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Joanna : le chant de la sensualité

Après avoir exprimé ses frustrations amoureuses aux côtés de Laylow, Joanna n’en finit plus de vibrer. C’est à l’aube d’une Saint-Valentin confinée, le 10 février 2021, que l’artiste a souhaité sortir des sentiers battus, comme pour réveiller nos cœurs endormis. Prenez deux figures du porno français et un morceau plein de désir, vous obtiendrez un clip sur-mesure, emprunt de créativité, d’engagement et de bienveillance. À distance, la chanteuse est revenue avec nous sur les coulisses du visuel de son dernier single : Sur ton corps.

Une petite caméra à la main, Joanna s’approche discrètement de LeoLulu pour capturer l’intensité de leurs ébats. Dans les draps blancs du studio Maurice à Asnières-sur-Seine (92), la jeune rennaise a réuni le duo français, stars du porno homemade, pour donner vie à son dernier single Sur ton corps. Pendant trois minutes de frénésie disponibles sur Pornhub depuis le 10 février 2021, le couple s’enlace et performe à la cadence de la voix sensuelle de la chanteuse. 

Pour l’artiste, ce virage artistique, pourtant inédit, est apparu comme une évidence. Elle nous raconte : « Ça fait longtemps que j’avais cette idée en tête. Je suis en contact avec LeoLulu depuis qu’il·elle·s m’avaient demandé l’autorisation d’utiliser mon morceau Séduction pour l’introduction d’une de leur vidéo (Présent sur son premier EP : « Vénus » (2020), NDLR). Nous n’avions pas encore eu l’occasion de lier véritablement la musique et le porno ensemble. Ce clip était l’occasion parfaite et j’ai tout de suite pensé à il·elle·s. Je leur ai proposé pendant le premier confinement et il·elle·s ont dit oui tout de suite. »

« J’ai dû m’adapter à leur contrainte : c’était un tournage d’une heure avec une seule prise. Il·elle·s ne voulaient pas faire l’amour deux fois dans la journée. »

– Joanna

Sur le plateau, Joanna n’en est plus à son premier coup d’essai en tant que réalisatrice. Elle donne le rythme, accompagne les acteurs·rices et filme. Tout en guidant les premiers traits de ce visuel décomplexé, elle se confronte à la spontanéité de l’acte sexuel. « J’ai dû m’adapter à leur contrainte : c’était un tournage d’une heure avec une seule prise. Il·elle·s ne voulaient pas faire l’amour deux fois dans la journée, mais au moment du tournage, il·elle·s se sont sentis prêt·e·s à tourner les autres plans où il y a des projections d’images en ombres chinoises. C’était très freestyle », explique Joanna en précisant que le duo jouait pour la première fois devant d’autres personnes. Elle ajoute : « Il·elle·s devaient parfois faire des pauses parce qu’il·elle·s n’arrivaient pas trop à se concentrer. » 

Crédit : Capture écran du clip Sur ton corps.

Lola Levent, manageuse de l’artiste, a assisté au tournage avec attention. Elle témoigne : « Nous avons pris beaucoup de précautions pour que LeoLulu ne se sentent obligé·e·s ou forcé·e·s de rien et que le consentement soit respecté à chaque instant. Il y a eu une très belle bienveillance sur le tournage. »

Avant de concrétiser cet élan de créativité, Joanna a pourtant eu des appréhensions. Préjugés, idées reçues, stéréotypes, la jeune femme confie sa surprise d’avoir eu tant de retours positifs : « J’avais peur que l’on me pointe du doigt par rapport à mon discours féministe et au fait que je mette en scène deux blancs hétérosexuel·le·s avec une sexualité non-inclusive. Le public a finalement bien reçu mon message et l’esthétique a plu. »

Pour préparer le visuel, les discussions ont été nombreuses en amont du tournage pour s’assurer de la justesse du ton. Même si « leur manière de faire l’amour reproduit un schéma classique hétéronormé », elle raconte avoir voulu équilibrer le propos par le choix des images. « Je ne voulais pas que le focus se fasse uniquement sur le plaisir de la femme, mais plutôt sur celui des deux. Tout en étant consciente que mon point de vue est biaisé par nos constructions sociales. »

Ambrr, la co-réalisatrice et amie de l’artiste, le confirme : « Nous voulions de la réciprocité, pas comme dans le porno basique. Le fait que LeoLulu soit un vrai couple, deux personnes amoureuses qui font l’amour, ça nous a permis de laisser la caméra tourner pendant une heure sans diriger leurs rapports sexuels. »

Crédit : Capture écran du clip Sur ton corps.

Pour utiliser Pornhub sans donner de la lumière au site X, l’artiste a dû jouer les équilibristes. Si elle avoue avoir eu peur de s’associer à la plateforme, régulièrement controversée, LeoLulu a fini par dissiper ses doutes : « En tant qu’acteur·rice·s porno, il·elle·s m’ont expliqué que ce n’est pas une situation noire ou blanche. J’ai voulu me servir du problème pour le critiquer. Instagram, Facebook ou Twitter véhiculent des messages tout aussi problématiques, mais on en parle moins car ce n’est pas du porno. »

Pour exécuter cette gymnastique, Joanna et son entourage ont décidé de mettre en avant le Syndicat du travail sexuel en France (STRASS) avec un message de prévention, affiché dès le début du clip : « Les travailleur·se·s, et particulièrement les femmes, sont régulièrement victimes de violences dans le cadre de leur profession. » 

Une manière de remettre en avant les difficultés d’exercice de la profession : « Le fait que le sexe soit tabou m’énerve. Je trouve ça hypocrite. C’est quelque chose qui régit notre société et on fait comme si cela n’était pas le cas. Ce tabou met en danger les gens qui travaillent dans le sexe. Ce sont des humain·e·s qui ne se font pas respecter. Le fait de les voir m’a fait prendre conscience de la difficulté de ce travail. C’est une profession vraiment à part entière et qui devrait être reconnue. »

Sortie de l’expérience, Ambrr fait d’ailleurs un autre constat : « Filmer ces moments de sexe était beaucoup moins vulgaire que certaines scènes auxquelles j’ai pu assister entre des réalisateurs et des modèles qui ne sont pas bien traitées. »

Crédit : Éléa Jeanne Schmitter/Émilie Pria.

