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Nayra : « Je me considère comme une chanteuse de rap »

Le 8 juillet prochain, Mosaïque vous invite à son premier événement. Une soirée spéciale qui fait sens, en alignement avec nos valeurs. Associé.e.s avec le projet Écoute Meuf, nous présentons « L’Antidote » : un moment à vivre à La Flèche d’Or dans le 20e arrondissement de Paris. À cette occassion, Nayra sera sur scène le 8 juillet à la Flèche d’Or aux côtés des rappeuses Timéa et Angie. L’artiste, originaire de Saint-Denis, ouvre une nouvelle page musicale de sa carrière avec sa signature chez le label Low Wood.

Celle qui rappe depuis dix ans n’apparaît désormais plus jamais sans son trait noir qui se dessine de son menton jusqu’à sa poitrine. Symbole de sa culture arabo-berbère et des femmes qui l’ont précédées, il reflète ce qui l’inspire pour donner naissance à sa musique. Avant de la retrouver sur scène le 8 juillet, nous sommes allé.e.s à sa rencontre à l’endroit qui l’a vu grandir, au cœur de Saint-Denis, à deux pas de la Basilique. Dans son ensemble jogging Nike, Nayra nous a accueilli avec un sourire ensoleillé et son rire franc qui ne la quitte jamais. 


Avant de vous plonger dans l’interview de Nayra, ne ratez pas notre événement « L’Antidote », le 8 juillet à La Flèche d’Or à Paris. Au programme : lives, DJ set, conférence, blind test, stands… Rejoignez la soirée en cliquant ICI !


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Le 8 juillet, tu seras sur scène à La Flèche d’Or avec Angie, Nayra et Timéa mais en attendant, nous nous sommes retrouvé.e.s au café de France, en plein centre de Saint-Denis, peux-tu nous décrire cette place ?

J’habite juste là-bas, au niveau des vélos. Je suis née ici, j’ai grandi ici. C’est le quartier du centre-ville. On appelle ça « Fourca » parce qu’il y a le Carrefour, l’un des seuls centre commerciaux qu’on trouve par ici. J’habite avec ma mère, mon frère et ma sœur. Je suis dans cet appartement depuis que j’ai trois ans. J’aimerais bien bouger, vivre ailleurs, mais Saint-Denis reste la ville qui fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

C’est le seul endroit où je me sens à l’aise. Il y a toujours des mecs qui te cassent les couilles, mais au calme. On est une grande famille, tout le monde connaît le cousin du cousin. Et d’ailleurs, si un jour la musique ça marche pour moi, j’investirais dans mon quartier. Ça fait des piges que personne ne veut rénover les dalles en haut et les bâtiments. Investir dans la culture aussi, il se passe des trucs, mais c’est pas suffisant. C’est une mine d’or ici, mais personne ne veut l’exploiter.


De ton côté, tu t’es déjà investie dans la culture du 93, notamment à travers des cours d’écriture que tu donnes à des collégien.ne.s…

Oui c’est le collège d’Ivry qui m’a proposé. Le directeur du conservatoire est venu à l’un de mes concerts et il m’a proposé de faire un projet ensemble. C’est comme ça que ça s’est fait. Sinon, les institutions publiques ça ne les intéresse pas. À mon échelle, je me dis que c’est cool, mais il faudrait qu’il y ait beaucoup plus d’initiatives en ce sens. Il y a plein d’associations qui existent pour ça, mais personne ne les aide. Tu galères pour trouver un local…

Que fais-tu faire à tes élèves ?

Je leur donne des cours de français à partir de punchlines de rap. Ninho, Médine, Kery James… On analyse leurs phrases et on cherche à comprendre comment elles sont construites. Ce que je veux leur transmettre, c’est qu’ils ne sont pas obligés de savoir faire de la musique pour en faire. L’écriture, avant même d’être un moyen d’exprimer artistiquement des choses poétiques, te permet de structurer ta pensée. Je leur achète un petit carnet à tous et je leur demande d’écrire. Même si ce n’est pas dans le but d’écrire un rap, je leur demande de marquer des choses, une balade, une belle fleur qu’ils ont vu, un bon moment en famille… Ce qui leur est arrivé de bon aujourd’hui.

Ce rapport très étroit avec la musique, l’avais-tu, toi aussi, dès le début de l’adolescence ? 

Avant même que je naisse, je dansais dans le ventre de ma mère (rires) ! Chez nous, la musique arabe c’est très important. Ma mère est une immigrée du Maroc, mon père vient d’Égypte. Ce qui me rapproche le plus de ma terre et mes origines, c’est la cuisine et la musique. Chez moi, il y a toujours eu du son, des grandes chanteuses du monde arabe : Fayrouz, Oum Kalthoum… Ça m’a bercé, on avait des cassettes dans la voiture de mon père et on mettait que ça. On appelle ça le chaabi, c’est de la pop arabe, la musique du peuple, c’est aussi la rue. J’ai grandi avec de la musique travaillée, spontanée. Ensuite, il y a eu beaucoup de chansons françaises à la maison, ma mère écoutait du Claude François, j’avais un double CD avec les « Best of », mais elle écoutait ça parce qu’il était égyptien, c’est tout !

Quand est-ce que tu te mets à la musique ? 

Quand j’ai eu 12 ou 13 ans, j’ai réalisé que la musique était faite pour moi. Alors, je suis allée au conservatoire mais je suis restée seulement un jour parce que je suis tombée sur une professeure ultra raciste. On s’est embrouillé, je suis partie et je me suis dit que j’apprendrai toute seule. Je me suis achetée une guitare et j’ai commencé à apprendre. À côté de ça, j’écrivais souvent des textes. La plupart du temps, j’étais fâchée (rires). Je m’écrivais à moi-même parce qu’on ne me comprenait pas toujours. Un jour je me suis motivée à les mettre en musique, à trouver les bonnes notes. 

À cette époque, je faisais du dog sitting et je bossais au marché de Saint-Denis… Ma mère galérait même si elle ne nous a jamais fait ressentir le manque. J’ai rapidement pris la place du « mâle alpha ». Je voulais l’aider, l’alléger comme je pouvais. Elle ne comprenait pas et elle me disait : « Mais pourquoi tu fais ça ? T’as pas besoin », alors qu’elle était dans le besoin. Dès mes 13 ans, l’argent qu’il me restait et que je ne lui donnais pas allait dans un studio, près de la mairie de Saint-Ouen. Pour ma mère, c’est devenu une sorte de monnaie d’échange quand elle a vu que j’adorais ça : « Je t’aide à payer le studio, mais toi faut que tu carbures à l’école. »

À quel moment as-tu eu envie de rendre ça professionnel ? 

Au début, je voulais garder ça pour moi et puis le rappeur L’Deterr m’a vraiment fait découvrir la culture hip-hop dans laquelle il a baigné. Ici, on est dans le berceau du hip-hop français. Quand j’étais petite, il y avait des gars qui se posaient devant le métro et ils faisaient que de rapper avec des intrus sur CD. J’ai rencontré L’Deterr sur un tremplin rap où je ne rappais pas vraiment, je chantais encore beaucoup. J’y suis allée avec ma cousine Nora, j’étais au milieu d’une vingtaine de bougs avec du public. J’étais super stressée, mais ça s’est bien passé.

L’Deterr m’a transmis son amour pour le rap, mais il m’a aussi donné confiance en moi. Il me disait si d’autres le font, toi tu peux le faire en mieux. C’est avec lui que je commence à rapper, à kicker. Il m’a donné trop de conseils, sur mes phases, sur mes flows… Il improvisait super facilement, il écrivait vite et bien, c’est un crack et il m’a pris sous son aile.

Tu as eu un déclic ? 

Un jour, j’ai participé à un concours de freestyle sur Facebook où il n’y avait que des hommes. À cette époque, je ne me posais même pas la question de savoir s’il y avait des meufs ou pas. Je poste ma vidéo et je gagne. Je ne sais pas si je gagne parce que je suis une meuf où si c’est parce que je les ai fumé, mais c’est lourd. C’est là que j’ai commencé à poster des trucs sur mes réseaux.

Même si je rappais, il y avait déjà ce truc de chanteuse de rap. Les bougs à l’époque m’appelaient pour faire leur refrain. Plusieurs fois je me suis retrouvée à accepter et une fois en cabine je faisais un couplet trop chaud qu’ils ne pouvaient pas ne pas garder. Soit je suis invitée à fond, soit c’est non. Je ne suis pas là juste pour mettre en avant ton travail. 

T’es-tu sentie ramenée à ton genre en évoluant dans la musique ?

À la base, je ne voulais même pas renverser les codes, c’était très naturel. Au début, j’étais consciente qu’il y avait un problème qui faisait que j’étais dans un affront, dans l’adversité, mais je ne comprenais pas encore qui était mon véritable ennemi. Je me disais : pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi on me dit telle chose ? Et puis j’ai fini par comprendre : c’est parce que j’ai un vagin. D’accord. Subtilement, on me ramenait toujours à mon genre. Quand Booba est arrivé avec l’auto-tune, tout le monde se foutait de sa gueule, parce qu’il y a ce truc de masculinité toxique. Pareil pour Jul. Ninho aussi est un putain de chanteur de rap.

Aujourd’hui, quand je vois Lomepal ou d’autres, ce sont des limites qui bougent. Le rap appartient aux gens qui ont des choses à exprimer, c’est tout. C’est pour ça qu’il ne faut pas parler de rap féminin. C’est du rap et il évolue tout le temps. Le rapport femme et homme, le fait de genrer le rap, c’est se tromper. On est libre, la musique est libre.

Tu as d’ailleurs commencé à véritablement te faire connaître en reprenant des titres de rappeurs masculins que tu parodiais.

C’était à l’époque où le rap devenait super populaire en France. Dans ce que j’écoutais, on parlait de michtonneuse, les femmes étaient des objets et je ne comprenais pas pourquoi personne ne leur répondait. La parodie permettait d’alléger le bail. Le titre Je ne dirai rien de Black M m’avait choqué : « T’aimes te faire belle, oui, t’aimes briller la night, t’aimes les éloges, t’aimes quand les hommes te remarquent ». Oui et ? C’est quoi le problème ? Je me disais : « Mais ils sont frustrés les bougs ? Venez on parle des michtonneurs alors. Vous parlez des femmes en faisant des généralités. » Elles assument, elles font ce qu’elles veulent de leur corps, et après ? Du coup, j’ai répondu. J’ai aussi fait le remix de J’suis qu’un thug de Lacrim. Résultat : quatre millions de vues.

Depuis cette époque, tu as ouvert une nouvelle page en supprimant tous tes titres des plateformes…

Oui à part mon single Non de 2016 parce que j’étais en maison de disque ! Ça fait dix ans que je fais de la musique. Pendant tout ce processus, j’ai eu le temps de chercher qui j’étais et comment artistiquement je pouvais le retranscrire. J’ai envie de réinstaller quelque chose qui me correspond vraiment. Ça allait dans tous les sens avant. C’est pour ça que j’ai signé avec le label indépendant Low Wood.

Alors qui est Nayra, en 2022 ?

J’assume être une chanteuse de rap. C’est ce que je suis. Je me dirige vers la liberté, vers du fuck les cases, fuck le fait de rentrer en playlist et je veux revenir à la liberté qu’implique ce mouvement. Je veux aussi un retour subtil à mes racines : la culture hip-hop et la culture arabo-berbère. On m’a souvent dit que c’était un handicap en France, mais non, je vais l’utiliser. Je ne veux pas dire que je suis la plus costaud, mais montrer que je peux pleurer et que c’est ça qui fait que je suis forte. 

Tu as également une nouvelle direction artistique. Comment peux-tu la décrire ?

