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3 questions à Rencontres

3 questions à… Céline M’Sili, réalisatrice du documentaire « Terrain »

En quatre épisodes de trente minutes, Céline M’Sili raconte le quartier à travers les voix de ceux.celles qui le chantent dans leurs morceaux. Depuis décembre 2018, la réalisatrice a l’ambition de faire parler les rappeur.se.s d’un sujet de société qu’il.elle.s connaissent bien. Journaliste pour Trace, Mouv’ ou encore OKLM depuis six ans, Céline M’Sili propose aux artistes qu’elle rencontre de prendre un moment pour évoquer la vie en cité. Les moments récoltés se transforment en un documentaire de 90 minutes, qui devient finalement « Terrain », une série en quatre épisodes disponible sur Canal +. Mosaïque a posé trois questions à la réalisatrice.

Comment t’es venue l’idée de réaliser cette série ? 

Je suis de Sevran, née à Villepinte. Je suis un pur produit de mon environnement. Être Sevranaise m’a donné envie de faire ce documentaire. Ce n’est pas un reportage fait par les bourgeois. C’est le regard d’une jeune banlieusarde. J’habite toujours à Sevran et j’ai 27 ans donc j’ai pu voir l’évolution du quartier, et c’est ce que j’ai voulu raconter.

C’était très important pour moi que ce ne soit pas un documentaire sur le rap français mais un documentaire de société raconté par les rappeurs français. Je ne voulais pas de voix off, que ce soit la mienne ou celle d’un acteur, mais que les narrateurs soient les rappeurs. Pour une fois, personne ne parle à leur place. Finalement, tu finis par te détacher du fait que ce soit des artistes pour t’attacher à leur personnalité. Dans le documentaire, tu n’as pas l’impression de parler avec YL mais plutôt avec Yamine (son vrai prénom, NDLR). Avec « Terrain », c’était important aussi de donner la parole aux habitants, aux présidents d’association… Ce qui a été dur, c’est que j’ai tout fait toute seule. J’avais très peu de moyens, je n’avais que trois micros à chaque fois. C’est moi qui cadrait, qui faisait l’interview et qui montait.

On m’a reproché qu’il n’y ait pas assez de femmes dans le documentaire. La scène rap n’est pas très féminine. Mon documentaire n’en est que le reflet.

Céline M’Sili, réalisatrice du documentaire « Terrain ».

Qu’est-ce que tu as voulu raconter ?

L’objectif, c’était de donner une autre image du quartier. Les dealers et les bicraveurs sont souvent vus comme les infréquentables. Personnellement, les personnes les plus cultivées que j’ai rencontrées étaient des dealers parce que ce sont des mecs curieux et qu’ils doivent faire passer le temps donc ils se renseignent. Ils sont réduits à des mecs pas très intelligents alors qu’ils sont conscients de ce qu’ils font. J’ai voulu montrer qui ils étaient. Je ne voulais pas non plus enjoliver le quartier. Il fallait passer par un hall parce que ça fait parti de leur quotidien. J’étais contente que Ninho dise que le bedo (sic) a un impact sur leur vie et que tu peux rester bloqué au quartier à cause de ça. C’est le seul à me l’avoir dit et ça nuance le propos. 

Il y a plusieurs scènes que j’avais imaginé et que j’ai dû laisser tomber. Je voulais voir Rim’k et AP dans un bistrot échanger à propos du quartier. Je devais aussi avoir Maes. La scène devait être très forte. On avait prévu qu’il retourne voir son co-détenu en prison à Villepinte. C’est là où il a écrit son album. Il voulait lui ramener son disque d’or et lui remettre en personne. La veille, les surveillants de la prison ont annulé. Ils ne voulaient pas que Maes rentre. Ensuite, il est parti au Maroc et je n’ai jamais eu le temps de le faire. 

Pourquoi as-tu choisi d’aller tourner en prison ? 

La prison est l’une des étapes du jeu. Chaque personne qui vit au quartier sait que la case prison est une possibilité et il faut en avoir conscience. Si tu choisis la rue, tu ne pourras pas ne pas y passer. Je voulais que ceux qui ne l’ont pas encore vécu comprennent ce que c’est. C’était important d’aller à la rencontre des détenus. Lorsque je me rends en prison en Belgique avec Isha, l’atmosphère est pesante parce que tout le monde était derrière les barreaux à nous regarder. Les peines étaient très longues. Pour certains, nous étions leur première visite depuis dix ans. Ils m’ont mis tout de suite à l’aise parce que la prison est devenu leur maison. C’est presque plus triste mais il y avait une résignation. Ils étaient souriants, comme s’ils étaient apaisés. 

Ils n’avaient pas le désespoir dans leurs yeux que j’ai pu observer à la maison d’arrêt de Villepinte, qui a été le plus grand moment d’émotion. Lors de la conférence sur la réinsertion, les détenus m’ont brisé le cœur. J’ai senti un appel à l’aide et un besoin d’avoir de l’espoir. À Nice avec Marwa Loud, à l’inverse, les détenus étaient là pour s’amuser. C’était un super moment. On m’a reproché qu’il n’y ait pas assez de femmes dans le documentaire. La scène rap n’est pas très féminine. Mon documentaire n’en est que le reflet. Et puis, il y a une femme à la réalisation, donc je compte pour dix (rires). 

Il y en aura peut-être plus dans la saison 2 qui devrait se faire sur le même format, sauf qu’on ne parlera pas du quartier. Je ferai toujours parler les rappeurs mais d’un autre thème. J’aimerais aussi mettre plus de riverains et de personnalités du quotidien. 

