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« L’Étrange Histoire de Mr.Anderson » – L’avis de la rédaction

Vendredi 16 juillet 2021 sortait « L’Étrange Histoire de Mr. Anderson », le deuxième album de Laylow. Après le succès critique et commercial de « Trinity », érigé comme l’un des meilleurs projets de l’année passée, le rappeur toulousain signe son retour avec un opus concept. Une nouvelle histoire et un nouveau casting pour continuer de s’affirmer comme l’une des têtes les plus créatives du rap français. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Une balade musicale avec un réel message politique »

Quelle performance du Lay. Seulement un an et demi après « Trinity », il a réussi à me surprendre par la complexité du projet. On ressent la volonté de placer la barre aussi haute que sur son dernier album et ça fait du bien de voir un artiste en vogue ne pas s’endormir sur sa notoriété. Parler de son histoire de manière aussi intime et crue était un vrai challenge. Une étrange histoire de jeunesse bien plus complexe que sa précédente relation avec une intelligence artificielle. Voilà qui explique sûrement une direction artistique moins cohérente mais pas moins intéressante que sur son dernier opus. Le storytelling reste quant à lui toujours aussi efficace, qu’il s’agisse de l’histoire globale du projet ou des tranches de vie racontées dans certains morceaux comme les somptueux VOIR LE MONDE BRÛLER et LOST FOREST. Côté featuring, l’alchimie est à la hauteur du casting. Damso et Hamza enflamment le début de l’album, quand Alpha Wann et Wit. apportent leur sens de la découpe. Beaucoup moins convaincu cependant par la prestation minimale de Nekfeu sur SPECIAL. Les interludes sont tout aussi pertinents et ces dialogues bruts viennent donner du relief et du sens. La dualité Jey / Mr. Anderson est assez bien exploitée et nous invite directement à la réflexion. Même si le discours de l’album, de croire en ses rêves, est finalement très classique et déjà bien abordé dans le rap, Laylow y apporte sa touche personnelle. Loin des grandes heures du rap conscient, cette balade musicale dans les souvenirs d’un jeune artiste transmet un réel message politique à ses auditeurs et auditrices : « Écoute toi ».

– Robin Spiquel

« Il aborde un sujet souvent négligé, celui des violences faites aux femmes »

Le nouvel album de Laylow offre une double lecture : « L’Étrange Histoire de Mr. Anderson » telle qu’elle apparaît dans les skits cinématographiques, puis la musique du projet. Sur le plan musical, le rappeur rayonne. Sa sélection de featurings montre une évolution notable par rapport à ses derniers jets avec un éventail diversifié d’artistes bien incorporés à son univers. Les sonorités des productions, elles, ne sont pas sans rappeler les têtes d’affiches du rap américain comme Kendrick Lamar et Travis Scott. Cependant, le fond de l’histoire et le traitement cinématographique qui lui est consacré sont, à mon avis, trop banals. Certains sketchs deviennent gênants, voire prétentieux. L’interprétation de Mr. Anderson fait d’ailleurs pâle figure à côté de celle de Trinity, sur son album du même nom. Cela dit, les titres demeurent excellents et se fient facilement aux réécoutes, même si j’ai dû faire abstraction de certains interludes. J’aimerais aussi souligner trois morceaux en particulier. HELP !!! qui aborde un sujet important souvent négligé par les rappeurs, celui des violences faites aux femmes, ainsi que les deux titres avec Hamza qui s’écoutent comme la bande originale d’un film de gangsters des années 1980 dans lequel le Bruxellois endosse avec aisance le second rôle, à la hauteur d’un Joe Pesci.

– Lukas Taylor

« L’outro UNE HISTOIRE ÉTRANGE clôture ce chapitre avec une morale qui n’est pas sans rappeler celle racontée dans Notes pour trop tard (« La fête est finie », 2017) par Orelsan. »

Imane Lyafori

« Jey révèle ici ses doutes et ses démons »