Elle est un peu plus dark, mais elle reste solaire. J’ai l’impression d’être un oxymore ambulant. J’ai un trait noir sur le visage qui se dessine de mon menton à ma poitrine. C’est une référence à ma grand-mère qui se faisait des tatouages sur le visage que je ne comprenais pas. En cherchant, j’ai capté que chaque tatouage avait une symbolique, un lien avec la culture, avec les croyances. Le trait que j’ai sur le visage, c’est un symbole de fertilité. Le fait de me dire que les femmes qui m’ont précédées et m’ont entourées, ont porté des signes forts sur elles, ça m’inspire beaucoup. Je me dis que j’ai de la chance d’être une femme. J’ai l’impression d’avoir des ancêtres à mes côtés et de mettre ma culture en avant.

En tout cas, tu auras l’occasion de la mettre en avant le 8 juillet, lorsque tu seras sur scène avec Nayra et Timéa pour notre évènement « L’Antidote », organisé avec Écoute Meuf. Comment appréhendes-tu cette soirée ?

J’ai trop hâte. La scène c’est un vrai kiffe pour moi. Je ne connais pas Timéa mais j’ai hâte de la rencontrer. Angie c’est trop ma meuf, je l’aime trop ! C’est l’été, ça nous manque d’être sur scène et c’est une programmation de fou ! Ça va être lourd.

Quel.les sont les artistes que tu écoutes ?

J’écoute Angie fort. Joanna, Jäde, Lazuli… J’écoute Audrey Nuna à l’international, Fanny Polly qui est ultra engagée depuis des années et aussi Lauryn Hill.  « The Miseducation of Lauryn Hill », pour moi, c’est l’album de référence qui me permet de trouver de l’inspiration. Ça me donne de la force. C’est notre maman, la maman des chanteuses de rap.

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Angie : « Avant la scène, j’ai toujours le cœur qui bat la chamade »

Le 8 juillet prochain, Mosaïque vous invite à son premier événement. Une soirée spéciale qui fait sens, en alignement avec nos valeurs. Associé avec le projet Écoute Meuf, nous présentons « L’Antidote » : un moment à vivre à La Flèche d’Or dans le 20e arrondissement de Paris. Trois rappeuses pointues et talentueuses seront rassemblées. Aux côtés de Nayra et de Timéa, la rappeuse Angie perfomera sur scène. Alors pour l’occasion, nous sommes allé.e.s rencontrer l’artiste avant l’un de ses shows à la Marbrerie pour mieux la connaître. Entretien.


Avant de vous plonger dans l’interview d’Angie, ne ratez pas notre événement « L’Antidote », le 8 juillet à La Flèche d’Or à Paris. Au programme : lives, DJ set, conférence, blind test, stands… Rejoignez la soirée en cliquant ICI !


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Angie, tu seras sur scène le 8 juillet pour notre événement « L’Antidote » en partenariat avec Écoute Meuf. Tu as déjà joué de nombreuses fois devant du public. Quel est ton premier souvenir de scène ? Angie

Mon premier step, c’était à quatre ou cinq ans. Il y avait une comédie musicale dans ma ville avec du chant, du théâtre, de la danse… Ma mère m’a inscrite à ça et j’y suis restée jusqu’à mes 16 ans. C’était trop bien. Quand j’ai dit à ma daronne que je voulais chanter sur une scène, elle devait se dire : « Mais wesh, le bébé il veut pas danser avant ? ». Tous les autres petits voulaient être derrière, moi tout devant : « Qui veut un micro ? Moi ! », (rires). Je m’en rappelle comme si c’était hier. Il y avait une représentation devant les parents et c’est là que j’ai rencontré pour la première fois un public. Ensuite, ma vraie première scène c’était la première partie d’Yseult au Stereolux à Nantes. Incroyable. Il y avait 500 personnes.


Tu étais très jeune à l’époque, mais tu avais déjà un intérêt naturel pour le son ?
Angie

Oui, ma mère écoute beaucoup de musique et elle a fait beaucoup de concerts, même quand elle était enceinte ! Elle regardait des lives à la télé de Destiny’s Child, Lauryn Hill, et je voyais quelle était trop heureuse de voir ça. C’est comme ça que je me suis dit que c’était fait pour moi. Je me disais : « Moi aussi je veux faire ça, regardez ce que ça fait à ma mère ! ».

À quel moment as-tu commencé à concrètement t’investir dans la musique ? Angie

D’abord, j’écrivais des chansons quand j’étais en primaire. Je me rappelle, une fois j’allais faire du sport et j’avais dit à mon maître que j’avais écrit une chanson. Alors, il avait fait asseoir tout le monde et il avait dit : « Ouais elle a une chanson à vous chanter ! ». J’ai toujours aimé écrire. Au collège, tu as le temps de te désintéresser des cours, du coup j’écrivais à fond. Au lycée, j’ai pu rentrer en studio pour la première fois. C’était à Quimper, en octobre 2018. Quand j’ai entendu ma voix, j’étais choquée. J’ai dit : « Ok c’est cool ça, on fait quoi maintenant ? Une autre ! ». J’attendais que ça en vrai, fallait pas me le dire deux fois.

Tu avais déjà un entourage musical à l’époque ? Angie

Quand j’étais en Bretagne, pas du tout. Je faisais mes trucs dans ma chambre, j’avais rien pour enregistrer. Et petit à petit, je me suis fait des amis qui faisaient du son. Après, je suis allé à la fac à Nantes. J’ai fait une « tentative » de licence d’anglais (rires), et j’ai pris la route du studio. J’ai rencontré Delho qui avait un studio et qui a commencé à faire du son chez lui. On a enregistré super vite et l’album est sorti dans la foulée. On était dans une bulle c’était trop bien. 

Tu as dévoilé ton premier projet « December 8th » en 2019. Un disque aux tonalités RnB. Dedans, tu chantes en anglais et en français. Pourquoi avoir eu d’abord cette préférence pour l’écriture en langue anglaise ?

À l’époque de « December 8th », je n’écrivais presque jamais en français. L’anglais était beaucoup plus fluide. Ça mettait comme une distance avec le public. J’avais le cœur brisé, « so I needed to get it out ! ». Au moins les gens comprenaient moins, je me sentais protégée. J’ai réussi à me débloquer un peu ensuite et j’apprécie beaucoup plus écrire en français aujourd’hui. Je trouve les mots justes, j’image mieux ce que je ressens et je n’ai pas voulu brusquer le truc, même si on me le demandait. Je pense que l’anglais ne va pas revenir tout de suite dans mes sorties, mais en tout cas le RnB est encore là et j’ai toujours le cœur brisé ! Ces derniers temps en studio, j’ai fait du RnB et mon prochain son sera dans cette vibe. J’ai toujours cette double casquette.

De nombreux artistes en développement préfèrent d’abord proposer des projets courts pour pouvoir se présenter au public. Tu as choisi un format plus long, de dix titres, alors que tu n’avais encore rien sorti. Pourquoi ? 

On était pas du tout dans des stratégies. J’avais toujours le cœur brisé donc j’avais beaucoup de trucs à dire. J’avais besoin de me soulager et de chanter. C’est vraiment tout ce qui comptait. Et au bout d’un moment, on s’est juste regardé et on s’est dit : « Bon bah on le sort ! ». On voulait faire un EP à la base, mais ça commençait petit à petit à basculer vers un album. Donc on a quand même calmé le jeu.

Après « December 8th » en 2019, tu as fait une longue pause jusqu’à la sortie de ton single Briller l’année dernière. Que s’est-il passé entre-temps ?

Ça s’est très mal passé avec ma première manageuse. On a rien sorti pendant un an alors qu’on avait fait plein de morceaux. J’étais rentrée dans une mentale où ça me soulait. Viens, je fais une pause. Donc quand ça s’est finit= avec elle, j’ai pris un step back. Je ne voulais pas me dégoûter de la musique, du coup je me suis laissée vivre un peu. Je pensais aussi qu’avec un peu de chance mon cœur allait se refermer, mais en fait non…

Jusqu’ici, Angie ne rappait pas encore. Pourquoi ?

Je faisais du son avec des gars qui ne me laissaient pas vraiment rapper. Je faisais du miel, du RnB et voilà quoi. Alors que je voulais aussi m’énerver. Il y avait des prods rap et tout, mais ils se les passaient entre eux et je regardais ça de loin. Un jour, il y a eu une session pendant un séminaire et ils faisaient un feat à deux ou trois. Moi, j’avais écris un petit couplet rap, un petit seize, mais j’avais peur de le dire donc je ne l’ai jamais montré. Depuis, je suis sortie de cet environnement là. Je me suis détachée de ces gens. Je me rappelle, c’était un mardi et je me suis dit : « C’est bon, ils sont plus là, donc on va rapper ». J’ai pris cette décision et un truc génial s’est passé… (Elle montre du doigt Lola Levent, sa manageuse.)

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Lola Levent : Il y avait un summer camp près de Nantes, dans les studios de Trempo, qui proposait un truc pour les meufs qui rappent. Angie m’avait envoyé un freestyle et je me suis fait : « Quoi !? ». Cet événement est le premier truc qu’on a fait ensemble. C’est moi qui suis venue la voir la première fois. J’avais écouté son projet et le morceau Un ou deux très souvent. Mais elle avait déjà une manageuse et puis elle ne sortait plus de son… donc je l’avais unfollow… (rires).

Angie : Ah mais oui tu m’avais unfollow wesh !

Lola : Bah j’étais en mode scout tu vois… Et un jour, j’apprends que ça se passe mal avec sa manager. Du coup, je l’ai appelée le lendemain. Je savais qu’elle avait un potentiel de ouf. Et le rap ça a mis un coup d’accélérateur dans le projet.

Le morceau qui matérialise ton retour et cette nouvelle page artistique de ta carrière c’est ton single OK. Un titre rap très incisif. Comment l’as-tu crée ?

Le producteur Sutus avait envoyé des prods à Lola. J’ai mis un casque et j’ai pris le métro. J’entends la dinguerie et hop, j’ai sorti mes notes. Et de la porte des Lilas jusqu’à Montparnasse, j’ai écris le morceau d’un coup. Il est resté quelques semaines dans mon téléphone puis je suis allée en studio avec Sutus et je l’ai posé.

De quelle manière écris-tu ?

Quand je vais au studio, je préfère que le producteur commence un truc et moi j’écris en même temps. Sinon, je reçois des prods et c’est celles qui me chamboulent qui me font écrire. Et ça m’arrive d’écrire sans musique dans les oreilles. J’aime bien ça, c’est toujours un bon moment.

Des courant musicaux t’inspirent-t-il en ce moment ? 

Quand j’étais avec mon ancien entourage, la drill commençait. Je voulais essayer, mais je n’avais pas le droit. Alors plus tard, j’ai mis une story en mode envoyez des prods et celui qui a fait l’instru du morceau Nouvel Anthem (Single d’Angie sur la mixtape du média 7Culture, NDLR), m’a répondu : « Même des drill ? » J’ai dit : « Envoie seulement ». Quand il a entendu le son pour la première fois en entier au FGO Barbara, il était choqué.

Et qu’est-ce que tu as dans ta playlist en ce moment ?

J’écoute tout ce qui sort. J’ai beaucoup saigné Rouhnaa, Makala, OG GOLD, la new wave… J’ai juste pas encore écouté le projet de So La Lune. J’écoute aussi toutes les artistes DIVA. Lazuli, Joanna, Lou CRL… J’ai quelques exclus en plus. Sinon, j’adore Dreezy & Hit-Boy, surtout leur titre 21 Questions. Hors rap, beaucoup de Sabrina Claudio et Amy Winehouse bien sûr !

Le 8 juillet, tu seras sur scène avec Nayra et Timéa pour notre évènement « L’Antidote », organisé avec Écoute Meuf. Comment appréhendes-tu cette soirée ?

