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Ratu$, le fruit du charbon

Révélé au grand jour depuis son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann, Ratu$ n’a plus de temps à perdre. Après « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », sa première mixtape, il enchaîne avec un projet du même nom : « TTMS, Vol.2 ». Emporté par un engouement qu’il n’aurait pu prévoir, il écrit nuit et jour et redouble de productivité. Bien décidé à profiter de son moment pour devenir celui dont il a toujours rêvé. Le rappeur nous ouvre les portes de chez lui, à Pierrefitte-sur-Seine. Portrait.  


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«Je sors d’une session studio qui s’est terminée à 6h du mat! On discute, je vais dormir un peu et je reprends ce soir », débite Ratu$ lorsqu’on le retrouve en bas de son bâtiment de Pierrefitte-sur-Seine. Le rappeur ne laisse transparaître aucun signe de fatigue malgré sa nuit blanche. « Je ne fatigue jamais », ajoute-t-il en ajustant sur sa tête sa casquette North Face noire sur sa tête. Après une courte visite du hall de l’immeuble, il cherche furtivement du regard un endroit pour se poser. La solution est toute trouvée : sa Citroën C3 Picasso.

Une fois assis dans ce cockpit vieillissant qu’il connaît comme sa poche, il baisse la vitre et allume une première cigarette. Il souffle. Ratu$ travaille sans relâche. De studio en studio, de maquette en maquette. « Ce nest pas le moment de baisser le rythme », martèle-t-il. Et pour cause, sa mixtape « TTMS, Vol.2 » est sortie depuis deux mois.

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Dans ce deuxième volet d’une série de trois projets, l’artiste confie s’être plus livré : « Je suis plus profond que dans le premier volume. Je suis allé plus loin, surtout dans les prods. Je savais ce que je voulais. » Depuis plus d’un an et demi, le jeune Francilien cristallise les attentes et il le sent. Son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann en décembre 2020 a donné à sa musique une dimension nouvelle.

Un titre solo, velux, et tout s’emballe. Il se souvient : « Jai pris des followers de partout, c’était fou. Ça a tout changé parce que japparais sur la tape dun mec qui a tout pété. Je suis avec Nekfeu, Lesram, 3010, Kaaris et des producteurs de ouf. Diabi, Louis, Hugz… Les gars ils sont [disque de] diamant gros ! » Une invitation et une reconnaissance nouvelle pour le rappeur : « Maintenant je peux travailler avec eux. Ils sont haut pour moi, mais avec le peu de choses que jai pu accomplir, je peux discuter avec ces gens-là. Là cest pas la street crédibilité de la rue, tu es jugé par des musiciens. »

Des terrains de foot au studio de musique

Et si aujourd’hui le disque d’or de la mixtape est accroché avec fierté dans le salon de l’appartement de sa mère, une carrière dans la musique n’a pas toujours été une évidence pour celui qui a d’abord rêvé d’un avenir de footballeur à succès. « Jai joué toute ma vie et je suis partie plusieurs fois à l’étranger où j’étais professionnel. Je suis allé à Rimini en Italie, en Belgique et au Portugal où il y avait des problèmes de salaires et où je n’étais pas toujours payé. Et je suis revenu en France pour jouer en CFA (Championnat de France de football de National 2, NDLR). »

Ensuite suspendu pour une bagarre dont il aurait été l’un des protagonistes, c’est le début de la fin : « Rupture de contrat, je nai jamais repris, ça ma plombé. Ma mère me voyait partir, elle men voulait. Elle me reprochait de ne pas avoir fait d’études. Elle cest un peu l’éducation africaine. Si tu fais pas d’études, tu ne sers à rien. Alors je me suis acharné, jai appris. »

« Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » »

Ratu$ pour Mosaïque

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Fraîchement sorti du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), c’est donc pour sa mère que Ratu$ se donne corps et âme dans un BEP comptabilité. Après en avoir été exclu à 18 ans pour avoir « foutu la merde », c’est en candidat libre qu’il obtient son diplôme. Des études tête baissée en cherchant sa voie dans un parcours plus « classique » : « Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » Y a des potes à moi qui sont plombiers ou menuisiers alors quils auraient peut-être aimé faire dautres trucs. Moi avec le BEP je pensais que jallais apprendre à compter, à gérer une société. Au final rien du tout. »

« À l’époque, je voyais Ratu$ gratter au fond de la classe »

Les études, le foot, mais déjà le rap. Près de sa Citroën C3 qui s’est transformée en salon de discussion, un ami du rappeur s’approche. « Chinois ». C’est son surnom. Depuis le primaire, les deux hommes ne se sont pas quittés. « À l’époque, il était très bon en français. Je le voyais gratter au fond de la classe. La musique la vite rattrapé ! », se remémore ce résident du quartier. Ratu$ hoche la tête en signe d’approbation et précise : « Je rappais avec mes gars Diar et Def, un groupe qui sappelait Prototype. Mais ça prenait pas, même si ici, ça se répandait un peu, tout le monde kiffait. »

Au même moment, l’artiste rencontre Eff Gee, un rappeur du collectif l’Entourage, pendant une soirée. Puis, il croise les autres membres. « Je ne savais même pas quils faisaient du son. Quand jai appris quils allaient aux Rap Contenders, je savais pas c’était quoi. Quand jai regardé je leur ai dit mais vous êtes des fous ! Le mec est là il te dit : « Ta mère elle grosse »… Mais ils mont expliqué que c’était du trash talking, que c’était le jeu. »

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« Jayjay et Lama m’ont donné beaucoup. Ils m’ont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ? » »

Ratu$ pour Mosaïque

Ratu$ se rend de plus en plus régulièrement au studio de Deen Burbigo dans le 18e arrondissement de Paris, mais sans objectif précis. Sa rencontre avec les deux producteurs JayJay et Lama est un déclic : « Ils mont dit : « Vas-y lance toi ! Rentre dans la cabine et pose un truc. » Ils mont beaucoup donné. Ils mont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ?« . » Bientôt acteur, il observe encore. « Jallais au studio Don Dada, je regardais, janalysais, je prenais des conseils. Je faisais écouter et on me disait : « Ouais non cest pas terrible. » Même Chinois me le disait ! », raconte-t-il. Son acolyte confirme : « Oui tu avais des trucs à perfectionner. Mais tu avais déjà un truc, on se le disait. »

