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La Miellerie : « C’est un projet ouvert, pas un album niche qui ne parle qu’aux beatmakers »

Siméon Viot et BBL sont deux beatmakers belges. En 2019, ils unissent leur force pour créer un duo, La Miellerie, et multiplient les placements d’instrumentales. Alors que leurs productions résonnent dans les prestigieux albums de Niska, Roméo Elvis ou encore Caballero & JeanJass, ils décident de se lancer dans la création de leur premier album : « Première récolte », paru vendredi 23 juillet 2021.

Pendant plus d’un an, ces deux musiciens vont inviter vingt-deux artistes à poser leur voix sur un projet de douze morceaux. Le casting mêle des têtes d’affiches comme Isha, Primero ou encore Caballero, à des rappeurs encore en développement comme Geeeko, Gutti ou New ATL. À l’occasion de cette sortie événement, Siméon Viot et BBL de La Miellerie ont accepté d’emmener Mosaïque dans les coulisses de la création de ce premier album de producteurs.

Pourquoi avoir décidé de vous lancer sur ce premier album ?

BBL : Cette idée est née il y a un an et demi. On avait déjà voulu faire ça chacun de notre côté, mais séparément ça aurait été plus compliqué. On avait moins de moyens.

Siméon : On voulait créer de la musique sur laquelle on avait la main. On est nombreux à vouloir faire ça mais ce n’est pas évident à mettre en place.

Que vous manquait-il ?

Siméon : On avait besoin de mieux connaitre l’industrie et la production d’un album, de A à Z. 

BBL : Il y aussi le fait que pendant plusieurs années, on s’est fait des contacts, on a crée des relations et de la confiance avec des artistes. Avoir à disposition un studio d’enregistrement est aussi important, faire sans c’est super dur ! On a plus de skills et on est plus complet aujourd’hui. On sait enregistrer, mixer, faire une réal…

Produire son propre album est-il un cap nécessaire, en tant que beatmaker, pour passer un cap ? 

Siméon : Au niveau de notre nom, je ne pense pas que ça soit fondamental. Lorsque Metro Boomin le fait (avec sa première mixtape « 19 & Boomin », en 2013, NDLR), ça ne lui donne pas plus de notoriété. Pour La Miellerie, c’est surtout intéressant en tant qu’expérience. Plutôt que de produire track par track, on invite des artistes à venir vers nous.

BBL : On a déjà passé beaucoup de caps et on a produit pas mal de titres. Je pense même que placer pour Niska par exemple nous donne plus d’exposition que notre propre projet. Mais c’est une bonne carte de visite à présenter.

Qu’avez-vous appris tout au long de la construction de « Première récolte » ?

BBL : Gérer les budgets, tenir les délais… 

Siméon : C’est vraiment une autre démarche. On est responsables et on doit tout suivre de jour en jour. Est-ce qu’on a la cover ? Est-ce qu’on sera bon pour la date de sortie ?

BBL : On a vraiment dû planifier. On a pris des semaines entières pour ne faire que du mix. On a pas eu peur de se dire de ralentir les placements, quitte à manquer quelques opportunités pour rester focus.

Siméon : Ce que j’ai appris aussi, c’est qu’on a tendance à donner beaucoup d’informations musicales. Mais quand tu mixes, tout ressort plus fort et plus clair. Les défauts ressortent plus facilement. 

Quelle a été la première pierre du projet ? 

BBL : C’était une session avec Caballero et Geeeko. C’était cool et ça s’est super bien passé. Ils ont grave bien joué le jeu. C’était un signe de l’univers qui nous disait : « Allez c’est maintenant, vous pouvez vous lancer ! »

Siméon : Louis (BBL, NDLR) travaille souvent avec eux et c’était une collaboration nouvelle qui n’avait jamais eu lieu. Le contact a été très bon.

Certains rappeurs collaboraient ensemble pour la première fois. Pourquoi avoir provoqué ces featurings inédits ?