Ça va être trop lourd. Nayra ça fait pas très longtemps que je la connais. Timéa un peu plus, on se croise souvent en soirée. Je les aime trop, elles sont trop fortes. C’est mes go wesh ! Avant la scène, j’ai toujours une petite excitation. J’ai le cœur qui bat la chamade et après ça passe. Ma passion, c’est vraiment de faire le show, depuis toujours. C’est ce que je préfère. J’adore parler au public, c’est vraiment un partage. J’aime raconter ma vie, j’aime ça. Un jour peut-être à Londres ou à Manchester ? Oups, je l’ai dit.

Qu’est-ce que tu comptes jouer sur scène ? Dis-nous en plus…

C’est pas encore sorti mais je vais faire DLB, j’aime beaucoup ce morceau. Il a été trop galère a mixer, j’étais à deux doigts de l’abandonner. C’était avec le producteur 99. Il y aura aussi le titre Ford Mustang que je n’ai pas sorti non plus pour le moment, l’un de mes préférés. C’est une grossière chronologie de mon état d’esprit depuis le début où la musique c’était mon rêve. Je me suis fait briser le cœur, j’ai fait confiance aux mauvaises personnes, jusqu’à ce que je me remette bien pour aller à fond vers mes objectifs. 

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Kendrick Lamar : l’auteur Nicolas Rogès nous livre son analyse

Après cinq ans d’absence, Kendrick Lamar sort de son silence musical et dévoile « Mr. Morale & the Big Steppers », son cinquième album studio. Pour l’occasion, Nicolas Rogès, l’auteur du livre « Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche » aux éditions Le mot et le reste, nous livre son regard sur le disque.


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Avec ton livre « Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche », tu t’étais plongé dans le parcours du rappeur et dans ses quatre premiers albums. À quoi t’attendais-tu avant l’écoute de son cinquième disque « Mr. Morale & the Big Steppers » ? 

J’attendais de voir comment Kendrick allait pouvoir se démarquer de ses albums précédents. Je savais qu’il allait choisir une direction différente. D’abord, je me doutais que le projet serait bien construit avec des messages très forts parce que l’année dernière il avait annoncé avoir pris du recul. Je n’avais pas d’attente en termes de son, même si au vu de son travail avec son cousin Baby Keem sur sa structure pgLang, on pouvait prévoir un truc très minimaliste. En tout cas, j’étais sûr qu’il n’allait pas faire le même album deux fois. C’est ce que j’aime bien chez lui. Il réfléchit et il évolue en tant qu’artiste et en tant qu’homme. On avait envie de savoir quelle version de Kendrick il allait nous montrer.


La pochette qui a été dévoilée quelques jours avant la sortie donnait déjà quelques indices. Qu’en as-tu pensé ?

Je l’ai trouvé super bien faite. J’ai beaucoup aimé le contraste avec la couronne d’épine et le flingue dans la ceinture. J’ai apprécié qu’il mette en avant le fait qu’il soit père. C’est super significatif. Ça m’a fait penser à celle de « Good Kid, M.A.A.D City » où il y avait déjà des enfants, même si cette fois c’était Kendrick qui était petit. Il y avait cette même superposition de l’innocence de l’enfant avec la violence d’un flingue et de bouteilles posées sur la table. Alors, je me suis dit qu’on allait vivre quelque chose de cyclique, qu’il allait boucler une boucle. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé.

Quel a été ton ressenti après tes premières écoutes ?

J’étais très déstabilisé. Le projet est compliqué à saisir. Ses textures paraissent d’abord moins travaillées que dans « To Pimp a Butterfly » ou « DAMN. », très riches dans leurs arrangements. Là, il va plus directement au but. C’est peut-être son « meilleur » album dans le sens où il a réussi à faire passer des messages très profonds, très durs, avec la manière la plus directe qui soit. Il y a aussi des chansons assez dérangeantes, je pense notamment à We Cry Together où il reproduit une scène de dispute conjugale. Dès que je l’ai terminé, j’ai compris qu’il allait falloir beaucoup de temps pour le comprendre et le digérer. Il y avait surtout de la surprise et l’envie de se replonger dedans tout de suite.

Le public semblait très partagé à la sortie du disque.

Oui et d’ailleurs j’en ai beaucoup parlé avec mon entourage, notamment avec des gens de l’Abcdr du Son et ça a crée beaucoup de débat. C’est l’une des premières fois qu’il divise autant et c’est souvent assez rare de trouver des voix dissonantes qui disent que Kendrick fait un mauvais album. C’est la première fois que j’ai vu ça. Que ce soit au niveau de la forme, mais surtout au niveau du message que l’album porte.

La présence de Kodak Black, condamné, entre autres, pour agression sexuelle a fait beaucoup réagir. Comment as-tu perçu son invitation ?

Je trouve ça inacceptable et je n’arrive pas à passer outre. Dans le discours de l’album, sa présence fait sens mais elle me dérange. L’album aurait été aussi profond si Kodak Black avait été simplement cité, comme Kendrick Lamar le fait avec R. Kelly par exemple. C’est un personnage très controversé et je ne vois pas pourquoi il lui donne une telle audience, au lieu de mettre en avant ses victimes.

Son invitation s’explique parce que Kendrick parle de la cancel culture. Il raconte que ceux qui ont vécu dans des conditions extrêmes ne doivent pas être jugés, mais compris, au regard de tout ce qu’ils ont pu vivre. Comme c’est le cas pour Kendrick et Kodack, victimes de pauvreté, d’exclusion sociale et raciale… Mais ce n’est pas excusable, l’inviter c’est comme l’excuser. Et lui donner un interlude et un featuring, c’est trop. C’est comme quand Kanye West invite DaBaby et Marilyn Manson sur scène.

Tu mentionnais le morceau We Cry Together. Après plusieurs écoutes, comment as-tu reçu ce morceau ?

Le message est très intéressant, la femme prend le dessus et Kendrick se tourne en ridicule lui-même. Mais à la fin, les deux personnages s’apprêtent à faire l’amour. C’est un peu chelou qu’ils se réconcilient comme ça. Une nouvelle fois, il ne donne pas d’explication. Il a franchi une frontière qui est un peu tendu. Cette fois, il est volontairement provocateur et il s’est mouillé sur des sujets qui sont vraiment d’actualité. C’est une sorte de leader pour plein de gens, ce n’est pas un rappeur underground. Toutes ses prises de positions sont scrutées.

Faudrait-il alors que Kendrick Lamar s’exprime sur le fond ? 

Il le faut. Il l’a toujours fait avant pour donner des pistes de lectures au public. Et là, plus que jamais, il faut expliquer ce qu’il a voulu faire. Sinon c’est bizarre, il a des choses à justifier. C’est extrêmement personnel et personne ne peut comprendre ce à quoi Kendrick a pensé quand il a fait l’album. C’est pour ça que c’est important.

Kendrick Lamar évoque également la transphobie dans le titre Auntie Diarires. Est-ce que cela t’a surpris ?

Effectivement, c’est un thème très rarement évoqué, spécifiquement par des rappeurs masculins. Ce qui est intéressant, c’est que Kendrick Lamar est quelqu’un de très religieux et il met en péril sa foi. Dans le morceau, il est dans une église avec sa tante qui est devenu un homme. Il explique que le pasteur ne comprend pas ce geste, alors il se demande si la religion nous ment. Il sort un peu de l’image christique qu’il adopte souvent. Enfin… c’était avant de voir le clip de N95 où il se met en lévitation en se prenant pour Jésus. C’est un point qu’il faudrait d’ailleurs plus explorer.

Nous parlions de la cover où apparaissent ses enfants, la filiation est un thème marquant du disque. Un sujet qu’il a déjà abordé dans le passé, mais dont il nous parle plus.

Il avait déjà beaucoup évoqué son rapport avec son père, Kenny Duckworth, notamment dans « Good Kid, M.A.A.D City » et « DAMN. ». Il guidait ses pas mais était aussi le symbole de plein de choses qui le tiraient vers le bas. Father Time est super intéressant parce qu’il va plus loin. Il explique que son père lui a appris a devenir un homme fort, viril, à se battre pour ce qu’il voulait. J’ai trouvé ça bien car il met cela en perspective avec sa propre expérience de père. Il s’interroge : est-il capable de guider ses enfants vers le bon chemin ? Est-il capable d’être quelqu’un de bien ? Va-t-il transmettre ses vices à ses enfants ? La question se pose, surtout lorsqu’on l’entend évoquer son addiction au sexe. Il dit des trucs assez durs, particulièrement si on se met à la place de sa femme. Des histoires de trahisons, de tromperies… Ce qu’il raconte est très profond.

Kendrick Lamar avait-il déjà autant parlé de lui-même ?

Il l’avait déjà fait dans « Good Kid, M.A.A.D City » et surtout dans « DAMN. » qui est une exploration de sa personnalité, des ses traumatismes et du chemin vers la rédemption. Cette fois, il parle de lui mais pour aller vers les autres. On dirait qu’il prend plus de recul. C’est une exploration de sa thérapie car l’album est plus que jamais thérapeutique pour lui. Il pense aussi plus à lui et ça se ressent dans le titre Savior où il dit qu’il ne sauvera personne. Il arrête de penser aux autres pour privilégier les siens.

Quel est ton regard sur ses performances vocales ? On entend Kendrick chantonner, plus que ce à quoi il nous avait habitué. 

Ça va avec les temps qui court. Baby Keem, par exemple, est un artiste qui travaille beaucoup sur les mélodies et on sait que Kendrick est très impliqué dans son processus créatif. Je pense que c’est une manière de simplifier son discours. Dans le clip N95, il transforme beaucoup sa voix. D’ailleurs, il n’a jamais fait que rapper, il y a plein de nuances dans son flow. Je ne comprends pas ceux qui réclament plus de rap. Ça me dépasse un peu.

Mother I Sober c’est une grande chanson, Purple Hearts avec Ghostface Killah c’est super fort, Silent Hill est un gros banger. J’ai un problème avec les gens qui projettent leurs propres envies sur ce qu’est censé faire un artiste. C’est comme ça qu’on les enferme dans une case et qu’on refuse qu’ils évoluent. Si on connaît Kendrick, on sait très bien que ça sera différent à chaque fois. Il a toujours fait de la musique uniquement pour lui, il n’a plus besoin de prouver quoique ce soit sur sa place dans le rap. Il n’a plus besoin d’argent et d’ailleurs dans le disque il n’y a pas d’énorme single comme HUMBLE. et DNA..

Comment interpréter le fait que Top Dawg Entertainment, son label, soit si peu représenté sur le disque ?

Je suis assez partagé là-dessus. Si on est égoïste justement, on aurait aimé que pour son dernier album chez TDE il y ait du Jay Rock, du Schoolboy Q et du Ab-Soul, pour faire une fête avant les au revoir. Mais en même temps, il prépare le futur avec Baby Keem. Donc c’est logique qu’il le mette en avant pour lui donner de la visibilité. D’ailleurs, dans les crédits, on voit qu’il a collaboré avec des producteurs qui bossent avec lui depuis ses tout débuts, avant même « Section 80 », notamment Sounwave et DJ Dahi.

Selon toi, quelle suite cet album annonce-t-il ?

Je le vois comme son dernier album. La dernière chanson veut dire ça : « Je n’ai pas réussi à sauver le monde, désolé, donc je vais me sauver moi-même. » C’est presque un constat d’échec. Dernier album chez TDE, il travaille sur une comédie avec les créateurs de la série « South Park », il développe des artistes… Il a fait sa thérapie, de son enfance et même de son statut d’adulte. Il dit aussi qu’il va s’occuper de ses enfants, qu’il souhaite être un homme bien pour eux avant de l’être pour ses millions d’auditeurs. Le titre Mirror, c’est une victoire et un au revoir. 