Couille de Loup, le tremplin de Ratu$

Tout s’emballe après qu’Eff Gee ait publié sur YouTube Couille de Loup I, le premier épisode d’une série de sept freestyles. Il raconte : « J’étais même pas au courant, il ne m’avait pas prévenu. Et il avait écrit « Ratu$«  avec le dollar. On mappelait souvent comme ça en tournée parce que j’étais dans la nuit, je faisais mes affaires à droite à gauche, je mangeais mal, toujours caché comme un rat. C’est devenu mon nom de scène… (Son ami le coupe) Alors que nous ici on lappelait Sekel, même encore maintenant ! »

Des premiers pas dans le game en toute confiance. Le rappeur né dans le 18e arrondissement de Paris confie ne pas avoir eu peur de trébucher : « Je ne me suis jamais dit que je voulais en être, jai ça en moi depuis toujours. J’étais tout neuf, personne ne me calculait. Javais le droit à lerreur. Parfois, Eff ne voulait pas sortir un titre et je lui disais non, on va le sortir, cest ma musique. J’écoute toujours lavis du groupe, mais cest moi qui ait le mot final. Si tu crois pas en toi à 100 %, qui y croira ? »

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C’est sur cette confiance que Ratu$ va s’appuyer pour articuler son art et ses premiers projets. « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », « TTMS Vol.2 »… En attendant le dernier volet. Il affirme avoir imaginé cette trilogie depuis déjà plusieurs années. « Tout est écrit dans ma tête. Les feats, tout. Ce que je vis, jen ai rêvé. Le matin je me lève, je prends un petit déjeuner, je fume, j’ouvre mon studio, je dis des mots et je gagne de largent. Si tu crois que tu vas vivre de ta musique pendant 50 ans et que tu vas faire danser des papis, tas rien compris. Je veux ramasser un max, monter un business, et me casser.

Il arrête sa tirade, réfléchit et récite : « Un jour Alpha Wann ma dit : « Le but cest que dans cinq ans on regarde lheure sur nos Rolex et on se demande qui va payer laddition. Quon soit plus au niveau du seuil de pauvreté.«  » 

Des doutes mais de la passion

Planter les graines de son travail pour en voir germer le fruit, c’est le mantra qu’il développe tout au long de ses mixtapes. Et pourtant, la récompense n’a pas été toute de suite au rendez-vous. « Avant velux j’étais à deux doigts d’cher-lâ », rappe le jeune homme dans le morceau Nombre 38.

Et pour cause, les premiers sous se sont faits attendre. Il décrit une certaine frustration : « Jai eu une période de doute. Le premier truc que jai touché des streams c’était à Couille de Loup V ou VI et jai pris 70 euros. Pour un gars comme moi qui sort de la rue c’était compliqué… Avoir des contraintes, rester au studio, aller aux rendez-vous… Mais maintenant cest bon, jai fait le volume 2 avec beaucoup de passion. » Son ami dénommé « Chinois » reprend : « Cest vrai quon le voit moins ici. Mais je lui dis fonce ! Ici cest la prison, pars casse toi. »

Pourtant, Ratu$ est resté très proche de chez lui et vit toujours dans le même quartier. « Tu vois là-bas sur la route ? Et bah sur ce trottoir là, tes à Saint-Denis. Ici cest ma vie, il y a du monde de partout. Ma mère habite juste là, au numéro 7 », précise-t-il. Rien n’a changé. En faisant trembler les enceintes de sa voiture avec l’un de ses prochains titres pas encore dévoilé, il prend la voiture et se gare dans le centre-ville pour rejoindre ses compères.

« Ratu$ a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous »

Gainz, un habitant de Pierrefitte-sur-Seine, se réchauffe avec une tasse de thé chaude devant l’épicerie du coin. Spontanément, il vient à notre rencontre pour vanter les mérites de son ami rappeur, les yeux brillant de fierté : « Il a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous. Son kickage, ses gimmicks, ça vient dici. Il nous raconte, cest que la vérité, il ment pas hein ! » « Cartable », de son surnom, vient aussi s’asseoir à la table pour ajouter : « Signature 93 ! La misère sociale. Il a du talent, mais il va encore faire mieux. »

Tous sont venus acclamer leur Ratu$ lorsqu’il était programmé en première partie de Deen Burbigo à l’Olympia, en octobre 2021. « C’était la première fois quun mec du quartier était sur une scène remplie de Paris. Jai ramené tout le quartier dans les loges, c’était trop fort », raconte l’artiste en réajustant sa sacoche jaune et bleue pour poser devant notre objectif. Au milieu des siens.


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Décryptages Investigation

The Weeknd : Pourquoi « Dawn FM » est-il la pièce centrale d’une nouvelle trilogie ?

Avec « After Hours », The Weeknd semblait avoir livré un album concept à succès se suffisant à lui-même. Mais son septième opus « Dawn FM », sorti en janvier 2022, sonne comme une suite logique. Le projet de 16 titres est-il le deuxième épisode d’une nouvelle trilogie ? Décryptage.


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Après une rupture amoureuse, le sixième album de The Weeknd, « After Hours », sorti en mars 2020, racontait une vie faite de drogues, de spotlight et de sang à Vegas et Los Angeles. Une histoire de surenchère sur le vice qui n’attendait pas de suite. Mais après la sortie de « Dawn FM », son dernier projet, le chanteur s’est questionné sur les réseaux sociaux : « Je me demande… Saviez-vous que vous êtes en train de vivre une nouvelle trilogie ? » En effet, l’opus apparaît comme un deuxième chapitre avec un nouveau storytelling. The Weeknd, de confession orthodoxe, se retrouve rattrapé par ses remords, ses péchés, et doit y faire face.

Un chant mystique, des paroles presque spirituelles, le titre éponyme ouvrant l’album nous plonge dans le vif du sujet. Sur un chant quasi-grégorien, Abel Tesfaye aka The Weeknd se demande où il atterrit. Laissant penser à une expérience de mort imminente ou à un passage d’arme à gauche définitif. La voix de Jim Carrey, le présentateur de la radio du canal 103.5 FM qui revient tout au long de l’album, donne ainsi les consignes. Rester calme, se laisser guider et accepter son destin.