C’est l’histoire d’un jeune Toulousain qui se rêve en prodige du rap français. Pour cela, l’artiste de 28 ans se heurte à bon nombre d’obstacles en commençant par lui-même. Il expose les prémices d’un succès qui met du temps à être établi. Jey révèle ici ses doutes et ses démons qui le rongent dans la construction d’une carrière qu’il désire plus que tout autre chose. Mr. Anderson agit comme cette détermination qui ne cesse de le pousser à se dépasser. L’auditeur alterne alors entre le comportement parfois chaotique d’un Jey qui tente de voir le bout du tunnel, à l’image du morceau VOIR LE MONDE BRÛLER, et de son alter ego qui lui rappelle qu’il est SPECIAL. Un message qui résonne avec toutes celles et tout ceux qui bataillent pour faire entendre leurs voix et se créer leurs propres chemins. L’outro UNE HISTOIRE ÉTRANGE clôture ce chapitre avec une morale qui n’est pas sans rappeler celle racontée dans Notes pour trop tard (« La fête est finie », 2017) par Orelsan : l’important est de faire confiance au temps tout en ayant foi en soi. Ou comme dirait Laylow : « C’est ta façon de faire et c’est la meilleure au monde, juste parce que c’est la tienne, ma gueule… ».

– Imane Lyafori

« Laylow s’impose avec un album indéniablement inspirant »

En prenant des allures de Martin Scorsese pour Vogue, Laylow n’a pas trahi l’esthétique cinématographique de son album au casting d’exception. Toujours aussi exigeant, l’artiste toulousain livre un album ambitieux dont le scénario déborde presque un peu trop sur la musique et dont l’histoire personnelle et complexe se suit avec une facilité surprenante. Alors que pour son premier album, « Trinity », l’écriture et les sujets abordés me semblaient trop simples et monotones, Laylow a su donner une nouvelle dimension à son art en dénonçant des problèmes de société tels que les violences conjugales ou policières. En filigrane, il porte un message fort : suivre ses rêves. L’homme de l’année 2020 garde son statut en 2021 et s’impose avec un album indéniablement inspirant.

– Amaël Coquel

Retrouvez « L’Étrange Histoire de Mr.Anderson » de Laylow dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.

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Il était une fois « Trinity » – Épisode #3

Les épisodes 1 et 2. À découvrir sur Mosaïque.

– ÉPISODE 3 –

De nouveau projeté contre l’asphalte, Laylow se réintègre progressivement. Quelques gouttes de pluie viennent s’accrocher à ses cheveux bouclés. Le vent glacé qui lui fouette la peau le ramène brutalement à la réalité. Il est de retour dans le monde réel et s’est extirpé du logiciel de stimulation dont il était l’hôte depuis plusieurs heures. Il remarque que la molette incrustée dans son torse est toujours accrochée à lui.

Quelques mètres plus loin, des bruit de pas se font entendre. En tournant le regard, il aperçoit une homme affublé d’une veste poussiéreuse et d’une pantalon trop large déchiré.

– « Vous n’auriez pas une petit pièce ? », demande-t-il avec simplicité.

– « Non, désolé je n’ai rien », répond Laylow soupirant, encore pensif.

« Mais, jeune homme, tu as quoi là, dans ta poche ? Tu as du whisky là ? »

– « Oui c’est du whisky. »

– « Tu m’en donnes un peu ? »

Sortant la bouteille qu’il avait conservé depuis la soirée de sa rencontre avec Trinity, il la débouche et lui verse quelques brides d’alcool dans un verre de fortune. Sans doute originalement destiné à mendier.

– « Tu sais, moi à l’époque  j’étais comme toi, j’étais bien. Puis un beau jour, j’ai tout perdu. »

Assis en tailleur, le vieil homme commence son histoire. Lui qui avait il y a quelques années encore, un emploi stable, une femme et une fille, a rapidement entamé une descente aux enfers suite à un licenciement brutal. Déprimé, il tombe en désuétude et rentre dans une spirale sans fin. Alcool, jeux vidéos, joints… Il s’enferme. Dix-huits années passent. S’il pointe régulièrement aux Assedic, il ne parvient pas à retrouver un travail et sa motivation s’évanouit. Sa femme qui travaille sans relâche pour tenter de faire vivre le foyer et sa fille de 13 ans sombre tout autant. Croulant sous les impayés, c’est finalement un huissier qui viendra faire une saisie de leurs biens. La famille abîmée se sépare et l’homme se retrouve ainsi à la rue.

Abbasourdi par la violence de la réalité qui vient de lui être décrite, Laylow ne pense plus qu’à une seule chose : se reconnecter avec le logiciel pour retrouver la plénitude qu’il ressentait, telle une drogue. Il coupe court.

« Ah ouais, elle est spéciale ton histoire. Bah bonne continuation. »

Sans écouter les exclamations du sans-abri qui lui conjure de rester avec lui, il reprend sa route. Au coin d’une ruelle sombre, il s’adosse à un mur et appuie sur la molette qui s’illumine d’un vert métallique.

