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Lord Apex : « Je suis un enfant de Kanye West, il m’a donné confiance en moi »

Don’t speak French ?

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Lord Apex Lord Apex Lord Apex

Version française / French version

Après la sortie en avril 2021 du troisième volet de sa série de projets « Smoke Sessions », Lord Apex est revenu le 10 mars dernier avec « Off the Strength ». Un album confectionné en collaboration avec Cookin Soul, le compositeur espagnol, producteur pour Orelsan, Deen Burbigo et Wiz Khalifa. Mosaïque a pu discuter, à distance, avec le rappeur en pleine tournée en Europe. Entretien.

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Comment te sens-tu après la sortie de ton projet « Off the Strength » ?

Je suis super content. Cette collaboration avec le producteur Cookin Soul est probablement mon meilleur démarrage. Sur Spotify, on est juste en dessous de 500 000 écoutes. Les visionnages sur YouTube sont également au top. Tout compris, on doit être proche du million d’écoutes. Je suis comme un fou. En plus de ça, il y a encore des visuels à venir.

Il sonne différemment de ton précédent projet « Smoke Sessions 3 ». Pourquoi ?

Sur les « Smoke Sessions », j’ai travaillé avec beaucoup de producteurs différents, des Britanniques comme des Américains : Maverick Saber, GRiMM Dozan… J’avais tendance à rester dans la même vibe (Sonorités boom bap et lo-fi, NDLR). Là j’ai essayé de proposer une atmosphère différente et de travailler avec un seul producteur. Cookin Soul m’a donné envie de tester de nouvelles choses et d’exploiter des inspirations différentes. Il fait partie des compositeurs avec lesquels j’ai toujours voulu travailler. J’ai dû prendre un petit peu de recul par rapport à cela pour pouvoir réellement saisir l’opportunité qui m’était donnée.

Dans une interview à propos de « Smoke Sessions 3 » en 2021, tu disais croire en la qualité de chacun des titres. As-tu eu le même sentiment sur ce nouvel opus ? 

Si je suis honnête, je te dirais que oui, quasiment. La collaboration avec Cookin Soul était réciproque, c’était top ! Lorsque je composais les morceaux, je voulais tester de nouvelles choses. À la fin, il n’y avait qu’un seul son sur lequel j’avais un doute, c’est Bricks. Pour le reste, c’était très fluide, j’aimais vraiment tout. Je voulais faire quelque chose de spécial. C’est la raison pour laquelle je chante beaucoup plus sur ce projet. 

Les productions sont aussi plus punchy et incisives, à l’image des morceaux Stay Alive et M.I.M.S qui semblent fonctionner comme une paire, avec une rythmique similaire. Pourquoi ce changement de ton ?

Je voulais prouver des choses. Je me disais : « Continuez de faire semblant de ne pas me connaître, maintenant, vous allez le savoir ! » Et ce qui résume bien l’énergie de ce projet, c’est l’histoire derrière le titre M.I.M.S. Un jour, mon gars Jack Harper organisait un événement pour promouvoir sa marque. Quelques DJ et des invités étaient là. Je suis arrivé pour monter sur scène à 2h du matin. Je lui avais dit que je venais gratuitement. Mais en contrepartie, je demandais un minimum de respect de la part de la foule.

Je me suis retrouvé sur scène en train de kicker et les gens continuaient de parler pendant ce temps-là. Vraiment, ça m’a énervé. Donc j’ai pris le micro et gueulé pendant cinq minutes : « Vous n’avez jamais été à un show ou quoi ? Je me fiche de savoir qui vous avez vu avant. Je suis là, je rappe donc vous devez me respecter. » Jack est arrivé pour me dire de rentrer chez moi et de ne pas tenir compte de ce qui s’était passé. Alors je suis arrivé chez moi à 7h du matin et j’ai posé toute ma colère dans ce freestyle. J’ai exprimé mes émotions de l’instant.

Tu as commencé sur SoundCloud. Comment est-ce que tu perçois cette plateforme ?

SoundCloud est génial pour une chose : c’est un espace qui ne concerne que toi et tes amis. Avant, la musique n’était pas accessible pour tout le monde. Les gens ne savaient pas ce que c’était d’avoir un home studio et de s’enregistrer tout seul. Par exemple, je n’en avais pas avant 2018. J’ai commencé parce que je voulais chiller avec mes amis et enregistrer des sons avec eux. C’était beau parce que je pouvais littéralement être fan de mes amis et me sentir très libre. 

La musique est-elle nécessairement collaborative pour toi ?

Cela joue beaucoup. J’ai eu cette conversation il y a quelques jours avec un ami. On se disait : « Ce serait incroyable de regrouper toute la musique créée depuis la nuit des temps en un seul et unique morceau, non ? » J’ai l’impression que ça a été un vrai bing bang spirituel quand la première chanson a été créée. Puis ensuite la première danse. Quand les deux se sont rencontrées, je n’imagine pas le résultat. 

Depuis 2016, tu as sorti au moins un projet par an. Cette productivité a-t-elle été importante dans ton ascension ?

Et encore, ce n’était pas suffisant (rires). 2016 a été l’une de mes meilleures années, j’ai lâché cinq ou six projets. Je suis fier lorsque je me remémore ces années parce que l’on a vraiment fait ça sans aucun argent. Uniquement grâce au travail acharné. Une nuit, je me suis enfermé au studio et j’ai enregistré 49 sons sur une seule tape. Le lendemain, j’étais de nouveau en train de composer des prods.

La clé, c’est ça : savoir à quel point tu en veux, à quel point tu es prêt à t’investir. Je vais avoir 26 ans cette année, je n’ai plus le temps de jouer. Je ne suis plus un enfant, je travaille tous les jours pour développer mon art. Quand j’ai fait mon entrée dans ce milieu à 16 ans, je voulais être le meilleur. Puis, au fur et à mesure, je me suis dis que je voulais être le meilleur dans ce que je faisais, tout en restant dans une sorte de confort. Ces deux dernières années m’ont fait changer d’avis : je veux devenir le meilleur, tout court.

Ce rythme t’a-t-il aidé à affûter ton style ? 

C’est certain, à 100 %. Par exemple, je fais des freestyles tous les jours et je m’entraîne sur des productions différentes. Du coup quand je pose sur des sonorités plus électroniques par exemple, les gens trouvent cela bizarre mais je me sens en confiance dessus parce que je freestyle déjà régulièrement sur ce type de sons.

Dans quelle mesure la confiance en soi est-elle importante pour toi, en tant qu’artiste ?

Je suis un enfant de Kanye West. En grandissant, il m’a donné confiance en moi, comme à de nombreux enfants. Il a été le premier à se sentir légitime de dire : « Je suis le plus grand de tous les temps ». Être fan de lui m’a donné les clés pour mieux me comprendre. Une partie de cette énergie vient des interviews d’hommes comme Mohamed Ali ou Mike Tyson que je regardais. Toute cette foi aveugle vient de cet état-d’esprit. Je ne sais même pas si je suis le meilleur dans la pièce, mais je vais venir avec la confiance suffisante et t’affirmer que c’est le cas.

Ça me permet de me sentir à l’aise pour expérimenter de nouvelles choses. Je pourrais prochainement me lancer dans le théâtre par exemple. La mode pourrait m’intéresser aussi. Mon frère m’a déjà promis qu’il me laisserait défiler lors de son premier show. Mais il faut aussi avoir la capacité de rester calme et à ne pas te perdre là-dedans. C’est ce que je veux transmettre aux enfants lorsqu’ils me voient en interview ou sur scène.

Jusqu’ici, as-tu été soutenu ?

Ma famille est fière de moi, même si je ne leur ai pas parlé pendant des années parce que j’étais recroquevillé sur moi-même. Ma mère m’a laissé prendre une année sabbatique après la fac en me disant : « Tu as un an, fais en sorte que cela fonctionne (dans la musique, NDLR) ». Elle aurait pu me mettre la pression pour que je puisse trouver un travail rapidement. Mais au contraire, elle m’a toujours laissé l’espace suffisant pour exprimer ma créativité. Mes proches m’ont toujours supporté. C’est essentiel, je pense. Ils savaient que j’étais né pour faire de la musique.

Le « Smoke Session Tour » va bientôt démarrer. Comment te sens-tu ?

J’ai hâte ! On commence le 19 mars à Porto. Cela fait dix ans que je travaille en indépendant et c’est un vrai aboutissement. Même si c’est difficile de célébrer ma propre réussite parce que je ne me sens qu’au début de mon aventure. Je prends du recul au maximum pour garder les pieds sur terre. Nous n’avons encore rien fait. On reste humble, tout en restant sûr de notre force. J’ai déjà réalisé les collaborations de mes rêves. On va le faire ! 

« Smoke Sessions 4 » est-il en cours de préparation ? 

