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Frenetik, la couleur de l’acharnement

Un peu comme Frenetik sur le morceau Mauvais œil : « J’ai souvent l’impression d’avoir le syndrome de la feuille blanche », il est difficile de trouver les mots quand il s’agit d’évoquer l’artiste de 22 ans. Tant parce qu’il impressionne par sa maturité artistique et humaine que par un premier album, « Jeu de Couleurs » dévoilé le 22 janvier 2021, dans lequel le rappeur impose la vision de son art.

D’une douceur agressive et d’une agressive douceur, Frenetik s’emploie sur 14 titres à déployer sa palette de couleurs. Par touches, il peint les différentes notes qui forment le tableau de sa musique. Du bleu, du jaune, du rouge…. Le belge laisse le pinceau entre les mains de son auditeur : « Tu peux préférer le bleu, moi le vert, si on assemble nos deux couleurs, ça en donne une autre », confiait-il à Mehdi Maïzi dans son émission Le Code. Autant peintre que sujet de son œuvre, Frenetik veut rassembler avec une proposition pourtant affirmée.

Si l’oreille pourrait s’épuiser à force de punchlines et d’une écriture dense et rigide, la construction de l’album prend tout son sens. Le projet respire par le choix des prods, qui rendent l’écoute facile sans trahir l’ADN du rappeur, à l’image du titre Lumière, produit par BBL. Le beatmaker du duo La Miellerie raconte : « Pour ce morceau, j’ai d’abord fait la mélodie avant d’en travailler l’univers avec Frenetik. C’est une prod qui fait du bien dans la tracklist. La rythmique est plus douce. Nous avons fait d’autres sons ensemble mais ils ont choisi celui qui s’adapte le mieux à l’ambiance du projet. » Une ambiance colorée par les différentes nuances de l’album, dont le kick se fait la teinte principale.

L’art de la représentation  

À l’image de ses compatriotes, peintres flamands du XVᵉ siècle, Frenetik s’inscrit dans un mouvement. Deux écoles qui exportent leur technique. Eux avaient influencé l’Europe en popularisant la technique de la peinture à l’huile, lui participe à travers son « Jeu de couleurs » au renouveau du kick dans le rap francophone. 

Une filiation qui s’extrapole jusque dans ce que le rappeur donne à voir. La peinture flamande se voulait être l’art de la représentation. À travers ses textes, qui font désormais sa réputation, le jeune belge dépeint un monde comme les naturalistes du XVᵉ siècle le faisaient : dans ce qu’il est réellement, sous toutes ses couleurs. 

Les visuels qu’il propose affichent cette ambition. Paul-Henry Thiard, qui se cache derrière le clip Blanche Neige, s’est inspiré du réalisateur russe Azar Strato : « Il fait des trucs très glauques dans l’image : il filme la pauvreté et la violence de son pays. C’est toujours très froid, dans une ambiance sombre. » 

Ce naturalisme se mêle à la fiction pour donner un clip cinématographique. Le réalisateur ajoute : « Je me suis inspiré de Fight Club pour la double personnalité : un gentil et un méchant dans un seul personnage. J’ai pensé à ça quand il rappe : « car la bête est sortie de sa cage ». À mesure qu’il progresse dans le deal, son monstre devient de plus en plus grand. »

Une cinématographie visuelle et auditive. L’album est marqué par sa solennité. L’amplitude des morceaux donne corps à l’artiste dont Mouvement historique, outro du projet, en est la parfaite illustration, comme l’explique Guapo du Soleil, producteur du titre : « Nous avons eu une conversation un peu deep sur la vie avant de commencer la session. Notre discussion m’a fait penser à cette prod et aux émotions que j’avais quand je l’ai faite. Pour la réaliser, j’ai utilisé un Virtual studio technology (banque de sons) avec des ambiances philharmoniques que l’on utilise normalement pour créer des ambiances orchestrales. C’était une période où je regardais pas mal de documentaires comme Ushuaïa ou des documentaires animaliers qui utilisent souvent des sons amples. » 

« Frenetik a sa vision »

Une ambiance sentencieuse cristallisée par les notes de piano de Sofiane Pamart sur Noir sur Blanc et que Frenetik parvient à distiller dans l’album pour ne pas s’y enfermer. Sa musique est ainsi teintée de lumière. Dans « Jeu de couleurs », la souffrance se mêle à l’espoir qui repose sur la spiritualité et le travail.

Un acharnement que ceux qui l’ont côtoyé ont pu constater. Malgré son jeune âge, Frenetik s’investit dans chaque étape de la construction de son projet. Le beatmaker Guapo du Soleil se souvient de son implication lors de la session d’enregistrement de Mouvement Historique« C’est une prod spéciale en trois parties. Au départ, il n’y en avait que deux mais il m’a fait ajouter l’outro du morceau une fois en studio. Il voulait quelque chose d’original. Nous avons donc fait la prod ensemble avec Florentin, l’ingénieur du son. Frenetik m’aiguillait et me guidait dans ses choix. Je suis parti de la composition principale, j’ai changé les percussions, j’ai mis des effets dessus et j’ai rajouté une autre mélodie pour que ça ait un aspect expérimental. »

Le producteur BBL fait le même constat : « C’est lui qui a suggéré l’idée de la rythmique mi-trap, mi-brésilienne pour le morceau Lumière. Il voulait quelque chose de proche de l’afro sans que ce soit trop évident. C’est un artiste vraiment impliqué dans le choix de ses prods. En studio, il est très concentré, il a souvent des idées. Il arrive avec des inspirations et des choses qu’il veut essayer. »

Un engagement dont a été témoin Paul-Henry Thiard sur les trois journées de tournage de Blanche Neige : « Il était vraiment très investi. Entre deux prises, il restait pour voir s’il pouvait aider. Il y en a certaines que l’on a refaite trente fois (rires). Celle où on le voit dans le rétro, c’était la dernière prise du premier jour de tournage. Il était deux heures du matin. Il fallait qu’on arrête de tourner mais il est resté. Il a attendu qu’on ait la bonne. Ça pourrait paraître normal mais il est appliqué sur tout le processus de son album. »

Si son ascension fulgurante n’étonne pas, sa maturité surprend. BBL connaît l’artiste depuis 2017 : « J’oublie à chaque fois qu’il est si jeune. Pour moi, il est déjà vieux dans sa tête (rires). » Paul-Henry Thiard, lui-même âgé de 20 ans, perçoit également une ouverture d’esprit : « Frenetik a sa vision. Il sait où il veut aller et ce qu’il veut mais il est ouvert aux propositions. Il m’a fait confiance dès le premier jour alors que je ne le connaissais pas beaucoup. »

Avant de s’exprimer, Frenetik marque souvent une pause. Le temps de mettre en ordre sa pensée. Comme dans « Jeu de Couleurs », aucune phrase n’est laissée au hasard. Le projet est finalement à l’image du rappeur : réfléchi et cohérent. Pour qui, la musique n’est pas une blague : « Ma musique, c’est le reflet de ma vie. Je ne peux pas la bâcler. Chaque son que jécris, c’est une partie de mon existence que j’enferme éternellement. » Frenetik encapsule ainsi un premier album abouti, dans lequel il associe nos sens pour faire refléter les nuances colorées de son univers.

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Chroniques

Il était une fois « Taciturne »

29 / 11 / 2019 

La lumière des projecteurs éclaire les quelques milliers de personnes venus le voir. Le public s’est déplacé ce soir pour son premier concert dans cette salle. Paris. L’Olympia. Jules jette un regard dans la fosse. Elle n’est pas venue. Le sourire d’une brune au premier rang lui rappelle le sien. Leur rencontre au quartier. Cinq ans plus tôt. Les 4000. La Courneuve.

29 / 11 / 2014

Comme chaque soir, Jules l’attend dans sa doudoune Northface alors que le froid à peine perceptible de l’automne s’installe. Amina est venue le chercher en bas de la barre Robespierre. Depuis trois ans, Jules s’est lancé dans le rap. Il écrit nuit et jour sans s’arrêter. Avec elle à ses côtés, il veut conquérir le monde de la musique. Ses études à elle lui permettent de toucher des revenus.

