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Sopico, vers l’acoustique et au-delà

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Alors que l’artiste a plus d’une corde à sa guitare, il dévoilait, le 1er mai 2020, son cinquième projet intitulé « Ëpisode 0 ». Sopico remet les compteurs à zéro alors qu’il peut désormais se vanter d’être chanteur, compositeur mais aussi acteur pour la série « The Eddy », de Damien Chezelle. En attendant un prochain album, l’artiste démontre l’étendue de sa musicalité, sans jamais se séparer de sa guitare. 

 

Pochette de l’EP « Ëpisode 0 ».

 

Plus de deux ans après avoir sorti son premier album « YË », le rappeur aux multiples facettes de la 75e session, surprend avec un EP qui se démarque par sa diversité, pleine de mélodie et de mélancolie. 

 

Une odyssée musicale

Pour donner naissance au projet « Ëpisode 0 », Sopico a parcouru le monde, s’imprégnant des cultures pour ouvrir le champ musical des possibles. Si la sortie de son EP est pour lui une manière d’Atterrir, le premier titre fait voyager, libérant ainsi la musique de ses cases et de ses codes, dont l’outro instrumentale s’en fait l’apogée. 

Sopico pousse l’auditeur à décoller, sans regarder derrière soi, à la découverte d’un nouveau monde. Traverser ce monde amène à des morceaux au flow tranchant, intransigeant, voire même stellaire, comme D’où je viens, tout comme à une interlude mystérieuse et inaccessible, qui avait servi au teasing du projet sur instagram. 

 

 

Le projet dans son ensemble est un appel au voyage et à l’évasion. Avec « Ëpisode 0 », Sopico nous embarque avec lui sur son radeau pour une odyssée auditive et musicale sans escale. Tous reliés entre eux, les septs morceaux que composent l’EP peuvent être lus comme un seul et unique titre, un seul et unique voyage : « Si les gens me disent, Ëpisode 0, c’est mon morceau préféré, je serai trop content », confiait-il à Clique.

Ainsi, l’auditeur atterrit dans le monde de Sopico, pour s’envoler Loin à la découverte de sonorités qui s’entremêlent, Avant de partir vers d’autres horizons : « Si t’es pas libre, il y a pas moyen que t’apprécies bien le voyage. »  (Loin).

 

Une versatilité musicale

Pour l’artiste, le projet est une manière de remettre les compteurs à zéro et de marquer un tournant dans ses paroles, qui lui semblaient « beaucoup plus cyniques ». C’est aussi, pour lui, une manière de s’affranchir des cases dans lesquelles l’on voudrait ranger sa musique : « Y’a de la place, même y’en a pas, j’vais rentrer. Pas dans la case, bientôt j’vais casser l’antenne. » (Sans titre). 

Très loin des critiques, Sopico fait confiance à sa musique, dans un projet éclectique aux influences multiples dont Tame Impala et Idir, récemment décédé, qui aura marqué l’enfance du rappeur :

«  On a perdu quelqu’un d’important pour la culture algérienne et kabyle. Ça fait partie des premières voix que j’ai entendu. Idir, avec son écriture, a su mettre en avant la langue Kabyle, ses sonorités et ses couleurs. J’essaye de restituer ce lien entre les cordes et la voix dans ma musique. »

 

« La guitare est une colorisation de la musique »

Faire le lien entre les cordes et la voix : une véritable ambition pour un artiste farouchement attaché à sa guitare. Compagne de vie, elle le suit partout et sur chacun des sept titres du projet. Elle est, au-delà de la musique, sa thérapie la plus efficace, comme il le rappelle dès le début de l’ EP : « Lance la guitare, je fais un point avec moi-même. »  (Atterrir).

 

 

Influencé par Nirvana, Jimmy Page (du groupe Led Zeppelin) et Jimi Hendrix, l’artiste démontre dans ce projet, son ouverture et son éclectisme musical sans jamais se détacher de sa passion pour l’instrument de musique dont sa série acoustique Unplugged se fait le reflet : 

« Je n’arrêterai jamais de jouer de la guitare sur mes morceaux. Sur Ëpisode 0, il y en a sur tous les morceaux. Parfois on a l’impression que ce sont des synthés. Parce qu’en fait, j’aime autant me décloisonner, que décloisonner la guitare ! Pour moi, c’est un instrument qui ne correspond pas à un genre en particulier. La guitare, c’est une colorisation de la musique. »

 

Sopico s’est d’ailleurs entouré de Yodélice, qui n’est autre que le producteur des cinq derniers albums de Johnny Halliday, pour réaliser l’album : « Avec Yodelice, on a parlé tout de suite le même langage : celui des amoureux de la musique, sous toutes ses formes », expliquait-il aux Inrocks.