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Entretiens Rencontres

sean : « « Restez Prince », c’est le sean que je voulais être »

sean est le premier artiste que Mosaïque avait interviewé, à l’occasion de la sortie de sa mixtape « À moitié loup », en plein confinement. Pour « Restez Prince », une nouvelle discussion s’imposait. Dans un recoin du Hasard Ludique, dans le 17ème arrondissement de Paris, nous avons retrouvé le rappeur. Il s’est présenté à nous élégamment vêtu d’une veste en cuir noir imposante, de lunettes de soleil dorées et d’une bague floquée « SEAN », au majeur gauche. Rythmé par quelques cigarettes, il s’est confié sur la conception de sa nouvelle mixtape, parue vendredi 15 avril. L’artiste rappe ses expériences, sa vision et une nouvelle philosophie. Celle du sad boy devenu prince. Entretien.


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MadeInParis MadeInParis

Ta mixtape « Restez Prince » est sortie depuis cinq jour. Comment te sens-tu ?

Je me sens béni, mec. Je suis hyper reconnaissant, il m’arrive que des bêtes de trucs en ce moment…. Le concert, la sortie, j’attendais ça depuis tellement longtemps. Pour le coup, ce projet est une vraie philosophie de vie que je mets en avant : « Restez Prince ». 

D’où vient ce titre « Restez Prince » 

C’est une phrase qu’un ami plus vieux m’a dit pendant des vacances cet été en Italie dans les Pouilles. On s’est rencontré il y a un an et demi, il a de l’expérience et avec lui j’ai des conversations de fou. On part loin lui et moi. C’était un voyage très important pour moi. Quand je suis revenu à Paris je n’étais pas le même homme et j’avais cette phrase : « Restez Prince ». Ça m’a fait beaucoup réfléchir et pour moi, ça reprend l’idée du conte de fées avec une quête au bout.

Je veux privilégier le chemin qui t’amène à la fin plutôt que la fin elle-même. Dans le royaume, le roi, qui vit dans l’opulence, a une place très importante. Mais si on regarde les histoires, il prend une place secondaire lorsqu’il est mourant. Alors moi, je privilégie la quête plutôt que son arrivée. 

« Restez Prince », c’est rester humble, rester fidèle à ses rêves d’enfant. Quand tu regardes ma carrière, j’ai commencé par un truc très innocent avec quelque chose de très conceptuel (Son EP « Mercutio », sorti en 2019, DLR). Ensuite, j’ai senti une pression sociale et de l’industrie qui te dit qu’il y a des façons de faire. Je me suis rendu compte assez vite qu’il fallait que je m’écoute moi, c’était la seule solution.

Une fois rentré de ce voyage en Italie, as-tu changé des choses en toi ?

Je me suis mis à fond dans ce truc de rester soi. Ça m’a donné confiance. J’ai failli être roi parce que, quand j’étais tout jeune et innocent, des gens importants venaient me dire que j’avais un réel potentiel, que j’avais de l’intérêt. Ils te promettent plein de choses pour te charmer alors que t’es un gosse. Et souvent c’est faux et j’ai vu des plus jeunes que moi à qui il est arrivé exactement la même chose. C’est un peu comme les centres de formation de football.  

Après la sortie de ta mixtape « À moitié loup », le studio dans lequel tu travaillais s’est fait cambrioler. Tu as tout perdu et les quelques morceaux qui ont été retrouvés ont formé un nouveau projet « MP3+WAV », sorti l’année dernière. Comment t’es-tu relancé artistiquement après cette période ?

Après ce cambriolage, il y a eu une grosse période de flou pour moi. C’était un projet sur lequel je travaillais depuis longtemps. « MP3+WAV », ça ne s’appelait pas du tout comme ça et c’était un autre concept. J’avais envie de faire un projet hyper cohérent à la base, donc j’ai pris le temps pour repartir et j’ai même changé de process. J’ai changé d’équipe et de studio sans prévenir.

Surtout, je ne voulais plus retourner dans celui qui avait été cambriolé, je n’y avais plus la même énergie. C’était un nouveau chapitre. Maintenant, je travaille dans un studio qui s’appelle Noble dans le 20ème arrondissement de Paris. Le nom du studio colle totalement avec ce que je veux faire. J’y ai rencontré des gens humbles, qui m’ont poussé dans mon délire « Restez Prince » et qui m’ont rassuré sur le fait de produire ma musique comme je l’entends et à mon rythme, sans céder aux codes qui marchent aujourd’hui.

T’es-tu senti rattrapé par des codes ? 

De ouf, mais indirectement. Ce sont les gens avec qui je travaillais qui me disaient de faire un gros featuring parce que c’est comme ça que ça marche, en épurant mes clips, en faisant des choses conventionnelles… En mettant moins d’argent dans les visuels, mais plus dans la promo. Ce sont des avis légitimes et pertinents mais qui ne sont pas pour autant la vérité ultime. Faut savoir que moi, tu me donnes une enveloppe de 100 000 euros, je mets 90 000 dans les clips. Je m’en bats les couilles de la promo (rires).

Pour la réalisation de cette mixtape, de qui t’es-tu entouré ? 

D’un mec qui s’appelle Espiiem. Un rappeur de l’ancienne génération qui a fuck avec l’Entourage. Il a monté ce studio, Noble, qui reprend un peu l’esprit de Motown. Il veut un retour vers l’organique et développer des projets avec de grosses ambitions pour donner une respiration à la musique française. C’est lui et un autre gars plus lowkey (discret, ndlr) qui ne se crédite sur rien. Il m’enregistre, masterise, mixe… Ce gars, il fait des bêtes de truc gros. Il a tout fait sur « Restez Prince ». Il ne veut même pas dire son prénom et il est partisan de tout niquer sans donner son blase. Sans être dans le culte de la personnalité. Je pense que dans quelques années on en parlera comme un truc de ouf.

Ensemble, ils veulent reprofessionnaliser la musique en France. Je trouve que vu qu’on est dans une époque où tu peux faire de la musique avec ton ordinateur, on se contente de ça. Les propositions sont homogènes et génériques. Le but, c’est de se détacher de ça mais pour le faire, il faut des gens qui s’y connaissent vraiment. Moi j’ai commencé la musique dans ma chambre avec un PC et une carte son et j’avais cette envie d’explorer d’autres délires. Et eux, ils ont une vibe vraiment néo-soul, avec beaucoup de références et beaucoup de gens qu’ils peuvent appeler.

De quelle manière as-tu eu une approche organique de ta musique sur ce projet ?

Le meilleur exemple c’est Omax. On était sur un morceau baile et eux ils ont tout de suite pensé à appeler Addriano DD, le percussionniste de Stevie Wonder depuis 20 ans. Il est venu avec tout son matériel baile, j’ai eu l’impression d’être au festival de Rio, mec. Il a tout rejoué. On a fait chanter une chorale d’enfants aussi. C’était incroyable. C’est une approche différente de la musique. C’était un bête de moment de création. Et « Restez Prince », c’est aussi une transition pour moi. Les premiers tests… Je ne suis pas encore allé au bout du délire. Mais c’est que du bon pour le futur parce que le prochain projet, on fera vraiment un truc abouti. 

On remarque aussi que certains morceaux ont été réalisés par l’équipe des studios Goldstein.

Oui, j’ai écrit Vide et Zeudog vie chez eux. Avec Elyo, Ola et Pibe, la dream team. Tout ça, c’était il y a un an et demi, mec. Vide, je l’avais fait en live chez Pascal Cefran (Mouv’, NDLR) il y a un an et demi. Goldstein, on est grave proches. Ce sont les prémices des Avengers que je veux ramener sur mon prochain projet. Ce que j’aime, c’est la synergie de plusieurs compos, plusieurs énergies créatrices au service d’un même projet. 


Arrivé avec un peu de retard lors de notre entretien, sean a marqué une pause pour se rendre sur le tournage d’une interview avec un média rap. L’occasion pour nous de reprendre un café au Hasard Ludique. En attentant qu’il revienne, la rédaction vous conseille d’écouter la MOSA’Hit, notre playlist disponible sur toutes les plateformes.


sean est de retour, il reprend place à notre table. Lors de ton concert à La Place Hip Hop, tu avais interprété pour la première fois un titre qui reprend l’air des Cités d’Or. Pourquoi n’est-il pas sur la tracklist ?

On a galéré à avoir les droits et ça ne l’a pas fait. Mais il devait être dans la tape. Alors je suis allé au studio une dernière fois et j’ai fait le Coup du berger pour remplacer Cités d’Or. Il rappe : « Tout le royaume est au courant, une couronne cassée par terre. Et si mon ennemi est mourant, on pose les armes par terre. » J’ai écrit ça parce que c’était la mentalité. Et j’ai écrit Mauvais marins aussi à ce moment-là.

De quoi t’es-tu nourri pour écrire « Restez Prince » ?

J’écoute plein de trucs, je suis un fou des sorties, j’écoute tout ce qui sort. Je n’ai pas un artiste en particulier mais il y a des mecs comme C. Tangana qui font leur truc à part. C’est un rappeur espagnol, il a le même profil que moi et il a décidé de faire ce qu’il kiffait et ça a archi bien marché. Il se retrouve sur Tiny Desk (Une série de vidéo de concerts en direct animés par NPR Music, NDLR). Le but, c’est Tiny Desk. 

Dans cette tape, tu évoques beaucoup ton train de vie. Le coté plus faste. Est-ce qu’il a vraiment changé dernièrement ?

Je pense que j’ai grandi, ma vie s’est intensifiée. J’ai beaucoup de projets. Je sors, je life, je voyage, j’ai un peu d’argent. Ce n’est pas de l’egotrip, c’est juste vrai. Parfois, je la rends plus belle dans mes textes, mais c’est ma vie. 

Certains morceaux sont très introspectifs, peut-être plus que sur tes précédents projets. Notamment sur Vide qui est un titre fort. Peux-tu nous en parler ?

De ouf, c’est une période de ma vie. Vide ce que j’aime bien c’est que quand je l’écoute aujourd’hui, je n’ai pas la même interprétation ni les mêmes images que quand je l’ai écrit. Je me fais des nouvelles histoires avec. Quand je l’ai joué à la Boule Noire, c’était différent de quand je l’interprétais avant. Je dis plein de trucs dedans, c’est un ras le bol général, c’est un cri. Ça incarne un état d’esprit.

Ce son, il faut savoir qu’à la base c’est un long texte qu’on a coupé en deux pour faire le premier et le deuxième couplet. Je voulais faire quatre minutes de freestyle où je m’arrête aps mais il manquait un truc. Du coup, on a cassé avec quatre mesures sur lesquelles on s’est cassé la tête. Quand je l’ai enregistré, j’étais en transpi’. Je l’ai fait quinze fois d’affilée. Je suis ressorti, j’étais tout rouge. 

Comme dans tes projets précédents, l’amour est omniprésent. Parles-tu à quelqu’un en particulier ?

Non, ce sont des histoires vécues mais avec plusieurs filles parce que ça fait longtemps maintenant. Ce sont des chansons d’amour, des sentiments universels qu’on traverse tous. Tu enjolives les choses que t’as vécues. Je ne pense pas forcément à une personne. 

On retrouve aussi S.Pri Noir avec qui tu as déjà collaboré il y a quelques mois sur sa série de morceaux « Saison 999 ».

On a enregistré le feat Hey Baby en même temps que Juicy, sur la même session. C’est moi qui l’avais invité parce qu’on a des connaissances en commun, on s’était déjà rencontré. C’est un bête de gars, bête d’humain. Il est simple, c’est un mec prince. Il n’est pas roi, il a toujours faim alors que ça fait 15 ans qu’il est là, avec la sagesse d’un mec de 40 ans.

On a écrit ensemble, c’était un passe-passe. On se répondait, on enregistrait et après on écrivait par rapport à ce que l’autre avait dit. Sur le projet on devait aussi avoir un gros feat de ouf international, un espagnol, et ça ne s’est pas fait à cause d’un problème de timing. Je n’avais pas envie de chercher un feat pour faire un feat. Je n’aime pas quémander sauf si je trouve ça pertinent qu’il y ait cette personne sur le son.

Et alors, cette cover ?