Pour qu’il s’offre les tenues de ses premiers clips, elle lui a prêté un peu d’argent. Comme sur la planète Namek, leur idylle ne connaît pas l’obscurité. Ensemble, ils imaginent l’avenir : lui sera disque de diamant, elle, juriste de renom. Sur le toit du bâtiment Robespierre, un soir de nuit étoilé, ils se le sont promis : « On fera la guerre devant les panneaux de ma rue. On fera l’amour sur les anneaux de saturne. » Souvent, Jules se répète qu’elle est complètement folle pour aimer quelqu’un comme lui. Ils se parlent tous les jours, se voient tard le soir. Souvent, ils se retrouvent dans sa voiture pour un rendez-vous ou au MacDo pour un dîner aux chandelles. L’amour leur suffit. Ils sont miséreux mais heureux. Ils se sont promis la lune et de quitter le bitume.

En quelques mois, leur histoire prend l’eau à mesure que Jules peine à rencontrer le succès tant attendu. Il perd toute motivation. Affalé sur son canapé à tirer sur son joint, il passe des heures à écouter le dernier album de Booba mais n’écrit plus. Ses doutes le plongent dans des songes que seule la nuit lui autorise. 

Un soir, lassée, de le voir se morfondre, Amina lui demande : 

« Mais qui es-tu ? Je te reconnais plus depuis quelques temps. » 

Jules se prend la tête dans les bras, la regarde fixement, l’œil hagard : 

« Je suis perdu. En ce moment, j’ai plein de questions : Où je suis ? D’où je vais ? D’où je viens ? Je sais pas si tu peux comprendre. »

« Il ne faut pas que tu te laisses abattre par tout ça. Tu travailles dur. Tu as besoin de t’y remettre. »

« Je ne sais pas. J’irai mieux si je commençais à boire.»

« Non, tu iras mieux quand tu recommenceras à y croire. »

Désabusé, Jules lui rétorque dans un soufflement : 

« Mais qu’est-ce que tu connais de la rue, toi ? Qu’est-ce que tu connais-tu de mon vécu ? Je viens de La Courneuve, la où même la pluie ne tombe plus. » 

« Jules, le bonheur pour toi, il est possible. Tu vas t’en sortir. Tu es différent. Le destin a autre chose pour toi. Je le sais. Garde espoir. »

« Justement, le problème du bonheur, c’est peut être l’espoir. Et moi, le problème de ma vie, c’est les roses noires. »

« Je sais que c’est dur. Je comprends mais tu as encore beaucoup à accomplir. Fait moi confiance. »

« Tu ne comprends pas. Je n’ai plus peur de la mort, j’ai juste… Peur de la vie. »

Un tremblement dans la voix, Amina détourne les talons : « Je suis désolée Jules. Je peux pas continuer comme ça. Tu m’en demandes trop. Quand je suis avec toi, je me sens comme si…comme si… j’avais une arme sur la tempe. »

29 / 11 / 2019. 

21h.

Alors que le public scande : « Dinos ! Dinos ! Dinos ! », les derniers mots d’Amina résonnent encore dans sa tête. Elle n’est pas venue. Aujourd’hui, Jules a tout ce dont il a toujours rêvé. Tout ce dont ils ont toujours rêvé. Pourtant, la nuit, impossible de trouver le sommeil. Il repense à la dernière fois et entend inlassablement sa voix dans ses oreilles : « À la dérive, à la folie, un peu, beaucoup, à l’agonie. »

Le succès les a éloigné. Ceux pour quoi ils se battaient ensemble a fini par les séparer. Jules a depuis fermé la porte de son cœur. Persuadé que l’amour existe mais pas pour lui. Il gravit les marches qui l’amèneront sur la scène, un masque posé sur le visage. Derrière son sourire imparfait, Jules crie : « Au secours ». La salle est pleine mais son cœur est vide.

23h. 

Jules quitte la scène. Le public a su, le temps de quelques chansons, adoucir ses peines. Mais ce soir comme chaque soir, il rentrera au studio pour murmurer ses confidences à l’oreille de Pro Tools. Pour oublier, il écrit toujours plus. Sa thérapie se fait sur des accords. Pourtant, depuis qu’Amina est partie, c’est la première fois qu’il a peur avant d’aller au studio. Souvent – tout le temps – il pense à elle, à cette fatalité de la vie. Ils pensaient un jour se revoir et ne se sont jamais revus. Depuis, Jules ne veut plus jamais rien prévoir car rien ne se passe jamais comme prévu. Mais l’Olympia, ils l’avaient pensé, espéré, imaginé ensemble. D’un geste brusque, Jules attrape son téléphone, prêt à faire ce qu’il aurait dû faire depuis longtemps maintenant. 

Alors qu’il s’apprête à saisir le numéro de téléphone d’Amina, son ami Dosseh arrive au studio. Son regard est attiré par une feuille posée sur un table. À l’encre noir, il lit : 

« J’ai des trous d’mémoire, j’ai des trous d’mémoire. Qu’est-c’que ça fait d’être heureux ? Je n’m’en souviens pas, j’ai des trous d’mémoire. J’ai des trous d’mémoire, qu’est-c’que ça fait d’aimer quelqu’un ? Je n’m’en souviens pas. »

Dosseh s’adresse à lui : 

« C’est un nouveau son ? »

« Je viens d’écrire ça. Je sors de l’Olympia. C’était incroyable mais je ne pense qu’à elle. Je suis perdu frère. »

« Je vais te dire un truc. Concentre toi sur ta musique. Tout ce qui est bon est illégal alors je commence à croire que si l’amour c’était si bien, ce serait interdit par la loi. Alors si tu as oublié ce que ça fait d’aimer quelqu’un, très bien. Je vais te dire ce que ça fait. Il y en a toujours un qui ne reconnaît pas ses fautes, il y en a toujours un qui est plus amoureux que l’autre, il y en a toujours un qui se sacrifie pour l’autre. »

Attablé à la table de mixage, Jules se tourne vers lui : 

« Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’suis pas mieux comme ça mais c’est mieux comme ça. » 

« Je suis passé par là. Depuis, je suis très méfiant. C’est très dur de m’avoir, d’avoir mon cœur. Je mets très longtemps à tomber amoureux, trop longtemps. »

Prêt à entrer en studio, Jules essuie une larme qui coule le long de sa joue. Avant d’entrer en cabine, il saisit une dernière fois son téléphone et compose le numéro : 

06 – 30 – 11 – 93 – 12

*Bip*, *Bip*, *Bip*…

*Le numéro que vous avez appelé n’est plus en service actuellement*

Répondeur : 

« Amina, c’est moi. Je sais que ça fait longtemps. Je voulais juste te dire que ce soir j’ai fait l’Olympia et t’étais même pas là. J’aurais voulu que ça soit autrement. Tu sais, je voulais pas qu’on saigne. Je voulais pas qu’on se condamne. J’aurais même pas voulu qu’on s’aime mais juste qu’on s’accompagne. J’ai tout gâché. Toi, tu voulais juste croire en nous. Mais tu connais… Je viens de là où les anges gardiens sont paresseux….Bref, je te laisse. J’espère que tout va bien. De mon côté, je ne me souviens même plus ce que ça fait d’être heureux depuis que t’es plus là. J’ai des trous d’mémoire. Je sais plus ce que ça fait d’aimer quelqu’un… Mais euh, sache que je t’ai…»

*La boîte vocale est pleine. Vous ne pouvez pas déposer de message. Nous sommes désolés.*

Jules repose le téléphone et soupire : « De toute façon, ça s’finit toujours mal. »

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Chroniques

L’adieu musical de Népal

Par Jules Careau et Robin Spiquel

Cinq morceaux inédits de Népal viennent d’être dévoilés. Le rappeur avait déjà prévu la suite musicale de son premier album Adios Bahamas, sorti en Janvier. La 75e Session a ainsi envoyé les derniers morceaux qui viennent conclure la discographie de l’artiste défunt.

Dans une époque où l’œuvre musicale des rappeurs défunts est bien trop souvent mise au service du marketing et du business (les derniers albums de XXXTentacion en témoignent), le label underground parisien a décidé de suivre à la lettre la direction artistique de Népal qui comptait sortir ses morceaux individuellement, afin de faire patienter le public. Pas de compilations best-of, d’album posthumes ou de feats imaginaires, les morceaux ont été publiés un à un, comme le souhaitait Clément Di Fiore aka Népal.

Népal a laissé derrière lui un album, des clips, des singles et plein d’autres projets qu’il souhaitait mener à bien. On connaissait le plan jusqu’ici, on a choisi de le suivre à la lettre pour ne pas trahir sa volonté.

75E SESSION.