Si cette proposition se démarque nettement de clips musicaux français, Vald avait déjà, avant elle, utilisé les rouages de l’industrie pornographique dans l’un de ses visuels. En 2015, le rappeur d’Aulnay-sous-Bois (93) se mettait en scène devant les ébats de Nikita Belluci et Ian Scott pour son morceau Selfie. Sur un tout autre registre, l’acte sexuel reprenait les codes du porno traditionnel en affichant une domination de l’homme sur la femme.

Six ans plus tard, Joanna ne souhaite pas pour autant condamner la démarche artistique de Vald : « Je suis une femme et j’en ai marre de me faire écraser par le patriarcat. Lui, c’est un mec blanc, hétéro, avec du pouvoir, donc je ne pense pas qu’il ressente le besoin de renverser les codes. Je ne blâmerais pas le fait qu’il ne se soit pas exprimé autrement. C’est comme aller manifester pour une cause qui ne te concerne pas, c’est dommage, mais je respecte. »

Si la jeune artiste, aux cheveux parfois orangés, n’a pas pour ambition de faire de la musique engagée, elle cherche à utiliser la notoriété dont elle dispose pour faire circuler ce qu’elle considère comme des « ondes positives ». Elle conclut : « Je sais qu’en chantant, j’influence. C’est pour cela que je fais attention à mes messages et j’y mets du poids. » Au téléphone, Ambrr voit loin lorsque l’on évoque la suite de la carrière de son amie, avant de tempérer : « Ça ne dépend pas que d’elle. Le public est-il prêt à recevoir son discours ? C’est ça la question. »

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La romance désabusée de Jäde

La romance : pièce poétique à caractère intimiste et sentimental mise en musique. Avec son nouvel EP, Jäde délivre sa version de la « Romance ». Le projet d’une jeune femme de 25 ans, aux allures de journal intime. Celle pour qui l’écriture « n’a rien soigné » de ses maux, s’amuse de son obsession pour l’amour et de son incapacité à se sentir adulte. Dans une nonchalance joviale, Jäde nous raconte son projet, romantiquement désabusé.

C’est une histoire d’amour entre un homme et une femme… Point de départ de toute romance en littérature, la rencontre de deux personnages fait naître une trame narrative dont la fin heureuse fera verser une larme d’émotion au lecteur. Dans la romance de Jäde pourtant, les problèmes ouvrent le bal. Préférant mettre en avant ses tendances aux amours toxiques dès l’introduction, elle se refuse l’idylle des débuts dont les sonorités trap du morceau font état.

Avant même d’avoir pu naître, l’amour est condamné : « Depuis le début, je pense qu’à la fin » (Noir ou Blanc). Une vision fataliste dont Jäde ne parvient pas à s’émanciper. Au téléphone, l’ironie de la situation la fait doucement sourire : « Si je pouvais parler positivement des relations, ce serait avec plaisir. Mais je raconte mes expériences, qui sont plutôt négatives. J’ai une vision un peu sombre des relations en général. » Un rejet qui caractérise souvent les amoureux transis pour qui, « c’est tout ou rien ».

Face aux déceptions, faut-il alors choisir la musique avant l’amour ? Au détour d’une conversation sur Instagram, elle débat avec le rappeur Bakari de la place accordée aux relations en tant qu’artiste. Elle, défend que les deux sont conciliables. Lui, est sans concession. L’échange donne naissance à Groupie Love. Sur l’outro du morceau, elle sample l’une des notes vocales de leur discussion : « Le moteur de ma vie, c’est la musique. Ça veut dire, avec ou sans toi, je vais le faire. »

Avant-gardiste

Le projet respire une sensibilité exacerbée dont l’artiste souhaiterait s’affranchir : « C’est quelque chose que j’aimerais bien changer chez moi. Je me livre très facilement, trop facilement sur ce que je ressens. Et les gens n’ont pas besoin d’entendre tout ça (rires). » Pourtant, son émotion à fleur de peau rend l’EP cathartique tant elle dépeint des schémas amoureux fréquents. Jäde parvient à rendre universelles des expériences très personnelles, à la manière d’une icône RnB qu’elle tend à incarner.

Romain Garcin, créateur de la pochette de l’EP, confirme : « Jäde a une direction artistique qui rappelle le RnB des années 2000, sans tomber dans la caricature ou la copie mal faite. C’est une véritable éponge, de nombreux styles musicaux peuvent la faire vibrer. » Une éponge aux inspirations éclectiques dans un projet où elle interprète Adulte, un morceau aux accents soul. Du Kali Uchis dans les oreilles. 

J’apprends à découvrir ma voix parce qu’en vrai je chante bien (rires)…Enfin, je sais chanter. Et ça, souvent je l’oublie. 

Jäde

L’envie aussi de s’améliorer et de se découvrir. Pendant ses explications parfois perturbées par un voile de gêne, l’artiste peine encore à affirmer son talent : « Je sens que ma voix progresse. J’apprends à la découvrir parce qu’en vrai je chante bien (rires)… Enfin, je sais chanter. Et ça, souvent je l’oublie. » Cette évolution, le producteur Stu, co-compositeur du morceau Problème et proche de Jäde, la constate : « C’est une artiste avant-gardiste dans son style. Elle me permet de composer des choses différentes. Je la connais depuis l’époque Soundcloud et son flow a beaucoup évolué. »

