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Il était une fois « Trinity » – Épisode 1

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– ÉPISODE 1 –

 

Un jour de plus. Une nouvelle date à rayer du calendrier. Il claque la porte de son bureau. Demain, la même journée l’attend. Il ne le sait pas encore mais sa vie est sur le point de basculer. Alors qu’il allume une cigarette, une pluie fine se met à tomber. Les gouttes dégoulinent le long de son nez et de ses cheveux bouclés.

Laylow, le cœur vide, déambule dans les rues de Toulouse. Le vend qui souffle le froid du mois de février ne le fait pas frissonner. Ce qui l’entoure ne lui parle plus. L’absurdité de son quotidien qui défile n’a plus de goût. Il se lève et se couche avec la même torpeur. Chaque jour qui passe s’alourdit un peu plus. Les nouvelles journées ne le sont plus et se ressemblent toutes. À la manière de quelqu’un qui se force à croquer dans un gâteau écoeurant, il continue de vivre. Comme prisonnier d’une boucle temporelle, il aimerait tend ressentir à nouveau.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

De retour chez lui, il retrouve son appartement exigu où des piles de papiers et de vieux CD-Rom jonchent le sol, Mécaniquement, il s’assoit à son bureau et allume son PC Windows 98. Après quelques minutes de chargement, la machine s’affole. Des lignes de code défilent à toute vitesse sur l’écran. Laylow pense d’abord à un bug et tente de le redémarrer. Rien n’y fait, des chiffres de couleurs vertes clignotent dans tous les sens. Alors que l’ordinateur semble sur le point d’exploser, tout s’arrête.

Une voix métallique s’élève de ses enceintes grésillantes :« Bienvenue dans le programme Trinity. Veuillez composer votre code personnel à trois chiffres afin d’accéder à votre interface. » Sans réfléchir, Laylow tape le numéro de son appartement sur le clavier : 303. La voix reprend : « Authentification en cours. Accès autorisé. Initialisation du programme Trinity. » Il perd le contrôle. Pour la première fois depuis des années, la scénario de sa journée se bouscule. Les murs de son appartement se mettent à trembler. La réalité se déforme autour de lui et sa vision se floute. Comme aspiré par le vide, un trou se perce dans l’espace temps et Laylow change de dimension.

Projeté violemment sur le sol, il ouvre les yeux s’aperçoit qu’autour de lui tout a changé. Encore sonné par le choc, il jette un rapide coup d’œil. Dans une pièce complètement vide, il semble seul. Une chose est sûre, il a quitté son appartement. « Est-ce réel ? », se questionne-t-il. Pourtant tout à l’air vrai. Lorsqu’il se relève, il découvre une grande baie vitrée donnant sur une ville plongée dans la nuit. Au milieu des immeubles endormis, trône un building illuminé. À son sommet, de grands néons verts fluorescents dessinent le nom de « Trinity ».

Machinalement, Laylow plonge ses mains dans ses poches. Avec surprise, il découvre un petit carnet abîmé. Sur la couverture, une inscription indique : « Trinity, logiciel de simulation d’émotions ». Parcourant rapidement les pages, il comprend que le programme qui a hacké son ordinateur l’a intégré à son système.

Il est rentré dans « Trinity ». En pleine incompréhension, une violente douleur vient appuyer sur son coeur. Pressant sa main contre sa poitrine, il remarque un objet de métal collé à sa peau. Dans la panique, il retire à toute vitesse son t-shirt et découvre une molette numérotée incrustée entre ses deux pectoraux. Il hurle.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram: mask_n_swordcomics).

 

Désespéré, il tente de tourner la mystérieuse molette d’un cran, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le mécanisme pivote. La douleur se fait alors de plus en plus forte. Son pouls s’accélère. Laylow souffre mais se sent vivant. Se précipitant en dehors de l’appartement, il dévale les escaliers en colimaçon.