2024. Pas avant. On a d’autres projets à sortir avant et ils vont nous mener jusque-là. Et quand ça arrivera, je veux que ça soit légendaire. Par exemple : Lord Apex x Brodinski ! Il y aura des flows incroyables sur des prods électros. Il y a aussi un projet qui est en route avec le producteur orléanais Astronote qui a déjà bossé avec Kendrick Lamar. Beaucoup de belles chansons vont arriver. Juillet semble être le bon moment pour diffuser tout cela. Quatre projets devraient sortir d’ici l’été. 


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English Version / Version anglaise

On 10th March, Lord Apex came back to release his new album called “Off the Strength”, the result of his collaboration with Spanish DJ Cookin Soul. The project introduced his Smoke Sessions Europe Tour (from March to June 2022), which included a stop in Paris at the venue “Elysee Montmartre”. The tour is going to end at Barcelona Primavera Sound Festival next June. Mosaïque interviewed Lord Apex, just a few days after the release. 


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How do you feel after the release of your new project “Off the Strength” ?

I am super happy. This is probably our best first week release, even though it is a collaboration. On Spotify, I know that we are just under 500 000 listeners right now. The numbers on YouTube have been amazing too. All together, we are just under a million. So, I am really excited right now. We have got some more visuals on the way. 

This sounds different to your last album “Smoke Sessions 3”. How do you feel about that ?

I had a lot of different producers working on the “Smoke Sessions”, with a few Americans and Brits (Maverick Saber, GRiMM Dozan). I like to keep the same vibe (Lo-fi and boom bap sounds) in my music, when I am on this series. However, when I am working with only one producer, we try to make something different. Cooking Soul was on the list of producers I have always wanted to be on a project with. I took a step back and told myself that I was getting the opportunity to work with someone I had always looked up to. 

During an interview about “Smoke Sessions 3” in 2021, you felt confident about every track. Do you feel the same this time ?

Most definitely. It was beautiful because there was a mutual connection on this project. When I was making it, I was like : “Experiment it”. I knew that I would know if it was good or not by trying. Once we finished recording everything, there was only one song we were divided on, called Bricks. Apart from that, everything was smooth, I pretty much loved everything. I wanted to make something special, which is why I am singing a lot more on it. 

Productions are sharper and punchier than your preceding projects. For instance, Stay Alive and M.I.M.S seem to work together, following a similar rhythm. What was your idea behind this change ?   

When I made that, my mindset was like : you guys keep acting like you don’t care about me. So, act like you know ! I am going to give you the backstory behind M.I.M.S. One day, my guy Jack Harper was putting on an event to promote his brand called Aeliza. Some DJ were there, some special guests too and people came to see the installations and buy the products. It was two in the morning, I went out as a special guest.

I was doing it for free, so I would just ask for a certain level of respect from everyone in the crowd. When I was performing, people were still talking. I just got really pissed off, so I pulled the mic and shouted at the crowd for five minutes : “You guys have never been to a show before ? I don’t care who you have seen before, I am here, I am rapping, I need you to respect me”. Jack was like : “Nevermind. Go home”. I got home by 7 in the morning and I freestyled the whole thing, out of pure anger. 

You started to create music on SoundCloud. How do you view the platform ?

The beautiful thing about SoundCloud was that it was only about you and your friends. Music was not always accessible before, not everyone knew what a studio was, not everyone knew you could have a home set and record yourself. I did not have one until 2018. At the beginning, I would just go to my friends and record there. It was beautiful because I could be a fan of my friends. 

Is music collaborative, according to you ? 

It plays a big part. I had this conversation with a friend some days ago. We were saying : “Wouldn’t it be crazy if all music, since the beginning of times, was standing for one ?” All music ever created, standing up for one song. It must have been a spiritual bing bang when the first song ever was created, and at the same time, dance was created. And when those two entities collided… I can’t really imagine the result.

You have released, at least, one project a year since 2016. Has this big output been important in your progression ?

It is not enough (laugh). 2016 was one of my best years : I dropped 5 or 6 tapes. I look back to that year a lot and I was like : we have done that with no money. Hard work is necessary. In one night, I locked myself in the studio and I recorded 49 songs, no adlibs, on just one tape. I was still making some beats the next day. It is just how bad you want it, how bad you see yourself invested in this process.

I am gonna be 26 this year, I ain’t playing with no one. I am working everyday, crafting my art. When I came to this game, I wanted to be the best. As I was walking down my path, I thought that I did not want to be THE best, but to be the best in what I do and be the most comfortable. Last two years, I was like : “Nah, I am going to be the best that ever lived. That’s how it is.”

Has this rate of creation helped you to sharpen your musical style ?

100%. I freestyle everyday on different types of beats, so my pen stays sharp that way. I could use a more electronic song, people would feel quizzical about it, but I would not, because I would have freestyled on it before. 

To what extent is self-confidence important to you, as an artist ?

Very important. I am a Kanye West stan. Growing up, he instilled a lot of confidence in a lot of kids. He was the first man to say loudly “I am the greatest”, and he was the first who felt right about saying it. Being a fan of his music made me understand myself a lot. A lot of that energy comes from seeing Mohamed Ali’s interviews, or Mike Tyson. A lot of his blind faith comes from this mindset. Like, I don’t even know if I am the greatest in the room, but I am gonna come and step with the confidence and tell you that I am the greatest.

The more I become comfortable with myself, the freer I feel about experimenting things. So, I might get into the acting world. I would love to get into the fashion world too. My brother has already promised me that he would let me walk on his first catwalk (laughs). But, let us keep some secrets there… The most important thing is to stay calm and not lose yourself in arrogance. That’s what I want to convey to kids, when they see me in interviews or when they hit my tours. I want them to feel like : “Woh, how he is so confident”. 

How have you been supported so far ?

My whole family is proud of me. I did not speak to my family for a few years. It was an internal shape where I was like “don’t fuck with them”. My mom let me take a gap year after I finished college, just saying : “You got a year, go make this music shit work”. She could just have been pressing me to get a job and all. I have always been given this space to be creative, even before it became what it is today. My family has always pushed me to be creative. People around me have always been supportive. It is important to have this kind of circle around you. 

The Smoke Session Tour is about to begin. How do you feel ? 

I am super excited ! We start in 5 days (19/03) in Porto. I have been independent for ten years, and some parts when I did not have Max by my side. I have been through a lot. So, to put it mildly, I am one of those who need to see it to believe it. It is hard for me to celebrate my own success. I feel that I am only at five percent of my journey. In a zoomed-out perspective, I can never be excited. We got nothing done. However, I have already done the collabs I had been dreaming about my whole life. So, we are gonna do it !

Is Smoke Sessions 4 currently in the works ? 

2024. No sooner. BUT, we have so many projects that lead up to that. For Smoke Sessions 4, I am not coming for something less than legendary. Lord Apex x Brodinski, on the way ! It is gonna be so awesome. There are gonna be some crazy flows on that electronic productions. We have a project with Astronote, who comes from Orléans (France) and who has already worked with Kendrick Lamar. We have got beautiful songs coming and July will be a good time to drop some stuff. I don’t want to give too much out ! Basically four projects in the first half of the year.


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Entretiens Rencontres

INFAMOUSIZAK : « L’amour moderne laisse plus de place à l’égoïsme »

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Version française / French version

La veille de notre entretien, le rappeur britannique INFAMOUSIZAK apprend que son show au bar-concert The social, prévu le 16 février 2021 à Londres, est déjà sold out. Ce lieu festif de la capitale anglaise a accueilli par le passé des têtes d’affiche de son pays : Adèle, Bon Iver ou encore Lily Allen. Un grand nom de la musique au Royaume-Uni, c’est ce qu’espère devenir le jeune artiste. Mosaïque s’est entretenu avec cette voix prometteuse de la scène rap alternatif aux sonorités cloud. Derrière sa webcam, il affiche une satisfaction contagieuse, avant de s’épancher sur sa carrière, son dernier EP « Fracture » et la façon dont il aborde son art.


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Originaire du sud de Londres, INFAMOUSIZAK dévoile son premier opus « Deep the Night » au cours de l’année 2019. Deux ans plus tard, l’artiste fait le bilan : « Depuis mon premier album, ça se passe bien pour moi, même s’il y a toujours des hauts et des bas. » Si les hauts font son actualité, des doutes sont toujours ancrés en lui depuis le début de son aventure musicale. D’abord parce qu’il ne s’imaginait pas faire carrière dans la musique. Étudiant en sciences du sport à l’Université de Worcester, il se souvient de son anxiété face à ses camarades de classe qui semblaient savoir où aller et quoi faire de leur vie.