Une touchante fragilité 

Souvent, au cours de la conversation, Jäde hésite. À l’image d’une artiste frontière, elle se laisse porter par ses humeurs. Dans son indécision, la chanteuse laisse transparaître une touchante fragilité. Celle qui a l’impression que sa vie « ne ressemble à rien par rapport à d’autres filles de 25 ans », a eu besoin de se sentir Adulte en retraçant son parcours amoureux, l’une des sources de son manque de confiance : « L’estime descend au sous-sol, voir s’il reste un peu d’alcool. » Un manque d’assurance sur lequel la jeune femme travaille : « J’aimerais réaliser mes clips de A à Z mais je n’ai jamais osé le faire. Je veux m’investir dans chaque étape jusqu’au montage. Je n’ai pas encore pris de risques dans mes visuels. Mais ça va changer. »

Au moment de la sortie de ce troisième projet intimiste, la timidité ne la quitte pas : « Je me suis trop livrée. Je ne peux pas jouer mes sons devant mes potes. C’est trop personnel. Je n’oserais pas appuyer sur play (rires). Limite, j’ai honte. » Celle qui se surnomme « Jäde » sur scène par pudeur et pour « être une autre version de (s)oi », confie qu’elle doit prendre confiance en elle mais ne sait pas encore très bien comment.

Un premier pas est franchi avec l’outro de « Romance » dans laquelle elle fait tomber le masque en nommant le titre par son vrai prénom : Adèle. Un morceau aux envolées de chant, proche de la variété française. Une couleur musicale qui se retrouve sur Noir ou Blanc, en featuring avec Squidji. Le Parisien « apporte une nouvelle couleur sur fond de variété française avec des drums trap plus actuels. Il donne du sens au storytelling en répondant à Jäde », selon Mike BGRZ, l’un des deux producteurs du titre.

Pour son prochain projet, Jäde a déjà prévu de sortir de sa romance : « Je ne sais pas faire, je ne l’ai jamais fait. C’est une nouvelle façon d’écrire pour moi. » En attendant, elle écrit sur son appartement, sa vie à Paris… Finalement, celui qui a su capturer son allure iconique, Romain Garcin, résume : « Jäde a une intention faussement nonchalante. Elle donne l’impression de passer à côté de sa vie, alors qu’elle en maîtrise chaque aspect. C’est ce qui la rend si particulière. »

La réalisation de la cover

La pochette de « Romance » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

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« Everything Tasteful », le bon goût de la production

Un an et demi après « Le son d’après », Lala &ce dévoile son premier album studio : « Everything Tasteful ». Une performance musicale détonante, auréolée par la présence de quinze producteurs autour d’un projet qui possède autant de visages. Immersion dans les coulisses de la production d’un album différent. 

Derrière la vitre du studio, Lala &ce murmure. Calme et sereine, elle repousse ses dreadlocks d’une main et agite l’autre sur la pulsation d’un beat langoureux en tendant ses lèvres vers le micro. PH Trigano, assis de l’autre côté du studio, pose les premiers accords et assemble les fragments de ce qui fera bientôt naître le morceau Parapluie. Ce moment de musique mars 2020, presque un an avant la sortie d’« Everything Tasteful », le compositeur nous l’a raconté. « C’était magique. Ce genre de moment où tu oublies le temps. Nous avions la même vision et c’était très instinctif. Elle a écrit instantanément sur l’instrumental. Le titre ne ressemble à aucun autre, une sorte de disco track futuriste. Il rejoint sa proposition musicale unique en France », confie-t-il.

Accrochée à des notes célestes et des flows en suspension, Lala &ce, fidèle à son ivresse existentielle, fracasse les atomes crochus de sa sensualité. Le sachet de roses fanées toujours dans une poche, la rappeuse entrouvre une nouvelle porte de son univers planant et brumeux. Si le bon goût demeure le mot d’ordre du disque, la table de mixage de la pochette rappelle celui des ses architectes. Machines allumées et casques vissés sur les oreilles, les producteurs alignés sur la tracklist occupent une place centrale dans l’âme des quatorze pistes. Ils donnent le ton d’un nouveau virage de l’artiste lyonnaise, en quête de grandeur pour une musique encore discrète, bien que particulièrement signée et identifiable. 

L’ouverture sans concession

Un virage emprunt d’éclectisme où chaque titre trouve son compositeur. Façon « Black album » de Jay-Z. Touche par touche, l’identité de Lala &ce devient insaisissable. Si l’environnement cloud du « Son d’après », encore dans les pas du collectif 667, semblait recouvrir plus de noirceur, « Everything Tasteful » laisse désormais place à plus de lueurs dans le sillage du single Show Me Love, produit par Mookice. Le beatmaker explique : « Lala voulait faire résonner la fin de la tracklist et m’a demandé un afrobeat. Je travaille parfois avec des guitares et j’ai trouvé cette boucle très enivrante. » Un vœu d’ouverture sans dénier la concession. Un pari risqué et relevé grâce à l’attention que porte la rappeuse à l’instrumentalisation de l’opus. Le grain plus aéré de productions comme In Luv Again (composée par BLVTH x TAIIME), avec des drums ensoleillées et un rythme curieusement vif, se mêle à son timbre fuyant et à son texte parsemé d’onomatopées.

« Je suis dans d’autres fréquences, j’ai pas l’même signal », murmure-t-elle au début de Viral. Toujours aux prises du chopped and screwed (une technique de remix du hip-hop qui ralentit le tempo entre 60 et 70 battements par minute, NDLR), la rappeuse siffle sa différence sur des productions trap sur mesure qui viennent simuler les effets de la drogue et de la lean (mélange d’une boisson à des comprimés codéinés, NDLR). Le mix d’un piano, d’une 808 (boîte à rythme, NDLR) et d’un kick puissant, accueille ainsi son flow nonchalant qui rencontre le charisme de celui de l’artiste américaine S3nsi Molly. Pour l’occasion, Lala &ce a souhaité rappeler Konnorkilla, déjà auteur de l’instrumental de SuperSweet16 sur son projet précédent. Il raconte : « Elle m’a demandé un son sale qui tabasse avec une grosse basse. Elle a tout de suite aimé. Elle est plutôt du genre à prendre les prods telles qu’elles sont, sans trop les modifier. J’ai pu m’exprimer, tout en collant à son univers. C’est aussi comme cela que les traits de son art se renforcent. »

