Mosaïque

Saint DX joue autant qu’il inter­prète et voue un amour sim­ple au son. Dans son deux­ième EP « Unmix­tape », paru le ven­dre­di 1er octo­bre, le pro­duc­teur fran­cilien chante et com­pose de ten­dres lignes de pop. Lors de sa ren­con­tre avec Mosaïque, l’artiste s’apprête à dévoil­er le disque. Pen­dant l’entretien, il digresse et passe d’un sujet à l’autre avec élé­gance, par­fois avec intérêt ou détache­ment, mais sans pudeur pour se mon­tr­er tel qu’il est depuis ses pre­mières notes. Avant de pos­er sage­ment devant l’objectif sur le rooftop d’un bar du 18e arrondisse­ment de Paris.

C’est au pre­mier étage de la brasserie Bar­bès que nous retrou­vons l’homme der­rière les accords du morceau 911 de Damso. Avec son pull blanc et ses cheveux longs attachés en arrière, Saint DX n’a rien d’une super­star du rap. Dans son sac à dos, la plume « éprou­vante » de Mar­cel Proust ren­con­tre celle, « pas­sion­née », de Lau­rent de Wilde, auteur du livre « Les fous du son » : « Je lis « À la recherche du temps per­du » depuis cinq ans. J’ai besoin d’une con­cen­tra­tion ultime quand je le lis. C’est un bouquin sur la perte de l’être aimé. C’est douloureux à lire », explique l’artiste. 

Quand il n’est pas der­rière son syn­thé, Saint DX se ren­seigne sur l’instrument, et en par­le avec frénésie : « Les fous du son, je l’ai lu trois fois. L’auteur part de l’invention de l’électricité par Edi­son pour en arriv­er au syn­thé­tiseur qui, à la base, est une trans­for­ma­tion de l’onde élec­trique en son. C’est pas­sion­nant. » Entre Proust et le syn­thé, il lit aus­si, au moment de la ren­con­tre, un ouvrage de Kate Tem­pest nom­mé « Con­nex­ion » tout en par­courant « un espèce d’essai » des philosophes Spin­oza et Gilles Deleuze. 

Cœur à cœur avec le synthétiseur 

Entre l’album de Damso, celui de Squid­ji, son deux­ième pro­jet « Unmix­tape » dévoilé le 1er octo­bre et son prochain album prévu pour 2022 sur lequel il tra­vaille, le pro­duc­teur tient à « se créer du temps pour lire », comme il l’a tou­jours fait. Ado­les­cent, il fait des allers-retours entre la gare de Massy-Palaiseau où il habite et la Fnac de Paris-Mont­par­nasse : « J’y ai lu tous les « Drag­on Ball ». J’étais fan des « Cheva­liers du Zodi­aque » aus­si mais ça coû­tait trop cher pour les acheter. À l’époque, un man­ga c’était 5 francs. C’était le bud­get de la semaine que me don­nait ma mère. Donc, je préférais acheter un tick­et de métro pour les lire à la Fnac. » 

Le com­pos­i­teur se sou­vient aus­si d’un vendeur qui lui con­seille un jour d’écouter l’album « Rock Bot­tom » de Robert Wyatt : « J’ai trou­vé la pochette de ce CD mag­nifique. La pre­mière fois que je l’ai écouté, c’était inaudi­ble. J’en voulais au vendeur de me l’avoir fait acheter (rires). C’est une musique très amer, très dur. Aujourd’hui, c’est l’un des artistes que j’aime le plus donc finale­ment, je le remer­cie. » Au détour d’une anec­dote, Saint DX ne manque jamais de racon­ter la vie ou le par­cours des artistes ou des auteur.rice.s dont il par­le, affichant ain­si une cul­ture générale large et précise. 

Dans la bande orig­i­nale du « Grand Bleu », il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore main­tenant, quand je l’écoute, ça me pro­cure des sen­sa­tions fortes.

