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Face à face Rencontres

Saint DX, retrouver le temps perdu

Saint DX joue autant qu’il interprète et voue un amour simple au son. Dans son deuxième EP « Unmixtape », paru le vendredi 1er octobre, le producteur francilien chante et compose de tendres lignes de pop. Lors de sa rencontre avec Mosaïque, l’artiste s’apprête à dévoiler le disque. Pendant l’entretien, il digresse et passe d’un sujet à l’autre avec élégance, parfois avec intérêt ou détachement, mais sans pudeur pour se montrer tel qu’il est depuis ses premières notes. Avant de poser sagement devant l’objectif sur le rooftop d’un bar du 18e arrondissement de Paris.

C’est au premier étage de la brasserie Barbès que nous retrouvons l’homme derrière les accords du morceau 911 de Damso. Avec son pull blanc et ses cheveux longs attachés en arrière, Saint DX n’a rien d’une superstar du rap. Dans son sac à dos, la plume « éprouvante » de Marcel Proust rencontre celle, « passionnée », de Laurent de Wilde, auteur du livre « Les fous du son » : « Je lis « À la recherche du temps perdu » depuis cinq ans. J’ai besoin d’une concentration ultime quand je le lis. C’est un bouquin sur la perte de l’être aimé. C’est douloureux à lire », explique l’artiste. 

Quand il n’est pas derrière son synthé, Saint DX se renseigne sur l’instrument, et en parle avec frénésie : « Les fous du son, je l’ai lu trois fois. L’auteur part de l’invention de l’électricité par Edison pour en arriver au synthétiseur qui, à la base, est une transformation de l’onde électrique en son. C’est passionnant. » Entre Proust et le synthé, il lit aussi, au moment de la rencontre, un ouvrage de Kate Tempest nommé « Connexion » tout en parcourant « un espèce d’essai » des philosophes Spinoza et Gilles Deleuze. 

Cœur à cœur avec le synthétiseur

Entre l’album de Damso, celui de Squidji, son deuxième projet « Unmixtape » dévoilé le 1er octobre et son prochain album prévu pour 2022 sur lequel il travaille, le producteur tient à « se créer du temps pour lire », comme il l’a toujours fait. Adolescent, il fait des allers-retours entre la gare de Massy-Palaiseau où il habite et la Fnac de Paris-Montparnasse : « J’y ai lu tous les « Dragon Ball ». J’étais fan des « Chevaliers du Zodiaque » aussi mais ça coûtait trop cher pour les acheter. À l’époque, un manga c’était 5 francs. C’était le budget de la semaine que me donnait ma mère. Donc, je préférais acheter un ticket de métro pour les lire à la Fnac. »

Le compositeur se souvient aussi d’un vendeur qui lui conseille un jour d’écouter l’album « Rock Bottom » de Robert Wyatt : « J’ai trouvé la pochette de ce CD magnifique. La première fois que je l’ai écouté, c’était inaudible. J’en voulais au vendeur de me l’avoir fait acheter (rires). C’est une musique très amer, très dur. Aujourd’hui, c’est l’un des artistes que j’aime le plus donc finalement, je le remercie. » Au détour d’une anecdote, Saint DX ne manque jamais de raconter la vie ou le parcours des artistes ou des auteur.rice.s dont il parle, affichant ainsi une culture générale large et précise. 

Dans la bande originale du « Grand Bleu », il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore maintenant, quand je l’écoute, ça me procure des sensations fortes.