Siméon : C’était un objectif. On aurait pu directement faire collaborer Caballero et JeanJass, mais ce n’était pas l’idée. On a vérifié à chaque fois que les artistes ne s’étaient pas encore croisés. On voulait quelque chose d’intéressant. Ça a aussi permis de confronter des artistes confirmés à des novices. C’est le cas d’Isha et Nixon.

Sur le track avec Le Motif, qui est aussi beatmaker, vous êtes trois techniciens réunis autour d’un morceau. Comment ça se passe en studio ?

Siméon : Le Motif a pris une prod qu’on avait déjà composée avec Louis à distance. Il nous a juste renvoyé les accords plaqués avec une mélodie. J’ai ajouté des drums, on a bougé quelques trucs et c’était bon.

BBL : Il est venu au studio valider la composition et il a posé pendant deux heures sans interruption. Une vraie énergie.

Siméon : C’est un technicien mais il s’est vraiment placé en tant qu’artiste. Et le thème qu’il a abordé a fait que c’est le seul morceau qui est resté solo. Il y a eu des tentatives, mais ça n’a pas fonctionné. Il a fait un son unique.

Avez-vous été plus exigent que d’ordinaire avec les artistes présents sur la tracklist ?

Siméon : Effectivement, on peut se permettre d’être plus à cheval sur notre vision. D’habitude, si un artiste ne veut pas d’un violon sur une prod, on le retire par respect. Là, sur notre album, on peut les rajouter après coup si on le souhaite.

BBL : On en demande plus aux artistes : « Tu peux venir enregistrer ? Valider le mix ? Tourner le clip ? » Finalement, je trouve qu’on a pas eu à le faire de trop. Les artistes ont aimé notre direction artistique. Il y a toujours eu une bonne ambiance. Certains se sont rencontrés en studio pour la première fois et ont gardé contact.

Dans quelle mesure vous autorisez-vous à rentrer dans le texte des artistes ? 

Siméon : On les a laissé vraiment libres. C’est moins notre domaine. 

BBL : On se concertait quand même. Avec Isha et Nixon, il y avait ce truc dans la pièce où on s’est dit : « Il faut faire un banger, passe-passe, kické. » Si l’un des deux était parti sur son enfance en mode mélancolique, on lui aurait dit que c’était pas le mood. On s’intéresse surtout aux vibes et aux toplines. C’est cool de laisser l’artiste avec ses inspirations et de seulement le diriger sur la manière de délivrer son texte.

Avez-vous invité des artistes qui n’ont pas répondu présent ? 

Siméon : Je voulais vraiment Hamza et Damso. Ce-dernier n’a pas dit non mais juste que ça risquerait d’être compliqué.

BBL : On a pas de relation avec eux donc c’est plus dur. Hamza qui connaît bien Ikaz Boi par exemple ne rate pas ses compiles à lui. Mais finalement, on a eu beaucoup de Belges et beaucoup de gens en devenir.

Quelle est la phase de la création qui a suscité le plus de débat ?

Siméon : La réalisation et le mix ont été très longs et ont amené beaucoup d’échanges. Sur notre groupe WhatsApp, on se renvoyait des trucs tout le temps. Avec Sly, notre producteur, on s’appelait régulièrement pour régler un instrument qui sonnait trop aiguë par exemple. On ne connaissait pas cette partie de la création.

BBL : La politique de l’équipe c’est que tout le monde peut amener une idée. Chacun de notre côté, on pouvait proposer et confronter ce qu’on avait. Il n’y a pas d’ego.

Siméon : C’est la musique qui gagne, on le sent quand c’est meilleur.

À quoi ressemble votre couleur ?

Siméon : On cherchait quelque chose de rythmé, très hip-hop, même si on a fait une drill. On peut travailler avec des artistes afro et tout, mais on voulait un son hip-hop, rapide et cadencé. On a mis beaucoup de flûtes aussi, on s’en est rendu compte après.