Dans le rap français, il y a toujours eu ceux qui faisaient différemment : Klub des Loosers, MC Solaar… Lala est de ceux là. »

PH Trigano

En chevauchant l’atmosphère de ses chefs d’orchestres tout au long de l’album, elle laisse les inspirations se mélanger. Sur Juju, la guitare, la flûte slow motion et la basse se superposent à son kick planant. Le beatmaker Clinton explique avoir été surpris par son interprétation : « J’ai pensé la prod avec une ambiance western, comme si deux cow-boys s’affrontaient. Elle y a finalement apporté une touche personnelle qui n’a rien à voir. C’est cette réappropriation des styles que l’on retrouve à travers « Everything Tasteful ». Elle ajoute même une chute de studio à la fin du titre : « Là ça fait combien ? 1 minute 40 ? J’crois on avait à peu près laissé genre 2 minutes comme ça max, tu vois ? ».

L’absorption de ses influences

Un lâché prise artistique, aussi spontané qu’il semble contrôlé. Derrière des sonorités millimétrées, l’artiste entend cultiver une élocution engourdie et un mélange des langues qui laisse libre l’interprétation de ses textes. Après avoir travaillé sur le morceau Parapluie, le compositeur PH Trigano fait le même constat : « Elle est tellement décomplexée que tu n’entends qu’elle. Elle ne fait penser à rien d’autre qu’à elle-même. Dans le rap français, il y a toujours eu ceux qui faisaient différemment : Klub des Loosers, MC Solaar… Lala est de ceux là. »

Des influences discrètes qui transpirent toujours autant la fièvre du rap américain. Celle qui a découvert l’auto-tune avec le rappeur T-Pain assume un flow conquérant qui doit beaucoup à la mentale d’outre-Atlantique. C’est ainsi sans surprise que la Lyonnaise sample deux extraits d’une interview de Lil Wayne entre les couplets de Dodow&ve.

Avec ce deuxième projet, Lala &ce continue de parier sur sa signature et sur une musicalité enrichie par son entourage, son audace et son identité. « Everything Tasteful » dresse ainsi le portrait d’une jeune femme devenue porte-étendard d’une scène nichée, qu’elle souhaite voir exploser un jour auprès du grand public. Après avoir invité avec ambition un producteur par track, l’exploration d’un opus plus rigide et plus exigeant dans sa construction se dessine comme une prochaine étape dans sa carrière. Pour toujours gagner plus de goût.

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Zinée, une arrivée remarquée

Apparue depuis près d’un an sur la scène rap, la rappeuse Zinée, proche de la nébuleuse 75e session, a rapidement su trouver son créneau en affirmant un style et un univers atypique.

L’image s’ouvre dans un appartement de centre-ville. Ordinateur allumé sur un logiciel d’enregistrement, micro branché et paquet de Froosties posé sur le bureau, la prod commence et les notes s’enchaînent dans une mélodie oppressante.

Un premier indice donne le ton : le logo de la 75e session, fameux collectif parisien, apparaît sur le sweat de celle dont on ne perçoit pas encore bien le visage. Quelques secondes de tension avant que les percussions ne viennent taper à l’oreille de l’auditeur. Un dernier regard caméra souligné par un masque noir avant de pouvoir s’immerger dans le morceau.

Cette scène est celle du début de Personne, premier clip posté sur la chaîne YouTube de Zinée en juillet dernier. Avec ce premier visuel, l’artiste affichait déjà tous ses atouts pour s’imposer dans le paysage rap francophone. 

Création originale

Depuis seulement quelques mois, la voix nonchalante et métallique de Zinée investit les plateformes de streaming et les réseaux sociaux. Pourtant, la rappeuse originaire de Toulouse compte parmi les artistes émergents les plus prometteurs, tant sa recette est déjà aisément identifiable et efficace.

Sur son compte Instagram, elle partage un premier extrait musical fin janvier 2020. Il faudra attendre l’été pour que de premières créations abouties et des clips soignés soient disponibles. Tout en prenant le temps de créer, elle puise dans les codes musicaux actuels avec une utilisation franche de l’auto-tune et le recours à des sonorités drill et trap. La rappeuse est reconnaissable par son timbre de voix digitalisé et une diction lascive, qui tranchent avec des textes volontiers crus et incisifs. Zinée est un personnage atypique qui construit son univers avec ses propres règles.

Contraste et mélancolie

Du morceau trap ou drill en passant par des mélodies mélancoliques, elle jongle entre egotrip cinglant et tristesse profonde. Capable de phases comme : « J’fais des trous dans ta tête à la perceuse » (Personne), elle sait aussi se livrer sur ses sentiments amoureux : « Quand tu me prends dans tes bras, le poids du monde est relatif » (Minitel), ou exprimer un mal-être profond : « J’me sens mal entouré, même quand j’suis dans ma ruche » (Orchidée). Une mélancolie et un attrait pour la noirceur qui se retrouvent dans le choix des prods de son premier EP de quatre titres, intitulé « Futée ». 

Sorti en novembre 2020, il vient confirmer les attentes autour de la rappeuse. L’intégralité de « Futée » est composé par Sheldon, pierre angulaire de la 75e Session, que l’on retrouve d’ailleurs en featuring sur le profond Orchidée qui clôture le projet. Une connexion artistique cohérente qui donne du relief à la tracklist.

Le titre Minitel, premier des quatre titres, se démarque particulièrement par son aspect rétrofuturiste. Avec ce projet, pas de tentative désespérée de coller aux standards commerciaux du moment mais une appropriation personnelle et authentique du vaste champ des possibles que permet le rap aujourd’hui.

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Frenetik, la couleur de l’acharnement

Un peu comme Frenetik sur le morceau Mauvais œil : « J’ai souvent l’impression d’avoir le syndrome de la feuille blanche », il est difficile de trouver les mots quand il s’agit d’évoquer l’artiste de 22 ans. Tant parce qu’il impressionne par sa maturité artistique et humaine que par un premier album, « Jeu de Couleurs » dévoilé le 22 janvier 2021, dans lequel le rappeur impose la vision de son art.