INFAMOUSIZAK, lui, se rêvait en basketteur professionnel. Mais les chances d’arriver au bout étaient minces, ce qu’il a vite compris : « Réussir dans le basket paraissait compliqué. Un certain nombre de choses devait s’aligner pour y arriver. Alors que la musique, c’est différent : je savais qu’en travaillant dur, ça pourrait le faire pour moi. »

INFAMOUSIZAK et sa patte « Do It Yourself »

Dans cette période de doute, la musique lui est apparue comme une évidence. Sans peur de l’échec. Se tromper puis se relever à chaque fois pour accomplir ses objectifs, c’est la devise du rappeur qui voit dans cette mentalité un moyen de « transformer ses actes en quelque chose de positif » et de « contrôler ta réalité où que tu sois ». Cette notion de contrôle est prépondérante dans son œuvre et sa production. INFAMOUSIZAK est un artiste complet : production, mixage, mastering… Aucune étape de la réalisation d’un morceau ne lui échappe.

Autodidacte et convaincu que l’on est « jamais mieux servi que par soi-même », il décrit sa musique comme « honnête et DIY » (Do it yourself, NDLR). Naturellement, son entourage s’est garni de personnalités avec la même énergie. Tyrell 169, producteur pour Dave et Headie One, fait parti de ceux qui ont aidé le jeune britannique à se développer. Le rappeur le décrit comme un proche avec qui la connexion s’est faite naturellement. Le fruit de sa progression se remarque d’ailleurs dans son dernier EP « Fracture », mis en ligne en novembre dernier.

INFAMOUSIZAK : « Les contes de fée font partie du passé »

Obsédé par le thème de l’amour, INFAMOUSIZAK s’épanche dans ce projet sur les différentes étapes d’une relation amoureuse. Un champ de sentiments allant de la passion à la crainte, en passant par la peur ou l’obsession. Mais pas question de dépeindre l’amour à la manière d’un scénario Walt Disney : « Les contes de fée font partie du passé. L’amour moderne laisse plus de place à l’égoïsme, l’amour égoïste. Il s’exprime sur une courte durée. »

J’aime être le plus honnête possible dans ma musique.

INFAMOUSIZAK pour Mosaïque

Au fur et à mesure, Izak, de son surnom, s’engouffre dans les tourments de la relation. La lune de miel (Used to it), la dépendance affective (Run me down), puis la légèreté qui le mène au détachement égoïste (Good Ones). Dans ce titre, INFAMOUSIZAK écrit : « I keep my heart covered in kevlar » (« Mon cœur est recouvert de Kevlar », NDLR). Ses expériences passées l’ont amené à prendre du recul sur ses émotions. Un ressenti qu’il exprime à travers sa musique où la transmission des messages se fait, selon lui, plus simplement. Cette démarche s’inscrit dans une conception plus globale de son art : « J’aime être le plus honnête possible dans ma musique. Cela te rend plus fort quand tu peux faire ça car les gens peuvent s’identifier à toi. »

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Lorsqu’il évoque son avenir, Izak confie vouloir explorer d’autres thèmes intimes et rester dans cette lignée introspective, soulignant qu’il « fait de la musique spécifiquement pour cette raison ». Sans cacher son souhait de réaliser aussi des morceaux « légers et funs ». Depuis la sortie de l’EP « Fracture », il est resté très productif pour proposer un projet d’envergure à la fin de l’année. En parallèle, plusieurs collaborations sont dans les tuyaux et devraient voir le jour prochainement. Après avoir déjà collaboré avec des artistes émergents comme Santino Le Saint ou Poté, il rêve maintenant de featurings avec des références de la scène britannique. « Bosser avec Skepta ou Jorja Smith, ça serait ouf », conclut-il.


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English Version / Version anglaise

The day before our interview, British artist Infamousizak had just learned that his show at “The Social” club, scheduled on the 16th February, was sold out. This welcoming place of London nightlife has seen tremendous artists display their talent on stage, such as Adele, Bon Iver, and none other than Lily Allen. Izak hopes to become a leading name in the UK musical scene. Mosaïque was pleased to talk with this promising voice of alternative rap. Behind the camera, he is clearly satisfied when talking about his career, his last project “Fracture”, and the way he approaches his art.


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Raised in the South of London, Infamousizak shares his very first album “Deep the Night” in 2019. After two years, time has come to take a backward first glance: “My journey has been good man, it has been like a lot of learning, lots of ups and downs.” Some positive energies are paving the way he walks right now. However, the bad moments remain in the shadows, as doubts appeared to be the turning point for the beginning of his career. Izak used to be a sport science student at Worcester University. He felt anxious at the sight of his comrades, whose life objectives and destiny seemed to be laid out. It had not always been the case for the native Londoner.

Back in the days, Izak dreamed about becoming a professional baller. Unfortunately, the rules of the game are harsh : many contenders, few winners. This is something he understood quickly : “Well, there was no plan for this. It could potentially happen, but there were a certain number of things that had to go right to make it. With music, I knew that hard-work and focus would help me figure something out.”

« DIY » Music

Music becomes a necessity for him in this difficult period. Izak is not afraid of failure. His motto still stands : try, fail, rise, progress. The more you make mistakes, the closer you get to your objectives. The young artist sees in that mentality a way to “transform it into something good”, which allows to “control your reality anywhere you are”. This notion of control is key to his entire art and production. Izak is a genuine artist : producing, mixing, mastering… There is not a single part of the production process that slips out of his grasp.

He describes his music as “honest and DIY (Do it yourself)”. His close friends are inspired by the same energy. Tyrell 169, also a producer of Dave and Headie One, is one of those who helped him in the development of his art. Izak explains that the connection was smooth between both of them. Talking about progression, Izak reaps the rewards of his endeavours with the success of his last EP “Fracture”, which was released in November 2021. 

INFAMOUSIZAK: “Fairytales are a thing of the past”

Infamousizak jumps on this occasion to talk a bit more about the theme of love. Throughout the whole project, he explores the different steps of the relationship: a wide range of feelings, from passion and obsession to fear and fright. “My experience, and the modern day experience, leads me to consider fairy tales as a thing of the past. Modern love is aimed towards selfishness, selfish love. Most are short-time.” He disagrees with the idealistic love depicted in most of Walt Disney’s motion pictures.

I like to be as honest as possible in my music.

INFAMOUSIZAK to Mosaïque

Izak dives into the pangs of the relationship as the tracklist shuffles the four songs of the project. It opens on the honeymoon (Used to it), switching to the suffocating experience of emotional dependency (Run me down), before dealing with the necessity of keeping some free space, leading to self-centered detachment (Good ones). In the latter, Infamousizak says: “I keep my heart covered in kevlar”. His recent experiences led him to take a step back in the way he deals with his emotions.

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Izak wants to keep exploring personal themes and stick to his introspective vibe. However, he does not hide his desire to make “funny songs” where the young rapper is not trying to “deliver crazy messages”. Ever since “Fracture” was spread out on the waves, he remained productive and focused, in order to deliver a bigger project by the end of the year. Besides, some collabs are underway, set to be released in the coming months. Izak has already featured with some rising prospects of the British game (Sainto Le Saint, Poté). Now, he dreams of performing alongside references of the United Kingdom. “I want to work with Skepta, it would be sick. I would work with Jorja Smith too, and a lot of others, you know“, says the black-and-white plaited young artist.


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RAP & NBA, LE CROSSOVER CULTUREL

En 2016, l’artiste Dame D.O.L.L.A sort son premier album « The Letter O »Dame D.O.L.L.A derrière le micro, Dame Time derrière l’arceau, le meneur superstar des Portland Blazers (Oregon), Damian Lillard, incarne aujourd’hui cette passerelle existante entre le rap et le basketball. Show-off, puissance, rythmique… Une connexion culturelle. 


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Drake est connu pour ses musiques romantiques et entraînantes. Dans le basket, il est de notoriété publique pour son trashtalk corrosif à l’encontre des adversaires des Raptors de Toronto, son équipe NBA de cœur. Le rappeur est un supporter bien particulier dans ces travées bondées les soirs de match.

Il n’assiste pas uniquement au match : il l’influence. Par ses punchlines et ses contestations sur les décisions d’arbitrage, il dépasse largement son statut d’artiste. En partenariat avec la franchise depuis 2013, il a contribué au développement infrastructurel des « Dinos », concernant les choix esthétiques (couleurs, maillots, logo). Drake a indéniablement contribué à replacer Toronto (Ontario, Canada) sur la carte des équipes qui ont la cote.

Si son investissement reste exceptionnel, il n’est pas le seul supporter étoilé à assister aux matchs de la « Grande Ligue ». Les court sides (premier rang des gradins, NDLR) des terrains NBA brillent souvent par la présence de personnalités importantes du rap game américain : J Cole, Travis Scott ou encore les Migos.

Regards complices, checks, célébrations… Les liens d’amitié et de fraternité entre artistes et athlètes sont indéniables. Dès lors, comment cette relation se traduit-elle dans les compositions de ces MC ? Game on.

Une origine commune

Premier élément de réponse dans les textes du créatif Post Malone et son titre White Iverson. Le morceau rend hommage à AllenIverson, dit The Answer, légende des Philadelphia Sixers. Ici, Post se sert de cette référence pour exprimer son amour de la balle orange, distillant des références à certains cadors du game, comme James Harden (Houston Rockets) ou Anthony Davis (Los Angeles Lakers).