BBL : C’est rarement bête et méchant et on essaye toujours d’amener de l’originalité et de la mélodie. On a choisi de ne pas faire un album de producteur où les instrus sont vraiment spéciales avec plein de textures. On voulait surtout faire du bon son.

Siméon : On recherche l’alchimie entre les artistes. Ce que je reproche parfois aux gens qui sont dans la musique c’est de faire de la branlette intellectuelle. L’oreille n’apprécie pas toujours. On ne voulait pas se casser la tête, sans pour autant faire quelque chose de simpliste. C’est un projet ouvert, une bonne compile, pas un album niche qui ne parle qu’aux beatmakers.

Louis : C’est un peu comme DJ Khaled. Il n’a pas les prods les plus sophistiquées, mais il a le bon artiste au bon moment qui sort le bon couplet. C’était notre démarche.

Pourquoi ne pas laisser de prod nue comme on trouve parfois dans les albums de producteurs ?

Siméon : On avait eu cette idée, mais ça ne rejoignait pas notre volonté de faire de la musique pour les gens au sens large et pas seulement pour les musiciens.

BBL : On a même pensé à faire des featurings de beatmakers, mais ça ne s’est pas fait.

Avez-vous pris des albums de producteurs comme modèle ?

Siméon : Timbaland, Metro Boomin… On a été jeter un coup d’œil sur plusieurs projets pour voir si on avait fait une tracklist assez longue par exemple. On a scruté leur format pour avoir des idées. Mais on ne s’est pas inspiré de leur musique.

Lorsque l’on est un créateur de matière son comme vous, est-ce possible d’être satisfait de sa création ?

Siméon : Pour être honnête, je suis fan des morceaux mais on a été au mastering il y a encore trois jours et j’ai demandé à changer une fréquence sur un instrument. J’écoutais le morceau Gimmick avec Isha et Nixon en soirée hier et je me disais : « Ah tiens le hit-hat… ». Tu ne quittes jamais l’exigence, même quand c’est sorti. C’est ce qui définit la façon dont tu vas tailler la pierre sur laquelle tu bosses. Même quand c’est fini, c’est pas fini. 

BBL : C’est notre héritage et notre réputation à terme. 

Quand est-ce qu’on sent que le projet est définitivement terminé ?

Ensemble : C’est la deadline !

Siméon : Personnellement, quand j’avais tenté de faire une compile seul, c’était ce qui m’avait manqué. Quand tu ne fixes pas de limite, c’est flou. Le temps passe et tu finis par lâcher.

BBL : Si on avait eu deux mois en plus, on aurait sûrement fait deux mois de mixage (rires). Mais on a aussi cette envie de lâcher le projet et passer à autre chose. On le donne bien, mais on le donne quand même. 

Siméon : On est fiers de ce qu’on a fait et la perfection n’existe pas. On est très contents d’être arrivés à ce niveau-là de la création. C’est ensuite au public de juger. L’album s’appelle « Première récolte » donc c’est ouvert à une suite…

Retrouvez « Première récolte » de La Miellerie dans la MOSA’Hit : le meilleur du rap francophone playlisté par la rédaction de Mosaïque. Abonnez-vous pour ne rien rater des nouvelles sorties. Disponible sur Spotify, Deezer et YouTube.

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GUTTI, aux portes du royaume belge

Avec sa trilogie de titres Gutti World, sortie tout au long de l’année 2020, GUTTI a fait forte impression. Pour tirer profit de cette rampe de lancement, le rappeur originaire de Bruxelles a dévoilé un premier projet abouti : « NEW STATE », le 26 février 2021. Deux mois après la sortie de cet EP de cinq titres qu’il estime lui avoir donné « une nouvelle valeur » aux yeux du public, l’artiste semble aussi avoir obtenu un nouveau statut. Désormais pris au sérieux, GUTTI tente de se frayer une place sur la scène bruxelloise. Bien décidé à s’imposer « à sa manière », il frappe aux portes du royaume belge, prêt à conquérir le trône.