Saint DX pour Mosaïque

Lorsqu’il évoque son adolescence, il mentionne aussi « Les Robots » d’Isaac Azimov mais sa madeleine de Proust reste la saga Harry Potter : « C’est ma lecture de jeunesse que j’ai le plus kiffé. J’attendais leur sortie avec impatience. Je les lisais en anglais avant de pouvoir les lire en français. Je jetais des sorts tout seul dans ma chambre. » Et si Saint DX n’est toujours pas devenu sorcier, le synthétiseur est devenu son moyen d’ensorcellement. C’est d’ailleurs lorsqu’il entend l’ouverture de la bande originale du film « Le Grand Bleu » dans le salon de ses parents qu’il est envoûté par l’instrument pour la première fois : « Je trouvais qu’il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore maintenant, quand je l’écoute, ça me procure des sensations fortes. » 

La magie du collectif

Aujourd’hui, Saint DX cherche à provoquer ce qu’il ressent à travers ses compositions. Connu pour ses productions pour Damso, Squidji et bientôt Disiz, le musicien chante aussi sur ses projets dont « Unmixtape », un deuxième EP qu’il a voulu spontané : « Je voulais délivrer quelque chose de très naturel. Un peu comme un circuit court, de l’agriculteur au consommateur (rires). C’est comme ça qu’on devrait faire. » Il compose ce projet seul, chez lui, préférant ne montrer aux autres que « le produit fini », par timidité. Une solitude qui lui avait manqué après avoir travaillé en collectif pour « QALF » de Damso et « Ocytocine » de Squidji, aux côtés d’autres producteurs (Prinzly, Ponko, Dioscures, Paco Del Rosso, NDLR) : « Au début, quand je me suis retrouvé à bosser en bande, je me suis demandé pourquoi je m’infligeais cette souffrance de devoir bosser seul. Donc j’ai un peu mis mon projet de côté. Deux semaines après ces expériences, j’avais déjà envie de retrouver mon EP parce qu’en solitaire, tu prends beaucoup plus le temps. »

Des expériences collectives dont Saint DX ressort transformé. En composant les morceaux 911 et MVTR pour Damso, il expérimente des sensations jusqu’alors inconnues : « Je me souviens, j’étais dans ma chambre à 6 ou 7 h. On venait de composer les deux titres. J’ai pris une douche et je me suis rendu compte que je savais qu’on venait collectivement de faire quelque chose d’incroyable. Je n’ai jamais revécu quelque chose d’aussi fort. C’était une expérience tellement riche et spéciale que c’est dur de passer de Damso à d’autres artistes. »

Sa rencontre avec le rappeur belge donne à son parcours une autre dimension : « Damso m’a apporté des souvenirs sans précédent et une reconnaissance à laquelle je ne m’attendais pas. Avant ça, je faisais tout dans ma piaule. Et d’un coup, en studio, ta parole a un poids. » Il retrouve cette émulation de groupe avec le projet du jeune Squidji qui fait appel à plusieurs producteurs présents sur l’album de Damso : « En studio, on se demandait ce qui se passait, tellement c’était ouf. »

Face à son temps

Sa visibilité nouvelle le met aussi face aux réseaux sociaux auquel ce trentenaire qui n’a pas la télé chez lui n’avait alors jusque-là pas été exposé : « Quand Damso a sorti « QALF », je ne connaissais pas Twitter. Les rappeurs regardent beaucoup ce réseau mais la violence sur la musique et sur les gens m’a choqué. Ce n’est pas du tout bienveillant. Je me souviens qu’à minuit, on rafraichissait le feed et je voyais des : « Putain, c’est trop de la merde », alors qu’ils n’avaient même pas eu le temps d’écouter. Je découvrais ça. Ça ne m’a pas blessé mais c’est le problème de l’immédiateté. »

Je déteste les réseaux sociaux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vraiment pas un rapport sain avec ça.

Saint DX pour Mosaïque

Saint DX est de ceux.celles qui croit à la force du temps et se désole de voir la place que prend l’instantanéité dans la société. Pour la sortie de son projet, le producteur ne prévoit donc pas d’aller taper son nom dans la barre de recherche de Twitter : « Je déteste les réseaux sociaux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vraiment pas un rapport sain avec ça. Et puis, comparé à Damso, mon projet est tellement confidentiel. La pop est très différente. C’est une communauté beaucoup moins engagée. Je parle moins à cette génération de moins de 20 ans. » 