Comme beaucoup de rappeurs, ils jouent sur les playgrounds depuis que ses jambes lui permettent de tenir debout. La similarité des trajectoires entre rappeurs et basketteurs créent cette connexion, à l’image du premier couplet de Drake dans le morceau Thank me now :

« I can relate to kids going straight to the league when they recognize that you got what it takes to succeed, and that’s around the time that your idols become your rivals. […] Damn, I swear sports and music are so synonymous, cause we want to be them, and they want to be us. »

Le cran, l’audace, le dépassement de soi et la croyance en une destinée glorieuse, voici ce qui lie en premier lieu le rappeur et le basketteur. Cette mentalité particulièrement nord-américaine de la legacy, cette envie de marquer l’histoire et d’aller au-delà des limites.

De chaque côté de la ligne de touche, se tiennent des hommes dont l’histoire fut parfois tragique, souvent teintée de galères et de souffrances, toujours symbole de courage et de persévérance. Le rappeur comme le basketteur, s’inspire de ses idoles, les idolâtrent, en espérant un jour leur ressembler et les surpasser. Il y a dans cette démarche une envie de prouver, à soi-même et aux autres, sa valeur en tant qu’homme mais également en tant qu’artiste ou sportif.

Mais alors pourquoi le rap est-il tant lié à la Ligue ? Pourquoi le jazz, le rock ou encore le funk ne le sont-ils pas tout autant ? De par l’origine de nombreux joueurs, majoritairement issus des classes populaires et celle du rap, mouvement né dans les quartiers défavorisés du Bronx, à New-York. Il en découle, dès lors, un partage de valeurs similaires, traduites dans les paroles et l’énergie mise dans leurs œuvres.

Question de flow

Aujourd’hui, un sentiment dénote dans les sons de Lil BabyFutureYoung Thug ou Gunna : l’agressivité. La rythmique a changé depuis les générations old school. L’heure est aux basses saccadées, accompagnants des couplets débités avec intensité. L’agressivité et l’intensité sont deux notions fondamentales dans la NBA de notre époque.

De facto, le flow qui ressort de ces compositions résonne parfaitement avec les actions kamikazes d’un Ja Morant (Memphis Grizzlies), à la froideur d’un Stephen Curry (Golden State Warriors) ou la robustesse d’un Montrezl Harrel (Los Angeles Clippers).

Le champ lexical du basketball est également propice aux punchlines. La bague, les 3-pointers, les cross et les shoots traduisent des actions transposables dans la vie de tous les jours et deviennent des moyens métaphoriques pour les rappeurs.

La « ring » par exemple est la récompense suprême pour un joueur de NBA, obtenue grâce à une victoire en finale de play-offs. Elle incarne la réussite, l’accomplissement d’un processus de labeur et de dévouement pour arriver au sommet. Kanye West y fait d’ailleurs référence dans New God Flow, où il prononce ces phrases: « Went from most hated to the champion god flow. I guess that’s a feeling only me and LeBron know. »

Bien qu’il n’y ait pas de correspondance directe à cette distinction dans le rap, d’aucun comprend facilement la portée et le sens de ce message. Ce besoin d’approbation et de validation est commun à ces deux métiers et la route est longue pour atteindre une pleine satisfaction. 

Ce qui caractérise aussi cette relation bilatérale est la reconnaissance des rappeurs en certaines stars, devenues icônes de la balle orange. Comme le clament J Cole : « I want Jordan numbers, LeBron footin’ » (Return of Simba), Kanye West : « And you can live through anything if Magic made it » (Can’t tell me nothing), ou encore Lil Wayne : « I must be LeBron James if he’s Jordan » (Dough is what i got). La propension à trouver son reflet dans ces athlètes est évidente.

À travers ces paroles, les lyricistes américains traduisent une admiration pour ce que représente pour eux, les plus grands joueurs de basket. Ils font figure de role model, sur le terrain mais surtout en dehors. 

À en juger par l’orientation musicale de la tracklist officielle du prochain jeu vidéo NBA 2K, la connivence entre le rap et le basketball est évidente. Sans être exhaustif, les fameux Travis Scott, Lil Baby ou Stormzy seront au rendez-vous, accompagnés d’étoiles montantes comme Polo G, Jack Harlow ou NLE Choppa. 


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Sa majesté le rap : Flohio à l’assaut du rap anglais

La conquête du trône du rap anglais ne se limite pas qu’aux frontières du Royaume-Uni. Par-delà les contrées lointaines, de nouveaux prétendant.e.s embarquent à bord de leurs radeaux pour se disputer la possession du siège royal. Et parfois… la menace peut venir des terres conquises. Dans la banlieue sud-est de Londres, la rappeuse Flohio renverse les codes établis du grime ​en mélangeant les styles dans un genre unique et part à l’abordage de la couronne.

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Funmi Ohiosumah est une jeune nigérienne originaire de l’état de Lagos. L’année de ses huit ans, elle emménage dans la banlieue sud-est de Londres, Bermondsey. Avant de poser le pied sur les terres royales, Flohio est bercée par les affinités musicales de ses parents qui font notamment résonner la musique de Stevie Wonder. Cependant, elle se découvre un plaisir pour les productions hip-hop, lorsque les vibes de Chipmunk, Lauryn Hill ou encore 50 Cent lui parviennent aux oreilles. Le déclic se produit lors de sa première écoute de l’artiste britannique Eve. Un véritable coup de cœur auditif. La jeune MC se met à développer sa culture rap, se passionne pour le genre et commence à gratter ses premiers brouillons. Elle s’inscrit dans un club jeunesse depuis lequel elle commence à enregistrer quelques morceaux. 

Son indéniable talent attire l’attention du Guardian et Dazed & Confused, journaux à la résonance importante outre-Manche. Ses collaborations avec des artistes comme Clams Casino et Modeselektor lui offrent une visibilité nouvelle, ponctuée par un éloge de Naomi Campbell. La mannequin la présente alors comme « l’une des dix femmes qui changent notre futur ».

Flohio semble en tout cas déjà bien partie pour changer le futur du grime. Elle incarne ce combo imprévisible mêlant grime métallique, techno industrielle et hip-hop traditionnel. Un style construit par des inspirations issues du Vieux et du Nouveau-Continent, à l’instar de Trippie Redd, 21 Savage ou encore Chip. La figure féminine iconique du hip-hop, Missy Elliott, n’est également jamais très loin dans son esprit lorsqu’elle pose les fondations de ses futures œuvres.

Sa majesté le rap : Chip, précurseur du grime

Les deux premiers EP de Flohio, « Nowhere Near » et « Wild Yout », posent les premiers piliers d’une création en pleine construction. Sorti en 2016, le premier EP laisse entrer la lumière sur l’artiste nigérienne, permettant au monde de la découvrir. Son expression artistique se caractérise par un amalgame de courants, rendant la production unique en son genre. Par son œuvre, elle souhaite exprimer son ressenti sur la société qui l’entoure, mais également se mettre à la place des autres et leur donner une voix. Une profondeur de réflexion qui tend au paradoxe lors de ses représentations, tant elle contraste avec la fougue qui ressort de ses clips et performances. En 2020, son premier projet « No Panic No Pain » concrétise et matérialise une profusion artistique débordante. 

Tea time

Début février 2021, la célèbre chaine YouTube COLORS propose à l’artiste anglo-nigérienne de suspendre le temps, en même temps que le micro, une deuxième fois. Cette fois-ci, elle performe Flash, le quatrième track de son dernier projet. La première fois, elle s’était révélée grâce à Bands, l’un de ses premiers singles.

Publié le 31 janvier 2018, la vidéo totalise aujourd’hui 610 000 vues. Coup d’éclat important, il s’agit d’un fer de lance médiatique bénéfique pour la jeune MC. Elle l’admet elle-même dans un entretien pour Yard : « [La vidéo Colors] a changé des choses, ça a été un grand moment c’est vrai. Cela a ouvert une toute nouvelle perspective pour moi. » Une performance qui lui vaut même la comparaison avec l’artiste anglaise émérite, M.I.A. 

The crown jewels 

Sorti tout droit de la fournaise cérébrale de l’artiste londonienne, « No Panic No Pain » pourrait laisser certains aficionado.a.s sur leur faim. Par moments, le projet génère de la frustration chez l’auditoire, tant sa timidité rythmique ne colle pas avec l’œuvre originelle de Flohio. Un récit teinté de nostalgie : un retour aux sources dans sa banlieue sud de la capitale anglaise. La réussite d’un premier projet guidé par les textes lyriques de l’artiste. Les collaborations donnent également du relief au projet puisque Flohio s’associe aux producteurs Cadenza et Fred again.., ayant déjà œuvré sur les albums d’Ed Sheeran, Jorja Smith ou encore Stormzy. 

