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Farlot : « Je fais de l’égotrip élégant » 

Arrivé dans le rap en 2014, Farlot est l’une des figures de ce qu’il aime appeler la « nouvelle vague ». Un rap qui joue avec ses frontières sans oublier ses racines. Artiste éclectique, Farlot puise son inspiration aussi bien dans le rap allemand que dans la House. À 23 ans, le rappeur limougeaud espère bien se faire une place dans l’univers du rap français. 

Tu n’es pas un artiste que l’on peut classer facilement. On peut t’entendre rapper sur de la techno, sur des ambiances plus old school… Comment te décrire ?

Je suis un mec qui adore toucher à tout. Si tu m’as déjà entendu sur de la house ou de l’électro, c’est par ce que j’ai un grand respect pour Grems, qui pose sur des prods assez techno et parfois trap. La première fois que j’ai écouté un de ses sons, j’ai pété les plombs. Mais de manière générale, les prods house m’ont toujours fait kiffer, au niveau du BPM notamment.

« Ça me plaît d’être inclassable ! Je me dis que je propose quelque chose qui sort du lot. »

Farlot

D’où te vient cette ouverture musicale ?

J’ai beaucoup été influencé par mes frères. L’un écoutait pas mal de rap américain à l’ancienne. L’autre beaucoup plus de rap français alternatif comme TTC qui posait sur des prods assez house. Je consommais ça à fond quand j’étais gamin. Pourtant, chez TTC, les lyrics sont assez osés et parfois très explicites, mais ça ne me dérangeait pas. Je pense que ça se ressent aujourd’hui dans ma musique.

L’éclectisme, c’est une style artistique que tu souhaites développer ?

Oui, ça me plaît d’être inclassable ! (Rires) Au départ, c’était quelque chose qui me faisait peur. Maintenant, ça me fait kiffer et je me dis que je propose quelque chose qui sort du lot.

Crédit : Robin Spiquel.

Concernant tes inspirations, qu’est-ce qui tourne dans tes playlists ?

Beaucoup de scène allemande. Notamment Symba et tout son groupe. Ce n’est pas un collectif, mais ils sont toujours dans le soutien les uns des autres. Ils se serrent les coudes pour réussir et c’est ça que je trouve incroyable. Musicalement c’est très riche. En rap français : Michel, qui fait du hip-house. Dans les sons un peu plus trap, il y a 13 Block et Take A Mic. Et sinon, je dirais Ichon, pour son personnage, son style et sa musique. Je le suis depuis très longtemps d’ailleurs.

Tu expliques faire de « l’égotrip élégant ». Imagines-tu un jour écrire des morceaux plus introspectifs te concernant ?

Quand ça sera plus sérieux, j’aimerais parler d’amour et de ruptures amoureuses ou amicales. J’ai déjà fait pas mal de maquettes sur le sujet, mais pour le moment je garde ça pour moi. Au-delà de ça, je commence à parler de mes frères et de ma sœur. Concernant ma mère, je vais attendre encore un peu pour me dévoiler. Il y a beaucoup de choses à dire.

Crédit : Robin Spiquel.

La passion du son 

Tu as écris tes premiers textes à l’âge de 17 ans. Quel est le déclic ?

J’écoute du rap depuis que je suis gamin et je n’ai jamais vraiment écouté autre chose. En 2014 il y a eu un renouveau autour du hip-hop, avec le vêtement, le skateboard etc… À l’époque, j’écoutais des sons américains « undergrounds » et la qualité n’était pas toujours au top. C’est à ce moment là que je me suis dit pourquoi pas moi ? Dans le sens où, pour se lancer, il y a pas forcément besoin d’un niveau incroyable.

À la base, on était trois et on devait faire un groupe. Sauf que chacun grattait dans son coin et l’on repoussait le lancement. Un jour, j’étais en heure de colle. J’avais 17 ans. C’est là que j’ai écris mon premier texte. D’abord, je l’ai trouvé affreux et je l’ai jeté à la poubelle. Je me suis dit que ce n’était pas pour moi. En rentrant chez moi, je m’y suis remis et j’ai travaillé. J’aimais beaucoup écrire et aujourd’hui, on en est là.

