Mosaïque

À tout juste 19 ans, Alexan­dre Carel s’im­pose comme l’un des acteur.rice.s majeur.e.s de la scène du rap français. Pho­tographe « grâce au des­tin », comme il aime se définir, le jeune homme a vu défil­er un bon nom­bre d’artistes devant son objec­tif. De Jos­man à SCH en pas­sant par Freeze Cor­leone, Alexan­dre mul­ti­plie les shoots. Suff­isam­ment pour se lancer le défi d’inaugurer sa pre­mière expo­si­tion, « De mes cen­dres », dans le deux­ième arrondisse­ment de Paris. L’ex­po­si­tion se tient du 25 sep­tem­bre au 2 octo­bre 2021, rue d’Alexandrie, et regroupe les clichés phares du jeune pho­tographe, accom­pa­g­nés d’images exclusives. 

« Attends, n’ouvre à per­son­ne ! ». Une tête se glisse entre les portes de la bou­tique de vête­ments Teal­er, trans­for­mée en salle d’exposition pour l’occasion. Il est bien­tôt 20 h. « Tu n’ouvres à per­son­ne tant que je ne te l’ai pas dit », insiste Alexan­dre, auprès d’un mem­bre de son équipe. Le jeune homme referme aus­sitôt la porte. Il va fal­loir patien­ter encore un peu. 

Depuis plus de deux ans main­tenant, Alexan­dre Carel s’amuse à cap­tur­er les vis­ages de la scène musi­cale actuelle. PLK, Leto ou encore Aya Naka­mu­ra, le jeune pho­tographe s’invite dans tous les univers. Sa recette mir­a­cle ? L’audace. C’est comme ça que ses pre­mières pho­tos ont vu le jour pour ren­con­tr­er par la suite un véri­ta­ble succès. 

Le talent et l’audace 

L’ar­rivée des premier.e.s invité.e.s à 20 h tapante con­firme l’en­goue­ment ren­con­tré par le jeune pho­tographe sur les réseaux soci­aux. Alexan­dre nous accueille au sous-sol, entre quelques-uns de ses clichés sus­pendus par une ficelle et une machine à jeux vidéo où l’ont peut affron­ter son adver­saire à « Street Fight­er II ». Debout, au milieu de la pièce, le jeune homme de 19 ans se sou­vient de son parcours. 

Tout com­mence à 17 ans, quand Alexan­dre, à l’époque lycéen, réus­sit à s’inviter sur le tour­nage du clip Juice de Jok’air en fea­tur­ing avec Jazzy Bazz. Il se rend sur place un peu par hasard, sur infor­ma­tion de son frère, accom­pa­g­né de sa caméra. Il cap­ture le moment et revient quelques jours plus tard pour pren­dre d’autres pho­tos. Trois ans plus tard, à l’é­tage de l’ex­po­si­tion, un disque d’or décerné à Alexan­dre Carel pour le sin­gle Bon­bon à la men­the trône fière­ment. Dessus, une dédi­cace du rappeur : « Pour notre pre­mière ! Que ton chemin soit rem­pli d’or. »

Cet accom­plisse­ment car­ac­térise le par­cours du jeune pho­tographe. Le plus récent en date, tenu jusqu’alors secret, est celui d’un tour­nage avec le Duc. « On était au milieu de l’autoroute. Boo­ba tour­nait un clip. Il était dans une voiture et moi dans celle du réal­isa­teur. Nos véhicules finis­sent par s’arrêter briève­ment. Je réfléchis à peine et je sors rapi­de­ment de la voiture. Je cours à sa fenêtre et je le shoot en quelques sec­on­des. » La photo,exposée spé­ciale­ment dans une petite salle à part, fait office de « trophée » pour le jeune homme. 

Cer­tains jours, la tâche s’avère plus ardue. Dernière­ment, Kaaris lui a con­fié la pochette de son dernier album « Château noir ». Un shoot que le jeune pho­tographe racon­te en ser­rant les dents : « C’était com­pliqué, se sou­vient-il en lais­sant échap­per un soupir, Kaaris n’a rien aimé au début. J’avais essayé tous les angles de la pièce. Il répé­tait “J’aime pas, ça c’est moche, j’aime pas…” Puis au dernier moment, Black Anouar (réal­isa­teur réputé dans le rap français, NDLR) m’a glis­sé dans l’or­eille : “Essaye de le pren­dre sous le lus­tre”. Je tente cet angle de vue. Kaaris pose. En une prise, il a dit : “Voilà, c’est ça la cov­er de mon album.” » Une anec­dote qui ne manque pas de faire sourire ceux et celles qui pren­nent le temps de lire la légende qui accom­pa­gne la fameuse photo.

