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La Fève fait-il de la plug ? La réponse au débat lancé par Amin et Hugo

Le 10 janvier, Amin et Hugo ont publié sur YouTube une vidéo de réactions à « ERRR », la première mixtape du rappeur La Fève. Pendant l’écoute, leurs comparaisons de certaines instrumentales du projet à de la « plug music » ont scandalisé de nombreux fans et musicien.ne.s. Mais qu’en-t-il vraiment ? Mosaïque a mené l’enquête.


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La vidéo a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux. Lorsque Amin et Hugo, vidéastes, publient leur première écoute de la mixtape « ERRR » de La Fève sur YouTube, de nombreux fans de l’artiste se déchaînent contre le duo. En effet, leur avis très réservé sur le projet de ce rappeur, considéré comme l’un des plus prometteur.se.s de sa génération, acclamé par la critique, a été mal reçu. Joint par téléphone, Amin raconte : « Je m’y attendais un peu. C’est une nouvelle génération alors on la critique très peu parce qu’elle bouscule les codes. Mais c’est pas pour ça que c’est de la bonne musique et qu’on est obligé de kiffer. On a été honnêtes, on a jamais clashé personne. »

Imbroglio autour du terme « plug »

Mais parmi les nombreux messages d’insultes, certains comme le producteur Kosei, auteur de quatre instrumentales sur « ERRR », sont venus soulever sans animosité une autre remarque. « Ça me fume les termes utilisés et le fait de tjr associer ça a de la plugg », écrit-t-il sur Twitter.

Et pour cause, durant la vidéo, les deux auditeurs comparent régulièrement la proposition de La Fève à de la plug, un courant musical né aux États-Unis pendant la première moitié des années 2010 sous l’impulsion du groupe BeatPluggz. Parmi ses membres, des producteurs comme A$att, BeatPluggTwo, Corey Lingo, Polo Boy Shawty, StoopidXoolUn et surtout MexikoDro. 

Des réactions à chaud et des auditeur.rice.s en colère

À l’origine, la plug se caractérise par une musique planante et lumineuse avec des basses courtes et sourdes. Ce rapprochement leur a été vivement reproché, notamment par le rappeur lui-même qui n’a pas caché sa surprise dans une story Instagram.

Amin s’en explique : « Il faut d’abord savoir qu’on est pas du tout des spécialistes. Avec Hugo, on a découvert la plug très récemment, avec Serane par exemple. Et oui, il y a des éléments qui m’ont fait penser à ça en écoutant La Fève. C’était notre impression à chaud. Surtout quand il rappe à fond et qu’on a l’impression qu’il s’en fout de l’instru. J’ai l’impression qu’il y a la prod, les flows et qu’on mélange. Et d’ailleurs, c’est un choix artistique qui se respecte. »

Beaucoup d’auditeur.rice.s de La Fève, comme de plug, ont été pris de court. C’est le cas de Louis, connu aussi sous le nom de Sely La Prise sur les réseaux sociaux et auteur de la mixtape « Connecté ». Il explique avoir été très étonné par la vidéo : « On peut sûrement trouver quelques similitudes avec des instrus plug dans ce que choisit La Fève, certaines influences, quelques éléments sonores, mais c’est tout. »

Et si le rappeur fait usage de quelques « placements spéciaux qui peuvent sembler un peu hors beat, c’est n’est pas pour ça que c’est de la plug. La musique reste trap », confirme ce jeune rennais en faisant référence au DMV. Un flow avec un débit de parole élevé, un ton monotone et une impression que les phases se superposent sans que le rappeur ne fasse de pauses (une technique nommée « Overlap », NLDR).

La Fève : plug ou pas plug ?

Si le compositeur Kosei n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations sur le sujet, d’autres producteurs proches de l’artiste ont accepté de prendre la parole. C’est le cas de 3G & Bricksy, auteurs de l’instrumentale du morceau Castro, en featuring avec Souley. Ce duo de musicien bordelais, producteur de plug, déplore des imprécisions. « Ce terme est devenu un fourre-tout pour qualifier la nouvelle génération ! », fustige Bricksy, « C’est un style très précis et on ne peut pas réduire ça à des éléments rythmiques. C’est un son qui ne se discute pas. »

Un vision que partage son compère, 3G : « La Fève a peu de point commun avec ce style. Dans la plug, on retrouve des synthés très wavy, des sonorités très 80’s, assez douces, flottantes, jazzy… La rythmique est toujours très épurée, saccadée, avec des 808 plus clairs (une basse, NDLR), plus light que dans la trap. On commence même à en trouver partout, y compris dans le mainstream. Et c’est pareil pour le mix qui est bien spécial : on met un effet sur le beat pour mettre la basse en avant quand elle est frappe. »

« Peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug »

Pendant la vidéo, Amin et Hugo se fendent aussi d’un trait d’humour à la fin de l’écoute du titre Soulé, qualifiant la prod réalisée par Tempo Once Again & DoomX de « zumba plug ». Un terme qui a agacé certains comme le compositeur Freakey, auteur de trois titres sur le projet (Zombie, Voiture sportive et Crenshaw), qui les a mentionné à plusieurs reprises sur Twitter pour tourner leur remarque en ridicule. « Ils disent ce qu’ils veulent, mais c’est n’importe quoi. La Fève est dans la mélodie, dans le kickage. On ne peut pas le ranger quelque part aussi facilement. Il est très versatile », confie-t-il à Mosaïque depuis le Canada.