Saint DX pour Mosaïque

Lorsqu’il évoque son ado­les­cence, il men­tionne aus­si « Les Robots » d’Isaac Azi­mov mais sa madeleine de Proust reste la saga Har­ry Pot­ter : « C’est ma lec­ture de jeunesse que j’ai le plus kif­fé. J’attendais leur sor­tie avec impa­tience. Je les lisais en anglais avant de pou­voir les lire en français. Je jetais des sorts tout seul dans ma cham­bre. » Et si Saint DX n’est tou­jours pas devenu sor­ci­er, le syn­thé­tiseur est devenu son moyen d’ensorcellement. C’est d’ailleurs lorsqu’il entend l’ouverture de la bande orig­i­nale du film « Le Grand Bleu » dans le salon de ses par­ents qu’il est envoûté par l’in­stru­ment pour la pre­mière fois : « Je trou­vais qu’il y avait quelque chose de physique, comme une caresse, dans cette recherche de l’émotion brute. Encore main­tenant, quand je l’écoute, ça me pro­cure des sen­sa­tions fortes. » 

La magie du collectif 

Aujourd’hui, Saint DX cherche à provo­quer ce qu’il ressent à tra­vers ses com­po­si­tions. Con­nu pour ses pro­duc­tions pour Damso, Squid­ji et bien­tôt Dis­iz, le musi­cien chante aus­si sur ses pro­jets dont « Unmix­tape », un deux­ième EP qu’il a voulu spon­tané : « Je voulais délivr­er quelque chose de très naturel. Un peu comme un cir­cuit court, de l’agriculteur au con­som­ma­teur (rires). C’est comme ça qu’on devrait faire. » Il com­pose ce pro­jet seul, chez lui, préférant ne mon­tr­er aux autres que « le pro­duit fini », par timid­ité. Une soli­tude qui lui avait man­qué après avoir tra­vail­lé en col­lec­tif pour « QALF » de Damso et « Ocy­tocine » de Squid­ji, aux côtés d’autres pro­duc­teurs (Prin­z­ly, Ponko, Dioscures, Paco Del Rosso, NDLR) : « Au début, quand je me suis retrou­vé à boss­er en bande, je me suis demandé pourquoi je m’infligeais cette souf­france de devoir boss­er seul. Donc j’ai un peu mis mon pro­jet de côté. Deux semaines après ces expéri­ences, j’avais déjà envie de retrou­ver mon EP parce qu’en soli­taire, tu prends beau­coup plus le temps. »

Des expéri­ences col­lec­tives dont Saint DX ressort trans­for­mé. En com­posant les morceaux 911 et MVTR pour Damso, il expéri­mente des sen­sa­tions jusqu’alors incon­nues : « Je me sou­viens, j’étais dans ma cham­bre à 6 ou 7 h. On venait de com­pos­er les deux titres. J’ai pris une douche et je me suis ren­du compte que je savais qu’on venait col­lec­tive­ment de faire quelque chose d’incroyable. Je n’ai jamais revécu quelque chose d’aussi fort. C’était une expéri­ence telle­ment riche et spé­ciale que c’est dur de pass­er de Damso à d’autres artistes. »

Sa ren­con­tre avec le rappeur belge donne à son par­cours une autre dimen­sion : « Damso m’a apporté des sou­venirs sans précé­dent et une recon­nais­sance à laque­lle je ne m’attendais pas. Avant ça, je fai­sais tout dans ma piaule. Et d’un coup, en stu­dio, ta parole a un poids. » Il retrou­ve cette ému­la­tion de groupe avec le pro­jet du jeune Squid­ji qui fait appel à plusieurs pro­duc­teurs présents sur l’album de Damso : « En stu­dio, on se demandait ce qui se pas­sait, telle­ment c’était ouf. »