Dans sa tête, la voix digitale de Trinity résonne. Elle semble terrorisée :

– « Me touche pas. Me touche je te dis ! Dégage ! Y a rien dans toi, y a rien ! », ajoute-t-elle.

Alors que la molette devient de plus en plus brûlante, il en détache sa main. Le profond mal-être qui agite depuis des années le jeune homme pousse le système à le rejeter, tel un virus. Il tente de maintenir le contact et la supplie en murmurant de pouvoir revenir. Une larme coule le long de sa joue. 

« Maintenant qu’elle a goûté le poizon, elle veut plus rien d’autre. Elle veut plus rien voir, elle veut plus rien croire », sanglote-t-il. 

D’un coup sec, il avale plusieurs gorgées d’alcool et termine sa bouteille. Il la fracasse contre le mur et l’abandonne. En marchant la tête baissée d’un pas plein de frustration et de colère, il se laisse songer. Désinhibé par l’alcool ingéré, des brides de sa vie monotone et filiforme s’entremêlent et se mélangent.

« Dans cette vie ou dans une autre, c’est trop la merde. J’ai d’l’ambition mais mes problèmes me ramènent », s’avoue-t-il à lui-même.

Ancré dans la monotonie sans saveur de son quotidien, Laylow est conditionné par son environnement dont il ne parvient pas à s’extraire pour évoluer. S’il ne manque pas d’ambition, ses tentatives de projet ou d’innovation ont trouvé porte close. Jeune informaticien, il tente sans relâche mais demeure en échec, dans un monde cruel où les relations humaines sont aussi toxiques que complexes et où l’échec social peut mener à la marginalité. Tout comme le vieil homme qu’il a croisé quelques minutes plus tôt.

Arrivé au milieu du Pont-Neuf, situé en plein centre-ville de Toulouse, il s’y arrête et contemple la Garonne. Il repose sa main sur la molette qui clignote toujours faiblement, dans un dernier effort. Complètement ivre, il imagine Trinity dans les bras d’un autre homme, paniqué à l’idée qu’elle ait pu déjà refaire sa vie.

« Dis-moi si c’est trop tard, dis-moi si j’suis toujours à l’heure. C’est quand les gens s’éloignent qu’on voit leur valeur. Y’a des choses qu’ont pas d’égal, dis-moi si t’es partie ailleurs », balbutie-t-il.

Pris de délire hallucinatoire, il voit entre ses mains un immense bouquet de fleurs. En le levant vers le ciel, il s’imagine le tendre à Trinity pour la convaincre de bien vouloir lui laisser une chance de revenir. Il lui lance : « Oh my, j’espère qu’t’as pas trouvé bonheur ailleurs. Oh my, j’suis d’vant ta porte avec million d’flowers. »

En guise de réponse, la voix de Trinity résonne dans sa tête : « J’ai vu tes fleurs et ça n’m’a fait aucun effet. C’est trop tard et c’est mieux comme ça. »

« Pourquoi tu m’fais ça ? », rétorque-t-il rageusement en ramenant contre lui son bouquet imaginaire.

– « Tu le sais… Tu cherches la réponse mais c’est la question qui m’inquiète », répond-t-elle.

– « Tout c’qu’on a vécu, c’était réel au moins ? »

« Les concepts de réalité et de virtualité sont très flous pour moi… Je suis désolée. »

« Mais t’es quoi en fait… T’es qui ? »

« Je suis… Trinity. Logiciel de stimulation d’émotions. »

La souffle coupé, il réalise. La relation, les émotions, cette lumière au milieu de sa torpeur… La simulation était purement fictive. Condamné à rester dans sa morne réalité, Laylow voit son refuge virtuel se refermer.

Engloutie par la réel dont il ne veut plus, il se hisse sur la rambarde du pont. Au loin, il aperçoit les lueurs de la ville et des commerces qui s’agitent. Une spirale consumériste qui se poursuit sans discontinuer. 

« Tout l’monde a l’air d’être heureux, je suis grave triste. »

En hurlant, il saute. L’eau glacé du fleuve le hâpe, sans qu’il tente de se débattre. Lentement, le corps de Laylow remonte à la surface et son dernier souffle s’échappe dans un nuage de buée.

La molette clignote quelques instants avant de s’éteindre complètement et de se désintégrer. « Extinction du programme Trinity. »

FIN.