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Reportages

À bord du Vaxibus de Skyrock en Seine-Saint-Denis

Le Vaxibus est un dispositif de Skyrock et du gouvernement pour inciter les jeunes à se faire vacciner. Pendant un mois, le véhicule a traversé la France pour aller à la rencontre des jeunes pour qui la vaccination contre le Covid-19 est difficile d’accès. À l’intérieur, des animateurs de la radio musical côtoient des soignant.e.s. Mosaïque est monté à bord du camion lors de sa halte à l’université de Villepinte, mardi 13 octobre, en région parisienne, pour la dernière date du parcours.

Garé juste devant l’université Paris 13 à Villepinte (93), mardi 13 octobre, impossible de ne pas remarquer ce semi-remorque imposant, floqué aux couleurs de la radio Skyrock et du slogan « Ça va ? Ça vax ? ». Sur fond de rap français, une équipe d’une quinzaine de personnes attend de recevoir des jeunes étudiant.e.s. Depuis le 13 septembre, dans le cadre d’un partenariat entre la radio et le ministère de la Santé, le véhicule sillonne la France pour offrir aux jeunes la possibilité de se faire vacciner contre le Covid-19.

Des animateurs de Skyrock proposent des dédicaces à l’antenne

À bord, trois boxs de vaccination sont installés, tenus par du personnel médical prêt à faire la piqûre. Depuis ce matin, quatorze personnes ont reçus une dose de vaccin. « Un petit chiffre », lance un soignant. Si le camion devait profiter de l’affluence à l’événement « Start campus » organisé sur le site de la faculté, « beaucoup sont déjà vaccinés ».  À l’avant du véhicule, un studio de radio Skyrock a été monté, avec deux micros, sous la responsabilité de Karim, animateur, et Thomas, ingénieur son. « Tout le monde peut venir faire une dédicace au micro. Ils peuvent se présenter, donner leur snap ! L’ambiance est super bonne », raconte Karim.

Loin de leur studio du deuxième arrondissement de Paris, les équipes de la radio cohabitent depuis un mois avec des soignant.e.s : « C’est une super expérience. À Skyrock on est pas habitué à côtoyer ce corps de métier », explique Cédric, co-animateur de l’émission « Radio Libre » sur Skyrock entre 21 h et minuit. À propos de la mission de vaccination, il nuance : « Nous n’encourageons pas à la vaccination ceux qui viennent nous voir. S’ils veulent juste faire une dédicace, ils peuvent. Vacciné ou pas. »

C’est l’ADN de Skyrock d’aller dans les banlieues. On a pas peur du tout. On a été super bien accueilli.

Cédric le Belge, co-animateur de la « Radio Libre » sur Skyrock

Cible du dispositif : « Les jeunes qui habitent dans des endroits reculés où il n’y a pas de centre de vaccination », précise Cédric. Les zones où les vacciné.e.s sont les moins nombreux.ses ont été visées lorsqu’il a fallu dessiner un itinéraire de vingt dates. La « tournée », comme l’appelle Karim, a pris fin en Seine-Saint-Denis, le département le plus défavorisé d’Île-de-France. Sevran, Pierrefitte-sur-Seine et Villepinte, la dernière date où Mosaïque s’est rendu. « C’est l’ADN de Skyrock d’aller dans les banlieues. On a pas peur du tout. On a été super bien accueilli », se souvient Cédric. Il ajoute : « À Pierrefitte, ça a super bien marché. Il y avait des jeunes mais aussi une file d’une dizaine de personnes âgées. Ils ont laissé des dédicaces pour leurs petits-enfants, c’était super drôle ! »

Un périple troublé par les anti-pass sanitaire et les anti-vaccin

L’ambiance n’a pourtant pas toujours été festive sur la route du Vaxibus. À Marseille, tout se déroulait comme prévu jusqu’à ce que des manifestant.e.s anti-pass sanitaire et anti-vaccin viennent protester sur le stand. Même constat à Montpellier et à Rennes où les opérations ont dû être écourtées face à la pression des réfractaires au vaccin. Aux Mureaux (78), des policier.ère.s ont été déployé.e.s pour assurer la sécurité du camion. Pour ce représentant du ministère de la Santé, ces rassemblements ont ralenti le bus : « Beaucoup de jeunes ont sûrement été dissuadés de venir à cause du climat hostile. »

À Villepinte, la journée s’est déroulée comme prévue. Devant le semi-remorque, une tente de la Croix-Rouge est installée. Pour tous ceux.celles qui auront reçu une première injection avec le Vaxibus, c’est l’association d’aide humanitaire qui repassera aux mêmes endroits pour proposer une deuxième dose dans quatre à six semaines.

Quatre personnes vêtues de vestes orange fluos réceptionnent les jeunes à la sortie du bus. L’un d’entre eux, Roger Fontaine, président de la Délégation territoriale de la Croix-Rouge française de la Seine-Saint-Denis explique : « L’avantage du camion c’est qu’ici il n’y a pas besoin de rendez-vous, de carte d’identité ou de carte vitale. On vaccine tout le monde. » Selon lui, la présence de la Croix-Rouge est rassurante et permet d’approcher d’autres publics : « Un jour, on s’est fait livrer à manger, le livreur est arrivé avec son scooter et il s’est fait vacciné. Il n’avait pas de papiers et le lendemain il est revenu avec 25 autres collègues Uber Eats ! » À 20h, les équipes rangent le matériel en place. Il est temps pour le Vaxibus de rentrer au garage. Pour de bon cette fois.

