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Entretiens Rencontres

Ryan Koffi : « Je suis créatif quand la musique me touche »

Après avoir affûté ses compositions aux côtés de Disiz, Ryan Koffi travaille désormais main dans la main avec le rappeur Luidji dont il vient de produire l’EP « Boscolo Exedra », sorti le 23 octobre 2020. Jeune messin (Metz) de 21 ans, il se distingue comme une figure prometteuse de la production musicale française. Rencontre avec un créatif mélancolique.

Tu es content des retours de l’EP ?

Je ne sais pas comment en être plus satisfait. Nous avons visé dans le mille, les retours dépassent nos attentes. Ce qui est cool avec notre musique, c’est que nous n’avons pas forcément besoin de communiquer sur le fait que cela soit une suite logique avec « Tristesse business : saison 1 ». Le public est très réceptif.

Il y a 5 titres sur l’EP. Pourquoi as-tu insisté pour que Némir soit présent ? Il devait à l’origine poser sur le morceau Manège, mais il est finalement crédité sur Mauvaise nouvelle.

Il faut savoir que j’ai composé cette prod il y a longtemps. Elle date de 2018 et elle était à l’origine pour Booba. J’avais un ami qui avait un placement pour lui, il m’a envoyé la mélodie et j’y ai ajouté des drums, mais elle n’a finalement pas plue. Depuis, je l’ai reprise complètement et je l’ai proposé à Luidji. Nous avions une idée de topline depuis plus d’un an. Elle était jolie mais nous ne savions pas qui allait la chanter.

Lorsque je l’ai ressortie pour l’EP, Luidji a posé lui-même l’air. Je trouvais ça beau, mais j’étais convaincu qu’une autre voix pourrait être plus intéressante. Nous avons réfléchi et le nom de Némir est arrivé comme un bon compromis. Il a une voix très atypique, comme un instrument de musique. Il a aimé le morceau tout de suite, mais il a mis beaucoup de temps avant d’arriver en studio pour nous expliquer que ce n’était pas ses tonalités. J’ai beaucoup insisté, mais il ne l’a jamais faite. Je lui ai donc fait posé des voix un peu partout et j’ai gardé celle sur Mauvaise Nouvelle. Sur Manège, j’ai fais appel à Astrønne pour accompagner Luidji.

Je trouve incroyable de pouvoir être reconnu de la sorte. Ce n’est pas le cas de tous les producteurs. Certains évoquent presque l’EP comme un projet commun.

Ryan Koffi

Tu sens une différence d’engouement autour de toi ?

Complètement. C’était déjà énorme ce qui se passait pour le premier album, mais c’était surtout étalé sur un an. Il y avait de nouvelles personnes qui nous découvraient tout les jours. Cet EP, c’est une confirmation. Nous étions attendus. Il y a eu des changements bêtes mais qui sont tout de même significatifs, comme le fait que Luidji se soit retrouvé en Top Tweet pour la première fois de sa vie par exemple, ou le fait qu’il arrive dans le Top Album. Ce n’est pas ce qu’on vise, mais c’est satisfaisant. La courte durée du projet a aussi rendu l’écoute plus facile pour ceux qui ne nous connaissaient pas encore. 

Vis-à-vis de moi, je trouve incroyable de pouvoir être reconnu de la sorte. Ce n’est pas le cas de tous les producteurs. Mon nom revient beaucoup, certains l’évoquent presque comme un projet commun et j’en suis très étonné.

Depuis quelques années, la place donnée aux producteurs et aux compositeurs est plus importante. As-tu aussi cette impression de reconnaissance nouvelle ?

Je crois que oui. Des médias comme Mouv’ font très bien ce travail de déconstruire des prods pour mettre en avant notre travail. Je pense aussi que le public français n’est pas encore très sensible à cela. Avant, je le voyais comme un problème, mais plus aujourd’hui. C’est une différence culturelle avec un public comme celui des Etats-Unis qui est très curieux sur le sujet. Alors qu’en France, qui a produit le hit Jolie Nana d’Aya Nakamura ? Peu le savent. C’est aussi pour cela que je suis content de travailler avec Luidji. J’ai une reconnaissance importante. J’ai aussi l’impression que de plus en plus de rappeurs s’affichent avec un beatmaker identifié. Laylow et Dioscures, Damso et Prinzly… Il y a de plus en plus de cohésion et on commence à le sentir.

Ta proximité avec Luidji que l’on observe notamment sur les vidéos des coulisses de l’EP de Palace Mafia, c’est quelque chose dont tu as besoin pour être à l’aise dans le processus de création du projet ?

Tout à fait. Je trouve cela nécessaire. Je me sens plus à ma place quand je travaille de cette façon, plutôt que d’envoyer des prods à distance à quelqu’un qui me recontactera seulement pour me faire écouter le morceau, peu importe mon avis. Je préfère être impliqué à 100 %, même si c’est seulement sur un titre. Aujourd’hui, j’ai une place importante aux côtés de Luidji et c’est super cool ! 

Lorsque j’ai rencontré Luidji, nous étions en train de prendre le même chemin artistique. Sa musique, c’est exactement ce que j’aime faire et je ne l’ai pas trouvé ailleurs en France.

Ryan Koffi

Tu as découvert Ludiji avec son morceau Marie-Jeanne. C’est une prod qui n’est pas de toi, mais pourtant tu as réussi à coller à cette musicalité en le rejoignant. Cela a-t-il nécessité une adaptation de ta part ou tu avais déjà ce style en toi ?

Lorsque j’ai rencontré Luidji, nous étions en train de prendre le même chemin artistique. Nous étions dans la même optique et nous nous sommes compris directement. Sa musique, c’est exactement ce que j’aime faire et je ne l’ai pas trouvé ailleurs en France. Une couleur unique et mélancolique.

Sur Instagram, un abonné t’avais demandé : « Comment fais-tu d’aussi belles mélodies », et tu lui avais répondu : « Je suis triste ». C’est dans la mélancolie que tu puises ton inspiration ? Tu as d’ailleurs une composition à toi que tu as nommé Ivre de tristesse.

Je pense que je suis de nature triste. Je vis très bien avec et je ne sais pas comment l’expliquer. Je me rappelle même du premier morceau sur lequel j’ai pleuré : Change, de Tupac. Pour que je vibre, il faut que la musique me touche et c’est comme ça que je suis le plus créatif.

Tu es quelqu’un de très énergique. Est-ce aussi un caractère que tu utilises pour créer ?

Pas vraiment. Je pense que ça s’entendrait. D’ailleurs, en grandissant, je me rends compte que cette énergie est fausse. Elle vient camoufler autre chose. Tout le monde pense que je fais le con tout le temps, mais pas du tout (rires). !

Lorsque je bossais pour Disiz et Luidji en même temps, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup plus de plaisir avec Luidji en studio.

Ryan Koffi

De quoi est-ce que tu t’inspires ?

Kanye West, Slum Village, Outkast, Michael Jackson… Mais ce sont les sonorités de Drake qui m’ont donné envie de faire des prods et notamment le morceau Fear. Je pense aussi à Noah James Shebib, aka 40, qui produisait pour lui à l’époque.

J’écoutais peu de rap français. C’est Disiz La peste qui m’a donné envie de m’y mettre avec l’album « This is the end ». Il est devenu mon rappeur préféré. Je pouvais comprendre ses textes et je m’y reconnaissais. Je n’étais pas trop un mec des gros mots (rires), et il n’était pas trop trash. C’était donc un bon compromis et il m’a touché. J’ai ensuite découvert des gars comme Youssoupha, ou même Booba assez récemment.

Tu as d’ailleurs précédemment collaboré avec Disiz La Peste et tu as déjà expliqué qu’il était très affranchi dans sa méthode de travail. C’est quelque chose dont tu ne veux plus, ce rapport distancié avec l’artiste ?