Amin, lui, juge que sa phrase a été mal interprétée : « Je voulais dire que c’était dansant, pas que c’était de la merde. » Et si un certain manque de tact leur a été reproché à cette occasion, pas question pour le duo de changer de formule : « On ne va pas commencer à faire attention à ce qu’on dit. On ne veut surtout pas devenir des chroniqueurs. Beaucoup se retrouvent dans nos vidéos parce qu’on écoute du son comme tout le monde. On est sans filtres quand il faut donner un avis. »

Alors oui, « peut-être que La Fève n’a jamais fait de plug », concède-t-il, « et ça serait vraiment culotté de notre part de ne pas accepter la critique de ceux qu’on a nous-même critiqué ». Le vidéaste se félicitant d’avoir au moins eu le mérite d’ouvrir le débat.


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La sélection Mosaïque 2021 : les compositeurs

Derrière les machines se cachent des technicien.n.e.s du son et des penseur.se.s musicaux. En composant des instrumentales sur-mesure, il.elle.s subliment le talent artistique des rappeurs. Certains ont d’ailleurs été particulièrement remarquables en 2021. Mosaïque livre sa sélection des compositeurs de l’année.


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Pour redécouvrir la sélection de la rédaction des compositeurs de l’année dernière, cliquez ici.


Kosei, pilier de l’underground

L’homme derrière le boom de l’année se nomme Kosei. Co-signant la tape « KOLAF » avec La Fève en 2020, il a su s’entourer de la crème des new-comers (Khali, MadeInParis, Realo ou Tejdeen) pour imposer sa patte trap psychédélique et être un nom de l’underground du rap français. Son style teinté de bounce et de claviers divers n’est pas sans rappeler l’univers des beatmakers trap du milieu des années 2010 à la Métro, TM88, Ikaz Boi ou Myth Syzer.

Après avoir conquis la nouvelle scène, il s’est tourné vers des MC plus confirmé.e.s du jeu. Lala &ce, Slimka, Dimeh et Guy2Bezbar. La « ERRR » tape ne s’est pas non plus privée de ses services. Certes, le jeune producteur n’est plus en cosign, mais il a pu livrer trois tracks à La Fève dont le percutant LONERRR. Si son style signature est une trap planante, Kosei a prouvé qu’il ne se limite pas à des bangers de soirée rap. Dans Bonbon (Khali), VOITURE SPORTIVE ou RAT INTERLUDE (La Fève), le compositeur propose même parfois des mélodies aux accents « Kanyesques ». Kosei attendait 2021, 2022 attend désormais Kosei et pourrait le placer haut dans la hiérarchie des meilleurs producteurs français.

– Max Thomas

Skread, l’architecte de « Civilisation »

Comment ne pas associer le succès de « Civilisation » au compositeur Skread ? Si Phazz a grandement participé à la production de l’album, il demeure le chef d’orchestre de cet opus devenu le plus vendu en France en 2021, toute musique confondue. Une performance commerciale encore jamais vue dans le rap français à l’ère du streaming. Cerise sur le gâteau, le documentaire « Ne montre jamais ça à personne », qui a accompagné la sortie, a également levé le voile sur l’importance de son rôle auprès d’Orelsan. Véritable tête pensante, directeur artistique pragmatique et conseiller précieux. Une reconnaissance nouvelle pour lui qui a vu ses abonné.e.s sur Instagram grimper de 30.000 à 110.000 abonnés après la sortie de la série de six épisodes diffusée sur Amazon Prime.

Sur le disque, Skread livre des productions modernes en jouant avec les codes de l’électro, de la drill, mais aussi du disco. Un savant mélange qui prend forme sur les titres Ensemble ou L’odeur de l’essence dont les basses grésillantes ont secoué le mois de novembre. 2022 ne sera pas moins mouvementé pour le Normand aux manettes de la tournée hors-norme d’Orelsan. Elle s’achèvera en mars prochain avec cinq dates successives à l’Accor Arena. Pharaonique.

– Thibaud Hue

Guapo du Soleil, compositeur versatile

L’année 2021 sonne comme celle de la confirmation pour Guapo du Soleil. Sa polyvalence lui a permis de toucher plusieurs générations et de placer pour des artistes confirmé.e.s et émergent.e.s. À l’arrivée, les certifications sont de plus en plus sérieuses. En témoigne ses disques de platine et de diamant décrochés avec Aya Nakamura et Gambi. Ce jeune homme du Val-de-Marne est capable de composer des bangers avec des productions légères aux ambiances club qui oscillent entre respect des conventions et innovation.

Cette double tendance créative se manifeste dans des prods aux rythmiques chaudes et acoustiques formatées pour le top 50, mais aussi dans des textures plus glaciales et synthétiques rappelant les plus belles heures de la 808 Mafia. Des 808 compressées de Pyrex Whippa aux rimshot dansants (une technique de batterie) de DJ Khaled, Guapo du Soleil séduit et semble ne pas cliver. Proche de la scène émergente et du studio Avlanche, il a également composé pour les projets de Chanceko, DMS et Sonbest avec qui il s’élève depuis des années.