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Chroniques

« Baiser Mortel » – L’avis de la rédaction

Sans prévenir, Lala &ce annonce un spectacle avec Low Jack, compositeur et metteur en scène, accompagné par les danseur.se.s de la chorégraphe Cécilia Bengolea. Pour la première fois, le rap et la comédie musicale s’unissent pour donner naissance à « Baiser Mortel ». Un voyage auditif qui mêle chant, rap et danse, inspiré du film « Death Takes a Holiday » (1934) de Mitchell Leisen, dans lequel la Mort décide de passer trois jours chez les vivants. Sur scène, Lala donne le pouvoir aux femmes Jäde et Babysolo33 et accorde une place aux rappeurs Rad Cartier et Le Diouke. La représentation avait lieu du 18 au 20 octobre à la Bourse de commerce à Paris. La rédaction de Mosaïque a assisté à l’avant-première et vous donne son avis.

« Il y aura un avant et un après »

C’est une scène encore jamais vue dans l’histoire du rap français. « Baiser Mortel » remet le rap et le chant auto-tuné au centre d’un nouveau game : celui de la comédie musicale. Dès les premières secondes, on comprend vite que le voyage sera différent. La prestation de Lala &ce est époustouflante… Une nonchalance toujours assumée couplée à un charme ensorceleur. La rappeuse se fond dans les lumières et les costumes avec brillo. Sa première apparition, en duo avec Jäde, plante le décor et envoûte la salle. Les deux artistes se cherchent, se charment, s’éloignent avec subtilité. À chaque fois que le public est plongé dans le noir et que la musique s’arrête quelques instants, l’assemblée applaudit.

« Lala &ce et Jäde plantent le décor et envoûtent la salle. »

Parfois, le tandem Le Diouck et Rad Cartier pointe le bout de son nez et ramène un grain de folie et de tension. La scène est scindée en deux parties avec une vitre en verre. Derrière celle-ci, quelques danseur.se.s viennent faire des acrobaties. Que faut-il comprendre ? L’amour, la mort, la mélancolie et la tension se mêlent, mais l’auteur, Low Jack semble laisser libre cours à l’interprétation de chacun. Une chose est sûre : il pourrait bien y avoir un avant et un après « Baiser mortel ». La comédie musicale montre comment jouer, tout en justesse, avec les nouveaux codes du rap français pour investir d’autres terrains, loin des plateformes de streaming et des scènes de concert.

– Thibaud Hue

« Lala &ce est une figure iconique envoûtante »

Les lumières rosées s’allument. Plein phare sur une silhouette mystérieuse derrière une vitre. Une longue tresse, qui fait office de traîne, dessine ses contours. La voix cristalline de Babysolo33 s’échappe enfin pour donner le ton. La jeune artiste rythme la représentation en incarnant l’entracte délicate entre chaque scène. Lala &ce et Jäde font alors leur entrée qui marque leur rencontre pour entamer l’histoire de « Baiser Mortel ». Les deux femmes jouent admirablement bien de leurs voix et sobrement de leurs corps pour enchanter la salle par le charme de leurs vibrations auditives. Elles se cherchent sans jamais réellement se trouver. Jusqu’au moment où le personnage principal incarné par Lala avoue être tombée amoureuse dans la seule phrase parlée du spectacle.

« La voix cristalline de Babysolo33 s’échappe pour donner le ton. »

Encerclée par un halo de lumière, elle chante alors son désespoir amoureux au milieu de la scène dans un ensemble à capuche fleuri en soie. Envoûtante, la rappeuse incarne une figure iconique, sensuelle sans chercher à l’être. La première comédie musicale de rap ne raconte pas vraiment d’histoire linéaire mais on se laisse rapidement embarquer par la qualité de la musique et la cohésion des artistes sur scène. C’est tous ensemble qu’il.elle.s s’affichent pour la dernière partie du spectacle. Sur la partie avant de la scène, Jäde, Babysolo33, Rad Cartier et Le Diouke regardent, dos au public, la déchéance finale d’une Lala &ce effondrée en arrière, comme vaincue par un baiser mortel.

– Lise Lacombe

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Face à face Rencontres

Saint DX, retrouver le temps perdu

Saint DX joue autant qu’il interprète et voue un amour simple au son. Dans son deuxième EP « Unmixtape », paru le vendredi 1er octobre, le producteur francilien chante et compose de tendres lignes de pop. Lors de sa rencontre avec Mosaïque, l’artiste s’apprête à dévoiler le disque. Pendant l’entretien, il digresse et passe d’un sujet à l’autre avec élégance, parfois avec intérêt ou détachement, mais sans pudeur pour se montrer tel qu’il est depuis ses premières notes. Avant de poser sagement devant l’objectif sur le rooftop d’un bar du 18e arrondissement de Paris.

C’est au premier étage de la brasserie Barbès que nous retrouvons l’homme derrière les accords du morceau 911 de Damso. Avec son pull blanc et ses cheveux longs attachés en arrière, Saint DX n’a rien d’une superstar du rap. Dans son sac à dos, la plume « éprouvante » de Marcel Proust rencontre celle, « passionnée », de Laurent de Wilde, auteur du livre « Les fous du son » : « Je lis « À la recherche du temps perdu » depuis cinq ans. J’ai besoin d’une concentration ultime quand je le lis. C’est un bouquin sur la perte de l’être aimé. C’est douloureux à lire », explique l’artiste. 

Quand il n’est pas derrière son synthé, Saint DX se renseigne sur l’instrument, et en parle avec frénésie : « Les fous du son, je l’ai lu trois fois. L’auteur part de l’invention de l’électricité par Edison pour en arriver au synthétiseur qui, à la base, est une transformation de l’onde électrique en son. C’est passionnant. » Entre Proust et le synthé, il lit aussi, au moment de la rencontre, un ouvrage de Kate Tempest nommé « Connexion » tout en parcourant « un espèce d’essai » des philosophes Spinoza et Gilles Deleuze. 

