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Coloré comme Chanceko

Après avoir signé son retour avec le single Malaboy, Chancelin alias Chanceko s’est remis en selle avec son nouvel EP « Gaura », sorti vendredi 30 octobre 2020. Haut en couleur.

« Après la pluie viendra l’arc-en-ciel », fredonne Chanceko sur le morceau Arc-en-ciel, extrait de son EP « Gaura », sorti vendredi 30 octobre 2020. Lumineux sans éblouir, chaleureux sans brûler, l’artiste propose quatre morceaux remarqués qui signent son implantation dans le paysage musical français.

Sa voix couverte par une auto-tune cristalline dénote et se superpose à un medley d’instrumentales aux nuances cohérentes. Un souci du détail qui n’a pas échappé au rappeur qui porte aussi la casquette du beatmaker. Il est d’ailleurs à l’origine de nombreuses prods sur ses projets précédents, où il assurait lui-même le mix et le mastering. À la manière d’un chef d’orchestre, il articule sept compositeurs autour de lui, pour créer une couleur unie. Reliés par le son, à défaut de l’être par les textes, les morceaux agissent tels des singles indépendants.

Une recette à maturité

Un produit joliment emballé pour celui qui se targue désormais de récolter « La SACEM de Chantal Goya ». Il semble en tout cas trouver un point d’équilibre artistique, après plusieurs années de recherches. En effet, le jeune rappeur de Meaux, en Seine-et-Marne, n’en est plus à ses premières maquettes. Ses premiers textes datent des bancs d’écoles et de ses premiers passe-passe avec son ami Picketo. Quatre projets de l’artiste sont déjà disponibles sur les plateformes dont l’EP « 18 », échoué sur SoundCloud en 2016, le six titres « 100 Regrets » en 2017, et « As des As 2.0 », aux allures d’un premier album, daté de 2014.

Depuis trois ans, Chanceko a gravi discrètement les échelons et présente une recette qui a gagné en maturité et a fini par se démarquer. Sa signature vocale si particulière résonne désormais plus assurée. Il se balade tel un funambule entre le rap et le chant sur des flows hachés, ou des placements à contre-temps, comme avec le morceau Jacquemus. Un titre interprété avec son ami Take A Mic, déjà présent sur son EP « 100 Regrets ».

Une production plus affinée

Alors que « Gaura » reprend quelques codes évidents de ses premiers sons, avec des refrains entêtants et un phrasé sucré, le projet affiche une production plus affinée avec des ad-libs efficaces. Les instrumentales ont aussi gagné en épaisseur : drums, synthés, trompettes ou lignes de guitare.

Un constat qui coïncide avec la présence d’Éric Chevet au mastering du projet. Un ingénieur du son d’expérience qui comptabilise les collaborations à succès, avec des artistes comme Damso, Vald, Aya Nakamura, la Sexion d’Assaut, Kaaris, Dinos, Chilla ou encore Soolking et Sofiane.

Si Chanceko semble mieux armé depuis sa signature sur le label Parlophone, il reste entouré de beatmaker présent depuis le début. Le compositeur Some-1ne, avec qui il a déjà collaboré à de maintes occasions, signe le dernier track du projet.

Une imagerie haut de gamme

Le rappeur a aussi souhaité épanouir une imagerie qui lui est propre. L’esthétisme de la cover, réalisée par le peintre Erwanhiart, se retrouve dans des textes stylisés qui appellent le goût raffiné du fashion et de la mode. En témoigne le troisième morceau qui porte le nom du célèbre styliste français Jacquemus. Un egotrip de luxe, qui tend à le montrer dans la peau d’un créateur fortuné. Le rappeur coud du Chanceko, tout comme son single devient une belle pièce à porter.

Un démonstration qui dénote avec le texte plus introspectif d’Arc-en-ciel dans lequel il laisse entrevoir ses difficultés et la précarité de son début de carrière. Une thématique abordée par dessus une instrumentale ensoleillée et dansante, tout en contraste.

Déjà bien accueilli par la critique, l’EP démontre une évolution artistique et se montre ambitieux. La vitrine de Chanceko est aussi prometteuse que légère, en laissant entrevoir la capacité de pouvoir proposer des textes plus épais. Si le talent n’est plus à prouver, le statut rester toutefois à confirmer et le potentiel toujours à développer.