La vibe lo-fi propre au style de Népal

La mélancolie et l’émotion de ses textes sont l’un des atouts majeurs de Népal, en témoigne son premier grand succès avec le morceau lunaire Rien d’Spécial. Le rappeur s’est aussi démarqué par son cachet musical, son flow doux et ses ambiances « chill » aux sonorités lofi qui émanent de nombreux de ses morceaux. Le titre Cheddar ne déroge pas à la règle. L’instrumentale groovy et minimaliste composée d’une mélodie à la guitare sèche et d’une rythmique boom-bap, se marient parfaitement avec le calme de Népal. Telle une balade, le rappeur dépose sa plume sur la douceur de la composition de Willy H.O.G et Sheldon. Il y prône la combativité, l’éveil intellectuel et l’ouverture d’esprit, face aux « chaînes » de la société et de la bien-pensance.

Y a un espoir tant qu’on avance, tant qu’il restera une pensée contraire à la dominante, tant qu’on pourra s’élever spirituellement échappant aux forces abominables.

Népal : Cheddar
Cover du single : Benji.

Benji, le dernier extrait publié, rejoint la vibe lo-fi affectionnée par Népal. L’artwork représente une chrysanthème, fleur symbole d’immortalité au Japon, pays chéri par Népal auquel il rend hommage à de très nombreuses reprises sur ses projets. Sur une prod chaleureuse produite par Diabi (« LEV », « Adios Bahamas », « UMLA »…), Népal conclut sa discographie avec un morceau empli d’espoir et de positivité. Les lyrics du morceau concordent avec celle de Cheddar : s’extirper du système, s’émanciper et obtenir une liasse de Benji, en référence à la figure de Benjamin Franklin présent sur les billets de cent dollars.

Crédit : capture écran du clip de Benji.

Le single est accompagné d’un clip tourné dans les décors paradisiaques du Sri Lanka et répond au désir de Népal de s’éloigner et partir vivre au bord de la mer : « Après le rap j’irai faire du surf » (la phrase postée sur le compte Instagram de l’artiste après l’annonce de son décès, ndlr). Le morceau aurait d’ailleurs dû faire parti d’« Adios Bahamas », comme Diabi l’a expliqué dans un tweet.

Retour aux sources du flow KLM

Le premier morceau dévoilé, Dans le fond, est un banger nouvelle génération dans lequel Népal s’amuse en enchaînant des mesures avec une aisance déconcertante. Tantôt aérien sur le refrain, tantôt rapide et sec sur l’unique couplet, il manie un texte épais, presque indéchiffrable à la première écoute.

Avec cette proposition innovante, le rappeur insiste une fois de plus sur l’originalité de sa démarche dans le rap français. Quand la majorité des rappeurs suivent les règles dictées, lui préfère rester Dans le fond, pour construire son propre univers.

Pour renforcer cette atmosphère, KLM a fait appel à ses « gars laxistes » pour le réalisation d’un clip futuriste qui n’est pas sans rappeler celui de Niveau 1, réalisé en 2017 par le même collectif. L’outro de la vidéo, montrant une cabane au milieu d’une île déserte, fait quant à elle référence à l’univers d’« Adios Bahamas » et au clip du titre Benji, paru vendredi. Comme si ce titre était le lien entre les différents projets.

Extrait du clip Dans le fond, de Népal.

Mercredi 30 septembre, la sortie du titre Coach K a redonné le sourire aux nostalgiques du Grandmaster Splinter, découpeur d’instrumentales. Avec ce titre très rappé, Népal rappelle qu’il n’a plus rien a prouver dans l’art du kickage et propose même de coacher tout ceux qui n’ont pas les bases.

La figure du coach n’est pas choisie au hasard. « Coach K » fait référence à Mike Krzyzewski, entraîneur mythique de l’équipe de basketball Blue Devils de Duke, aux États-Unis. Népal se présente donc comme coach KLM, plus connu sous le nom de Grandmaster Splinter. La cover n’est en effet pas anodine. Elle représente Splinter, le mentor et le père spirituel des Tortues Ninja. Une figure qu’il utilisait déjà dans la série de trois titres « Medleys Grandmaster Splinter », publiée entre 2012 et 2014.

Cover du titre Coach K.

Dans le titre Même vie, paru jeudi 1er octobre, Népal revient avec un flow plus nuageux sur une instrumentale planante. Il décrit dans ce son l’antagonisme de nos sentiments, pouvant passer d’un extrême à un autre. Pour lui, même si l’amour et la haine peuvent nous déchirer, ils nous rapprochent malgré tout car ils font de nous des être humains.

Un texte touchant, accompagné d’un visuel en forme de mandala, réunissant différents éléments constitutifs de l’univers Népal. On y retrouve par exemple un micro, un sablier ou encore la porte de Torii en référence au Japon.

Crédit : Dylan Martin Treadwell.

Un dernier au revoir

Ces cinq singles étaient censés être une transition vers la suite, juste quelques morceaux pour vous faire patienter. On a choisi de les sortir tous d’un coup. Malheureusement, la vie a fait que ce sera les derniers. »

75e session.

Cette démarche témoigne du respect du collectif pour leur ami. Ils poursuivent ainsi son œuvre sans en pervertir sa logique artistique au profit d’un quelconque business. La mort d’un artiste rime en effet aussi avec la mort de sa science et de sa façon de penser, sa musique. Le rappeur peut donc partir en paix. « Népal s’arrête ici, mais ce qu’il a à nous apporter est infini… », confie la 75e Session.

Salut l’artiste.

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Face à face Rencontres

Nixfé : « Je me sens double, aussi pur que vicieux »

Nixfé est né le 2 juin 1998 à 9h10. Sous le signe gémeaux. Un signe qu’il a gravé sur sa peau. Et dans sa musique. Avec son premier projet « EP910 », sorti le 18 septembre 2020, Lonny dévoile sa (double) personnalité et son identité artistique à travers six titres. Rencontre avec le rappeur de 22 ans, originaire du 13e arrondissement, pour sa première interview.

Tu as sorti ton premier EP, vendredi 18 septembre 2020. Qu’est-ce que tu as voulu montrer avec le projet « EP910 » ? 

Je voulais trouver mon identité et que les gens la découvrent en même temps. Dans « EP910 », il y a six titres qui sont complètement différents avec des thèmes qui le sont tout autant. Tout est réel. Il n’y a pas un son où je joue un rôle. Tout fait partie de moi. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phoenix, ndlr). Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Mais au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. 

Pourtant sur la cover de l’EP, on ne voit pas ton visage ? 

Justement, sur la cover, je voulais jouer sur le fait que je suis gémeaux. C’est aussi pour ça que le projet s’appelle EP910. Parce que je suis né à 9h10. Le 2 juin 1998. Je suis un motherfucking gemini (rires).

J’ai grave un délire avec la personnalité. Je sais que je suis plusieurs personnes en même temps. Je me sens double. Du coup, je peux faire autant un son comme La mort dans la peau que Red and blue ou Season avec une voix féminine. C’est ce que j’ai voulu partager avec les gens. Je ne voulais pas choisir pour eux mais qu’ils aient une palette de ce que je sais faire. Qu’ils puissent choisir dans tout mon univers.

Dans La mort dans la peau, tu dis : « Lboy est schizophrénique et s’est pas fait tout seul », et là tu expliques que tu te sens double. Ça veut dire quoi pour toi ?

Je joue beaucoup sur le thème de la double face. C’est aussi pour ça que dans le clip de Tenir, il y a des gens dos à dos, des gens avec des cagoules. Je ne voulais pas qu’il y ait de visage. C’est comme si c’était moi mais un peu partout. Pareil avec le contraste noir et blanc des tenues.

Quels sont les deux côtés dont tu parles ?

Je peux être aussi pur que vicieux. Vraiment dans les extrêmes. C’est ça que je veux montrer dans ma musique. Je veux que quand tu écoutes mon projet et que tu passes de La mort dans la peau à Season, tu te demandes si c’est la même personne qui a écrit le son. 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même.

Sur le projet, il y a six prods avec six compositeurs différents. Ça rentre dans cette idée de personnalités multiples ?

Exactement. C’était fait exprès. Je voulais vraiment pousser le délire loin. Six prods, six compositeurs différents. On garde juste le même ingénieur son sur le projet pour la cohérence. 

Il y a un son que tu as préféré faire ?

Le son qui me tient le plus à coeur, c’est Tenir. La prod me touche plus que les autres. Il y a beaucoup plus d’émotions. Ce serait le projet d’un autre artiste, je kifferais Tenir, Season, et La mort dans la peau. C’est ceux qui me correspondent le plus. C’est là où je me livre. J’ai besoin que ce soit vrai et qu’il y ait un partage d’émotion. C’est important pour moi. 

Tu vas bientôt clipper le morceau La mort dans la peau. As-tu déjà une idée de ce à quoi il va ressembler ?