Une fois dans la rue, il gonfle ses poumons. Ses neurones se reconnectent et ses émotions se réintègrent. Inclinant sa tête vers le ciel, il hurle : « Augmente la pression. »  La morosité l’abandonne. La nostalgie, l’amour, la peur, la fierté… Il ressent. Pris de vertige, il s’assied sur le trottoir et se prend la tête dans les mains.« Est-c’que j’suis dans l’vrai ? Est-c’que j’pète un câble ? Est-c’que ces gens m’aiment ? Est-c’qu’ils s’foutent de moi ? Pourquoi j’vois toujours le monde en blanc et noir ? Pourquoi j’en suis là ? Toujours en bas. »

La voix digitale du programme résonne cette fois dans sa tête : « Vous semblez mélancolique ce soir. Que diriez-vous d’un programme d’entraînement ? » Complètement assommé, il hoche la tête dans le vide. « Territoire : extérieur. Conditions climatiques : excellentes. Programme de pilotage à haute vitesse : enclenché. »

Une Lamborghini Gallardo poussée à pleine vitesse s’arrête brusquement devant lui. Au volant, un homme noir aux yeux rouges, vêtu d’une Canada Goose blanche, lui fait signe de prend place sur le siège passager. Une fois installés dans l’habitacle, le conducteur lui tend la main et se présente : « S.Pri Noir ». D’un coup sec sur l’accélérateur, le mystérieux conducteur démarre en trombe et traverse les rues de la ville à toute allure.

Lorsque le véhicule s’arrête, il reconnaît l’immeuble au néon vert. Il pénètre, quelques minutes plus tard, dans un appartement immense où une trentaine de personnes secouent la tête sur la prod intense de Black Skinhead de Kanye West. Toujours sous pression, son coeur bat de plus en plus vite. Un verre de whisky à la main, il s’abandonne à l’ambiance de la soirée. Si son instinct se trouble avec les vapeurs ambiantes d’alcool, il ne perd pas du regard une jeune femme brune, cheveux au carré, une Marlboro fumante à la main. Son élégance rayonne mais son visage demeure fermé. Pas un sourire ne viendra troubler ses traits. Hypnotisé par son énergie, il n’ose pas s’approcher d’elle.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram: mask_n_swordcomics).

 

Après quelques heures de vibrations sur du son d’outre-Atlantique, il cache dans sa veste une bouteille de Jack Daniel posée sur la table et s’éclipse. Laylow est rechargé à 100 %. Le moteur de la berline jaune vrombit encore plus fort sur le chemin du retour. Avant de se quitter, S.Pri Noir lui tend un téléphone.

De retour dans l’appartement où il avait été projeté quelques heures plus tôt, il s’allonge sur un vieux canapé en cuir poussiéreux. Il s’abandonne finalement au sommeil. Réel ou virtuel ? La question sonne toujours creux.

 

L’épisode 2. À découvrir sur Mosaïque.

 

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Entretiens Rencontres

sean : « Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal. »

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Après avoir été accueilli positivement par la critique pour son premier EP « Mercutio », sean est de retour avec sa mixtape « À moitié loup ». Couvert de fourrure, il dévoile les six premiers morceaux le 10 avril 2020 et complète sa tracklist de douze titres deux semaines plus tard. Entre le mélancolique heureux et le nostalgique radieux, le rappeur est toujours à moitié. Au téléphone, l’artiste confiné s’est confié sur son projet double face.

 

Comment est venue cette idée de séparer la sortie des morceaux en deux parties ?

Je voulais casser l’image que j’avais avec « Mercutio » et proposer une nouvelle facette artistique. Dans la première partie, il y a beaucoup de sons assez solaires ou dansants pour montrer un nouveau sean musicalement parlant. Nous voulions que le public ait le temps de se faire à la nouvelle image que je proposais. Dans la deuxième partie, je mélange un peu plus les styles pour les troubler une nouvelle fois. Je voulais qu’il se demandent : « D’où sort-il ? ».

 

La direction artistique du projet est très établie. C’est quelque chose dont tu te soucies beaucoup ?

La cohérence de la DA et des sonorités sont super importantes pour nous. Nous allons continuer à chercher et à proposer des concepts qui ne se font pas trop en France. Je pense notamment à quelqu’un comme J. Balvin. Je n’aime pas forcément tout, mais son délire sur « Colores » est trop lourd. Ce n’est que le début pour nous mais nous allons continuer dans cette voie, avec toute la technologie et les ressources que nous avons.

 

Cover de la mixtape « À moitié loup ».

 

La cohérence de l’univers fait davantage penser à un album court qu’à une mixtape. Où est-ce que tu situes le curseur ?