Avant son départ en croisade, nous nous sommes entretenus à distance avec le jeune rappeur. Calmement, il s’exprime sans précipiter ses mots et ses pensées. Son manager toujours près de lui. Mais pour bien saisir sa personnalité et sa musique, nous avons passé d’autres coups de téléphone en Belgique. Romain Garcin, à l’origine de la pochette de « NEW STATE » (également auteur des covers de Damso, L’Or du Commun, Caballero & JeanJass…) et Siméon, membre du duo de producteurs La Miellerie qu’il forme avec Louis (BBL) et architecte du projet, ont aussi accepté de répondre à nos questions.

Gutti est belge et sonne Bruxelles. Tête pensante du rap francophone, la capitale du royaume joue un rôle décisif dans la musique du rappeur. Autour de lui gravite une équipe noire, blanche et rouge : Gotti Maras (auteur des BX Drill, NDLR) en featuring sur Diego Armando, les producteurs de La Miellerie ou encore Romain Garcin, photographe de la pochette… Gutti ne ment pas lorsqu’il explique que s’entourer de bruxellois.e.s pour élaborer son projet lui « permet d’avoir des repères ». 

Essentiellement entouré de Belges, le jeune homme souhaite aussi artistiquement s’évader pour se constituer un univers qui lui est propre. Un nouveau monde pour s’ancrer un peu plus sur la scène rap dans laquelle il ne cache pas vouloir « s’imposer pour se faire une place ». C’est dans cet élan créateur qu’il délivre une carte de visite de son talent à travers un premier EP de cinq titres. Pour donner vie au concept, l’auteur de la cover, Romain Garcin, explique avoir eu « l’idée de créer une carte d’identité de toutes pièces, comme un passeport » (Retrouvez à la fin de l’article, les explications détaillées de la cover par le photographe, NDLR). Un passeport vers son « NEW STATE », le nom de son dernier projet sorti le 26 février 2021. 

« Je suis fier de venir de Bruxelles »

Après avoir mal vécu l’épisode de la crise sanitaire, ce projet apparaît pour le Belge comme un exutoire dans lequel il déploie son style, qu’il sait atypique : « Ma musique n’est pas une musique que tu vas défendre directement. Je suis quelqu’un qu’on regarde et qu’on soutient quand ça marche. » Siméon, membre du duo de beatmakers La Miellerie et producteur des morceaux Diego Armando et Today, a côtoyé de près le rappeur en studio. Il nous dépeint un artiste polyvalent, doté d’une patte singulière qui dépasse ses propres frontières : « Gutti est un peu plus français que les Belges. Il peut proposer des choses plus chantées qui rappellent Ninho par exemple, mais il peut aussi rapper comme un Migos. Son énergie me rappelle même celle de Niska. » Malgré sa proximité évidente avec les acteur.rice.s rap de sa ville qui influent sur son approche de la musique, GUTTI ne veut pas s’enfermer : « On peut se ressembler entre rappeurs, mais ici on ne se copie pas. »

Pour autant, l’artiste ne compte pas abandonner l’identité bruxelloise qu’il revendique. Il évoque avec fierté la métropole décomplexée où règnent le mélange et l’authenticité : « Je suis fier d’où je viens. Quand tu regardes ceux qui viennent de chez nous mais qui sont installés sur la scène française, ils ne se trahissent pas en copiant les Français. Ils gardent leur identité. »

Le rappeur est d’ailleurs reconnaissant vis-à-vis des pionnier.ère.s du rap belge qui ont ouvert la voie aux artistes émergent.e.s de la ville. Certains s’investissent même désormais dans le développement de sa carrière. C’est le cas du cador Isha qui l’accompagne comme co-manager. Mais pour GUTTI, impossible de le mentionner sans évoquer son binôme, Stanley Zotres. Les deux hommes dirigent ensemble le label Papa Shango Entertainment et veillent sur leur jeune artiste. « Ce sont des grands frères pour moi. Les premiers à avoir cru en moi et qui continuent de m’épauler aujourd’hui », nous confie-t-il.