Ce sera pas tellement éloigné du clip de Tenir. Je veux garder une cohérence. De base, pour moi, ces sons vont ensemble. Les deux morceaux sont à la suite dans l’EP. Il faut le comprendre comme : « J’ai la mort dans la peau donc il faudra tenir. »

D’ailleurs, dans Tenir, je dis : « Évidemment, j’ai la mort dans l’épiderme », ce qui fait référence à l’autre morceau. Je répète aussi : « Dans les yeux, dis-le moi si tu m’mens » (La mort dans la peau) et « Dis-le moi, dis-le moi dans les yeux si c’est pour m’mentir » (Tenir). Je voulais vraiment lier ces deux sons. 

Plus globalement, la tracklist raconte une histoire ? 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même. Dans Red and blue (premier son de l’EP), tu as le bruit des chaînes, des clés, des respirations, les reverb… C’est pour moi le son le plus hard core de l’EP. Finalement, le projet s’adoucit au fur et à mesure du combat que je mène. J’essaye de m’enfuir. Mais j’ai La mort dans la peau (deuxième son) donc il faudra Tenir (troisième son).

Tenir est placé au milieu de l’EP. Tu commences à rentrer dans la phase optimiste. Je commence à me battre contre la mort dans la peau. Ensuite, dans Marée noire (quatrième titre), la prod est plus joyeuse mais tu gardes les paroles sombres : « J’suis dans la marée noire, elle veut me marier moi. J’pense à me barrer loin car ici tout est noir. » Comme tu veux te barrer loin, tu deviens un Bandito (cinquième son). Et pour finir, une fois que t’as accepté tout ça tu finis sur Season (sixième et dernier son), qui est beaucoup plus posé. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phœnix.

Mais dans Season tu dis : « Au fil des saisons je fane », c’est pas très optimiste.

C’est pas très optimiste mais c’est un cercle. Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Juste au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. Dans Season, ma voix se trafique à un moment et c’était fait exprès parce que je voulais montrer que je souffre. Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phœnix, ndlr). C’est un cercle vicieux. Je renais dans Tenir. Quand je dis : « Toi et moi faisons la paire », c’est le tournant. Tenir, c’est le seul son qui est pas monotone. C’est pour ça que j’ai clippé ce morceau : tu as de l’autotune, un pont calme, du rap et je finis en chant. 

Pourquoi as-tu choisi ce nom de scène ?

Je suis fils unique et ça a été la galère. Il a fallu s’en sortir tout seul, s’encourager tout seul. Parfois, je suis tombé bien bas. Le principe du phœnix, c’est de renaître de ses cendres et d’être toujours plus fort. J’ai aussi un côté un peu démon. C’est l’animal des enfers donc je m’identifie beaucoup à lui. Je dis souvent : « le gaucher m’a tout dit », et le gaucher c’est le diable. Dans l’EP, il y a six titres parce que je suis né en juin mais aussi parce que le 6, c’est le numéro du diable. Ma double personnalité se retrouve là aussi. Tout est lié.

Le son pour ma mère, je le ferai plus tard. J’ai besoin de partager cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but c’est de la transmettre. 

Pour un EP, c’est déjà très abouti. Tu comptes proposer quoi après ? 

Dans tous les cas, je ne peux qu’évoluer. Je suis un mec qui ne peut pas faire en dessous de ce qu’il a fait avant. Et même si là c’est recherché pour un EP, c’est un projet qui vient vraiment de moi. Je n’ai pas cherché un concept. Je voulais juste m’exprimer. La trame que je viens de t’expliquer, je l’ai réfléchi en faisant les sons. Je me suis rendu compte qu’elle apparaissait naturellement au fur et à mesure. C’est très instinctif.

Il y a des thèmes que tu veux aborder mais dont tu n’as pas encore eu l’occasion de parler ?

Il y a un thème : la famille. Surtout ma mère. En fait, ce son là, il faut qu’il soit écouté. Je veux transmettre énormément d’émotions. Je veux avoir un certain public avant de le sortir. Je pense que c’est pour ça qu’inconsciemment les rappeurs font un son pour leur mère après avoir percé. Tu partages cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but, c’est de la transmettre. 

Justement, tu ne partages aucun son sur EP910. Il n’y aucun featuring à part la voix de Sarilou (Season). Pourquoi ?

Totalement. Je voulais n’être influencé que par moi-même sur ce projet. Je suis déjà en feat avec moi-même (rires). Par contre, je suis grave ouvert aux feats, j’adore ça. Dans la vie, je suis un mec qui s’adapte beaucoup donc ça m’intéresse de m’ouvrir à l’univers de quelqu’un d’autre. Pour l’instant, je n’ai que des collabs avec des potes à moi. Mais j’aimerais bien en faire, pour attirer un nouveau public. 

Si tu devais faire un feat dans le rap français, ce serait avec qui ?

En grosse tête, ce serait Ninho. C’est un mec qui m’a suivi dans plusieurs parties de ma vie. Je l’écoute depuis ses tout premiers projets sur YouTube. C’est quelqu’un qui me donne beaucoup de détermination. Il arrive à rapper en restant mélodieux.

Pour un feat dans les « petites têtes », j’aimerais bien feater Chanceko. C’est un délire de fou. Il fait partie des artistes qui ont leur univers. À partir du moment où les gens te suivent pour ton univers, ils restent et ils vont te pousser au maximum. Ils écoutent « du chanceko ». Là, tu as une vraie fan base.

Quelles sont tes inspirations musicales ? 

Aujourd’hui, je suis beaucoup plus rap français. Quand j’étais plus jeune, la première personne qui m’a inspiré, c’était Guizmo. Booba aussi mais dans l’état d’esprit, au niveau du travail. À l’ancienne, en rap américain, c’était Asap Rocky et Chance the rapper. Dernièrement, l’album de Laylow « Trinity » et celui de Josman « Split » m’ont mis une claque. Josman, pour moi, c’est le Travis Scott français. Sur la scène actuelle, j’aime aussi beaucoup Sean. Son dernier projet est très lourd.

J’écoute de tout. Beaucoup de variété française : Alain Souchon, Florent Pagny, France Gall, Téléphone… Il y a même du Joe Dassin dans ma playlist frère (rires). C’est trop important de connaître tout ça. Il y a beaucoup de reprises dans le rap français. Quelqu’un comme Damso pour moi est inspiré par la chanson française.

Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

C’est intéressant parce que tu cites Josman et Sean qui ont tous les deux le même délire que toi avec les personnalités multiples. Tu vas continuer à exploiter ce concept en lien avec le gémeaux ? 

Je pense oui, parce qu’avec cet EP, j’ai présenté le côté gémeaux mais je ne l’ai pas exploité. Je pense faire des double sons par exemple. J’ai des idées mais je ne veux pas m’enfermer dans un truc. La chose la plus satisfaisante quand tu es artiste pour moi, c’est d’avoir une signature. Ils écouteront parce que c’est moi et ça c’est grave important.

Avec ce projet, tu sens un changement ?

Je sens un changement de fou (rires). Déjà, en moi, je le sens. Je travaille dessus depuis décembre. Sortir un travail que tu fais depuis plus de six mois, c’est tellement un soulagement. En plus, il est apprécié. L’EP, ça permet aussi de se professionnaliser. Rien qu’au niveau des réseaux et du visuel, c’est beaucoup plus pro. Il y a un avant et un après. Je voulais séparer LBOY (son autre nom de scène, ndlr) et Nixfé. Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

Jusque-là, tu es content des retours ? 

J’ai eu beaucoup de bons retours. Que ce soit des gens qui connaissent la musique, ou de simples auditeurs. Mais surtout, et je ne m’y attendais pas forcément, les gens ont kiffé le projet dans l’ensemble. Ça me plaît parce que ça veut dire que l’EP marche dans sa globalité. C’est ce que je voulais faire. 

Récemment, le clip de Tenir est passé sur BET. Sur Twitter, tu disais « être tellement fier », ça représente quoi pour toi ?

C’est la première fois que je passe à la télé. J’ai regardé ça avec ma mère à côté. C’est trop satisfaisant. De me dire que pendant l’été, alors qu’il faisait 39 degrés, je n’ai pas porté une cagoule, un pull, et une doudoune pour rien (rires). C’est le fruit de mon labeur. En plus BET, il diffuse des styles de rappeurs qui sont totalement dans la même vibes que moi. J’ai kiffé le clip XO de Sonbest, le visuel est incroyable.

Comment as-tu commencé le rap ? 