Je fais surtout la différence au niveau de la promo qui accompagne la sortie. Je dis aussi mixtape parce que « À moitié loup » a été fait rapidement. L’idée, je l’avais depuis longtemps et nous avions déjà pas mal de sons en stock. Le concept s’est mis en place assez vite après la signature chez Nice Prod.

 

Le concept des facettes multiples est identifiable sur tes deux projets. Tu te cherches encore ?

Je suis plutôt comme un scientifique qui fait de la recherche et du développement. Il ne se cherche pas, mais il cherche les recettes qui répondent le mieux. Je vais vers les sonorités qui me plaisent le plus et je sais ce que j’aime. Sur « À moitié loup », je suis en quête d’authenticité. Je fais ce qui me représente et ce que j’ai dans la tête. Je ne me cherche pas, mais je cherche beaucoup.

Avec le côté loup, je parle du vice et des tentations.

Dans les mythes, la métamorphose en loup ne se contrôle pas. Est-ce que tu subis la tienne de la même manière ? 

Oui tout à fait. Avec le côté loup, j’évoque le vice et les tentations. C’est le côté animal qui me rattrape, qui est instinctif et qui se rappelle à nous dans certaines situations. Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal.

 

Tu parles du rapport à la notoriété dans le son À moitié loup. Est-ce un vice de sean ?

Quand je parle de la notoriété comme un vice, c’est surtout une satire de ceux qui y sont. Je le constate autour de moi, ceux qui commencent à avoir un peu de buzz et tout… Ça monte très vite à la tête. J’espère vraiment ne jamais devenir comme ça plus tard (rires).

 

Comment gères-tu l’exposition médiatique ?

Ça se passe super bien pour le moment. Je suis très entouré et j’ai une bonne équipe qui bosse avec moi et me rassure. C’est très carré. Même quand je gère des concerts, je suis toujours bien accompagné.

 

Jamais de galère en concert ?

Si ! La première fois que j’ai été à La Cigale (pour la première partie de Lonepsi, ndlr), j’ai oublié mes ears quand je suis rentré sur scène. Je n’entendais plus rien ! J’étais super décalé avec le son. Le tourneur avec qui je venais de signer m’a tué. J’ai réussi à les récupérer pour faire le deuxième son, mais je les ai mal mis et ils sont tombés… C’était une galère.

 

Crédit : Maxence & Jonas.

 

À la fin de « Mercutio », tu dis vouloir te poser sur la lune. Lorsque tu conclus cette mixtape, tu dis y être arrivé dans le morceau Couleurs. Que signifie ce symbole ?

La lune c’est mes rêves et mes objectifs. « Elle veut la villa sur la moon », c’est un endroit idyllique où tu es au max. C’est nos ambitions, l’endroit où nous nous voyons plus tard. Pourquoi est-ce que nous faisons tout ça ? C’est pour être bien, dans une villa sur la moon. Nous l’avons aussi pensé dans l’idée du concept avec la lune qui réveille le Loup-Garou.

 

Elio (son prénom, ndlr) et sean, c’est très différent ?

C’est un personnage autour d’une narration. Je raconte ce que j’ai vu. Je me place dans la peau de quelqu’un qui observe et décrit certaines situations, comme quand je parle d’amour par exemple.

 

Comment s’est faite la connexion avec Azuul Smith sur Hiver ?

Par des relations communes. Ça s’est fait naturellement. Nous nous sommes rapidement trouvés musicalement. D’ailleurs, je suis en ce moment avec lui dans un Airbnb à Saint-Denis. Nous avons ramené tout le matériel que j’ai à Paris pour enregistrer et faire du son.

 

 

Le côté technique du son, que ce soit au niveau des effets de voix, de la prod ou du mix, c’est quelque chose que tu travailles particulièrement ?

Pour être le meilleur, il le faut. Sur « À Moitié Loup », j’ai passé une semaine de pré-mix. Je me suis posé, j’ai ajusté tous les événements et les effets que je voulais pour que cela sonne parfaitement. Nous avons coupé chaque petite respiration au bon moment.

Mais je travaille souvent avec les effets directement. Quand nous trouvons une sauce avec Roodie (un des beatmakers présent sur la mixtape, ndlr), nous enregistrons directement. C’est ce qui donne le côté fluide. Je pense notamment à la voix un peu foncedée sur le morceau À moitié loup.

 

Renréchir rapidement avec une mixtape. 

