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« LAÏLA » – L’avis de la rédaction

Vendredi 21 mai 2021 sortait « LAÏLA », le premier album de Khali. Presque un an après son EP « Le tournesol », le rappeur bordelais dévoile une fresque colorée où se fracassent nostalgie et mélancolie. Un opus salué par la critique qui semble lui donner un rayonnement artistique nouveau. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« LAÏLA m’a fait le même effet que H24 d’Hamza »

À la première écoute, « LAÏLA » m’a fait le même effet que « H24 » d’Hamza à sa sortie : quelques secondes de doutes, suivies d’une longue série de claques et d’une envie constante de relancer l’album. Comme son homologue belge, Khali fait d’abord forte impression à travers sa voix. Unique, mélodieuse et sublimée par l’auto-tune, elle accompagne parfaitement des prods soignées sans jamais verser dans la monotonie. L’écriture, à la fois simple et poétique, et la structure du projet lui procurent une ambiance cohérente qui le rapproche presque d’un album concept. Chaque morceau fonctionne malgré tout indépendamment des autres, avec une mention spéciale à SIRÈNES, sans hésiter l’un des titres les plus efficaces de l’année, et à COULEURS qui introduit magnifiquement le disque. En onze morceaux, Khali varie suffisamment les flows, les sonorités et les thématiques pour porter presque seul un projet qui s’enchaîne avec facilité et se réécoute en boucle. Avec « LAÏLA », le rappeur expérimente et intrigue en laissant entendre qu’il a encore beaucoup à offrir. Personnellement, j’en reprends le plus tôt possible.

– Nathan Filiol

« Un projet cohérent mais difficile d’accès »

« Khali c’est quoi cette voix que tu prends quand tu nous exprimes ta douleur ? » Avec son premier album « LAÏLA », le rappeur bordelais crache ses tripes. Un onze titres mélodieux et poétique dans lequel Khali laisse vivre sa créativité pour dresser un autoportrait sincère, souvent triste. Musicalement, Khali fait sans aucun doute partie des artistes qui font évoluer les codes du rap. Voix aigüe et distordue, instrumentales oniriques, ad-libs presque démoniaques, sa musique sonne comme un exutoire. Un projet cohérent et prometteur qui reste cependant difficile d’accès. Sa voix et son interprétation sont autant des instruments qui lui permettent de se démarquer, que des freins pour un public non-initié. 

– Robin Spiquel

« Les compositeurs donnent sens à la voix joliment brisée de Khali »

Attendu au tournant après son EP « Le tournesol », le Bordelais a répondu présent. Le projet ne serait cependant pas le même sans des productions exigeantes. Avec Kosei en tête de l’escadron, les compositeurs donnent sens à la voix joliment brisée de l’artiste écorché. L’album porté par ses instrumentales illustre parfaitement la montée en puissance des beatmaker.euse.s sur la scène rap émergente. Désormais aussi importants et mis en avant que l’artiste, les musiciens de « LAÏLA » imposent leurs touches et se rendent indispensables à un premier album réussi. Des producteurs qui encadrent les espoirs de la future scène rap : La Fève, Tejdeen, Rounhaa, Slimka, MadeInParis, Sonbest ou encore Chanceko avec qui Khali partage le hit SIRÈNES. Le rappeur remporte le pari d’un album abouti, sans erreur grossière, en apportant un univers nouveau et maîtrisé.

– Lise Lacombe

« Avec son appropriation de la baby voice, un gimmick américain popularisé par le rappeur Playboi Carti, Khali accomplit quelque chose que peu de rappeurs français ont fait récemment. »

Lukas Taylor

« LAÏLA porte fièrement ses influences outre-Atlantique »

Depuis plusieurs années, le public rap francophone semble exhorter aux rappeurs un renouvellement du genre et un vent d’air frais, affranchi des codes requis pour réussir sur une plateforme de streaming. Face à cette demande, certains artistes, comme Khali, ont fait preuve de singularité pour atteindre de nouveaux sommets. Avec son appropriation de la baby voice, un gimmick américain popularisé par le rappeur Playboi Carti, Khali accomplit quelque chose que peu de rappeurs français ont fait récemment. « LAÏLA » est un projet qui porte fièrement ses influences outre-Atlantique, tout en réunissant une french touch et « des valeurs qui proviennent du Roc-ma ». Loin des morceaux drill maladroits que l’on a entendu l’année dernière dans l’Hexagone. Le tout couronné par des productions qui se dégustent comme un moelleux musical, tant mélodieux que morose, chaque titre offrant un échantillon des états d’âme de Khali. Un projet thérapeutique, non seulement pour le rappeur, mais aussi pour le rap des années à venir.   