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L’appel du sacré

Déjà tiraillé par l’idée de perdre la foi dans le morceau Faith de « After Hours », il renouvelle ses doutes dans Gasoline. Le deuxième morceau du projet fait référence à la chanson Losing my religion de REM, un groupe de rock américain des années 80. Des expériences psychédéliques liées à la drogue dans « After Hours » jusqu’à l’appel du sacré, The Weeknd affiche explicitement ses craintes : « J’essaie de ne pas perdre ma foi. »

Plus subtil, moins évident, le champ lexical du spirituel se dessine dans les tracks suivantes : How Do you I Make you love me, Sacrifice ou le single Take My Breath. Difficile dans ces morceaux de ne pas trouver une trace des lexies « éternel », « paradis », « sommeil » ou des tournures qui s’y rapportent. Au fil de ces premiers titres, The Weekend semble tenter d’échapper aux différents péchés. Et pour ce faire, la solution lui est toute trouvée : remplacer la chair par l’amour, les paradis artificiels en paradis spirituels et globalement d’inverser le paradigme de la matérialité en immatérialité.

La résignation et le pardon

A Tale By Quincy amorce le virage de l’album. Sur cette interlude, Quincy Jones, producteur iconique de Michael Jackson, se confesse. Derrière la petite fenêtre en bois qui nous sépare de celui qui livre ses péchés, nous sommes mis dans la position du prêtre. Forcés d’écouter les déboires amoureux et familiaux d’un être humain, avant d’écouter ceux de The Weeknd dans le titre qui suit, Out of time.

Se confesser puis replonger… Avec Here We Go… Again. The Weeknd semble se sentir coupable de replonger dans ses vices affichant ses diamants et une copine star de cinéma. Son compère Tyler, the Creator, en featuring sur le son, avoue même que « l’éternel est trop long pour lui ». Ce morceau peut se lire comme une simple célébration, mais aussi comme une rechute. La rechute d’un drogué en cure de désintox.

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En milieu de tracklist, Is There Someone Else sonne comme un appel à l’aide. Le morceau laisse d’abord penser qu’Abel s’adresse à son amante. Il lui demanderait si elle partage son lit avec quelqu’un d’autre. Mais le titre d’après, Starry Eyes, suggère finalement que le chanteur parlerait à Dieu et l’aurait rencontré. Comme si The Weeknd imaginait Dieu comme une femme à conquérir qui lui ouvrirait les portes du paradis. La transition musicale prête d’ailleurs à penser qu’il s’agit d’un seul et même morceau.

Abel se joue des frontières minces entre amour charnel et amour spirituel. Que ce soit une femme ou le seigneur, il accepte désormais sa présence dans sa vie. Notamment dans le titre Starry Eyes : « Maintenant que tu existes dans ma vie, je veux me retourner près de toi, (…) J’en ferais ma responsabilité, je te suivrai tout le long du chemin ». Une sorte de purgatoire avant de rejoindre le paradis.

The Weeknd découvre le vrai visage du paradis

Le titre Every Angel is Terrying s’ouvre sur un chant angélique. The Weeknd cite les vers du poète autrichien Rainer Maria Rilke dans son poème « Première Elégie » : « Qui donc, si je criais, m’entendrais parmi les ordres des anges ? Qu’un d’eux, à supposer, me prenne brusquement sur son cœur : je succomberais du croît de sa présence. Car le beau n’est jamais que cette terreur novice qu’à peine encore nous supportons et qui nous étonne du fait qu’impassible elle se refuse à nous détruire. Tout ange est terrifiant. » Un ange terrifiant à propos duquel le poète Rilke dira « qu’il est l’être garant de reconnaître dans l’invisible, un degré supérieur de la réalité, c’est pourquoi il nous parait effrayant ».

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À travers ces rimes, l’ange est admiré car capable d’accepter le néant comme un paradis. Loin d’être une angoisse commune aux êtres humains, pour Rilke il est préférable à l’emballage doré du paradis idéalisé et imaginé pour plaire à un grand public. Une sorte de bonbon qu’on promettrait à enfant sage. Le spot publicitaire inclus dans la chanson montre que cet imaginaire commun du paradis n’était qu’une métaphore créée de toute pièce pour plaire aux humains, souvent trop ancrés dans leur réalité.

« Intense, sexy, choquant, euphorique, audacieux, qui stimule la réflexion, techniquement et visuellement ravissant (…), Une œuvre de fiction comme vous en avez jamais vu, le monde exotique et charmant de l’Après Vie », peut-on entendre. Un discours séduisant sur l’au-delà, vendu comme une réclamation pour un film fantastique. C’est peut-être aussi l’image qu’en avait The Weeknd avant d’entrer dans la conception de « Dawn FM ». Une aube avant la nuit. 

Le chemin difficile de The Weeknd vers le graal

Les morceaux Don’t Break my Heart et I Heard Youre Married continuent la métaphore filée de l’album. The Weeknd demande à ne pas être déçu une nouvelle fois. Difficile de dire s’il doute de l’existence du paradis ou s’il prie pour pouvoir s’y rendre. On peut toutefois imaginer que l’artiste n’est pas encore prêt pour celui-ci car il n’accepte pas toutes les contraintes d’une vie pure. Comme les contraintes d’une vie amoureuse stable.

C’est ainsi que le track suivant, I Heard Youre Married, raconte l’histoire d’une femme mariée qui n’est pas convaincue de vouloir tracer son chemin avec lui. L’album se clôt ensuite sur un nouveau monologue de l’animateur de « Dawn FM » incarné par Jim Carrey : « Ça va durer un long moment, maintenant que tes plans futurs ont été reportés, il est temps de repenser aux choses que tu pensais avoir. (…) Combien de rancunes ont été emportées dans ta tombe ».

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« Dawn FM » place pour la première fois le spirituel au centre d’un projet de The Weeknd. L’artiste lui-même, lors d’une interview pour Billboard, a confessé cette démarche : « Imaginez cet album comme si celui qui l’écoutait était mort. Il est coincé dans les embouteillages du purgatoire, que je me suis toujours représenté comme des bouchons dans lesquels on est coincé en attendant de rejoindre la lumière au bout du tunnel. Et pendant que vous êtes coincé dans ces bouchons, une radio joue dans la voiture. Un animateur de radio vous guide vers la lumière et vous aide à traverser jusqu’à l’autre côté ». L’opus apparaît donc comme la suite d’« After Hours » et laisse entendre qu’un troisième projet est en préparation. Son nom serait déjà dévoilé dans le spot publicitaire d’Every Angel is Terryfying : « After Life ».


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Entretiens Rencontres

MadeInParis : « Quand on réécoutera la mixtape, on se dira que j’étais un connard sincère »

Après le succès critique de « Quel beau jour pour mourir », MadeInParis sonne le glas de la confirmation avec un nouvel opus aux reflets sulfureux. Dessinant les contours d’une silhouette féminine à contre-jour, il exhorte l’auditeur à entrer dans son univers toujours éclairé par la lune rougeoyante qui le caractérise. Quelques jours avant la sortie de « Voulez-vous coucher avec moi », il se livre à Mosaïque sur la conception de cette première mixtape autour de laquelle gravitent les atomes de son futur succès.