Un destin tracé 

Trente min­utes après l’ouverture des portes, la bou­tique aux trois étages est qua­si­ment pleine. Certain.e.s félici­tent le jeune pho­tographe, d’autres se diri­gent vers les bois­sons en libre ser­vice. Le brouha­ha se mêle rapi­de­ment aux morceaux de rap qui réson­nent avec les artistes exposé.e.s dans les dif­férentes pièces. « Cette expo­si­tion, c’est pren­dre un risque », recon­naît Alexan­dre, une bière à la main. Un chal­lenge inédit qu’il a eu envie de relever en mai dernier. « Il fal­lait que je tra­vaille sur quelque chose de nou­veau. Savoir se renou­vel­er et sor­tir de sa zone de con­fort, c’est très impor­tant pour évoluer », assure-t-il. 

En quit­tant la fac, j’ai su que c’était la pho­to ou rien. Je ne pou­vais rien faire d’autre.

- Alexan­dre Carel pour Mosaïque

Quand on lui demande ce qui l’a poussé à pour­suiv­re ce chemin à seule­ment 17 ans, il répond sim­ple­ment : « J’ai pris mes couilles et je l’ai fait. » Petit, Alexan­dre se balade déjà avec un appareil pho­to rose qu’il util­i­sait pour cap­tur­er « tout et n’importe quoi ». En sor­tie sco­laire ou dans la rue, l’ado­les­cent ne quitte jamais son pré­cieux totem. 

C’est à l’u­ni­ver­sité, après avoir suivi quelques cours qui lui déplaisent, que le choix s’impose. « En quit­tant la fac, j’ai su que c’était la pho­to ou rien. Je ne pou­vais rien faire d’autre », explique-t-il, sûr de lui. Un pari gag­nant puisque cela fait près de trois ans que le jeune pho­tographe vit de ce méti­er à temps plein. 

Une réus­site qui se con­cré­tise en par­courant la pièce située au sous-sol qui regroupe une par­tie des nom­breux cadres exposés. « Les voir physique­ment, c’est autre chose que sur Insta­gram. », recon­naît-il en souriant. 

« Je ne peux pas mourir sans avoir shooté Nekfeu »

Mal­gré le grand nom­bre d’artistes qu’Alexandre a vu défil­er devant son objec­tif, l’absence de l’un d’entre eux.elles reste, pour lui, une source de frus­tra­tion. « Je ne peux pas mourir sans avoir shooté Nek­feu. Mais le truc, c’est que cet homme est inac­ces­si­ble », regrette-t-il. 

En revanche, il peut se van­ter d’avoir cap­turé son artiste préféré, Jos­man. C’est avec fierté que le jeune pho­tographe présente ses clichés de l’artiste, dis­patché un peu partout dans la pièce. Le regard rivé vers l’une d’entre elles (voir en haut la pre­mière pho­to de l’ar­ti­cle, NDLR), il racon­te, les yeux bril­lants : « J’ai ressen­ti toutes sortes d’émotions à la release par­ty de l’al­bum « SPLIT » de Jos­man. » Les quelques pho­tos pris­es à l’évène­ment de celui qui « a changé [sa] vie » reste un sou­venir pré­cieux pour le jeune homme.

À de nom­breuses repris­es dans les textes qui com­plè­tent les pho­tos exposées, Alexan­dre fait usage de la même expres­sion. Il par­le du « meilleur shoot de ma vie », du « plus gros pro­jet de ma vie », d’un « tour­nage qui m’a mar­qué à vie ». Un tic de lan­gage amu­sant qui révèle l’euphorie sai­sis­sant le jeune homme de 19 ans dans son tra­vail. 21 h 30, l’exposition est noire de monde. Une petite foule s’est à présent for­mée devant la bou­tique. Un suc­cès que même un prob­lème de DJ de dernière minute ne parvient pas à gâcher. 

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