 

 

Sur des prods planantes signées Loubensky et Ozhora Miyagi, Sopico parvient à maîtriser son art. Cet « étrange enfant de 25 ans », comme il aime se qualifier, a fait de la musique son exutoire. Chaque morceau est d’ailleurs accompagné de ce qu’il appelle des « objet-vidéos », qui se distinguent des clips-vidéo.

 

Avec cet EP, Sopico assume sa musicalité et ses influences en parvenant à rendre joyeuse la plus grande des mélancolies, comme sur le titre Thème. Celui qui confie que  les chansons les plus fragiles sont les plus légendaires » (Thème), délivre un projet cohérent avec une identité musicale et artistique marquée. [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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Carte du 92, le vieux continent

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Alors que la carte du 91 s’imposait comme le lieu de la nouvelle ère du rap, le 92 incarne une époque de l’âge d’or du rap. Lunatic, Les Sages Poètes de la rue, Beat de Boul, les collectifs et les groupes étaient très florissant à la fin des années 90. Derrière eux, l’ancienne génération va laisser un héritage marquant au rap français que nous connaissons aujourd’hui. Entre une punchline de Booba et une rime de Guizmo, le département des Hauts-de-Seine revendique une identité forte. À l’image des rappeurs qu’il abrite.

Explorez la carte des Hauts-de-Seine à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus du 92 :

Exploration sur PC recommandé.

 

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joysad, nature peinture

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Des ses freestyles Instagram, à son passage sur le Planet’rap de Marwaloud, en passant par sa signature chez Because Music, joysad a fait du chemin. Après plusieurs mois de teasing, le rappeur originaire de Périgueux a libéré son premier EP : « Fernandez », vendredi 10 juillet 2020.

 

« Détendez-vous le campagnard arrive », annonçait-il dans son freestyle Booska Périgueux avant la sortie de « Fernandez ». Loin des lumières de la capitale, Nathan Fernandez, 20 ans, revendique avec fierté ses origines périgourdine : « J’viens pas de Paris, moi j’viens de Périgueux » (Hiver). De l’égotrip, mais pas trop,  Joysad se montre tel qu’il est.

Révélé par des concours de freestyles Instagram sur 1minute2rap, il s’est rapidement fait repérer. Mais pour aller au-delà d’un succès cantonné aux réseaux sociaux, il a fallu se transformer. Avec ce premier projet, il offre ainsi neuf titres cohérents qui font désormais de lui un artiste.

 

Multi-facettes

Versatile et multi-facettes, le projet est à l’image des sons qu’il avait déjà dévoilé. Alors que son titre Chicha Pomme était plus trap, avec des couplets puissants, il avait aussi dévoilé un morceau plus introspectif avec Coup d’avance, dans lequel il parle de son frère, décédé un 14 juillet dans un accident de voiture.

 

Cover de l’EP « Fernandez », sorti vendredi 10 juillet 2020.

 

C’est d’ailleurs avec le premier son de l’EP, éponyme du projet, que Joysad souhaite lui rendre hommage : « Maintenant, faut que j’honore mon frère »  (Fernandez). Là où le premier projet peut souvent prendre la forme d’une démonstration technique et de puissance, l’artiste a saisi cette rampe de lancement pour laisser une carte de visite à son image, sans hésiter à jouer la corde de la mélancolie et de la confession. La cinquième piste, Près de toi, incarne d’ailleurs cette sensibilité assumée où il interroge la difficulté des relations amoureuses au regard de son nouveau métier.

Sensible, calme ou malicieux, la jeune recrue de Because Music montre plusieurs visages. Le morceau Hiver et son visuel exploitent d’ailleurs très bien cette dynamique. Le rappeur y incarne les deux humeurs de son nom de scène qui s’entrechoquent. Il confiait d’ailleurs à Konbini : « Je peux être très heureux comme très triste. Je suis peut-être un peu lunatique. »

 

 

Une production variée

Celui qui rappait sur des type beats se balade aujourd’hui à travers plusieurs couleurs musicales. Sur des productions trap avec Californie ou des instrumentales acoustiques comme sur Eh poto, l’artiste envoie des couplets millimétrés avec une facilité à varier les flows qui prouve déjà sa maturité.

Si ses enchaînements de punchlines en cascade rappelle son aisance en freestyle, il étonne par sa créativité sur les refrains. Les toplines des morceaux : Les points sur les I ou 6 euros, teintées d’autotune, se révèlent très efficaces. Elles donnent notamment de la respiration à son phrasé, généralement très dense.

 

Crédit : OJOZ.

 

Si les traits encore juvéniles de son art ne parleront pas à tous, il demeure accessible dans ses textes et assume rapper sa jeunesse. Alors que le rappeur rêve de la « West side » (Californie), il faut reconnaître son ascension impressionnante et rapide auprès d’une communauté déjà très attachée à la simplicité du jeune homme.