Quelle cover incroyable. C’est une gow qui s’appelle Léa Simon. On a d’abord matché sur un premier clip et on a glissé sur la cover parce que j’aimais trop sa DA. C’est rare les gens qui ont du goût comme elle. Moi j’avais déjà l’idée avec le gâteau cassé en deux qui symbolise la couronne, comme un petit anniversaire et elle a rajouté un truc très « De Rrusie ». C’est un ami à moi qui fait des tableaux de ciel. On lui a fait un clin d’œil avec ce fond. Et sur la table, on a mis plein de trucs qui symbolisent l’aventure. Un peu comme si chaque objet représentait une péripétie. Elle est forte cette cover. 

Tu nous avais confié, lors de la sortie de « À moitié loup », vouloir montrer un sean plus dansant et plus solaire. Chose qui s’est ensuite confirmée sur « MP3+WAV ». Une partie de ta fanbase a été déçue de tes nouveaux choix artistiques, plus éloignés de l’ADN de « Mercutio ». Comment as-tu senti réagir ton public après la sortie de « Restez Prince » ?

Je pense que j’en ai perdu pas mal en route (rires). Certains attendaient mon retour dans un truc un peu conceptuel. Mais j’ai l’impression qu’avec « Restez Prince », tout le monde y trouve son compte. C’est plus lisible. Il y a un vrai univers avec une singularité. Les fans de « Mercutio » peuvent s’y retrouver. C’est plus tout public, c’est plus mature. Je ne ferai jamais un « Mercutio 2 », mais c’est la même énergie.

sean a-t-il trouvé son équilibre ? 

« Restez Prince », c’est le sean que je voulais être. C’est un bon équilibre entre plein d’influences. Je vais aussi vers d’autres choses, avec « L’Œil du Dog » par exemple. J’ai trop aimé les moments de tournage. C’était très libre et j’ai beaucoup aimé ça. C’est un projet évolutif et je vais mettre les sons sur les plateformes. Il y a même un EP qui va arriver de trois titres, un projet spécial summer. Ce sera la surprise, c’est un style très rare dans le rap. Personne n’a posé là-dessus je crois. Le but, c’est que ça passe en soirée.

Mais il n’est pas encore venu le temps de l’album ?

Non, je suis Lil Wayne, je sors des tapes, je m’amuse. Je ferai un album quand je pourrai faire mon bail. Quand je ferai un album, je serai prêt à le faire. Pour moi c’est important frérot. Si je fais un album, faut que ce soit le meilleur album. 

As-tu déjà des plans en tête pour la suite ? sean

On va faire un séminaire de trois semaines avec les Avengers des compositeurs français, que des monstres. La première semaine, ils vont composer. Ensuite, j’enregistrerai sur des clics, donc le métronome. À partir de là, on aura la base et on appellera un gars en particulier des States qui va retaper tous les beats et qui va faire en fonction de ma voix, de mes émotions. Ça fera des sons beaucoup plus fluides et qui évoluent beaucoup plus. 

Ce nouveau projet s’accompagne aussi par ta signature dans le label Suite 21, chez A+LSO (Sony Music France). Que signifie cette nouvelle page de ta carrière ?

Lansky (fondateur de Suite 21, NDLR), c’est devenu un reuf. On s’était rencontré sur le shooting de Mauvaise nouvelle où il était venu écrire un article pour YARD. J’avais kiffé cet article. Il m’a donné de la force sur Twitter et il m’a toujours suivi. On ne s’est plus lâché. J’aime beaucoup ce gars et il complète ma vision parce qu’il la comprend. Ce n’est pas un vieux DA à l’ancienne (rires). J’avais besoin d’un neujeu qui capte ce dont je parle et à qui je peux tout dire. 

La recette de sean, tu le disais, ce sont aussi les clips. Des visuels sont-ils en préparation ?

Pour Hey Baby et Mauvais marins on a tourné un truc mais on ne sait pas si ça va rendre bien. Il y a le clip de Plus jeune qui arrive. sean regarde une vidéo sur son téléphone que l’on vient de lui envoyer avec les effets spéciaux. Il est réalisé par celle qui a fait la cover, Léa Simon. Ça va être fou.


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Face à face Rencontres

Tedax Max, le bilan d’une année olympique

Tedax Max a délivré en 2021 une série de trois EP : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». À travers ces projets, le rappeur d’une trentaine d’années souhaite occuper l’espace pour donner une chance à sa carrière de décoller. Ce sprint musical a-t-il tenu ses promesses ? Mosaïque s’est rendu dans son quartier, à Lyon, pour faire le bilan.


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Tedax Max

«Ici c’est rue Paul Bert, c’est là où je vis, c’est réel », lance Tedax Max en pointant du doigt le petit écriteau bleu de la rue lyonnaise. Cet endroit, il le rappe dans chacun de ses trois premiers EP sortis en 2021 : « Forme Olympique », « Forme Olympique : Middle Season » et « Forme Olympique : Final Season ». Dans la peau d’un guide touristique, le rappeur déambule dans les rues de son quartier, La Guillotière, situé en plein centre-ville, auquel il est très attaché. Une fois arrivé sur la place Voltaire, ce jeune barbu à la trentaine se fait régulièrement interpeller : « Eh je suis en interview », se justifie-t-il auprès de ses compères.

Les habitant.e.s de ce recoin sont fier.e.s de venir saluer celui qui est presque devenu une star locale. En un an, l’artiste a délivré un triptyque remarqué. Un sprint pour espérer embrasser le début d’une carrière. « Dans le morceau Combine, je dis : « J’ai plus le temps d’avoir le temps ». J’ai trente ans, j’ai perdu beaucoup de temps. Je suis même pas dans une optique de marcher et faire des sous, c’est vraiment le faire avant de regretter. Même si j’ai pas d’auditeurs, je suis fier de pouvoir taper mon nom sur internet et de pouvoir écouter un projet avec une cover et tout… », explique-t-il.

Tedax Max : le renouveau du « rap de kickeur »

C’est dans cette même urgence que Ted, de son vrai nom, publie son premier EP, « Forme Olympique », un 1er janvier 2021. Il se remémore : « Fallait aller vite. Je voulais arriver en début d’année pour qu’on me voit. Personne me connaît mais voilà j’suis là ! ». La nouvelle année à peine sonnée, le projet résonne déjà avec un nom ambitieux et une cover mystique qui s’inspire d’une peinture de René-Antoine Houasse, mettant en scène le dieu Jupiter façon gangster. Et cerise sur le gâteau : « Alpha Wann a tout de suite partagé, ça a fait beaucoup de bruit, c’était le bon timing. » 

Un bon timing pour celui qui considère vivre le renouveau du « rap de kickeur » : « Quand Freeze Corleone a sorti « LMF », ça m’a conforté. Je suis vraiment un taliban quand je rentre en cabine. Je suis là pour découper. Parfois, mes gars me disent de mettre un petit son mielleux et tout mais non ! Ça va être juste être noir. » 

La machine est lancée. L’idée d’une série de trois EP se manifeste : « On s’est dit, pourquoi pas ? Ils le font aux USA, alors pour pourquoi pas nous ? Finalement c’est grâce à ça que je suis là. Grâce au matraquage on a fidélisé les gens », observe-t-il, une cigarette au bec. Si le premier volet est instinctif, la suite est planifiée. Même rythme, même cadence. Il avance sur le deuxième volet : « Forme Olympique : Middle Season » : « J’écrivais tous les jours, la musique allait super vite. Et je suis super efficace. Le studio je le paye, c’est de l’argent. Alors je suis pas là pour faire des snaps. Tout est déjà écrit et je pose tout très rapidement ».

« Forme Olympique : Middle Season » et un passage par COLORS

Changement d’ambiance. Dans le deuxième EP, Tedax Max emmène son flow aux États-Unis et affiche avec transparence des sonorités sudistes. Influencé par « Cash Money, Master P, Three 6 Mafia ou A$AP Rocky avec son tout premier projet couleur Huston », il flirte avec le chopped and screwed (une technique de remix du hip-hop lancée dans les années 1990 qui ralentit le tempo, NDLR) et les ambiances de Los Angeles dans le morceau Long Beach. « Des prods qui tapent et des voix gonflées », telle est la recette du rappeur lyonnais pour garder l’attention du public lors de sa sortie en juin 2021.

À la même période, l’artiste est approché par les équipes du studio COLORS de passage à Paris, pour interpréter le morceau inédit J’te Jure. Une consécration que l’artiste n’a pas réalisé tout de suite, pris dans sa spirale créatrice. « Ils m’avaient déjà DM, je n’avais même pas vu et ils sont revenus vers moi en mode : « Excuse-nous de te déranger ». On aurait pu croire que j’étais pas intéressé alors que si ! », confesse-t-il en ajoutant avec un regard malicieux : « C’était lourd. Je vais pas me la raconter, mais j’ai fait que deux prises et la première était déjà bonne ! ».

Tedax Max : « L’important c’est de se faire plaisir »

La musique va vite et entraîne de premières rentrées financières. « Je ne vis pas encore de tout ça. Ça commence tout juste à payer les clips et le studio. Je peux faire du son avec l’argent de la musique. Mais ça avance et maintenant on est cité par Mehdi Maïzi, YARD… On nous voit parce qu’on a charbonné et on a des propositions de l’industrie. Alors on va pouvoir bientôt parler oseille et bonne distrib’ », précise Ted. Mais le rappeur ne perd pas le sens des priorités. Pour le dernier volet « Forme Olympique : Final Season », publié en décembre 2021, « l’important c’était de se faire plaisir. »

« C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Tedax Max pour Mosaïque

Et pour clôturer le triptyque, il s’entoure des producteurs Nars et Sidi Sid avec qui il va créer une atmosphère 100 % new-yorkaise. « Sidi Sid me faisait écouter des prods à la Roc Marciano et je lui disais : « Mais je raffole de ça moi ! ». Il me répondait : « Personne ne rappe sur des trucs comme ça en France. » » Comme avant la sortie du premier EP, c’est le paysage rap qui le conforte dans son choix artistique : « Au début je me disais que ça allait être trop noir. Mais j’ai vu NAS (un rappeur originaire de Brooklyn, NDLR) sortir son projet au même moment. J’étais en plein dedans. Ça m’a convaincu. »

C’est finalement sur la dernière marche de cette année intense que Tedax Max se reconnaît le plus : « C’est le projet que je préfère. Il me ressemble. New-York c’est mon univers, mon flow, ma façon de poser. » 

Une « mixtape » pour cette année

Ainsi, il ne lui a fallu que trois séances en studio pour enregistrer les onze titres. La confiance règne, même lors de la semaine de sortie durant laquelle il se permet de rajouter le morceau Harlem Manhattan au tout dernier moment. Il cultive d’ailleurs cette méthode de travail qu’il qualifie de « bâclé » jusque sur la pochette qu’il a lui-même réalisée. « Je me suis inspiré d’une peinture, je me rappelle plus laquelle (rires). J’ai rajouté des détails un peu gang : la bouteille, la weed, les grills… J’ai tout fait sur Photoshop à l’arrache. C’est ça que j’aime, ça fait partie de moi. »

2021 est terminé. Place à la suite. Tedax Max qui n’est « toujours pas fatigué » continue d’être productif tout en souhaitant espacer davantage ses sorties. Et si ses trois premiers EP ne comportaient qu’un seul featuring avec son acolyte Laws Babyface sur le titre Thomas & Laimbeer, il a depuis déjà coffré « plusieurs collaborations encore secrètes ». Même s’il glisse qu’il aimerait vraiment pouvoir croiser le fer avec « Limsa d’Aulnay et Mac Tyer, ça serait fou ». Et concernant le prochain projet prévu cette année, « ce ne sera pas encore un album, sûrement une tape. J’ai déjà la cover et le titre. Un peu en anglais avec une petite réf à Lyon. » Mais il prévient : « Tout peut encore changer ! »


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Portraits Rencontres

Ratu$, le fruit du charbon

Révélé au grand jour depuis son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann, Ratu$ n’a plus de temps à perdre. Après « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », sa première mixtape, il enchaîne avec un projet du même nom : « TTMS, Vol.2 ». Emporté par un engouement qu’il n’aurait pu prévoir, il écrit nuit et jour et redouble de productivité. Bien décidé à profiter de son moment pour devenir celui dont il a toujours rêvé. Le rappeur nous ouvre les portes de chez lui, à Pierrefitte-sur-Seine. Portrait.  