À la base, je ne ressentais pas cette distance. C’était le premier artiste reconnu pour lequel je travaillais et j’étais signé sur son label. Ensuite, je me suis rendu compte que ça ne convenait plus. J’ai toujours respecté ce qu’il a fait, mais lorsque je bossais pour Disiz et Luidji en même temps, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup plus de plaisir avec Luidji en studio, grâce à notre proximité.

Penses-tu continuer de placer ailleurs malgré tout ?

J’ai envie de collaborer avec d’autres artistes. Je n’exclus pas de retravailler un jour avec Disiz. J’ai un nouveau statut et j’ai plus d’expérience. Mon avis compte logiquement différemment auprès des artistes aujourd’hui.

Depuis combien de temps fais-tu du son ?

Depuis mes 14 ans. Je détestais l’école et j’ai arrêté tôt. Je ne sortais pas beaucoup, je ne faisais pas mes devoirs, donc je faisais de la musique tout le temps. Mon père était lui-aussi beatmaker de métier et j’ai récupéré son clavier et son ordinateur. J’ai commencé d’abord par ennui, avant de comprendre que je pouvais être créatif. J’ai rapidement progressé.

Mon rêve, c’est de faire de la musique de film. Mettre de l’émotion sur de l’image, cela me ressemble plus.

Ryan Koffi

Tu n’as jamais écrit ou rappé ?

Si (rires) ! Mon premier rapport avec la musique, ce sont les textes. J’écrivais et je rappais de mon côté. J’avais d’ailleurs sorti une sorte de freestyle. J’ai même tourné un clip à Los Angeles, mais sans me prendre au sérieux. Je sais que je pourrais bien écrire, mais je n’aime pas ma voix. Lorsque j’avais signé avec Disiz, j’avais aussi un contrat d’artiste. Il voulait que je rappe mes textes et que je fasse un EP. Mais cela ne s’est jamais fait. J’avais enregistré des choses, mais je n’ai jamais ressenti le truc.

Par contre, ça me plairait d’écrire pour d’autres. Pour Luidji je fais surtout des toplines, c’est quelqu’un qui écrit seul.

Tu as quelques instrumentales sur les plateformes. Est-ce que tu projettes d’un jour raconter ta propre histoire ?

On m’a souvent dit que ma musique était très visuelle, même s’il n’y a pas de mots. Je fais ma musique avec le cœur, quand j’en ressens vraiment le besoin. Je pense que ça vient de là. Les morceaux que j’ai sorti retranscrivent surtout des émotions que j’ai ressenties. Je vais en sortir d’autres, mais mon projet c’est surtout de faire poser des gens sur mes prods et d’articuler un projet multi-artistes.

J’y travaille et j’ai déjà les artistes que je souhaite inviter. J’imagine une tracklist assez courte avec sept ou huit titres, mais je prends mon temps. Et mon rêve, c’est de faire de la musique de film. Mettre de l’émotion sur de l’image, cela me ressemble plus.

Comment envisages-tu la suite ?

Je suis confiné chez moi, avec ma mère. Nous mangeons pleins de choses (rires). Je n’ai pas trop envie de faire de musique parce que la période ne s’y prête pas trop. J’ai beaucoup de prods de côtés et si j’ai la motivation, je me pencherais sur mon EP !

Sera-tu le chef d’orchestre de « Trsitesse Business 2 » ?

Peut-être ! J’ai hâte.

« Boscolo Exedra », produit par Ryan Koffi.

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Chroniques

Lous and The Yakuza, seule dans un monde « GORE »

Après plusieurs mois de montée en puissance, Lous and the Yakuza a sorti son premier projet ce vendredi 16 octobre. Dans un monde qu’elle dépeint comme « Gore », Lous aborde la monstruosité humaine avec le sourire, sur des ambiances rythmées et dansantes. Face à cette cruauté, elle a décidé d’opter pour la solitude, fil rouge du projet.

Rap, pop, soul… Lous and the Yakuza est une artiste polyvalente. Une palette artistique large que l’on retrouve sur le projet « Gore », et qui a pu étonner une partie de son public qui aurait pu s’attendre à un album plus identifié rap.

Si la jeune belge s’est fait connaître avec des titres rappés tel que le morceau Tout est Gore, Lous ne s’est jamais réellement considérée comme une rappeuse à part entière. Elle a pourtant été rapidement catégorisée comme tel par la sphère médiatique. 

Malgré ce contre pied artistique, « Gore » est un album qui démontre tout son potentiel. Le projet de dix titres se démarque par ses instrumentales variées. Le compositeur congolais David Mems (qui a récemment participé au projet QALF de Damso) est responsable de la moitié des morceaux de l’album. Si la direction musicale change de piste en piste, le projet parvient à rester cohérent notamment grâce à une écriture soignée et à des thèmes autour du comportement humain, souvent cruel.  

La solitude pour refuge 

Lous aborde avec sourire la monstruosité humaine, d’où le titre de son album : « Gore ». Un genre qui parvient à susciter le rire malgré la dureté des propos. L’artiste analyse un monde dans lequel la solitude devient son refuge. A l’image du titre qui introduit l’album : Dilemme.

Dans un morceau plutôt chanté mais rythmé, Lous and The Yakuza exprime son besoin de solitude :

« Seule, seule, seule. Si je pouvais, je vivrais seule loin des problèmes et des dilemmes. Si je pouvais, je vivrais seule loin des problèmes et des gens que j’aime. »

Le désir de solitude revient dans le titre Messes basses. Dans ce morceau, Lous (accompagnée de l’artiste belge Krisy qui fait les ad-libs) raconte une trahison amicale qui l’amène à s’isoler pour éviter de nouvelles déceptions.

La neuvième et avant dernière piste de « Gore », Quatre Heures du matin, résonne comme le morceau qui fait le plus écho au titre de l’album. Dans ce titre, elle raconte une agression sexuelle qu’elle a subie.

Alors qu’elle a 19 ans, Lous se retrouve à la rue parce que ses parents refusent son désir de carrière dans la musique. Elle subira deux agressions dont un viol. Cette période est marquée d’une solitude sans précédent, comme elle l’expliquait à L’Express : « Je gardais au fond de moi cette confiance en ma destinée. Il me manquait juste l’humilité. Je n’osais pas demander de l’aide. Je perdais mes amis. Je ne voyais plus ma famille. J’étais dans une solitude sans nom. »

Le morceau s’inspire de cette expérience qu’elle décrit du point de vue de la victime dans le premier couplet, avant de raconter l’agression du point de vue d’un des agresseurs dans le deuxième. Si la solitude n’est pas explicitement énoncée, Lous constate qu’elle provoque aussi les pires traumatismes.

« Que vont-ils faire de moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Que vont-ils faire de moi ? Qu’ai-je fait de mal ? Les diables n’ont pas de couleurs. Lâches, ils sont venus, à plusieurs. Je n’ai pas vu mes agresseurs. Je me souviens juste de leurs odeurs. »

Le titre Solo vient clôturer le projet, comme il avait commencé, sur le thème de la solitude. Dans ce morceau, Lous parle de la condition de la communauté noire, qui ne peut compter que sur elle-même pour faire changer les choses. La solitude est dans ce morceau décrite comme une fatalité. Les noirs sont mis à l’écart par les autres communautés. A travers l’album, Lous dépeint cette inévitable nécessité de devoir s’en sortir sans les autres.

Si « Gore » n’est peut-être pas le projet attendu par une partie du public de Lous and the Yakuza, ce premier album donne envie de continuer à suivre ce que proposera la jeune belge, seule et pourtant toujours accompagnée de ses fidèles « Yakuza ».

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Chroniques

Une virée londonienne avec Knucks

Avec son EP « London Class », le rappeur dépeint la capitale britannique sous tous ses aspects. Brutale et romantique, la ville défile sous nos yeux avec Knucks pour chauffeur.