Le public connaît désormais Joysad, qui parvient à placer Périgueux sur la carte du rap français. Arrivée dans le game réussie. Maintenant, place à la suite.

 

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Chilla, seule sur la lune

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Il y a un an, le 5 juillet 2019, Chilla dévoilait son premier album, « Mūn », sur lequel elle propose 17 titres. Album hautement introspectif, elle nous invite à entrer dans son univers, teinté de mélancolie. Avec ce projet, la rappeuse se livre à la tombée de la nuit, lorsque le ciel se pare d’étoiles et que la lune se dessine. Retour sur un album qui a guéri les blessures de la solitaire Chilla.  

 

Avec « Mūn », Chilla disait à Pascal Cefran pour Mouv’ avoir l’impression « de faire rentrer les gens dans ma chambre. Jai réglé beaucoup de choses en écrivant des titres pour Mūn ».  Elle, qui écrit au clair de la lune et se balade la nuit dans Paris, seul moment où elle se sent capable de nous délivrer ses blessures.

Elle, qui ne se sent jamais mieux que lorsqu’elle a le sentiment de n’être rien dans un univers aussi vaste, seul parmi les étoiles : « J’regarde le ciel, la lune me reflète. J’brille au milieu de la pénombre , les étoiles filent et me guettent » (Oulala). Hasard du destin ou alignement des étoiles, le nom de l’album est un « joli accident », qui fait référence à la lune. 

Ce premier album lui permet d’aller à la rencontre de ses propres démons.

« J’ai décidé de faire de ma solitude, une force »

Du premier au dernier titre, Chilla confie les angoisses d’une solitude qui lui pèse autant qu’elle la protège. Elle débarque sur l’album avec la ferme intention de ne pas finir comme Bridget Jones : « Je suis comme Bridget, j’ai 24 ans, je veux pas finir seule »  (Bridget). Héroïne d’une comédie musicale des plus classiques, Bridget Jones redoute de finir sa vie célibataire et sans enfants. À l’inverse, Chilla veut s’épanouir et construire sa vie indépendamment d’une histoire avec un homme.

Comme Shay sur Antidote, elle revendique l’affranchissement d’un carcan social qui met la pression aux femmes pour se marier et devenir mère : « Certains le voient mal, disent t’es pas normal, l’horloge passera mais là j’ai trop de taff, me parle pas d’hormones, j’veux mon Häagen-Dazs » (Bridget).

 

 

Avec « Mūn », Chilla a décidé d’accepter cette compagne de vie bien silencieuse : « J’ai été confrontée à une solitude qui a toujours été présente dans ma vie, mais abordée différemment. J’ai décidé d’en faire une force », confiait-elle à Pascal Cefran.

Ce premier album lui permet donc d’aller à la rencontre de ses propres démons. Une solitude précoce qui s’empare d’elle dès l’adolescence avec la perte de son père à l’âge de 14 ans. Depuis, Chilla est « paniquée devant ma famille , j’dis pas « je t’aime », j’ai peur d’la mort »  (Aimer). La solitude est toujours plus dure à porter pour celle qui a tant d’amour à donner : « Ils veulent tous le pouvoir, ils ont cessé d’aimer. Le pouvoir, c’est d’aimer, jusqu’à plus en pouvoir » (Aimer).

 

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick

Telle une « rose qui a poussé dans l’asphalte » (Dans le movie #1), la rappeuse se protège des autres qui l’ont trop de fois « déçue par beaucoup d’injustice, d’égocentrisme et de haine » (Oulala). Elle se méfie aussi des hommes et préfère s’en éloigner : « J’me protège des hommes, car à l’issue, souvent ils me quittent » (Mira). Femme entière, Chilla aime avec passion. Tout ou rien. Elle ne prendra donc pas le risque d’une souffrance pour laquelle elle n’a pas de temps à accorder.

 

 

Préférant prévenir que guérir, Chilla opte pour la solitude : « Face à l’ivresse de ton charme, j’aimerais plier bagage, construire un barrage, avant que mon coeur finisse en Bagdad » (Mira).

 

« J’veux qu’on m’écoute plus que Koba »

La musique viendra donc combler les vides qu’elle peut ressentir. L’album lui sert de thérapie pour livrer ses angoisses et les accepter. Comme la lune qui a plusieurs facettes, elle assume sur ce projet de pouvoir chanter autant que de rapper.

