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Le mois d’octobre marque le retour d’une actualité chargée pour le rap français. Pendant que So La Lune et Bakari continuent d’être prolifiques, Sopico fait un retour attendu avec l’album « Nuages ». Pour les rappeurs du nord de l’île-de-France, ce fut l’heure des grandes premières sorties d’albums comme Cashmire avec « 018 » ou encore Olazermi avec « OTCHO ». Certains ont également joué collectif comme les producteurs du Blaze sur « La Tape » qui invite la scène rap émergente. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection du mois d’octobre. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.


« La Tape »
 – Le Blaze – 13 octobre 2021

Si le collectif de beatmakers Le Blaze se forme en 2018, il aura fallu attendre le mois d’octobre 2021 pour goûter les premiers fruits de leur collaboration. Sur « La Tape », huit producteurs s’alignent pour porter les voix d’une génération émergente, encore en pleine éclosion. Tous ont synthétisé l’essentiel de leur proposition sur des productions sur-mesure. La Fève et Malo baladent un flow assuré sur des percussions légères pendant que Khali et DMS croisent le fer sur un passe-passe électrique. De bout en bout, l’ADN du casting couplé aux prods sophistiquées suffisent à mettre sur pied une direction artistique cohérente. Un premier jet qui révèle l’aisance de cette next gen à fusionner les énergies d’interprétation et de composition.

– Thibaud Hue

« Nuages » – Sopico – 15 octobre 2021

Avec ce premier album, Sopico nous plonge dans un univers composé de notes de guitares et de textes délicatement chantés. L’artiste de 25 ans signe son retour avec « Nuages », un projet travaillé qui reste en adéquation avec son ADN : une guitare et des textes délivrés sans fioritures. S’il rappelle son précédent EP « Ëpisode 0 », « Nuages » apporte de nouvelles couleurs. À travers ces treize titres, Sopico explore davantage sa musicalité. Avec Slide, les sonorités percutantes de la guitare électrique embarquent l’auditeur dans un trailer à la James Bond. Sur le morceau Hier, le jeune artiste emprunte les notes du Luth, un instrument de musique très utilisé en Afrique du Nord. Ce nouvel opus offre des transitions qui viennent habiller le projet. Une manière d’apporter de la structure tout en racontant une histoire. Une nouvelle fois, Sopico (ou « So » comme il se surnomme) affirme son style tout en réussissant à susciter de l’intérêt chez son public.

– Imane Lyafori

« Sur écoute : Saison 3 » – Bakari – 22 octobre 2021

Il y a quelques jours, Bakari s’est produit en concert au C12 de Bruxelles, une salle normalement utilisée pour les soirées techno. Force est de constater que sur scène comme dans ses projets, l’artiste croit en sa proposition musicale. Une confiance que l’on retrouve tout au long de son dernier EP « Sur Écoute : Saison 3 ». Sur ce troisième volet, le jeune rappeur affine son identité musicale en jouant avec les codes lyricales du rap français actuel sur un fond mélodique. De fait, mélo semble être le mot d’ordre pour le rappeur liégeois, surtout sur le morceau Commando, en featuring avec son homologue belge Tawsen. Le morceau est produit par l’un des collaborateur.rice.s les plus intimes d’Aya Nakamura, Ever Mihigo, montrant les échelons qu’il a pu gravir depuis la sortie de son premier EP. La vraie question reste maintenant de savoir si Bakari arrivera à rester mélodieux tout en racontant d’autres histoires ? Espérons entendre la réponse à cette question dans le futur, sur une scène plus grande qu’une salle de techno bruxelloise.

– Lukas Taylor

« 1ère faille (L’Afar) » – So La Lune – 22 octobre 2021

Après « Orbite », « Théia », « Satellite naturel » et « Apollo 11 », des EP sortis en 2021, le prolifique So La Lune revient avec « 1ère Faille (l’Afar) ». Si l’astre lunaire était au cœur de ses derniers projets, l’artiste originaire de Lyon et des Comores s’en éloigne cette fois en faisant référence à l’Afar, région basse et volcanique située en Éthiopie dans laquelle se trouvent de nombreuses failles. Comme un clin d’oeil à la fameuse « fissure de vie » que l’artiste raconte et met en scène tout au long de sa discographie.

Loin d’être répétitif, ce nouvel EP offre davantage de portes d’entrée dans l’univers de l’artiste. Dans Afar, So La Lune pose sur une instrumentale de Vrsa Drip aux sonorités drill et raconte sa « maladie qu’j’traîne dans le vide ». Cet EP est aussi l’occasion de découvrir différemment la voix de So, d’habitude reconnaissable entre mille, sur le titre Promesse. Comme il le confiait il y a quelques mois en interview, l’artiste envisage prochainement de sortir un projet plus conséquent, et ne s’en cache pas dans le titre Montana : « Fissure de vie bientôt sur CD ».

– Emma Jacob

« OTCHO » – Olazermi – 29 octobre 2021

Avec « OTCHO », Olazermi démontre toutes ses capacités par l’utilisation de sa voix grave et menaçante sur des productions sombres et crues, mais teintées d’une recherche de technicité et d’innovation. L’EP, produit par Ikaz Boi, ne sonne pourtant comme un projet fait par un producteur pour les producteur.rice.s. Olazermi reste l’élément le plus important de cette combinaison à 8 chiffres. Le rappeur doit encore s’affranchir de l’influence de son cousin Stavo, membre du groupe 13 Block, tant les similitudes sont plurielles : mêmes textes, mêmes producteurs, et même adlibs… Cela dit, s’il veut continuer à produire de la trap tout en citant Franky Vincent, on s’empressera toujours d’écouter la suite.

– Lukas Taylor

« 018 » – Cashmire – 29 octobre 2021

Lorsque nous avions rencontré Cashmire en décembre 2020, son premier album était déjà terminé. C’est pourtant un an plus tard que le projet voit le jour. Déjà, l’artiste définissait sa signature musicale comme étant « 018 », titre de son album. Pour ce deuxième projet, Cashmire comptait se mettre « au service » de son quartier, duquel découle toute son identité.

Alors qu’il avait promis un album sans featurings, ce sont finalement quatre invités qui s’affichent sur la tracklist : Nemir, Abou Tall, Olazermi et Slkrack. Sur les treize morceaux de son projet, Cashmire dépeint mélodieusement son univers sans chercher à dramatiser son vécu. À l’image d’un jeune du 18e arrondissement qui a banalisé la violence toute sa vie, la réalité du quotidien se fond dans les notes vocales de l’artiste. Comme sur le morceau Go Fast en featuring avec Nemir aux airs de balade sensuelle mais sur laquelle l’invité clame : « Tristement, le bâtiment me regarde fixement. Ici, les crackers font des crises de manque, dit leur que tu m’as pas vu s’ils demandent. » De la cover du projet où le rappeur est drapé d’une couverture que l’on devine être douce à la mélodie de sa voix en passant par des productions comme celle de Tejdeen sur le titre Non, Cashmire n’a jamais aussi bien porté son nom. 

– Lise Lacombe

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