Londres, sombre et lumineuse

Dans une interview pour « Complex UK », le rappeur explique que le titre de l’EP vient de la série coréenne « Itaewon Class ».

La série raconte l’histoire de Park Sae-ro-yi, un jeune étudiant qui entre dans un nouveau lycée. Lors de son premier jour, il frappe l’un de ses camarades, Jang Geun Won, pour défendre un élève qui se faisait harceler. Mais la brute s’avère être le fils du PDG Jang Dae Hee. Ce dernier dirige le restaurant Jangga dans lequel est employé son père. Le directeur exige des excuses auprès de son fils mais Park Sae-ro-yi refuse. Ce refus entraîne l’exclusion de son lycée et le licenciement de son père.

Peu de temps après, le père de Park Sae Roy meurt dans un accident de moto causé par Jang Geun Won. Pris d’un accès de rage et de colère, Park Sae Roy bat violemment Jang Geun Won. Il est arrêté et condamné à la prison pour agression violente. Lors de sa sortie, il décide de venger son père en créant son propre restaurant : Itaewon Class.

Knucks voit dans ce restaurant la métaphore de sa carrière : « La morale que j’ai retenu de cette série, c’est qu’il faut toujours rester fidèle à ses valeurs et ses principes », explique-t-il à Complex.

Si le nom du projet est inspiré d’une série coréenne, l’ensemble de l’EP est un produit britannique. Pour entraîner l’auditeur dans les rues de Londres, Knucks s’est inspiré de films anglais pour mieux représenter sa ville. Sur l’introduction de l’album « New London » – Intro et les deux interludes Enugu – Skit et Meet the Family – Skit, le rappeur a intégré deux extraits de films : « Legend » et  « Coup de foudre à Notting Hill ». Les deux oeuvres représentent deux facettes opposées de la vie londonienne. Sombre et lumineuse.

« Legend » relate l’histoire des jumeaux Kray, des gangsters à Londres dans les années 60. Les interludes évoquent la volonté des frères de mettre Londres sur la carte et de fonder une ville au Nigeria. Knucks revendique ainsi sa propre aspiration à faire rayonner sa ville, mais aussi celle d’être connu au Nigeria, le pays de ses parents. 

Dans un tout autre registre, « Coup de foudre à Notting Hill » est une comédie romantique dans laquelle un bibliothécaire londonien tombe amoureux d’une actrice américaine connue. Knucks l’utilise pour montrer le côté plus tendre de la ville. L’extrait lui sert de transition pour le prochain morceau Duchess, dans lequel il raconte une des ses propres histoires d’amour.

Londres et ses injustices

Knucks parle d’amour mais n’oublie pas la brutalité de la capitale. Sur Know Your Worth, précédé de l’interlude Under Class – Skit, il évoque les injustices subies par la communauté noire, chez lui et ailleurs dans le monde. L’interlude met en avant les propos d’Akala, un rappeur et activiste anglais, qui explique que les noirs ont été réduits à une sous-classe dans la société britannique. 

A la suite de l’Interlude, Knucks illustre ces injustices par ses propres expériences de racisme dans Know Your Worth. Elles sont mises en parallèle avec la mort récente de George Floyd. Pendant 8 minutes et 46 secondes, un policier blanc s’est agenouillé sur l’homme, causant sa mort. Ce laps de temps est aussi le titre de la vidéo de Dave Chappelle, humoriste américain qui est revenu sur la mort de George Floyd. Une vidéo que reprend Knucks dans sa chanson. 

London & co

A travers ses influences et ses collaborations, « London Class » transmet l’énergie de la ville. Inspiré par la chanteuse Sade, les productions et les samples de Jazz accompagnent les 12 titres de l’album.

Knucks et Sam Wise. Crédit : LUCERO.

L’influence de la ville se ressent aussi à travers les collaborations de l’album. Sur Standout, Knucks forme un duo avec son confrère londonien Loyle Carner. Sur Fxcked Up, il raconte son enfance à Londres avec Sam Wise, du groupe House of Pharaos.

A travers cet album, Knucks démontre son attachement à sa ville. Un environnement qui l’a construit mais aussi abîmé. Londres est brutale et romantique, Knucks, lui, est un narrateur hors classe.

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Chroniques

« QALF » – L’avis de la rédaction

Vendredi 18 septembre à minuit sortait « QALF », le quatrième album studio de Damso, mais aussi l’un des albums les plus attendus de l’année. À travers une tracklist de quatorze morceaux, le rappeur belge enchante autant qu’il déçoit, divise autant qu’il surprend. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Un album mature »

« QALF » sonne comme l’album le plus mature dans la discographie de Damso. Il réussit à se renouveler humainement et artistiquement, tant sur les thèmes abordés, que sur les productions du projet. Beaucoup plus lumineux que « Lithopédion », le projet témoigne d’une profonde richesse musicale qui transcende l’émotion dégagée par la plume de l’artiste. Remplie de nouvelles ondes positives, cette longue pause musicale aura permis au rappeur la création d’un opus audacieux, touchant et diversifié.
Mention spéciale : Pour l’argent, pour sa mélodie et son chant en lingala.

– Jules Careau

« Pas totalement convaincant »

Un projet loin d’être décevant, mais pas totalement convaincant. En effet, les thématiques abordées par Damso y sont intéressantes, mais la forme de certains titres plus mélodieux dans lesquels le rappeur belge s’essaye à de nouvelles choses peut surprendre, surtout à la première écoute. Si parfois l’expérience semble s’avérer payante comme sur Cœur en miettes et BXL Zoo, des titres tels que Deux toiles de mer ou encore 911 contrastent (trop ?) avec les sonorités que l’on aurait pu attendre de Damso. Des prises de risques qui laissent un goût amer à un projet de qualité, très personnel, profond et bien produit. En conclusion, « QALF » s’apprécie de mieux en mieux au fil des écoutes en attendant, peut être, une deuxième partie pour faire l’unanimité.

– Yassine Ben Amor

Cover de l’album « QALF ». Crédit : Romain Garcin.

« Une expérience sensorielle »

« QALF » nous plonge dans une expérience sensorielle. À travers l’un des nombreux univers côtoyé par l’artiste, tintée de différentes couleurs – l’amour, la famille, la foi, la transmission etc – sur fond de sonorités africaines, faisant écho à son pays natal : la République Démocratique du Congo. Cette mixtape, devenue album, nous permet de pénétrer la brèche déjà présente sur ses projets précédents. Les doutes et l’amour paternel dont il nous fait part dans Peur d’être père ou William sont alors parfaitement perceptibles dans le morceau Deux toiles de mer. On décèle une véritable maturité au niveau des émotions retranscrites. Nous avons à faire à un Damso serein – comme aime le rappeler son tatouage sur la main gauche – qui prend le temps de se focaliser sur ce qui compte réellement dans cette vie : la famille, la santé et l’amour des siens.

– Imane Lyafori

« Le Meilleur d’entre-vous tous réunis a changé »

« QALF » ou « Qui Aime Like Follow », un principe simple et pourtant si particulier. Laisser parler la musique sans fioriture. Ici pas besoin de cover, de clip ou de promotion démesurée. L’artiste y apparaît heureux, touchant et relâché, loin des entraves de l’industrie musicale. Le rappeur livre donc une véritable mosaïque d’émotions, pleine de couleurs et regorgeant de détails intimes. Il ne peut pas plaire à tout le monde, et c’est sans doute ça qui le rend si beau. Le Meilleur d’entre-vous tous réunis (MEVTR) a changé, mais pour évoluer et s’ouvrir encore plus. « L’album le plus attendu de l’année » mérite amplement son titre.