– Cédric Rossi

Dioscures, l’âme de « Ciela »

Après avoir achevé sa collaboration avec Laylow pour l’album « Trinity », Dioscures sort son projet « Ciela » en février 2021. Petit chef d’œuvre de composition, il s’accompagne d’artistes tels que Wit, Laylow, Madd ou encore le duo Dame Civile pour signer l’un des projets les plus marquants de l’année. Une fois cette page tournée, Dioscures s’associe à d’autres beatmakers et DJs pour créer le label Coast-Nation dont le premier single Block est sorti en novembre dernier.

Artiste à fleur de peau et magicien des 808, Dioscures a notamment eu l’occasion de collaborer cette année avec Squidji sur le très bon morceau Chanel Bag ou encore sur HELP !!! de Laylow. 2021 est pour Dioscures l’année de l’envol en solitaire, privilégiant désormais sa carrière solo aux collaborations en tant que beatmaker sur des albums ici et là. Sa singularité dans le paysage du beatmaking français et le succès de « Trinity » ont inscrit son nom au palmarès des beatmakers les plus talentueux du pays, lui offrant une voie royale vers un succès mérité.

– Cyprien Joly

Prinzly, toujours aux manettes

Toujours aussi engagé auprès de la scène belge, Prinzly continue de tracer sa route. Embarqué dans l’aventure « QALF » depuis plusieurs années, il lui fallait d’abord finir le travail auprès de Damso. Auteur sur la majorité des morceaux du double album, il signe neuf titres sur la partie « Infinity ». Des mois enfermés dans un studio avec le rappeur qui ne l’ont pas empêché de briller sur d’autres projets. Hamza ne pouvait se passer de lui pour développer de la drill sur les quatorze titres de « 140 BPM 2 ». Résultat, Prinzly place sur quatre sons, toujours en compagnie de son compère Ponko, et notamment sur la percutante introduction PTSD. Hamza que le compositeur accompagne souvent sur ses featurings, autant sur WINDOW SHOPPER PART. 1 avec Laylow, que sur Gossebumps avec Larry.

Pour lui, c’est aussi l’année des nouveaux défis. Avec Ponko (encore), Paco Del Rosso, Saint DX, Dioscures, Ikaz Boi, Sofiane Pamart et Benjay, il entoure le jeune Squidji sur la production de son premier album « Ocytocine ». Cet escadron de musiciens chevronnés tire sur l’artiste une couverture pop mélancolique, taillée sur-mesure pour sa proposition qu’il revendique comme du « RnB noir ». Au mois d’avril dernier, nous nous étions rendus à la première écoute du projet à Paris. L’interprète nous avait accordé une interview exclusive et confié quelques mots à propos de Prinzly : « Depuis qu’il(s) m’accompagne(nt), j’ai pris en maturité. Il(s) me donnent beaucoup de conseils. Prinzly, je le vois vraiment comme un grand reuf. » À la sortie, l’opus est remarqué et score 1.129 équivalent ventes dès la première semaine. De la réussite main dans la main, artiste et producteur sur un même pied d’égalité.

– Thibaud Hue

Mention spéciale : Loubensky

2020 avait été plus calme pour Loubensky, mais le multi-instrumentiste est de retour aux affaires. Et comment ne pas mieux démarrer l’année qu’avec un placement sur le banger Réel d’Hamza, en featuring avec Zed, hit de « 140 BPM 2 ». Puis, après un passage chez Eddy de Pretto et Gims, il s’immisce dans le projet de Vladimir Cauchemar « Brrr EP ». ll signe ainsi avec le producteur une instrumentale en duo signée Encore.

Mais la fête ne fait que commencer pour Clément Loubens. Il croise ensuite pour la première fois la route de Slimka et de Loveni. Il livre alors Intro TV et Cassim Sall pour le premier, MTV pour le deuxième. Et alors que l’été montre le bout de son nez, c’est avec Laylow qu’il croise le fer. Aligné sur cinq morceaux de « L’étrange Histoire de Mr. Anderson », dont SPÉCIAL et IVERSON, il participe au succès retentissant du deuxième album du rappeur toulousain. C’est aussi l’année des retrouvailles. S’il n’avait plus collaboré avec Ichon depuis 2018 et la Nova Grünt Tunes, les deux hommes collaborent sur deux tracks de la réédition de « Pour de vrai ». Enfin, à cette longue liste, s’ajoute aussi une participation à « OFFSHORE » de Edge. Loubensky co-produit le single porteur du projet, Schémas monotones, avec Johnny Ola. Haut en couleur.

– Thibaud Hue


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La sélection Mosaïque 2021 : les révélations

En 2021, quelques noms, pour certains encore presque inconnus des auditeur.trice.s, se sont faits entendre. Certain.e.s ont affiché des statistiques remarquables sur les plateformes de streaming. D’autres ont rempli des salles de concert avec une rapidité fulgurante. Ces artistes sont des révélations. Ils.elles viennent de passer un premier cap sérieux dans leur carrière et doivent désormais répondre aux attentes ou confirmer. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection des révélations de l’année.


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Benjamin Epps, uppercut de velours

Arrivé dans le paysage du rap français à la fin de l’année 2020 avec son EP « Le Futur », Benjamin Epps a profité de 2021 pour étoffer son répertoire et s’imposer comme l’un des rappeur.se.s à suivre de ces prochaines années. Avec son projet « Fantôme avec chauffeur », concocté avec l’aide du Chroniqueur Sale, le rappeur fait étalage de ses capacités. Flows kickés, punchlines percutantes et trashtalking sur des instrumentales boom-bap dépoussiérées, Epsito remet au goût du jour une certaine manière de rapper tout en s’inscrivant dans son époque. 