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«Je sors d’une session studio qui s’est terminée à 6h du mat! On discute, je vais dormir un peu et je reprends ce soir », débite Ratu$ lorsqu’on le retrouve en bas de son bâtiment de Pierrefitte-sur-Seine. Le rappeur ne laisse transparaître aucun signe de fatigue malgré sa nuit blanche. « Je ne fatigue jamais », ajoute-t-il en ajustant sur sa tête sa casquette North Face noire sur sa tête. Après une courte visite du hall de l’immeuble, il cherche furtivement du regard un endroit pour se poser. La solution est toute trouvée : sa Citroën C3 Picasso.

Une fois assis dans ce cockpit vieillissant qu’il connaît comme sa poche, il baisse la vitre et allume une première cigarette. Il souffle. Ratu$ travaille sans relâche. De studio en studio, de maquette en maquette. « Ce nest pas le moment de baisser le rythme », martèle-t-il. Et pour cause, sa mixtape « TTMS, Vol.2 » est sortie depuis deux mois.

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Dans ce deuxième volet d’une série de trois projets, l’artiste confie s’être plus livré : « Je suis plus profond que dans le premier volume. Je suis allé plus loin, surtout dans les prods. Je savais ce que je voulais. » Depuis plus d’un an et demi, le jeune Francilien cristallise les attentes et il le sent. Son apparition sur la « don dada mixtape vol.1 » d’Alpha Wann en décembre 2020 a donné à sa musique une dimension nouvelle.

Un titre solo, velux, et tout s’emballe. Il se souvient : « Jai pris des followers de partout, c’était fou. Ça a tout changé parce que japparais sur la tape dun mec qui a tout pété. Je suis avec Nekfeu, Lesram, 3010, Kaaris et des producteurs de ouf. Diabi, Louis, Hugz… Les gars ils sont [disque de] diamant gros ! » Une invitation et une reconnaissance nouvelle pour le rappeur : « Maintenant je peux travailler avec eux. Ils sont haut pour moi, mais avec le peu de choses que jai pu accomplir, je peux discuter avec ces gens-là. Là cest pas la street crédibilité de la rue, tu es jugé par des musiciens. »

Des terrains de foot au studio de musique

Et si aujourd’hui le disque d’or de la mixtape est accroché avec fierté dans le salon de l’appartement de sa mère, une carrière dans la musique n’a pas toujours été une évidence pour celui qui a d’abord rêvé d’un avenir de footballeur à succès. « Jai joué toute ma vie et je suis partie plusieurs fois à l’étranger où j’étais professionnel. Je suis allé à Rimini en Italie, en Belgique et au Portugal où il y avait des problèmes de salaires et où je n’étais pas toujours payé. Et je suis revenu en France pour jouer en CFA (Championnat de France de football de National 2, NDLR). »

Ensuite suspendu pour une bagarre dont il aurait été l’un des protagonistes, c’est le début de la fin : « Rupture de contrat, je nai jamais repris, ça ma plombé. Ma mère me voyait partir, elle men voulait. Elle me reprochait de ne pas avoir fait d’études. Elle cest un peu l’éducation africaine. Si tu fais pas d’études, tu ne sers à rien. Alors je me suis acharné, jai appris. »

« Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » »

Ratu$ pour Mosaïque

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Fraîchement sorti du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), c’est donc pour sa mère que Ratu$ se donne corps et âme dans un BEP comptabilité. Après en avoir été exclu à 18 ans pour avoir « foutu la merde », c’est en candidat libre qu’il obtient son diplôme. Des études tête baissée en cherchant sa voie dans un parcours plus « classique » : « Quand t’es petit on t’apprend pas les métiers. La conseillère d’orientation disait : « Tu as telle note, alors tu peux faire ça. » En gros : « Va là-bas et tais-toi. » Y a des potes à moi qui sont plombiers ou menuisiers alors quils auraient peut-être aimé faire dautres trucs. Moi avec le BEP je pensais que jallais apprendre à compter, à gérer une société. Au final rien du tout. »

« À l’époque, je voyais Ratu$ gratter au fond de la classe »

Les études, le foot, mais déjà le rap. Près de sa Citroën C3 qui s’est transformée en salon de discussion, un ami du rappeur s’approche. « Chinois ». C’est son surnom. Depuis le primaire, les deux hommes ne se sont pas quittés. « À l’époque, il était très bon en français. Je le voyais gratter au fond de la classe. La musique la vite rattrapé ! », se remémore ce résident du quartier. Ratu$ hoche la tête en signe d’approbation et précise : « Je rappais avec mes gars Diar et Def, un groupe qui sappelait Prototype. Mais ça prenait pas, même si ici, ça se répandait un peu, tout le monde kiffait. »

Au même moment, l’artiste rencontre Eff Gee, un rappeur du collectif l’Entourage, pendant une soirée. Puis, il croise les autres membres. « Je ne savais même pas quils faisaient du son. Quand jai appris quils allaient aux Rap Contenders, je savais pas c’était quoi. Quand jai regardé je leur ai dit mais vous êtes des fous ! Le mec est là il te dit : « Ta mère elle grosse »… Mais ils mont expliqué que c’était du trash talking, que c’était le jeu. »

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« Jayjay et Lama m’ont donné beaucoup. Ils m’ont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ? » »

Ratu$ pour Mosaïque

Ratu$ se rend de plus en plus régulièrement au studio de Deen Burbigo dans le 18e arrondissement de Paris, mais sans objectif précis. Sa rencontre avec les deux producteurs JayJay et Lama est un déclic : « Ils mont dit : « Vas-y lance toi ! Rentre dans la cabine et pose un truc. » Ils mont beaucoup donné. Ils mont appris à me demander : « Quest-ce que tu aimes ?« . » Bientôt acteur, il observe encore. « Jallais au studio Don Dada, je regardais, janalysais, je prenais des conseils. Je faisais écouter et on me disait : « Ouais non cest pas terrible. » Même Chinois me le disait ! », raconte-t-il. Son acolyte confirme : « Oui tu avais des trucs à perfectionner. Mais tu avais déjà un truc, on se le disait. »

Couille de Loup, le tremplin de Ratu$

Tout s’emballe après qu’Eff Gee ait publié sur YouTube Couille de Loup I, le premier épisode d’une série de sept freestyles. Il raconte : « J’étais même pas au courant, il ne m’avait pas prévenu. Et il avait écrit « Ratu$«  avec le dollar. On mappelait souvent comme ça en tournée parce que j’étais dans la nuit, je faisais mes affaires à droite à gauche, je mangeais mal, toujours caché comme un rat. C’est devenu mon nom de scène… (Son ami le coupe) Alors que nous ici on lappelait Sekel, même encore maintenant ! »

Des premiers pas dans le game en toute confiance. Le rappeur né dans le 18e arrondissement de Paris confie ne pas avoir eu peur de trébucher : « Je ne me suis jamais dit que je voulais en être, jai ça en moi depuis toujours. J’étais tout neuf, personne ne me calculait. Javais le droit à lerreur. Parfois, Eff ne voulait pas sortir un titre et je lui disais non, on va le sortir, cest ma musique. J’écoute toujours lavis du groupe, mais cest moi qui ait le mot final. Si tu crois pas en toi à 100 %, qui y croira ? »

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C’est sur cette confiance que Ratu$ va s’appuyer pour articuler son art et ses premiers projets. « TOUT TRAVAIL MÉRITE SALAIRE », « TTMS Vol.2 »… En attendant le dernier volet. Il affirme avoir imaginé cette trilogie depuis déjà plusieurs années. « Tout est écrit dans ma tête. Les feats, tout. Ce que je vis, jen ai rêvé. Le matin je me lève, je prends un petit déjeuner, je fume, j’ouvre mon studio, je dis des mots et je gagne de largent. Si tu crois que tu vas vivre de ta musique pendant 50 ans et que tu vas faire danser des papis, tas rien compris. Je veux ramasser un max, monter un business, et me casser.

Il arrête sa tirade, réfléchit et récite : « Un jour Alpha Wann ma dit : « Le but cest que dans cinq ans on regarde lheure sur nos Rolex et on se demande qui va payer laddition. Quon soit plus au niveau du seuil de pauvreté.«  » 

Des doutes mais de la passion

Planter les graines de son travail pour en voir germer le fruit, c’est le mantra qu’il développe tout au long de ses mixtapes. Et pourtant, la récompense n’a pas été toute de suite au rendez-vous. « Avant velux j’étais à deux doigts d’cher-lâ », rappe le jeune homme dans le morceau Nombre 38.

Et pour cause, les premiers sous se sont faits attendre. Il décrit une certaine frustration : « Jai eu une période de doute. Le premier truc que jai touché des streams c’était à Couille de Loup V ou VI et jai pris 70 euros. Pour un gars comme moi qui sort de la rue c’était compliqué… Avoir des contraintes, rester au studio, aller aux rendez-vous… Mais maintenant cest bon, jai fait le volume 2 avec beaucoup de passion. » Son ami dénommé « Chinois » reprend : « Cest vrai quon le voit moins ici. Mais je lui dis fonce ! Ici cest la prison, pars casse toi. »

Pourtant, Ratu$ est resté très proche de chez lui et vit toujours dans le même quartier. « Tu vois là-bas sur la route ? Et bah sur ce trottoir là, tes à Saint-Denis. Ici cest ma vie, il y a du monde de partout. Ma mère habite juste là, au numéro 7 », précise-t-il. Rien n’a changé. En faisant trembler les enceintes de sa voiture avec l’un de ses prochains titres pas encore dévoilé, il prend la voiture et se gare dans le centre-ville pour rejoindre ses compères.

« Ratu$ a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous »

Gainz, un habitant de Pierrefitte-sur-Seine, se réchauffe avec une tasse de thé chaude devant l’épicerie du coin. Spontanément, il vient à notre rencontre pour vanter les mérites de son ami rappeur, les yeux brillant de fierté : « Il a vraiment un truc du 93, un truc de chez nous. Son kickage, ses gimmicks, ça vient dici. Il nous raconte, cest que la vérité, il ment pas hein ! » « Cartable », de son surnom, vient aussi s’asseoir à la table pour ajouter : « Signature 93 ! La misère sociale. Il a du talent, mais il va encore faire mieux. »

Tous sont venus acclamer leur Ratu$ lorsqu’il était programmé en première partie de Deen Burbigo à l’Olympia, en octobre 2021. « C’était la première fois quun mec du quartier était sur une scène remplie de Paris. Jai ramené tout le quartier dans les loges, c’était trop fort », raconte l’artiste en réajustant sa sacoche jaune et bleue pour poser devant notre objectif. Au milieu des siens.


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Rencontres Témoignages

Parole de compositeur : « On bafoue nos droits, mais on n’en parle pas »

Rim’K, Dadju, Leto, Vegedream… La liste des collaborations de Béni Bass est longue. Ce producteur de Vitry-sur-Seine vibre pour le son depuis ses premiers pas et s’est professionnalisé à l’adolescence. Désormais devenu un compositeur aguerri de 26 ans, il se confie pour la première fois sur ses mauvaises expériences avec une industrie musicale pas toujours tendre. Entre naïveté et désillusions, il veut dénoncer et prévenir.