Plus besoin de prouver qu’elle est bien légitime dans le rap game, Chilla oscille entre mélodie et kick dont le titre Aimer en est l’incarnation avec une phase remarquable : « J’veux pas aimer à vide, j’veux pas t’aimer connard, j’ai pris des risques pour un zonard , mon cœur brisé pour ces connasses . J’peux pas aimer raciste , j’veux pas aimer camé, qui lui, comate. J’veux pas qu’on m’aime pour mes collabs, j’veux qu’on m’écoute plus que Koba »,réagissant ainsi subtilement au tacle de Koba La D, qui avait déclaré pour GQ à propos de sa musique : « T’écoutes ça, toi ? ».

 

 

La rappeuse se démarque aussi par un véritable sens de la formule comme sur le titre La Nuit, co-écrit et composé par nul autre que son mentor, Youssoupha : « On mélange les accords, les étoiles et les alcools. La nuit, le marchand de sable transforme la neige en or. Faut pas que je déconne, si je tombe, j’aurais tort. Bientôt le jour se lève car le soleil n’est pas mort. »

D’une solitude imposée à une solitude choisie, l’artiste conclut l’album sur le morceau Solo où elle prend acte de ses choix et les assume. Sa musique est son exutoire, comme elle l’expliquait chez Mouv’: « Je ne pense pas que je serais inspirée si je ne souffrais pas. »

Sur ce projet, elle s’affirme et expose toutes ses facettes : fragile et forte à la fois, mélancolique mais pleine d’espoir, seule et pourtant si bien entourée. Avec « Mūn », Chilla démontre à quel point elle est « heureuse d’être imparfaite, heureuse d’être libre »  (Tic-Tac).

 

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Il était une fois « Trinity » – Épisode 2

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L’épisode 1 . À découvrir sur Mosaïque.

 

– ÉPISODE 2 –

 

Après s’être assoupi plusieurs heures, Laylow ouvre les yeux. Encore aux prises de l’alcool ingéré lors de la soirée de la veille, un mal de crâne intense le saisit au réveil. Il aperçoit, pour la première fois à la lumière du jour, la ville à travers la baie vitrée de l’appartement. Ses souvenirs reviennent à lui peu à peu. Le logiciel, S.Pri Noir, Trinity… Il n’a pas rêvé et la molette incrustée dans son torse est bien réelle.

En levant les bras, il inspire. Devenu un code numérique absorbé par son propre système, la situation de Laylow relève d’une absurdité des plus totales. Pourtant, une sensation de stimulation enivrante continue de le faire vibrer. Au dessus d’un lavabo dans l’appartement, il se contemple dans le miroir. Ses traits n’ont pas changé mais il se sent bien différent.

Soudain, une ombre indiscrète attire son regard. La silhouette d’une femme se dessine alors derrière lui. Levant les yeux, il reconnaît un visage familier. Il hurle de surprise. Après quelques instants pour recouvrir ses esprits, il la reconnaît. Trinity.

– « Bonjour », lui susurre-t-elle d’une voix métallique.

Laylow, déstabilisé, reste bouche bée.

– « Qui es-tu ? » questionne-t-il naïvement.

– « Je suis », répond-t-elle en pointant du doigt la ville par la fenêtre puis sa molette.

Il comprend. Le logiciel de stimulation émotionnel qui l’a intégré est incarné par cette mystérieuse jeune femme. Elle est le système, le système est Trinity. Envoûté, l’attirance qu’il lui voue est désormais irrésistible, incontrôlable.

Il balbutie et s’excuse :

– «On s’est déjà vu dehors mais y’avait toutes tes copines. T’étais au fond dans le noir, j’étais à fond dans le vice. » 

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Sans un mot, elle se rapproche et l’embrasse langoureusement en lui attrapant le menton. Son cœur s’enflamme. D’un coup, elle se saisit de sa molette en glissant sa main sur son torse. La jeune femme la pousse vers son deuxième cran. Il se laisse guider sans hésiter. De sa voix digitalisée, elle reprend : « Interaction de niveau 1. Taux de compatibilité élevé » Elle ajoute : « Mode stimulation émotionnelle : mélancolie, tristesse, adrénaline, violence. » Au dernier mot, il hoche la tête d’un air approbateur. Flirter avec les sentiments les plus extrêmes pour se sentir vivant. « Choix confirmé. »

Pris aux tripes par une vibration de brutalité, il se tient la tête avant de frapper de toutes ses forces le mur tremblant. De la poussière se détache du plafond. L’envie de se défouler devient insoutenable. Dans une folie venue de nulle part, il jette un tabouret dans la grande baie vitrée du salon qui se brise instantanément. Trinity l’empêche de faire plus de dégâts en attrapant son bras droit. « Taux de compatibilité critique. Je vous attends sur le parking », lance-t-elle.