Est-ce qu’il y a des artistes qui t’ont influencé dans la façon de manier l’autotune ?

Booba, Nessbeal en France sur les refrains. Sinon aux US, des gars comme Travis Scott et Migos.

 

Roodie a signé la moitié des prods du projet. La connexion est spéciale avec lui ?

Totalement. C’est avec lui que j’ai commencé. À chaque fois que je suis en studio il est là. Je pose vraiment plus facilement sur ses prods.

 

Pour la sortie de la mixtape, tu as aussi réalisé ton premier clip : Prix à payer. Comment ça s’est passé ?

C’était un peu freestyle. À l’origine, je ne devais pas le réaliser. Mais je m’étais déjà beaucoup investi en amont et j’ai accompagné le chef opérateur pendant le tournage. Il m’a laissé la main petit à petit. Nous l’avons fait ensemble. J’ai pu mettre vraiment ma patte sur le montage et je suis aussi passé sur les effets. C’était super lourd.

 

 

Comment avez-vous trouvé ce décor si particulier ?

Un mois avant de tourner, j’avais été en Tunisie et j’avais repéré cet hôtel abandonné avec une vue sur une palmeraie magnifique. J’avais pris des photos pour montrer le lieu à l’équipe et tout le monde était d’accord. Nous sommes arrivés à 8 h pour tourner sur place, mais des gardiens refusaient de nous laisser rentrer. Même contre de l’argent.

L’agence de tourisme nous a confirmé que l’hôtel appartenait à une banque qui refusait l’accès. Du coup, nous avons dû faire un repérage improvisé dans la journée pour trouver un nouvel hôtel qui était juste à coté. Nous voulions un délire post-apocalyptique, alors le lieu avec les ruines marchait super bien. Je trouve que ça parle d’autant plus aujourd’hui, dans ce contexte si particulier.

 

Comment envisages-tu la suite ?

Nous allons rapidement préparer des dates pour tourner. C’est plutôt en suspens pour le moment. J’espère que ça va revenir vite. Nous avons aussi de la matière en stock. Je vais rester très actif. Un clip est en préparation. Je vais sortir des singles d’entre-deux et renchérir rapidement avec une mixtape.

 

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Décryptages Investigation

« A7 » : Le premier braquage de SCH

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Si l’année 2015 a marqué l’histoire du rap français à bien des égards, elle n’avait pas vu venir ce rappeur d’Aubagne, aux allures de gangster italien. Pour se présenter au public, SCH dévoile quatorze titres et trace les premiers contours de son personnage. Avant de le rejoindre sur son rooftop, prenons le temps d’emprunter l’autoroute A7. Devenu une référence, ce projet a laissé une trace indélébile sur son passage. Un game changer.

 

Avant d’arriver dans le grand bain, SCH rappe déjà depuis 10 ans. Sous le nom de Schneider, il poste ses premiers sons depuis son compte Skyblog. Repéré par Baarbus Music en 2014, il se professionnalise et perfectionne le style qu’on lui connaît aujourd’hui. Ses premières percées ne se font pas attendre avec des sons comme Que le doigt ou La mallette.

Alors que sa première mixtape est en préparation, Lacrim décide de lui laisser une place de choix sur la dernière piste de « R.I.P.R.O Volume 1 » avec le single Million. Rien ne sera plus comme avant pour le S. En septembre, il rejoint dans la foulée l’écurie du label Def Jam France (Universal) et dévoile « A7 », le 13 novembre.

À peine déposée dans les backs, la cover attire les regards. Inspirée d’une posture de Johnny Depp dans le film « Blow » où il incarne George Jung (un célèbre trafiquant de drogue américain, ndlr), le « Numéro 19 » donne le ton.

 

Johnny Depp dans le rôle de George Jung pour le film « Blow ».

 

Si tous les chemins mènent à Rome, celui qui mène à SCH, c’est l’A7. Cet autoroute est le chemin le plus rapide vers le sud et vers Aubagne (13). Il force ainsi le passage dans la ville de son enfance, située à vingt kilomètres de la Cité Phocéenne, où peu de touristes sarrêtent.

