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La Fève fait-il de la plug ? La réponse au débat lancé par Amin et Hugo

Le 10 janvier, Amin et Hugo ont publié sur YouTube une vidéo de réactions à « ERRR », la première mixtape du rappeur La Fève. Pendant l’écoute, leurs comparaisons de certaines instrumentales du projet à de la « plug music » ont scandalisé de nombreux fans et musicien.ne.s. Mais qu’en-t-il vraiment ? Mosaïque a mené l’enquête.


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La vidéo a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. Lorsque Amin et Hugo, vidéastes, publient leur première écoute de la mixtape « ERRR » de La Fève sur YouTube, de nombreux fans de l’artiste se déchaînent contre le duo. En effet, leur avis très réservé sur le projet de ce rappeur, considéré comme l’un des plus prometteur.se.s de sa génération, acclamé par la critique, a été mal reçu. Joint par téléphone, Amin raconte : « Je m’y attendais un peu. C’est une nouvelle génération alors on la critique très peu parce qu’elle bouscule les codes. Mais c’est pas pour ça que c’est de la bonne musique et qu’on est obligé de kiffer. On a été honnêtes, on a jamais clashé personne. »

Imbroglio autour du terme « plug »

Mais parmi les nombreux messages d’insultes, certains comme le producteur Kosei, auteur de quatre instrumentales sur « ERRR », sont venus soulever sans animosité une autre remarque. « Ça me fume les termes utilisés et le fait de tjr associer ça a de la plugg », écrit-t-il sur Twitter.

Et pour cause, durant la vidéo, les deux auditeurs comparent régulièrement la proposition de La Fève à de la plug, un courant musical né aux États-Unis pendant la première moitié des années 2010 sous l’impulsion du groupe BeatPluggz. Parmi ses membres, des producteurs comme A$att, BeatPluggTwo, Corey Lingo, Polo Boy Shawty, StoopidXoolUn et surtout MexikoDro. 

Des réactions à chaud et des auditeur.rice.s en colère

À l’origine, la plug se caractérise par une musique planante et lumineuse avec des basses courtes et sourdes. Ce rapprochement leur a été vivement reproché, notamment par le rappeur lui-même qui n’a pas caché sa surprise dans une story Instagram.

Amin s’en explique : « Il faut d’abord savoir qu’on est pas du tout des spécialistes. Avec Hugo, on a découvert la plug très récemment, avec Serane par exemple. Et oui, il y a des éléments qui m’ont fait penser à ça en écoutant La Fève. C’était notre impression à chaud. Surtout quand il rappe à fond et qu’on a l’impression qu’il s’en fout de l’instru. J’ai l’impression qu’il y a la prod, les flows et qu’on mélange. Et d’ailleurs, c’est un choix artistique qui se respecte. »

Beaucoup d’auditeur.rice.s de La Fève, comme de plug, ont été pris de court. C’est le cas de Louis, connu aussi sous le nom de Sely La Prise sur les réseaux sociaux et auteur de la mixtape « Connecté ». Il explique avoir été très étonné par la vidéo : « On peut sûrement trouver quelques similitudes avec des instrus plug dans ce que choisit La Fève, certaines influences, quelques éléments sonores, mais c’est tout. »

Et si le rappeur fait usage de quelques « placements spéciaux qui peuvent sembler un peu hors beat, c’est n’est pas pour ça que c’est de la plug. La musique reste trap », confirme ce jeune rennais en faisant référence au DMV. Un flow avec un débit de parole élevé, un ton monotone et une impression que les phases se superposent sans que le rappeur ne fasse de pauses (une technique nommée « Overlap », NLDR).

La Fève : plug ou pas plug ?

Si le compositeur Kosei n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations sur le sujet, d’autres producteurs proches de l’artiste ont accepté de prendre la parole. C’est le cas de 3G & Bricksy, auteurs de l’instrumentale du morceau Castro, en featuring avec Souley. Ce duo de musicien bordelais, producteur de plug, déplore des imprécisions. « Ce terme est devenu un fourre-tout pour qualifier la nouvelle génération ! », fustige Bricksy, « C’est un style très précis et on ne peut pas réduire ça à des éléments rythmiques. C’est un son qui ne se discute pas. »

Un vision que partage son compère, 3G : « La Fève a peu de point commun avec ce style. Dans la plug, on retrouve des synthés très wavy, des sonorités très 80’s, assez douces, flottantes, jazzy… La rythmique est toujours très épurée, saccadée, avec des 808 plus clairs (une basse, NDLR), plus light que dans la trap. On commence même à en trouver partout, y compris dans le mainstream. Et c’est pareil pour le mix qui est bien spécial : on met un effet sur le beat pour mettre la basse en avant quand elle est frappe. »

« Peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug »

Pendant la vidéo, Amin et Hugo se fendent aussi d’un trait d’humour à la fin de l’écoute du titre Soulé, qualifiant la prod réalisée par Tempo Once Again & DoomX de « zumba plug ». Un terme qui a agacé certains comme le compositeur Freakey, auteur de trois titres sur le projet (Zombie, Voiture sportive et Crenshaw), qui les a mentionné à plusieurs reprises sur Twitter pour tourner leur remarque en ridicule. « Ils disent ce qu’ils veulent, mais c’est n’importe quoi. La Fève est dans la mélodie, dans le kickage. On ne peut pas le ranger quelque part aussi facilement. Il est très versatile », confie-t-il à Mosaïque depuis le Canada.