Pris dans un tourbillon de pixel, il voit sa vision se troubler pour sombrer dans l’obscurité. Quelques secondes plus tard, il est projeté contre le sol humide. « Le logiciel m’a téléporté en dehors de l’appartement », réalise-t-il. Il se retrouve sur un parking sans voiture, situé en parallèle de l’immeuble où il était la veille.

En tentant de se relever, il constate que Trinity est en train de se matérialiser à califourchon, sur lui. Sans réfléchir, il la saisit par la taille pour lui rendre son baiser. Enlacés, ils finissent finalement par succomber et enlèvent leurs vêtements. Serrés l’un contre l’autre, nus. La peau de Laylow est désormais brûlante. Pendant leurs ébats, elle s’écrie : « Température trop élevée » et le repousse.

Alors qu’ils se rhabillent, une berline noire se gare en haut de la place de stationnement, plein phare. Éblouis, il plisse les yeux et tente d’apercevoir le visage des cinq hommes qui ouvrent les portières et se dirigent vers lui. Cagoulés, matraques à la main, le groupe se rapproche. Il remarque le mot « Pirahana » en lettre jaune, inscrit sur leur sweat noir.

Sa molette clignote rouge. Sa comptabilité avec le logiciel est si puissante qu’il indique une surchauffe. La violence qu’il vient de commander semble sur le point de dériver complètement.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

Son niveau d’adrénaline s’envole et la peur le tétanise. Le premier homme lui agrippe le bras et lui assène un violent coup sur le crâne. Il pose un genou à terre pour reprendre ses esprits mais un deuxième choc à l’épaule le fait flancher. S’ensuit cinq minutes de brutalité pendant lesquelles Laylow est passé à tabac, à terre, sans raison. Un coup de pied mal placé fait perler son sang et vient tâcher son jean Levis.

La douleur devient insoutenable, il lâche prise et s’évanouit. Le logiciel résonne tout au fond de lui, tel un électrocardiogramme plat : « Crash du système. Retour à l’état initial. »

Lorsqu’il se réveille, son corps est toujours aussi chaud. Des étincelles et des petites flammes émanent de son corps. Sur le point de prendre feu, il panique. À une cinquantaine de mètre de lui, il aperçoit une fontaine. Comme un assoiffé dans un désert qui se jetterait dans un oasis, il plonge.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

En apnée dans l’eau glacée, il refroidit. Les battements de son cœur ralentissent peu à peu. Lorsqu’il se relève et secoue ses cheveux bouclés humides, il se questionne. L’expérience devient dangeureuse. En voulant ressentir à nouveau, il a failli se tuer. Sa connexion avec Trinity est beaucoup trop intense. De retour sur le parking, il rejoint la jeune femme, assise en tailleur.

– « Je me suis attaché à toi, attention », dit-elle pour le mettre en garde.

C’est en trop pour lui. À quoi bon vouloir se sentir vivre si c’est pour finalement en mourir ?

–  « Tous vos taux sont au minimum. Que diriez-vous d’un nouveau programme d’entraînement ? Le mode hélicoptère ou bien la simulation : tir au sniper ? », reprend-t-elle.

– « Arrête de parler dans ma tête, tu m’fais péter les plombs là ! T’sais quoi ? Déconnecte-moi », s’exclame-t-il. En acquiesçant, elle lui répond : « D’accord. Choix confirmé. »

Le temps d’une seule fraction de seconde, son corps se désintègre.

 

L’épisode 3. À découvrir sur Mosaïque.

 

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Entretiens Rencontres

Sonbest : « Lotus, c’est la fleur de l’espoir »

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Le 12 juin 2020, Sonbest a dévoilé son deuxième EP « Lotus », deux ans après la sortie de « Immersion ». L’artiste étonne par un projet cohérent et unique, à l’univers bien défini. À l’image de la fleur de Lotus qui incarne le renouveau, le rappeur de 22 ans, originaire de Colmar, propose un projet à part. Rencontre avec Sonbest, fleur rare dans le paysage du rap français. 

 

Ton projet « Lotus » est sorti la semaine dernière après deux ans de travail. Qu’est-ce qui t’as pris autant de temps ?

D’abord, je viens d’Alsace et il a fallu que je prenne le temps de bouger sur Paris. Ensuite, il me fallait rencontrer les bonnes personnes et trouver un taff. Le mixage nous a aussi pris un temps fou. Nous avons dû remixer une tonne de fois pour avoir le résultat que nous recherchions.

 

Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons avec Laylow, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti Trinity, j’étais choqué.

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque.

Comment vous est venu l’idée du sound design qui parcourt l’EP ? 

Avec l’équipe, nous surveillons ce qu’il se passe dans le rap français. Nous savons surtout ce qu’il manque. Wise (beatmaker qui a travaillé sur deux titres de l’EP : Poison et Wow, ndlr), a proposé de mettre des transitions entre les sons pour qu’il y ait un fil directeur et que le projet puisse s’écouter d’une traite.