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« good kid, m.A.A.d city » : un film de Kendrick Lamar

« good kid, m.A.A.d city », deuxième album studio de Kendrick Lamar sorti en 2012, a définitivement marqué l’histoire du rap américain. Projet à maintes fois récompensés, l’album va projeter l’artiste sur le devant de la scène internationale. Le rappeur a réussi un véritable tour de force avec cet album conceptuel d’une richesse musicale innovante. Retour sur l’un des opus phare du natif de Compton.

Nous sommes en 2009. Signé chez le label californien TDE depuis plusieurs années, un certain K.Dot annonce son changement de pseudonyme avec le titre de sa quatrième mixtape : « Kendrick Lamar ». Entouré de ses compères issus d’une scène hip-hop émergente en Californie (Schoolboy Q, Jay Rock, Ab Soul..), le rappeur se démarque comme l’un des plus doués de sa génération.

Un artiste en vogue

Deux ans plus tard, il rencontre un certain succès avec son premier album  « Section 80 ». Rappant sur diverses sonorités jazz, électroniques, « laid-back » (caractéristique d’un style « décontracté » de la vibe californienne), le rappeur de 24 ans impressionne par sa technicité et la maturité de ses lyrics.

L’opus « Section 80 » sonne comme un hymne à la génération née dans les 80’s en abordant de nombreuses thématiques telles que la prostitution, la consommation de drogues ou le racisme. Le morceau Ronald Reagan Era qui revient sur l’épidémie de crack qui envahit les États-Unis dans les années 80 en est témoin. L’album, porté par les iconiques singles « HiiPower » et « A.D.H.D », est salué par la critique et sonne comme le renouveau du rap californien.

C’est d’ailleurs à l’occasion d’un concert à Compton en 2011, deux mois après la sortie de « Section 80 », que Snoop Dogg, Dr. Dre, The Game, Warren G et Kurupt montent sur scène pour passer le relai à Kendrick qu’ils déclarent « New King of the West Coast ».

Repéré par Dr. Dre lui-même avec le morceau Ignorance Is Bliss, issu de la mixtape « Overly Dedicated », K.Dot signe chez Interscope, un label mythique de Los Angeles en 2012. Ce nouvel entourage va l’accompagner vers son objectif ultime : s’ériger comme le successeur légitime de son idole, Tupac, et le nouveau porte étendard de la West Coast.

« A Short Film by Kendrick Lamar »

A la manière d’un court-métrage, le rappeur raconte la journée d’un adolescent afro-américain de 16 ans, à Compton, une banlieue de Los Angeles. L’histoire d’un « bon gamin », au milieu d’un environnement violent. À travers quelques rimes, l’auditeur peut apercevoir les rues, les fast-food et les immeubles de la ville que parcourt le rappeur tout au long de l’opus.

Il revient alors progressivement sur la tentation de l’argent facile (Money Trees) et de l’influence des gangs, face à ses premiers amours (Sherane Aka.), ses soirées entre amis et sa passion pour le rap (Backseat Freestyle). Point d’orgue de l’album, le morceau Sing About Me. Sur cette balade rythmée, accompagnée par les accords doux et mélancoliques d’un piano, l’artiste nous conte trois destinées de vie au sein de son quartier défavorisé, dont la sienne.

Le titre a d’ailleurs traversé l’Atlantique quelques années plus tard. En effet, la boucle rythmique d’Helsinki, déchirant morceau de rupture amoureuse de Dinos, est la même que sur le son de Kendrick. Le rappeur parisien témoignait d’ailleurs aux Inrock : « C’est une inspiration, et à mes yeux, c’est le rappeur de la décennie. Sur chaque projet, il parvient à se renouveler. »

L’artiste évoque un dilemme permanent, tiraillé entre son entourage, la précarité ambiante et sa volonté de ne pas sombrer dans la brutalité. Sur le morceau The Art Of Peer Pressure, qui se morcèle en plusieurs instrumentales distinctes, le rappeur traite d’ailleurs avec clairvoyance de la pression du groupe et celle des normes sociales, notamment autour la consommation de drogue, de la violence et du vandalisme.