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« À McDo, on ne voit jamais celui qui fait le sandwich, mais toujours celui qui te le vend. Pour les compositeurs en France, c’est pareil. C’est le mec qui est caché dans la cuisine. Celui dont on ne parle pas beaucoup, qu’on crédite seulement de temps en temps et dont on profite. Tous les compositeurs se mangent des carottes en début de carrière, on est très naïfs, mais on en parle pas. Aujourd’hui, je vis de ma musique et je pense avoir compris les ficelles de cette industrie qui abuse de son pouvoir. Il est grand temps de faire de la prévention.

Il faut que les beatmakers qui se lancent se protègent et se renseignent sur leurs droits. Même si au début, c’est souvent David contre Goliath. Je m’explique. En 2019 par exemple, j’ai envoyé une palette d’instrumentales à un artiste, une des têtes d’affiche du rap français. Sur mes dix prods, sept ont été retenues. On m’a ensuite demandé si j’avais un éditeur. Son équipe m’a expliqué que ça ne serait pas possible de bosser avec moi si j’étais édité parce qu’ils voulaient empocher mes droits d’édition. Pour qu’en cas de single d’or, ça soit le jackpot pour eux. 


Qu’est-ce que l’édition ? Mosaïque vous explique !

Après la confection d’une œuvre musicale, pour pouvoir percevoir ses droits d’auteurs, il faut la déposer à la Sacem (La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). L’œuvre permet de percevoir deux types de droits : les droits d’auteur-compositeur (qu’on appelle les droits d’auteur) et les droits éditoriaux. Mais il est possible que l’auteur-compositeur puisse céder la totalité ou une partie de ces parts éditoriales à un éditeur. Cette société est en charge de promouvoir l’œuvre, de lui faire générer des revenus (diffusion en radio, en playlist, en faire faire une reprise par un interprète, la placer dans des films, des publicités, etc.).

Un contrat est dressé entre l’auteur-compositeur et l’éditeur et les revenus générés par l’œuvre sont donc repartis entre les deux (50 % minimum pour l’auteur-compositeur et la part de l’éditeur est variable selon le contrat et les exploitations). Les producteurs indépendants qui s’éditent par eux-mêmes, comme c’est le cas pour Béni Bass, gardent leurs droits éditoriaux. Et c’est cette partie que certaines maisons d’édition (appartenant à de grands groupes de l’industrie musicale) tentent de récupérer pour augmenter leur profit sur un single.


« Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur »

Ils tentent cette « manipulation » sur des mecs indépendants qui, comme moi, s’auto-éditent et peuvent choisir à contrecœur de renoncer à leurs droits en échange de placer des prods (tant bien que mal), parce que c’est un rappeur qui vend. À cette proposition, j’avais répondu non. Mais au début, je n’avais pas le choix que d’accepter pour pouvoir progresser et avancer. Et au bout d’un moment j’ai dit stop. Ils essayent de récupérer l’argent là où ils peuvent. C’est dur de tenir pour ceux qui ont leur propre structure. Parfois, même avec de la volonté, on est sans défense face à des abus de pouvoir. 

C’est décourageant. Il m’est déjà arrivé plusieurs fois d’avoir été volé par des labels. J’envoyais quelques prods pour un rappeur, on m’expliquait que finalement ça ne convenait pas et je m’apercevais à la sortie du morceau que toute mon instru avait été reprise. Seuls quelques éléments sonores avaient été changés et un autre compositeur était crédité à ma place. Ça m’est arrivé sur deux titres, depuis certifiés single d’or. Mais quand tu vas te plaindre, c’est déjà trop tard. C’est le premier qui dépose à la Sacem qui gagne. Avant d’être des techniciens, on est des passionnés qui travaillent dur.

Compositeur Compositeur Compositeur

Le beatmaker est tellement peu pris au sérieux qu’on peut facilement se permettre de bafouer ses droits. Le beatmaker, quelles que soient ses capacités ou sa notoriété, n’est pas considéré à sa juste valeur. Surtout par ignorance. On enseigne peu le beatmaking. Il y a des conférences, des interventions, mais pas de vrai apprentissage.

Et d’ailleurs, ce terme : « beatmaker » en est même devenu réducteur. On pense tout de suite à un geek derrière sa machine, gros casque sur les oreilles, qui ne se sert que d’une souris et hop, il nous pond le hit de l’été. Alors que nous sommes des musiciens, des artistes-compositeurs à part entière qui jouent un rôle majeur dans la création d’une œuvre.

« À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous »

En France, il faut avoir placé des prods pour de grands noms pour être reconnu, ne serait-ce qu’un petit peu. Et malgré ça, c’est toujours une galère pour être crédité sur les pochettes de CD physique par exemple. Mais certains le font très bien et on progresse ! Je voyais récemment Guy2Bezbar dévoiler sa tracklist dans une animation vidéo où chaque compositeur était mentionné. C’est un beau move dont il faut s’inspirer.

Et je parle de la France, mais on voit bien la différence de considération avec l’étranger. Les compositeurs y sont plus mis en valeur, ils apparaissent même dans les clips et ils ne sont pas furtifs. À tous ceux qui se lancent : renseignez-vous, documentez-vous, lisez. On ne peut pas toujours compter sur les autres. Et surtout, le monde est méchant. Mais on n’arrête jamais d’apprendre.»

– Béni Bass pour Mosaïque

Vous êtes auteur-compositeur et vous voulez vous renseignez sur vos droits ? Rapprochez-vous de la Guilde des artistes de la musique (GAM) ou du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC).


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Décryptages Investigation

La Fève fait-il de la plug ? La réponse au débat lancé par Amin et Hugo

Le 10 janvier, Amin et Hugo ont publié sur YouTube une vidéo de réactions à « ERRR », la première mixtape du rappeur La Fève. Pendant l’écoute, leurs comparaisons de certaines instrumentales du projet à de la « plug music » ont scandalisé de nombreux fans et musicien.ne.s. Mais qu’en-t-il vraiment ? Mosaïque a mené l’enquête.


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La vidéo a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. Lorsque Amin et Hugo, vidéastes, publient leur première écoute de la mixtape « ERRR » de La Fève sur YouTube, de nombreux fans de l’artiste se déchaînent contre le duo. En effet, leur avis très réservé sur le projet de ce rappeur, considéré comme l’un des plus prometteur.se.s de sa génération, acclamé par la critique, a été mal reçu. Joint par téléphone, Amin raconte : « Je m’y attendais un peu. C’est une nouvelle génération alors on la critique très peu parce qu’elle bouscule les codes. Mais c’est pas pour ça que c’est de la bonne musique et qu’on est obligé de kiffer. On a été honnêtes, on a jamais clashé personne. »

Imbroglio autour du terme « plug »

Mais parmi les nombreux messages d’insultes, certains comme le producteur Kosei, auteur de quatre instrumentales sur « ERRR », sont venus soulever sans animosité une autre remarque. « Ça me fume les termes utilisés et le fait de tjr associer ça a de la plugg », écrit-t-il sur Twitter.

Et pour cause, durant la vidéo, les deux auditeurs comparent régulièrement la proposition de La Fève à de la plug, un courant musical né aux États-Unis pendant la première moitié des années 2010 sous l’impulsion du groupe BeatPluggz. Parmi ses membres, des producteurs comme A$att, BeatPluggTwo, Corey Lingo, Polo Boy Shawty, StoopidXoolUn et surtout MexikoDro. 

Des réactions à chaud et des auditeur.rice.s en colère

À l’origine, la plug se caractérise par une musique planante et lumineuse avec des basses courtes et sourdes. Ce rapprochement leur a été vivement reproché, notamment par le rappeur lui-même qui n’a pas caché sa surprise dans une story Instagram.

Amin s’en explique : « Il faut d’abord savoir qu’on est pas du tout des spécialistes. Avec Hugo, on a découvert la plug très récemment, avec Serane par exemple. Et oui, il y a des éléments qui m’ont fait penser à ça en écoutant La Fève. C’était notre impression à chaud. Surtout quand il rappe à fond et qu’on a l’impression qu’il s’en fout de l’instru. J’ai l’impression qu’il y a la prod, les flows et qu’on mélange. Et d’ailleurs, c’est un choix artistique qui se respecte. »

Beaucoup d’auditeur.rice.s de La Fève, comme de plug, ont été pris de court. C’est le cas de Louis, connu aussi sous le nom de Sely La Prise sur les réseaux sociaux et auteur de la mixtape « Connecté ». Il explique avoir été très étonné par la vidéo : « On peut sûrement trouver quelques similitudes avec des instrus plug dans ce que choisit La Fève, certaines influences, quelques éléments sonores, mais c’est tout. »

Et si le rappeur fait usage de quelques « placements spéciaux qui peuvent sembler un peu hors beat, c’est n’est pas pour ça que c’est de la plug. La musique reste trap », confirme ce jeune rennais en faisant référence au DMV. Un flow avec un débit de parole élevé, un ton monotone et une impression que les phases se superposent sans que le rappeur ne fasse de pauses (une technique nommée « Overlap », NLDR).

La Fève : plug ou pas plug ?

Si le compositeur Kosei n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations sur le sujet, d’autres producteurs proches de l’artiste ont accepté de prendre la parole. C’est le cas de 3G & Bricksy, auteurs de l’instrumentale du morceau Castro, en featuring avec Souley. Ce duo de musicien bordelais, producteur de plug, déplore des imprécisions. « Ce terme est devenu un fourre-tout pour qualifier la nouvelle génération ! », fustige Bricksy, « C’est un style très précis et on ne peut pas réduire ça à des éléments rythmiques. C’est un son qui ne se discute pas. »

Un vision que partage son compère, 3G : « La Fève a peu de point commun avec ce style. Dans la plug, on retrouve des synthés très wavy, des sonorités très 80’s, assez douces, flottantes, jazzy… La rythmique est toujours très épurée, saccadée, avec des 808 plus clairs (une basse, NDLR), plus light que dans la trap. On commence même à en trouver partout, y compris dans le mainstream. Et c’est pareil pour le mix qui est bien spécial : on met un effet sur le beat pour mettre la basse en avant quand elle est frappe. »

« Peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug »

Pendant la vidéo, Amin et Hugo se fendent aussi d’un trait d’humour à la fin de l’écoute du titre Soulé, qualifiant la prod réalisée par Tempo Once Again & DoomX de « zumba plug ». Un terme qui a agacé certains comme le compositeur Freakey, auteur de trois titres sur le projet (Zombie, Voiture sportive et Crenshaw), qui les a mentionné à plusieurs reprises sur Twitter pour tourner leur remarque en ridicule. « Ils disent ce qu’ils veulent, mais c’est n’importe quoi. La Fève est dans la mélodie, dans le kickage. On ne peut pas le ranger quelque part aussi facilement. Il est très versatile », confie-t-il à Mosaïque depuis le Canada.

Amin, lui, juge que sa phrase a été mal interprétée : « Je voulais dire que c’était dansant, pas que c’était de la merde. » Et si un certain manque de tact leur a été reproché à cette occasion, pas question pour le duo de changer de formule : « On ne va pas commencer à faire attention à ce qu’on dit. On ne veut surtout pas devenir des chroniqueurs. Beaucoup se retrouvent dans nos vidéos parce qu’on écoute du son comme tout le monde. On est sans filtres quand il faut donner un avis. »

Alors oui, « peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug », concède-t-il, « et ça serait vraiment culotté de notre part de ne pas accepter la critique de ceux qu’on a nous-même critiqué ». Le vidéaste se félicitant d’avoir au moins eu le mérite d’ouvrir le débat.


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Décryptages Investigation

Ziak : dans les coulisses de la composition d’« Akimbo »

Début novembre, Ziak a fait trembler le paysage du rap français avec son nouvel album « Akimbo ». Doté d’un démarrage exceptionnel pour son premier disque, le rappeur est resté silencieux avec pour seule communication des clips remarquables et des textes fournis. Pour la première fois, l’un des membres de son entourage prend la parole et a accepté de répondre à nos questions. Il s’agit de Focus Beatz, compositeur de sept titres du projet. Le producteur nous emmène dans les coulisses de la production d’« Akimbo » et nous raconte les rouages de cette drill qu’il qualifie de « différente ». Une exclusivité Mosaïque.


