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3 questions à Rencontres

3 questions à… Raphaël Da Cruz, journaliste rap et auteur du podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » 

Présenté par la radio Mouv’, le podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » est sorti lundi 27 septembre. Un documentaire audio qui retrace les origines et l’ascension du rap en France à travers ses grands mouvements, nourri par des entretiens inédits et des archives, raconté avec la voix de l’animateur Pascal Cefran. Les trois premiers épisodes sont déjà disponibles avec comme invités IAM, Solo (ex-Assassin), Rocca (La Cliqua), Zoxea (Les Sages Poètes de la Rue) ou encore Oxmo Puccino, Fabe et Expression Direkt. Pour comprendre la conception du podcast, Mosaïque a posé trois questions à son auteur : Raphaël Da Cruz, journaliste rap pour la radio Mouv’, Booska-p et l’Abcdr du Son.

Comment le podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » est-il né ?

La radio Mouv’ m’a suggéré de leur fournir une idée de podcast et je leur ai proposé de raconter l’histoire du rap français selon ses mouvements et ses courants de musique. Le projet est né au début de l’année dernière mais à cause du confinement j’ai commencé à vraiment mettre les mains dedans à l’été 2020. En avançant dans la production des épisodes, on s’est rendu compte qu’il y avait des défauts, alors on a fait appel à Éric Lancien, un réalisateur de Radio France. Il a magnifié notre boulot et il m’a donné des idées de montage. Ça a donc été beaucoup plus vite à partir de mars 2021. C’est aussi à ce moment-là que s’est débloquée l’interview d’IAM, très importante pour les premiers épisodes. On a ensuite choisi de l’appeler « Du béton aux nuages » parce que ça reprend l’idée de l’élévation, le rap qui part d’en bas mais aussi la dimension sociale. L’arrivée dans les nuages sous-entend la consécration. Ça rappelait aussi la tendance du cloud rap. C’est une grande joie que ça sorte enfin !

C’est un projet très ambitieux. J’ai fait des études d’histoire avant et j’ai essayé d’utiliser ça pour dessiner une trame, un peu comme un historien.

Raphaël Da Cruz pour Mosaïque

Quelles méthodes de travail as-tu utilisées pour reconstituer le plus fidèlement possible la chronologie de l’existence du rap en France ?

C’est un projet très ambitieux. J’ai fait des études d’histoire avant et j’ai essayé d’utiliser ça pour dessiner une trame, un peu comme un historien. J’ai fait appel à ma mémoire, ce que je savais déjà avec des articles que j’avais pu lire il y a longtemps. J’ai repris des livres sur NTM, la biographie d’Akhenaton… Pour MC Soolar, on avait déjà fait un gros dossier pour l’Abcdr du Son sur son deuxième album « Prose Combat ». Je me suis aussi appuyé sur le documentaire « Rap Attack » sur le rap français réalisé en 2002 par Chimiste, un beatmaker membre du groupe de La Cliqua. Les interviews que j’ai faites au fur et à mesure m’ont beaucoup guidé. Le passage dans le premier épisode où je parle de la Radio 7 (une radio jeune lancée par Radio France en 1980, NDLR), c’est venu en discutant avec Sydney, le premier rappeur français. Et je me suis plongé dans des archives de l’audiovisuel français public avec l’aide des documentalistes de l’INA (l’Institut National de l’Archive, NDLR). Pour un artiste comme MC Solaar qui a été énormément interviewé dans les années 1990 c’était plus simple. Mais pour aller chercher des passages sur NTM où on parle d’émeutes, ou sur le meurtre d’Ibrahim Ali par exemple (Un jeune rappeur marseillais abattu d’une balle dans le dos par des colleurs d’affiches du FN en 1995, NDLR), il fallait piocher les bons extraits. C’est un travail vertigineux… J’ai eu des périodes de doutes face à tout ce que je devais gérer, mais l’expérience m’a beaucoup plu et elle s’est concrétisée.

Les trois premiers épisodes sont déjà disponibles, que peut-on attendre des prochains ?

La série va s’étaler sur onze épisodes et les trois suivants vont sortir pendant le premier trimestre 2022. On travaille toujours dessus. Pour le numéro 4, on va parler de l’âge d’or du rap français, avec les cartons commerciaux de collectifs comme le Secteur Ä et la Mafia K’1 Fry. L’épisode 5 sera consacré aux groupes et aux artistes qui ont été en rupture avec ce mouvement, comme La Caution et La Rumeur. Enfin, le sixième volet sera porté sur les superstars du rap français en solo, comme Diam’s, Soprano, Rohff ou Booba. On va faire en sorte que ça puisse continuer de parler à tous, que ce soit les auditeurs plus âgés à qui ça va rappeler des souvenirs ou les plus jeunes qui aiment cette musique et qui veulent découvrir le pourquoi du comment. L’évolution du rap, c’est un jeu de dominos. C’est important de pouvoir tout mettre en perspective. 