Au détriment d’une histoire fictionnelle, Flohio raconte la chronologie de sa vie d’artiste, s’attardant sur les points sombres de son existence. La frénésie de sa vie de succès s’accompagne de son lot de troubles et d’instabilité. Une dichotomie entre la présence permanente du soutien de ses fans et l’absence continue de certains proches disparus. Néanmoins, la résilience est le maître mot de cette confession musicale : la nécessité de garder un calme et un sang-froid olympien pour gérer les aléas rencontrés. « No panic, no pain (…) more hype, more rage », se lit sur ses lèvres dans le deuxième morceau Unveiled de sa mixtape. Une belle synthèse de l’esprit qui anime l’enfant de Lagos. À maintes reprises, Flohio déclare vouloir devenir « iconic ». Sa réussite sera de laisser un héritage pour les jeunes générations à venir. Elle souhaite ainsi que les plus jeunes voient en elle un modèle d’inspiration et d’aspiration. Une figure que l’on admire, le regard fixé en direction du ciel. Une reine, tout simplement. 

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Sa majesté le rap : Chip, précurseur du grime

« My life in six words… Chipmunk, Jahmaal, music, God, money, family » : ce sont les mots du rappeur Chip au journal britannique The Independant, à l’occasion de son entrée chez Sony Music en 2009. À l’époque, le jeune homme ne le sait pas encore mais cette signature entérine le début d’une longue carrière, à la reconnaissance exponentielle, pionnière d’un courant pilier du rap britannique. Let’s begin.

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Chip vient au monde le 26 novembre 1990, de parents originaires de la Jamaïque. Jahmaal Noel Fyffe, de son véritable nom, grandit à Haringey, dans le nord de la capitale anglaise. Naturellement, il devient fan des Gunners d’Arsenal et aspire à devenir footballeur, comme bon nombre de collègues rappeur·euse·s. Un rêve qui, finalement, laissera la place à la musique. C’est au cours de sa jeunesse qu’il se voit orner du surnom, peu flatteur, de « Chipmunk », en référence à sa petite taille, sa corpulence et sa dentition atypique.

C’est sur le rythme des hits de ses prédécesseurs Wiley ou encore Dizzee Rascal, qu’il développe sa culture musicale. Après onze années dans le circuit, il est considéré comme l’un des artistes les plus influents du game, autant pour sa longévité que pour sa contribution au grime. Artiste à la production effrénée, il démarre avec son premier album « I am Chipmunk », qui parvient à se hisser à la deuxième position des UK Charts, sa meilleure performance.

Cet opus rencontre un franc succès et lance la carrière du jeune londonien. Son projet suivant, nommé « Transition », sera d’ailleurs le dernier de la maison de disque américaine, avant que cette dernière ne ferme ses portes, laissant le garçon d’Haringey libre de signer où bon lui semble. Il entre ainsi chez Grand Hustle, maison mère d’artistes influent·e·s comme Travis Scott et basée à Atlanta, en Géorgie. Nouveau label, nouveau nom : Chipmunk devient officiellement Chip.

Ce passage, bien que succinct, au sein de l’organisation américaine lui permet de collaborer avec de grands noms du Nouveau-Continent, comme B.o.B ou Iggy Azalea, et d’être nominé au BET Hip Hop Awards en octobre 2012. Pourtant, le rappeur préfère l’indépendance et se détache du label d’Atlanta pour créer sa propre structure, nommée Cash Motto. Il produit au sein de ses studios ses trois projets suivants, « Power Up » « League of my Own II » et « Ten 10 ». L’apogée artistique de ce précurseur du grime britannique trouve sa plus grande symbolique dans son dernier projet, « Insomnia » (2020), enregistré en coopération avec le pionnier Skepta et l’étoile montante Young Adz

Tea time  

Chip a gagné ses lettres de noblesse dans le rap britannique à force de projets reconnus et de performances gravées dans le marbre du panthéon du grime. Il établit son record le plus marquant en partageant le micro avec celle qui eut l’honneur d’ouvrir la cérémonie des Jeux Olympiques de Londres en 2012, Emeli Sandé. Ensemble, il·elle·s enregistrent le titre Diamond Rings et ce track permet à l’artiste de devenir le plus jeune rappeur britannique de l’histoire à placer un morceau dans le top 10 des classements d’outre-manche.

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« I am Chipmunk » fait partie des références incontournables du grime britannique. Il s’agit d’un album fondateur, premier fait d’arme d’un auteur qui, à l’époque de sa production, siégeait encore sur les bancs du lycée. Positionné à la seconde place des classements britanniques, le projet reste à ce jour le plus gros succès du Chipmunk. Avec plus de 100 000 copies vendues, il est certifié disque d’or par la British Phonographic Industry, chargée de la gestion des certifications artistiques.

L’album sort sur le label Columbia Records, célèbre maison de disque, accueillant sous son toit les sommités que sont AC/DC, Adèle ou encore Beyoncé. Côté production, le gâteau est partagé entre plusieurs pointures du domaine, à l’instar de Pete Parker (producteur de G-Eazy), Harmony Samuels (Ariana Grande) ou encore Naughty Boy. « I am Chipmunk » dénote dans ses choix de featurings, avec une forte présence féminine (Esmée Danters, N-Dubz et Emeli Sandé), offrant une alternance entre des tracks incisifs et des instrumentales douces, se rapprochant davantage du R&B.

L’album nous plonge dans le quotidien de Chip, alors jeune adulte ou vieil adolescent, âgé de 19 ans. Le second titre de l’album, Chip Diddy Chip, raconte d’ailleurs ses péripéties entre l’école et le studio. Le jeune artiste londonien se retrouve confronté à la jalousie, le rapprochement intéressé et l’envie de le voir échouer. Un nouveau statut en poche, il explique dans Role Model, avoir conscience d’être devenu un exemple pour les jeunes. Loin de lui l’idée de se plaindre de cette situation, son attirance pour la lumière n’ayant jamais été cachée. Cependant, malgré le fait qu’il se targue, dans le morceau Beast, d’être sûr de lui et de ses capacités, il n’en reste pas moins perméable à la peur de l’échec. Il reste un homme, perfectible et imparfait, qui cherche à conjuguer sa vie artistique et sentimentale face à l’absence de l’être aimé.

Comme Chip l’exprime dans Saviour et Dear family, les épreuves qu’il traverse comme la séparation de ses parents, semblent écrites à l’avance. Un destin qu’il considère être entre les mains de Dieu. Cet attachement à la spiritualité se matérialise aussi dans ses mélodies et ses choix de compositions. La présence d’un chœur dans le morceau fait écho à cela, rappelant, par moment, les célébrations religieuses. 

De Chipmunk, il est passé à Chip. Un raccourcissement qui sonne comme un signe d’opposition ironique à la longévité de sa carrière. Plus qu’une superstar éphémère, Jahmaal a réussi à convertir son succès pour devenir une référence pour les jeunes grimer·euse·s grattant leurs couplets dans les rues londoniennes. À l’instar de son ami Skepta, Chip a gagné sa place sur le trône du rap, au pays de Sa Majesté. 

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Sa majesté le rap : le prince Dave

En terres musicales anglaises, certains prétendants au trône rassemblent leurs troupes et se préparent à la conquête du royaume. L’un d’eux s’est établi au sud de Londres : Dave, prince de Streatham. 

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Le jeune anglo-nigérian David Orobosa Omoregie est né le 5 Juin 1998 à Brixton, au sud du Londres. Benjamin d’une fratrie de trois enfants, il est élevé par sa mère après le départ de son père. Il grandit alors toujours plus au sud, à Streatham, où il commence à jouer de la musique dès son plus jeune âge. Il écrit des chansons et joue du piano, symbole d’un éveil intellectuel et artistique précoce qui le mènera jusqu’aux bancs des universités de Richmond upon Thames (Twickenham) et De Montfort (Leicester) pour étudier le droit et la philosophie. Un parcours universitaire interrompu volontairement pour se consacrer pleinement à la musique. 

Son premier fait d’arme se produit sur la chaine Bl@ckbox, en 2015. Un freestyle percutant et une entrée dans le game fracassante avec quelques sept millions de vues au compteur. Quelques mois plus tard, il dévoile le single JKYL + HYD et commencer à affirmer un style lyrique profond et contestataire. Son premier EP « Six Paths » est diffusé sur les ondes britanniques en 2016. Long d’une trentaine de minutes, il fait suite au freestyle explosif Thiago Silva, en compagnie d’une autre pointure du rap londonien : AJ Tracey.

Au même moment, Drake le découvre grâce à une compilation de grime britannique sur YouTube et reprend son titre Wanna know. Un tremplin qui favorise la promotion de son nouveau projet : « Game Over », dévoilé en 2017. L’année suivante, son morceau Question Time, dans lequel il s’insurge contre le système politique anglais et ses représentants, remporte le Ivor Novello Award 2018 du meilleur morceau contemporain, devant Don’t cry for me de Stormzy. Trois ans plus tard, il ajoute une deuxième récompense du même genre pour le titre Black.