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MadeInParis MadeInParis

À quelques jours de la sortie de « Voulez-vous coucher avec moi », comment te sens-tu ?

J’ai sacrément évolué depuis la carte de visite que j’ai envoyée avec « Quel beau jour pour mourir ». Maintenant, je continue une nouvelle aventure en major avec le label Epic Records France, je rentre dans l’industrie de la musique et je confirme. Là je propose plusieurs styles pour que les gens se disent : « Ah d’accord, il sait faire ça ». D’où le titre « Voulez-vous coucher avec moi ? » : voulez-vous faire partie de ce mouvement que je suis en train de créer ? Ce nom, il faut le voir comme une proposition. Je vous invite. Alors si vous êtes curieux, venez écouter. Prenez tout ce que vous avez à prendre, inspirez-vous, ambiancez-vous et montez sur le navire parce que ça ne va faire que de monter.

À quel moment as-tu conçu ce projet ?

Je travaille en avance, ce projet est déjà prêt depuis un an. J’aime donner l’impression au public que je me suis cassé la tête, alors que c’est un truc super simple. Là il me fallait une phrase et je me suis demandé : « C’est quoi la phrase française la plus évocatrice ? ». Dès que j’ai eu le nom, j’ai enchaîné sur la phase de conception de la mixtape.  À la base, le projet était bouclé pour septembre mais il y a eu un déclic. On rentre dans une nouvelle année et on s’est dit : « On peut proposer plus que ça ! », donc on a enchaîné les séminaires. 

Dans quelles conditions as-tu travaillé ? 

80 % du projet s’est fait dans ma chambre, puis j’envoyais les pistes à mon ingé son. Il y avait aussi quelques séminaires en Belgique. Quand je pose, je ne fume même pas, je suis concentré. Un vrai geek devant l’ordi. Avant, je me prenais la tête sur les détails, les effets, le traitement de la voix. Aujourd’hui, je me suis pris la tête sur l’exécution : le choix des mots, le champ lexical, la compréhension. On me connaît déjà pour ma maîtrise technique, maintenant il faut que je développe quelque chose qui parte de l’artiste, qui soit unique à moi.

Comment caractérises-tu ton évolution entre tes anciens opus et celui-ci ?

J’ai osé, j’ai brisé les barrières, les limites. Je me suis dit que j’allais proposer un panel de sonorités, de thèmes plus complets. Ensuite, je ciblerai ce qui marche le plus et je partirai sur cette route-là. Le but cette année, c’est de m’imposer. Je suis sûr de pouvoir toucher de nouvelles personnes. Pour « Quel beau jour pour mourir », on m’a dit que le projet était un no skip, j’y pense tous les jours. Maintenant, il faut confirmer ça sur quinze titres. Mais paradoxalement, je ne considère pas ce projet comme une suite à ceux d’avant. Quand je commence quelque chose, je repars de zéro.

Sur la mixtape, tu as collaboré avec 16 compositeur.rice.s. Meel B, Cartier, Fulltrap Alchemist… Les prods et les textures sont très diverses. Comment as-tu travaillé avec les producteur.rice.s ?

Les plus gros acteurs de la tape, ce sont des amis proches. Shadow, Ray Da Prince, Persia… Avec Persia, on se comprend musicalement, il est sur 80 % du projet. Niveau mix, j’ai donné ma confiance à Draco Dans Ta Face. Au studio, on a pas besoin de se parler, il a l’oreille. Il me fait souvent des propositions et il y a une vraie conscience artistique derrière tout ça. J’aime bosser avec des gens avec qui la connexion passe toute seule, on se comprend sans dire un mot. Fulltrap et Cartier, je les connais personnellement. J’ai rencontré Meel B sur les réseaux. Même si je ne te connais pas, on peut travailler ensemble. Et si j’aime pas, je te laisse le temps de me proposer quelque chose de plus étoffé.

Tu avais pris le parti de ne pas inviter d’autres artistes en featuring sur tes deux projets précédents. Et cette fois, ils sont quatre avec notamment Squidji.

Oui ! Avant la musique, je trouve qu’humainement Squidji est un gars très cool. Si je devais le décrire en un mot, je dirais que c’est un gars très peace. Il y a beaucoup d’amour autour de lui. Musicalement ce que je respecte chez lui, c’est qu’il a un côté très acoustique, très live. Il a déjà débloqué ce truc-là et c’est ce que je recherche.

Il y a aussi Luidji qui se fait plutôt rare dans ses apparitions. Pourquoi l’avoir choisi ? 

On s’était déjà rencontrés avant et on a eu un très bon feeling. On s’est retrouvé en studio et j’étais parti sur une base assez acoustique avec un petit saxo, ça lui a parlé. Il y a vraiment ce côté humain entre nous, une vraie alchimie. Même chose avec Captaine Roshi, c’était naturel. Ça a vraiment fait kiffer le public, c’est deux mondes qui s’entrechoquent et ça a créé une belle amitié. Ce couplet, j’ai mis six mois à l’écrire alors que Roshi a mis deux heures. Au début, j’étais tellement loin que je lui ai dit : « Le thème du son c’est meufs, fête, cocaïne ». Je ne sais pas ce qu’il a compris de tout ça mais il a envoyé un couplet de malade (rires). Roshi a vraiment respecté l’invitation. Mon couplet est inspiré du groupe N.W.A et ça fait un bon mélange.

On ressent des inspirations trap qui rappellent PARTYNEXTDOOR ou Drake. Mais tu t’es aussi essayé à des sonorités plus chaudes, moins occidentales. Comment est-ce que tu digères tes influences ?

Et bien justement ! PARTYNEXTDOOR, c’est celui qui m’a donné envie de faire de la musique. Mais pour ce qui est de mes colorations plus chaudes, c’est surtout parce que j’ai envie d’oser. J’ai la voix, j’ai soif de savoir, alors voyons ce que ça donne. Je ne m’y connais pas du tout en afro, c’est pas ma culture. Mais je viens des Antilles néerlandaises, j’ai appris le français très jeune, alors ça sonne bien, ça glisse !

Le traitement de ta voix est souvent robotique, assez déshumanisé et très glacial. Pourquoi avoir articulé des sonorités froides avec des thèmes assez sulfureux ? 