En plus de son dernier EP, l’auteur de Dieu Bénisse les Enfants s’est révélé à travers de nombreuses collaborations. Dinos, Vladimir Cauchemar, Selah Sue… Dans un featuring avec Zesau, il s’est essayé à la mélodie, rajoutant ainsi une nouvelle corde à son arc. Le MC originaire du Gabon ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il devrait dévoiler son premier album dans l’année. Dans un entretien accordé à Mosaïque, entre deux répétitions dans la salle du FGO-Barbara à Paris (18e arrondissement), il confiait : « J’enregistrerai l’album à New York. Une semaine pour écrire les titres qui me manque et une autre pour tout enregistrer. Je veux avoir le mood, le grain, New York quoi ! Il me faut un studio qui a déjà accueilli des légendes pour avoir cet esprit là. »

– David Geenen

Ziak, noir c’est noir

2021. Les portes de la drill francophone sont enfoncées à coup de bottes renforcées. Ziak, lui, choisit de faire sauter le verrou avec la puissance d’un bélier. « Akimbo » insuffle un vent de fraîcheur électrique sur la scène française. D’influence britannique, le rappeur d’Évry déploie ses flows sur des productions aux breaks compulsifs. Il plonge l’auditeur dans une ambiance sombre et saillante. L’atmosphère ténébreuse trouve un écho dans les messages véhiculés : construction personnelle dans des milieux difficiles, course au paraître, poids de la société sur les désillusions d’une jeunesse enragée.

Le talent de Ziak repose sur sa faculté à prendre du recul sur cette situation. À ce niveau, Prière sonne comme un véritable aveu de repentance où le jeune artiste confesse ses erreurs passées. Dans une scène drill en pleine expansion, Ziak apporte une proposition concrète, novatrice. Tant les variations de tempo au sein de ses morceaux paraissent maîtrisées.

C’est d’ailleurs ce que confirmait en exclusivité le compositeur Focus Beatz à Mosaïque, auteur de sept prods sur le disque : « Après avoir écouté le morceau Fixette, je me suis dis qu’il y avait moyen que ça pète pour lui. Le flow, l’attitude… Il était différent. Il s’est réapproprié les codes de la drill UK. Artistiquement, je savais que ça allait aboutir. » À l’instar du guérisseur russe Raspoutine auquel Ziak fait souvent référence, le nouveau poulain du label Millenium pourrait bientôt être convié à la table des rois.

– Maxime Guillaume

Joanna, l’amour à grandes doses

Elle avait déjà été remarquée grâce à ses morceaux Séduction (2018) et Pétasse (2019). En 2021, Joanna s’est présentée à un plus large public avec « Sérotonine ». Un premier album qui installe un univers à fleur de peau où les mélodies cotonneuses contrastent avec les mots incisifs. En amont de la sortie du disque, l’artiste rennaise avait rencontré Mosaïque. Elle expliquait vouloir écrire l’histoire de « beaucoup de personnes qui commencent à flipper, à se poser trop de questions et à ne plus se faire confiance au moment où ils commencent à avoir des sentiments ».

« Sérotonine » parcourt les étapes des grands récits d’amour, de la rencontre au Goût de fraise à la lassitude qui se présente telle une Nymphe solitaire, en passant par la peur d’une Maladie d’amour. La poésie de Joanna ne s’embarrasse pas de respecter les frontières entre les genres, et l’autrice-compositrice jongle avec la pop, le RnB et même la trap dans Démons, sa collaboration avec Laylow. Un lyrisme qui devrait charmer de plus en plus d’auditeur.trice.s dans les prochaines années.

– Hong-Kyung Kang

So La Lune, le marathon 2021

Après une première mixtape couronnée de succès critique, So La Lune s’envole et signe une série d’EP. Le rappeur lyonnais originaire des Comores affirme son style et démarre l’année avec quatre projets : « Théia », « Satellite naturel », « Orbite » et « Apollo 11 ». La lune est partout, aussi bien dans ses titres de projets que dans sa musique, où on entend constamment « tsuki », qui signifie « lune » en japonais.

Son attirance pour cet astre, le rappeur l’explique par son mode de vie nocturne qu’il tente de traduire dans sa musique. Signé chez le label indépendant Low Wood, So La Lune s’est entouré de professionnel.le.s, venant faire taire les critiques qui pesaient sur ses textes sombres et sa voix aiguë auto-tunée. L’artiste a affiné sa trajectoire en 2021. Interrogé par Mosaïque en mai dernier, le rappeur le reconnaît : « Mes morceaux sont plus lisibles aujourd’hui. » Il clôture ainsi l’année avec « Failles », une suite de trois courts EP dans lesquels il mêle mélancolie et résilience. Pas besoin de faire de l’astrologie pour deviner que le succès du jeune rookie ne fait que commencer.

– Théo Lilin

Khali, une entrée fracassante

Tout au long de l’année, Khali paraissait aussi intouchable qu’insaisissable. D’une part, ses collaborations avec Malo, Chanceko et 99 se sont fortement distinguées sur la scène du rap underground. De l’autre, il a fait de sa créativité son principal atout avec son premier album « LAÏLA ». Sur ce projet, son troisième en deux ans, le rappeur bordelais a mis en musique ses états d’âme et la justesse de sa voix nasillarde.