« Unmixtape » adopte des sonorités pop sur lesquelles Saint DX chante principalement en anglais : « J’adore crier des émotions dans mes morceaux, mais en français, je n’y arrive pas. Alors que j’adore chanter en anglais parce que j’ai moins d’attachement à la langue, du coup je me sens plus libre. Je m’en fiche que grammaticalement, ça ne sonne pas. En français, je réfléchis trop. » Un seul son de l’EP sur les neuf est chanté en français : Ilya. Saint DX aime aussi réinterpréter des classiques. Dans l’EP, le producteur reprend les airs de Gypsy Woman de Crystal Waters et All the tired horses de Bob Dylan : « J’aime dire les mots d’un autre. Souvent, je commence avec un piano voix et je me rends compte que les accords et ce que raconte la chanson me touche. »

À 34 ans, il respire le calme de quelqu’un éduqué par des parents bouddhistes. Celui qui s’informe en lisant Le Monde Diplomatique, en regardant les reportages Arte et en écoutant France Culture, dénote dans un paysage rap où il se sent bien. Actuellement en préparation de son album, prévu pour 2022, il se rend régulièrement à Bruxelles pour travailler aux côtés des producteurs Prinzly et Ponko qui lui apportent « leur vision et leur énergie », entre les murs des studios ICP où il a désormais ses habitudes : « J’aime l’odeur, les chambres, la nourriture, l’ingé son Jules Fradet mais aussi le gérant, John Hastry. Je m’y sens trop bien. »

Pas encore rodé à l’exercice du shooting photo, le producteur se cache derrière quelques mimiques burlesques pour poser, sans oublier de « se refaire une beauté » juste avant en détachant ses cheveux. Au détour d’un couloir, il croise la route d’une petite bibliothèque et ne résiste pas à l’envie d’y jeter un œil. Parmi les livres exposés, il choisit de feuilleter un roman d’espionnage, sans grande conviction, préférant retourner à sa quête du temps perdu. 

Retrouvez l’EP « Unmixtape » de Saint DX sur toutes les plateformes de streaming.

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Décryptages Investigation

Un son, une histoire : Σ. MOROSE, la pièce forte de « QALF infinity »

Avec « Un son, une histoire », Mosaïque s’intéresse aux petites histoires qui font la grande du hip-hop français. Le 28 avril 2021, après presque huit mois d’attente, Damso délivre la deuxième partie de son quatrième album : « QALF ». Perdus au milieu de onze nouveaux tracks, un piano, une guitare et un saxophone se mélangent avec harmonie sur une instrumentale rythmée. Ce titre, Σ. MOROSE, est devenu en quelques jours l’un des morceaux les plus marquants de la carrière du rappeur bruxellois. Pour mieux comprendre la recette de ce succès, nous avons contacté l’un des deux producteurs du titre, Elvin Galland, et le saxophoniste Dieter Limbourg.

En juillet 2018, Damso vient de libérer la troisième pièce de sa discographie : « Lithopédion ». Pourtant, le rappeur ne prend pas de pause et pense déjà les premières pierres de « QALF ». Il réunit alors plusieurs musiciens dans le studio ICP à Bruxelles pour une session studio. Elvin Galland fait parti d’entre eux. Le producteur a été convié par John Hastry (fondateur de l’ICP, NDLR) et ne sait pas encore ce qui l’attend. Il nous raconte : « On ne m’avait même pas dit avec qui j’allais bosser. Damso était là. Le beatmaker Ikaz Boi devait nous rejoindre mais il n’était pas encore arrivé. J’étais venu en tant que pianiste mais je lui ai lâché « Je fais un peu de prod, si tu veux en attendant je te fais écouter deux trois trucs ? » »

C’est ainsi qu’Elvin sort la première maquette de Σ. MOROSE et la présente à Damso. « Je lui ai fait écouter et il a kiffé tout de suite. J’avais mis un synthé de guitare au début, une basse et des batteries que Ikaz Boi a changé. »

Écoutez la première maquette de Morose, composée par Elvin Galland.