 

Tournage du clip XO. Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

Beaucoup t’ont comparé à Laylow. C’est une de tes inspirations ? 

Laylow ? Bien sûr. Je le connais depuis très longtemps et j’aime ce qu’il fait. Il m’a inspiré mais ce n’est pas dans sa direction que je vais. Je comprends pourquoi les gens disent que nous nous ressemblons, même au niveau de la pochette. Quand il a sorti « Trinity », j’étais choqué. Nous avions déjà nos idées avant qu’il sorte son projet. En plus, dans son album, il y a un son qui s’appelle Poizon, comme moi. Mais ce n’est pas grave, ça me fait plaisir qu’on me compare à lui. 

De manière générale, je suis plus influencé par le rap US. Au début, j’aimais Lil Wayne, après il y a eu ASAP Rocky, ensuite Travis Scott puis Kid Cudi et Kanye West. Ils sont tous des rappeurs avec une personnalité et un univers à eux. C’est ça qui m’intéresse.

 

Et en rap français ?

J’ai mis du temps à me mettre au rap français. À l’ancienne, j’écoutais Guizmo. Maintenant, c’est plutôt Ichon et Laylow. J’aime le rap underground. D’ailleurs, il y a plein de rappeurs au Canada qui sont chauds mais que les parisiens ne connaissent pas encore. Je kifferais faire un featuring avec un canadien. À Paris, il y a trop de monde. C’est saturé. Les gens ont trop les yeux rivés sur la capitale. 

L’objectif c’est aussi de représenter mon 68 et les gens perdus dans la campagne, comme moi. Ce serait ouf. Si certains me donnent de la lumière, j’en profiterai pour en donner à tous ceux qui en ont besoin et qui m’ont aidé.

 

Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

Tu veux donner une identité musicale à ta ville et ta région ?

Bien sûr, c’est le plus important. Je représente les Alsaciens et si j’en ai l’occasion, je ferai tout pour qu’ils aient un peu plus de visibilité. D’ailleurs, mon style c’est la nouvelle sauce du Grand Est. Nous avons une certain façon de rapper. Ash Kidd, par exemple, quand il rappe, il rappe Strasbourg. Ça vient de chez nous.

 

Tournage du clip Agonie. Crédit : Swimthedog.

 

Avec ce projet, il y a un univers qui se définit vraiment et qui se démarque.

Justement, avec l’équipe, nous voulons apporter quelque chose de nouveau dans le rap français. Nous sommes tous sur la même longueur d’onde : pas de limites, que ce soit au niveau du son, du visuel ou des sapes. Depuis que j’ai commencé à faire du son, j’ai voulu me démarquer et je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose de différent dans le rap français.

 

En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

Tu disais vouloir apporter quelque chose de différent au rap français. Tu penses avoir réussi avec « Lotus » ?

Je pense, oui. Mais la suite sera différente. Mon point fort, c’est ma versatilité. Plus tard, il y aura peut-être des sons rock ou house qui vont sortir. Je ne veux vraiment pas me mettre de limites. Je sais rapper sur différents styles de prods donc j’essaye de travailler ça et de l’amener au plus haut niveau. Quand je rentre dans un style, je ne le fais pas à moitié, je le fais à fond.

 

Pourquoi avoir choisi d’appeler l’EP « Lotus » ? 

Le lotus c’est la fleur de l’espoir. Elle pousse dans les marécages et ça ne l’empêche pas d’être une belle fleur, malgré son milieu et son environnement. C’est un peu mon parcours. En Alsace, je n’avais pas grand chose. Malgré tout, j’ai essayé de pousser. Comme la fleur de Lotus.

 

 

La prédominance de la couleur bleue et le sound design de l’eau sur Agonie amène une ambiance aquatique. Est-ce que cela rejoint cet esprit là ?

Exactement. L’eau rappelle les marécages. Quand tu marches dans la boue, c’est pâteux et visqueux. Un peu comme les sables mouvants. Il faut savoir se sortir de là. C’est le fil rouge de « Lotus ».

 

Le seul clip qui est sorti, c’est celui du titre XO (depuis l’interview, le clip du titre Agonie est disponible, ndlr). Il a été publié sur la chaîne Youtube du Règlement Radio, pourquoi avoir choisi de le diffuser chez eux ? 

Le clip était déjà tourné depuis longtemps. Il devait être posté sur ma chaîne. Mais mon manager l’a envoyé au Règlement. Ils ont kiffé et ont voulu le prendre. Au début, je n’étais pas chaud. Mais après, je me suis dit que c’était ma chance. Ça a donné de la visibilité au projet. Il y a plus de 20 000 vues, là où moi, sur ma chaîne, je n’ai même pas 100 abonnés.