Cette ambivalence est aussi soulignée dans le titre de l’album. Le rappeur confiait dans une interview pour LA Leakers que l’acronyme « m.A.A.D » signifiait : « made an angel’s on angel dust », autrement dit : « faire un ange sur de la poussière d’ange », sous-entendu sur de la cocaïne. Il souhaite ainsi montrer que son talent s’est érigé dans un environnement, parfois hostile, en refusant une destiné tout autre qu’il aurait pu choisir d’embrasser.

« good kid, m.A.A.d city » apparaît donc comme un projet très personnel de Kendrick, un retour en arrière sur ses souvenirs, à la manière d’une bande-originale du film de son adolescence. Il raconte ce qu’il voit de ses propres yeux, comme le souligne la pochette, une photo de famille des années 90, où seul le jeune Lamar n’a pas les yeux masqués.. Le rappeur expliquait à ce propos : « Cette photo en dit tellement sur ma vie, comment j’ai été élevé à Compton, les choses que j’ai vu. Vous ne voyez les yeux de personne d’autre, mais vous voyez mes yeux innocents qui tentent de comprendre ce qu’il se passe. »

En dépeignant son vécu personnel, Kendrick Lamar veut tendre à l’universel et offre un album sensible. Cette histoire, c’est la sienne, mais aussi celle de nombreux jeunes issus ou non de milieux défavorisées, en proie aux mêmes tentations, aux mêmes rêves.

La force du concept

L’opus se détache également par la puissance fédératrice des ses storytellings. Cette ligne directrice lyricale est profondément marquée par les nombreux skits et interludes entre les différents morceaux, qui relatent de nombreux moments de la vie de Kendrick Lamar (racontés notamment par des membres de sa famille).

Le fil rouge qui parcours le projet dépasse même la musique, s’exportant sur l’esthétisme qui entoure la direction artistique. Une photo de l’artbook de « good kid, m.A.A.d city » montre d’ailleurs un van noir qui appartenait à ses parents, devenu un lieu de culte pour de nombreux fans. Sa mère a d’ailleurs dû le cacher pour éviter les regroupements de fan.

La richesse musicale

« good kid, m.A.A.d city » est porté par des singles qui ont particulièrement fait rayonner l’album, comme Swimming Pools. Avec un refrain orchestral et une production minutieuse qui met en valeur des tonalités graves et des changements de voix, le morceau est devenu un véritable tube. Le premier couplet relate les déboires de Kendrick avec l’alcool, la tentation et la connivence sociale qui ont abouti à de nombreux excès. Le rappeur y relate aussi avec optimisme son « autothérapie » dans le dernier couplet, sa prise de conscience face à l’alcoolisme et son retour à la réalité.

Je suis ta conscience, et si tu ne m’écoute pas maintenant, tu feras parti de l’histoire Kendrick. Je sais bien que tu te sens malade. Et j’espère pouvoir te mener jusqu’à la victoire Kendrick.

Swimming Pools

Comment évoquer cet opus sans évoquer l’iconique Bitch Don’t Kill My Vibe qui fut pour beaucoup, la première rencontre avec le rappeur de Compton. Porté par une instrumentale chaleureuse, le rappeur y célèbre la vie, sa musique, et sa notoriété nouvelle. Malgré l’esprit de fête qui émane du morceau et du clip (un enterrement détourné en fête tout de blanc vêtu), Kendrick en profite pour titiller sa concurrence, à coup de formules égotrip.

D’autres morceaux phares comme Compton, en featuring avec Dr. Dre, ou Poetic Justice aux côtés de Drake, ont contribué au succès de l’album en dehors des États-Unis. Backseat Freestyle avait d’ailleurs trouvé une résonance particulière en France.

Coté production, il faut souligner la multiplicité des producteurs sur le projet, auréolé par la présence de Dr. Dre en ingénieur du son. Les choix éclectiques des instrumentales qui tirent tant vers la pop que vers le funk américain ou belge underground, permettent une réinvention du projet sur chaque morceau. Elles se mêlent à la faculté du rappeur de jouer sur sa voix. En effet, Kendrick multiplie les flows, passe de sa voix nasillarde à des vocales beaucoup plus graves, et s’essaye même au chant.