À la base, j’étais une tête à l’école moi (rires). Mais je n’ai pas eu mon bac S. Je travaille pour ce que je veux. J’ai du mal à travailler si je n’y vois pas d’intérêt. À l’époque, j’écrivais pas mal de poèmes, quand j’avais 12-13 ans. J’ai rencontré à 15 ans, un pote avec qui je faisais du basket et qui rappait déjà (William, MW). Ça m’a beaucoup inspiré.

J’ai sorti mes premiers sons sur Soundcloud en seconde. Mon premier morceau s’appelait Roses. Aujourd’hui, c’est même pas écoutable. C’est mal mixé mais à l’époque, c’était lourd. Ça avait bien tourné. J’avais fait plus de 100 000 écoutes. Bizarrement, dans mes premiers sons, je mettais toujours des phrases en anglais, je sais pas pourquoi (rires). 

Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Quand est-ce que tu t’es rendu compte que ça pouvait marcher ?

Honnêtement, c’est quand FX (son manager et ami d’enfance) est venu me voir. On habite dans le même bâtiment donc on se connait depuis petit. Je m’en suis aussi rendu compte quand j’ai fait mon premier showcase sur les champs au Papillon. C’était en début d’année. J’avais sorti trois sons avant et deux clips. Dans la boîte, c’était une dinguerie. Les gens kiffaient trop, venaient me voir, etc. On a retourné le truc (rires). Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Dans cinq ans, tu te vois où dans le rap ?

Je sais pas où je veux me situer dans le rap, mais je sais que dans mon rap, dans cinq ans, je dois être encore plus chaud. Tout le travail que je fais maintenant, je dois le faire beaucoup mieux. Il faut que je sois plus précis et moins éparpillé. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

As-tu d’autres projets en préparation ?

Pas tout de suite. Mais j’ai beaucoup de choses à envoyer. Je vais rester sur des petits EP. Le jour où je fais un album, il faut qu’il soit très construit. Pour l’instant, j’ai un petit public donc pour moi, petit public, petit projet. Si je fais trop de titres, les gens n’auront pas forcément envie d’écouter jusqu’à la fin. Je préfère faire peu et satisfaire totalement, plutôt que faire beaucoup et satisfaire partiellement. 

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« Sundance », le dernier héritage de Népal

Avec la participation d’un collaborateur anonyme.

« Sur une idée originale de Népal »…. Avant de partir, Népal a laissé une dernière oeuvre à accomplir : le clip de son morceau Sundance, réalisé par Syrine Boulanouar. Avec le rôle principal, Nekfeu rend ainsi un dernier hommage à son ami. Le clip retrace le parcours d’un artiste raté et se lit comme un dernier héritage laissé par Népal, dans lequel chaque détail compte. 

Un clip d’auteur 

«Du lundi au sunday, bloqué dans ma tête / Ma vie, c’est un film de Sundance, des fois il s’passe R », répète inlassablement Népal. À l’image du morceau, le clip est porté par un rythme lent, qui fait écho à la vie monotone et réglée du personnage principal. De ce fait, il ne se passe rien. Le clip de Sundance propose une contemplation de la vie d’un artiste passé à côté de ses rêves et qui travaille dans une station-service.

Népal a voulu mettre en scène Nekfeu dans le rôle d’un employé de station service. Détail qui peut paraître anodin mais qui porte une symbolique forte : alors que son travail consiste à aider les gens à avancer, lui est coincé dans son quotidien répétitif. De la même manière, alors que la caméra avance, tous les plans qui se succèdent sont fixes et le protagoniste immobile.

La démarche fait écho au festival de film Sundance, duquel est issu le titre du morceau. Ce festival américain promeut des films indépendants, souvent perçus comme des productions lentes et plus proches du réel. Népal reste cohérent avec ce qu’il incarne : il met en avant des films qui se tiennent loin de l’industrie et des codes attendus. Le clip porte en lui une dimension cinématographique très forte. Le décor y est minimaliste, les plans dénués d’artifices mais avec une composition précise, qui fait la beauté des images.

Népal réincarné

Le clip regorge de références et d’hommages discrets au rappeur. Il s’ouvre sur un plan de Nekfeu dans son lit recroquevillé dans une couverture Tortue Ninja.

Or, Népal avait utilisé le surnom de « Grandmaster Splinter », en référence au Maître Splinter, le senseï des Tortues Ninja,  pour partager une série de medleys qui regroupait des freestyles. Plus tard dans le clip, un enfant se pare du masque de Maître Splinter, ravivant alors l’âme de l’artiste. Le temps d’un instant, l’enfant se fait le symbole d’un Népal réincarné. Il regarde directement la caméra et rappelle cette capacité de Népal à percevoir ce qui est invisible pour les autres. 

La réincarnation sous la forme d’un enfant masqué peut aussi être interprété comme une manière qu’avait Népal de voir le monde. Toujours derrière son masque, le rappeur hypersensible percevait une réalité invisible pour les autres, comme les enfants qui n’ont pas encore intégré le monde adulte et ses réalités parfois brutales. Dans le plan, il est le seul à regarder la caméra de face, comme si le monde allait dans un autre sens que le sien.

Dans ce sens, il semblerait que le clip confronte Népal et ce-dernier, qui se retrouvent face à une multitude de reflet. Une similitude s’établit entre eux : ils se ressemblent, se comprennent.

À 1:26, on aperçoit un « Daruma », posé sur la table derrière Ken Samaras. Un daruma est une figurine de papier mâché japonaise qui a la forme d’un moine bouddhiste. Cette figurine est aussi un objet à vœux, chance et prospérité. Or, le fait qu’un œil sur deux soit coloré comme c’est le cas pour celle-ci, indique que le rêve du protagoniste n’est pas encore accompli. Ken Samaras a échoué à réaliser ses rêves.

Par ailleurs, le chiffre 4 est présent partout dans le clip : sur l’uniforme de travail de l’employé de service, sur la plaque d’immatriculation de la voiture, mais aussi sur les compteurs d’essence de la station service. Or, ce chiffre est souvent interprété comme synonyme de fatalité dans la culture asiatique, notamment au Japon. On parle même de « tétraphobie » comme étant la peur du chiffre 4. Il est souvent associé à la mort. Une interprétation qui pourrait également être appliquée au chiffre 13, visible sur la télé dans le dernier plan. 

« Après le rap, j’irai faire du surf »

Les vagues sont un leitmotiv très important dans l’album de Népal et elles parcourent une nouvelle fois le clip. À son réveil, Nekfeu promène son chien sur une plage désertée, au bord d’une mer agitée où le ciel est gris. Le décor contraste avec la vision idyllique et paradisiaque des plages des Bahamas qui parcourent l’album. Tout comme les vagues qui s’échouent sur le sable, les rêves s’échouent sur la plage des réalités. 

Plongé dans l’univers monotone de Ken Samaras, le spectateur est entraîné avec lui dans son quotidien, et vit à travers lui, ses besoins d’évasion. Dans la dernière scène, Nekfeu mange seul devant sa télé. La désillusion se lit sur son visage. Sur l’écran, des images d’un équipage qui affronte les flots tumultueux de la mer. On aperçoit notamment une planche de surf dans le salon qui renvoie au son Là-bas sur lequel Népal « surfe sur la vague de mes torts ».Une image du surf qu’il avait également reprise dans sa bio Instagram : « Après le rap, j’irai faire du surf ».

Comme Népal, sur l’ensemble de son album, Ken a besoin d’évasion. Le clip se ferme sur l’écume des vagues qui s’écrasent. Une référence aux plages paradisiaques des Bahamas que Ken Samaras ne semble pas prêt d’atteindre. 

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La carrière de PLK en dix dates

[vc_row][vc_column][vc_column_text]PLK a fait ses premiers pas avec La Confrérie, puis le Panama Bende avant de lancer sa carrière en solo et de multiplier les projets. Alors qu’il s’apprête à sortir son deuxième album studio « Enna », le 28 août 2020, retour en timeline sur dix dates qui ont marqué sa carrière.

 

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Chroniques

Chilla, seule sur la lune

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Il y a un an, le 5 juillet 2019, Chilla dévoilait son premier album, « Mūn », sur lequel elle propose 17 titres. Album hautement introspectif, elle nous invite à entrer dans son univers, teinté de mélancolie. Avec ce projet, la rappeuse se livre à la tombée de la nuit, lorsque le ciel se pare d’étoiles et que la lune se dessine. Retour sur un album qui a guéri les blessures de la solitaire Chilla.  