– Amaël Coquel

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Face à face Rencontres

Nixfé : « Je me sens double, aussi pur que vicieux »

Nixfé est né le 2 juin 1998 à 9h10. Sous le signe gémeaux. Un signe qu’il a gravé sur sa peau. Et dans sa musique. Avec son premier projet « EP910 », sorti le 18 septembre 2020, Lonny dévoile sa (double) personnalité et son identité artistique à travers six titres. Rencontre avec le rappeur de 22 ans, originaire du 13e arrondissement, pour sa première interview.

Tu as sorti ton premier EP, vendredi 18 septembre 2020. Qu’est-ce que tu as voulu montrer avec le projet « EP910 » ? 

Je voulais trouver mon identité et que les gens la découvrent en même temps. Dans « EP910 », il y a six titres qui sont complètement différents avec des thèmes qui le sont tout autant. Tout est réel. Il n’y a pas un son où je joue un rôle. Tout fait partie de moi. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phoenix, ndlr). Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Mais au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. 

Pourtant sur la cover de l’EP, on ne voit pas ton visage ? 

Justement, sur la cover, je voulais jouer sur le fait que je suis gémeaux. C’est aussi pour ça que le projet s’appelle EP910. Parce que je suis né à 9h10. Le 2 juin 1998. Je suis un motherfucking gemini (rires).

J’ai grave un délire avec la personnalité. Je sais que je suis plusieurs personnes en même temps. Je me sens double. Du coup, je peux faire autant un son comme La mort dans la peau que Red and blue ou Season avec une voix féminine. C’est ce que j’ai voulu partager avec les gens. Je ne voulais pas choisir pour eux mais qu’ils aient une palette de ce que je sais faire. Qu’ils puissent choisir dans tout mon univers.

Dans La mort dans la peau, tu dis : « Lboy est schizophrénique et s’est pas fait tout seul », et là tu expliques que tu te sens double. Ça veut dire quoi pour toi ?

Je joue beaucoup sur le thème de la double face. C’est aussi pour ça que dans le clip de Tenir, il y a des gens dos à dos, des gens avec des cagoules. Je ne voulais pas qu’il y ait de visage. C’est comme si c’était moi mais un peu partout. Pareil avec le contraste noir et blanc des tenues.

Quels sont les deux côtés dont tu parles ?

Je peux être aussi pur que vicieux. Vraiment dans les extrêmes. C’est ça que je veux montrer dans ma musique. Je veux que quand tu écoutes mon projet et que tu passes de La mort dans la peau à Season, tu te demandes si c’est la même personne qui a écrit le son. 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même.

Sur le projet, il y a six prods avec six compositeurs différents. Ça rentre dans cette idée de personnalités multiples ?

Exactement. C’était fait exprès. Je voulais vraiment pousser le délire loin. Six prods, six compositeurs différents. On garde juste le même ingénieur son sur le projet pour la cohérence. 

Il y a un son que tu as préféré faire ?

Le son qui me tient le plus à coeur, c’est Tenir. La prod me touche plus que les autres. Il y a beaucoup plus d’émotions. Ce serait le projet d’un autre artiste, je kifferais Tenir, Season, et La mort dans la peau. C’est ceux qui me correspondent le plus. C’est là où je me livre. J’ai besoin que ce soit vrai et qu’il y ait un partage d’émotion. C’est important pour moi. 

Tu vas bientôt clipper le morceau La mort dans la peau. As-tu déjà une idée de ce à quoi il va ressembler ?

Ce sera pas tellement éloigné du clip de Tenir. Je veux garder une cohérence. De base, pour moi, ces sons vont ensemble. Les deux morceaux sont à la suite dans l’EP. Il faut le comprendre comme : « J’ai la mort dans la peau donc il faudra tenir. »

D’ailleurs, dans Tenir, je dis : « Évidemment, j’ai la mort dans l’épiderme », ce qui fait référence à l’autre morceau. Je répète aussi : « Dans les yeux, dis-le moi si tu m’mens » (La mort dans la peau) et « Dis-le moi, dis-le moi dans les yeux si c’est pour m’mentir » (Tenir). Je voulais vraiment lier ces deux sons. 

Plus globalement, la tracklist raconte une histoire ? 

Mon EP, c’est un peu un combat qui se finit bien. Un combat contre moi-même. Dans Red and blue (premier son de l’EP), tu as le bruit des chaînes, des clés, des respirations, les reverb… C’est pour moi le son le plus hard core de l’EP. Finalement, le projet s’adoucit au fur et à mesure du combat que je mène. J’essaye de m’enfuir. Mais j’ai La mort dans la peau (deuxième son) donc il faudra Tenir (troisième son).

Tenir est placé au milieu de l’EP. Tu commences à rentrer dans la phase optimiste. Je commence à me battre contre la mort dans la peau. Ensuite, dans Marée noire (quatrième titre), la prod est plus joyeuse mais tu gardes les paroles sombres : « J’suis dans la marée noire, elle veut me marier moi. J’pense à me barrer loin car ici tout est noir. » Comme tu veux te barrer loin, tu deviens un Bandito (cinquième son). Et pour finir, une fois que t’as accepté tout ça tu finis sur Season (sixième et dernier son), qui est beaucoup plus posé. 

Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phœnix.

Mais dans Season tu dis : « Au fil des saisons je fane », c’est pas très optimiste.

C’est pas très optimiste mais c’est un cercle. Si cette mort je l’embrasse, elle me fait faner au fur et à mesure. Juste au lieu de me battre avec elle, je l’accepte. Dans Season, ma voix se trafique à un moment et c’était fait exprès parce que je voulais montrer que je souffre. Dans mon EP, je raconte une mort qui tourne en rond. C’est le but du phoenix (Nixfé est le verlan de phœnix, ndlr). C’est un cercle vicieux. Je renais dans Tenir. Quand je dis : « Toi et moi faisons la paire », c’est le tournant. Tenir, c’est le seul son qui est pas monotone. C’est pour ça que j’ai clippé ce morceau : tu as de l’autotune, un pont calme, du rap et je finis en chant. 

Pourquoi as-tu choisi ce nom de scène ?

Je suis fils unique et ça a été la galère. Il a fallu s’en sortir tout seul, s’encourager tout seul. Parfois, je suis tombé bien bas. Le principe du phœnix, c’est de renaître de ses cendres et d’être toujours plus fort. J’ai aussi un côté un peu démon. C’est l’animal des enfers donc je m’identifie beaucoup à lui. Je dis souvent : « le gaucher m’a tout dit », et le gaucher c’est le diable. Dans l’EP, il y a six titres parce que je suis né en juin mais aussi parce que le 6, c’est le numéro du diable. Ma double personnalité se retrouve là aussi. Tout est lié.

Le son pour ma mère, je le ferai plus tard. J’ai besoin de partager cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but c’est de la transmettre. 

Pour un EP, c’est déjà très abouti. Tu comptes proposer quoi après ? 

Dans tous les cas, je ne peux qu’évoluer. Je suis un mec qui ne peut pas faire en dessous de ce qu’il a fait avant. Et même si là c’est recherché pour un EP, c’est un projet qui vient vraiment de moi. Je n’ai pas cherché un concept. Je voulais juste m’exprimer. La trame que je viens de t’expliquer, je l’ai réfléchi en faisant les sons. Je me suis rendu compte qu’elle apparaissait naturellement au fur et à mesure. C’est très instinctif.

Il y a des thèmes que tu veux aborder mais dont tu n’as pas encore eu l’occasion de parler ?

Il y a un thème : la famille. Surtout ma mère. En fait, ce son là, il faut qu’il soit écouté. Je veux transmettre énormément d’émotions. Je veux avoir un certain public avant de le sortir. Je pense que c’est pour ça qu’inconsciemment les rappeurs font un son pour leur mère après avoir percé. Tu partages cette émotion avec des gens. Sinon, tu restes seul avec elle, alors que le but, c’est de la transmettre. 

Justement, tu ne partages aucun son sur EP910. Il n’y aucun featuring à part la voix de Sarilou (Season). Pourquoi ?