D’une douceur agressive et d’une agressive douceur, Frenetik s’emploie sur 14 titres à déployer sa palette de couleurs. Par touches, il peint les différentes notes qui forment le tableau de sa musique. Du bleu, du jaune, du rouge…. Le belge laisse le pinceau entre les mains de son auditeur : « Tu peux préférer le bleu, moi le vert, si on assemble nos deux couleurs, ça en donne une autre », confiait-il à Mehdi Maïzi dans son émission Le Code. Autant peintre que sujet de son œuvre, Frenetik veut rassembler avec une proposition pourtant affirmée.

Si l’oreille pourrait s’épuiser à force de punchlines et d’une écriture dense et rigide, la construction de l’album prend tout son sens. Le projet respire par le choix des prods, qui rendent l’écoute facile sans trahir l’ADN du rappeur, à l’image du titre Lumière, produit par BBL. Le beatmaker du duo La Miellerie raconte : « Pour ce morceau, j’ai d’abord fait la mélodie avant d’en travailler l’univers avec Frenetik. C’est une prod qui fait du bien dans la tracklist. La rythmique est plus douce. Nous avons fait d’autres sons ensemble mais ils ont choisi celui qui s’adapte le mieux à l’ambiance du projet. » Une ambiance colorée par les différentes nuances de l’album, dont le kick se fait la teinte principale.

L’art de la représentation  

À l’image de ses compatriotes, peintres flamands du XVᵉ siècle, Frenetik s’inscrit dans un mouvement. Deux écoles qui exportent leur technique. Eux avaient influencé l’Europe en popularisant la technique de la peinture à l’huile, lui participe à travers son « Jeu de couleurs » au renouveau du kick dans le rap francophone. 

Une filiation qui s’extrapole jusque dans ce que le rappeur donne à voir. La peinture flamande se voulait être l’art de la représentation. À travers ses textes, qui font désormais sa réputation, le jeune belge dépeint un monde comme les naturalistes du XVᵉ siècle le faisaient : dans ce qu’il est réellement, sous toutes ses couleurs. 

Les visuels qu’il propose affichent cette ambition. Paul-Henry Thiard, qui se cache derrière le clip Blanche Neige, s’est inspiré du réalisateur russe Azar Strato : « Il fait des trucs très glauques dans l’image : il filme la pauvreté et la violence de son pays. C’est toujours très froid, dans une ambiance sombre. » 

Ce naturalisme se mêle à la fiction pour donner un clip cinématographique. Le réalisateur ajoute : « Je me suis inspiré de Fight Club pour la double personnalité : un gentil et un méchant dans un seul personnage. J’ai pensé à ça quand il rappe : « car la bête est sortie de sa cage ». À mesure qu’il progresse dans le deal, son monstre devient de plus en plus grand. »

Une cinématographie visuelle et auditive. L’album est marqué par sa solennité. L’amplitude des morceaux donne corps à l’artiste dont Mouvement historique, outro du projet, en est la parfaite illustration, comme l’explique Guapo du Soleil, producteur du titre : « Nous avons eu une conversation un peu deep sur la vie avant de commencer la session. Notre discussion m’a fait penser à cette prod et aux émotions que j’avais quand je l’ai faite. Pour la réaliser, j’ai utilisé un Virtual studio technology (banque de sons) avec des ambiances philharmoniques que l’on utilise normalement pour créer des ambiances orchestrales. C’était une période où je regardais pas mal de documentaires comme Ushuaïa ou des documentaires animaliers qui utilisent souvent des sons amples. » 

« Frenetik a sa vision »

Une ambiance sentencieuse cristallisée par les notes de piano de Sofiane Pamart sur Noir sur Blanc et que Frenetik parvient à distiller dans l’album pour ne pas s’y enfermer. Sa musique est ainsi teintée de lumière. Dans « Jeu de couleurs », la souffrance se mêle à l’espoir qui repose sur la spiritualité et le travail.

Un acharnement que ceux qui l’ont côtoyé ont pu constater. Malgré son jeune âge, Frenetik s’investit dans chaque étape de la construction de son projet. Le beatmaker Guapo du Soleil se souvient de son implication lors de la session d’enregistrement de Mouvement Historique« C’est une prod spéciale en trois parties. Au départ, il n’y en avait que deux mais il m’a fait ajouter l’outro du morceau une fois en studio. Il voulait quelque chose d’original. Nous avons donc fait la prod ensemble avec Florentin, l’ingénieur du son. Frenetik m’aiguillait et me guidait dans ses choix. Je suis parti de la composition principale, j’ai changé les percussions, j’ai mis des effets dessus et j’ai rajouté une autre mélodie pour que ça ait un aspect expérimental. »

Le producteur BBL fait le même constat : « C’est lui qui a suggéré l’idée de la rythmique mi-trap, mi-brésilienne pour le morceau Lumière. Il voulait quelque chose de proche de l’afro sans que ce soit trop évident. C’est un artiste vraiment impliqué dans le choix de ses prods. En studio, il est très concentré, il a souvent des idées. Il arrive avec des inspirations et des choses qu’il veut essayer. »

Un engagement dont a été témoin Paul-Henry Thiard sur les trois journées de tournage de Blanche Neige : « Il était vraiment très investi. Entre deux prises, il restait pour voir s’il pouvait aider. Il y en a certaines que l’on a refaite trente fois (rires). Celle où on le voit dans le rétro, c’était la dernière prise du premier jour de tournage. Il était deux heures du matin. Il fallait qu’on arrête de tourner mais il est resté. Il a attendu qu’on ait la bonne. Ça pourrait paraître normal mais il est appliqué sur tout le processus de son album. »