 

Avec « Mūn », Chilla disait à Pascal Cefran pour Mouv’ avoir l’impression « de faire rentrer les gens dans ma chambre. Jai réglé beaucoup de choses en écrivant des titres pour Mūn ».  Elle, qui écrit au clair de la lune et se balade la nuit dans Paris, seul moment où elle se sent capable de nous délivrer ses blessures.

Elle, qui ne se sent jamais mieux que lorsqu’elle a le sentiment de n’être rien dans un univers aussi vaste, seul parmi les étoiles : « J’regarde le ciel, la lune me reflète. J’brille au milieu de la pénombre , les étoiles filent et me guettent » (Oulala). Hasard du destin ou alignement des étoiles, le nom de l’album est un « joli accident », qui fait référence à la lune. 

Ce premier album lui permet d’aller à la rencontre de ses propres démons.

« J’ai décidé de faire de ma solitude, une force »

Du premier au dernier titre, Chilla confie les angoisses d’une solitude qui lui pèse autant qu’elle la protège. Elle débarque sur l’album avec la ferme intention de ne pas finir comme Bridget Jones : « Je suis comme Bridget, j’ai 24 ans, je veux pas finir seule »  (Bridget). Héroïne d’une comédie musicale des plus classiques, Bridget Jones redoute de finir sa vie célibataire et sans enfants. À l’inverse, Chilla veut s’épanouir et construire sa vie indépendamment d’une histoire avec un homme.

Comme Shay sur Antidote, elle revendique l’affranchissement d’un carcan social qui met la pression aux femmes pour se marier et devenir mère : « Certains le voient mal, disent t’es pas normal, l’horloge passera mais là j’ai trop de taff, me parle pas d’hormones, j’veux mon Häagen-Dazs » (Bridget).

 

 

Avec « Mūn », Chilla a décidé d’accepter cette compagne de vie bien silencieuse : « J’ai été confrontée à une solitude qui a toujours été présente dans ma vie, mais abordée différemment. J’ai décidé d’en faire une force », confiait-elle à Pascal Cefran.

Ce premier album lui permet donc d’aller à la rencontre de ses propres démons. Une solitude précoce qui s’empare d’elle dès l’adolescence avec la perte de son père à l’âge de 14 ans. Depuis, Chilla est « paniquée devant ma famille , j’dis pas « je t’aime », j’ai peur d’la mort »  (Aimer). La solitude est toujours plus dure à porter pour celle qui a tant d’amour à donner : « Ils veulent tous le pouvoir, ils ont cessé d’aimer. Le pouvoir, c’est d’aimer, jusqu’à plus en pouvoir » (Aimer).

 

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick

Telle une « rose qui a poussé dans l’asphalte » (Dans le movie #1), la rappeuse se protège des autres qui l’ont trop de fois « déçue par beaucoup d’injustice, d’égocentrisme et de haine » (Oulala). Elle se méfie aussi des hommes et préfère s’en éloigner : « J’me protège des hommes, car à l’issue, souvent ils me quittent » (Mira). Femme entière, Chilla aime avec passion. Tout ou rien. Elle ne prendra donc pas le risque d’une souffrance pour laquelle elle n’a pas de temps à accorder.

 

 

Préférant prévenir que guérir, Chilla opte pour la solitude : « Face à l’ivresse de ton charme, j’aimerais plier bagage, construire un barrage, avant que mon coeur finisse en Bagdad » (Mira).

 

« J’veux qu’on m’écoute plus que Koba »

La musique viendra donc combler les vides qu’elle peut ressentir. L’album lui sert de thérapie pour livrer ses angoisses et les accepter. Comme la lune qui a plusieurs facettes, elle assume sur ce projet de pouvoir chanter autant que de rapper.

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick dont le titre Aimer en est l’incarnation avec une phase remarquable : « J’veux pas aimer à vide, j’veux pas t’aimer connard, j’ai pris des risques pour un zonard , mon cœur brisé pour ces connasses . J’peux pas aimer raciste , j’veux pas aimer camé, qui lui, comate. J’veux pas qu’on m’aime pour mes collabs, j’veux qu’on m’écoute plus que Koba »,réagissant ainsi subtilement au tacle de Koba La D, qui avait déclaré pour GQ à propos de sa musique : « T’écoutes ça, toi ? ».

 

 

La rappeuse se démarque aussi par un véritable sens de la formule comme sur le titre La Nuit, co-écrit et composé par nul autre que son mentor, Youssoupha : « On mélange les accords, les étoiles et les alcools. La nuit, le marchand de sable transforme la neige en or. Faut pas que je déconne, si je tombe, j’aurais tort. Bientôt le jour se lève car le soleil n’est pas mort. »

D’une solitude imposée à une solitude choisie, l’artiste conclut l’album sur le morceau Solo où elle prend acte de ses choix et les assume. Sa musique est son exutoire, comme elle l’expliquait chez Mouv’: « Je ne pense pas que je serais inspirée si je ne souffrais pas. »

Sur ce projet, elle s’affirme et expose toutes ses facettes : fragile et forte à la fois, mélancolique mais pleine d’espoir, seule et pourtant si bien entourée. Avec « Mūn », Chilla démontre à quel point elle est « heureuse d’être imparfaite, heureuse d’être libre »  (Tic-Tac).

 

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Entretiens Rencontres

Sonbest : « Lotus, c’est la fleur de l’espoir »

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Le 12 juin 2020, Sonbest a dévoilé son deuxième EP « Lotus », deux ans après la sortie de « Immersion ». L’artiste étonne par un projet cohérent et unique, à l’univers bien défini. À l’image de la fleur de Lotus qui incarne le renouveau, le rappeur de 22 ans, originaire de Colmar, propose un projet à part. Rencontre avec Sonbest, fleur rare dans le paysage du rap français. 

 

Ton projet « Lotus » est sorti la semaine dernière après deux ans de travail. Qu’est-ce qui t’as pris autant de temps ?

D’abord, je viens d’Alsace et il a fallu que je prenne le temps de bouger sur Paris. Ensuite, il me fallait rencontrer les bonnes personnes et trouver un taff. Le mixage nous a aussi pris un temps fou. Nous avons dû remixer une tonne de fois pour avoir le résultat que nous recherchions.

 

Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons avec Laylow, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti Trinity, j’étais choqué.

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque.

Comment vous est venu l’idée du sound design qui parcourt l’EP ? 

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque. Wise (beatmaker qui a travaillé sur deux titres de l’EP : Poison et Wow, ndlr), a proposé de mettre des transitions entre les sons pour qu’il y ait un fil directeur et que le projet puisse s’écouter d’une traite.

 

Tournage du clip XO. Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

Beaucoup t’ont comparé à Laylow. C’est une de tes inspirations ? 

Laylow ? Bien sûr. Je le connais depuis très longtemps et j’aime ce qu’il fait. Il m’a inspiré mais ce n’est pas dans sa direction que je vais. Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti « Trinity », j’étais choqué. Nous avions déjà nos idées avant qu’il sorte son projet. En plus, dans son album, il y a un son qui s’appelle Poizon, comme moi. Mais ce n’est pas grave, ça me fait plaisir qu’on me compare à lui. 

De manière générale, je suis plus influencé par le rap US. Au début, j’aimais Lil Wayne, après il y a eu ASAP Rocky, ensuite Travis Scott puis Kid Cudi et Kanye West. Ils sont tous des rappeurs avec une personnalité et un univers à eux. C’est ça qui m’intéresse.

 

Et en rap français ?

J’ai mis du temps à me mettre au rap français. À l’ancienne, j’écoutais Guizmo. Maintenant, c’est plutôt Ichon et Laylow. J’aime le rap underground. D’ailleurs, il y a plein de rappeurs au Canada qui sont chauds mais que les parisiens ne connaissent pas encore. Je kifferais faire un featuring avec un canadien. À Paris, il y a trop de monde. C’est saturé. Les gens ont trop les yeux rivés sur la capitale. 

L’objectif c’est aussi de représenter mon 68 et les gens perdus dans la campagne, comme moi. Ce serait ouf. Si certains me donnent de la lumière, j’en profiterai pour en donner à tous ceux qui en ont besoin et qui m’ont aidé.

 

Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

Tu veux donner une identité musicale à ta ville et ta région ?

Bien sûr, c’est le plus important. Je représente les Alsaciens et si j’en ai l’occasion, je ferai tout pour qu’ils aient un peu plus de visibilité. D’ailleurs, mon style c’est la nouvelle sauce du Grand Est. Nous avons une certain façon de rapper. Ash Kidd, par exemple, quand il rappe, il rappe Strasbourg. Ça vient de chez nous.

 

Tournage du clip Agonie. Crédit : Swimthedog.