 

« A7, jai mis dix ans à l’écrire parce que je n’étais rien et que japprenais à devenir quelquun »

SCH diversifie ses thèmes, ses postures et son rap. Il se cherche mais indique déjà de nombreuses directions. La genèse de ce projet apparaît alors comme la conclusion d’une longue quête vers la maturité artistique. Il confiait d’ailleurs dans une interview à Mehdi Maïzi « Cest lalbum de toute ma jeunesse, jai mis dix ans à l’écrire parce que je n’étais rien et que japprenais à devenir quelquun ».

Sous les traits d’un John Lennon mafieux, il signe le premier titre d’un « Mathafuck » agressif. Son célèbre gimmick qu’on lui connaît bien aujourd’hui. Accompagné de ces « scélérats », SCH prépare le braquage. « J’recherche mes limites, la ge-gor du rap sous mon Gilette » (A7).

Décidé à frapper fort, il sort les muscles sur le morceau éponyme de l’album. A7, piste numéros deux. Un titre que le rap game n’est pas prêt d’oublier. Avec une parfaite gestion du découpage, il articule ses couplets et ses ponts autour d’un refrain intense. Un flow trap qui épouse une prod majestueuse de Guilty (Katrina Squad).

 

Photo réalisée pendant le shooting de la cover de la mixtape « A7 ». Crédit : Koria.

 

Si l’artiste est d’ores et déjà en démonstration, il dévoile quelques traits d’intimité. Une texture émotionnelle que nous retrouverons plus affirmée sur « Anarchie » (sa deuxième mixtape, ndlr). Ainsi, il évoque aussi bien son rapport avec son père : « Papa m’reniera jamais, j’suis ni flic ni pd » (A7) que ses errances de jeunesse. Celui qui « traîne des problèmes d’puis l’CE2 » décrit avec réalisme la violence du quartier « On libère des potes dans des écrans de fumées, ôter la vie, j’vois mes res-frè pour l’kilo s’allumer »  (Solide).

 

Un Beretta semi-auto dans la ceinture

« A7 », c’est aussi la naissance d’un personnage unique. Cheveux sur les épaules, un Berreta semi-auto dans la ceinture, il troque le survêtement Nike pour un élégant veston crocodile ou un perfecto noir tiré à quatre épingles. Il déroule ainsi un style à contre-sens qui n’a rien à envier au Parrain.

Si les références à l’univers mafieux sont déjà monnaie courante chez des artistes comme PNL ou Sadek, le Marseillais demeure celui qui les incarne le mieux. Dans la peau d’un personnage de la série « Gomorra », il s’immerge dans l’atmosphère de la mafia napolitaine sur le morceau du même nom. Le clip a d’ailleurs été tourné sur les lieux du crime, dans le quartier de la Scampia.

 

 

Pour toucher son public, l’artiste a rapidement trouvé la recette pour donner vie à sa plume. SCH prête ainsi allégeance à l’auto-tune dont il use sans modération. Omniprésente sur son projet, il en fera une marque de fabrique. Avec un timbre rugueux qui rappelle celui de Lacrim, il se montre sec, agressif ou encore solennel et donne de la crédibilité à son univers ténébreux. Il se risque même à une courte session de chant sur le refrain de J’reviens de loin.

 

Guilty et Kore en tandem

En coulisse, la direction artistique est scindée en deux. Guilty (Katrina Squad) guide la première partie de la mixtape. Avec des instrumentales sur-mesures, SCH peut briller sans forcer. Il s’exprime alors aussi bien sur des ambiances orchestrales (Gomorra) que sur des sonorités de clavecins inédites (Mauvaises idées). Nous en oublierions presque les deux featurings du projet.

Le match retour avec Lacrim sur Liquide tient ses promesses mais apporte moins de fraîcheur que les derniers tracks composés par Kore. Concordant avec l’arrivée de SCH chez Def Jam Music, le beatmaker prend le train en marche et boucle la mixtape. Ce changement à la production apporte les finitions au tableau. De leur collaboration naîtra notamment le hit Champs-Elysées, les synthés de J’reviens de loin ou encore le piano mélancolique de Fusil qui vient apposer un point d’orgue au projet.

Cette scission musicale, qui peut manquer de cohérence aux yeux de certains, ne fait pas oublier qu’« A7 » marque seulement ses premiers pas dans la cour des grands.