Si son ascension fulgurante n’étonne pas, sa maturité surprend. BBL connaît l’artiste depuis 2017 : « J’oublie à chaque fois qu’il est si jeune. Pour moi, il est déjà vieux dans sa tête (rires). » Paul-Henry Thiard, lui-même âgé de 20 ans, perçoit également une ouverture d’esprit : « Frenetik a sa vision. Il sait où il veut aller et ce qu’il veut mais il est ouvert aux propositions. Il m’a fait confiance dès le premier jour alors que je ne le connaissais pas beaucoup. »

Avant de s’exprimer, Frenetik marque souvent une pause. Le temps de mettre en ordre sa pensée. Comme dans « Jeu de Couleurs », aucune phrase n’est laissée au hasard. Le projet est finalement à l’image du rappeur : réfléchi et cohérent. Pour qui, la musique n’est pas une blague : « Ma musique, c’est le reflet de ma vie. Je ne peux pas la bâcler. Chaque son que jécris, c’est une partie de mon existence que j’enferme éternellement. » Frenetik encapsule ainsi un premier album abouti, dans lequel il associe nos sens pour faire refléter les nuances colorées de son univers.

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Zkr, la rue venue du Nord

« Zkr faudra s’y faire », ne cesse de clamer le rappeur roubaisien de 24 ans. Alors que son projet « Dans les mains », sorti le 8 janvier 2021, réalise un bon démarrage (15 000 exemplaires), l’artiste produit par DJ Bellek souhaite s’installer durablement dans le paysage rap français. Zkr raconte la rue, sans jamais la glorifier.

Celui qui entend casser les clichés sur le Nord de la France, véhiculés notamment selon lui par le film « Bienvenue chez les Ch’tis », revendique haut et fort ses origines roubaisiennes. Il n’hésite pas à y faire référence sur son nouvel album avec le titre 59 carats, référence au numéro de son département.

Au cœur d’une scène rap concentrée à Paris et Marseille, il s’auto-proclame porte-étendard des rappeurs nordistes. Il s’affiche ainsi aux côtés de JNR dans le clip de son Freestyle 5mn #1, ou encore de Krilino pour leur featuring sur le titre Nord Fvce sorti en 2018. Une solidarité assumée, à l’image du taulier Gradur qui avait invité Zkr lors de son dernier Planète Rap en novembre 2019.

Malgré cet attachement à sa région d’origine, Zkr laisse place à d’autres artistes dans la tracklist de son album. Celui qui aime à dire qu’il marche à l’humain quand il s’agit de ses collaborations musicales invite Niro, qu’il écoute depuis petit, et PLK.

L’identité du kick

Depuis le début de sa carrière, l’artiste martèle que le travail le mènera indéniablement au succès. Et pour cause, si sa persévérance commence à porter ses fruits, Zakaria rappe depuis son plus jeune âge. Aujourd’hui âgé de 24 ans, il publiait son premier freestyle, Perkution, il y a bientôt dix ans. 

Depuis, la série de « Freestyle 5mn » lui a forgé une réputation de kickeur invétéré. Si le jeune rappeur s’est découvert un côté mélodieux, ses morceaux long format, absents de refrains, façonnent son identité musicale. Son Freestyle 5mn #8, sorti quelques semaines après la fin du premier confinement, cumule aujourd’hui plus de 16 millions de vues.

La rue, la vraie

Lorsqu’il prépare son premier EP, Absent, sorti en 2018, Zkr est en cavale. Une cavale qui ne dure pas et l’artiste voit le début de son ascension derrière les barreaux. Un séjour qui lui inspire le titre : J’ai fait le tour : « J’peux pas compter combien dans la promenade j’ai fait d’tours. »

La pochette de son premier album se veut symbolique de ce bras de fer avec la police. Pourtant, le rappeur n’est pas du genre à glorifier la vie de hors-la-loi. La vraie victoire est celle de lutter contre les tentations d’un quotidien qui n’offre pas de perspective. Belles voitures et montres de luxe se font donc rares dans ses clips, qui prennent le plus souvent pour décor les tours du quartier de celui qui s’évertue à répéter : « Eh petit, y’a rien d’bien dans la rue, la vraie » (Comme un junkie). Désormais sorti de prison, Zkr tient son destin « Dans les mains ».

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Regards croisés sur la mixtape « Tambora » de 1863

Deux cent ans après les jets de magma du volcan Tambora en Indonésie, le média 1863 fait éruption avec une mixtape du même nom, parue vendredi 8 janvier 2021. Une tracklist clair-obscur de douze morceaux, menée à la baguette par un rap underground avant-gardiste. Pour comprendre les origines du phénomène, Olivier Donnadieu, directeur artistique du projet, Alkakris, producteur, ainsi que les artistes Jäde et Rounhaa racontent les coulisses de la construction de « Tambora ».

Olivier : Avec les membres de l’équipe du média 1863, nous avons décidé de lancer « Tambora » au mois de juillet 2020. Nous voulions réunir des artistes qui collent à une direction artistique unique et cohérente, autour d’un ensemble d’instrumentales originales. Pour cela, nous nous sommes accordés aux identités musicales de quatorze talents. Le tout orchestré par Alkakris qui produit la mixtape.

Alkakris : 1863 m’a laissé carte blanche. J’ai choisi de rapper le premier titre moi-même pour donner la couleur de la tape et installer une cohérence. Mes compositions donnent un ton cloud et planant. Je ne connaissais pas tous les artistes et j’ai pris le temps d’écouter chacun d’entre eux pour m’adapter à leurs univers et personnaliser les compositions que j’ai proposé. Cela m’a aussi permis de sortir de ma zone de confort. Par exemple, Lala &ce et Jäde ont choisi une prod que je ne pensais pas du tout qu’elles prendraient.