 

Avec ce projet, il y a un univers qui se définit vraiment et qui se démarque.

Justement, avec l’équipe, nous voulons apporter quelque chose de nouveau dans le rap français. Nous sommes tous sur la même longueur d’onde : pas de limites, que ce soit au niveau du son, du visuel ou des sapes. Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

Tu disais vouloir apporter quelque chose de différent au rap français. Tu penses avoir réussi avec « Lotus » ?

Je pense, oui. Mais la suite sera différente. Mon point fort, c’est ma versatilité. Plus tard, il y aura peut-être des sons rock ou house qui vont sortir. Je ne veux vraiment pas me mettre de limites. Je sais rapper sur différents styles de prods donc j’essaye de travailler ça et de l’amener au plus haut niveau. Quand je rentre dans un style, je ne le fais pas à moitié, je le fais à fond.

 

Pourquoi avoir choisi d’appeler l’EP « Lotus » ? 

Le lotus c’est la fleur de l’espoir. Elle pousse dans les marécages et ça ne l’empêche pas d’être une belle fleur, malgré son milieu et son environnement. C’est un peu mon parcours. En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

 

La prédominance de la couleur bleue et le sound design de l’eau sur Agonie amène une ambiance aquatique. Est-ce que cela rejoint cet esprit là ?

Exactement. L’eau rappelle les marécages. Quand tu marches dans la boue, c’est pâteux et visqueux. Un peu comme les sables mouvants. Il faut savoir se sortir de là. C’est le fil rouge de « Lotus ».

 

Le seul clip qui est sorti, c’est celui du titre XO (depuis l’interview, le clip du titre Agonie est disponible, ndlr). Il a été publié sur la chaîne Youtube du Règlement Radio, pourquoi avoir choisi de le diffuser chez eux ? 

Le clip était déjà tourné depuis longtemps. Il devait être posté sur ma chaîne. Mais mon manager l’a envoyé au Règlement. Ils ont kiffé et ont voulu le prendre. Au début, je n’étais pas chaud. Mais après, je me suis dit que c’était ma chance. Ça a donné de la visibilité au projet. Il y a plus de 20 000 vues, là où moi, sur ma chaîne, je n’ai même pas 100 abonnés.

 

 

Le visuel de ce clip est d’ailleurs très travaillé. C’était quoi l’idée ? 

C’est le deuxième titre du projet que j’ai clippé. Le premier, c’était Agonie (disponible depuis vendredi, ndlr) avec un clip en noir et blanc et un véritable storytelling. Donc là, il nous fallait un contraste. C’est pour cela que nous avons choisi de donner une image qui brille, avec des paillettes, tourné en plan séquence.

 

D’ailleurs, la pochette rappelle beaucoup l’ambiance ce clip.

C’est vrai. Elle a été faite par Hoda Hoda. Je l’ai rencontré en soirée à Paris, comme Jo The Wise. Nous l’avons invité sur le tournage de XO et c’est à ce moment-là qu’il a eu l’idée de la pochette. C’est pour cela que les visuels sont très similaires et cohérents. Au départ, nous voulions que les gens puissent me reconnaître. Mais Hoda Hoda a eu d’autres idées en s’inspirant notamment d’une pochette de The Weeknd et de Trippie Redd.

 

Pochette de l’EP « Lotus ». Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

L’ambiance de l’EP est très mélancolique. Est-ce que tu serais capable d’aller vers des sons plus joyeux ?

Si j’y arrive un jour, oui ! Pour l’instant, je n’y arrive pas mais ce serait bien. Ne serait-ce que pour que mes parents écoutent un truc joyeux (rires). Ils écoutent et soutiennent ce que je fais mais ils ne comprennent pas. De manière générale, je m’inspire selon ce que je vis au moment ou j’écris. Donc il y a plein de thèmes que je n’ai pas encore abordé et dont j’aimerais parler. C’est illimité.

 

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher.

 

T’es content des retours concernant le projet ?

Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Dans ma tête, je sortais le projet comme « Immersion ». Je le mets sur internet et on verra où ça mène. Ça me fait très plaisir et je me dis que nous n’avons pas travaillé pour rien. Il y a un engouement et je peux même dire qu’il y a des fans (rires). Nous allons continuer comme ça.

 

Tu t’es préparé à un éventuel succès ?

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher. Donc oui et non. Ça fait longtemps que je fais du son donc je suis motivé, j’ai travaillé pour mais je sais pas quand ça va tomber et qu’il faudra prendre les bonnes décisions.

 

Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Comment as-tu commencé le rap ?

J’ai commencé au collège, j’avais un groupe avec mes frangins et avec mes potes du quartier. Tout le monde a arrêté et j’ai continué. Pour mes 18 ans, ma mère m’a passé des sous et j’ai acheté du matos pour faire mes sons. C’est là que j’ai vraiment commencé. À côté, je travaillais. Quand j’étais en Alsace, dès que j’ai arrêté la fac, j’ai travaillé à l’usine et dans la restauration. Pareil, quand je suis arrivé à Paris. En ce moment, je suis au chômage tu vois. C’est la merde (rires).

 

L’EP est déjà extrêmement travaillé. Pour un album, tu pousserais le délire encore plus loin ?

L’album, ça viendra plus tard. C’est pas un truc que je veux faire à la légère et qui me prendra plus de temps. Ce sera quelques chose avec des vrais instruments nous ferons quelque chose de carré. Mais pour l’instant, je pense même pas encore à l’album. Je vais d’abord sortir des projets et des sons. Mais bien sûr, c’est le but. Sur l’EP, il y a encore des imperfections que peut-être les gens ne voient pas. Il y a encore beaucoup à faire. Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Un mot de la fin ?

Dédicace à l’Alsace, on est ensemble. On va tous venir dans Paris. On arrive bientôt.

 

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Damso, l’empathie du misanthrope

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Nul ne peut détester les hommes autant que celui qui les comprend le mieux. Parce que Damso sait si bien se mettre à la place de l’autre, il ne peut que se sentir différent de lui. Peintre des passions humaines dans lesquelles il se reconnaît, il se place en dehors de l’humanité. Son oeuvre s’inscrit dans la lignée de celles qui mettent à jour l’universalité de la condition humaine.

 

« Je me sens mort dans un corps en vie. J’ai l’impression de ne plus vivre les choses comme tout le monde », déclare Damso à Libération pour la sortie de son troisième album « Lithopédion ». Dans toute son œuvre, il s’attache à démontrer à quel point il se sent différent des hommes mais aussi profondément humain. Ce qui le différencie des autres, c’est sa profonde empathie pour eux.

Conscient de ce dont l’être humain est capable, il ressent ce qu’il y a de plus immoral chez chacun d’entre nous. Damsolitaire, souffrant de ressentir ce que chacun nie au plus profond de soi. Dans un monde où « personne se connaît mais tout le monde prétend connaître l’autre », il parvient à coucher sur du papier nos passions les plus sombres et dont Julien, en est l’apogée. 

 

La poésie de l’universel

Un talent pour retranscrire la tragédie humaine qui s’exprime dans ses morceaux. En révélant les tréfonds de l’humanité, Damso s’inscrit dans une tradition littéraire ancienne qui s’appuie sur la catharsis. Aristote définit ce phénomène comme « la purgation des passions ». Notion théâtrale, elle s’applique à tous les arts dès l’instant où l’artiste nous met face à la réalité de nos pulsions, aussi sombres soient-elles. Le récepteur s’identifie aux passions qui se jouent sous ses yeux et purgent ses propres démons. Ce phénomène est à l’œuvre dans toute la discographie du rappeur belge mais trois titres incarnent dans toute sa splendeur son génie cathartique : Amnésie, Une âme pour deux et Julien. 

 

Extrait du clip du morceau Amnésie.

 

L’artiste y évoque aussi bien une relation toxique qui pousse au suicide, qu’un viol qui se transforme en inceste ou un homme torturé par ses pulsions pédophiles. Damso joue de ses sujets tabous à travers une mélodie de l’horreur sur Amnésie et Julien. Contrairement au titre Une âme pour deux où il actualise le complexe d’oedipe autant qu’il étouffe l’auditeur par la brutalité du morceau dont les bruitages se font le bourreau ; la pédophilie du protagoniste Julien est bercée par une instrumentale douce et la voix chantée de Damso. 

Un art expérimental où le récepteur se retrouve face à ses propres démons pour mieux les exorciser. Le morceau Julien avait d’ailleurs été écouté par des médecins spécialistes de patients pédophiles et tous, avaient constaté la justesse des propos tenus. 