Cœur à cœur avec le synthétiseur

Entre l’album de Damso, celui de Squidji, son deuxième projet « Unmixtape » dévoilé le 1er octobre et son prochain album prévu pour 2022 sur lequel il travaille, le producteur tient à « se créer du temps pour lire », comme il l’a toujours fait. Adolescent, il fait des allers-retours entre la gare de Massy-Palaiseau où il habite et la Fnac de Paris-Montparnasse : « J’y ai lu tous les « Dragon Ball ». J’étais fan des « Chevaliers du Zodiaque » aussi mais ça coûtait trop cher pour les acheter. À l’époque, un manga c’était 5 francs. C’était le budget de la semaine que me donnait ma mère. Donc, je préférais acheter un ticket de métro pour les lire à la Fnac. »

Le compositeur se souvient aussi d’un vendeur qui lui conseille un jour d’écouter l’album « Rock Bottom » de Robert Wyatt : « J’ai trouvé la pochette de ce CD magnifique. La première fois que je l’ai écouté, c’était inaudible. J’en voulais au vendeur de me l’avoir fait acheter (rires). C’est une musique très amer, très dur. Aujourd’hui, c’est l’un des artistes que j’aime le plus donc finalement, je le remercie. » Au détour d’une anecdote, Saint DX ne manque jamais de raconter la vie ou le parcours des artistes ou des auteur.rice.s dont il parle, affichant ainsi une culture générale large et précise. 

Dans la bande originale du « Grand Bleu », il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore maintenant, quand je l’écoute, ça me procure des sensations fortes.

Saint DX pour Mosaïque

Lorsqu’il évoque son adolescence, il mentionne aussi « Les Robots » d’Isaac Azimov mais sa madeleine de Proust reste la saga Harry Potter : « C’est ma lecture de jeunesse que j’ai le plus kiffé. J’attendais leur sortie avec impatience. Je les lisais en anglais avant de pouvoir les lire en français. Je jetais des sorts tout seul dans ma chambre. » Et si Saint DX n’est toujours pas devenu sorcier, le synthétiseur est devenu son moyen d’ensorcellement. C’est d’ailleurs lorsqu’il entend l’ouverture de la bande originale du film « Le Grand Bleu » dans le salon de ses parents qu’il est envoûté par l’instrument pour la première fois : « Je trouvais qu’il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore maintenant, quand je l’écoute, ça me procure des sensations fortes. » 

La magie du collectif

Aujourd’hui, Saint DX cherche à provoquer ce qu’il ressent à travers ses compositions. Connu pour ses productions pour Damso, Squidji et bientôt Disiz, le musicien chante aussi sur ses projets dont « Unmixtape », un deuxième EP qu’il a voulu spontané : « Je voulais délivrer quelque chose de très naturel. Un peu comme un circuit court, de l’agriculteur au consommateur (rires). C’est comme ça qu’on devrait faire. » Il compose ce projet seul, chez lui, préférant ne montrer aux autres que « le produit fini », par timidité. Une solitude qui lui avait manqué après avoir travaillé en collectif pour « QALF » de Damso et « Ocytocine » de Squidji, aux côtés d’autres producteurs (Prinzly, Ponko, Dioscures, Paco Del Rosso, NDLR) : « Au début, quand je me suis retrouvé à bosser en bande, je me suis demandé pourquoi je m’infligeais cette souffrance de devoir bosser seul. Donc j’ai un peu mis mon projet de côté. Deux semaines après ces expériences, j’avais déjà envie de retrouver mon EP parce qu’en solitaire, tu prends beaucoup plus le temps. »

Des expériences collectives dont Saint DX ressort transformé. En composant les morceaux 911 et MVTR pour Damso, il expérimente des sensations jusqu’alors inconnues : « Je me souviens, j’étais dans ma chambre à 6 ou 7 h. On venait de composer les deux titres. J’ai pris une douche et je me suis rendu compte que je savais qu’on venait collectivement de faire quelque chose d’incroyable. Je n’ai jamais revécu quelque chose d’aussi fort. C’était une expérience tellement riche et spéciale que c’est dur de passer de Damso à d’autres artistes. »

Sa rencontre avec le rappeur belge donne à son parcours une autre dimension : « Damso m’a apporté des souvenirs sans précédent et une reconnaissance à laquelle je ne m’attendais pas. Avant ça, je faisais tout dans ma piaule. Et d’un coup, en studio, ta parole a un poids. » Il retrouve cette émulation de groupe avec le projet du jeune Squidji qui fait appel à plusieurs producteurs présents sur l’album de Damso : « En studio, on se demandait ce qui se passait, tellement c’était ouf. »

Face à son temps

Sa visibilité nouvelle le met aussi face aux réseaux sociaux auquel ce trentenaire qui n’a pas la télé chez lui n’avait alors jusque-là pas été exposé : « Quand Damso a sorti « QALF », je ne connaissais pas Twitter. Les rappeurs regardent beaucoup ce réseau mais la violence sur la musique et sur les gens m’a choqué. Ce n’est pas du tout bienveillant. Je me souviens qu’à minuit, on rafraichissait le feed et je voyais des : « Putain, c’est trop de la merde », alors qu’ils n’avaient même pas eu le temps d’écouter. Je découvrais ça. Ça ne m’a pas blessé mais c’est le problème de l’immédiateté. »

Je déteste les réseaux sociaux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vraiment pas un rapport sain avec ça.