 

 

Le visuel de ce clip est d’ailleurs très travaillé. C’était quoi l’idée ? 

C’est le deuxième titre du projet que j’ai clippé. Le premier, c’était Agonie (disponible depuis vendredi, ndlr) avec un clip en noir et blanc et un véritable storytelling. Donc là, il nous fallait un contraste. C’est pour cela que nous avons choisi de donner une image qui brille, avec des paillettes, tourné en plan séquence.

 

D’ailleurs, la pochette rappelle beaucoup l’ambiance ce clip.

C’est vrai. Elle a été faite par Hoda Hoda. Je l’ai rencontré en soirée à Paris, comme Jo The Wise. Nous l’avons invité sur le tournage de XO et c’est à ce moment-là qu’il a eu l’idée de la pochette. C’est pour cela que les visuels sont très similaires et cohérents. Au départ, nous voulions que les gens puissent me reconnaître. Mais Hoda Hoda a eu d’autres idées en s’inspirant notamment d’une pochette de The Weeknd et de Trippie Redd.

 

Pochette de l’EP « Lotus ». Crédit : Hoda Hoda (@h0da.h0da).

 

L’ambiance de l’EP est très mélancolique. Est-ce que tu serais capable d’aller vers des sons plus joyeux ?

Si j’y arrive un jour, oui ! Pour l’instant, je n’y arrive pas mais ce serait bien. Ne serait-ce que pour que mes parents écoutent un truc joyeux (rires). Ils écoutent et soutiennent ce que je fais mais ils ne comprennent pas. De manière générale, je m’inspire selon ce que je vis au moment ou j’écris. Donc il y a plein de thèmes que je n’ai pas encore abordé et dont j’aimerais parler. C’est illimité.

 

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher.

 

T’es content des retours concernant le projet ?

Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Dans ma tête, je sortais le projet comme « Immersion ». Je le mets sur internet et on verra où ça mène. Ça me fait très plaisir et je me dis que nous n’avons pas travaillé pour rien. Il y a un engouement et je peux même dire qu’il y a des fans (rires). Nous allons continuer comme ça.

 

Tu t’es préparé à un éventuel succès ?

Le truc, c’est que j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a un engouement et que ça peut marcher. Donc oui et non. Ça fait longtemps que je fais du son donc je suis motivé, j’ai travaillé pour mais je sais pas quand ça va tomber et qu’il faudra prendre les bonnes décisions.

 

Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Comment as-tu commencé le rap ?

J’ai commencé au collège, j’avais un groupe avec mes frangins et avec mes potes du quartier. Tout le monde a arrêté et j’ai continué. Pour mes 18 ans, ma mère m’a passé des sous et j’ai acheté du matos pour faire mes sons. C’est là que j’ai vraiment commencé. À côté, je travaillais. Quand j’étais en Alsace, dès que j’ai arrêté la fac, j’ai travaillé à l’usine et dans la restauration. Pareil, quand je suis arrivé à Paris. En ce moment, je suis au chômage tu vois. C’est la merde (rires).

 

L’EP est déjà extrêmement travaillé. Pour un album, tu pousserais le délire encore plus loin ?

L’album, ça viendra plus tard. C’est pas un truc que je veux faire à la légère et qui me prendra plus de temps. Ce sera quelques chose avec des vrais instruments nous ferons quelque chose de carré. Mais pour l’instant, je pense même pas encore à l’album. Je vais d’abord sortir des projets et des sons. Mais bien sûr, c’est le but. Sur l’EP, il y a encore des imperfections que peut-être les gens ne voient pas. Il y a encore beaucoup à faire. Nous allons faire de grandes choses et nous allons y arriver. Je ne suis qu’à 20% de mes capacités. 

 

Un mot de la fin ?

Dédicace à l’Alsace, on est ensemble. On va tous venir dans Paris. On arrive bientôt.

 

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Luidji, une nage en eaux troubles

[vc_row][vc_column][vc_column_text]Il y a un peu plus d’un an, Luidji sortait la tête de l’eau avec son album « Tristesse Business, Saison 1 ». Au cours de cette croisière musicale, l’artiste nous invite à plonger dans son projet pour mieux baigner dans son univers. Le thème de l’eau rythme l’album, bercé par les flots tumultueux d’un triangle amoureux.