Sur ses 11 titres, le rappeur prouve avoir passé un cap et confirme les attentes qu’il avait suscité à la sortie de son EP « Le tournesol » en 2020. Dans une année où la « new wave » a été une révélation pour grand nombre d’auditeur.trice.s, Khali est peut-être celui qui l’incarne le plus, malgré lui.

– Lukas Taylor

La Fève, l’audacieux

Il y a quelques semaines encore, les attentes et la pression étaient lourdes sur les épaules du jeune rappeur de Fontenay-sous-Bois. La Fève a su rentrer dans une nouvelle dimension en cette fin d’année avec une mixtape savamment préparée et adulée par la critique. Entré directement dans le top 10 des projets les plus streamés au monde sur Spotify lors de son démarrage, « ERRR » conclut une année en crescendo. Après une belle prestation sur « KOLAF », en septembre 2020, lui ayant permis de toucher un large public, Louis a su faire monter l’engouement autour de lui. Une ascension marquée par des apparitions toujours soignées. En featuring, comme sur le très bon Tous mes états avec J9ueve, mais aussi sur des projets collaboratifs de beatmakers comme ceux d’Unfamouslouie, du Blaze ou encore 99 & Wolfkid.

« Le fougueux » est sur tous les bons coups de l’année. Une progression qui se matérialise lors de la sortie de Mauvais payeur le 21 octobre 2021. Le single, produit par Demna, marque le grand retour de La Fève en solo. Les compteurs s’emballent. Le personnage s’installe. La « ERRR » tape n’est pas encore annoncée que son succès est déjà quasi-assuré. Deux mois plus tard, c’est avec un généreux 18 titres que La Fève vient chérir son public. Un projet riche et cohérent qui réussit à ne pas tomber dans la redondance grâce à des morceaux courts et à une grande variété de productions. Une mixtape maîtrisée de bout en bout qui le fait définitivement sortir des buissons de l’underground. 

– Robin Spiquel

Mention spéciale : Zamdane, le déjà révélé

Zamdane est-il une révélation de l’année 2021 ? Cette question a animé un débat passionné au sein de la rédaction de Mosaïque. Si le succès à grande échelle du Marseillais ne date pas d’hier, il vient de monter encore le niveau d’un cran. Révélé depuis son titre Favaro sorti en 2017, il était peut-être de ceux.celles sur qui la lumière est apparue trop tôt. 2,4 millions de vues sur l’un de ses premiers morceaux et la machine pensait être lancée. Après avoir dévoilé cinq freestyles Affamé en 2018, le jeune artiste prend une pause pour revenir en 2020. Reprenant alors quasiment de zéro, le jeune rappeur marocain revient avec d’autres intentions, de nouveaux flows, une nouvelle image. Et la métamorphose se concrétise réellement en 2021.

Avec une nouvelle façon de chanter et une écriture plus ancrée dans son quotidien, Zamdane trouve la combinaison parfaite pour faire passer de la mélancolie et dégager une sincérité qui lui est propre. Hayati, le freestyle Skyrock Le monde par ma fenêtre, ou plus récemment ses featurings avec la Fève, Dinos et JMK$ sont sûrement les morceaux les plus mémorables de Zamdane cette année. Son premier album sortira en 2022 et la tournée médiatique pour l’annoncer a déjà commencé. Le Marseillais tentera donc d’achever sa mue cette année avec un projet très attendu. Si son statut ne permet pas de le classer dans les Rookies Of the Year après ce qu’on peut considérer comme un faux départ, il ne fait aucun doute que le trophée de Most Improved Player (ce titre récompense le joueur ayant le plus progressé par rapport à l’année précédente en NBA, NDLR) est pour lui.

– Max Thomas


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Décryptages Investigation

Ziak : dans les coulisses de la composition d’« Akimbo »

Début novembre, Ziak a fait trembler le paysage du rap français avec son nouvel album « Akimbo ». Doté d’un démarrage exceptionnel pour son premier disque, le rappeur est resté silencieux avec pour seule communication des clips remarquables et des textes fournis. Pour la première fois, l’un des membres de son entourage prend la parole et a accepté de répondre à nos questions. Il s’agit de Focus Beatz, compositeur de sept titres du projet. Le producteur nous emmène dans les coulisses de la production d’« Akimbo » et nous raconte les rouages de cette drill qu’il qualifie de « différente ». Une exclusivité Mosaïque.


Avant de vous plonger dans ce décryptage de l’album « Akimbo » du rappeur Ziak, merci de soutenir Mosaïque ! En nous lisant, vous soutenez un journalisme rap indépendant. Vos lectures et vos partages sont notre soutien le plus essentiel. N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, et à recommander Mosaïque autour de vous !


Un mystérieux 11 novembre 2021, « Akimbo » est dévoilé avec une pochette énigmatique et une tracklist discrète de 17 titres. La communication autour du premier album de Ziak est réduite à néant. Ni interview, ni déclaration. La musique du rappeur assure la seule promotion du projet. Reste alors son bandana, sa posture et ses flows agressifs et tranchants. Son entourage se fait d’ailleurs tout aussi discret pour laisser toute la place à l’éclosion du phénomène.