Saint DX pour Mosaïque

Saint DX est de ceux.celles qui croit à la force du temps et se désole de voir la place que prend l’instantanéité dans la société. Pour la sortie de son projet, le producteur ne prévoit donc pas d’aller taper son nom dans la barre de recherche de Twitter : « Je déteste les réseaux sociaux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vraiment pas un rapport sain avec ça. Et puis, comparé à Damso, mon projet est tellement confidentiel. La pop est très différente. C’est une communauté beaucoup moins engagée. Je parle moins à cette génération de moins de 20 ans. » 

« Unmixtape » adopte des sonorités pop sur lesquelles Saint DX chante principalement en anglais : « J’adore crier des émotions dans mes morceaux, mais en français, je n’y arrive pas. Alors que j’adore chanter en anglais parce que j’ai moins d’attachement à la langue, du coup je me sens plus libre. Je m’en fiche que grammaticalement, ça ne sonne pas. En français, je réfléchis trop. » Un seul son de l’EP sur les neuf est chanté en français : Ilya. Saint DX aime aussi réinterpréter des classiques. Dans l’EP, le producteur reprend les airs de Gypsy Woman de Crystal Waters et All the tired horses de Bob Dylan : « J’aime dire les mots d’un autre. Souvent, je commence avec un piano voix et je me rends compte que les accords et ce que raconte la chanson me touche. »

À 34 ans, il respire le calme de quelqu’un éduqué par des parents bouddhistes. Celui qui s’informe en lisant Le Monde Diplomatique, en regardant les reportages Arte et en écoutant France Culture, dénote dans un paysage rap où il se sent bien. Actuellement en préparation de son album, prévu pour 2022, il se rend régulièrement à Bruxelles pour travailler aux côtés des producteurs Prinzly et Ponko qui lui apportent « leur vision et leur énergie », entre les murs des studios ICP où il a désormais ses habitudes : « J’aime l’odeur, les chambres, la nourriture, l’ingé son Jules Fradet mais aussi le gérant, John Hastry. Je m’y sens trop bien. »

Pas encore rodé à l’exercice du shooting photo, le producteur se cache derrière quelques mimiques burlesques pour poser, sans oublier de « se refaire une beauté » juste avant en détachant ses cheveux. Au détour d’un couloir, il croise la route d’une petite bibliothèque et ne résiste pas à l’envie d’y jeter un œil. Parmi les livres exposés, il choisit de feuilleter un roman d’espionnage, sans grande conviction, préférant retourner à sa quête du temps perdu. 

Retrouvez l’EP « Unmixtape » de Saint DX sur toutes les plateformes de streaming.

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3 questions à Rencontres

3 questions à… Raphaël Da Cruz, journaliste rap et auteur du podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » 

Présenté par la radio Mouv’, le podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » est sorti lundi 27 septembre. Un documentaire audio qui retrace les origines et l’ascension du rap en France à travers ses grands mouvements, nourri par des entretiens inédits et des archives, raconté avec la voix de l’animateur Pascal Cefran. Les trois premiers épisodes sont déjà disponibles avec comme invités IAM, Solo (ex-Assassin), Rocca (La Cliqua), Zoxea (Les Sages Poètes de la Rue) ou encore Oxmo Puccino, Fabe et Expression Direkt. Pour comprendre la conception du podcast, Mosaïque a posé trois questions à son auteur : Raphaël Da Cruz, journaliste rap pour la radio Mouv’, Booska-p et l’Abcdr du Son.

Comment le podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » est-il né ?

La radio Mouv’ m’a suggéré de leur fournir une idée de podcast et je leur ai proposé de raconter l’histoire du rap français selon ses mouvements et ses courants de musique. Le projet est né au début de l’année dernière mais à cause du confinement j’ai commencé à vraiment mettre les mains dedans à l’été 2020. En avançant dans la production des épisodes, on s’est rendu compte qu’il y avait des défauts, alors on a fait appel à Éric Lancien, un réalisateur de Radio France. Il a magnifié notre boulot et il m’a donné des idées de montage. Ça a donc été beaucoup plus vite à partir de mars 2021. C’est aussi à ce moment-là que s’est débloquée l’interview d’IAM, très importante pour les premiers épisodes. On a ensuite choisi de l’appeler « Du béton aux nuages » parce que ça reprend l’idée de l’élévation, le rap qui part d’en bas mais aussi la dimension sociale. L’arrivée dans les nuages sous-entend la consécration. Ça rappelait aussi la tendance du cloud rap. C’est une grande joie que ça sorte enfin !

C’est un projet très ambitieux. J’ai fait des études d’histoire avant et j’ai essayé d’utiliser ça pour dessiner une trame, un peu comme un historien.

Raphaël Da Cruz pour Mosaïque

Quelles méthodes de travail as-tu utilisées pour reconstituer le plus fidèlement possible la chronologie de l’existence du rap en France ?

C’est un projet très ambitieux. J’ai fait des études d’histoire avant et j’ai essayé d’utiliser ça pour dessiner une trame, un peu comme un historien. J’ai fait appel à ma mémoire, ce que je savais déjà avec des articles que j’avais pu lire il y a longtemps. J’ai repris des livres sur NTM, la biographie d’Akhenaton… Pour MC Soolar, on avait déjà fait un gros dossier pour l’Abcdr du Son sur son deuxième album « Prose Combat ». Je me suis aussi appuyé sur le documentaire « Rap Attack » sur le rap français réalisé en 2002 par Chimiste, un beatmaker membre du groupe de La Cliqua. Les interviews que j’ai faites au fur et à mesure m’ont beaucoup guidé. Le passage dans le premier épisode où je parle de la Radio 7 (une radio jeune lancée par Radio France en 1980, NDLR), c’est venu en discutant avec Sydney, le premier rappeur français. Et je me suis plongé dans des archives de l’audiovisuel français public avec l’aide des documentalistes de l’INA (l’Institut National de l’Archive, NDLR). Pour un artiste comme MC Solaar qui a été énormément interviewé dans les années 1990 c’était plus simple. Mais pour aller chercher des passages sur NTM où on parle d’émeutes, ou sur le meurtre d’Ibrahim Ali par exemple (Un jeune rappeur marseillais abattu d’une balle dans le dos par des colleurs d’affiches du FN en 1995, NDLR), il fallait piocher les bons extraits. C’est un travail vertigineux… J’ai eu des périodes de doutes face à tout ce que je devais gérer, mais l’expérience m’a beaucoup plu et elle s’est concrétisée.