Retrouvez le podcast « Du béton aux nuages, la saga du rap français » produit par la radio Mouv’ sur toutes les plateformes de streaming et l’application Radio France.

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Décryptages Investigation

Frenetik, la noirceur haute en couleur

En mai 2020, Frenetik dévoilait son premier EP : « Brouillon ». Alors que le titre laisse entendre que ce n’était qu’un croquis, il laissera bientôt place à une ébauche aux multiples teintes : « Jeu de couleurs », son prochain projet. Programmé pour début 2021, il pourrait venir confirmer l’ascension du rappeur, reconnu comme l’une des révélations de l’année.

Un flow incisif, des prods brutales et des textes impactants, Frenetik a de nombreux atouts qui font de lui un artiste complet et attendu. Kickeur expérimenté, le jeune rappeur bruxellois s’autorise aussi des refrains chantés qui s’ajoutent à sa palette artistique déjà bien éclectique.

Des atouts avec lesquels le jeune poulain du label Jeune Boss Records a conçu « Brouillon »,  un premier jet de démonstration dans lequel il témoigne de ses ambitions : « J’vois plus loin qu’eux, pourtant j’suis qu’un gamin. » (Virus BX-19).

Brutalité consciente

Alors que son public s’agrandit de jour en jour, le jeune rappeur a également reçu des coups de pouce tout droit venus des cadors du rap francophone. Il a ainsi été convié par Oxmo Puccino en personne sur la scène de la FiftyFifty Session, avec Zed Yun Pavarotti, en tant que jeune talent. Damso lui a d’ailleurs récemment consacré un « S/O » dans son morceau BPM, extrait de « QALF » : « J’mets YG, Frenetik, volume dans la ture-voi. » Les deux artistes sont liés par des origines belges, mais aussi par une plume colorée intégrée à un univers particulièrement sombre.

« Quand j’écris, j’essaie de faire en sorte que mes paroles puissent être des images. »

Frenetik

Frenetik souhaite se démarquer grâce à une vision très précise de ce que renvoie ses punchlines, qu’il veut touchantes et fortes auprès de son public. « Quand j’écris, j’essaie de faire en sorte que mes paroles puissent être des images », confiait-il dans le Wesh qui lui a été dédié sur la chaîne YouTube de Booska-P. Son agilité à l’écriture est sans doute l’une de ses aptitudes les plus développées, bien relevée par des producteurs de renom comme Richie Beats (Booba, Nekfeu, Dinos, Joke, Ateyaba, Koba LaD) qui font déjà partie de son entourage.

Un rap conscient pour cet artiste qui ne « rappe pas que pour le plaisir » et souhaite parler de ce qui le touche, conscient de porter des idées et des engagements. Dans le morceau Trafic, il évoque d’ailleurs les violences policières : « Un policier meurt dans une bavure, c’est ce que j’appelle une remontada. » Un titre sanglant qu’il a révélé avoir écrit il y a cinq ans, toujours « tristement » d’actualité.

Le souci de l’esthétique 

Ses envolées de trap hargneuses se reposent aussi sur une esthétique particulièrement soignée. Cette bascule se remarque avec les visuels réalisés pour l’EP « Brouillon ». Le clip de BX-19 fait d’abord figure d’OVNI. Nous pouvons y voir une télévision vintage faire défiler des images d’archives pour illustrer son propos.

De la même manière, le plan-séquence du titre Trafic montre son souhait d’une direction artistique inspirée et cohérente. Frenetik a récemment dévoilé Chaos, un morceau inédit accompagné d’un clip marquant avec des images fortes le montrant en pleine confrontation avec des CRS. « Bref, à suivre », lâche-t-il à la fin.

Point culminant de la hype entourant le phénomène belge : sa double apparition dans les studios de Colors. Son interprétation sur fond vert du titre Infrarouge a été particulièrement remarquée et dépasse désormais le million de vues. Ce titre a finalement été annoncé comme le premier extrait de son prochain projet.

Dévoué à l’écriture, le rappeur belge de 21 ans vient seulement d’ouvrir son micro. « J’ai trop de choses à dire », expliquait-il à l’occasion de sa session studio pour Blacklisted. Un peintre sombre et prometteur qui délivrera sa nouvelle toile, « Jeu de couleurs », dans quelques mois.