Totalement. Je voulais n’être influencé que par moi-même sur ce projet. Je suis déjà en feat avec moi-même (rires). Par contre, je suis grave ouvert aux feats, j’adore ça. Dans la vie, je suis un mec qui s’adapte beaucoup donc ça m’intéresse de m’ouvrir à l’univers de quelqu’un d’autre. Pour l’instant, je n’ai que des collabs avec des potes à moi. Mais j’aimerais bien en faire, pour attirer un nouveau public. 

Si tu devais faire un feat dans le rap français, ce serait avec qui ?

En grosse tête, ce serait Ninho. C’est un mec qui m’a suivi dans plusieurs parties de ma vie. Je l’écoute depuis ses tout premiers projets sur YouTube. C’est quelqu’un qui me donne beaucoup de détermination. Il arrive à rapper en restant mélodieux.

Pour un feat dans les « petites têtes », j’aimerais bien feater Chanceko. C’est un délire de fou. Il fait partie des artistes qui ont leur univers. À partir du moment où les gens te suivent pour ton univers, ils restent et ils vont te pousser au maximum. Ils écoutent « du chanceko ». Là, tu as une vraie fan base.

Quelles sont tes inspirations musicales ? 

Aujourd’hui, je suis beaucoup plus rap français. Quand j’étais plus jeune, la première personne qui m’a inspiré, c’était Guizmo. Booba aussi mais dans l’état d’esprit, au niveau du travail. À l’ancienne, en rap américain, c’était Asap Rocky et Chance the rapper. Dernièrement, l’album de Laylow « Trinity » et celui de Josman « Split » m’ont mis une claque. Josman, pour moi, c’est le Travis Scott français. Sur la scène actuelle, j’aime aussi beaucoup Sean. Son dernier projet est très lourd.

J’écoute de tout. Beaucoup de variété française : Alain Souchon, Florent Pagny, France Gall, Téléphone… Il y a même du Joe Dassin dans ma playlist frère (rires). C’est trop important de connaître tout ça. Il y a beaucoup de reprises dans le rap français. Quelqu’un comme Damso pour moi est inspiré par la chanson française.

Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

C’est intéressant parce que tu cites Josman et Sean qui ont tous les deux le même délire que toi avec les personnalités multiples. Tu vas continuer à exploiter ce concept en lien avec le gémeaux ? 

Je pense oui, parce qu’avec cet EP, j’ai présenté le côté gémeaux mais je ne l’ai pas exploité. Je pense faire des double sons par exemple. J’ai des idées mais je ne veux pas m’enfermer dans un truc. La chose la plus satisfaisante quand tu es artiste pour moi, c’est d’avoir une signature. Ils écouteront parce que c’est moi et ça c’est grave important.

Avec ce projet, tu sens un changement ?

Je sens un changement de fou (rires). Déjà, en moi, je le sens. Je travaille dessus depuis décembre. Sortir un travail que tu fais depuis plus de six mois, c’est tellement un soulagement. En plus, il est apprécié. L’EP, ça permet aussi de se professionnaliser. Rien qu’au niveau des réseaux et du visuel, c’est beaucoup plus pro. Il y a un avant et un après. Je voulais séparer LBOY (son autre nom de scène, ndlr) et Nixfé. Quand je faisais LBOY, je voulais divertir. Avec Nixfé, il y a beaucoup plus d’introspection. Je souhaite toucher les gens.

Jusque-là, tu es content des retours ? 

J’ai eu beaucoup de bons retours. Que ce soit des gens qui connaissent la musique, ou de simples auditeurs. Mais surtout, et je ne m’y attendais pas forcément, les gens ont kiffé le projet dans l’ensemble. Ça me plaît parce que ça veut dire que l’EP marche dans sa globalité. C’est ce que je voulais faire. 

Récemment, le clip de Tenir est passé sur BET. Sur Twitter, tu disais « être tellement fier », ça représente quoi pour toi ?

C’est la première fois que je passe à la télé. J’ai regardé ça avec ma mère à côté. C’est trop satisfaisant. De me dire que pendant l’été, alors qu’il faisait 39 degrés, je n’ai pas porté une cagoule, un pull, et une doudoune pour rien (rires). C’est le fruit de mon labeur. En plus BET, il diffuse des styles de rappeurs qui sont totalement dans la même vibes que moi. J’ai kiffé le clip XO de Sonbest, le visuel est incroyable.

Comment as-tu commencé le rap ? 

À la base, j’étais une tête à l’école moi (rires). Mais je n’ai pas eu mon bac S. Je travaille pour ce que je veux. J’ai du mal à travailler si je n’y vois pas d’intérêt. À l’époque, j’écrivais pas mal de poèmes, quand j’avais 12-13 ans. J’ai rencontré à 15 ans, un pote avec qui je faisais du basket et qui rappait déjà (William, MW). Ça m’a beaucoup inspiré.

J’ai sorti mes premiers sons sur Soundcloud en seconde. Mon premier morceau s’appelait Roses. Aujourd’hui, c’est même pas écoutable. C’est mal mixé mais à l’époque, c’était lourd. Ça avait bien tourné. J’avais fait plus de 100 000 écoutes. Bizarrement, dans mes premiers sons, je mettais toujours des phrases en anglais, je sais pas pourquoi (rires). 

Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Quand est-ce que tu t’es rendu compte que ça pouvait marcher ?

Honnêtement, c’est quand FX (son manager et ami d’enfance) est venu me voir. On habite dans le même bâtiment donc on se connait depuis petit. Je m’en suis aussi rendu compte quand j’ai fait mon premier showcase sur les champs au Papillon. C’était en début d’année. J’avais sorti trois sons avant et deux clips. Dans la boîte, c’était une dinguerie. Les gens kiffaient trop, venaient me voir, etc. On a retourné le truc (rires). Quand il y a des gens dans la musique qui viennent te voir, qui te disent que ce que tu fais a du potentiel, tu commences à y croire. 

Dans cinq ans, tu te vois où dans le rap ?

Je sais pas où je veux me situer dans le rap, mais je sais que dans mon rap, dans cinq ans, je dois être encore plus chaud. Tout le travail que je fais maintenant, je dois le faire beaucoup mieux. Il faut que je sois plus précis et moins éparpillé. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

As-tu d’autres projets en préparation ?

Pas tout de suite. Mais j’ai beaucoup de choses à envoyer. Je vais rester sur des petits EP. Le jour où je fais un album, il faut qu’il soit très construit. Pour l’instant, j’ai un petit public donc pour moi, petit public, petit projet. Si je fais trop de titres, les gens n’auront pas forcément envie d’écouter jusqu’à la fin. Je préfère faire peu et satisfaire totalement, plutôt que faire beaucoup et satisfaire partiellement. 

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« Sundance », le dernier héritage de Népal

Avec la participation d’un collaborateur anonyme.

« Sur une idée originale de Népal »…. Avant de partir, Népal a laissé une dernière oeuvre à accomplir : le clip de son morceau Sundance, réalisé par Syrine Boulanouar. Avec le rôle principal, Nekfeu rend ainsi un dernier hommage à son ami. Le clip retrace le parcours d’un artiste raté et se lit comme un dernier héritage laissé par Népal, dans lequel chaque détail compte. 

Un clip d’auteur 

«Du lundi au sunday, bloqué dans ma tête / Ma vie, c’est un film de Sundance, des fois il s’passe R », répète inlassablement Népal. À l’image du morceau, le clip est porté par un rythme lent, qui fait écho à la vie monotone et réglée du personnage principal. De ce fait, il ne se passe rien. Le clip de Sundance propose une contemplation de la vie d’un artiste passé à côté de ses rêves et qui travaille dans une station-service.