« Dans mes morceaux, il n’y a pas d’insultes. Je suis un mec qui adore l’élégance. Je ne fais pas ça pour choquer. »

Farlot

À l’époque, tu te faisais appeler « Farlott15K ». Aujourd’hui, tu te présentes comme « Farlot ». Qu’est-ce qui provoque ce changement ?

Lorsque l’on a commencé à poster des morceaux en dehors de Soundcloud, mon nom a été un long débat dans mon équipe. On a mis beaucoup de temps à savoir si je gardais Farlott15K ou si je passais à Farlot. Finalement, je trouve Farlot beaucoup plus classe, et c’est ce que je veux dégager. Dans mes morceaux, il n’y a pas d’insultes. Je suis un mec qui adore l’élégance. Je ne fais pas ça pour choquer. C’est pour ça que je suis à fond sur l’Angleterre et sur Londres.

Maintenant que tu envisages une carrière dans la musique, quelles sont les étapes que tu souhaites suivre ?

On va enchaîner les singles jusqu’à ce que ça monte un peu plus. J’envisage ensuite un petit projet. Pour l’année prochaine je pense. Je me laisse du temps. À l’époque de Farlott15K, j’étais encore trop jeune. Je faisais beaucoup trop de choses et la qualité n’était pas au rendez-vous. Ce sont des morceaux que je ne peux plus écouter. Aujourd’hui, je veux proposer un projet que je suis fier de défendre, avec une promotion autour.

« La musique m’aide à tenir, ça me permet de me changer les idées et d’oublier la galère. J’ai dû faire pas mal de sacrifice pour en faire, alors je suis déterminé. »

Farlot

Qu’est-ce qui t’as poussé à continuer malgré le fait que tu ne rencontrais pas forcément le succès escompté ?

S’en sortir dans cette industrie, c’est vraiment difficile. Mais je suis né avec ça, le son c’est toute ma vie. La musique m’aide à tenir, ça me permet de me changer les idées et d’oublier la galère. J’ai dû faire pas mal de sacrifice pour en faire, alors je suis déterminé.

Tu travailles à côté ?

Avant j’étais vendeur, dans une fripe. Je pouvais digger des vêtements et j’avais un patron super gentil. C’est moi qui choisissais la bande son, donc je me faisais plaisir. Grâce à cet argent, j’ai pu acheter du matériel et investir dans certaines promotions. Aujourd’hui, je suis à 100 % dans la musique. Mais je ne suis pas contre retravailler un jour, si j’en ai besoin.

Crédit : Robin Spiquel.

En famille 

Combien de personnes gravitent autour de Farlot ?

Ils sont trois. Il y a ma community manager, mon ingénieur son, ZPL beats, et mon manager, ma mère. Je connais ma CM depuis cinq ans et on se voit tous les jours. Mon ingé habite à Nantes, mais nous sommes en contact permanent. On s’était rencontré en janvier 2018, je l’avais contacté sur Instagram parce que j’aimais beaucoup ses prods. Il a commencé par me conseiller, aujourd’hui c’est lui qui réalise tous mes mixs.

Tu revendiques beaucoup le fait de travailler en famille. Est-ce que tu comptes rester en indépendant ?

Je suis de plus en plus ouvert à des collaborations. À l’époque où je donnais mes premières interviews, j’étais un gamin assez têtu. Je le suis toujours mais j’ai grandi et je me dis qu’il y a rien de mieux que les collaborations. Pour ce qui est de l’équipe, je préfère rester en famille.

« Je suis obligé de rapper Limoges, parce que c’est ma vie. » 

Farlot

Dans une interview, tu disais qu’une ville ne fait pas forcément ton rap. Limoges a-t-elle une influence sur ton art ?

Ça influence énormément ma musique dans le sens où j’ai grandi ici. J’y ai fait toutes mes conneries quand j’étais gamin, c’est là où j’ai toutes mes connaissances mais aussi mes ruptures amicales…. Finalement, je suis un peu obligé de rapper cet endroit, parce que c’est ma vie.

D’ailleurs, Limoges est une petite terre de rap. Je pense notamment au rappeur Arion. C’est un petit encore, mais il est très bon dans ce qu’il fait. C’est un charbonneur.

Ta musique commence doucement à toucher un plus large public. As-tu l’impression d’atteindre le seuil de reconnaissance que t’attendais ?