Derrière ce succès, une armée de compositeurs sélectionnée avec minutie. Parmi eux, Focus Beatz. Le producteur originaire de Saint-Étienne a accepté de répondre à nos questions en veillant toutefois à ne pas trahir le secret savamment cultivé autour de l’artiste. Une première sortie médiatique exclusive qui paraît presque étonnante. Cet entretien constituant l’unique fenêtre ouverte sur l’univers et la musique de cet interprète venu du 91.

Fixette, la première lame d’« Akimbo »

Tout commence le 14 janvier 2020. Ziak présente son premier single Double Dash. Le morceau devient viral et le compositeur repère son potentiel. Il nous confie : « Après avoir écouté ce morceau, je me suis dis qu’il y avait moyen que ça pète pour lui. Le flow, l’attitude… il était différent. Il s’est réapproprié les codes de la drill UK. Artistiquement, je savais que ça allait aboutir. »

Après la claque auditive, Focus Beatz s’imagine collaborer avec lui. Pendant des mois, il prépare « trois ou quatre prods » à lui envoyer : « Je voulais être sûr qu’il ne dirait pas non, alors j’ai pris mon temps. »

Sa sélection fait mouche. Le rappeur le rappelle dans la foulée : « Il m’a dit que c’était fort. » Les deux hommes ne le savent pas encore, mais parmi ces quelques instrumentales se cache celle qui donnera naissance au titre Fixette. À cette époque, ils travaillent à distance. « Quand il m’a envoyé Fixette, j’étais choqué. Il n’avait rien changé sur ma prod. Il m’a surpris, surtout dans sa manière de poser. Et il avait déjà largement dépassé mes attentes. J’aime les gens qui prennent des risques et sur cette prod je ne voyais que lui en France. » Vingt-trois millions de vues plus tard, le morceau devient single d’or, la plus grande réussite commerciale de Ziak.

L’aventure est lancée, les deux artistes finissent par se croiser : « Ziak en studio : c’est quelqu’un de sombre pour de vrai, le personnage est réel. Il a cette énergie. C’est un putain de bosseur. Quand on est entre nous c’est un déconneur, mais quand on travaille, on travaille. C’est aussi une rencontre entre deux passionnés, on s’apprécie beaucoup. Mon défi, dès le début, ça été de produire de la drill qui nous ressemble. Il fallait qu’on se différencie, qu’on apporte une identité nouvelle… »

Une nouvelle recette drill pour Ziak

À coup de sessions de studio régulières, les premiers traits de l’album se dessinent. Mais c’est lors de deux résidences qu’« Akimbo » s’est finalement structuré. L’une dans le nord de la France, l’autre dans le sud, dans des maisons dont le producteur a préféré taire l’adresse. C’est ici que les compositeurs du projet se réunissent autour du rappeur. Parmi eux, Sam Tiba, Dr Devil et Hellboy, qui n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Focus Beatz raconte : « Tout le monde était là, tous les crédits de l’album. Lorsqu’on est arrivé, chacun a choisi sa chambre, a pris sa douche, a mangé, avant de charbonner. On a fait beaucoup de sessions d’écoutes, on a écouté beaucoup de son. L’ambiance était très bonne, c’était du kiff et on a composé la majorité du projet là-bas. »

Pendant des séances de travail, se pose alors la question de la variété des prods, pour donner du relief au projet : « La drill peut être redondante et on s’est dit qu’on allait éviter ça. Je voyais l’album se dessiner, je proposais des choses, j’avais des idées qui ne se répétaient pas. On s’est fait confiance, on voulait aller plus loin qu’une recette qui marche déjà ! », déclare-t-il, non sans un clin d’œil aux récents succès du genre en France. Il ajoute : « Souvent on met un piano reverse (à l’envers, NDLR), c’est sombre, boom tu attaques avec une rythmique, et tu as ta prod drill. Non, moi je cherche beaucoup plus loin. J’ajoute d’autres éléments, des synthés, des VST (un format de plugin qui permet d’ajouter des instruments et des effets au logiciel de création, NDLR)… et de la mélodie ! »

Des inspirations moins ténébreuses

Lors de la préparation du featuring avec Maes, Rhum & Machette, c’est d’ailleurs à coup de mélodies que Focus Beatz va préparer l’instrumentale. « Je devais faire quelque chose qui réunit les deux artistes. J’avais tenté une prod plus lumineuse et une autre que j’avais appelé « Ange déchu » au cas où Maes voudrait toucher le côté sombre de Ziak. Finalement, j’étais surpris mais c’est celle-ci qu’ils ont gardé. Il a vraiment voulu rentrer dans le délire de l’album », décrit-il.

Au milieu de la fresque violente que dépeint « Akimbo » se cache une légère éclaircie : Shonen. Là encore, tout part de la composition. Focus Beatz se souvient : « Je voulais vraiment que les gens puissent l’entendre sur un autre registre et que Ziak puisse se livrer dessus et déjà aller vers quelque chose d’autre. » Au menu du morceau : « Un piano triste, quelques effets, une sirène de police, une rythmique légère où on sent les mouvements drill quand même. Quand je composais, je voyais des scénarios : une descente de keuf en bas de chez lui, une histoire triste où tu perds un proche… »

L’explosion de Ziak et la nouvelle vie de Focus Beatz

Lorsque nous publions cet article, le morceau fait parti des six titres les plus streamés du projet sur Spotify : « Shonen c’est tout le contraire de ce qu’il a pu proposer. Et le public a été super réceptif. J’étais choqué à la sortie. » Mais la surprise du producteur est ensuite bien plus grande. Même s’il savait le projet « attendu », l’accueil du public dépasse tout ce qu’il avait pu imaginer. La première semaine est triomphale : 18 766 ventes. Le disque arrache la première place du top album et signe un meilleur démarrage que Leto ou encore le « Classico Organisé ». Cerise sur le gâteau, il remplit son premier concert à La Cigale à Paris en seulement 24 heures et ajoute une date au Zénith de Paris en 2023.