En 2018, Dave va au bout de son ascension et confirme. Son featuring Freaky Friday avec l’enfant de Queen’s Park, Fredo, explose les compteurs et se voit certifié single de platine. Une première pour Santan Dave. Son premier album « Psychodrama » reçoit ensuite un accueil à la hauteur des récentes performances de l’artiste : top des classements d’outre-Manche, vainqueur du Mercury Prize et Britz Awards du meilleur album de l’année.

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Symbole de cette ascension fulgurante : sa performance lors de l’édition 2019 du festival Glastonbury. Outre sa prestation sur la Pyramid Stage aux côtés de Stormzy, c’est son concert solo qui a marqué les esprits. Dave offre un show intimiste, se livrant sur ses émotions et ses vulnérabilités. Les morceaux références de sa discographie sont entrecoupés de témoignages et de discours. Il exprime l’importance de ses fans qu’il qualifie de « drogue » et les productions sur lesquelles il pose sa voix de « thérapie ».

Pour remercier son public, il invite un spectateur à l’accompagner sur le morceau : Thiago Silva. Un jeune homme portant le maillot du défenseur parisien est choisi pour monter sur scène. Une bouffée d’adrénaline plus tard, le nouvel acolyte de Dave se lance dans un freestyle laissant le rappeur londonien complètement estomaqué. Une collaboration éphémère qui témoigne de la proximité naturelle qu’instaure le rappeur avec son public. L’évènement se termine symboliquement avec l’arrivée de son compère Fredo pour entonner le hit Funky Friday.

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Aux manettes de la production de son album « Psychodrama » : Fraser T.Smith, déjà collaborateur de la chanteuse Adèle et de Stormzy. Sur le projet, Dave s’offre une véritable psychanalyse au gré des percussions qui accompagnent son débit de punchlines. Une versatilité stylistique qui vient donner du relief aux onze tracks, où grime et slam cohabitent avec les voix de ses invités : Burna Boy, J Hus et Ruelle. Trois artistes aux univers distincts qui donnent vie à la dimension mélancolique de l’opus. Sur cet album, l’enfant de Streatham ouvre enfin les portes de sa conscience et de ses émotions. Il prouve que la lumière des projecteurs peut, une fois sortie de scène, se substituer à la noirceur de ses pensées.

À travers un artwork que l’artiste décrypte lui-même dans une séquence vidéo à l’occasion du Mercury Prize 2019, l’émotion est vive. Une flamme bleue vient brûler le visage du rappeur, vêtu de la même veste que lors de sa prestation à Glastonbury. L’accord de ces éléments relève d’une double signification : le bleu symbolise la douceur et la sérénité, tandis que la flamme exprime le tourbillon de sensations contraires qui se bousculent dans son esprit. Tel un chaos serein.

Avec dextérité, Dave se balade entre les différentes épreuves de sa vie, brossant le portrait d’une jeunesse marquée par l’absence d’une figure paternelle, le chemin sinueux emprunté par ses frères et une mère désemparée face aux difficultés quotidiennes. Dans les titres Screwface et Capital, David raconte être sorti de la précarité grâce à la musique, pour faire face à d’autres combats. Il se bat ainsi contre la peur de passer des feux de la rampe à la noirceur des oubliettes (Environment) et dénonce le racisme systémique dans Black : « Black is bein’ guilty until proven that you’re innocent. »

Depuis ses quartiers au sud de la capitale, Dave prépare ses prochains coups pour s’assoir sur la chaise du pouvoir. Adoubé par les rois des contrées étrangères, allié des autres vassaux du royaume, le jeune prince attend patiemment son tour. Nul doute que son avenir s’écrira au sommet de la royauté. 

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Sa majesté le rap : Dizzee Rascal, on the grime

Le royaume du grime ne s’est pas construit en un jour. Dans un passé pas si lointain, des pionniers sont venus planter les premiers drapeaux sur les collines britanniques, symbolisant le début d’une conquête prospère. Au gré des batailles, certains sont tombés au combat, pendant que d’autres se sont hissés au rang de roi. Parmi ces vainqueurs, l’un d’entre eux a marqué l’Histoire par sa plume : Dizzee Rascal.

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De son véritable nom Dylan Mills, Dizzee Rascal est né en septembre 1984 dans le quartier londonien de Bow, à l’est de la ville. D’origine nigéro-ghanéenne, il est élevé par sa mère, abandonné au plus jeune âge par son père. Une enfance troublée qui laisse la place à une adolescence rythmée par un comportement turbulent : renvois d’écoles, vols de voitures ou autres larcins auprès de livreurs de pizza. Au même âge, l’un de ses professeurs décèle pourtant chez lui un talent inné pour la musique et l’accompagne dans ses premières expérimentations. Quelques années plus tard, en compagnie d’autres précurseurs, Dizzee est à l’origine de la naissance d’un nouveau courant. Plus agressif, plus corrosif, et proche du style garage inspiré de la musique électronique : le grime.

Dizzee Rascal est présent sur la scène britannique depuis le début des années 2000. Il se développe sur les radios pirates et produit son premier single, I Luv U, en totale autonomie, avant de rencontrer un autre artiste émergent de la scène rap anglaise : Wiley. Avec ce dernier, ils forment le groupe Roll Deep et intègrent le roster du label XL Recordings. Le premier morceau de Dizzee est alors réenregistré pour une diffusion internationale, devenant par la même occasion une référence du grime anglais. Après une vingtaine d’années dans le game, l’artiste londonien cumule sept projets.

Tout commence en 2003, avec l’album « Boy in da Corner ». Une première performance remarquée et accompagnée du single Ju’s a Rascal. L’album qui marque le début d’une carrière en solo. Une émancipation forcée pour le Boy from Bow qui quitte son groupe suite à une rixe survenue lors d’une tournée à Chypre. Dizzee reçoit plusieurs coups de couteau et soupçonne son compère des Roll Deep, Wiley, d’être à l’origine de l’agression. Il quitte le collectif et entame son ascension en solitaire.

Son deuxième projet « Show Time » sort en 2004 et atteint la huitième position des charts britanniques. Entre temps, il lance son label Dirtee Stank pour soutenir des jeunes talents. Trois ans plus tard, il traverse enfin l’Atlantique avec son album « Maths and English » et sa collaboration avec Lily Allen. En 2009, cette exportation marque aussi l’arrivée de l’opus « Tongue N’Cheek » qui explose les compteurs, en troisième position des classements d’outre-manche, avec pas moins de quatre singles placés en pole position (Bonkers, Dance wiv Me, Holiday et Dirtee Disco). Une apogée artistique qui le conduit à remporter le Brit Award de l’artiste masculin de l’année en 2010. Fort de ce succès, il dévoile son sixième projet : « Raskit » qui signe son retour aux fondamentaux de son œuvre : du grime pur jus.

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En 2003, Dizzee Rascal a 19 ans et devient le plus jeune artiste à décrocher le célèbre Mercury Prize qui récompense la percée de son premier album. Il devance ainsi « A Rush of Blood to the Head » de Coldplay, « Hail to the Thief » de Radiohead ou encore « Lost Horizons » de Lemon Jelly. Pendant la cérémonie, le jeune artiste prononce un discours chargé en émotion et rend hommage à sa mère. Il revient également sur son ascension depuis la précarité et déclare : « La musique des jeunes communautés noires doit être prise au sérieux. Elle brisera les barrières d’elle-même si tel n’est pas le cas. »

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Dans la carrière de Dizzee, l’album « Tongue N’Cheek » est aussi marquant qu’improbable. Improbable par sa prise de risque. L’esprit grime acidifié de « Boy in da Corner » a laissé place à des productions davantage dance-pop. L’artiste déclare d’ailleurs à sa sortie : « L’album est composé pour égayer l’atmosphère et mettre une bonne ambiance […], il est aussi sérieux que fun, étant donné le temps de travail que j’y ai consacré. » Originellement marqué par une influence électro, tant par les samples utilisés que par son phrasé et son débit, le virage vers la pop se fait sentir.

Un florilège de producteurs s’est attelé à la réalisation du projet. Trois d’entre eux symbolisent cette nouvelle orientation musicale : Aaron LaCrate (ayant collaboré avec Lili Allen et Lana del Rey), Charlie Hugall (productions pour Ed Sheeran) et Chase & Status (architecte de plusieurs projets de Rihanna). Les featurings confirment ce tournant artistique avec le DJ house américain Armand Van Helden et son pendant écossais, Calvin Harris. 

Si l’intérêt de l’album réside principalement dans ses productions, la partie lyrique n’en est pas moins délaissée. L’entrée en matière dépeint un Dizzee egotrip, à base de récits de courses effrénées au volant, de son appétit pour le plaisir de la chaire, et de l’aspect déjanté de sa vie d’artiste. Can’t Tek no more marque un tournant dans la structure de l’album. Le rappeur londonien aborde pour la première fois les mirages du rap game britannique qui attire les jeunes générations en quête de lumière. Il s’exprime sur sa dureté, l’argent, la violence et les combats, avec le deuil et la tristesse qui s’accompagnent parfois de ces tragédies.