Si l’album est aussi riche dans sa composition, c’est aussi par les innombrables samples que contiennent les morceaux. Janet Jackson, Compton Most Wanted, Kanye West, ont par exemple été crédités sur certaines tracks. À noter : l’entêtante voix féminine de The Recipe appartient à l’une des chanteuses du groupe Twin Sister, extrait du titre Meet The Frownies.

Une posture classique

Sorti il y a bientôt 8 ans, « good kid, m.A.A.d city » est apparu comme un album d’une singularité rare. À seulement 24 ans, le rappeur de Compton dévoile au monde cette odyssée à travers son quartier d’enfance et croise un succès qu’il ne lâchera plus. Il glane d’ailleurs pas moins de 242 000 exemplaires en première semaine aux Etats Unis et vient de dépasser les 400 semaines passées au top Billboard.

Si l’album est aussi marquant, c’est aussi parce qu’il propose une véritable identité, propre à Compton et à toute une génération d’Afro-américains. Nicolas Rogès, auteur du livre « Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche » expliquait d’ailleurs à Mosaïque : « En proposant un véritable TripAdvisor de Compton avec « good kid, m.A.A.d city », Kendrick Lamar voulait montrer que sa ville n’était plus l’endroit violent qui est dépeint dans les clips de gangsta rap. Même si elle est toujours le théâtre de racisme et de violences policières. »

Si le rappeur raconte, à travers douze tracks, le passage de son adolescence à l’âge adulte, l’album incarne aussi son changement de statut artistique. D’un artiste talentueux à l’un des rappeurs les plus reconnus et respectés de toute la scène musicale américaine. De K.Dot à Kendrick Lamar.

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Sa majesté le rap : prince Stormzy

Alors que le hip-hop est en pleine conquête des terres musicales anglaises, une dynastie de rappeurs se dessine outre-Manche. Les artistes se partagent les royaumes et adoubent leurs suzerains, dignes successeurs de leur blason artistique. Parmi ces héritiers, le Prince Stormzy est l’un des descendants de la province de la grime, mêlant des basses ancestrales et de nobles synthétiseurs. Portrait du rappeur londonien autour d’une tasse de thé.

Started from the Bottom 

Stormzy est né en juillet 1993 à Croydon, ville de la banlieue Sud de Londres. Le « Wicked Swengman » débite ses premiers flows avec ses amis dans les maisons de jeunesse de son quartier. L’influence des pionniers du grime comme Skepta ou Crazy Titch se fait ressentir dans ses productions et il ne tarde pas à se faire un nom sur la scène britannique.

Après un premier EP en 2014, il enchaîne trois ans plus tard avec son album « Gang Signs & Prayer ». Le succès est au rendez-vous. Avec trois tracks certifiés single de platine, l’album propulse Stormzy en haut des charts.

L’année 2019 vient définitivement placer la couronne sur la tête du rappeur anglais. Il est annoncé en tant que tête d’affiche du festival de Glastonbury et s’offre le luxe d’être en couverture du Time Magazine d’Octobre 2019, l’hebdomadaire américain le qualifiant de l’un des « Next generation leaders ». 

Crédit : Une de Time Magazine, octobre 2019.

Tea time 

Sa performance à Glastonbury sonne clairement comme le fait marquant de sa carrière. Arborant un gilet pare-balles aux couleurs de l’Union Jack, dessiné par l’artiste Banksy, Michael Omari sait qu’il est en train d’entrer dans l’histoire. Il est le premier artiste noir à être programmé sur la fameuse Pyramide Stage de Glastonbury, scène principale du festival.

Crédit : Stormzy.

Jay-z, dans une vidéo adressée au rappeur britannique en début de concert, n’oublie pas de lui rappeler son accomplissement et à quel point « la culture change le monde ». Point culminant de cette soirée riche en émotions : Dave et Fredo accompagnent Stormzy pour performer leur single Funky Friday. Le premier remercie son ami, lui adressant un salut chaleureux : « Tu as rendu cela possible. Tu nous as permis d’y croire. Je t’aime mon frère. » Ce gilet pare-balles est aussi visible sur la cover de son troisième et dernier album : « Heavy is the head ».

Cover de l’album « Heavy is the head ». Crédit : Hashtag Merky Records Limited.

The Crown Jewels 

Sans nul doute, le premier album du rappeur londonien « Gang Signs & Prayer » reste la référence de sa discographie. Mêlant inspirations gospels et productions de rap, Stormzy touche des thématiques importantes au fur et à mesure que l’album avance. Les parties 1 et 2 de Blinded by your grace sont une ode à sa foi et son dévouement à Dieu.