Finalement, lors de la session, tous se calent sur son instrumentale. « On s’est mis à nos instruments et on a tous jamé dessus (improvisé, NDLR). On s’est amusé. J’ai fais le piano et les petites mélodies que l’on entend sur les refrains. Le guitariste Jean-Marie Aerts a gratté un peu et le saxophoniste est venu poser son solo. »

À la fin du morceau, une mélodie de saxophone retentit et vient boucler le morceau. Une prise de risque remarquée lors de la sortie du titre. Dieter Limbourg, saxophoniste du groupe OtoMachine, a été contacté spécialement pour l’occasion. Au téléphone, le musicien nous raconte : « Il m’a fait écouter la musique, il y avait plusieurs prods. Il m’a laissé faire et j’ai improvisé. » Pour lui, poser la mélodie d’un instrument à vent sur un beat rap n’est pas une contrainte. Il n’a pas été surpris par ce choix artistique : « Le hip-hop est très connecté au jazz. Cela représente d’autres complexités rythmiques, mais je me suis très bien adapté. »

Pendant la session, Elvin Galland questionne Damso sur sa volonté d’instrumentaliser un peu plus sa musique : « ll m’a expliqué qu’il voulait faire des choses différentes, changer de vibe et de manière de bosser. À ce moment là, il n’avait rien en tête de précis, mais il voulait des aspects un peu plus jazz, plus musical. Se réunir entre musiciens, c’est quelque chose de plus rare dans le rap aujourd’hui. »

Le rappeur propose ensuite une pause à ses invités et commence à écrire avant de poser un couplet. « Ça l’avait inspiré », se rappelle Elvin. Vers 18 h, Damso met fin à la session : « J’ai un peu mal à la tête, on a de la matière, vous pouvez rentrer chez vous. »

Deux ans plus tard, après avoir enregistré ses voix avec Jules Fradet et envoyé le titre au mixage chez Nk.F, il dévoile Σ. MOROSE le 28 avril 2021 sur la tracklist de « QALF infinity ». Très rapidement, le morceau se hisse en tête des classements et devient le son le plus écouté en 24 h sur Spotify France en 2021. Devant ce succès, une version clippée a dores et déjà été annoncée par l’artiste lui-même.

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Entretiens Rencontres

Robin Conrad : « Il y a eu de la magie autour de ce tournage »

Le 5 février 2021, Damso et la chaîne Tarmac dévoilent le documentaire « Kin, tout est vie ». Pendant près de 27 minutes, le film revient sur son voyage à Kinshasa, au milieu des siens, lors de son déplacement pour la sortie de « QALF ». Caméra au poing, le réalisateur Robin Conrad et son équipe l’ont suivi pendant une semaine, plongés dans la frénésie de la capitale congolaise. Pour Mosaïque, Robin Conrad est revenu sur les coulisses d’un tournage différent.

Devant les portes de la paroisse Sainte-Anne, en plein cœur de Kinshasa, Damso fait face à de nombreux fidèles. Derrière son masque estampillé « The Vie », il tend une carte à l’un d’entre eux. Un geste symbolique et pourtant si puissant qui offre un an de mutuelle santé à ces Congolais venus l’accueillir. Un homme frappe sur son djembé et entame un chant de prière, unanimement repris par la foule. « Damso, que Dieu soit avec toi », résonne alors.

Damso à la paroisse Sainte-Anne. Crédit : Adrien Lengrand.

Derrière la caméra, Robin Conrad, réalisateur du documentaire « Kin, Tout est vie » et son équipe se laissent galvaniser par la scène et capturent ce moment de partage. Il nous raconte : « C’était un moment magique, tout le monde était très ému. Les gens étaient en demande. Lui était là pour donner. Il s’est reconnecté à quelque chose qui est essentiel pour lui : aider les siens. Je l’ai senti fier d’avoir réussi quelque chose d’assez grand dans sa musique pour impacter le réel. »

Il y a encore quelques jours pourtant, Robin était chez lui, à Bruxelles. Le départ pour l’Afrique s’est décidé à la dernière minute. Trois semaines plus tôt, Vinz Kanté, animateur sur Tarmac (la chaîne jeune de la RTBF, NDLR) convainc le rappeur belge de produire un documentaire sur lui à l’occasion de la sortie de « QALF », son quatrième album studio. Dans la foulée, le réalisateur Robin Conrad est contacté. « Jusqu’au dernier moment, nous n’étions pas sûrs de monter dans l’avion, se souvient-il. Tout s’est préparé à la hâte. Pour raconter quelque chose en images, je passe normalement du temps à comprendre et à imaginer avant de tourner. Ça s’écrit presque comme une fiction. Cette fois, tout s’est improvisé. Je n’avais quasiment rien préparé. »

Vinz Kanté et Robin Conrad. Crédit : Adrien Lengrand.