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Il était une fois « Trinity » – Épisode 2

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L’épisode 1 . À découvrir sur Mosaïque.

 

– ÉPISODE 2 –

 

Après s’être assoupi plusieurs heures, Laylow ouvre les yeux. Encore aux prises de l’alcool ingéré lors de la soirée de la veille, un mal de crâne intense le saisit au réveil. Il aperçoit, pour la première fois à la lumière du jour, la ville à travers la baie vitrée de l’appartement. Ses souvenirs reviennent à lui peu à peu. Le logiciel, S.Pri Noir, Trinity… Il n’a pas rêvé et la molette incrustée dans son torse est bien réelle.

En levant les bras, il inspire. Devenu un code numérique absorbé par son propre système, la situation de Laylow relève d’une absurdité des plus totales. Pourtant, une sensation de stimulation enivrante continue de le faire vibrer. Au dessus d’un lavabo dans l’appartement, il se contemple dans le miroir. Ses traits n’ont pas changé mais il se sent bien différent.

Soudain, une ombre indiscrète attire son regard. La silhouette d’une femme se dessine alors derrière lui. Levant les yeux, il reconnaît un visage familier. Il hurle de surprise. Après quelques instants pour recouvrir ses esprits, il la reconnaît. Trinity.

– « Bonjour », lui susurre-t-elle d’une voix métallique.

Laylow, déstabilisé, reste bouche bée.

– « Qui es-tu ? » questionne-t-il naïvement.

– « Je suis », répond-t-elle en pointant du doigt la ville par la fenêtre puis sa molette.

Il comprend. Le logiciel de stimulation émotionnel qui l’a intégré est incarné par cette mystérieuse jeune femme. Elle est le système, le système est Trinity. Envoûté, l’attirance qu’il lui voue est désormais irrésistible, incontrôlable.

Il balbutie et s’excuse :

– «On s’est déjà vu dehors mais y’avait toutes tes copines. T’étais au fond dans le noir, j’étais à fond dans le vice. » 

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Sans un mot, elle se rapproche et l’embrasse langoureusement en lui attrapant le menton. Son cœur s’enflamme. D’un coup, elle se saisit de sa molette en glissant sa main sur son torse. La jeune femme la pousse vers son deuxième cran. Il se laisse guider sans hésiter. De sa voix digitalisée, elle reprend : « Interaction de niveau 1. Taux de compatibilité élevé » Elle ajoute : « Mode stimulation émotionnelle : mélancolie, tristesse, adrénaline, violence. » Au dernier mot, il hoche la tête d’un air approbateur. Flirter avec les sentiments les plus extrêmes pour se sentir vivant. « Choix confirmé. »

Pris aux tripes par une vibration de brutalité, il se tient la tête avant de frapper de toutes ses forces le mur tremblant. De la poussière se détache du plafond. L’envie de se défouler devient insoutenable. Dans une folie venue de nulle part, il jette un tabouret dans la grande baie vitrée du salon qui se brise instantanément. Trinity l’empêche de faire plus de dégâts en attrapant son bras droit. « Taux de compatibilité critique. Je vous attends sur le parking », lance-t-elle.

Pris dans un tourbillon de pixel, il voit sa vision se troubler pour sombrer dans l’obscurité. Quelques secondes plus tard, il est projeté contre le sol humide. « Le logiciel m’a téléporté en dehors de l’appartement », réalise-t-il. Il se retrouve sur un parking sans voiture, situé en parallèle de l’immeuble où il était la veille.

En tentant de se relever, il constate que Trinity est en train de se matérialiser à califourchon, sur lui. Sans réfléchir, il la saisit par la taille pour lui rendre son baiser. Enlacés, ils finissent finalement par succomber et enlèvent leurs vêtements. Serrés l’un contre l’autre, nus. La peau de Laylow est désormais brûlante. Pendant leurs ébats, elle s’écrie : « Température trop élevée » et le repousse.

Alors qu’ils se rhabillent, une berline noire se gare en haut de la place de stationnement, plein phare. Éblouis, il plisse les yeux et tente d’apercevoir le visage des cinq hommes qui ouvrent les portières et se dirigent vers lui. Cagoulés, matraques à la main, le groupe se rapproche. Il remarque le mot « Pirahana » en lettre jaune, inscrit sur leur sweat noir.