Les trois premiers épisodes sont déjà disponibles, que peut-on attendre des prochains ?

La série va s’étaler sur onze épisodes et les trois suivants vont sortir pendant le premier trimestre 2022. On travaille toujours dessus. Pour le numéro 4, on va parler de l’âge d’or du rap français, avec les cartons commerciaux de collectifs comme le Secteur Ä et la Mafia K’1 Fry. L’épisode 5 sera consacré aux groupes et aux artistes qui ont été en rupture avec ce mouvement, comme La Caution et La Rumeur. Enfin, le sixième volet sera porté sur les superstars du rap français en solo, comme Diam’s, Soprano, Rohff ou Booba. On va faire en sorte que ça puisse continuer de parler à tous, que ce soit les auditeurs plus âgés à qui ça va rappeler des souvenirs ou les plus jeunes qui aiment cette musique et qui veulent découvrir le pourquoi du comment. L’évolution du rap, c’est un jeu de dominos. C’est important de pouvoir tout mettre en perspective. 

Retrouvez le podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » produit par la radio Mouv’ sur toutes les plateformes de streaming et l’application Radio France.

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Face à face Rencontres

Still Fresh, (re)penser l’amour

Par Lise Lacombe et Thibaud Hue

Alors que le troisième volume de son projet « Amour Noir » est sorti le 10 septembre 2021, nous avons rencontré Still Fresh dans le 2e arrondissement de Paris. Lors de l’entretien, nous avons tenté de saisir la philosophie amoureuse d’un artiste qui se plaît à chanter l’amour depuis près de dix ans. L’occasion aussi d’échanger sur l’évolution du rapport homme et femme et du regard du rappeur sur le féminisme, notamment face à la polémique engendrée par le dernier clip de Sneazzy, présent sur l’EP. La photographe Sarah Gurewan a profité de cette rencontre pour capturer Still Fresh pour Mosaïque, au détour du passage des Panoramas, dans le quartier Vivienne.

Quand Still Fresh s’installe sur le canapé au centre des locaux de sa maison de disque BMG Production Music France, il vient à peine de terminer son sandwich et de finir sa bouchée. Prêt à en découdre avec l’exercice de l’entretien auquel cet artiste de 28 ans est rompu, après déjà dix ans de carrière. Pendant neuf projets, il s’est appliqué à dresser autour de sa musique un décor romantique, parfois tragique, qui se veut le haut-parleur de ses observations sur les relations entre les hommes et les femmes.

Still Fresh a l’habitude de s’épancher sur la façon dont il gère ses rapports et ses expériences à la gente féminine. Dans le troisième volume de sa série « Amour Noir », sorti le 10 septembre 2021, il ne cesse d’analyser ce qu’il appelle les « schémas répétitifs » et regrette l’uniformisation de ce que l’on peut ressentir : « On a l’impression que l’amour ne va que dans une seule direction. Celui de l’amour toxique. Il y a des gens pour qui le moteur de la relation, c’est le « je t’aime moi non plus », avec beaucoup de passion et de douleur. Mais ce n’est pas forcément la bonne formule. D’autres, à l’inverse, sont des partenaires de vie. » En relevant la tête pour rassembler ses pensées, il ajoute, un brin hésitant : « C’est la société qui nous a matrixé », (qui nous a conformé, NDLR).

Une société qui établit scrupuleusement les traits féminins et masculins et qui demande à l’homme de ne pas pleurer, comme Still Fresh le chante sur Ne m’en veux pas, la deuxième piste de l’EP : « J’suis un homme, pas d’larmes sur mes joues, elles coulent sur mon arme. »

Repenser les rapports entre hommes et femmes ?

Si l’artiste concède que les émotions puissent être propres à chacun.e indépendamment de son genre, il distingue les comportements des hommes de celui des femmes : « Tout le monde pleure, c’est la vie. L’émotion n’a pas de sexe. Certains hommes sont très émotifs. Je lisais la biographie de Steve Jobs et il faisait des crises de larmes à la trentaine quand il n’avait pas ce qu’il voulait. Ça ne l’a pas empêché d’être un génie et de changer le monde. Chacun est comme il est. Mais l’homme et la femme restent très différents. On ne réagit pas pareil. Pour moi, un homme, même s’il a des difficultés, il doit quand même y aller, repartir à la guerre. C’est l’exemple que j’ai eu avec mon papa en tout cas. »

J’ai été éduqué comme ça. Si une guerre éclate, je préfère y aller moi et mes petites sœurs restent là, tu vois ce que je veux dire ? C’est peut-être archaïque, mais c’est ma vision.

Still Fresh pour Mosaïque.

Cet état d’esprit est, selon le rappeur, le fruit de son éducation. Durant sa jeunesse, son père, chauffeur de taxi, perd subitement son permis de conduire. Sans emploi à soixante ans, il prend son courage à deux mains, repart en formation et retrouve la route : « C’était difficile, mais il l’a fait sans montrer trop d’émotions. J’ai été éduqué comme ça. Si une guerre éclate, je préfère y aller moi et mes petites sœurs restent là, tu vois ce que je veux dire ? C’est peut-être archaïque, mais c’est ma vision », conclut le mélodiste.