Le combat contre le racisme est également abordé, dans le même temps que l’évolution qu’il a connu au cours de sa carrière. Regardant dans le rétroviseur, Stormzy met en garde ses prochains de la nécessité de bannir les sentiments de vanité et de suffisance de leurs émotions. Il connaît parfaitement cette lutte contre soi-même, lui qui parle à cœur ouvert de son passage dépressif dans Lay me Bare. « Mr Skeng » peut baisser la garde, l’ascension est terminée : il est arrivé au sommet. 

Cover de l’album « Gang Signs & Prayer ». Crédit : John Ross.

Jeune ambassadeur de l’univers grime, Stormzy continue de gravir les échelons et de faire honneur à ses prédécesseurs royaux que sont Skepta et Crazy Titch. Toujours en pleine ascension, le rappeur prince pourrait bien se voir un jour, lui-aussi, auréolé d’une couronne.

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Lous and The Yakuza, seule dans un monde « GORE »

Après plusieurs mois de montée en puissance, Lous and the Yakuza a sorti son premier projet ce vendredi 16 octobre. Dans un monde qu’elle dépeint comme « Gore », Lous aborde la monstruosité humaine avec le sourire, sur des ambiances rythmées et dansantes. Face à cette cruauté, elle a décidé d’opter pour la solitude, fil rouge du projet.

Rap, pop, soul… Lous and the Yakuza est une artiste polyvalente. Une palette artistique large que l’on retrouve sur le projet « Gore », et qui a pu étonner une partie de son public qui aurait pu s’attendre à un album plus identifié rap.

Si la jeune belge s’est fait connaître avec des titres rappés tel que le morceau Tout est Gore, Lous ne s’est jamais réellement considérée comme une rappeuse à part entière. Elle a pourtant été rapidement catégorisée comme tel par la sphère médiatique. 

Malgré ce contre pied artistique, « Gore » est un album qui démontre tout son potentiel. Le projet de dix titres se démarque par ses instrumentales variées. Le compositeur congolais David Mems (qui a récemment participé au projet QALF de Damso) est responsable de la moitié des morceaux de l’album. Si la direction musicale change de piste en piste, le projet parvient à rester cohérent notamment grâce à une écriture soignée et à des thèmes autour du comportement humain, souvent cruel.  

La solitude pour refuge 

Lous aborde avec sourire la monstruosité humaine, d’où le titre de son album : « Gore ». Un genre qui parvient à susciter le rire malgré la dureté des propos. L’artiste analyse un monde dans lequel la solitude devient son refuge. A l’image du titre qui introduit l’album : Dilemme.

Dans un morceau plutôt chanté mais rythmé, Lous and The Yakuza exprime son besoin de solitude :

« Seule, seule, seule. Si je pouvais, je vivrais seule loin des problèmes et des dilemmes. Si je pouvais, je vivrais seule loin des problèmes et des gens que j’aime. »

Le désir de solitude revient dans le titre Messes basses. Dans ce morceau, Lous (accompagnée de l’artiste belge Krisy qui fait les ad-libs) raconte une trahison amicale qui l’amène à s’isoler pour éviter de nouvelles déceptions.

La neuvième et avant dernière piste de « Gore », Quatre Heures du matin, résonne comme le morceau qui fait le plus écho au titre de l’album. Dans ce titre, elle raconte une agression sexuelle qu’elle a subie.

Alors qu’elle a 19 ans, Lous se retrouve à la rue parce que ses parents refusent son désir de carrière dans la musique. Elle subira deux agressions dont un viol. Cette période est marquée d’une solitude sans précédent, comme elle l’expliquait à L’Express : « Je gardais au fond de moi cette confiance en ma destinée. Il me manquait juste l’humilité. Je n’osais pas demander de l’aide. Je perdais mes amis. Je ne voyais plus ma famille. J’étais dans une solitude sans nom. »

Le morceau s’inspire de cette expérience qu’elle décrit du point de vue de la victime dans le premier couplet, avant de raconter l’agression du point de vue d’un des agresseurs dans le deuxième. Si la solitude n’est pas explicitement énoncée, Lous constate qu’elle provoque aussi les pires traumatismes.