On peut dire ça comme ça. Pour les 50 000 vues du clip Collectif, j’ai été poussé par la vidéo d’un Youtuber (Guizzi). Pour un gamin de Limoges, faire ce score c’est incroyable.

C’est quoi la suite pour toi ?

Les prochaines étapes… C’est les 100 000 vues (rires). Sortir un projet abouti. Commencer les scènes. Et continuer cette merde jusqu’à la fin !

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Sonbest : « Lotus, c’est la fleur de l’espoir »

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Le 12 juin 2020, Sonbest a dévoilé son deuxième EP « Lotus », deux ans après la sortie de « Immersion ». L’artiste étonne par un projet cohérent et unique, à l’univers bien défini. À l’image de la fleur de Lotus qui incarne le renouveau, le rappeur de 22 ans, originaire de Colmar, propose un projet à part. Rencontre avec Sonbest, fleur rare dans le paysage du rap français. 

 

Ton projet « Lotus » est sorti la semaine dernière après deux ans de travail. Qu’est-ce qui t’as pris autant de temps ?

D’abord, je viens d’Alsace et il a fallu que je prenne le temps de bouger sur Paris. Ensuite, il me fallait rencontrer les bonnes personnes et trouver un taff. Le mixage nous a aussi pris un temps fou. Nous avons dû remixer une tonne de fois pour avoir le résultat que nous recherchions.

 

Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons avec Laylow, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti Trinity, j’étais choqué.

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque.

Comment vous est venu l’idée du sound design qui parcourt l’EP ? 

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque. Wise (beatmaker qui a travaillé sur deux titres de l’EP : Poison et Wow, ndlr), a proposé de mettre des transitions entre les sons pour qu’il y ait un fil directeur et que le projet puisse s’écouter d’une traite.

 

Tournage du clip XO. Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

Beaucoup t’ont comparé à Laylow. C’est une de tes inspirations ? 

Laylow ? Bien sûr. Je le connais depuis très longtemps et j’aime ce qu’il fait. Il m’a inspiré mais ce n’est pas dans sa direction que je vais. Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti « Trinity », j’étais choqué. Nous avions déjà nos idées avant qu’il sorte son projet. En plus, dans son album, il y a un son qui s’appelle Poizon, comme moi. Mais ce n’est pas grave, ça me fait plaisir qu’on me compare à lui. 

De manière générale, je suis plus influencé par le rap US. Au début, j’aimais Lil Wayne, après il y a eu ASAP Rocky, ensuite Travis Scott puis Kid Cudi et Kanye West. Ils sont tous des rappeurs avec une personnalité et un univers à eux. C’est ça qui m’intéresse.

 

Et en rap français ?

J’ai mis du temps à me mettre au rap français. À l’ancienne, j’écoutais Guizmo. Maintenant, c’est plutôt Ichon et Laylow. J’aime le rap underground. D’ailleurs, il y a plein de rappeurs au Canada qui sont chauds mais que les parisiens ne connaissent pas encore. Je kifferais faire un featuring avec un canadien. À Paris, il y a trop de monde. C’est saturé. Les gens ont trop les yeux rivés sur la capitale. 

L’objectif c’est aussi de représenter mon 68 et les gens perdus dans la campagne, comme moi. Ce serait ouf. Si certains me donnent de la lumière, j’en profiterai pour en donner à tous ceux qui en ont besoin et qui m’ont aidé.

 

Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

Tu veux donner une identité musicale à ta ville et ta région ?

Bien sûr, c’est le plus important. Je représente les Alsaciens et si j’en ai l’occasion, je ferai tout pour qu’ils aient un peu plus de visibilité. D’ailleurs, mon style c’est la nouvelle sauce du Grand Est. Nous avons une certain façon de rapper. Ash Kidd, par exemple, quand il rappe, il rappe Strasbourg. Ça vient de chez nous.

 

Tournage du clip Agonie. Crédit : Swimthedog.

 

Avec ce projet, il y a un univers qui se définit vraiment et qui se démarque.

Justement, avec l’équipe, nous voulons apporter quelque chose de nouveau dans le rap français. Nous sommes tous sur la même longueur d’onde : pas de limites, que ce soit au niveau du son, du visuel ou des sapes. Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

Tu disais vouloir apporter quelque chose de différent au rap français. Tu penses avoir réussi avec « Lotus » ?