 

 

C’est là que s’exprime le mieux le talent de Damso : réussir à retranscrire les sentiments d’une personne incomprise et rejetée par l’ensemble de la société. Avec ces trois titres, il nous plonge dans un story-telling déroutant où la chute est souvent faite de confessions, toujours plus sombres : « Depuis je fume pour l’oublier, je fume pour oublier que j’l’ai tuée » (Amnésie), « Julien aime les gosses »  (Julien), « J’lui dis quel genre de pute que t’es ? Elle m’dit une qui baise avec son fils dans la rue » (Une âme pour deux). Damso dérange en osant mettre, face à face, l’homme et ce dont il est capable. Un véritable exutoire.  

Avec Damso, la vulgarité devient poésie : « Le jour de son suicide je n’en revenais pas, la veille elle voulait que je la prenne dans mes bras, mais je suis pas doué dès qu’on s’éloigne des draps, je suis plus dans le suce-moi et concentre toi. » Le titre Amnésie porte en lui l’embryon de ce qui fait et fera l’unité de son œuvre : celui de rendre poétique les sentiments les plus abjects de l’humanité.

 

Dépeindre la condition humain

Si l’artiste belge dépeint si bien l’humain tout en poésie, il ne peut s’empêcher de se sentir hors de l’humanité : « J’me construis plus dans le regard des autres. J’suis ni des leurs, ni des vôtres, ni des nôtres » (Amnésie). Il se place en observateur du monde et de ses pires cruautés. Une position que le choix de sa dernière pochette d’album illustre.

Dans l’œil de l’artiste se reflète « l’univers observable ». Romain Garcin, qui a réalisé la cover de Lithopédion, avait révélé au média Check que Damso lui avait expliqué que « l’œil est la seule partie de mon corps avec laquelle je peux voir le monde sans me voir moi-même. » Le rappeur met donc l’homme face à ce qu’il y a de pire en lui, mais refuse de se voir lui-même.

 

Cover de l’album « Lithopédion ». Crédit : Romain Garcin.

 

Son oeuvre s’inscrit ainsi dans la lignée de celles qui cherchent à dépeindre l’homme dans sa réalité la plus brute, aussi tragique soit-elle. Un art qui se rapproche du mouvement naturaliste mené par Emile Zola. Avec sa série « Les Rougon-Macquart », il avait pour ambition de « coucher l’humanité sur une page blanche, toutes les choses, tous les êtres ».

L’écrivain s’y attache à faire le portrait de tous les êtres qui peuvent composer une société : la prostituée (Nana), l’alcoolique (L’Assommoir), le meurtrier (La Bête Humaine), l’artiste de génie (L’oeuvre)… Zola s’inspirait déjà d’Honoré de Balzac qui cherchait, avec La Comédie Humaine, à composer un tableau de l’espèce humaine. 

Damso poursuit ainsi cette ambition et dresse des portraits : l’incestueux, le pédophile, le pervers narcissique. Le titre Baltringue condense ainsi une succession de profils types comme celui de l’homosexuel refoulé : « T’es gay en secret tu n’veux pas le dire. Tu t’soulages en baisant des hétéros, ce de quoi t’es fait tu ne peux pas le fuir. »

 

« J’suis un poumon dans un fumoir. J’respire le bien mais il n’y a que du mal tout autour. »

Damso décrit avec agilité et précision des profils génériques qui peuvent résonner en chacun de manière si personnelle. C’est là toute sa puissance : parvenir à placer l’autre face à ses propres angoisses jusqu’à le pousser à l’introspection : « Dis-moi la vérité, rien qu’la vérité, est-ce que t’aimes vraiment la meuf avec qui t’es ou juste par habitude, t’oses plus la quitter ? » (CQFD). 

Les hommes qu’il dépeint sont faibles et monstrueux, tout comme lui. Damso n’est finalement rien d’autre qu’un humain comme les autres, à l’exception près qu’il ressent toute la misère de ce monde et l’expose de manière crue et brutale. À travers son oeuvre, Damso dresse un miroir universel de l’homme et ses troubles, dont la méchanceté ne l’a jamais quitté : « J’suis un poumon dans un fumoir. J’respire le bien mais il n’y a que du mal tout autour ». (Kietu). [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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Shay, le poison de la liberté

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Il y a un an jour pour jour, Shay délivrait son remède. Sur «Antidote», sorti le 10 mai 2019, la rappeuse belge explore ses blessures et ses forces. La musique guérit ses peines et l’accompagne dans son émancipation. Un an après son deuxième album, Shay est en rémission, en quête de toujours plus de liberté.

 « Je veux être libre et c’est ce que j’ai voulu faire avec ce projet », déclare Shay dans un face à face avec Pascal Cefran pour Mouv. Pour faire tomber ses chaînes, l’artiste doit d’abord s’affranchir musicalement. Bien trop grande pour être réduite aux « sons de chicha et zumba », elle se met en quête d’un projet à la hauteur de son ambition. Sur la pochette de l’album, elle annonce la couleur. Tel un serpent qui change de peau au cours de son évolution, Shay s’apprête à effectuer sa transformation. 

Résultat, le venin de la liberté se propage à travers 14 titres où l’artiste s’évertue à affirmer son indépendance vis-à-vis de la société et ses attendus. Sur « Antidote », elle déploie les ailes de son talent. Elle offre des phases de kicks comme sur Prends ton time ou Oh oui, de mélancolie sur Ich Liebe Dich ou BXL, tout en restant dans sa zone de confort sur des titres aux accents zumbas comme Liquide, Même pas bonne ou Villa.

Cover de l’album « Antidote » de Shay.

 

Douceur brutale

L’amour sous toutes ses formes est au cœur du projet. Mais quand Shay parle d’amour, c’est pour parler de ses désastres. En pleine émancipation, sa fuite d’une quelconque dépendance est inévitable :« Enlace moi, enlace moi avant que je me lasse, je me lasse », « Attache-moi, attache-moi avant que je me détache » (Amours & désastres).

Ainsi, elle mêle toujours l’amour au chaos. Sur Amours & désastres, la douceur d’un refrain se marie à la brutalité du son des kalashs. La rappeuse belge cède rarement à la fragilité qui est toujours contrebalancée :« Je traîne ma peine en Versace ». Sa voix délicieusement cassée vient rompre avec l’apparente tranquillité des morceaux.

Après avoir chanté sa « détresse désenchantée » (sillusions), Shay n’oublie jamais d’être impertinente. Sur une prod, toute aussi insolente, du titre Même pas bonne, elle fustige avec nonchalance : « Ta salope elle est pas bonne ». Affranchie, l’artiste a fait son choix : « À deux c’est bien mais seul c’est beaucoup mieux » (Prends ton time).  

 J’refuse d’être la meuf qui pleure 

À travers Shay, c’est aussi la langue qui se libère de ses codes, à la manière de son mentor Booba. Les phrases se détournent du carcan de leurs syntaxes comme dans Amour & désastres : « Tendresse, zéro, marée basse, Bonnie & Clyde à la casse / Amour et ses désastres, bouquet de roses, mauvaise passe ». Les textes de la rappeuse la laissent libre de condenser une histoire en quelques mots pour raconter sans se livrer.

De la même manière, elle masque ses blessures derrière une prod aux tonalités dansantes sur Pleurer qui nous ferait presque oublier que Shay nous confie ses peines : « L’espoir fait vivre, suis-je enterrée ? ». Incapable de coucher ses souffrances sur papier, elle confie ses angoisses à Damso qui se chargera de l’écriture du titre.

Celle qui « refuse d’être la meuf qui pleure » parvient rarement à parler de ses douleurs à la première personne. Alors, elle choisit de s’adresser une dernière fois à son coeur, coupable de tous ses maux sur Coeur Wanted et conclut « C’est bien beau d’aimer mais c’est bien mieux de ne pas souffrir .

Shay a trouvé lantidote à ses souffrances et ferme la porte à ses émotions qui l’ont trop souvent trahies. La liberté qui l’a rendu insensible sera son nouveau poison. Désormais, elle a des « thunes à récolter », pour assurer le confort des siens à qui elle assure : « Maman, t’auras la villa, Maman t’auras la ville ».

Dans cette perspective, elle laisse derrière elle les morceaux de son cœur brisé pour regarder vers l’avenir. Avant de revêtir sa nouvelle carapace, elle entonne un hymne mélancolique à la ville qui a fait d’elle l’artiste qu’elle est aujourd’hui. Avec BXL pour clôturer l’album, Shay adresse un ultime regard à son passé qui sonne comme un adieu rempli de promesses.

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