« J’suis un putain dindélébile, ici y a que des velledas » (John Lenon). S’il avait annoncé être ici pour durer, « Gotzë » a tenu ses promesses. Cinq ans plus tard, « A7 » est un succès. Il compte aujourdhui plus de 440 000 exemplaires vendus et se rapproche de son premier disque de diamant. L’artiste doit tout à cette rampe de lancement que fut sa première mixtape. Elle marque la naissance d’un OVNI du rap français qui a fait bouger bien plus que des codes vestimentaires. Poings fermés, mâchoire serrée, SCH trop réel.

 

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Chroniques

S.Pri Noir #3 : L’entre-deux albums

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Dans quelques heures, S.Pri Noir délivrera son deuxième album studio « État d’esprit » avec une solide tracklist de 14 titres réunissant huit invités de marque (Dadju, Laylow, Lefa, Leto…). Après le succès de « Masque Blanc », le jeune rappeur est resté très actif. Avant d’appuyer sur play à minuit, faisons un tour d’horizon des accomplissements de l’artiste pendant ce laps de temps. Musicalement, mais pas que.

 

Le 11 mai 2018, S.Pri Noir dévoilait son premier album « Masque Blanc ». Le succès est immédiat et sa carrière prend une nouvelle tournure. Alors que certains auraient marqué une pause après les semaines intenses précédant la sortie, il a préféré garder le pied sur la pédale.

Le 9 juillet, le rappeur clippe sans attendre la collaboration phare de l’album : Juste pour voir en featuring avec Nekfeu. Entourés de motards, les deux artistes se mettent en scène sur une piste d’atterrissage. Le visuel est entrecoupé d’images de concerts et de festivals.

 

 

Décidé à continuer de mettre en avant son album le plus longtemps possible, S.Pri Noir va enchaîner les clips. Celui de Narco Poète sort quelques jours plus tard (le 14 juillet) et l’artiste s’offre les services du vidéaste Brice VDH (réalisateur des clips d’Angèle, Julien Doré ou encore Roméo Elvis). Dans une usine désaffectée de Belgique, il décline les punchlines de ce morceau introspectif. Si l’esthétique semble plus simpliste qu’à son habitude, elle reste très efficace.

Il donne ensuite un nouveau souffle à des morceaux comme Papillon et Chico. Ce dernier est filmé à Cuba dans les quartiers de La Havane. TBMA derrière la caméra, il nous transporte quelques minutes au pays des narcotrafiquants.

 

 

Quelques mois après avoir décroché son premier disque d’or, S.Pri Noir envoie un dernier visuel pour Mon crew en juin 2019. Dans une ambiance ensoleillée, il foule le sable du désert de Dubaï aux côtés de Nemir. Trois mois plus tard, les deux rappeurs feront le match retour sur l’album du Perpignanais avec Rock N’ Roll. Au total, onze des vingt-deux titres de « Masque Blanc » seront habillés d’un clip.

 

Crédit : SpriNoirTV.

 

Machine à featurings

Pour  continuer d’affirmer sa place de cador du rap français, S.Pri Noir n’a pas besoin de sortir un projet chaque année. Ses multiples collaborations entretiennent sa présence à travers différents registres musicaux. 

En septembre, il s’invite sur le premier album de 4Keus : « À coeur ouvert » avec le morceau Toutes la Night. Dans un deuxième couplet planant, le rappeur des Fougères montre qu’il n’a rien perdu de son flow.

2019. Nouvelle année, nouvelle ambiance. S.Pri Noir rejoint Jok’Air à l’occasion de la sortie de son deuxième album « Jok’Travolta », sorti le 14 juin. Sur le morceau Ta meuf est sèche, accompagné par Gros Mo, il boucle le featuring avec délicatesse : « Ma meuf éblouit, elle est dévouée, ma meuf est douée ».

Pour son retour sur les plateformes en octobre, c’est S.Pri Noir que D. Ace a choisi. Dans leur première association sur le son Charmant, ils signent un single efficace avec un refrain incisif qui ne demeurent pas moins l’un des meilleurs succès commerciaux du rappeur du 95 (D. ACE, ndlr).

 

 

À noter également son apparition sur le projet « Street Love » d’Abou Debeing (Calme), sur le morceau Au Réveil de Malory ou encore sur le single Eau de Cologne d’Abou Tall.

L’artiste a aussi prêté ses talents au cinéma en posant sur la B.O du film « Black Snake, la légende du serpent noir » (Alhadji Baller Remix) et sur celle de « Taxi 5 » (All Eyes On Me). Il a d’ailleurs été invité à l’écran par Franck Gastambide, pour une brève apparition dans le premier épisode de la série « Validé ».