Je pense, oui. Mais la suite sera différente. Mon point fort, c’est ma versatilité. Plus tard, il y aura peut-être des sons rock ou house qui vont sortir. Je ne veux vraiment pas me mettre de limites. Je sais rapper sur différents styles de prods donc j’essaye de travailler ça et de l’amener au plus haut niveau. Quand je rentre dans un style, je ne le fais pas à moitié, je le fais à fond.

 

Pourquoi avoir choisi d’appeler l’EP « Lotus » ? 

Le lotus c’est la fleur de l’espoir. Elle pousse dans les marécages et ça ne l’empêche pas d’être une belle fleur, malgré son milieu et son environnement. C’est un peu mon parcours. En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

 

La prédominance de la couleur bleue et le sound design de l’eau sur Agonie amène une ambiance aquatique. Est-ce que cela rejoint cet esprit là ?

Exactement. L’eau rappelle les marécages. Quand tu marches dans la boue, c’est pâteux et visqueux. Un peu comme les sables mouvants. Il faut savoir se sortir de là. C’est le fil rouge de « Lotus ».

 

Le seul clip qui est sorti, c’est celui du titre XO (depuis l’interview, le clip du titre Agonie est disponible, ndlr). Il a été publié sur la chaîne Youtube du Règlement Radio, pourquoi avoir choisi de le diffuser chez eux ? 

Le clip était déjà tourné depuis longtemps. Il devait être posté sur ma chaîne. Mais mon manager l’a envoyé au Règlement. Ils ont kiffé et ont voulu le prendre. Au début, je n’étais pas chaud. Mais après, je me suis dit que c’était ma chance. Ça a donné de la visibilité au projet. Il y a plus de 20 000 vues, là où moi, sur ma chaîne, je n’ai même pas 100 abonnés.

 

 

Le visuel de ce clip est d’ailleurs très travaillé. C’était quoi l’idée ? 

C’est le deuxième titre du projet que j’ai clippé. Le premier, c’était Agonie (disponible depuis vendredi, ndlr) avec un clip en noir et blanc et un véritable storytelling. Donc là, il nous fallait un contraste. C’est pour cela que nous avons choisi de donner une image qui brille, avec des paillettes, tourné en plan séquence.

 

D’ailleurs, la pochette rappelle beaucoup l’ambiance ce clip.

C’est vrai. Elle a été faite par Hoda Hoda. Je l’ai rencontré en soirée à Paris, comme Jo The Wise. Nous l’avons invité sur le tournage de XO et c’est à ce moment-là qu’il a eu l’idée de la pochette. C’est pour cela que les visuels sont très similaires et cohérents. Au départ, nous voulions que les gens puissent me reconnaître. Mais Hoda Hoda a eu d’autres idées en s’inspirant notamment d’une pochette de The Weeknd et de Trippie Redd.

 

Pochette de l’EP « Lotus ». Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

L’ambiance de l’EP est très mélancolique. Est-ce que tu serais capable d’aller vers des sons plus joyeux ?

Si j’y arrive un jour, oui ! Pour l’instant, je n’y arrive pas mais ce serait bien. Ne serait-ce que pour que mes parents écoutent un truc joyeux (rires). Ils écoutent et soutiennent ce que je fais mais ils ne comprennent pas. De manière générale, je m’inspire selon ce que je vis au moment ou j’écris. Donc il y a plein de thèmes que je n’ai pas encore abordé et dont j’aimerais parler. C’est illimité.

 

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher.

 

T’es content des retours concernant le projet ?

Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Dans ma tête, je sortais le projet comme « Immersion ». Je le mets sur internet et on verra où ça mène. Ça me fait très plaisir et je me dis que nous n’avons pas travaillé pour rien. Il y a un engouement et je peux même dire qu’il y a des fans (rires). Nous allons continuer comme ça.

 

Tu t’es préparé à un éventuel succès ?

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher. Donc oui et non. Ça fait longtemps que je fais du son donc je suis motivé, j’ai travaillé pour mais je sais pas quand ça va tomber et qu’il faudra prendre les bonnes décisions.

