte faire ses preuves : « Les gens se sont intéressés à moi, parce que mon histoire est hors norme. Mais ils n’ont pas encore écouté ma véritable musique, ce que je sais faire. »

Son ami, Mohamed Ali, le voit évoluer depuis ses débuts : « Je suis plus âgé que lui, alors je le conseille pour qu’il ne soit pas trop impulsif. Quand il fait des sessions ou quand il faut prendre des décisions, il a beaucoup de responsabilités… Et il n’a que 17 ans. Dans le taff, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’imagination. Il est surprenant mais il faut le canaliser. Quand t’es jeune, tu n’as pas forcément les mots pour bien dire ce que tu veux. »

Un succès à confirmer

Derrière ses lunettes teintées, Mourad est encore un adolescent de tout juste 17 ans, qui a encore du mal à s’exprimer, satisfait d’avoir correctement utilisé le mot « culinaire » en s’exclamant : « Ouah, j’ai dit un mot incroyable (rires). ». C’est pourquoi, le pianiste préfère pour l’instant se faire aider pour écrire les textes de son album : « J’ai jamais écrit un son en entier. » Il s’arrête, regarde son manager, Amine Immel, et demande : « J’ai le droit de le dire ? » Toujours en quête de permission et d’approbation comme un enfant qu’il est encore, il poursuit avec l’accord de celui qui l’épaule : « J’ai des gens qui m’aident en studio, comme le rappeur Lenox. Parce que moi, ce sont plutôt des images que je vois lorsque je joue du piano. Surtout des paysages. Je vois des branches d’arbres, avec des feuilles qui tombent, et le ciel bleu derrière. Chaque feuille qui tombe est une note de piano dont je retransmets l’émotion. » Sur le morceau Dernier bus, il invite le rappeur Jok’air, en s’effaçant derrière son instrument : « J’ai préféré laisser mon piano parler parce que c’est un morceau introspectif. Mes notes en disent plus long que moi », insiste-t-il. 

Mourad, c’est un peu le petit frère de Marseille. Il y a vraiment un soutien de toutes les générations, des anciens comme des plus jeunes.

Amine Immel, manager du pianiste.

Encore jeune dans le milieu, le rappeur n’a pas l’assurance des artistes accompli.e.s. Au moment du shooting photo, le chanteur cache sa gêne par le rire et se dit « déstabilisé ». Si son album s’appelle « Petit frère », c’est précisément pour cela selon Amine Immel, son manager, venu à la rescousse de son protégé qui ne sait pas vraiment expliquer le choix de cet intitulé : « C’est un peu le petit frère de Marseille. Il y a vraiment ce soutien de toutes les générations, des anciens comme des plus jeunes. On a reçu des messages chaleureux de Kery James auxquels on ne s’attendait pas. » Une vision que confirme son ami Mohamed : « Il a une vie atypique pour un lycéen. Mais on essaye de le protéger, c’est comme un petit frère pour moi. »

Si personne n’évoque une référence potentielle à la chanson d’IAM du même nom, Mourad se sent porté par l’énergie de Marseille. Depuis son ascension, il a déménagé de La Castellane, qui lui manque, pour s’installer avec sa famille à La Jolière. Sa mère, femme au foyer et ancienne chanteuse aux Comores, ainsi que son père, chef de sécurité, sont admiratifs de sa réussite : « Ma mère est fière de moi, de voir que je parviens à me frayer un chemin dans la musique. S’il n’y avait pas eu le piano, je pense que j’aurais fini guetteur… ou footballeur (rires) », explique l’artiste.

Si le chanteur se fait plus taciturne lorsque l’on vient à parler famille, il retrouve son énergie pour évoquer le pianiste Sofiane Pamart, réputé pour être le virtuose du rap français, et avec lequel il aimerait un jour collaborer. Ce sera peut-être sur son troisième album auquel il pense déjà, mais encore faut-il que Sofiane Pamart ouvre ses messages sur Instagram : « Je lui ai envoyé un message, il me répondra sûrement un jour », en rigole Mourad, au tempérament blagueur malgré sa timidité.

À 17 ans et déjà deux albums au compteur, le garçon des quartiers Nord doit faire face au risque du succès rapide qui parfois retombe aussi vite qu’il n’est apparu. Son ami, Mohamed, se veut rassurant : « Il est bien entouré. Son succès peut le stresser mais il est déterminé. Il ira très loin, jusqu’au bout du monde. » Justement, après tant d’accomplissement, Mourad rêve encore de deux choses : « Jouer avec Alicia Keys et faire le tour du monde avec mon piano. »