« Que vont-ils faire de moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Que vont-ils faire de moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Les diables n’ont pas de couleurs. Lâches, ils sont venus, à plusieurs. Je n’ai pas vu mes agresseurs. Je me souviens juste de leurs odeurs. »

Le titre Solo vient clôturer le projet, comme il avait commencé, sur le thème de la solitude. Dans ce morceau, Lous parle de la condition de la communauté noire, qui ne peut compter que sur elle-même pour faire changer les choses. La solitude est dans ce morceau décrite comme une fatalité. Les noirs sont mis à l’écart par les autres communautés. A travers l’album, Lous dépeint cette inévitable nécessité de devoir s’en sortir sans les autres.

Si « Gore » n’est peut-être pas le projet attendu par une partie du public de Lous and the Yakuza, ce premier album donne envie de continuer à suivre ce que proposera la jeune belge, seule et pourtant toujours accompagnée de ses fidèles « Yakuza ».

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Une virée londonienne avec Knucks

Avec son EP « London Class », le rappeur dépeint la capitale britannique sous tous ses aspects. Brutale et romantique, la ville défile sous nos yeux avec Knucks pour chauffeur.

Londres, sombre et lumineuse

Dans une interview pour « Complex UK », le rappeur explique que le titre de l’EP vient de la série coréenne « Itaewon Class ».

La série raconte l’histoire de Park Sae-ro-yi, un jeune étudiant qui entre dans un nouveau lycée. Lors de son premier jour, il frappe l’un de ses camarades, Jang Geun Won, pour défendre un élève qui se faisait harceler. Mais la brute s’avère être le fils du PDG Jang Dae Hee. Ce dernier dirige le restaurant Jangga dans lequel est employé son père. Le directeur exige des excuses auprès de son fils mais Park Sae-ro-yi refuse. Ce refus entraîne l’exclusion de son lycée et le licenciement de son père.

Peu de temps après, le père de Park Sae Roy meurt dans un accident de moto causé par Jang Geun Won. Pris d’un accès de rage et de colère, Park Sae Roy bat violemment Jang Geun Won. Il est arrêté et condamné à la prison pour agression violente. Lors de sa sortie, il décide de venger son père en créant son propre restaurant : Itaewon Class.

Knucks voit dans ce restaurant la métaphore de sa carrière : « La morale que j’ai retenu de cette série, c’est qu’il faut toujours rester fidèle à ses valeurs et ses principes », explique-t-il à Complex.

Si le nom du projet est inspiré d’une série coréenne, l’ensemble de l’EP est un produit britannique. Pour entraîner l’auditeur dans les rues de Londres, Knucks s’est inspiré de films anglais pour mieux représenter sa ville. Sur l’introduction de l’album « New London » – Intro et les deux interludes Enugu – Skit et Meet the Family – Skit, le rappeur a intégré deux extraits de films : « Legend » et  « Coup de foudre à Notting Hill ». Les deux oeuvres représentent deux facettes opposées de la vie londonienne. Sombre et lumineuse.

« Legend » relate l’histoire des jumeaux Kray, des gangsters à Londres dans les années 60. Les interludes évoquent la volonté des frères de mettre Londres sur la carte et de fonder une ville au Nigeria. Knucks revendique ainsi sa propre aspiration à faire rayonner sa ville, mais aussi celle d’être connu au Nigeria, le pays de ses parents. 

Dans un tout autre registre, « Coup de foudre à Notting Hill » est une comédie romantique dans laquelle un bibliothécaire londonien tombe amoureux d’une actrice américaine connue. Knucks l’utilise pour montrer le côté plus tendre de la ville. L’extrait lui sert de transition pour le prochain morceau Duchess, dans lequel il raconte une des ses propres histoires d’amour.

Londres et ses injustices

Knucks parle d’amour mais n’oublie pas la brutalité de la capitale. Sur Know Your Worth, précédé de l’interlude Under Class – Skit, il évoque les injustices subies par la communauté noire, chez lui et ailleurs dans le monde. L’interlude met en avant les propos d’Akala, un rappeur et activiste anglais, qui explique que les noirs ont été réduits à une sous-classe dans la société britannique. 