Avant de partir, il rencontre Damso pour dessiner les traits du documentaire. L’artiste lui confie son ambition de montrer les « belles choses » de la République démocratique du Congo. « Il voulait célébrer Kinshasa et casser avec le traitement médiatique misérabiliste qui est souvent fait sur son pays en Europe. J’ai donc souhaité dessiner un double portrait de la ville et de l’artiste, en montrant la capitale comme un véritable personnage », explique celui à qui le rappeur a laissé « carte blanche »

Lundi 14 septembre 2020. Le réalisateur, accompagné d’Adrien Lengrand, directeur de la photographie, Lancelot Hervé-Mignucci, chef opérateur son, et du producteur Vinz Kanté, foulent enfin le tarmac de l’aéroport international de Kinshasa. Direction l’hôtel du Fleuve Congo. Tout près de lui, Damso retrouve sa terre natale. « QALF » sort dans cinq jours. « Je le sentais très apaisé. J’avais l’impression d’être avec quelqu’un qui était en train de changer et je pense que ça s’entend dans son album. Il est honnête avec lui-même. Sa sérénité est aussi à double face. La réalité sur place est très belle, mais aussi très dure », nuance-t-il. 

Crédit : Adrien Lengrand.

Lancés dès le lendemain dans le dédale des rues congolaises, Robin et l’équipe de tournage se laissent bercer par les imprévus des déplacements de l’artiste. « Le programme n’a cessé de changer sur place. Même l’enregistrement du single Best en studio avec la star locale Innoss’B n’était pas prévu », explique-t-il. D’un point à un autre, il découvre aussi la densité de la circulation dans la capitale, l’une des plus embouteillées au monde : « Le plus difficile était de bouger tous ensemble, nous étions une quinzaine autour de lui. Nous prenions parfois plusieurs heures pour faire des trajets de quelques minutes. » Pourtant, ces conditions de tournage spécifiques n’ont jamais été une contrainte. Il précise : « Nous étions dans une énergie folle. Il y a eu de la magie autour de ce tournage. »

Loin des bruits incessants de klaxons et de moteurs, le cortège attend la nuit tombée pour revenir sur les jeunes pas du rappeur, à la recherche du quartier où Damso, alors âgé de cinq ans, a fui les pillages avec sa famille. Pendant dix minutes, il cherche sa maison sans succès. Robin raconte, pensif : « Il était très ému et perdu dans ses souvenirs d’enfant. Il a poussé une porte, mais ce n’était pas la bonne maison, même si la personne qui a ouvert semblait le connaître depuis très longtemps. C’était une belle métaphore de la quête de ses racines et de la perte de la culture. »

Robin Conrad, Innoss’B et Vinz Kanté. Crédit : Adrien Lengrand.

Entre deux moments de frénésie, la caméra s’arrête parfois avec attention sur les hommes qui croisent leur route et qui font battre le cœur de Kinshasa. C’est ainsi, et un peu par hasard, que Robin rencontre trois Congolais dans une fabrique de vêtements, non loin de leur studio. « Nous prenions des images dans la fabrique en cherchant des visages pour faire vivre la ville dans le documentaire et nous sommes tombés sur eux. Nous avons discuté deux minutes et nous avons ramené la caméra pour les filmer pendant une heure. Je n’avais aucune question préparée, c’était complètement improvisé », se remémore-t-il.