Népal a voulu mettre en scène Nekfeu dans le rôle d’un employé de station service. Détail qui peut paraître anodin mais qui porte une symbolique forte : alors que son travail consiste à aider les gens à avancer, lui est coincé dans son quotidien répétitif. De la même manière, alors que la caméra avance, tous les plans qui se succèdent sont fixes et le protagoniste immobile.

La démarche fait écho au festival de film Sundance, duquel est issu le titre du morceau. Ce festival américain promeut des films indépendants, souvent perçus comme des productions lentes et plus proches du réel. Népal reste cohérent avec ce qu’il incarne : il met en avant des films qui se tiennent loin de l’industrie et des codes attendus. Le clip porte en lui une dimension cinématographique très forte. Le décor y est minimaliste, les plans dénués d’artifices mais avec une composition précise, qui fait la beauté des images.

Népal réincarné

Le clip regorge de références et d’hommages discrets au rappeur. Il s’ouvre sur un plan de Nekfeu dans son lit recroquevillé dans une couverture Tortue Ninja.

Or, Népal avait utilisé le surnom de « Grandmaster Splinter », en référence au Maître Splinter, le senseï des Tortues Ninja,  pour partager une série de medleys qui regroupait des freestyles. Plus tard dans le clip, un enfant se pare du masque de Maître Splinter, ravivant alors l’âme de l’artiste. Le temps d’un instant, l’enfant se fait le symbole d’un Népal réincarné. Il regarde directement la caméra et rappelle cette capacité de Népal à percevoir ce qui est invisible pour les autres. 

La réincarnation sous la forme d’un enfant masqué peut aussi être interprété comme une manière qu’avait Népal de voir le monde. Toujours derrière son masque, le rappeur hypersensible percevait une réalité invisible pour les autres, comme les enfants qui n’ont pas encore intégré le monde adulte et ses réalités parfois brutales. Dans le plan, il est le seul à regarder la caméra de face, comme si le monde allait dans un autre sens que le sien.

Dans ce sens, il semblerait que le clip confronte Népal et ce-dernier, qui se retrouvent face à une multitude de reflet. Une similitude s’établit entre eux : ils se ressemblent, se comprennent.

À 1:26, on aperçoit un « Daruma », posé sur la table derrière Ken Samaras. Un daruma est une figurine de papier mâché japonaise qui a la forme d’un moine bouddhiste. Cette figurine est aussi un objet à vœux, chance et prospérité. Or, le fait qu’un œil sur deux soit coloré comme c’est le cas pour celle-ci, indique que le rêve du protagoniste n’est pas encore accompli. Ken Samaras a échoué à réaliser ses rêves.

Par ailleurs, le chiffre 4 est présent partout dans le clip : sur l’uniforme de travail de l’employé de service, sur la plaque d’immatriculation de la voiture, mais aussi sur les compteurs d’essence de la station service. Or, ce chiffre est souvent interprété comme synonyme de fatalité dans la culture asiatique, notamment au Japon. On parle même de « tétraphobie » comme étant la peur du chiffre 4. Il est souvent associé à la mort. Une interprétation qui pourrait également être appliquée au chiffre 13, visible sur la télé dans le dernier plan. 

« Après le rap, j’irai faire du surf »

Les vagues sont un leitmotiv très important dans l’album de Népal et elles parcourent une nouvelle fois le clip. À son réveil, Nekfeu promène son chien sur une plage désertée, au bord d’une mer agitée où le ciel est gris. Le décor contraste avec la vision idyllique et paradisiaque des plages des Bahamas qui parcourent l’album. Tout comme les vagues qui s’échouent sur le sable, les rêves s’échouent sur la plage des réalités. 

Plongé dans l’univers monotone de Ken Samaras, le spectateur est entraîné avec lui dans son quotidien, et vit à travers lui, ses besoins d’évasion. Dans la dernière scène, Nekfeu mange seul devant sa télé. La désillusion se lit sur son visage. Sur l’écran, des images d’un équipage qui affronte les flots tumultueux de la mer. On aperçoit notamment une planche de surf dans le salon qui renvoie au son Là-bas sur lequel Népal « surfe sur la vague de mes torts ».Une image du surf qu’il avait également reprise dans sa bio Instagram : « Après le rap, j’irai faire du surf ».

Comme Népal, sur l’ensemble de son album, Ken a besoin d’évasion. Le clip se ferme sur l’écume des vagues qui s’écrasent. Une référence aux plages paradisiaques des Bahamas que Ken Samaras ne semble pas prêt d’atteindre. 

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Freeze Corleone, en finir avec le succès d’estime ?

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C’est l’heure. « La menace fantôme » vient de délivrer sa prophétie le vendredi 11 septembre 2020. Pour Freeze Corleone, ce deuxième album est un nouveau tremplin, inédit dans le paysage underground du rap français. En passe de glaner un nouveau statut sur la scène du rap français, ce projet signe-t-il la fin du succès d’estime pour le gourou du collectif 667 ? Décryptage.

 

Reconnu par les siens, mais pas connu de tous, Freeze Corleone est de ce que l’on appelle vulgairement de l’underground. En silence, ces artistes avant-gardistes manient les éléments et tentent de nouveaux mélanges. Ici, les CD se distribuent à la main et la performance prime sur les chiffres de vente.

Si certaines figures du collectif 667 auquel il appartient émergent timidement, il est devenu une figure de proue de ce rap technique, niché, presque inaccessible aux oreilles du « grand public ». Le rappeur respire des flows entrecoupés de rimes nouées au millimètre et des références complotistes obscures.

Auteur d’une imagerie unique, il maîtrise un univers où prospèrent les personnages mafieux, les bandits, la drogue et les économies souterraines. Son vocabulaire et son phrasé incomparables sont désormais bien connus et identifiés : « 667 », « Ekip », « Aka ». Après six projets, Freeze Corleone est désormais un artiste mature qui passe un step inattendu avec « LMF ».

 

Une attente inédite

Depuis un an, une hype remarquable a progressivement grimpé autour de l’artiste, amenant un niveau d’attente imprévu autour de l’opus. À l’annonce de la préparation de « La Menace Fantôme », sa dernière mixtape « Projet Blue Beam », a d’ailleurs fait son retour dans le Top 200 de la Snep. En juin 2020, les onze titres cumulaient plus de 26 millions de streams.

 

 

            Cover de l’album « La Menace Fantôme ». Crédit : Blakhat.

 

Il a aussi pu compter sur un solide soutien de sa fanbase sur les réseaux sociaux. Aficionados de Twitter, il a teasé à coup de tweets avisés l’arrivée d’un premier album déterminant. Considéré par ses fans, mais aussi par une nouvelle communauté, happée par le phénomène.

Preuve de l’avénement d’un nouveau statut pour l’artiste : le succès de sa prestation, Desiigner, dans les studios de Colors, lundi 27 juillet 2020. Un titre teaser efficace avec lequel il réalise le meilleur démarrage de sa carrière. Le son cumule aujourd’hui presque quatre millions de vues sur YouTube. Cerise sur le gâteau, la mystérieuse date de l’album est dévoilée : le vendredi 11 septembre 2020. Un jour symbolique, pour faire écho aux attentats du World Trade Center. La noirceur est à son paroxysme, fidèle à sa ligne artistique.

 

 

Le succès sans concession

En ferme opposition à l’ADN de l’industrie musicale d’aujourd’hui, Freeze Corleone avait toujours refusé d’intégrer les rouages du rap business. Pourtant, conscient des attentes qui planent autour de « La Menace Fantôme », l’artiste a accepté de revoir sa copie. En effet, pour la première fois, il distribue son projet en physique en déléguant cette opération à Universal. Une concession, mais pas sans certaines conditions. Le rappeur a exigé de rester plein propriétaire de ses morceaux. Une condition sine qua non à son épanouissement artistique. Il le revendique d’ailleurs dans l’intro de l’album : « J’ai mes droits, j’ai mes masters » (Freeze Raël).

 

                                              Crédit : Camulo James.