 

Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Comment as-tu commencé le rap ?

J’ai commencé au collège, j’avais un groupe avec mes frangins et avec mes potes du quartier. Tout le monde a arrêté et j’ai continué. Pour mes 18 ans, ma mère m’a passé des sous et j’ai acheté du matos pour faire mes sons. C’est là que j’ai vraiment commencé. À côté, je travaillais. Quand j’étais en Alsace, dès que j’ai arrêté la fac, j’ai travaillé à l’usine et dans la restauration. Pareil, quand je suis arrivé à Paris. En ce moment, je suis au chômage tu vois. C’est la merde (rires).

 

L’EP est déjà extrêmement travaillé. Pour un album, tu pousserais le délire encore plus loin ?

L’album, ça viendra plus tard. C’est pas un truc que je veux faire à la légère et qui me prendra plus de temps. Ce sera quelques chose avec des vrais instruments nous ferons quelque chose de carré. Mais pour l’instant, je pense même pas encore à l’album. Je vais d’abord sortir des projets et des sons. Mais bien sûr, c’est le but. Sur l’EP, il y a encore des imperfections que peut-être les gens ne voient pas. Il y a encore beaucoup à faire. Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Un mot de la fin ?

Dédicace à l’Alsace, on est ensemble. On va tous venir dans Paris. On arrive bientôt.

 

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sean : « Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal. »

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Après avoir été accueilli positivement par la critique pour son premier EP « Mercutio », sean est de retour avec sa mixtape « À moitié loup ». Couvert de fourrure, il dévoile les six premiers morceaux le 10 avril 2020 et complète sa tracklist de douze titres deux semaines plus tard. Entre le mélancolique heureux et le nostalgique radieux, le rappeur est toujours à moitié. Au téléphone, l’artiste confiné s’est confié sur son projet double face.

 

Comment est venue cette idée de séparer la sortie des morceaux en deux parties ?

Je voulais casser l’image que j’avais avec « Mercutio » et proposer une nouvelle facette artistique. Dans la première partie, il y a beaucoup de sons assez solaires ou dansants pour montrer un nouveau sean musicalement parlant. Nous voulions que le public ait le temps de se faire à la nouvelle image que je proposais. Dans la deuxième partie, je mélange un peu plus les styles pour les troubler une nouvelle fois. Je voulais qu’il se demandent : « D’où sort-il ? ».

 

La direction artistique du projet est très établie. C’est quelque chose dont tu te soucies beaucoup ?

La cohérence de la DA et des sonorités sont super importantes pour nous. Nous allons continuer à chercher et à proposer des concepts qui ne se font pas trop en France. Je pense notamment à quelqu’un comme J. Balvin. Je n’aime pas forcément tout, mais son délire sur « Colores » est trop lourd. Ce n’est que le début pour nous mais nous allons continuer dans cette voie, avec toute la technologie et les ressources que nous avons.

 

Cover de la mixtape « À moitié loup ».

 

La cohérence de l’univers fait davantage penser à un album court qu’à une mixtape. Où est-ce que tu situes le curseur ?

Je fais surtout la différence au niveau de la promo qui accompagne la sortie. Je dis aussi mixtape parce que « À moitié loup » a été fait rapidement. L’idée, je l’avais depuis longtemps et nous avions déjà pas mal de sons en stock. Le concept s’est mis en place assez vite après la signature chez Nice Prod.

 

Le concept des facettes multiples est identifiable sur tes deux projets. Tu te cherches encore ?

Je suis plutôt comme un scientifique qui fait de la recherche et du développement. Il ne se cherche pas, mais il cherche les recettes qui répondent le mieux. Je vais vers les sonorités qui me plaisent le plus et je sais ce que j’aime. Sur « À moitié loup », je suis en quête d’authenticité. Je fais ce qui me représente et ce que j’ai dans la tête. Je ne me cherche pas, mais je cherche beaucoup.

Avec le côté loup, je parle du vice et des tentations.

Dans les mythes, la métamorphose en loup ne se contrôle pas. Est-ce que tu subis la tienne de la même manière ? 

Oui tout à fait. Avec le côté loup, j’évoque le vice et les tentations. C’est le côté animal qui me rattrape, qui est instinctif et qui se rappelle à nous dans certaines situations. Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal.