Avec un sourire qui se devine dans sa voix au téléphone, il confie : « Je voulais aussi que l’on puisse entendre du lingala (dialecte congolais, NDLR) à la télévision belge. C’est un clin d’œil à la diaspora congolaise résidente en Belgique et au passé de ces deux pays, liés par la colonisation. » Des visages, mais aussi des capsules de nature empruntées au sanctuaire animalier de Lola Ya Nonobo, au sud de la Kinshasa. Embarqué sur un petit bateau, il s’imprègne la richesse de la biodiversité et les sourires malicieux des quelques singes venus pointer le bout de leur nez.

Crédit : Adrien Lengrand.

Après sept jours d’expédition, les équipes prennent le chemin du retour. Un retour à la réalité, non sans émotion pour le réalisateur : « Nous avions une adrénaline qui a mis plusieurs jours à redescendre. C’était une semaine incroyable. » À peine le temps d’atterrir que le travail de post-production commence déjà. Mixage, montage, étalonnage… La vidéo qui ne devait durer que douze minutes s’allonge finalement pour faire naître un court documentaire : « Damso a visionné le film et s’est reconnu dans ce qu’il a vu. Nous nous étions bien compris. »

Aujourd’hui, « Kin, tout est vie » a trouvé son public. En Belgique, en France ou en Afrique, les visions croisées de Robin et du rappeur ont traversé les frontières. Une histoire de musique, d’hommes, de pauvreté, de richesse, mais surtout de vie. « Nous voulions donner quelque chose de généreux. Son succès témoigne du fait que les gens de là-bas ont besoin de symboles et de représentations. Le Congo est un pays bafoué. C’est agréable pour eux de voir qu’un exemple de la diaspora qui a réussi revient pour mettre le pays en valeur. »

La réalisation de l’affiche

L’affiche du documentaire a été réalisée par le photographe Romain Garcin, également à l’origine des pochettes des albums « QALF et « Lithopédion ». Il nous raconte, point par point, les étapes de son travail.

Découvrez-les en cliquant sur les animations ci-dessous. Activez le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Le documentaire « KIN, TOUT EST VIE » est disponible sur Youtube.

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Décryptages Investigation

Romain Garcin : « QALF, c’est une cover simple mais pas simpliste »

Le 18 septembre 2020, Damso révèle l’album « QALF » attendu par son public depuis 2014. La pochette du projet étonne par sa simplicité. L’homme derrière le visuel, Romain Garcin, nous raconte les coulisses de sa conception et de sa collaboration avec Damso.

« L’idée, c’était de réaliser une cover simple mais pas simpliste », explique Romain Garcin, qui a également réalisé la pochette de l’album « Lithopédion ». Pour cette deuxième collaboration, Damso lui explique vouloir mettre la musique au cœur de tout :

« Damso n’a pas cette volonté d’exposition. Il ne s’est jamais mis en valeur sur les pochettes de ses albums. Sur ses quatre projets, il disparaît au fur et à mesure. Sur « Batterie Faible », il est dans un clair obscur, sur celle d’« Ipséité », il est totalement dans l’obscurité. « Lithopédion » ne montrait que son œil. « QALF » est donc la suite logique. Une disparition complète. Je pense que les covers qui marquent le plus leur époque sont rarement celles qui montrent des portraits mais plutôt des concepts. Nous voulions créer un album intemporel, qui se concentre sur l’essentiel. »

– Romain Garcin

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « QALF » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquer en bas de droite pour mettre en plein écran.

Les réactions après la sortie

« Lors de sa sortie, il y a eu deux réactions différentes. Celle du milieu professionnel et celle du public. Nous étions conscients que nous y allions au culot. J’avais dit à Damso : « Si la cover floppe, c’est moi qui me prendrais le bad buzz. » Pas lui. J’étais assez confiant et en même temps je m’attendais à des retours d’incompréhension, à ce que les gens disent que c’est trop simple. Ce que j’avais moins prévu, c’est que lorsque nous avons dévoilé le CD dans la campagne d’affichage, les gens n’ont pas tilté que c’était la cover. (rires) »