S’il entend que sa façon d’aborder la masculinité puisse paraître dépassée, Still Fresh constate toutefois l’évolution des nouvelles mentalités dans lesquelles le « masculin et le féminin se confondent un peu ». Pourtant, lui, reste marqué par ce qui l’entoure : « Je suis originaire du Mali et au village c’est très différent. Le matin, les hommes se lèvent pour aller au champ parce que c’est plus dur, les femmes s’occupent des enfants et de la nourriture. Lorsqu’ils reviennent épuisés du travail, elles les nourrissent. C’est un travail d’équipe. Personne n’est esclave de personne. Les deux sont dépendants de l’autre pour survivre. Chacun gère le foyer comme il le veut. »

« Je suis pour le féminisme mais ça commence à partir en couilles »

Le concernant, Still Fresh n’en est pas encore à l’étape de se construire son propre cocon familial. Célibataire, il se définit comme « un corsaire, un pirate sur les mers ». Sa solitude est un choix pour celui qui tient à respecter sa parole lorsqu’il la donnera : « Le mariage est un engagement. Même si ce n’est pas devant Dieu, c’est devant la société et tes proches. Sauf qu’on connaît tous l’Homme. Il ne tient pas souvent sa parole. C’est juste qu’on a besoin d’être engagé. Cest pour ça qu’il y a des contrats partout. On a besoin d’être cadré. » Un cadre dont lui-même ressent le besoin : « Je préférerais me marier. Ça me donnerait de la stabilité. Je ne peux pas être seul toute ma vie. Les personnes qui accomplissent des choses sont souvent accompagnées. Ça peut être le rôle d’une famille. »

En attendant de trouver celle qui lui donnera l’envie de fonder un foyer, Still Fresh parle des femmes au pluriel dans ses textes, en tenant à rester respectueux : « Je ne ressens pas trop le besoin d’être vulgaire dans mes textes. Je ne trouve pas ça séduisant. J’ai envie que tout le monde puisse m’écouter. Je ne me censure pas pour autant, je dis les choses comme je les pense. Mettre des meufs dénudées et tout, je n’aime pas trop ça et être misogyne, c’est pas mon délire non plus… J’ai eu un bon exemple avec ma mère, je ne me vois pas manquer de respect à la femme. »

Je suis pour le féminisme, je dirais même que je suis humaniste. Mais ça commence à partir en couilles. Aujourd’hui, ça m’arrive d’avoir peur de draguer une meuf. Tout est surinterprété.

Still Fresh pour Mosaïque.

Pourtant, l’artiste ne comprend pas certaines réactions, notamment celles dont a été l’objet le clip Failles de Sneazzy, présent en featuring sur le morceau Ne m’en veux pas de son EP. Le 6 août 2021, Sneazzy met en scène dans son clip un homme courant après sa copine dans la rue pendant plus de trois minutes pour s’expliquer avec elle. Il avait alors été reproché au rappeur de romantiser un schéma de harcèlement de rue à travers ce visuel. L’avocate pénaliste Naïri Zadourian, connue, entre autres, pour avoir libéré le rappeur DA Uzi, avait réagi sur Twitter : « Il aurait dû appeler son morceau « harcèlement » parce que c’est ce qu’il se passe dans son clip et c’est tout sauf mignon. » Ce à quoi Sneazzy avait répondu : « Elle joue ma copine dans le clip, le morceau parle d’une relation amoureuse. Tu peux aller dormir avec ton analyse ko… t’es tout sauf mignonne. »

Des reproches que le principal intéressé avait donc rejeté en bloc et face auxquels Still Fresh confesse son incompréhension : « Il ne faut pas abuser. Il faut mettre les choses dans leur contexte. Dans le clip, ils sont en couple et finissent ensemble. Il y a également des meufs qui suivent des gars dans la rue quand elles sont en couple. On ne peut pas parler de harcèlement à chaque fois qu’on voit une meuf en train de convaincre son mec ou l’inverse. Il nest pas dans la rue en train de la siffler avec des potes. Ce genre de truc inutile dessert le combat féministe. Parce que quand ça va parler de sujets sérieux, les gens vont dire : « Ah, elle nous casse encore les couilles ». Alors que c’est un combat légitime. »

Still Fresh tient à rappeler son partage du combat féministe mais se montre réfractaire à ces avancées : « Je suis pour le féminisme, je dirais même que je suis humaniste parce qu’on va pas se casser les couilles à faire des affrontements. Mais ça commence à partir en couilles, martèle-t-il une nouvelle fois. Aujourd’hui, ça m’arrive d’avoir peur de draguer. Tout est surinterprété. » Lorsque nous lui suggérons que sa pensée est sûrement dictée par le fait qu’il soit un homme, Still Fresh acquiesce : « Peut-être que oui, c’est pas impossible. » 

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La sélection Mosaïque des mois d’août et de septembre

Après plusieurs mois d’accalmie, les sorties de projets musicaux reprennent avec la rentrée. Une rentrée placée sous le signe de l’instrumentale. De PH Trigano à Ninety en passant par Unfamouslouie, les beatmakers sont sortis de l’ombre pour s’essayer à la chanson, inviter la scène rap émergente ou tester leur indépendance. Au même moment, Kanis et Poupie dévoilent chacune leur deuxième projet tandis que l’ancien Veust continue de surprendre avec son dernier EP. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection des mois d’août et de septembre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

« Grand Casino » – 99 & Wolfkid – 13 août 2021

99, producteur de renom de la scène alternative française s’est associé au musicien français Wolfkid pour ce projet de six titres. Au Grand Casino, les deux artistes parient sur leur talent et celui des dix autres artistes qu’ils ont invité à jouer avec eux. Que ce soit les sonorités électro offertes à Wit. sur The Light ou la production estivale de Sun Goes Down pour La Fève, Oniisha et Lala &ce, les couleurs de l’EP s’accordent harmonieusement. Pendant près de vingt minutes, Ninety et Wolfkid donnent aux participants du projet toutes les cartes possibles pour remporter le jackpot.