Jäde : Les prods qu’Alkakris m’avait envoyé au début ne me plaisaient pas trop. Je savais que Lala &ce était aussi sur le projet donc je l’ai contactée. Les prods qu’elle avait reçu me parlait beaucoup plus et nous avons choisi de faire Tout d’un coup ensemble. Pour ce morceau, nous voulions revenir aux sources : elle et moi, sans ingénieur du son. Comme à l’époque de Soundcloud où l’on se retrouvait chez moi pour poser nos premiers beats sur des petits micros, mixés sur LogicPro. J’ai voulu retrouver cette vibe autour d’un passe-passe au feeling. Nous avons enregistré dans un studio à Bastille (Paris) où je suis tout le temps. Le titre a été ficelé en une soirée. C’était très naturel et je pense que les gens aiment cette spontanéité. C’est too much dans l’approche et ça nous a fait rire de faire un son pour « ken » que beaucoup prennent au premier degré.

Olivier : La mixtape a été réalisée à distance. Réunir les artistes en fonction de leur calendrier, des aélas et des imprévus, c’est un défi ambitieux et compliqué à relever. La tracklist a bien changé en sept mois de préparation. Il n’y a pas un seul nom qui était prévu que l’on retrouve sur le projet final. Jusqu’au dernier moment, nous ne pensions pas avoir le featuring entre Lala &ce et Jäde. Elles nous ont finalement fait le cadeau du morceau en décembre. C’est la magie de cette expérience.

Jäde : J’ai découvert 1863 cette année quand je suis arrivée sur Twitter. J’ai vu qu’ils me donnaient beaucoup de force et je ne pouvais que les remercier en faisant le son. Je m’attendais à ce qu’ils m’invitent et c’était logique que j’accepte. Je connais l’identité du média et je connaissais les artistes qui étaient invités. J’ai fait confiance.

Olivier : En ce qui concerne la direction artistique, nous voulions proposer une tape que l’on puisse écouter pendant une nuit d’été. Du crépuscule jusqu’à l’aurore. C’est pour cela que le projet s’ouvre et se ferme sur des sons doux. L’auditeur retrouve des morceaux plus rythmés pour rester éveillé au milieu de la nuit. C’est le cas du titre 4.4.2 de Rounhaa, placé au milieu de la tracklist pour faire la transition.

Rounhaa : Avec les deux mélos qu’Alkakris m’avait envoyé, Ugz Beat a fait deux prods. C’est un beatmaker avec qui je travaille souvent, présent sur deux sons de mon dernier projet « Horion ». J’ai voulu les utiliser parce que ça se marie super bien avec l’idée de la mixtape qui est celle d’aller vers des tons sombres avant de s’adoucir. Je propose donc un titre avec une phase plus kickée et l’autre plus posée. 1863 a tout de suite aimé le morceau. J’ai kiffé travailler avec eux, c’était très naturel.

La réalisation de la cover

La pochette de « Tambora » a été réalisée par Olivier Donnadieu (@OlivierDne), également directeur artistique. Entre les premières réflexions et le résultat final, le visuel a beaucoup évolué. Il raconte point par point les étapes de son travail.

Découvrez-les en cliquant sur les animations ci-dessous. Activez le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Olivier : Nous sommes très satisfaits des retours et « Tambora » a réalisé le meilleur démarrage du label Jeune à Jamais avec qui nous avons collaboré. Nous sommes aujourd’hui en train de voir comment proposer le CD en physique pour remercier la communauté et dépasser la frontière de Twitter et du numérique. Nous pensons également à clipper certains morceaux. Tout est encore en discussion. Laissons d’abord le temps au projet de respirer.

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Tawsen : Les coulisses d’une cover shootée à l’Iphone

Tawsen fêtait le 22 novembre dernier, les un an de son EP « Al Mawja ». Deuxième projet d’une trilogie dont le troisième volet est attendu, Romain Garcin nous raconte les coulisses de la pochette réalisée à l’iPhone.

Après une première cover réussie pour l’EP « Al Warda » (La fleur), qui se voulait colorée et fleurie à l’image du titre, Tawsen réitère sa collaboration avec Romain Garcin (photographe, qui a récemment réalisé la pochette de l’album « QALF » de Damso) pour le deuxième épisode de sa trilogie.

Et pour cause, les deux hommes s’entendent parfaitement : « C’est un des artistes avec lequel je m’entends le mieux et avec qui je peux bosser de manière totalement libre. Nous sommes tout le temps hyper d’accord », explique Romain Garcin.  

Pour cette pochette, ils s’accordent pour que le visuel soit cohérent avec le premier projet : « Comme c’est une trilogie, nous avons voulu aller dans la continuité de la première cover. Le deuxième EP s’appelant « Al Mawja » qui veut dire « La vague », nous voulions rester dans cette idée au niveau du cadrage et de sa pose. »

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « Al Mawja » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Romain Garcin travaille actuellement avec l’artiste belge sur la réalisation de la cover du troisième projet de cette trilogie. Une collaboration professionnelle et amicale pour le photographe, selon qui, « Tawsen est une antistar absolue. Il est totalement accessible. C’est le mec le plus adorable que tu puisses trouver sur la scène rap actuellement. » 

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Django a-t-il enfin trouvé sa voie ?

Le vendredi 7 novembre 2020, Django publiait sa mixtape « S/O Le Flem ». Après des mois d’absence, l’artiste vient discrètement s’aventurer sur le terrain de la drill, épaulé par le producteur Flem. Certains y voient une énième adaptation d’un rappeur « caméléon », d’autres l’occasion enfin pour Django de briller.

Django, de son vrai nom Lazar Vachter, revient à son goût du kickage. Les productions drill viennent se mêler au flow sombre et agressif du rappeur. Alors que sa précédente mixtape « Tue Moi Mon Amour S’il Te plait », au style émo, n’avait pas rencontré son public, ce nouveau projet semble bien plus remarqué.

Pour préparer ce retour, Django s’est entouré d’artistes en pleine vogue tels quel Freeze Corleone, Gazo, ou Osirus Jack, et s’est appuyé sur la philosophie de cette mouvance underground pour articuler sa direction artistique. En témoigne le titre de l’opus : « S/O Le Flem », qui fait écho à la fameuse manière dont Freeze Corleone distribue les dédicaces dans ses morceaux. Ajouter à cela la qualité des productions de Flem, producteur phare du collectif 667 et architecte de l’album « LMF », pour permettre à Django une nouvelle exposition.