Dans la gestion de sa carrière, le Belge joue donc collectif comme au football : une passion qui fait partie intégrante de sa vie. Vêtu le jour de notre entretien d’un survêtement de Crystal Palace, club dans lequel joue son ami Christian Benteke, il avoue : « Le foot fait presque plus partie de ma vie que la musique. » Un goût pour le ballon rond qui traverse nombre de ses textes avec des références explicites, à l’image du morceau Diego Armando qui doit son titre aux deux prénoms de la légende argentine Diego Maradona. Un son incisif enregistré à la fin de l’année 2020. Siméon, compositeur du track, nous raconte : « GUTTI, c’est quelqu’un qui sait ce qu’il veut. Il voulait un truc triste mais banger. Quand nous l’avons enregistré, il faisait froid, il devait neiger ou pleuvoir. Un climat hostile (rires). Le son sonne un peu hiver, sombre. » 

Si l’artiste paraît très entouré lorsqu’il s’agit de sa carrière, il semble plus réservé lorsqu’il s’agit d’intégrer son cercle personnel : « Je ne suis pas du genre à avoir beaucoup d’amis mais je porte un fort attachement aux gens que j’aime et qui comptent pour moi. » Un point de vue que l’on retrouve dans le morceau Very Bad Trip : « Le cercle est fermé, no tengo mucho amigos. » Pendant l’entretien, il rebondit sur sa punchline pour noter que ses proches ont influencé sa musique : « Mon père me faisait écouter des sons du bled et mon oncle me montrait les morceaux qui passaient sur MTV. »

Fort de ses influences diverses, GUTTI pioche dans la trap d’Atlanta, mais aussi parfois dans la drill. Siméon a pu le constater en travaillant à ses côtés : « Pour le morceau Today, GUTTI voulait qu’on fasse une « sous-drill« . C’est ce qu’il dit quand il veut que ce soit drill dans les rythmiques et que les accords partent dans quelque chose de plus « français« , plus lumineux. » Sur ce titre, placé symboliquement à la fin de tracklist, le Bruxellois a d’ailleurs choisi de changer son approche habituelle en adoptant cette fois un ton plus introspectif. « Dans chacun de mes sons, je parle à 70 % de ma vie actuelle, un peu de mon passé et un peu de ce que j’espère. Mais pour Today, j’ai décidé de montrer aux gens une autre facette », explique le rappeur.

Une ouverture nouvelle qui a surpris son co-manager, Isha. Siméon nous raconte : « Isha est venu me voir sur un tournage de clip (du titre Gimmick de La Miellerie, en featuring avec Isha et Nixon, NDLR), et m’a remercié de lui avoir donné l’opportunité de montrer autre chose de lui avec cette prod, c’était surprenant. Ça lui a fait plaisir de le voir dans cet esprit-là parce qu’il est plus souvent dans l’énergie de la fête. »

Son EP « NEW STATE » fait définitivement de lui un rappeur difficile à ranger dans une case. Ceux.celles qui l’entourent ne semblent en tout cas ne pas douter qu’il ait une place à prendre, à l’image de Romain Garcin qui se montre confiant : « Le succès c’est beaucoup de chance et un alignement des planètes, mais il a la recette pour péter, c’est sûr et certain. » Le compositeur Siméon ne tarit pas non plus d’éloges : « Il est très à l’aise en studio. J’aime beaucoup son énergie. Je suis sensible au flow donc bosser avec lui c’est cool parce que c’est quelqu’un de très instinctif, qui fonctionne au ressenti et à l’intuition. Il sent les éléments de la prod. Le meilleur de notre collaboration reste à venir je pense. Il a en tout cas le potentiel pour se faire une place sur la scène rap. Il a le personnage et le charisme qui va avec. » GUTTI, un cran plus modeste, nous conseille plutôt de patienter : « Le prochain projet, franchement, essayez d’être au taquet parce qu’il va faire mal. » 