 

Alors que la critique aurait pu imaginer un adoucissement de ses textes crus, il n’en est rien. En témoigne la phase polémique où il exprime un désintérêt pour les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale : « S/o les Indiens d’Amérique, s/o l’esclavage, R.A.F des *bip* (sku, sku) » (Hors ligne). Si la mention « camp de concentration » a été masquée, le message demeure compréhensible. Cela dans le but de pointer du doigt le manque de médiatisation du génocide des amérindiens et de l’esclavage.

De la même manière, il demande sans filtre :« la peine de mort pour le réseau d’Jeffrey »  (Rap catéchisme), un réseau pédophile orchestré par le milliardaire Jeffrey Epstein, et annonce être impliqué dans le complot comme « Ben laden », se surnommant lui-même « Chen Laden »

 

Fidèle à lui-même

Si son public s’est élargi, changer de recette musicale n’est pas au programme. Freeze Corleone reste fidèle à lui-même. Il a donc naturellement fait appel à Flem, un producteur proche du rappeur et du 667, comme architecte du projet. Ainsi, les compositions drill UK, avec des pianos puissants et des chœurs étouffants, sont légions tout au long des dix-sept titres du projet. Tout comme sur les mixtapes précédentes.

 

 

Côté casting, Osirus Jack et Kaki Santana, deux membres du 667, se sont invités sur la tracklist, avec d’autres artistes aux sonorités définitivement drill, comme Ashe 22. Pourtant, sur cet opus, d’autres couleurs artistiques viennent se mélanger à celle du professeur Chen. La présence d’Alpha Wann a d’ailleurs surpris de nombreux auditeurs et le featuring en pass-pass, Rap catéchisme, est rapidement devenu viral. Issus de styles bien distincts, les deux kickers se sont retrouvés autour de leur goût pour la technique. Freeze a aussi souhaité convier certaines de ses références comme Alpha 5.20, Despo Rutti ou encore le Roi Henook, à qui il rendait hommage dans son morceau Sacrifice de masse.

 

Freeze Corleone offre un album plus long, très étoffé et assurément ambitieux. La hype semble enfin se concrétiser et les premiers chiffres de vente indiquent un véritable bouleversement dans sa carrière. Selon la Snep, il réalise 6 000 ventes en pré-commande, 5,6 millions de streams lors de la première journée d’exploitation et place le morceau Freeze Raël à la 154e place du top Spotify Monde. Dans une année de rap français très ouverte musicalement, cet album devrait laisser une trace remarquée et signer un virage historique pour l’underground français.

 

 

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La carrière de PLK en dix dates

[vc_row][vc_column][vc_column_text]PLK a fait ses premiers pas avec La Confrérie, puis le Panama Bende avant de lancer sa carrière en solo et de multiplier les projets. Alors qu’il s’apprête à sortir son deuxième album studio « Enna », le 28 août 2020, retour en timeline sur dix dates qui ont marqué sa carrière.

 

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Chroniques

« Polak » : premier pas dans le bunkœur de PLK

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Alors que PLK s’apprête à dévoiler « Enna », le rappeur n’en est plus à ses premiers essais. Au milieu de trois autres mixtapes trône son premier album, « Polak », sorti le 5 octobre 2018. Retour sur un projet abouti et prometteur qui a projeté l’artiste sur le devant de la scène.

 

Froid et rougeoyant. Brutal et tendre. Le premier album de PLK n’est d’autre qu’un assemblage de couleurs qui s’impose comme une évidence. Après quelques détours en compagnie du Panama Bende et ses projets solo « Ténébreux » et « Platinium », l’artiste mène une quête identitaire.

Si ses traits artistiques sont déjà bien dessinés, il n’est pas rare qu’on lui reproche un manque d’épaisseur. Pour se rapprocher encore de son public et passer un cap, PLK ouvre une nouvelle brèche dans son univers. Celle de l’intimité.

 

Le cœur rouge et blanc

Symboliquement, l’artiste ouvre son nom d’artiste et y ajoute deux nouvelles lettres, encore inconnues, pour dévoiler Polak, un mot-valise lourd de sens qui va finalement titrer l’album. S’il est avant tout son surnom, il est aussi un clin d’œil à ses origines polonaises.

 

Cover de l’album « Polak », réalisé par Fifou.

 

C’est là le premier trait personnel du projet. Comme la cover au couleur du drapeau de la Pologne, réalisée par Fifou, PLK a le coeur rouge et blanc. L’artiste profite donc du titre éponyme de l’album, Polak, situé au beau milieu de la tracklist, pour montrer un peu plus son ADN artistique. Il dénonce ceux qui se jouent d’une origine banlieusarde pour faire du bruit. Lui prône l’authenticité. Il sait d’où il vient, en retire une fierté, mais sans artifice. Un peu d’egotrip, mais pas d’excès de zéle.

Impossible alors, de ne pas ramener un peu de polonais sur le projet. C’est donc en présence de Paluch, véritable star du rap dans son pays, qu’il pose sur la piste Gozier.

 

Une porte ouverte sur son intimité

Pourtant, jusqu’ici, PLK n’en était pas moins resté discret. La suite de l’opus ne décevra pas. « Ton cœur est scellé, ça tombe bien : j’suis serrurier », scande-t-il dans Ils nous comprennent pas. À juste titre, cette punchline résonne avec le morceau Bunkœur. « Froid comme le soleil de décembre », il explique sa peur de la déception et de l’attachement. Un coeur glacé, mais surtout verrouillé.

 

 

Celui qui clamait : « Petit Polak deviendra grand » dans l’intro de l’album, va faire face à ces émotions. Dans le morceau Idiote, le rappeur s’ouvre enfin : « À six ans, maman m’a présenté de nouveaux frères. M’a dit « ils sont plus vieux qu’toi, tu verras, tu vas t’y faire ». Puis deux ans après, papa m’a présenté une nouvelle sœur. M’a dit « c’est une demi, une moitié, barricade ton cœur ». » Devant ces mouvements familiaux intempestifs, les barbelés prennent du sens. Il confiait d’ailleurs à Mehdi Maïzi dans l’émission La Sauce sur OKLM : « J’extériorise enfin des choses que je n’ai jamais osé dire à ma mère. »

 

À la recherche du « sel »

Proche des siens comme de son quartier, PLK monte mais garde les yeux sur terre. La notoriété ne lui brûle pas les mains. Il image cette idée par le « sel » dans le titre du même nom. Comme un ingrédient qui vient apporter un goût à un plat, la célébrité et l’argent ont ramené de la saveur dans son quotidien, désormais capable de mettre à l’abri sa famille et de s’occuper pour s’éloigner des tentations.

Dans le morceau Hier, une collaboration trap avec des backs puissants aux côtés de SCH, il aime d’ailleurs rappeler que peu importe la fame et la taille de son portefeuille, l’assaisonnement magique n’est d’autre que la sincérité et le naturel. En restant « l’même qu’hier ».

Si certains pourrait taxer l’artiste de manquer de profondeur ou d’originalité dans ses phrasés et ses choix artistiques, PLK répond et démontre une maturité a plusieurs égards. Bien équilibrée, la tracklist propose un concentré stratégique de « Platinium » et « Ténébreux », ses deux mixtapes précédentes. Avec un flow inspiré par l’école de l’Entourage ou encore de la Sexion d’Assaut, il s’assied tout aussi bien sur des prods sèche (Séparer) que sur des instrumentales piano-voix avec des toplines calibrées (Weed).

Le succès du CD tient aussi aux inédits, ajoutés une fois l’album certifié disque d’or. Des morceaux hors contexte, mais très vendeur, comme le hit Dingue, le morceau story-telling Sans suite et l’inattendu Emotif, réalisé en une heure dans les studios de Booska-P.