– Lukas Taylor

« Réflexion » – Kanis – 27 août 2021

Après s’être installée dans le paysage en mars 2021 en participant au morceau Shoot qui réunit plusieurs artistes féminines de la scène rap française, Kanis sort le projet « Réflexion » quelques mois plus tard. Un sept titres qui s’écoute sans difficulté. La musique joviale de l’Haïtienne a l’avantage de nous attraper rapidement dans ses filets dansants. Celle qui a retourné son prénom pour ne pas être confondu avec son homologue masculin Niska, délivre son énergie caribéenne dans un projet aux couleurs vives. La rappeuse rejoint la ligne de Shay en s’affirmant farouchement indépendante des hommes sur Bye Bye et se démarque par des phases kickées comme sur le morceau Tic Toc. Actuellement dans son pays natal pour une mission humanitaire, la chanteuse s’impose comme une artiste polyvalente de la scène émergente.

– Lise Lacombe

« FOREVER UNFAMOUS » – Unfamouslouie – 3 septembre 2021

Choisi pour lancer notre rubrique 3 questions à…, Unfamouslouie en a profité pour nous partager la vision de son art : « C’est un besoin, une passion. Un peu comme au football. Je donne tout à ce sport alors que je sais que je ne serai jamais professionnel. »

Son EP « FOREVER UNFAMOUS » prend justement des apparences de fiche tactique d’un entraîneur de foot. La défense de son équipe est assurée par deux vétérans de la dernière décennie du rap français : Jeune LC et Loveni. Le milieu est incarné par des jeunes espoirs prometteurs tels que Geo et Jeune YAO et l’attaque est menée par des représentants de la new wave, notamment sur le titre Up next ! avec La Fève qui sonne comme une ode à ce mouvement. Mais ce qui permet à cette équipe de gagner le match, c’est le rythme de jeu dont Unfamouslouie est le métronome. Ses productions sont parfaitement appropriées pour permettre à ses collaborateurs de performer et la musique du projet devient une sérénade au rap français et à ceux qui l’ont innové.

– Lukas Taylor

« Grand Romantisme » – PH Trigano – 10 septembre 2021

Douze titres pour apprendre à se remettre d’une rupture. Voici ce que propose le producteur PH Trigano, avec « Grand Romantisme », son premier album. L’artiste s’est confié à Mosaïque sur le point de départ douloureux de ce projet : « Au début, c’était surtout des lettres où j’extériorisais mon mal-être, des bouteilles à la mer que je n’envoyais pas. Je prenais le négatif pour en faire du positif, ça m’a aidé à mettre des choses dans l’ordre.»

Ces textes, imbibés d’émotions intimes, nous livrent les différentes étapes du deuil par lesquelles est passé PH Trigano. Du déni de Rêver de toi à la tristesse avec Escroc, le chanteur choisit d’opérer une catharsis en musique, aux yeux de tous et toutes. Pour cela, il s’entoure d’Ichon (J’essaye), son acolyte de toujours, mais aussi de Melissa Bon (Caresses) et de Swing (Escroc). Des voix qui viennent compléter parfaitement l’univers du chanteur. Un projet émouvant mais inspirant duquel il faut retenir qu’après le chaos vient la paix. Le dernier morceau Chance nous le rappelle, comme un hymne à l’espoir et à l’amour.

– Imane Lyafori

« Alley oop » – Veust – 24 septembre 2021

Un flow incisif, une voix grave, un sens du phrasé indéniable…. Dans son dernier projet de dix titres, Veust trace un schéma parfait pour réaliser un alley oop (En basket-ball, c’est le fait d’envoyer la balle en l’air pour la rattraper et la mettre dans le panier, NDLR). Le 5 majeur (nom donné aux cinq titulaires d’une équipe de basket, NDLR), formé de Alpha wann, Siloh, Ratu$, MV et Veust nous invite à son match, promettant ainsi une ribambelle de dribbles et de 3 points toujours plus précis les uns que les autres. Avec des phases millimétrées, Veust cherche à prouver qu’après plus de 20 ans de carrière, il sait toujours être versatile. Que ce soit par un passe-passe avec Alpha Wann en passant par de la drill UK sur 7 cieux pour finir avec les refrains chantés de Siloh, il s’appuie sur ses acquis tout en laissant place à une part d’innovation.

– Amaël Coquel

« Enfant roi » – Poupie – 24 septembre 2021

« J’suis pas comme les autres, pas la peine de dire que c’est ma faute. » (Comme les autres). À 23 ans, l’artiste originaire de Lyon revendique sa différence. Cette liberté d’être qui elle veut, Poupie la chante haut et fort tout au long de ce premier projet. À la suite d’un EP sorti en 2019, la chanteuse a présenté le 24 septembre son album, « Enfant Roi ». Pop, trap, reggae… l’artiste ne se met pas de barrières. Fait assez rare pour être remarqué, la chanteuse alterne français, anglais et espagnol avec une aisance déconcertante. Après un featuring avec Jul (Feu), Poupie invite le rappeur portoricain Guaynaa sur le titre Mucha Labia. Ce premier projet abouti constitue une porte d’entrée dans l’univers de la jeune artiste qui offre un panel d’ambiances éclectiques. En témoigne le titre Pur, dans lequel elle partage une certaine mélancolie, ou Mojito, beaucoup plus dansant. 

– Emma Jacob