La réalisation de la cover

La pochette de « NEW STATE » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

Découvrez-les en cliquant sur les animations ci-dessous. Activez le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

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Décryptages Investigation

Frenetik, la couleur de l’acharnement

Un peu comme Frenetik sur le morceau Mauvais œil : « J’ai souvent l’impression d’avoir le syndrome de la feuille blanche », il est difficile de trouver les mots quand il s’agit d’évoquer l’artiste de 22 ans. Tant parce qu’il impressionne par sa maturité artistique et humaine que par un premier album, « Jeu de Couleurs » dévoilé le 22 janvier 2021, dans lequel le rappeur impose la vision de son art.

D’une douceur agressive et d’une agressive douceur, Frenetik s’emploie sur 14 titres à déployer sa palette de couleurs. Par touches, il peint les différentes notes qui forment le tableau de sa musique. Du bleu, du jaune, du rouge…. Le belge laisse le pinceau entre les mains de son auditeur : « Tu peux préférer le bleu, moi le vert, si on assemble nos deux couleurs, ça en donne une autre », confiait-il à Mehdi Maïzi dans son émission Le Code. Autant peintre que sujet de son œuvre, Frenetik veut rassembler avec une proposition pourtant affirmée.

Si l’oreille pourrait s’épuiser à force de punchlines et d’une écriture dense et rigide, la construction de l’album prend tout son sens. Le projet respire par le choix des prods, qui rendent l’écoute facile sans trahir l’ADN du rappeur, à l’image du titre Lumière, produit par BBL. Le beatmaker du duo La Miellerie raconte : « Pour ce morceau, j’ai d’abord fait la mélodie avant d’en travailler l’univers avec Frenetik. C’est une prod qui fait du bien dans la tracklist. La rythmique est plus douce. Nous avons fait d’autres sons ensemble mais ils ont choisi celui qui s’adapte le mieux à l’ambiance du projet. » Une ambiance colorée par les différentes nuances de l’album, dont le kick se fait la teinte principale.

L’art de la représentation  

À l’image de ses compatriotes, peintres flamands du XVᵉ siècle, Frenetik s’inscrit dans un mouvement. Deux écoles qui exportent leur technique. Eux avaient influencé l’Europe en popularisant la technique de la peinture à l’huile, lui participe à travers son « Jeu de couleurs » au renouveau du kick dans le rap francophone. 

Une filiation qui s’extrapole jusque dans ce que le rappeur donne à voir. La peinture flamande se voulait être l’art de la représentation. À travers ses textes, qui font désormais sa réputation, le jeune belge dépeint un monde comme les naturalistes du XVᵉ siècle le faisaient : dans ce qu’il est réellement, sous toutes ses couleurs. 

Les visuels qu’il propose affichent cette ambition. Paul-Henry Thiard, qui se cache derrière le clip Blanche Neige, s’est inspiré du réalisateur russe Azar Strato : « Il fait des trucs très glauques dans l’image : il filme la pauvreté et la violence de son pays. C’est toujours très froid, dans une ambiance sombre. » 

Ce naturalisme se mêle à la fiction pour donner un clip cinématographique. Le réalisateur ajoute : « Je me suis inspiré de Fight Club pour la double personnalité : un gentil et un méchant dans un seul personnage. J’ai pensé à ça quand il rappe : « car la bête est sortie de sa cage ». À mesure qu’il progresse dans le deal, son monstre devient de plus en plus grand. »