Pour finir l’année en beauté, le rappeur rejoint son ami Doums sur Onda, lors de la sortie de son nouvel EP « Polite & Co » en décembre. Le clip sera dévoilé en février.

 

De la scène au podium

Pendant deux ans, S.Pri Noir n’a pas seulement excellé derrière le micro. Déjà ambassadeur de la marque Adidas depuis 2017, l’élégance de l’artiste n’a pas laissé indifférentes des marques comme Kenzo, Hugo Boss, Cartier ou encore Dior. 

 

Shooting photo à l’occasion de son association avec Kenzo, en octobre 2018. Crédit : @lewisylvain.

 

Égérie de la collaboration du PSG avec Hugo Boss, au côté de Mauro Icardi, en novembre 2019. Crédit : @ahtlaqdmm.

 

En décembre 2019, le rappeur est devenu l’un des visages de Cartier. Crédit : @gdw__________.

 

Égérie de Dior parfums pendant la campagne de février 2020. Crédit : Hugo Jozwicki.

 

Dernier virage début 2020. S.Pri Noir accélère. Il présente un premier extrait de son prochain album, le 22 janvier, avec Dystopia. Sous les airs d’un court métrage avec un teaser en forme d’affiche de blockbuster, le projet dévoile ses premiers traits. Dans une ambiance apocalyptique, il donne le ton. Sur Instagram, il laisse même des premières pistes : « Vous pourrez my voir évoluer dans mon quartier où tout a commencé et où tout finira un jour… Trente ans après une guerre nucléaire entre l’Est et l’Ouest censée avoir eu lieu dans les années 2010.»

Sur ses derniers featurings, S.Pri Noir monte en puissance. D’abord sur l’album «  Trinity » de Laylow avec le morceau Hillz, puis avec ses compagnons de route sur Étincelles, en compagnie de Sneazzy, Alpha Wann et de Nekfeu. Dans ce casting haut en couleur, le rappeur s’est frayé une place sur le quatrième couplet où il place quatre phrases sobres, mais toujours justes.

L’équipe n’a pas tardé à remettre le couvert. Avec Sneazzy et Philly Phaal, S.Pri Noir envoie le troisième extrait de son album : T’as capté.

Il ne fait pas de doute que l’artiste s’appliquera à clipper un bon nombre de ses morceaux sur ce deuxième projet, comme il l’avait fait pour « Masque Blanc ». Rendez-vous à minuit pour rejoindre le nouvel « État d’esprit » de l’artiste. Opération programmée avec le MI6 (« Music Intelligence System »).

 

Pochette de l’album « État d’esprit ». Crédit : Fifou.

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S.Pri Noir #2 : Une ascension en punchlines

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Futuriste dans ses visuels, avant-gardiste dans sa musique, S.Pri Noir n’oublie pas d’où il vient et garde les pieds sur terre pour savoir où il va. Ses textes racontent son émancipation de la rue, à force de pugnacité et de persévérance. Du quartier des Fougères au sommet du rap français, l’histoire d’une ascension en huit punchlines. 

 

« Ici c’est pas le bac qui compte, c’est la BAC qui t’plombe »

Certifié Gangsta – « En attendant État d’esprit »

S.Pri Noir grandit dans le 18e arrondissement de Paris puis passe son adolescence dans le quartier des Fougères (20e). Un quartier parisien situé au-delà du périphérique. Laissés à l’abandon, les habitants sont livrés à eux-mêmes pour s’en sortir. Poursuivre des études devient alors un privilège, lorsque gagner de l’argent est une question de survie.

En gagner beaucoup et en gagner vite : le deal est souvent la solution la plus efficace. Une inégalité mise en avant par S.Pri Noir qui confronte le baccalauréat à la BAC (Brigade anti-criminalité). Contraint par le système, il confie ses regrets dans Chakal : « Parfois c’est dur, t’as envie d’poursuivre des études. Mais pour ça, il faut des thunes que t’iras chercher dans les stups ».