Cette mixtape qui impose ainsi une ligne directrice nette, fidèlement suivie tout au long des dix morceaux, propose un véritable step up artistique. Loin de l’aspect expérimental de son premier EP « Anthracite », qui manquait d’épaisseur, et de ses égarements emo-rap sur le projet « Tue-moi, mon amour, s’il te plait ». « S/O Le Flem » renoue avec le kickage sombre et percutant, artisant du succès de l’artiste.

Les productions sombres de Flem permettent aussi à Django de réinventer son style musical. Ses flows minimalistes et sa plume obscure s’accordent avec aisance aux instrumentales drill du beatmaker. L’occasion pour l’artiste de montrer qu’il a su s’affranchir de l’étiquette du multi-syllabiste à casquette, trop inspiré par le style de Nekfeu, que beaucoup lui avaient accordé à l’époque de ses singles Fichu et Oiseaux. Pour trouver une nouvelle identité ?

Souvent très proche d’une forme de mimétisme, Django marche dans les pas du courant drill qui frappe le rap français et s’est logiquement rapproché de ses acteurs les plus symptomatiques. Pourtant, l’artiste semble avoir renouvelé son style qu’il exécute avec tact.

Dans « S/O Le Flem », Django s’ose à des phrases chocs, qui se sont pas sans rappeler les phases d’un certain Freeze Corleone. Références énigmatiques et philosophiques, phrases polémiques, comparaisons obscures… Son univers sombre et introspectif se décline avec minutie. Il se démarque aussi par sa réduction des références en « comme », devenue une marque de fabrique, pointée du doigt pour son manque d’originalité.

« J’suis un homme blanc hétérosexuel aka tortionnaire »

« Fuck tous ceux qui sont bien pensants à défaut d’être pensants tout courts »

« S/O Gangster et Gentleman, j’suis Jacques comme Mesrine ou Lacan »

« Fuck les idiots utiles sous couvert d’humanisme et d’gouvernance mondiale sont les nouveaux nazis »

Django

La pseudo culpabilité blanche, ou encore la gouvernance mondiale, le rappeur joue avec l’imagerie complotiste et les polémiques récentes. Une approche qui peut sembler répétitive voir volontairement défaitiste pour les non-initiés à son style.

Sa patte provocatrice et parfois abusive trahit-elle une démarche opportuniste ? Si l’album s’inscrit dans un rap en marge, underground et sombre, éloigné des codes tendance du rap français, certains pourront regretter un aspect caméléon de l’artiste, qui s’accorde une nouvelle fois au codes musicaux en vogue.

Avec « S/O Le Flem », Django veut s’imposer comme un nouvel homme fort de la mouvance drill, avec un projet fidèle à l’univers torturé et marginal de la plume de l’artiste. Une harmonie musicale trouvée, qui pèche cependant par l’aspect répétitif de certains couplets, et à une forme de calquage à l’imagerie du 667. Des thèmes abordés de manière parfois maladroite, ou extrapolée, qui n’empêche pas au rappeur de briller par une technique et des flow maitrisés. Les productions de Flem et les nombreux invités subliment l’EP, et lui offre une réelle direction artistique. En attendant un premier album, Django offre ici le projet le plus abouti de sa carrière.

Mention : Coupable, S/O Le Flem, Pyramide, Fléau.

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Romain Garcin : « QALF, c’est une cover simple mais pas simpliste »

Le 18 septembre 2020, Damso révèle l’album « QALF » attendu par son public depuis 2014. La pochette du projet étonne par sa simplicité. L’homme derrière le visuel, Romain Garcin, nous raconte les coulisses de sa conception et de sa collaboration avec Damso.

« L’idée, c’était de réaliser une cover simple mais pas simpliste », explique Romain Garcin, qui a également réalisé la pochette de l’album « Lithopédion ». Pour cette deuxième collaboration, Damso lui explique vouloir mettre la musique au cœur de tout :

« Damso n’a pas cette volonté d’exposition. Il ne s’est jamais mis en valeur sur les pochettes de ses albums. Sur ses quatre projets, il disparaît au fur et à mesure. Sur « Batterie Faible », il est dans un clair obscur, sur celle d’« Ipséité », il est totalement dans l’obscurité. « Lithopédion » ne montrait que son œil. « QALF » est donc la suite logique. Une disparition complète. Je pense que les covers qui marquent le plus leur époque sont rarement celles qui montrent des portraits mais plutôt des concepts. Nous voulions créer un album intemporel, qui se concentre sur l’essentiel. »

– Romain Garcin

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « QALF » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquer en bas de droite pour mettre en plein écran.

Les réactions après la sortie

« Lors de sa sortie, il y a eu deux réactions différentes. Celle du milieu professionnel et celle du public. Nous étions conscients que nous y allions au culot. J’avais dit à Damso : « Si la cover floppe, c’est moi qui me prendrais le bad buzz. » Pas lui. J’étais assez confiant et en même temps je m’attendais à des retours d’incompréhension, à ce que les gens disent que c’est trop simple. Ce que j’avais moins prévu, c’est que lorsque nous avons dévoilé le CD dans la campagne d’affichage, les gens n’ont pas tilté que c’était la cover. (rires) »

– Romain Garcin

Le travail avec Damso

« Tu vois l’expression Sky is the limit ? Pour lui, c’est réel. Pourtant, il est totalement humain. Il est d’ailleurs beaucoup plus humain que la plupart des artistes en développement. Le succès il y a goûté et maintenant, il est dans l’optique d’un passionné. C’est un vrai passionné. C’est quelqu’un qui s’émerveille de toutes les trouvailles qu’il peut faire. Il s’investit autant dans sa musique que dans le visuel. Je suis entrain de bosser sur de nouveaux projets avec lui mais je ne pourrai évidemment rien dire. (rires) »

– Romain Garcin