Sa molette clignote rouge. Sa comptabilité avec le logiciel est si puissante qu’il indique une surchauffe. La violence qu’il vient de commander semble sur le point de dériver complètement.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Son niveau d’adrénaline s’envole et la peur le tétanise. Le premier homme lui agrippe le bras et lui assène un violent coup sur le crâne. Il pose un genou à terre pour reprendre ses esprits mais un deuxième choc à l’épaule le fait flancher. S’ensuit cinq minutes de brutalité pendant lesquelles Laylow est passé à tabac, à terre, sans raison. Un coup de pied mal placé fait perler son sang et vient tâcher son jean Levis.

La douleur devient insoutenable, il lâche prise et s’évanouit. Le logiciel résonne tout au fond de lui, tel un électrocardiogramme plat : « Crash du système. Retour à l’état initial. »

Lorsqu’il se réveille, son corps est toujours aussi chaud. Des étincelles et des petites flammes émanent de son corps. Sur le point de prendre feu, il panique. À une cinquantaine de mètre de lui, il aperçoit une fontaine. Comme un assoiffé dans un désert qui se jetterait dans un oasis, il plonge.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

En apnée dans l’eau glacée, il refroidit. Les battements de son cœur ralentissent peu à peu. Lorsqu’il se relève et secoue ses cheveux bouclés humides, il se questionne. L’expérience devient dangeureuse. En voulant ressentir à nouveau, il a failli se tuer. Sa connexion avec Trinity est beaucoup trop intense. De retour sur le parking, il rejoint la jeune femme, assise en tailleur.

– « Je me suis attaché à toi, attention », dit-elle pour le mettre en garde.

C’est en trop pour lui. À quoi bon vouloir se sentir vivre si c’est pour finalement en mourir ?

–  « Tous vos taux sont au minimum. Que diriez-vous d’un nouveau programme d’entraînement ? Le mode hélicoptère ou bien la simulation : tir au sniper ? », reprend-t-elle.

– « Arrête de parler dans ma tête, tu m’fais péter les plombs là ! T’sais quoi ? Déconnecte-moi », s’exclame-t-il. En acquiesçant, elle lui répond : « D’accord. Choix confirmé. »

Le temps d’une seule fraction de seconde, son corps se désintègre.

 

L’épisode 3. À découvrir sur Mosaïque.

 

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Il était une fois « Trinity » – Épisode 1

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– ÉPISODE 1 –

 

Un jour de plus. Une nouvelle date à rayer du calendrier. Il claque la porte de son bureau. Demain, la même journée l’attend. Il ne le sait pas encore mais sa vie est sur le point de basculer. Alors qu’il allume une cigarette, une pluie fine se met à tomber. Les gouttes dégoulinent le long de son nez et de ses cheveux bouclés.

Laylow, le cœur vide, déambule dans les rues de Toulouse. Le vend qui souffle le froid du mois de février ne le fait pas frissonner. Ce qui l’entoure ne lui parle plus. L’absurdité de son quotidien qui défile n’a plus de goût. Il se lève et se couche avec la même torpeur. Chaque jour qui passe s’alourdit un peu plus. Les nouvelles journées ne le sont plus et se ressemblent toutes. À la manière de quelqu’un qui se force à croquer dans un gâteau écoeurant, il continue de vivre. Comme prisonnier d’une boucle temporelle, il aimerait tend ressentir à nouveau.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

De retour chez lui, il retrouve son appartement exigu où des piles de papiers et de vieux CD-Rom jonchent le sol, Mécaniquement, il s’assoit à son bureau et allume son PC Windows 98. Après quelques minutes de chargement, la machine s’affole. Des lignes de code défilent à toute vitesse sur l’écran. Laylow pense d’abord à un bug et tente de le redémarrer. Rien n’y fait, des chiffres de couleurs vertes clignotent dans tous les sens. Alors que l’ordinateur semble sur le point d’exploser, tout s’arrête.

Une voix métallique s’élève de ses enceintes grésillantes :« Bienvenue dans le programme Trinity. Veuillez composer votre code personnel à trois chiffres afin d’accéder à votre interface. » Sans réfléchir, Laylow tape le numéro de son appartement sur le clavier : 303. La voix reprend : « Authentification en cours. Accès autorisé. Initialisation du programme Trinity. » Il perd le contrôle. Pour la première fois depuis des années, la scénario de sa journée se bouscule. Les murs de son appartement se mettent à trembler. La réalité se déforme autour de lui et sa vision se floute. Comme aspiré par le vide, un trou se perce dans l’espace temps et Laylow change de dimension.