 

Un album taillé pour le succès

Si le S et Nekfeu l’accompagne sur l’album, le casting est aussi brillant du côté de la production. À la baguette, Katrina Squad et Junior Alaprod ont sculpté un squelette varié mais cohérent au projet qui a su réunir un large public. Des beatmakers comme Le Motif, Diabi, DST ou Wladimir Pariente ont aussi apporté leur touche.

Deux plus tard, l’album platine résonne encore. Après avoir fait franchir, à son public, un premier pas dans son Bunkœur, PLK en propose un deuxième avec « Enna », son second album, prévu le 28 août 2020. Très personnel, le titre du projet est un nouveau mot-valise, qui rassemble cette fois le prénom de son frère et de sa soeur.

 

Cover de l’album « Enna », réalisé par Fifou.

 

Un deuxième cap doit être franchi pour le rappeur qui va chercher de nouveaux points d’appuie pour se renouveller, à travers Hamza, Rim’K ou encore Heuss l’Enfoiré. Le rappeur surfera-t-il sur la recette du morceau Problèmes et des prods mélodieuses de Junior Alaprod ? La tracklist pourrait le laisser penser. Rendez-vous le 28 août.

 

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Rap & NBA : un crossover culturel

[vc_row][vc_column][vc_column_text]En 2016, l’artiste Dame D.O.L.L.A sort son tout premier album « The Letter O ». Dame D.O.L.L.A derrière le micro, Dame Time derrière l’arceau, le meneur superstar des Portland Blazers (Oregon), Damian Lillard, incarne aujourd’hui cette passerelle existante entre le rap et le basketball. Show-off, puissance, rythmique… Une vraie connexion culturelle. 

Dans le rap, Drake est connu pour ses musiques romantiques et entraînantes. Dans le basket, il est de notoriété publique pour son trashtalk corrosif à l’encontre des adversaires de ses Raptors de Toronto. Le rappeur est un supporter bien particulier dans ces travées bondées les soirs de match.

Il n’assiste pas uniquement au match : il l’influence. Par ses punchlines et ses contestations sur les décisions d’arbitrage, il dépasse largement son statut d’artiste. En partenariat avec la franchise depuis 2013, il a contribué au développement infrastructurel des « Dinos », concernant les choix esthétiques (couleurs, maillots, logo). Drake a indéniablement contribué à replacer Toronto (Ontario, Canada) sur la carte des équipes qui ont la cote.

 

Drake et Klay Thompson (Golden State Warriors).

 

Si son investissement reste exceptionnel, il n’est pas le seul supporter étoilé à assister aux matchs de la « Grande Ligue ». Les court sides (premier rang des gradins, NDLR) des terrains NBA brillent souvent par la présence de personnalités importantes du rap game américain : J Cole, Travis Scott ou encore les Migos.

Regards complices, checks, célébrations… Les liens d’amitié et de fraternité entre artistes et athlètes sont indéniables. Dès lors, comment cette relation se traduit-elle dans les compositions de ces MC ? Game on.

 

Une origine commune

Un premier élément de réponse peut être trouvé dans les lyrics du créatif Post Malone et son track White Iverson. Le titre rend bien évidemment hommage à Allen Iverson, dit The anwser, légende des Philadelphia Sixers. Ici, Post se sert de ce titre pour exprimer son amour de la balle orange, distillant des références à certains cadors du game, comme James Harden (Houston Rockets) ou Anthony Davis (Los Angeles Lakers).

Comme beaucoup de rappeurs, ils jouent sur les playgrounds depuis que ses jambes lui permettent de tenir debout. La similarité des trajectoires entre rappeurs et basketteurs créent cette connexion, à l’image du premier couplet de Drake dans le morceau Thank me now :

« I can relate to kids going straight to the league when they recognize that you got what it takes to succeed, and that’s around the time that your idols become your rivals. […] Damn, I swear sports and music are so synonymous, cause we want to be them, and they want to be us. »

Le cran, l’audace, le dépassement de soi et la croyance en une destinée glorieuse, voici ce qui lie en premier lieu le rappeur et le basketteur. Cette mentalité particulièrement nord-américaine de la legacy, cette envie de marquer l’histoire et d’aller au-delà des limites.

 

Quavo et Trae Young (Atlanta Hawks).

 

De chaque côté de la ligne de touche, se tiennent des hommes dont l’histoire fut parfois tragique, souvent teintée de galères et de souffrances, toujours symbole de courage et de persévérance. Le rappeur comme le basketteur, s’inspire de ses idoles, les idolâtrent, en espérant un jour leur ressembler et les surpasser. Il y a dans cette démarche une envie de prouver, à soi-même et aux autres, sa valeur en tant qu’homme mais également en tant qu’artiste ou sportif.

Mais alors pourquoi le rap est-il tant lié à la Ligue ? Pourquoi le jazz, le rock ou encore le funk ne le sont-ils pas tout autant ? De par l’origine des joueurs (majoritairement issus des classes populaires) et celle du rap (né dans les quartiers défavorisés du Bronx, à New-York), un lien indéfectible et immuable se trouve entre ces deux univers. Il en découle, dès lors, un partage de valeurs similaires, traduites dans les paroles et l’énergie mise dans leurs œuvres.

 

Question de flow

Aujourd’hui, une notion dénote de façon criante dans les sons performés par Lil Baby, Future, Young Thug ou Gunna : l’agressivité. La rythmique a changé depuis les générations Old School. L’heure est aux basses saccadées, accompagnants des couplets débités avec intensité. L’agressivité et l’intensité sont deux notions fondamentales dans la NBA de notre époque.

De facto, le flow qui ressort de ces compositions résonne parfaitement avec les actions kamikazes d’un Ja Morant (Memphis Grizzlies), à la froideur d’un Stephen Curry (Golden State Warriors) ou la robustesse d’un Montrezl Harrel (Los Angeles Clippers).

Le champ lexical du basketball est également propice aux punchlines. La bague, les 3-pointers, les cross et les shoots traduisent des actions transposables dans la vie de tous les jours et deviennent des moyens métaphoriques pour les rappeurs.

 

Kim Kardashian, Kanye West et J Cole

 

La « ring » par exemple est la récompense suprême pour un joueur de NBA, obtenue grâce à une victoire en finale de play-offs. Elle incarne la réussite, l’accomplissement d’un processus de labeur et de dévouement pour arriver au sommet. Kanye West y fait d’ailleurs référence dans New God Flow, où il prononce ces phrases: « Went from most hated to the champion god flow. I guess that’s a feeling only me and LeBron know. »

Bien qu’il n’y ait pas de correspondance directe à cette distinction dans le rap, d’aucun comprend facilement la portée et le sens de ce message. Ce besoin d’approbation et de validation est commun à ces deux métiers et la route est longue pour atteindre une pleine satisfaction.

Ce qui caractérise la majeure partie du temps cette relation bilatérale est la reconnaissance des rappeurs en certaines stars, devenues icônes de la balle orange. Comme le clament J Cole : « I want Jordan numbers, LeBron footin’ »  (Return of Simba), Kanye West : « And you can live through anything if Magic made it »  (Can’t tell me nothing), ou encore Lil Wayne : « I must be LeBron James if he’s Jordan » (Dough is what i got). La propension à trouver son reflet dans ces athlètes aux mains d’or est évidente.

À travers ces paroles, les lyricistes américains traduisent une admiration pour ce que représente pour eux, les plus grands joueurs de basket. Ils font figure de role model, sur le terrain mais surtout en dehors.

À en juger par l’orientation musicale de la tracklist officielle pour le prochain NBA 2K, la connivence entre rap et basketball est évidente. Sans être exhaustif, les fameux Travis Scott, Lil Baby ou Stormzy seront au rendez-vous, accompagnés d’étoiles montantes comme Polo G, Jack Harlow ou NLE Choppa. Le sport national du pays, le plus influent de la planète, continue de mettre en lumière le rap. Et n’est pas prêt de s’arrêter.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]