– Lukas Taylor

Retrouvez « LAÏLA » de Khali dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.

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Coloré comme Chanceko

Après avoir signé son retour avec le single Malaboy, Chancelin alias Chanceko s’est remis en selle avec son nouvel EP « Gaura », sorti vendredi 30 octobre 2020. Haut en couleur.

« Après la pluie viendra l’arc-en-ciel », fredonne Chanceko sur le morceau Arc-en-ciel, extrait de son EP « Gaura », sorti vendredi 30 octobre 2020. Lumineux sans éblouir, chaleureux sans brûler, l’artiste propose quatre morceaux remarqués qui signent son implantation dans le paysage musical français.

Sa voix couverte par une auto-tune cristalline dénote et se superpose à un medley d’instrumentales aux nuances cohérentes. Un souci du détail qui n’a pas échappé au rappeur qui porte aussi la casquette du beatmaker. Il est d’ailleurs à l’origine de nombreuses prods sur ses projets précédents, où il assurait lui-même le mix et le mastering. À la manière d’un chef d’orchestre, il articule sept compositeurs autour de lui, pour créer une couleur unie. Reliés par le son, à défaut de l’être par les textes, les morceaux agissent tels des singles indépendants.

Une recette à maturité

Un produit joliment emballé pour celui qui se targue désormais de récolter « La SACEM de Chantal Goya ». Il semble en tout cas trouver un point d’équilibre artistique, après plusieurs années de recherches. En effet, le jeune rappeur de Meaux, en Seine-et-Marne, n’en est plus à ses premières maquettes. Ses premiers textes datent des bancs d’écoles et de ses premiers passe-passe avec son ami Picketo. Quatre projets de l’artiste sont déjà disponibles sur les plateformes dont l’EP « 18 », échoué sur SoundCloud en 2016, le six titres « 100 Regrets » en 2017, et « As des As 2.0 », aux allures d’un premier album, daté de 2014.

Depuis trois ans, Chanceko a gravi discrètement les échelons et présente une recette qui a gagné en maturité et a fini par se démarquer. Sa signature vocale si particulière résonne désormais plus assurée. Il se balade tel un funambule entre le rap et le chant sur des flows hachés, ou des placements à contre-temps, comme avec le morceau Jacquemus. Un titre interprété avec son ami Take A Mic, déjà présent sur son EP « 100 Regrets ».

Une production plus affinée

Alors que « Gaura » reprend quelques codes évidents de ses premiers sons, avec des refrains entêtants et un phrasé sucré, le projet affiche une production plus affinée avec des ad-libs efficaces. Les instrumentales ont aussi gagné en épaisseur : drums, synthés, trompettes ou lignes de guitare.

Un constat qui coïncide avec la présence d’Éric Chevet au mastering du projet. Un ingénieur du son d’expérience qui comptabilise les collaborations à succès, avec des artistes comme Damso, Vald, Aya Nakamura, la Sexion d’Assaut, Kaaris, Dinos, Chilla ou encore Soolking et Sofiane.

Si Chanceko semble mieux armé depuis sa signature sur le label Parlophone, il reste entouré de beatmaker présent depuis le début. Le compositeur Some-1ne, avec qui il a déjà collaboré à de maintes occasions, signe le dernier track du projet.

Une imagerie haut de gamme

Le rappeur a aussi souhaité épanouir une imagerie qui lui est propre. L’esthétisme de la cover, réalisée par le peintre Erwanhiart, se retrouve dans des textes stylisés qui appellent le goût raffiné du fashion et de la mode. En témoigne le troisième morceau qui porte le nom du célèbre styliste français Jacquemus. Un egotrip de luxe, qui tend à le montrer dans la peau d’un créateur fortuné. Le rappeur coud du Chanceko, tout comme son single devient une belle pièce à porter.

Un démonstration qui dénote avec le texte plus introspectif d’Arc-en-ciel dans lequel il laisse entrevoir ses difficultés et la précarité de son début de carrière. Une thématique abordée par dessus une instrumentale ensoleillée et dansante, tout en contraste.

Déjà bien accueilli par la critique, l’EP démontre une évolution artistique et se montre ambitieux. La vitrine de Chanceko est aussi prometteuse que légère, en laissant entrevoir la capacité de pouvoir proposer des textes plus épais. Si le talent n’est plus à prouver, le statut rester toutefois à confirmer et le potentiel toujours à développer.