Face à son temps

Sa vis­i­bil­ité nou­velle le met aus­si face aux réseaux soci­aux auquel ce trente­naire qui n’a pas la télé chez lui n’avait alors jusque-là pas été exposé : « Quand Damso a sor­ti « QALF », je ne con­nais­sais pas Twit­ter. Les rappeurs regar­dent beau­coup ce réseau mais la vio­lence sur la musique et sur les gens m’a choqué. Ce n’est pas du tout bien­veil­lant. Je me sou­viens qu’à minu­it, on rafraichis­sait le feed et je voy­ais des : « Putain, c’est trop de la merde », alors qu’ils n’avaient même pas eu le temps d’écouter. Je décou­vrais ça. Ça ne m’a pas blessé mais c’est le prob­lème de l’immédiateté. »

Je déteste les réseaux soci­aux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vrai­ment pas un rap­port sain avec ça.

Saint DX pour Mosaïque

Saint DX est de ceux.celles qui croit à la force du temps et se désole de voir la place que prend l’instantanéité dans la société. Pour la sor­tie de son pro­jet, le pro­duc­teur ne prévoit donc pas d’aller taper son nom dans la barre de recherche de Twit­ter : « Je déteste les réseaux soci­aux. Je les utilise parce que j’y suis obligé. Mais je n’ai vrai­ment pas un rap­port sain avec ça. Et puis, com­paré à Damso, mon pro­jet est telle­ment con­fi­den­tiel. La pop est très dif­férente. C’est une com­mu­nauté beau­coup moins engagée. Je par­le moins à cette généra­tion de moins de 20 ans. » 

« Unmix­tape » adopte des sonorités pop sur lesquelles Saint DX chante prin­ci­pale­ment en anglais : « J’adore crier des émo­tions dans mes morceaux, mais en français, je n’y arrive pas. Alors que j’adore chanter en anglais parce que j’ai moins d’attachement à la langue, du coup je me sens plus libre. Je m’en fiche que gram­mat­i­cale­ment, ça ne sonne pas. En français, je réfléchis trop. » Un seul son de l’EP sur les neuf est chan­té en français : Ilya. Saint DX aime aus­si réin­ter­préter des clas­siques. Dans l’EP, le pro­duc­teur reprend les airs de Gyp­sy Woman de Crys­tal Waters et All the tired hors­es de Bob Dylan : « J’aime dire les mots d’un autre. Sou­vent, je com­mence avec un piano voix et je me rends compte que les accords et ce que racon­te la chan­son me touche. »

À 34 ans, il respire le calme de quelqu’un éduqué par des par­ents boud­dhistes. Celui qui s’informe en lisant Le Monde Diplo­ma­tique, en regar­dant les reportages Arte et en écoutant France Cul­ture, dénote dans un paysage rap où il se sent bien. Actuelle­ment en pré­pa­ra­tion de son album, prévu pour 2022, il se rend régulière­ment à Brux­elles pour tra­vailler aux côtés des pro­duc­teurs Prin­z­ly et Ponko qui lui appor­tent « leur vision et leur énergie », entre les murs des stu­dios ICP où il a désor­mais ses habi­tudes : « J’aime l’odeur, les cham­bres, la nour­ri­t­ure, l’ingé son Jules Fradet mais aus­si le gérant, John Has­try. Je m’y sens trop bien. »

Pas encore rodé à l’exercice du shoot­ing pho­to, le pro­duc­teur se cache der­rière quelques mim­iques bur­lesques pour pos­er, sans oubli­er de « se refaire une beauté » juste avant en détachant ses cheveux. Au détour d’un couloir, il croise la route d’une petite bib­lio­thèque et ne résiste pas à l’envie d’y jeter un œil. Par­mi les livres exposés, il choisit de feuil­leter un roman d’es­pi­onnage, sans grande con­vic­tion, préférant retourn­er à sa quête du temps perdu. 

Retrou­vez l’EP « Unmix­tape » de Saint DX sur toutes les plate­formes de streaming.

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