Au début, je ne faisais que dans l’egotrip, mais j’ai commencé à m’intéresser davantage à la culture musicale française. Et c’est comme ça que j’ai vu un grand artiste de variété déclarer : « Le public français aime les connards sincères ». Ce que j’ai compris, c’est que les Français aiment quand un artiste raconte des histoires dans lesquelles chacun peut se reconnaître. Dans la tape, je parle un français assez clair. C’est là que je me suis dit, autant raconter mes histoires ! Non seulement les gens vont rire, mais ils vont être émus, s’identifier, je fais tout ça à ma sauce. Quand la mixtape aura de la postérité et qu’on la réécoutera on se dira : « C’était un connard sincère ! » (rires). D’ailleurs à ce propos, le morceau dont je suis le plus fier, c’est Comment faire. Il est réel. Je pense que beaucoup de gens vont le comprendre. 

Sur tes visuels, on remarque une silhouette féminine à contre-jour. Qu’est-ce que ça signifie ? 

C’est un ressenti esthétique. J’essaie de créer quelque chose d’authentique et qui me ressemble. Mon inspiration pour le visuel, c’est l’un de mes films préférés : « Pulp fiction » de Tarantino. Quand je me pose dans ma chambre, j’ai une vue imprenable sur un poster énorme qui fait la taille de ma porte. Juste les couleurs, le rouge, le jaune, l’orange, le fait que ce soit mon frère qui me l’ait montré : c’est un flux d’émotions. L’ambiance que ça dégage, avec ce que j’ai vécu, donne un sens esthétique et émotionnel à ce symbole.

Sur l’interlude Sex, tu chantes sur des sonorités plus électro, avec des reflets synthwave (genre musical influencé par la musique et les films des années 1980, ndlr). Est-ce une prise de risque ?

Pour être honnête, plus tard j’aimerais finir dans la pop. C’est pour ça que je m’essaye à des morceaux comme celui-ci. J’ai toujours baigné dans la pop culture et musicalement c’est quelque chose dont je suis très proche. Je veux faire une musique d’ambiance, alors même si je ne passe pas à la radio mais que je passe dans des pubs, dans des films, je serai satisfait !

Tu parles beaucoup de la ville, de tes baraudes… Ton nom, MadeInParis, ça vient de là ?

MadeInParis, ça vient de mon passé de graphiste. À l’époque, je travaillais pour des marques et vu que j’étudiais la typographie, j’aimais beaucoup mettre ce nom sur mes créations. Du coup, quand j’ai commencé le rap, je me suis dit « MadeInParis ». Et des années plus tard, les gens l’ont accepté.

Dans le morceau Binks tu dis : « Y’a pas vraiment de place pour l’amour dans ma vie ». Est-ce que c’est pour garder un « esprit lucide » ? Comme dans « Quel beau jour pour mourir ».

Je me suis décidé à me concentrer sur ma carrière. En étant jeune, c’est compliqué de mélanger les émotions et le professionnel. Donc j’ai mis l’amour de côté. Et d’un point de vue personnel, c’est plus profond que ça. C’est pour rejoindre « Quel beau jour pour mourir » : « Amusez-vous mais restez toujours concentré. » L’esprit lucide, mais jamais l’esprit simple.

Après la mixtape, c’est l’album ?

Je trouve que ça ne sert à rien de sortir un album maintenant parce qu’un album c’est des ventes, pas quelques clics et des stories Insta. Si je sors un album, je dois être prêt à remplir une grande salle. Ça se travaille sur le long terme. Donc entre-temps je donne quelques cartes de visite. En ce moment, je suis dans la perspective de sortir un EP précis par rapport à une tendance en vogue pour fidéliser les clients qu’on a pu attraper. Plus on fidélise et plus on a une communauté.

Tu appartiens à une génération d’artiste montant, en développement. Est-ce qu’on t’as déjà attribué l’étiquette « new wave » ? Est-ce que tu te réclames de cette scène ?

La nouvelle vague de signatures en 2020, j’en fais partie et j’en suis fier. Maintenant cette scène-là je ne m’y retrouve plus du tout. Je veux plus que ça, j’ai toujours voulu plus. Parler de nouvelle vague, ça pose des limites, comme si elle allait être toujours underground. Je veux sortir de ça. Sans critiquer la new wave, moi je veux une confirmation parmi les grands : parmi toutes ces grosses têtes, j’ai carrément ma place. Donc qu’on ne me parle pas de nouveaux mecs. Moi on va me remarquer.

C’est quoi la suite de MadeInParis ?

J’ai toujours des prods et des structures innovantes en stock, mais j’essaie de réfléchir encore plus ce que je raconte. Luidji m‘avait conseillé à ce propos : « Avec tout ce que tu fais, si tu donnes 50 % de toi-même en plus, de vraies choses sur ta vie, tu vas encore plus intéresser les gens. » Au vue de sa carrière, je peux le croire. Ce que j’en retiens : « Soit plus vrai ». D’ailleurs il le dit lui-même : « Je ne mens jamais dans mes chansons » (Le rouge, « Boscolo Exedra », NDLR).


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Décryptages

La Fève : la mixtape « ERRR » racontée par ses compositeurs

C’est en rugissant que La Fève a fait son retour avec « ERRR », titre de sa mixtape sortie en décembre 2021. L’onomatopée est aussi indéchiffrable que son auteur qui préfère rester discret sur la scène médiatique. L’absence comme présence, La Fève n’a pas besoin de s’exprimer pour faire parler de lui tant sa musique fait réagir. À l’inverse de son premier projet « KOLAF » entièrement produit par le compositeur Kosei, La Fève a réuni sur « ERRR » une dizaine de beatmakers pour faire naître les 18 titres qui composent la mixtape. Pour Mosaïque, certains d’entre eux ont accepté de lever le voile sur les coulisses de la production de la mixtape. 