Lorsque le projet est libéré sur les plateformes de streaming à minuit, le compositeur stéphanois n’en revient pas : « Je n’ai pas dormi cette nuit. Quand j’ai vu les retours, ça m’a apaisé. Les chiffres étaient délirant. » Cette performance fait rentrer Ziak et les compositeurs du projet dans une dimension nouvelle. « Tout a changé pour moi, confie Focus Beatz. Professionnellement, c’est mon premier succès. J’ai plus de gens autour de moi, j’ai passé un cap. Ma carrière a pris un grand coup d’accélérateur et d’ici l’année prochaine je vais arrêter de travailler à côté pour me consacrer uniquement au son. » 

S’il ne réfute pas la perspective de refaire de la musique aux côtés du rappeur, le musicien reste évasif. D’abord, il va devoir encaisser la nouvelle trajectoire qu’a pris sa vie, bousculée par « Akimbo ». L’esprit drill. 


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Chroniques

La sélection Mosaïque du mois de novembre

La fin de l’année approche et les artistes se pressent pour sortir leur projet avant l’arrivée de 2022. Le rap français continue donc d’être prolifique en ce mois de novembre, marqué par la sortie très attendue du quatrième album d’Orelsan : « Civilisation ». Mais d’autres projets se sont démarqués par des retours réussis dont ceux de BEN plg et EDGE. Le mois de novembre est aussi celui des premiers albums pour la rappeuse ivoirienne Andy S, le drilleur Ziak et l’homme de l’ombre Sheldon. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois de novembre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.


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« Spectre » – Sheldon – 5 novembre 2021

Après « Lune noire » et sa narration immersive, après les conceptuels « RPG » puis « FPS »… Sheldon a fini par accoucher de son premier album, « Spectre », disponible depuis le 5 novembre. Dans ce projet introspectif, le taulier de la 75ème Session renonce à raconter l’histoire d’autrui pour se recentrer sur lui-même. À commencer par sa relation sentimentale qu’il dépeint notamment dans l’expérimental Mon amoureuse. Le MC soigne davantage ses mélodies qu’il accompagne de nombreuses productions léchées, de l’épique No go zone à l’apaisant Caverne. Côté invité.e.s, Sheldon reste dans l’authenticité, toujours entouré de sa team. En témoigne encore une nouvelle collaboration avec M le Maudit, mais aussi la présence de Zinée et Shien, nouveaux visages de la 75ème Session. Mention spéciale également à Top boy en featuring avec Isha, une nonchalante et précise démonstration de kickage. Sheldon se met enfin en avant et continue de la jouer collectif.

– Alexis Pfeiffer

« Akimbo » – Ziak – 12 novembre 2021

Le premier projet de Ziak sonne comme celui de la confirmation. Lancé à toute vitesse sur la vague de succès de ses premiers singles, « Akimbo » compose avec le meilleur du rappeur d’Évry, tout en nous proposant une nouvelle gamme de sonorités jusqu’alors inexistante de son panel stylistique. L’album est implanté sur les bases de ce qui fait le succès de Ziak : un ton haché et répété en fin de rimes, basé sur un flow minimaliste visant à davantage pousser l’efficacité de ses couplets. Si l’univers sombre et violent de l’artiste est respecté, le rappeur profite de ce long format pour étendre son univers musical. Le morceau Shonen en est l’exemple parfait, dans lequel l’artiste s’essaye pour la première fois à un ton plus introspectif. Plusieurs instrus marquent également l’esprit de l’album, notamment celle de Lahuiss, imprégnée de sonorités vintage et du flow old school du rappeur. Après seulement deux ans sur le devant de la scène drill francophone, Ziak parvient à nous proposer un premier projet cohérent. L’ensemble est relevé par une production renouvelant la proposition musicale de l’artiste et anticipant une possible redondance lors de l’écoute. Deux personnes sont à remercier : Focus Beatz et Hellboy, présents derrière la quasi-totalité des prods de l’album. 

– Marius Sort

« Coco Jojo » – Guy2Bezbar – 19 novembre 2021

À 23 ans, le rappeur de la Goutte d’or sort « Coco Jojo », l’aboutissement d’un élan d’énergie plein de spontanéité. Les dix-huit titres semblent avoir été enregistrés en une prise et l’ancienne recrue du Paris FC complète les instrumentales avec aisance. Ses feats explorent la funk, des sons plus mélodieux ou de la trap aux côtés de Hamza ou encore ZKR. Les influences du rap de Jay-Z ou Fabolous sur GDB se ressentent dans sa collaboration avec Jvnior Bendo et Rapi Sati (Dix-Huit). Sur ce projet, le rappeur respire une nonchalance appréciable à travers les différentes énergies qu’il transmet. Sur le morceau drill, Ça va commencer ici, il chuchote : « Ça bouge pas j’me lève tôt, j’me couche tard, j’vais au bon-char », en ajoutant des gimmicks très rythmés, sa marque de fabrique. De quoi faire se lever et danser une foule. Guy2Bezbar prouve avec « Coco Jojo » qu’il est entré dans le game pour en faire une mise à jour. Si vous avez l’habitude d’une structure musicale couplet-refrain-couplet-refrain, il vous faudra quelques écoutes pour vous adapter. 