Une cinématographie visuelle et auditive. L’album est marqué par sa solennité. L’amplitude des morceaux donne corps à l’artiste dont Mouvement historique, outro du projet, en est la parfaite illustration, comme l’explique Guapo du Soleil, producteur du titre : « Nous avons eu une conversation un peu deep sur la vie avant de commencer la session. Notre discussion m’a fait penser à cette prod et aux émotions que j’avais quand je l’ai faite. Pour la réaliser, j’ai utilisé un Virtual studio technology (banque de sons) avec des ambiances philharmoniques que l’on utilise normalement pour créer des ambiances orchestrales. C’était une période où je regardais pas mal de documentaires comme Ushuaïa ou des documentaires animaliers qui utilisent souvent des sons amples. » 

« Frenetik a sa vision »

Une ambiance sentencieuse cristallisée par les notes de piano de Sofiane Pamart sur Noir sur Blanc et que Frenetik parvient à distiller dans l’album pour ne pas s’y enfermer. Sa musique est ainsi teintée de lumière. Dans « Jeu de couleurs », la souffrance se mêle à l’espoir qui repose sur la spiritualité et le travail.

Un acharnement que ceux qui l’ont côtoyé ont pu constater. Malgré son jeune âge, Frenetik s’investit dans chaque étape de la construction de son projet. Le beatmaker Guapo du Soleil se souvient de son implication lors de la session d’enregistrement de Mouvement Historique« C’est une prod spéciale en trois parties. Au départ, il n’y en avait que deux mais il m’a fait ajouter l’outro du morceau une fois en studio. Il voulait quelque chose d’original. Nous avons donc fait la prod ensemble avec Florentin, l’ingénieur du son. Frenetik m’aiguillait et me guidait dans ses choix. Je suis parti de la composition principale, j’ai changé les percussions, j’ai mis des effets dessus et j’ai rajouté une autre mélodie pour que ça ait un aspect expérimental. »

Le producteur BBL fait le même constat : « C’est lui qui a suggéré l’idée de la rythmique mi-trap, mi-brésilienne pour le morceau Lumière. Il voulait quelque chose de proche de l’afro sans que ce soit trop évident. C’est un artiste vraiment impliqué dans le choix de ses prods. En studio, il est très concentré, il a souvent des idées. Il arrive avec des inspirations et des choses qu’il veut essayer. »

Un engagement dont a été témoin Paul-Henry Thiard sur les trois journées de tournage de Blanche Neige : « Il était vraiment très investi. Entre deux prises, il restait pour voir s’il pouvait aider. Il y en a certaines que l’on a refaite trente fois (rires). Celle où on le voit dans le rétro, c’était la dernière prise du premier jour de tournage. Il était deux heures du matin. Il fallait qu’on arrête de tourner mais il est resté. Il a attendu qu’on ait la bonne. Ça pourrait paraître normal mais il est appliqué sur tout le processus de son album. »

Si son ascension fulgurante n’étonne pas, sa maturité surprend. BBL connaît l’artiste depuis 2017 : « J’oublie à chaque fois qu’il est si jeune. Pour moi, il est déjà vieux dans sa tête (rires). » Paul-Henry Thiard, lui-même âgé de 20 ans, perçoit également une ouverture d’esprit : « Frenetik a sa vision. Il sait où il veut aller et ce qu’il veut mais il est ouvert aux propositions. Il m’a fait confiance dès le premier jour alors que je ne le connaissais pas beaucoup. »

Avant de s’exprimer, Frenetik marque souvent une pause. Le temps de mettre en ordre sa pensée. Comme dans « Jeu de Couleurs », aucune phrase n’est laissée au hasard. Le projet est finalement à l’image du rappeur : réfléchi et cohérent. Pour qui, la musique n’est pas une blague : « Ma musique, c’est le reflet de ma vie. Je ne peux pas la bâcler. Chaque son que jécris, c’est une partie de mon existence que j’enferme éternellement. » Frenetik encapsule ainsi un premier album abouti, dans lequel il associe nos sens pour faire refléter les nuances colorées de son univers.