 

« L’État me bloque comme un rat »

Comme un rat – « En attendant État d’esprit »

Ce système, l’artiste s’applique à le dénoncer dans chacun de ses projets. Prisonnier d’une spirale sociale dont il ne peut s’extirper, le rappeur se sent comme un rat en cage. Ces animaux sont parmi les plus utilisés pour les expérimentations animales dans les laboratoires. Il a ainsi le sentiment d’être enfermé, comme un rat dans un labyrinthe. Les hauts fonctionnaires de l’Etat qui tirent les ficelles, observent son comportement et étudient la façon dont il se débat pour s’en sortir.

 

 

Crédit : Konbini.

 

 

« On a pas de pellicules mais sous nos crânes c’est négatif »

60G – « Le Monde Ne Suffit pas »

Comme les jeunes issus de ces quartiers délaissés, S.Pri Noir explique voir la vie à travers un filtre en noir et blanc. Un état d’esprit négatif, aussi sombre que l’image qui se forme sur une pellicule de photographie. Abandonné, il s’interroge sur le même titre :  « Condamnés à survivre, est-ce que c’est ça nos vies ? ».

 

 

« Le sol de leur chiotte c’est nos plafonds »

Highlander – « Masque Blanc »

Face à ces injustices, S.Pri Noir s’insurge. Il condamne ce plafond de verre qui s’impose à lui. Le plus haut niveau de l’échelle sociale que le système lui propose ne lui promet que les miettes du gâteau. Défavorisé dès le départ, il ne peut espérer s’élever que jusqu’au « sol de leur chiotte », ou « au mieux la tête dans les W.C » (Vivre et laisse mourir). Il réutilise d’ailleurs cette image du « sol » : « La rue dit que jsuis un artiste car j’évolue entre quinte et sol. Peut-être que je suis Black mais je ne laverai aucun de tes sols » (CFA). La richesse de la France n’empêche pas le fossé des inégalités de se creuser.

 

 

« Saisis ton avenir, saisis le à deux mains. Tu meurs aujourd’hui on t’oubliera demain »

Vivre et laisser mourir – « 0.0.S : Licence To Kill »

C’est décidé. S.Pri Noir refuse qu’on lui impose une destinée. Son histoire, il l’écrira lui-même. Il invite alors ceux qui l’écoutent à prendre en main leur avenir, dont ils sont les seuls maîtres. Il évoque, à maintes reprises dans ses textes, ne pas vouloir perdre de temps pour entreprendre :« Pas besoin d’une montre Patek Philippe, pour savoir que mon temps est compté » (Kestupeufaire). La vie avance vite, avec ou sans nous, et le rappeur ne peut concevoir mourir sans avoir jouer toutes ses cartes ni laisser de trace de son passage.

 

 

S.Pri Noir à l’occasion du shooting de son premier album « Masque Blanc ». Crédit : Fifou.

 

 

« L’intention de décoller du sol, débloquer une somme et d’m’arracher loin d’ici »

Compliqué – « 0.0.S : Licence To Kill »

Après avoir grandi la tête sous l’eau, le rappeur veut décoller de ce sol qui était autrefois son plafond. Pour prendre son envol, il n’a pas d’autre choix que de gagner de l’argent. Et c’est grâce à son talent derrière le micro qu’il ira débloquer ses premières sommes. Celui qui voulait  « changer les paramètres » (Paramètres) et la faible considération que certains pouvaient lui porter, a réussi à grimper l’échelle.

 

 

 « On fait l’Atlantique, on fait pas la Manche »

Podium – « Masque Blanc »

Désormais en vol, S.Pri Noir est devenu un rappeur français reconnu et dit « faire l’Atlantique ». Plus large que la mer de la Manche, il a les ambitions de la taille d’un océan et le succès le lui rend bien. L’artiste qui s’est construit tout seul, avec travail et persévérance, peut désormais se vanter de ne pas faire la manche.

 

 

Pochette de l’album « Etat d’esprit ». Crédit : Fifou.

 

 

« Alexandre Le Grand, on a conquis la street »

Jujitsu – « Masque Blanc »

Le succès de son premier album « Masque Blanc » est sans appel. À la manière d’Alexandre le Grand, l’un des plus grands conquérants de l’Antiquité, il accomplit ainsi une première grande performance avec son équipe. Emportant avec lui des temps d’avant et d’aujourd’hui, prônant la mixité des couleurs et des cultures, condamnant un système social injuste, S.Pri Noir a conquis bien plus que la street et en veut toujours plus. L’ascension se poursuit, vendredi 17 avril, avec « État d’esprit ».

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