– Romain Garcin

Le travail avec Damso

« Tu vois l’expression Sky is the limit ? Pour lui, c’est réel. Pourtant, il est totalement humain. Il est d’ailleurs beaucoup plus humain que la plupart des artistes en développement. Le succès il y a goûté et maintenant, il est dans l’optique d’un passionné. C’est un vrai passionné. C’est quelqu’un qui s’émerveille de toutes les trouvailles qu’il peut faire. Il s’investit autant dans sa musique que dans le visuel. Je suis entrain de bosser sur de nouveaux projets avec lui mais je ne pourrai évidemment rien dire. (rires) »

– Romain Garcin
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Chroniques

« QALF » – L’avis de la rédaction

Vendredi 18 septembre à minuit sortait « QALF », le quatrième album studio de Damso, mais aussi l’un des albums les plus attendus de l’année. À travers une tracklist de quatorze morceaux, le rappeur belge enchante autant qu’il déçoit, divise autant qu’il surprend. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Un album mature »

« QALF » sonne comme l’album le plus mature dans la discographie de Damso. Il réussit à se renouveler humainement et artistiquement, tant sur les thèmes abordés, que sur les productions du projet. Beaucoup plus lumineux que « Lithopédion », le projet témoigne d’une profonde richesse musicale qui transcende l’émotion dégagée par la plume de l’artiste. Remplie de nouvelles ondes positives, cette longue pause musicale aura permis au rappeur la création d’un opus audacieux, touchant et diversifié.
Mention spéciale : Pour l’argent, pour sa mélodie et son chant en lingala.

– Jules Careau

« Pas totalement convaincant »

Un projet loin d’être décevant, mais pas totalement convaincant. En effet, les thématiques abordées par Damso y sont intéressantes, mais la forme de certains titres plus mélodieux dans lesquels le rappeur belge s’essaye à de nouvelles choses peut surprendre, surtout à la première écoute. Si parfois l’expérience semble s’avérer payante comme sur Cœur en miettes et BXL Zoo, des titres tels que Deux toiles de mer ou encore 911 contrastent (trop ?) avec les sonorités que l’on aurait pu attendre de Damso. Des prises de risques qui laissent un goût amer à un projet de qualité, très personnel, profond et bien produit. En conclusion, « QALF » s’apprécie de mieux en mieux au fil des écoutes en attendant, peut être, une deuxième partie pour faire l’unanimité.

– Yassine Ben Amor

Cover de l’album « QALF ». Crédit : Romain Garcin.

« Une expérience sensorielle »

« QALF » nous plonge dans une expérience sensorielle. À travers l’un des nombreux univers côtoyé par l’artiste, tintée de différentes couleurs – l’amour, la famille, la foi, la transmission etc – sur fond de sonorités africaines, faisant écho à son pays natal : la République Démocratique du Congo. Cette mixtape, devenue album, nous permet de pénétrer la brèche déjà présente sur ses projets précédents. Les doutes et l’amour paternel dont il nous fait part dans Peur d’être père ou William sont alors parfaitement perceptibles dans le morceau Deux toiles de mer. On décèle une véritable maturité au niveau des émotions retranscrites. Nous avons à faire à un Damso serein – comme aime le rappeler son tatouage sur la main gauche – qui prend le temps de se focaliser sur ce qui compte réellement dans cette vie : la famille, la santé et l’amour des siens.

– Imane Lyafori

« Le Meilleur d’entre-vous tous réunis a changé »

« QALF » ou « Qui Aime Like Follow », un principe simple et pourtant si particulier. Laisser parler la musique sans fioriture. Ici pas besoin de cover, de clip ou de promotion démesurée. L’artiste y apparaît heureux, touchant et relâché, loin des entraves de l’industrie musicale. Le rappeur livre donc une véritable mosaïque d’émotions, pleine de couleurs et regorgeant de détails intimes. Il ne peut pas plaire à tout le monde, et c’est sans doute ça qui le rend si beau. Le Meilleur d’entre-vous tous réunis (MEVTR) a changé, mais pour évoluer et s’ouvrir encore plus. « L’album le plus attendu de l’année » mérite amplement son titre.

– Amaël Coquel