A la suite de l’Interlude, Knucks illustre ces injustices par ses propres expériences de racisme dans Know Your Worth. Elles sont mises en parallèle avec la mort récente de George Floyd. Pendant 8 minutes et 46 secondes, un policier blanc s’est agenouillé sur l’homme, causant sa mort. Ce laps de temps est aussi le titre de la vidéo de Dave Chappelle, humoriste américain qui est revenu sur la mort de George Floyd. Une vidéo que reprend Knucks dans sa chanson. 

London & co

A travers ses influences et ses collaborations, « London Class » transmet l’énergie de la ville. Inspiré par la chanteuse Sade, les productions et les samples de Jazz accompagnent les 12 titres de l’album.

Knucks et Sam Wise. Crédit : LUCERO.

L’influence de la ville se ressent aussi à travers les collaborations de l’album. Sur Standout, Knucks forme un duo avec son confrère londonien Loyle Carner. Sur Fxcked Up, il raconte son enfance à Londres avec Sam Wise, du groupe House of Pharaos.

A travers cet album, Knucks démontre son attachement à sa ville. Un environnement qui l’a construit mais aussi abîmé. Londres est brutale et romantique, Knucks, lui, est un narrateur hors classe.

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Carte de Marseille : une étoile du rap français

Vendredi 9 octobre 2020, Jul réunit 50 rappeurs marseillais sur la compile « 13’Organisé ». Depuis les premiers souffles du rap français, la ville de Marseille s’est distinguée comme un épicentre majeur de cet art. Après le passage d’une ancienne génération à succès (IAM, Psy 4 de la Rime, Faf Larage), une nouvelle vague de rappeurs méditerranéens continuent de rapper leur quotidien sur le vieux port, dans les gradins du stade Vélodrome ou de vadrouilles dans les quartiers Nord.

Explorez la carte de Marseille à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus de la ville :

Exploration sur PC recommandée.

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L’adieu musical de Népal

Par Jules Careau et Robin Spiquel

Cinq morceaux inédits de Népal viennent d’être dévoilés. Le rappeur avait déjà prévu la suite musicale de son premier album Adios Bahamas, sorti en Janvier. La 75e Session a ainsi envoyé les derniers morceaux qui viennent conclure la discographie de l’artiste défunt.

Dans une époque où l’œuvre musicale des rappeurs défunts est bien trop souvent mise au service du marketing et du business (les derniers albums de XXXTentacion en témoignent), le label underground parisien a décidé de suivre à la lettre la direction artistique de Népal qui comptait sortir ses morceaux individuellement, afin de faire patienter le public. Pas de compilations best-of, d’album posthumes ou de feats imaginaires, les morceaux ont été publiés un à un, comme le souhaitait Clément Di Fiore aka Népal.

Népal a laissé derrière lui un album, des clips, des singles et plein d’autres projets qu’il souhaitait mener à bien. On connaissait le plan jusqu’ici, on a choisi de le suivre à la lettre pour ne pas trahir sa volonté.

75E SESSION.

La vibe lo-fi propre au style de Népal

La mélancolie et l’émotion de ses textes sont l’un des atouts majeurs de Népal, en témoigne son premier grand succès avec le morceau lunaire Rien d’Spécial. Le rappeur s’est aussi démarqué par son cachet musical, son flow doux et ses ambiances « chill » aux sonorités lofi qui émanent de nombreux de ses morceaux. Le titre Cheddar ne déroge pas à la règle. L’instrumentale groovy et minimaliste composée d’une mélodie à la guitare sèche et d’une rythmique boom-bap, se marient parfaitement avec le calme de Népal. Telle une balade, le rappeur dépose sa plume sur la douceur de la composition de Willy H.O.G et Sheldon. Il y prône la combativité, l’éveil intellectuel et l’ouverture d’esprit, face aux « chaînes » de la société et de la bien-pensance.

Y a un espoir tant qu’on avance, tant qu’il restera une pensée contraire à la dominante, tant qu’on pourra s’élever spirituellement échappant aux forces abominables.

Népal : Cheddar
Cover du single : Benji.