Dizzee Rascal est aujourd’hui une référence du rap anglais, sollicité au-delà des côtes britanniques pour être un featuring de luxe, à l’instar de son couplet sur le morceau Zone d’Orelsan. Après plus de vingt ans d’une carrière marquée par un mélange des genres savamment maitrisé, le londonien ne semble toujours pas rassasié. Courageux sera celui qui osera lui contester sa couronne. 

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Sa majesté le rap : l’héritier JAY1

À cheval entre le royaume du grime et celui de la drill, un jeune héritier se démarque du reste des courtisans : JAY1. Loin de Londres, chef-lieu du rap britannique, le rappeur s’est enraciné au Nord-Ouest du pays, à la frontière des terres galloises.

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Jason Andrè Juami est un jeune artiste né le 27 Janvier 1997. Il grandit dans le Nord de Londres, dans le quartier d’Enfield et s’exile au cours de sa jeunesse dans la région des West Midlands, à Conventry. D’origines jamaïcaines et congolaises, il commence à gratter ses premiers textes à 16 ans. Décrit comme un jeune homme à la personnalité audacieuse et assurée, il se démarque par sa versatilité artistique, s’adaptant aux productions drill et dancehall, jonglant entre lyrics sans-filtres et paroles laconiques.

Comme beaucoup d’autres de ses compères, JAY est fan de football. Joueur amateur pendant ses années lycées, il finit par délaisser le cuir du ballon pour la grille du micro, tout en gardant une accroche dans le milieu sportif. Récemment, son morceau Flex a d’ailleurs été retenu dans la tracklist officielle du jeu-vidéo FIFA 21. Lors d’une opération avec la marque de bière Budweiser, il rencontre le joueur international anglais de Leicester, City James Madison. Les deux « artistes » échangent sur leurs goûts musicaux, JAY1 déclare alors avoir une préférence affirmée pour Stormzy et Dave dans le game anglais.

Le jeune londonien commence à rapper sous le pseudonyme de Young Jay. Rapidement, il délaisse ce premier nom de scène pour devenir JAY1, suite à son arrivée près de Birmingham, en 2016. Une fois n’est pas coutume, le début de son ascension s’effectue sur YouTube. Il laisse aux auditeurs la chance d’entrevoir ses talents de driller lors du freestyle Hardest Out. Son premier succès majeur survient sur la chaîne GRM Daily (équivalent anglais de Daymolition) avec son freestyle That’s My Bae, totalisant aujourd’hui 1,2 millions de vues.

Il signe d’autres performances sur la plateforme, brisant ses records personnels les uns après les autres. Son premier projet « One Wave » compte aujourd’hui plus de 100 millions de streams sur Spotify avec deux titres placés dans le top 20 des UK charts. Le Coventry boy est depuis devenu partenaire d’Amazon Music et tease un second projet prévu pour janvier 2021.

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Sa carrière juvénile ne lui a pas encore permis de remplir le Stade Wembley ou de soulever la foule du festival de Glastonbury. Néanmoins, l’étoile montante britannique peut se targuer de succès précoces, dont son track Your Mrs. Composé par GRM Records, sur son premier EP « One Wave » (2019), le morceau explose, se place à la 18e position du classement britannique et compte aujourd’hui plus de 13 millions de vues sur YouTube.

Au-delà du simple phénomène artistique, le retentissement de cette production s’exprime également sur les réseaux sociaux. La punchline « I’m taking your Mrs, nah, brudda, I’m joking » (Your Mrs) devient alors un gimmick remarqué, largement repris de manière humoristique sur Twitter.

The crown jewels 

Dans un court documentaire d’une dizaine de minutes, JAY1 invite le public dans les backstages de son « One Wave Tour », performé en 2019. Plusieurs intervenants prennent la parole, allant de son manager à son responsable merchandising. Son entourage s’exprime alors tour à tour sur les raisons de son succès. Certains l’expliquant par sa force de travail et son besoin de challenge face aux critiques, d’autres par sa production musicale constante et régulière.

Au niveau des featurings, JAY1 privilégie la qualité à la quantité. Seul le jeune rappeur londonien Hakkz se trouve sur la liste des invités, sorte de mise en avant bienveillante d’un rookie qui pourrait faire parler de lui dans les mois à venir en outre-Manche. Avec cinq producteurs alignés, dont Nastylgia qui a notamment collaboré avec le drilleur Headie One sur son album « Music x Road », le projet prouve une certaine cohérence rythmique. L’artiste sort alors de ses beats saccadés et joue sur les temps de pause, avec des samples froids et électriques. Il progresse aussi vers des mélodies plus souples.

À découvrir aussi sur Mosaïque : Le prince Headie One.

Si le format EP de « One Wave » ne permet pas au rappeur de laisser une large place aux textes introspectifs et sonne davantage comme une juxtaposition de productions, il évoque dans l’intro ses relations passées qui ont empruntés des chemins de travers, finissant pour certains dans l’allée des embrumes. Il n’oublie pas d’inclure une dose suffisante de testostérone pour sortir les muscles et montrer sa vaillance vis-à-vis de ses détracteurs et l’attirance qu’il suscite auprès de la gente féminine (Mocking it, Yours Mrs). Il se confie d’ailleurs sur la place qu’il accorde à ces dernières dans son quotidien, malgré le temps manquant et les attentions parfois rares (Becky, Tropical Love).

Dans son second projet annoncé pour janvier 2021, JAY1 aura l’opportunité de mettre son talent au service de thèmes plus profonds et plus personnels. Le chemin vers la couronne et le succès est toujours semé d’embûches, mais le jeune de Coventry semble armé pour les batailles à venir. La prochaine terre à conquérir serait-elle celle de l’introspection ?

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Sa majesté le rap : l’héritière Little Simz, étoile montante

Sur la scène rap britannique, une nouvelle génération se dessine. Les héritiers au trône mélangent les genres. En tête de ce cortège talentueux : Little Simz. À 26 ans, l’artiste marche dans les pas de la grime et s’inspire de d’autres styles pour former un rap expérimental unique.

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La jeune Simbi Ajikawo est née à la fin du mois de février 1994, dans un quartier londonien du nom d’Islington. De sang nigérian par sa mère, elle grandit sous l’influence des Missy Elliott, 2Pac et autres Jay-Z. Fan des gunners d’Arsenal, elle commence à gratter ses punchlines dès l’âge de 9 ans.

Surnommée « Bars Simzson », elle est confrontée au début de sa carrière à l’appréhension d’un milieu masculin, ne prenant pas au sérieux les velléités artistiques d’une jeune fille. Face à l’injustice, Little Simz trouve le remède : rejetée par plusieurs labels, elle décide de créer le sien : Age 101.

Dans une interview accordée à Mouloud Achour dans l’émission Clique, elle dévoile une personnalité sensible et émotive. Elle déclare d’ailleurs : « Le rap m’a sauvé », et évoque l’influence de Lauryn Hill, une artiste hip-hop américaine. L’éclectisme de ses goûts ne s’arrête pas ici. Little Simz confesse rejoindre les bras de Morphée en écoutant les mélodies mélancoliques de James Blake. De ses inspirations naît un rap expérimental, mêlant la grime, le jazz, le funk, le dubstep ou encore la soul.

Simbi est une artiste prolifique. Quatre mixtapes et cinq EP. Tout commence en 2015. À l’occasion de la cérémonie des BBC Worldwide Awards de la même année, présentée par Gilles Peterson, « Lil Simz » est couronnée par le Breakthrough Artist of the Year, équivalence britannique de la révélation de l’année. Le phénomène est lancé. Quelques mois plus tard, elle diffuse son tout premier album, « A Curious Tale of Trials + Persons ».

Après son second album, « Stillness in Wonderland », c’est en 2019 que la consécration arrive. Son troisième projet « Grey Area » est nommé au Mercury Prize et se voit décerner le trophée IMPALA de l’album indépendant européen de l’année. Elle rejoint en même temps le top 30 des personnalités de moins de trente ans qui ont marqué l’année 2016. Preuve d’une aura qui se propage au-delà de sa fanbase, elle se dit « choquée que cela arrive aussi vite dans sa carrière »

Tea time

Juin 2015, BBC Radio 1. Mistajam, présentateur du show éponyme, reçoit Kendrick Lamar. Invité de poids, le rappeur californien se livre jusqu’à ce que le temps se suspende sur un nom : Little Simz. Pendant quelques minutes, le rappeur ne tarit pas d’éloges concernant la jeune londonienne : « Little Simz… Je ne sais pas si tu as entendu parlé d’elle. En ce moment, c’est celle qui tue le plus et je devais la mettre en avant. Je lui souhaite beaucoup de succès. J’ai pu la rencontrer une fois mais c’était bref. […] Vraiment, elle est incroyable. » La rappeuse est alors propulsée sous les projecteurs.