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BBounce. Un seul mot pour faire son retour, affoler les foules et s’imposer comme l’homme sur qui il faudra compter. C’est avec le titre MAUVAIS PAYEUR que La Fève annonce la sortie de son deuxième projet. Comme pour beaucoup, le morceau est une révélation pour les compositeurs 3G & Bricksy, auteur de la prod de CASTRO sur le projet « ERRR » : « C’est clairement MAUVAIS PAYEUR qui nous a convaincu. On avait pas encore eu l’occasion de se croiser avec La Fève et c’est un morceau très fédérateur. »

Derrière la basse entêtante du titre, le beatmaker Demna. Il n’en revient toujours pas de l’accueil réservé au morceau : « Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi impactant pour le public. La Fève lui-même lui donnait une place moins forte que celle qu’il a prise. Quand il a décidé de le clipper, je lui ai demandé si c’était le meilleur morceau. Il m’a répondu : « Non, gros, il y a des sons encore plus chauds ». Quelques mois plus tard, le titre est maintenant son morceau le plus écouté sur les plateformes. » 

Mais La Fève gardait une deuxième surprise à son public en reliant entre eux les 18 titres de sa mixtape. Demna le découvre lui aussi lorsque le rappeur lui envoie le projet final : « C’est un petit filou, il ne m’avait rien dit ! La transition entre ZAZA et MAUVAIS PAYEUR est choquante. Sur l’ensemble de la mixtape, il y a un vrai taff de cohérence. Je pense que Lyel Gwap, le compositeur du titre ZAZA, a fait exprès de choisir la même fréquence de 808 (son de basse typique utilisé dans la musique trap moderne, NDLR) que ma prod pour que ça glisse. Rien n’est laissé au hasard. » 

Des choix artistiques assumés

Investi, La Fève s’offre l’instrumentalité organique d’un vrai saxophone sur les titres L’APPEL et ZOMBIE. Le saxophoniste Jead se souvient : « J’avais tellement la pression que je ne savais pas si ce que je jouais était assez bien. Quand j’ai eu son approbation, ça a été hyper gratifiant pour moi. » L’instrument se balade entre la guitare de D1gri et la mélancolie du rappeur sur L’APPEL, donnant au morceau « une patte beaucoup plus humaine » raconte le musicien pour qui « la construction du morceau est beaucoup moins mécanique avec un vrai saxophone qu’avec un VST FL Studio (banque d’instruments enregistrés, NDLR). C’était le sentiment recherché par La Fève. »  

Ce que recherche le rappeur, c’est aussi de sortir des sentiers battus. C’est ainsi qu’il utilise une prod originellement destinée à $ouley pour leur featuring sur CASTRO. Elle est composée par le duo de compositeur Bricksy & 3G, connu pour leur style très inspiré de la plug d’outre-Atlantique. Un titre remarqué à sa sortie et vivement critiqué par les youtubeurs Amin et Hugo. Des réaction attendues selon les deux beatmakers : « Le morceau, soit les gens l’ont détesté, soit ils l’ont adoré. C’est vraiment ça qu’on recherche quand on produit. Et puis le titre a une vibe unique. Elle est dans un style un peu Chicago à l’ancienne, ce ne sont pas des références qui sont évidentes. » 

« ERRR » ou le charbon discret de La Fève

Des influences au rap américain que l’on retrouve également sur le titre VOITURE SPORTIVE composé par Kosei en collaboration avec FREAKEY! qui assume ses influences : « Au moment où je suis intervenu, le beat était déjà fait mais je trouvais qu’il manquait quelque chose à l’instrumental. J’ai changé les drums et j’ai ajouté un sample du groupe américain UGK. Je me suis aussi inspiré de Marvin Gaye, Outkast ou encore Bun-B pour la prod. »

FREAKEY! se souvient avoir vu La Fève « travailler fort » pendant « de longues night au studio » tandis que le duo 3G & Bricksy le définisse comme « un charbonneur », « très humain » et « discret ». Tellement discret qu’il n’a même pas eu à faire la promotion de son premier concert à La Gaîté Lyrique à Paris le 1er avril prochain, sold out en cinq minutes après la mise en vente des places. L’occasion pour son public d’entendre « ERRR » résonner en dehors des studios et en dehors des plateformes.

Propos recueillis par Cédric Rossi.  


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Chroniques

Vald : l’avis de la rédaction sur « V »

Certifié disque d’or une semaine après sa sortie, Vald réalise le meilleur démarrage mondial sur la plateforme Spotify cette semaine. Depuis la sortie de « Ce monde est cruel » en 2019, le rappeur s’est fait discret et a laissé grimper les attentes concernant son retour. Épaulé par une armée de producteurs en présence de son compagnon de route Seezy, mais aussi de Hellboy, Zeg P ou Dany Synthé, a-t-il été à la hauteur du rendez-vous ? La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.


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« Vald est devenu le présentateur abrutissant d’une émission musicale sans relief »

« V ». Un projet porté par sa promo et son attente plutôt que par ses qualités intrinsèques. Vald apparaît désormais comme l’aboutissement du personnage qu’il exécrait à ses débuts. Il est devenu le présentateur abrutissant d’une émission musicale sans relief face à un public ensommeillé. Comme l’intervenant d’un festival de banalités aux allures d’un « Vendredi tout est permis ». Le morceau Péon avec Orelsan donne l’impression qu’Hanouna et Arthur se serrent la main. Sur le featuring, ils sont les porte-étendards d’un style caricatural qui plaît par sa banalité, des multi-syllabiques enfouies dans les tréfonds de l’année 2016, un refrain simple sans être entraînant. En bref, le style de deux majors poussé au paroxysme qui n’attend même plus d’être remis en question. 

En dépit d’un manque de textures criant, de structures archaïques, mais surtout de prods et de sonorités datées, les chiffres sont au plus haut. Ainsi, malgré quelques fulgurances, un questionnement se lève : s’étouffer dans la fadeur de ses propres codes suffit-il à faire un album satisfaisant ? Vald a même réussi à endiguer Hamza dans l’édulcoration totale de son style en l’invitant dans le seul but de produire un refrain académique, placé à des endroits stratégiques, comme on inviterait un chanteur de RnB en 2014 pour faire gonfler ses ventes. Le renouvellement ne réside alors pas dans un nombre de flows prétendument innombrable. Mais dans la maîtrise stylistique et symbolique d’une proposition artistique reconnaissable. Mais ici, l’originalité s’arrête là où le conformisme trouve ses marques.

– Cédric Rossi

« Un projet qui mêle authenticité et cohérence dans le propos comme dans le style »

Pour son retour en solo, Vald frappe fort avec « V ». Un album de 15 titres offrant son lot de rimes inattendues, parfois en pur egotrip. Une recette propre au rappeur qui ne cesse de s’affiner de projet en projet depuis son éclosion. Cette démonstration de force vient parfois se mélanger à des morceaux thématiques comme Pandémie qui introduit l’album. Dans ce dernier, Vald multiplie les références au Covid-19 de façon déjantée, tout en conservant une écriture presque irréprochable.