 

Tu parles du rapport à la notoriété dans le son À moitié loup. Est-ce un vice de sean ?

Quand je parle de la notoriété comme un vice, c’est surtout une satire de ceux qui y sont. Je le constate autour de moi, ceux qui commencent à avoir un peu de buzz et tout… Ça monte très vite à la tête. J’espère vraiment ne jamais devenir comme ça plus tard (rires).

 

Comment gères-tu l’exposition médiatique ?

Ça se passe super bien pour le moment. Je suis très entouré et j’ai une bonne équipe qui bosse avec moi et me rassure. C’est très carré. Même quand je gère des concerts, je suis toujours bien accompagné.

 

Jamais de galère en concert ?

Si ! La première fois que j’ai été à La Cigale (pour la première partie de Lonepsi, ndlr), j’ai oublié mes ears quand je suis rentré sur scène. Je n’entendais plus rien ! J’étais super décalé avec le son. Le tourneur avec qui je venais de signer m’a tué. J’ai réussi à les récupérer pour faire le deuxième son, mais je les ai mal mis et ils sont tombés… C’était une galère.

 

Crédit : Maxence & Jonas.

 

À la fin de « Mercutio », tu dis vouloir te poser sur la lune. Lorsque tu conclus cette mixtape, tu dis y être arrivé dans le morceau Couleurs. Que signifie ce symbole ?

La lune c’est mes rêves et mes objectifs. « Elle veut la villa sur la moon », c’est un endroit idyllique où tu es au max. C’est nos ambitions, l’endroit où nous nous voyons plus tard. Pourquoi est-ce que nous faisons tout ça ? C’est pour être bien, dans une villa sur la moon. Nous l’avons aussi pensé dans l’idée du concept avec la lune qui réveille le Loup-Garou.

 

Elio (son prénom, ndlr) et sean, c’est très différent ?

C’est un personnage autour d’une narration. Je raconte ce que j’ai vu. Je me place dans la peau de quelqu’un qui observe et décrit certaines situations, comme quand je parle d’amour par exemple.

 

Comment s’est faite la connexion avec Azuul Smith sur Hiver ?

Par des relations communes. Ça s’est fait naturellement. Nous nous sommes rapidement trouvés musicalement. D’ailleurs, je suis en ce moment avec lui dans un Airbnb à Saint-Denis. Nous avons ramené tout le matériel que j’ai à Paris pour enregistrer et faire du son.

 

 

Le côté technique du son, que ce soit au niveau des effets de voix, de la prod ou du mix, c’est quelque chose que tu travailles particulièrement ?

Pour être le meilleur, il le faut. Sur « À Moitié Loup », j’ai passé une semaine de pré-mix. Je me suis posé, j’ai ajusté tous les événements et les effets que je voulais pour que cela sonne parfaitement. Nous avons coupé chaque petite respiration au bon moment.

Mais je travaille souvent avec les effets directement. Quand nous trouvons une sauce avec Roodie (un des beatmakers présent sur la mixtape, ndlr), nous enregistrons directement. C’est ce qui donne le côté fluide. Je pense notamment à la voix un peu foncedée sur le morceau À moitié loup.

 

Renréchir rapidement avec une mixtape. 

Est-ce qu’il y a des artistes qui t’ont influencé dans la façon de manier l’autotune ?

Booba, Nessbeal en France sur les refrains. Sinon aux US, des gars comme Travis Scott et Migos.

 

Roodie a signé la moitié des prods du projet. La connexion est spéciale avec lui ?

Totalement. C’est avec lui que j’ai commencé. À chaque fois que je suis en studio il est là. Je pose vraiment plus facilement sur ses prods.

 

Pour la sortie de la mixtape, tu as aussi réalisé ton premier clip : Prix à payer. Comment ça s’est passé ?

C’était un peu freestyle. À l’origine, je ne devais pas le réaliser. Mais je m’étais déjà beaucoup investi en amont et j’ai accompagné le chef opérateur pendant le tournage. Il m’a laissé la main petit à petit. Nous l’avons fait ensemble. J’ai pu mettre vraiment ma patte sur le montage et je suis aussi passé sur les effets. C’était super lourd.