– Charlotte Joyeux

« Civilisation » – Orelsan – 19 novembre 2021

Orelsan va bien, Orelsan va mieux. Sa hargne qui résonnait au plus fort de sa carrière dans le morceau San s’est dissipée pour laisser place à de l’apaisement et à des réflexions davantage tournées vers les autres et le monde qui l’entoure. Si le disque n’est pas sans quelques aspérités, il relate avec authenticité la vie d’un artiste accompli de 39 ans qui ne cesse de changer. Ce quatrième opus est un défi de taille et heureusement, le Caennais raconte toujours aussi bien les histoires et a su renouveler son discours.

Mais le tour de force vient surtout de l’instrumentalisation du disque. Avec Skread et Phazz, Orelsan multiplie les prises de risques sur des productions tantôt drill, tantôt disco, ou sur des nappes de synthétiseur vintage et des envolées électroniques audacieuses. « Civilisation » est moderne. Le rappeur dépoussière sa formule en développant son sens de la mélodie. L’ensemble forme une bande son cohérente, maîtrisée sur le bout des doigts, avec des faiblesses qui lui ressemblent tout autant.

– Thibaud Hue

« Exousia » – Andy S – 26 novembre 2021

Figure émergente du rap ivoirien, Andy S a grandi à Abidjan et sort sa première mixtape à 24 ans. Le projet est intitulé « Exousia », un mot grec ancien utilisé dans la bible et qui signifie : « Le pouvoir de choisir, liberté de faire ce qui plaît. » Une définition qui colle à la peau de son rap insolent et libre. Dans ses textes comme dans la vie, elle milite pour donner plus de place aux femmes dans le rap et se présente avec une touche d’égotrip dès l’intro de son projet comme « l’avenir de la Côte d’Ivoire, mais le public est en retard ». Sur sa première mixtape, elle invite plusieurs artistes dont la rappeuse française Vicky R sur le morceau Rap décalé. Tout au long des neuf titres, l’artiste dévoile toutes ses qualités de kickeuse sur des instrus trap mais aussi drill à l’image du titre éponyme Exousia en featuring avec l’artiste ghanéen, Reggie. Ambitieuse et déterminée, Andy S n’hésite pas à le clamer haut et fort : le meilleur rappeur de Côte d’Ivoire est une rappeuse. 

– Lise Lacombe

« Parcours accidenté » – Ben plg – 26 novembre 2021

Un an après « Dans nos yeux », le ton grave de BEN plg se réfugie toujours dans une émanation de noirceur et s’inscrit dans la teinte générale de ses précédents opus. Son deuxième album, « Parcours accidenté », c’est le caractère brumeux des habitant.e.s de Phalempin (cité de Lille d’où est originaire BEN plg, NDLR), l’exacerbation d’un quotidien en proie au désespoir. Observateur de son environnement social, Ben Plg se métamorphose en reporter et fige avec compassion l’image d’un milieu nordiste sclérosé. Il rapporte les douleurs et les peines de son temps avec une introspection empreinte au rap dans lequel il a baigné, avec des influences rappelant Nessbeal ou Salif. Malgré une teinte musicale difficile à cerner, il parvient à émouvoir, mais le caractère tâtonnant de certaines prises de risques freine l’immersion dans cet album à la production pourtant riche. Certaines phases aux allures criardes comme dans Tous les jours réside davantage dans leur fond que dans une forme maladroitement exécutée. En dépit de certaines fulgurances, BEN plg tombe alors parfois dans la même porosité musicale que le quotidien qu’il souhaite mettre en lumière. Retrouvez la semaine prochaine sur notre site notre entretien avec le rappeur !

– Cédric Rossi

« OFFSHORE » – EDGE – 26 novembre 2021

Difficile de croire que « OFFSHORE » n’est que le deuxième projet solo d’EDGE, tant le résultat est abouti. Après sa mixtape « OFF » et le projet commun « Private club » avec Jazzy Bazz et Esso Luxueux, le rappeur affirme toutes ses qualités au travers des quatorze titres de « OFFSHORE ». Qu’il soit seul ou accompagné de la crème de la scène émergente (La Fève, Jäde, Lowssa…), le rappeur du XIXe se découvre et propose de nouvelles musicalités. Comme sur 20 000, sur lequel, il découpe une instru 2-step dans les règles de l’art, avec nul autre qu’Alpha Wann pour acolyte. Ou bien sur Palace où il signe une performance surprenante aux côtés de l’envoûtante Jäde. Mais le projet dans sa globalité reste tout de même fidèle à son ADN. Dans une atmosphère sombre et nocturne, le co-fondateur de Goldstein Records y raconte les Schémas monotones, desquels il essaye de sortir. Lors de notre entretien avec l’artiste, il s’est confié sur son rapport au temps : « Le temps me fait peur parce que c’est l’inconnu. C’est l’inconnu du futur mais aussi les maux du passé. » L’interview intégrale est à retrouver sur notre site la semaine prochaine. En attendant, de l’intro à l’outro, les textes introspectifs et les ambiances maîtrisées d’EDGE arriveront à en toucher plus d’un. 

– Arthur Deux


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