On retrouve ces qualités dans la quasi-totalité des couplets de « V ». En revanche, certains refrains peuvent entacher des titres intéressants. Papoose en est le parfait exemple. Un titre atypique, dans un style et une ambiance qui lui est propre et qui aurait pu sortir du lot si son refrain avait été plus simple et plus entraînant. Autre légère déception, le titre Maudit avec Hamza. Une frustration plutôt car si le titre est efficace avec cette fois-ci un très bon refrain, on aurait aussi aimé entendre un couplet du Belge. Malgré ces remarques, « V » est un album dans la continuité de ceux de Vald. Le rappeur sert encore une fois un projet qui mêle authenticité et cohérence dans le propos comme dans le style.

– Yassine Ben Amor

« L’album apparaît comme un fourre-tout d’idées peu originales »

Qu’il est loin le temps où Vald nous surprenait. Désormais installé comme l’un des piliers du rap français, l’artiste semble se limiter dans ses propositions artistiques. Contrairement à « Ce monde est cruel » qui dans la forme était beaucoup plus consistant, « V » apparaît comme un fourre-tout d’idées peu originales. Il y a tout de même des passages intéressants comme le titre Sur un nouvel album. Mais l’approche critique que Vald a toujours eu sur son environnement depuis « NQNT » s’estompe avec des textes moins incisifs qu’auparavant.

Certains morceaux plus sombres comme Annunaki ou Rappeur conscient auraient pu être plus développés par exemple. Le côté « hardcore » de Vald se dissipe progressivement au profit d’une musique plus conforme et adaptée au grand public. On regrettera par exemple la drill attendue du morceau Bien sûr et un arrière-goût de déjà-vu avec la guitare de Un mot et la flûte de Papoose. Les morceaux Peon et La faux le fer sont néanmoins les points positifs de l’album avec des flows qui rappellent le temps où V expérimentait encore sa musique. Vald fait finalement dans la simplicité avec ce nouvel opus. Il s’éloigne peu à peu du personnage qui vivait au sein d’« Agartha » et « Xeu ».

– Malo Herve

S’il ne se distingue pas comme le projet de Vald le plus cohérent musicalement, ni le plus ambitieux en termes d’esthétique, il n’en reste pas moins très éclectique et réserve quelques surprises.

Jules Careau sur « V »

« Un album authentique où Vald assume pleinement ses doutes face au succès »

Dixième sortie, encore surpris. « Je vieillis, j’accepte tout doucement d’être sincère », confiait-il sur France Inter le jour de la sortie de l’album. Fuir le succès pour revenir à la sincérité de son art, tel serait le crédo de « V ». Un album authentique où Vald assume pleinement ses doutes face au succès. S’il ne se distingue pas comme son projet le plus cohérent musicalement, ni le plus ambitieux en termes d’esthétique, il n’en reste pas moins très éclectique et réserve quelques surprises. En témoigne sa prestation sur le morceau bonus Bien sûr où l’artiste se saisit avec brio d’une instru drill.

Même impression sur le traditionnel featuring avec Suikon Blaz AD où l’on redécouvre le duo sur une production solaire. Ce magnifique Happy End conclut un album aussi sincère que créatif. Top de l’album : Maudit pour la connexion mélancolique avec Hamza, Le faux le fer pour l’ambiance oppressante chère au style de Vald et Sur un nouvel album, un couplet unique et une immersion dans son expérience de l’industrie musicale.

– Jules Careau


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3 questions à Rencontres

3 questions à… Maka

Depuis 2013, Maka trace sa route. De freestyle en freestyle, l’artiste originaire de Liège en Belgique a fait évoluer son style et s’est professionnalisé. Cet amateur de RnB et de gangsta rap a d’abord trouvé son ADN dans le kickage et esquisse désormais des mélodies lumineuses dans son premier EP « Sortez les couverts, vol. 1 », sorti le 27 janvier. Le rappeur peut déjà se vanter d’avoir été validé par Timbaland en personne sur Instagram dans une story pour son single Joujoux. Mosaïque a posé trois questions à Maka pour revenir sur la création de son EP. 


Avant de vous plonger dans ce trois questions à Maka, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !


Comment est né cet EP ?

Je suis quelqu’un qui déborde d’inspi, j’ai toujours besoin d’écrire donc on m’a préparé un séminaire en août 2021 pour que je puisse sortir tout ce que j’avais dans mon téléphone. C’était une semaine de taff acharné. On travaillait entre 10 et 15 heures par jour. À la base, je n’étais pas venu pour faire un projet, le but c’était juste de faire un maximum de sons et finalement on a fait une sélection pour sortir cet EP. Je me suis vraiment renfermé sur moi-même pour ce projet. Je n’écoutais plus de son, plus rien du tout, je voulais vraiment que ça soit du Maka à 100 %. Il fallait que je sois très libre. La seule consigne c’était que du moment que la prod me plaît je bosse dessus. Que ce soit pour écrire des sons calmes ou des morceaux où je me déchaîne dans les paroles

Maka

Maka

Quelles sont tes habitudes de travail avec Ozhora Miyagi, co-producteur de cinq titres du projet (Intro, Joujoux, En balle, Noir et La mélodie du drame) ?

Le plus souvent, Ozhora me fait écouter ses prods avant d’aller au studio. On préfère arriver avec les idées déjà en place pour aller plus vite. Quand je suis très inspiré, j’écris sur l’instru de mon côté et quand j’arrive en session, je rentre tout de suite dans la cabine, on boucle le son et on passe à la suite. Parfois, je prends le temps de poser une ou plusieurs grosses toplines et on choisit la bonne ensemble. C’est instinctif.

Quand t’es dans ce genre de milieu, tout le monde veut être le numéro un le plus rapidement possible.

Maka pour Mosaïque

Pourquoi avoir choisi ce titre : « Sortez les couverts, vol. 1 » ?

Au tout début quand je grattais mes premiers textes, j’avais un enchaînement dans lequel je disais « Sortez les couverts ». Comme je mettais cette phrase dans plusieurs de mes sons (Ces titres ne sont plus disponibles sur les plateformes, NDLR), on a décidé de garder cette phase avec mon équipe. Ça me représente et ça symbolise aussi le moment où j’ai commencé à rapper. Quand t’es dans ce genre de milieu, tout le monde veut être le numéro un le plus rapidement possible. Mon but c’est de gravir les échelons pas à pas et de le faire bien, convenablement. 

Maka


Retrouvez l’EP de Maka « Sortez les couverts, vol. 1 » sur toutes les plateformes.


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Reportages

Hip-Hop 360 : l’histoire de la culture Hip-Hop exposée à Paris


Rap, danse, graffiti, DJ, beatmaking, beatbox, mode… Hip-Hop 360 retrace les quarante ans d’histoire du genre. L’exposition se tient du 17 décembre 2021 au 24 juillet 2022 à la Philharmonie de Paris et retrace l’évolution de cette culture protéiforme, de sa naissance à New York en 1973 à nos jours. Mosaïque a fait un tour de l’exposition. Reportage.