Projeté violemment sur le sol, il ouvre les yeux s’aperçoit qu’autour de lui tout a changé. Encore sonné par le choc, il jette un rapide coup d’œil. Dans une pièce complètement vide, il semble seul. Une chose est sûre, il a quitté son appartement. « Est-ce réel ? », se questionne-t-il. Pourtant tout à l’air vrai. Lorsqu’il se relève, il découvre une grande baie vitrée donnant sur une ville plongée dans la nuit. Au milieu des immeubles endormis, trône un building illuminé. À son sommet, de grands néons verts fluorescents dessinent le nom de « Trinity ».

Machinalement, Laylow plonge ses mains dans ses poches. Avec surprise, il découvre un petit carnet abîmé. Sur la couverture, une inscription indique : « Trinity, logiciel de simulation d’émotions ». Parcourant rapidement les pages, il comprend que le programme qui a hacké son ordinateur l’a intégré à son système.

Il est rentré dans « Trinity ». En pleine incompréhension, une violente douleur vient appuyer sur son coeur. Pressant sa main contre sa poitrine, il remarque un objet de métal collé à sa peau. Dans la panique, il retire à toute vitesse son t-shirt et découvre une molette numérotée incrustée entre ses deux pectoraux. Il hurle.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram: mask_n_swordcomics).

 

Désespéré, il tente de tourner la mystérieuse molette d’un cran, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le mécanisme pivote. La douleur se fait alors de plus en plus forte. Son pouls s’accélère. Laylow souffre mais se sent vivant. Se précipitant en dehors de l’appartement, il dévale les escaliers en colimaçon.

Une fois dans la rue, il gonfle ses poumons. Ses neurones se reconnectent et ses émotions se réintègrent. Inclinant sa tête vers le ciel, il hurle : « Augmente la pression. »  La morosité l’abandonne. La nostalgie, l’amour, la peur, la fierté… Il ressent. Pris de vertige, il s’assied sur le trottoir et se prend la tête dans les mains.« Est-c’que j’suis dans l’vrai ? Est-c’que j’pète un câble ? Est-c’que ces gens m’aiment ? Est-c’qu’ils s’foutent de moi ? Pourquoi j’vois toujours le monde en blanc et noir ? Pourquoi j’en suis là ? Toujours en bas. »

La voix digitale du programme résonne cette fois dans sa tête : « Vous semblez mélancolique ce soir. Que diriez-vous d’un programme d’entraînement ? » Complètement assommé, il hoche la tête dans le vide. « Territoire : extérieur. Conditions climatiques : excellentes. Programme de pilotage à haute vitesse : enclenché. »

Une Lamborghini Gallardo poussée à pleine vitesse s’arrête brusquement devant lui. Au volant, un homme noir aux yeux rouges, vêtu d’une Canada Goose blanche, lui fait signe de prend place sur le siège passager. Une fois installés dans l’habitacle, le conducteur lui tend la main et se présente : « S.Pri Noir ». D’un coup sec sur l’accélérateur, le mystérieux conducteur démarre en trombe et traverse les rues de la ville à toute allure.

Lorsque le véhicule s’arrête, il reconnaît l’immeuble au néon vert. Il pénètre, quelques minutes plus tard, dans un appartement immense où une trentaine de personnes secouent la tête sur la prod intense de Black Skinhead de Kanye West. Toujours sous pression, son coeur bat de plus en plus vite. Un verre de whisky à la main, il s’abandonne à l’ambiance de la soirée. Si son instinct se trouble avec les vapeurs ambiantes d’alcool, il ne perd pas du regard une jeune femme brune, cheveux au carré, une Marlboro fumante à la main. Son élégance rayonne mais son visage demeure fermé. Pas un sourire ne viendra troubler ses traits. Hypnotisé par son énergie, il n’ose pas s’approcher d’elle.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram: mask_n_swordcomics).

 

Après quelques heures de vibrations sur du son d’outre-Atlantique, il cache dans sa veste une bouteille de Jack Daniel posée sur la table et s’éclipse. Laylow est rechargé à 100 %. Le moteur de la berline jaune vrombit encore plus fort sur le chemin du retour. Avant de se quitter, S.Pri Noir lui tend un téléphone.

De retour dans l’appartement où il avait été projeté quelques heures plus tôt, il s’allonge sur un vieux canapé en cuir poussiéreux. Il s’abandonne finalement au sommeil. Réel ou virtuel ? La question sonne toujours creux.

 

L’épisode 2. À découvrir sur Mosaïque.

 

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