Amin, lui, juge que sa phrase a été mal interprétée : « Je voulais dire que c’était dansant, pas que c’était de la merde. » Et si un certain manque de tact leur a été reproché à cette occasion, pas question pour le duo de changer de formule : « On ne va pas commencer à faire attention à ce qu’on dit. On ne veut surtout pas devenir des chroniqueurs. Beaucoup se retrouvent dans nos vidéos parce qu’on écoute du son comme tout le monde. On est sans filtres quand il faut donner un avis. »

Alors oui, « peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug », concède-t-il, « et ça serait vraiment culotté de notre part de ne pas accepter la critique de ceux qu’on a nous-même critiqué ». Le vidéaste se félicitant d’avoir au moins eu le mérite d’ouvrir le débat.


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Ziak : dans les coulisses de la composition d’« Akimbo »

Début novembre, Ziak a fait trembler le paysage du rap français avec son nouvel album « Akimbo ». Doté d’un démarrage exceptionnel pour son premier disque, le rappeur est resté silencieux avec pour seule communication des clips remarquables et des textes fournis. Pour la première fois, l’un des membres de son entourage prend la parole et a accepté de répondre à nos questions. Il s’agit de Focus Beatz, compositeur de sept titres du projet. Le producteur nous emmène dans les coulisses de la production d’« Akimbo » et nous raconte les rouages de cette drill qu’il qualifie de « différente ». Une exclusivité Mosaïque.


Avant de vous plonger dans ce décryptage de l’album « Akimbo » du rappeur Ziak, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !


Un mystérieux 11 novembre 2021, « Akimbo » est dévoilé avec une pochette énigmatique et une tracklist discrète de 17 titres. La communication autour du premier album de Ziak est réduite à néant. Ni interview, ni déclaration. La musique du rappeur assure la seule promotion du projet. Reste alors son bandana, sa posture et ses flows agressifs et tranchants. Son entourage se fait d’ailleurs tout aussi discret pour laisser toute la place à l’éclosion du phénomène.

Derrière ce succès, une armée de compositeurs sélectionnée avec minutie. Parmi eux, Focus Beatz. Le producteur originaire de Saint-Étienne a accepté de répondre à nos questions en veillant toutefois à ne pas trahir le secret savamment cultivé autour de l’artiste. Une première sortie médiatique exclusive qui paraît presque étonnante. Cet entretien constituant l’unique fenêtre ouverte sur l’univers et la musique de cet interprète venu du 91.

Fixette, la première lame d’« Akimbo »

Tout commence le 14 janvier 2020. Ziak présente son premier single Double Dash. Le morceau devient viral et le compositeur repère son potentiel. Il nous confie : « Après avoir écouté ce morceau, je me suis dis qu’il y avait moyen que ça pète pour lui. Le flow, l’attitude… il était différent. Il s’est réapproprié les codes de la drill UK. Artistiquement, je savais que ça allait aboutir. »

Après la claque auditive, Focus Beatz s’imagine collaborer avec lui. Pendant des mois, il prépare « trois ou quatre prods » à lui envoyer : « Je voulais être sûr qu’il ne dirait pas non, alors j’ai pris mon temps. »

Sa sélection fait mouche. Le rappeur le rappelle dans la foulée : « Il m’a dit que c’était fort. » Les deux hommes ne le savent pas encore, mais parmi ces quelques instrumentales se cache celle qui donnera naissance au titre Fixette. À cette époque, ils travaillent à distance. « Quand il m’a envoyé Fixette, j’étais choqué. Il n’avait rien changé sur ma prod. Il m’a surpris, surtout dans sa manière de poser. Et il avait déjà largement dépassé mes attentes. J’aime les gens qui prennent des risques et sur cette prod je ne voyais que lui en France. » Vingt-trois millions de vues plus tard, le morceau devient single d’or, la plus grande réussite commerciale de Ziak.