Benji, le dernier extrait publié, rejoint la vibe lo-fi affectionnée par Népal. L’artwork représente une chrysanthème, fleur symbole d’immortalité au Japon, pays chéri par Népal auquel il rend hommage à de très nombreuses reprises sur ses projets. Sur une prod chaleureuse produite par Diabi (« LEV », « Adios Bahamas », « UMLA »…), Népal conclut sa discographie avec un morceau empli d’espoir et de positivité. Les lyrics du morceau concordent avec celle de Cheddar : s’extirper du système, s’émanciper et obtenir une liasse de Benji, en référence à la figure de Benjamin Franklin présent sur les billets de cent dollars.

Crédit : capture écran du clip de Benji.

Le single est accompagné d’un clip tourné dans les décors paradisiaques du Sri Lanka et répond au désir de Népal de s’éloigner et partir vivre au bord de la mer : « Après le rap j’irai faire du surf » (la phrase postée sur le compte Instagram de l’artiste après l’annonce de son décès, ndlr). Le morceau aurait d’ailleurs dû faire parti d’« Adios Bahamas », comme Diabi l’a expliqué dans un tweet.

Retour aux sources du flow KLM

Le premier morceau dévoilé, Dans le fond, est un banger nouvelle génération dans lequel Népal s’amuse en enchaînant des mesures avec une aisance déconcertante. Tantôt aérien sur le refrain, tantôt rapide et sec sur l’unique couplet, il manie un texte épais, presque indéchiffrable à la première écoute.

Avec cette proposition innovante, le rappeur insiste une fois de plus sur l’originalité de sa démarche dans le rap français. Quand la majorité des rappeurs suivent les règles dictées, lui préfère rester Dans le fond, pour construire son propre univers.

Pour renforcer cette atmosphère, KLM a fait appel à ses « gars laxistes » pour le réalisation d’un clip futuriste qui n’est pas sans rappeler celui de Niveau 1, réalisé en 2017 par le même collectif. L’outro de la vidéo, montrant une cabane au milieu d’une île déserte, fait quant à elle référence à l’univers d’« Adios Bahamas » et au clip du titre Benji, paru vendredi. Comme si ce titre était le lien entre les différents projets.

Extrait du clip Dans le fond, de Népal.

Mercredi 30 septembre, la sortie du titre Coach K a redonné le sourire aux nostalgiques du Grandmaster Splinter, découpeur d’instrumentales. Avec ce titre très rappé, Népal rappelle qu’il n’a plus rien a prouver dans l’art du kickage et propose même de coacher tout ceux qui n’ont pas les bases.

La figure du coach n’est pas choisie au hasard. « Coach K » fait référence à Mike Krzyzewski, entraîneur mythique de l’équipe de basketball Blue Devils de Duke, aux États-Unis. Népal se présente donc comme coach KLM, plus connu sous le nom de Grandmaster Splinter. La cover n’est en effet pas anodine. Elle représente Splinter, le mentor et le père spirituel des Tortues Ninja. Une figure qu’il utilisait déjà dans la série de trois titres « Medleys Grandmaster Splinter », publiée entre 2012 et 2014.

Cover du titre Coach K.

Dans le titre Même vie, paru jeudi 1er octobre, Népal revient avec un flow plus nuageux sur une instrumentale planante. Il décrit dans ce son l’antagonisme de nos sentiments, pouvant passer d’un extrême à un autre. Pour lui, même si l’amour et la haine peuvent nous déchirer, ils nous rapprochent malgré tout car ils font de nous des être humains.

Un texte touchant, accompagné d’un visuel en forme de mandala, réunissant différents éléments constitutifs de l’univers Népal. On y retrouve par exemple un micro, un sablier ou encore la porte de Torii en référence au Japon.

Crédit : Dylan Martin Treadwell.

Un dernier au revoir

Ces cinq singles étaient censés être une transition vers la suite, juste quelques morceaux pour vous faire patienter. On a choisi de les sortir tous d’un coup. Malheureusement, la vie a fait que ce sera les derniers. »

75e session.

Cette démarche témoigne du respect du collectif pour leur ami. Ils poursuivent ainsi son œuvre sans en pervertir sa logique artistique au profit d’un quelconque business. La mort d’un artiste rime en effet aussi avec la mort de sa science et de sa façon de penser, sa musique. Le rappeur peut donc partir en paix. « Népal s’arrête ici, mais ce qu’il a à nous apporter est infini… », confie la 75e Session.

Salut l’artiste.