 

 

Comment avez-vous trouvé ce décor si particulier ?

Un mois avant de tourner, j’avais été en Tunisie et j’avais repéré cet hôtel abandonné avec une vue sur une palmeraie magnifique. J’avais pris des photos pour montrer le lieu à l’équipe et tout le monde était d’accord. Nous sommes arrivés à 8 h pour tourner sur place, mais des gardiens refusaient de nous laisser rentrer. Même contre de l’argent.

L’agence de tourisme nous a confirmé que l’hôtel appartenait à une banque qui refusait l’accès. Du coup, nous avons dû faire un repérage improvisé dans la journée pour trouver un nouvel hôtel qui était juste à coté. Nous voulions un délire post-apocalyptique, alors le lieu avec les ruines marchait super bien. Je trouve que ça parle d’autant plus aujourd’hui, dans ce contexte si particulier.

 

Comment envisages-tu la suite ?

Nous allons rapidement préparer des dates pour tourner. C’est plutôt en suspens pour le moment. J’espère que ça va revenir vite. Nous avons aussi de la matière en stock. Je vais rester très actif. Un clip est en préparation. Je vais sortir des singles d’entre-deux et renchérir rapidement avec une mixtape.

 

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Florian Huvier : « Je veux ouvrir le rap à un autre public »

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Florian Huvier est journaliste pour BFMTV au pôle vidéo et web. Depuis le mois d’avril 2019, il s’intéresse chaque semaine à un rappeur français émergent dans son émission « Tu connais ? ». À 24 ans, il fait partie de la jeune génération qui invite l’univers du rap à la table des médias généralistes. Alors que BFMTV cherche à se faire sa place sur les réseaux sociaux, il en profite pour proposer à sa rédaction d’animer une chronique web hebdomadaire pour parler rap. L’émission : « Tu connais ? » est née. La règle est simple : présenter des rappeurs francophones qui montent en puissance. La place est réservée aux artistes n’ayant pas encore décroché de disque d’or. Depuis la première émission sur le groupe 13 Block, vingt autres épisodes ont été tournés.

Comment es-tu parvenu à imposer une émission rap hebdomadaire sur le web à BFMTV ?

BFM à la télé n’a pas une bonne image auprès des jeunes. Il fallait donc trouver quelque chose qui les intéresse sur le web. Quand j’ai proposé le projet, le rap était déjà la musique la plus écoutée en France mais les médias n’en avaient pas encore conscience. À la rédaction, il y avait de plus en plus de trentenaires qui connaissaient, mais qui n’écoutaient pas forcément.

J’étais le seul à avoir la vingtaine et à pouvoir comprendre ma génération. Ils m’ont fait confiance. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir choisir librement l’artiste dont je vais parler. Quoi qu’il arrive, je suis le seul à parler rap à la rédaction donc personne ne va débarquer avec un artiste peu connu et me dire : « Tu vois, là, celui-là, tu devrais en faire quelque chose » (rires). C’est impossible.

 

 

Comment parler rap lorsqu’on est un média généraliste ? 

Je ne veux pas m’inventer spécialiste du rap. Il y a des gens beaucoup plus calés. Mon objectif, c’est de donner des pistes assez larges pour ouvrir le rap à un autre public. L’émission reste plutôt destinée aux jeunes, ce qui explique qu’elle soit aussi diffusée sur Snapchat (tous les samedis à 10h, ndlr).

J’essaye de faire quelques références à ceux qui sont déjà fans de rap. Le délire de la chaise, c’est un petit clin d’œil à Hatik sur lequel j’ai fait un épisode. Je l’ai découvert avec sa mixtape « Chaise pliante ». Au moment de concevoir l’émission, j’ai pensé à lui.

 

J’avais des commentaires du genre « BFMTV qui fait du Booska-p ». J’ai l’étiquette d’un « journaliste de télé » alors forcément ça passe moins bien.

 

Sur l’épisode de 100blaze, il y a eu de nombreuses réactions sur Twitter. On te comparait à Nico Colombien de chez Booska-p qui va à la rencontre d’artistes prometteurs dans l’émission  « Wesh » . A-t-il été une source d’inspiration ?