Avant de vous plonger dans ce décryptage de l’album « Akimbo » du rappeur Ziak, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !


Un mystérieux 11 novembre 2021, « Akimbo » est dévoilé avec une pochette énigmatique et une tracklist discrète de 17 titres. La communication autour du premier album de Ziak est réduite à néant. Ni interview, ni déclaration. La musique du rappeur assure la seule promotion du projet. Reste alors son bandana, sa posture et ses flows agressifs et tranchants. Son entourage se fait d’ailleurs tout aussi discret pour laisser toute la place à l’éclosion du phénomène.

Derrière ce succès, une armée de compositeurs sélectionnée avec minutie. Parmi eux, Focus Beatz. Le producteur originaire de Saint-Étienne a accepté de répondre à nos questions en veillant toutefois à ne pas trahir le secret savamment cultivé autour de l’artiste. Une première sortie médiatique exclusive qui paraît presque étonnante. Cet entretien constituant l’unique fenêtre ouverte sur l’univers et la musique de cet interprète venu du 91.

Fixette, la première lame d’« Akimbo »

Tout commence le 14 janvier 2020. Ziak présente son premier single Double Dash. Le morceau devient viral et le compositeur repère son potentiel. Il nous confie : « Après avoir écouté ce morceau, je me suis dis qu’il y avait moyen que ça pète pour lui. Le flow, l’attitude… il était différent. Il s’est réapproprié les codes de la drill UK. Artistiquement, je savais que ça allait aboutir. »

Après la claque auditive, Focus Beatz s’imagine collaborer avec lui. Pendant des mois, il prépare « trois ou quatre prods » à lui envoyer : « Je voulais être sûr qu’il ne dirait pas non, alors j’ai pris mon temps. »

Sa sélection fait mouche. Le rappeur le rappelle dans la foulée : « Il m’a dit que c’était fort. » Les deux hommes ne le savent pas encore, mais parmi ces quelques instrumentales se cache celle qui donnera naissance au titre Fixette. À cette époque, ils travaillent à distance. « Quand il m’a envoyé Fixette, j’étais choqué. Il n’avait rien changé sur ma prod. Il m’a surpris, surtout dans sa manière de poser. Et il avait déjà largement dépassé mes attentes. J’aime les gens qui prennent des risques et sur cette prod je ne voyais que lui en France. » Vingt-trois millions de vues plus tard, le morceau devient single d’or, la plus grande réussite commerciale de Ziak.

L’aventure est lancée, les deux artistes finissent par se croiser : « Ziak en studio : c’est quelqu’un de sombre pour de vrai, le personnage est réel. Il a cette énergie. C’est un putain de bosseur. Quand on est entre nous c’est un déconneur, mais quand on travaille, on travaille. C’est aussi une rencontre entre deux passionnés, on s’apprécie beaucoup. Mon défi, dès le début, ça été de produire de la drill qui nous ressemble. Il fallait qu’on se différencie, qu’on apporte une identité nouvelle… »

Une nouvelle recette drill pour Ziak

À coup de sessions de studio régulières, les premiers traits de l’album se dessinent. Mais c’est lors de deux résidences qu’« Akimbo » s’est finalement structuré. L’une dans le nord de la France, l’autre dans le sud, dans des maisons dont le producteur a préféré taire l’adresse. C’est ici que les compositeurs du projet se réunissent autour du rappeur. Parmi eux, Sam Tiba, Dr Devil et Hellboy, qui n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Focus Beatz raconte : « Tout le monde était là, tous les crédits de l’album. Lorsqu’on est arrivé, chacun a choisi sa chambre, a pris sa douche, a mangé, avant de charbonner. On a fait beaucoup de sessions d’écoutes, on a écouté beaucoup de son. L’ambiance était très bonne, c’était du kiff et on a composé la majorité du projet là-bas. »

Pendant des séances de travail, se pose alors la question de la variété des prods, pour donner du relief au projet : « La drill peut être redondante et on s’est dit qu’on allait éviter ça. Je voyais l’album se dessiner, je proposais des choses, j’avais des idées qui ne se répétaient pas. On s’est fait confiance, on voulait aller plus loin qu’une recette qui marche déjà ! », déclare-t-il, non sans un clin d’œil aux récents succès du genre en France. Il ajoute : « Souvent on met un piano reverse (à l’envers, NDLR), c’est sombre, boom tu attaques avec une rythmique, et tu as ta prod drill. Non, moi je cherche beaucoup plus loin. J’ajoute d’autres éléments, des synthés, des VST (un format de plugin qui permet d’ajouter des instruments et des effets au logiciel de création, NDLR)… et de la mélodie ! »

Des inspirations moins ténébreuses

Lors de la préparation du featuring avec Maes, Rhum & Machette, c’est d’ailleurs à coup de mélodies que Focus Beatz va préparer l’instrumentale. « Je devais faire quelque chose qui réunit les deux artistes. J’avais tenté une prod plus lumineuse et une autre que j’avais appelé « Ange déchu » au cas où Maes voudrait toucher le côté sombre de Ziak. Finalement, j’étais surpris mais c’est celle-ci qu’ils ont gardé. Il a vraiment voulu rentrer dans le délire de l’album », décrit-il.

Au milieu de la fresque violente que dépeint « Akimbo » se cache une légère éclaircie : Shonen. Là encore, tout part de la composition. Focus Beatz se souvient : « Je voulais vraiment que les gens puissent l’entendre sur un autre registre et que Ziak puisse se livrer dessus et déjà aller vers quelque chose d’autre. » Au menu du morceau : « Un piano triste, quelques effets, une sirène de police, une rythmique légère où on sent les mouvements drill quand même. Quand je composais, je voyais des scénarios : une descente de keuf en bas de chez lui, une histoire triste où tu perds un proche… »

L’explosion de Ziak et la nouvelle vie de Focus Beatz

Lorsque nous publions cet article, le morceau fait parti des six titres les plus streamés du projet sur Spotify : « Shonen c’est tout le contraire de ce qu’il a pu proposer. Et le public a été super réceptif. J’étais choqué à la sortie. » Mais la surprise du producteur est ensuite bien plus grande. Même s’il savait le projet « attendu », l’accueil du public dépasse tout ce qu’il avait pu imaginer. La première semaine est triomphale : 18 766 ventes. Le disque arrache la première place du top album et signe un meilleur démarrage que Leto ou encore le « Classico Organisé ». Cerise sur le gâteau, il remplit son premier concert à La Cigale à Paris en seulement 24 heures et ajoute une date au Zénith de Paris en 2023.

Lorsque le projet est libéré sur les plateformes de streaming à minuit, le compositeur stéphanois n’en revient pas : « Je n’ai pas dormi cette nuit. Quand j’ai vu les retours, ça m’a apaisé. Les chiffres étaient délirant. » Cette performance fait rentrer Ziak et les compositeurs du projet dans une dimension nouvelle. « Tout a changé pour moi, confie Focus Beatz. Professionnellement, c’est mon premier succès. J’ai plus de gens autour de moi, j’ai passé un cap. Ma carrière a pris un grand coup d’accélérateur et d’ici l’année prochaine je vais arrêter de travailler à côté pour me consacrer uniquement au son. » 

S’il ne réfute pas la perspective de refaire de la musique aux côtés du rappeur, le musicien reste évasif. D’abord, il va devoir encaisser la nouvelle trajectoire qu’a pris sa vie, bousculée par « Akimbo ». L’esprit drill. 


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Carte blanche à Sam’s : « Il faut briser la glace »

À la table d’un bar à chicha du 5ème arrondissement de Paris. Sam’s, aka Moussa Mansaly, s’apprête à sortir son nouvel album : « Inspiré d’histoire(s) vraie(s) ». Dans le tourbillon d’une opération de promotion très rythmée, enflammée par la sortie à succès de la deuxième saison de « Validé » dans laquelle il interprète le personnage de Mastar, Mosaïque a pu disposer de quinze minutes chrono avec ce touche-à-tout. Tout le long de l’album jusqu’à la pochette du CD, la réalité se mêle à la fiction et le rappeur bordelais trace un scénario musical dans lequel il rappe son propre rôle. Un concept immortalisé par le photographe Fifou qui a représenté l’artiste se jetant par la fenêtre d’un bâtiment. Entre deux bouchées d’une crêpe au jambon, le rappeur revient sur son envie de briser la glace entre la réalité et la fiction mais aussi de briser le plafond de verre social contre lequel il a toujours lutté. Carte blanche.


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« Cet album concept, « Inspiré d’histoire(s) vraie(s) », je l’avais en tête depuis longtemps. C’était une ambition, un truc que je voulais faire dans ma vie d’artiste. Et je ne suis pas de ceux qui ne vont jamais au bout de leurs idées. Je me rappelle le premier truc que j’ai fait, c’est un street CD. Je m’en foutais que ça se vende ou pas, je voulais juste le sortir et j’en étais fier. Finir un projet, c’est presque un exploit en soi. C’était ma mental pour cet album que j’ai commencé il y a un an et demi. J’étais tout le temps en studio et j’ai fait plus d’une centaine de sons. J’aurais pu le sortir à l’époque de la première saison de « Validé » mais je voulais faire ça bien, prendre le temps de le construire et de donner un rendu cohérent aux gens. Faire une playlist de titres, ça ne m’intéresse pas.

Je me suis inspiré de faits réels. Dans ma vie, il y a toujours des moments où j’ai senti une fine frontière entre le réel et la fiction. Des moments où je me disais : « Putain, je suis dans une série ou quoi ? ». Je me rappelle d’un jour, après le tournage de la première saison de « Validé ». Je rentrais chez moi et un pote m’appelle sur la route et me dit que sa tante se fait braquer. On arrive sur place, le mec s’énerve et sort un calibre. On s’embrouille, il veut tirer, l’arme s’enraye, on lui fonce dessus, il tire, la balle part à côté et on le désarme. Les keufs arrivent et il se fait embarquer. À la base, je devais juste rentrer chez moi manger des sushis et je me retrouve là-dedans… C’est ce que je veux montrer quand je mets en scène l’expression « briser la glace » sur la pochette. Parfois, la réalité chevauche la fiction.

On nous a toujours fait comprendre qu’on était des gens du fond, des marginaux. C’est pas nous qui l’avons voulu, c’est ce qu’on nous a toujours dit.

Sam’s pour Mosaïque

Mais pour moi ça veut aussi dire : aller au-delà des limites qu’on nous impose. Briser le plafond de verre. Là d’où je viens, on était conscient qu’on était pas les mieux lotis et que si on se battait pas, on allait vite sombrer. Grâce à dieu, mes parents ont toujours mis de la bouffe sur la table, mais quand je mettais mes mains dans les poches j’avais rien. Alors j’allais au charbon et je rentrais pas tant que j’avais pas ramassé un billet. Ce côté débrouille on l’a tous. Aujourd’hui, je me sens à ma place. À la place que j’ai mérité. Personne ne peut me l’enlever. Le dernier morceau de l’album s’appelle Fond de la classe.

Je ne me sens pas au fond de la classe, mais il y a toujours une différence entre comment tu te sens et comment les gens te voient. On nous a toujours fait comprendre qu’on était des gens du fond, des marginaux. C’est pas nous qui l’avons voulu, c’est ce qu’on nous a toujours dit. La condition sociale fait tout. Si t’es pas fils d’un tel, si t’as pas ci, si t’as pas ça, t’es du fond. C’est pas une question de capacité, c’est une question de vision. Je ne suis plus à plaindre, mais au yeux de beaucoup je reste un paria, de par ce que je représente. Du coup, il n’y a pas un jour où je n’ai pas essayé de briser cette glace. Dans le film de ma vie, je pense que le protagoniste a relevé ses manches et continue de gravir la montagne. Suite au prochain épisode. »

– Sam’s pour Mosaïque

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