L’aventure est lancée, les deux artistes finissent par se croiser : « Ziak en studio : c’est quelqu’un de sombre pour de vrai, le personnage est réel. Il a cette énergie. C’est un putain de bosseur. Quand on est entre nous c’est un déconneur, mais quand on travaille, on travaille. C’est aussi une rencontre entre deux passionnés, on s’apprécie beaucoup. Mon défi, dès le début, ça été de produire de la drill qui nous ressemble. Il fallait qu’on se différencie, qu’on apporte une identité nouvelle… »

Une nouvelle recette drill pour Ziak

À coup de sessions de studio régulières, les premiers traits de l’album se dessinent. Mais c’est lors de deux résidences qu’« Akimbo » s’est finalement structuré. L’une dans le nord de la France, l’autre dans le sud, dans des maisons dont le producteur a préféré taire l’adresse. C’est ici que les compositeurs du projet se réunissent autour du rappeur. Parmi eux, Sam Tiba, Dr Devil et Hellboy, qui n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Focus Beatz raconte : « Tout le monde était là, tous les crédits de l’album. Lorsqu’on est arrivé, chacun a choisi sa chambre, a pris sa douche, a mangé, avant de charbonner. On a fait beaucoup de sessions d’écoutes, on a écouté beaucoup de son. L’ambiance était très bonne, c’était du kiff et on a composé la majorité du projet là-bas. »

Pendant des séances de travail, se pose alors la question de la variété des prods, pour donner du relief au projet : « La drill peut être redondante et on s’est dit qu’on allait éviter ça. Je voyais l’album se dessiner, je proposais des choses, j’avais des idées qui ne se répétaient pas. On s’est fait confiance, on voulait aller plus loin qu’une recette qui marche déjà ! », déclare-t-il, non sans un clin d’œil aux récents succès du genre en France. Il ajoute : « Souvent on met un piano reverse (à l’envers, NDLR), c’est sombre, boom tu attaques avec une rythmique, et tu as ta prod drill. Non, moi je cherche beaucoup plus loin. J’ajoute d’autres éléments, des synthés, des VST (un format de plugin qui permet d’ajouter des instruments et des effets au logiciel de création, NDLR)… et de la mélodie ! »

Des inspirations moins ténébreuses

Lors de la préparation du featuring avec Maes, Rhum & Machette, c’est d’ailleurs à coup de mélodies que Focus Beatz va préparer l’instrumentale. « Je devais faire quelque chose qui réunit les deux artistes. J’avais tenté une prod plus lumineuse et une autre que j’avais appelé « Ange déchu » au cas où Maes voudrait toucher le côté sombre de Ziak. Finalement, j’étais surpris mais c’est celle-ci qu’ils ont gardé. Il a vraiment voulu rentrer dans le délire de l’album », décrit-il.

Au milieu de la fresque violente que dépeint « Akimbo » se cache une légère éclaircie : Shonen. Là encore, tout part de la composition. Focus Beatz se souvient : « Je voulais vraiment que les gens puissent l’entendre sur un autre registre et que Ziak puisse se livrer dessus et déjà aller vers quelque chose d’autre. » Au menu du morceau : « Un piano triste, quelques effets, une sirène de police, une rythmique légère où on sent les mouvements drill quand même. Quand je composais, je voyais des scénarios : une descente de keuf en bas de chez lui, une histoire triste où tu perds un proche… »

L’explosion de Ziak et la nouvelle vie de Focus Beatz

Lorsque nous publions cet article, le morceau fait parti des six titres les plus streamés du projet sur Spotify : « Shonen c’est tout le contraire de ce qu’il a pu proposer. Et le public a été super réceptif. J’étais choqué à la sortie. » Mais la surprise du producteur est ensuite bien plus grande. Même s’il savait le projet « attendu », l’accueil du public dépasse tout ce qu’il avait pu imaginer. La première semaine est triomphale : 18 766 ventes. Le disque arrache la première place du top album et signe un meilleur démarrage que Leto ou encore le « Classico Organisé ». Cerise sur le gâteau, il remplit son premier concert à La Cigale à Paris en seulement 24 heures et ajoute une date au Zénith de Paris en 2023.

Lorsque le projet est libéré sur les plateformes de streaming à minuit, le compositeur stéphanois n’en revient pas : « Je n’ai pas dormi cette nuit. Quand j’ai vu les retours, ça m’a apaisé. Les chiffres étaient délirant. » Cette performance fait rentrer Ziak et les compositeurs du projet dans une dimension nouvelle. « Tout a changé pour moi, confie Focus Beatz. Professionnellement, c’est mon premier succès. J’ai plus de gens autour de moi, j’ai passé un cap. Ma carrière a pris un grand coup d’accélérateur et d’ici l’année prochaine je vais arrêter de travailler à côté pour me consacrer uniquement au son. » 

S’il ne réfute pas la perspective de refaire de la musique aux côtés du rappeur, le musicien reste évasif. D’abord, il va devoir encaisser la nouvelle trajectoire qu’a pris sa vie, bousculée par « Akimbo ». L’esprit drill. 


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