Honnêtement, avant 100Blaze, je ne connaissais pas le concept du « Wesh ». Je regarde leur JDR (Journal du rap, ndlr) mais je ne connaissais pas le travail de Colombien. Je m’y suis intéressé parce que je ne comprenais pas pourquoi est-ce que dans mes mentions Twitter j’avais des commentaires du genre «BFMTV qui fait du Booska-p ». Maintenant, je comprends mieux les réactions. J’ai l’étiquette d’un « journaliste télé », alors forcément ça passe moins bien.

La différence avec le « Wesh », c’est qu’il rencontre l’artiste, contrairement à moi qui en fait une présentation succinte en deux minutes. La personne qui gère le digital m’a suggéré d’aller moi aussi rencontrer les rappeurs mais j’ai refusé parce que ce serait voler le concept du « Wesh ». Et puis Booska-p s’adresse à un public qui écoute du rap. L’audience de BFMTV est très différente. Les trois quarts des messages que je reçois, ce sont des messages en mode : « Pourquoi vous parlez de ça, laissez-moi avec Johnny Hallyday » (rires).

 

Certains internautes te proposaient un octogone avec Colombien, tu es chaud ?

Je suis sûr de le gagner (rires). Je rigole, il a l’air gentil en plus.

 

 

Historiquement parlant, la chaîne a un rapport conflictuel avec cette culture. Alors, constater que BFMTV profite désormais de l’essor du rap peut paraître assez opportuniste, non ?

Cette relation conflictuelle est d’ailleurs toujours d’actualité. Dernièrement, ils ont fait un reportage qui a fait beaucoup réagir sur le rap et l’orthographe. Alors oui, c’est problématique, mais à mon échelle, je ne peux malheureusement pas y changer grand-chose. Personnellement, je ne travaille pas pour la chaîne télé mais pour le site web.

Pour l’anecdote, la semaine avant le reportage, j’avais presque calé des interviews avec les journalistes de l’Abcdrduson pour la sortie de leur livre, L’Obsession Rap. J’avais eu Raphaël Da Cruz au téléphone qui était partant. Je pars en vacances et le reportage tombe. À mon retour, je le rappelle et il m’explique qu’ils ont finalement décidé de ne plus faire l’interview. Il ne m’a pas dit pas pourquoi, mais j’ai compris que c’était en partie pour ça. Honnêtement, je les comprends totalement. L’image de BFM est rattachée à ce qu’elle propose à la télé.

 

Il y a un mépris évident pour la rap à la télé.

 

Peut-on dire qu’il y a un certain mépris des médias télé pour le rap en France ?

Il y a, bien sûr, un mépris évident pour le rap de la part de la télé en général. Ce n’est pas leur génération. Les seuls rappeurs dont la télé parle c’est Bigflo & Oli (rires). De manière générale, il y a des sujets sur des artistes émergents comme Pomme, Maëlle ou Suzanne qui ont été nommées aux Victoires de la musique. Mais les artistes que je présente sont tout aussi légitimes. Pourtant, ils n’y sont pas.

 

Depuis quelques années, les médias généralistes commencent à s’intéresser différemment au rap. Comment expliques-tu ce changement ?

Un média comme BFMTV n’a pas à être avant-gardiste. Il suit l’actualité. Je comprends que l’on puisse reprocher à la télé d’avoir été médisante, mais les clichés commencent à disparaître. Ceux qui intègrent la rédaction sont de plus en plus ouverts à cette musique. Le rap commence à être respecté.

 

Quand tu es journaliste et que tu ne vois plus que toi, tu n’apprends plus rien.

 

Le manque de diversité sociale que l’on peut observer parmi les journalistes n’est-il pas le premier responsable de ce rapport cliché au rap ? 

Totalement. Ce sont des gens du même milieu qui se côtoient. Ils passent tellement de temps ensemble qu’ils finissent par ne voir plus qu’eux. Quand tu es journaliste et que tu ne vois plus que toi, tu n’apprends plus rien. Le principe même du journalisme, c’est d’être le reflet de la société.

Quand le rap est arrivé, c’était un moyen pour les chaînes d’info de faire un sujet sur les banlieues. C’était déjà une forme d’entre-soi. Il y a peu de journalistes qui viennent de banlieues par exemple. Il y a un problème quelque part.

Propos recueillis par Lise Lacombe.

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