The crown jewels 

Embarquement imminent pour le second album de Little Simz, sorti en décembre 2016 : « Stillness in Wonderland ». Bienvenue au pays des merveilles. Pour ce projet, elle réalise un court métrage et une bande dessinée spéciale. Une créativité détonnante pour dessiner les traits d’un univers auquel elle voue de l’attachement. Elle déclare même « avoir toujours été dans une sorte de pays des Merveilles ».

Le comic book est réalisé conjointement avec l’écrivain Eddie « Versetti » Smith et l’illustrateur McKay Felt. Dans cette œuvre dystopique, les hommes sont collés à leur écran de téléphone, s’abandonnant au pouvoir de la technologie pour les guider. Un monde des merveilles aux allures de cauchemar, répulsif pour beaucoup et notamment Little Simz, qui déclare qu’elle « ne pourrait vivre éternellement dans un tel monde. À sa façon, ce monde vous dévore. »

Autour de cet opus, elle organise aussi un mini-festival, niché dans le RoundHouse’s Rising Festival londonien : le Welcome to Wonderland – The Experience. Divisé entre une exposition artistique et une performance lyrique, l’évènement regroupe de nombreux artistes autour de la MC britannique, en présence de Rapsody, Ari Lennox ou encore Vanjess. Une programmation éclectique, à l’image de son album.

Du reggaeman jamaicain Chronixx, jusqu’à la chanteuse américaine Syd, en passant par les icônes du grime britannique Chip et Ghetts, « Lil Symz » offre des tons différents à chaque morceau qui recoupent la diversité des thèmes qu’elle aborde.

Habitée par l’envie de s’enfuir aux pays des Merveilles pour suivre son propre « lapin blanc », Little Simz confesse vouloir fuir le monde réel. Tout comme le jardin de la Reine de Cœur, elle explique que « l’industrie musicale est un labyrinthe, dont les lignes sont troublées entre la réalité et l’imaginaire. Fuir la réalité pour s’épargner les déviances sociétales que sont le racisme et le sexisme ». Elle évoque ces sujets dans le titre LMPD.

Pour affronter les difficultés de la vie, la rappeuse souhaite quelqu’un près d’elle pour l’accompagner, comme elle l’exprime dans le morceau Shotgun. Tout en restant lucide face à l’aspect toxique que peuvent revêtir les relations dans Poison Ivry. Néanmoins, au risque de s’égarer dans le labyrinthe de ses sentiments, Little Simz ne veut pas d’une vie de solitude. Perfect Picture, Low Tides et No More Wonderland marquent son retour à la vie réelle. Le pays des Merveilles, malgré sa beauté, demeure éphémère. Tel un rêve.

La couverture de l’album boucle la cohérence du projet. D’abord au centre : le visage de Simbi. Les yeux fermés témoignent de l’aventure onirique (ou cauchemardesque) dans laquelle elle est plongée. Le toboggan en colimaçon rappelle celui que l’héroïne du pays des merveilles empreinte à l’œuvre de Lewis Carroll. Les champignons et les lapins renvoient aussi à la fiction absurde. Le « Gherkin » (un building en forme de « cornichon ») de la City londonienne situé derrière rappelle le lieu de naissance de l’artiste.

À neuf ans, la jeune artiste avait rédigé dans sa première chanson : « Achieve, achieve, achieve » (« Réalise, réalise, réalise »). À 26 ans, elle a déjà réalisé ses rêves. Si Little Simz n’est pas la Reine de Cœur, elle est bel et bien un As.

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Sa majesté le rap : roi Skepta, sensei du grime

Le grime britannique possède son ambassadeur en la personne de Stormzy. Mais le rappeur est un héritier du digne père fondateur du mouvement : Skepta. Au tournant des années 2010, l’artiste originaire de Tottenham a su redonner vie au grime, qui est alors, au bord de l’essoufflement.

Started from the bottom 

Pionnier du style grime, il est présent sur la scène britannique depuis le début des années 2000. Joseph Junior Adenuga, aka Skepta. Une fois n’est pas coutume, le rappeur d’origine nigérienne est né le 19 Septembre 1982, dans le quartier londonien de Tottenham. Il grandit au sein d’une fratrie de quatre enfants, dont deux d’entre eux connaissent également la lumière des projecteurs : son frère Jamie, alias JME, rappeur et producteur connu dans la Perfide Albion, et sa sœur Julie, présentatrice radio.

Famille atypique, pour un parcours qui l’est tout autant. Le rappeur londonien s’essaie tout d’abord en tant que DJ, avec le collectif Meridian Crew, au début des années 2000. Diffusé sur les ondes des radios pirates, le groupe se fait un nom sur la scène underground britannique, avant de se séparer. C’est alors que Skepta entame son ascension, vers les sommets de la grime et du rap UK. 

Avant d’aller plus loin, point définition : le grime, what is it ? Il s’agit d’un courant créé en Angleterre, au style agressif, intense, mêlant des influences afro et dancehall. Suite à diverses affaires et amalgames effectués entre violences de rue et agitation musicale par les autorités, le grime s’essouffle petit à petit… Jusqu’à ce que Skepta survienne pour raviver la flamme au début des années 2010. D’abord avec son projet « Blacklisted » (2012) qui, malgré un écho médiatique moindre, lui permet de se placer sur la scène britannique, avant l’exposition inédite que lui apporte son quatrième projet, « Konnichiwa » (2016).

Tea time

Avec Skepta, tout est une affaire de projets. Comme il le dit dans le track Back Then, sa mixtape « Blacklisted » a fait l’effet d’une bombe sur la scène rap : « My last mixtape was a game changer. » Véritable accélérateur de particules, il permet au grimer de se positionner en tant que MC incontournable du royaume, malgré un engouement limité à l’international.

Les chiffres obtenus dans les ventes anglaises n’établissent pas de record d’écoutes pour le rappeur de Tottenham. Le top classement du projet est enregistré à la soixante-douzième position. Mais avec Skepta, l’essentiel est ailleurs.

Avec cette mixtape, l’artiste ravive la flamme du grime, partiellement éteinte suite à l’émergence de nouveaux styles, concurrents directs, qui avaient presque réussi à faire taire les porte-paroles de cette mouvance. Skepta aka Monsieur Joseph Junior Adenuga parvient, avec « Blacklisted », à s’adouber égérie de ce courant. 

The crown jewels 

Avant-dernier album de la discographie de Skepta, « Konnichiwa » est, au moment de sa sortie, l’album de grime le plus vendu de tous les temps, avec un total de 190 000 copies vendues au Royaume-Uni en septembre 2019. Les critiques sont unanimes, les distinctions pleuvent. Consécration ultime, il remporte le Mercury Prize, récompensant le meilleur album britannique de l’année, treize années après le sacre de « Boy in da corner », de son ami Dizzee Rascal. 

Skepta donne du relief à son projet par la présence de multiples artistes, apportant tous leur signature à cet album. Il choisit d’incorporer des figures importantes du grime comme Chip ou Wiley, proche de son univers, à l’instar des membres de son label Boy Better Know (Shorty, Frisco, Jammer) ou des artistes émergeant de la scène rap comme le rookie Novelist ou la chanteuse Fifi Rong. Preuve de son nouveau statut, Skepta partage d’ailleurs le mic avec Pharell Williams sur le track Numbers.

Le nom du projet fait écho au langage japonais, tout comme la composition de la cover rappelle le drapeau nippon : le timbre avec de fines bandes verticales et les tampons « London » et « First Class » avec des couleurs rouges et blanches en fond. Telle une carte de voyage, prêt à embarquer vers le pays du Soleil levant, Skepta évoque son besoin d’évasion. L’artiste londonien présente d’ailleurs son projet pour la première fois en live à l’occasion d’un concert à Tokyo, en 2016.

Avec ce projet, Skepta propose un album contestataire, anti-système, sonnant comme un cri de rage, au nom d’une population défavorisée et délaissée depuis longtemps par les institutions. Les flows rapides, la profusion de bangers, les productions éclectiques donnent un cachet à cet album et marquent musicalement toute la dichotomie qui le compose. Symbolisant la remise en scène du grime, il s’agit également d’un aboutissement complet pour Skepta, qui se livre sur ses sentiments amoureux, familiaux et amicaux.

Cette variété musicale corrèle avec les thèmes abordés. Le banlieusard londonien montre une version agressive et déterminée de son personnage, où il aborde sa soif de revanche (Lyrics), l’acharnement quotidien pour développer son œuvre et se placer au-dessus du reste du game anglophone (Man). Malgré cela, il se livre sur ses failles et ses faiblesses, sur l’amour de sa vie (Text me back), sa gestion de la pression vis-à-vis des médias (Numbers) ou encore de sa volonté de voir la fierté dans les yeux de ses proches.

Le grime anglais était endormi, tel un ancien jukebox laissé à l’abandon au fond de la salle, couvert de poussière. Skepta a sorti le plumeau et le balai pour rebrancher la machine, mettant les premières pièces pour faire à nouveau briller ce style si entraînant.