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Hip-Hop

Le ton est donné dès que l’on pénètre au sein de l’exposition : « La puissance, dès qu’j’arrive, sent la rage, de vivre… ». Le morceau La Puissance de Rohff raisonne dans la pièce. Une frise chronologique de 1973, naissance du Hip-Hop à New York, à 2021 relève les dates clés d’une culture aux milles visages à travers une vidéo. 1984 : création d’« H.I.P.H.O.P », la première émission Hip-Hop au monde est diffusée sur la chaîne TF1. 2008 : Booba utilise l’auto-tune pour son album « 0.9 », une première. 2015 : le président de l’Assemblée nationale remet au graffeur JonOne la légion d’honneur. 2019 : le comité d’organisation des Jeux Olympiques retient le breakdance comme discipline à part entière pour les Jeux de 2024 à Paris.   

L’exposition se concentre sur l’exportation et l’évolution du mouvement Hip-Hop en France, tout en soulignant l’influence de son grand frère américain. Cela se traduit par un parcours initiatique qui parle aux fins connaisseurs comme aux grands débutants. Une volonté de la part de François Gautret, commissaire de l’exposition : « Ce qui était primordial, c’était de présenter le Hip-Hop et ses différentes formes d’expressions. On a encore tendance à penser que ce n’est que le rap et la danse. Ce parcours le rend à la fois pointu, éducatif et il valorise la dimension plurielle de ce mouvement. D’où le « 360 » puisque le Hip-Hop touche à tout et influence la mode, le cinéma, le graphisme, la musique etc. », explique-t-il. 

Hip-Hop 360 : Une immersion totale

Quelques boombox (enceintes portatives popularisées dans les années 80, NDLR) colorées décorent les murs. Parmi elles, des graffitis et des photos qui immortalisent les premières soirées Hip-Hop à Harlem (New York) ou encore dans le Paris des années 90. Les visiteurs découvrent chaque étape de l’exposition, un casque audio à la main. Un accessoire indispensable qui permet, par moment, de se brancher à des postes pour y écouter des morceaux ou des extraits d’émissions d’époque. À l’image de « Rapline » diffusée sur la chaîne M6 entre 1990 et 1993 et présentée par Olivier Cachin. On y retrouve les codes d’un autre temps. Celui des chemises oversized aux imprimés flashy et des interviews de rappeurs filmées en contre-plongée. 

Tout est fait pour que cette « installation à vivre », imaginée par François Gautret, interagisse avec ses visiteurs. Une petite salle tapissée de vinyles en tous genres permet cela. Un disque est installé au centre de la pièce. Il suffit de le toucher pour changer la musique et lancer l’un des 68 morceaux favoris du DJ Dee Nasty, l’un des pionniers du Hip-Hop en France. Une sélection que les radios s’arrachent dans les années 80. Laura, 22 ans, tombe sur le morceau Girls Ain’t Nothing But Trouble interprété par le duo DJ Jazzy Jeff et The Fresh Prince alias Will Smith. « Ah mais c’est le Prince de Bel Air ! Ma mère était trop fan de ce sitcom ! », dit-elle en souriant.

Plus loin, le chansigneur (forme d’expression artistique qui consiste à traduire les paroles d’une chanson en langage des signes au rythme de la chanson, NDLR), Bachir Saïfi signe l’un des morceaux de l’artiste Booba sur un écran. Un univers qui se rapproche davantage de celui de l’étudiante. 

« L’exposition Hip-Hop 360 est incroyable. Mais en tant que photographe, je reste dubitatif »

David Delaplace, photographe et directeur artistique de 31 ans, fait partie des artistes exposés au sein de la Philharmonie. Pour lui, cette exposition représente une manière de « ramener les mecs de cité ou les banlieusards dans ce genre de lieux prestigieux ». Mais aussi, « les gens qui n’ont pas l’habitude d’être au contact de cette culture et du rap », affirme-t-il. Si le trentenaire est heureux d’y figurer, il regrette toutefois le peu d’espace consacré à la jeune génération.

Il la juge très « old school » et parfois inaccessible aux jeunes auditeurs de rap. « Je suis mitigé. En tant qu’auditeur de rap, et au vue de mon âge, je trouve l’exposition incroyable. Mais en tant que photographe, je reste dubitatif. », avoue-t-il. Pour cause, certaines photos sont à peine perceptibles, à l’image du mur consacré à la jeune photographe Elisa Parron, rendue célèbre grâce à l’un de ses clichés de Nekfeu dans une foule. « Ses photos sont dans un coin au fond de l’exposition. Je les ai découvertes accidentellement en tournant la tête », explique le directeur artistique.

Le rap comme symbole de lutte sociale

« D’abord, le rap est festif. Puis, il est plus social dès 1982. C’est une description très réaliste de la misère dans les ghettos. On passe alors d’un rap de divertissement à un rap de mobilisation », explique Guy Saguez sur la chaîne TF1 dans un extrait de l’émission « Mégahertz » datant de 1982. Une analyse qui se confirme avec l’arrivée de groupes avec des textes engagés comme N.W.A aux États-Unis et NTM ou IAM en France.

Au cœur de l’exposition se trouve un espace circulaire de 120 m² en son spatialisé – le 360. On y voit Diam’s interpréter son titre « Marine ».  Dans ce morceau, elle rap sans détour son opposition au Front National (Rassemblement National aujourd’hui, NDLR) et répète dans son refrain : « J’emmerde le Front National ! ». Un jeune garçon aux lunettes de vue rouge vif interroge sa mère sur l’injure qu’il vient d’entendre. « Elle a dit quoi ? », lui demande-t-il. Elle s’accroupit alors près de lui et lui explique ce que l’artiste dénonce dans son morceau. Une image qui symbolise la transmission du Hip-Hop depuis plus de 40 ans maintenant. 

Une transmission qui aura peut-être l’occasion de se perpétuer dans le reste de la France, voire à l’étranger d’après David Delaplace. Une « option d’itinérance » figure dans le contrat que le photographe a signé pour figurer dans l’exposition. « Hip-Hop 360 peut être déplacée à travers le pays si ça marche bien ici. Et pourquoi pas hors des frontières par la suite, dit-il avant de se mettre à rire, c’est un peu une exclu que je donne à Mosaïque là ! », conclue-t-il. 


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