 

« Puisse mon premier album guérir vos maux, comme il a guéri les miens », annonce Luidji à la sortie de « Tristesse Business. Saison 1 ». Le projet se présente comme une thérapie de dix-huit titres au cours desquels l’artiste nage en eaux troubles, attiré par le chant des sirènes. Du début à la fin du projet, le rappeur sombre dans les abymes de l’amour. L’eau est alors salvatrice, comme il l’expliquait à l’Abcdrduson : 

« Le sound design autour de l’eau, c’est une métaphore autour de l’histoire du disque. Tu vois la dame qui parle dans l’intro de Veuve Clicquot ? C’est une amie de mon père. On a beaucoup discuté à l’époque où toute cette histoire m’était arrivée et elle m’avait dit que, pendant mes vacances dans le sud avec mes potes, je devrais plonger dans l’eau. À chaque fois que je remonterais à la surface, je laisserais une partie de mes problèmes dans l’eau. C’était comme une cure, et en effet, à chaque fois que j’allais dans l’eau, je me sentais archi-bien. »

Alors que le premier titre (Agoué)  s’ouvre sur la voix d’un homme se disant « desséché de l’intérieur », le morceau se conclut sur le bruit d’un plongeon. Avec ce projet, Luidji « quitte le navire » et se jette à l’eau. Il se glisse donc dans la peau d’une divinité marine : Agoué. Figure de la mythologie vaudou, Agoué est le dieu protecteur de la mer. Il entretient une relation avec la Sirène, mais aussi avec la divinité Vaudou de la beauté, Erzulie. Deux créatures auxquelles Luidji s’identifie et qui le feront chavirer. Comme Agoué, il est tiraillé par deux femmes dont l’amante Erzulie, qui donnera son nom à l’interlude du projet, dans lequel il semble se noyer. Elle semble la cause de son naufrage, lui, qui a cédé à l’appel séducteur de son chant : « Il a seulement suffit d’un grain d’sable, pour enrayer la mécanique, devenue instable » (Femme flic). La sirène s’affiche donc sur la pochette de l’album, dont les couleurs et la composition rappellent la plage.

Cette même sirène  lui annonce qu’elle est enceinte  au croisement des titres Néons rouges et Belles chansons. Cette révélation, et les problèmes qu’elle engendre, plonge Luidji dans une déprime qui l’empêchera d’écrire et de faire de la musique pendant longtemps. 

 

Cover de l’album « Tristesse Business – Saison 1 ».

 

Nazaré, neuvième des dix-huit pistes de l’album, fait office de transition. Le morceau marque un tournant, illustré par la voix féminine à la fin du titre qui lui explique : « À partir du 22 janvier, tu entres dans un autre espace-temps ». La première vague est passée et l’a emporté avec elle : « Emporté par ce genre de vagues, j’ai sacrifié ma vie pour attraper ce genre de vagues ». Nazaré est une ville au Portugal, réputée pour ses vagues impressionnantes, qui en font un endroit privilégié des surfeurs. Sur le morceau suivant (Erzulie), interlude du projet, il tente donc d’éviter la noyade. Lui qui a dû, « tout redessiner comme Pablo, la femme assise sur la plage » (Nazaré). En février 1937, Pablo Picasso peint « Femme assise sur la plage », qui détone par la disproportion du corps et des volumes. Le visage est impersonnel. Cette femme peut être n’importe laquelle, mais aussi celle qui mène Luidji à sombrer : « l’âme qui coule vers des niveaux toujours inférieurs » (Système). 

 

Pablo Picasso, Femme assise sur la plage, 10 février 1937

 

Dans la deuxième partie de l’album, Luidji tente donc de remonter à la surface. Il retrouve la sensation du Vent d’hiver et a « pris le temps d’apprendre à dompter ma vague, et j’aperçois l’infini, loin de ce bonheur insipide ». L’horizon semble se dessiner pour l’artiste qui aperçoit le rivage qu’il nous montre dans le clip du morceau suivant : Tu le mérites.

 

 

Alors que les visuels de la première partie de l’album montraient une piscine, notamment dans le clip de Christian Dior, Luidji dévoile cette fois un rivage. La piscine qui peut rappeler sa relation classique et de routine avec sa copine, s’oppose au rivage, qui ferait référence à sa liaison avec Erzulie, plus naturelle, sauvage et tumultueuse. L’artiste semble alors sur la voie de la guérison et prend donc le temps de saluer ceux qui l’ont aidé : « Avec respect quand j’salue mes gars, car je sais que j’touche les mains qui m’ont sorties de l’eau » (Veuve Clicquot). 

Tout au long du projet, Luidji nous embarque pour un voyage sentimental, plongé dans les flots tumultueux de ses relations amoureuses. Il a survécu aux chants des sirènes et a rejoint le rivage… pour cette fois. Le rappeur nous donne rendez-vous pour un nouveau voyage en eaux troubles, avec la saison 2 de « Tristesse Business ». [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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Rap & strip clubs : Génération « Demon Time »

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De strip-teaseuse à rappeuse, il n’y a qu’une danse. Une nouvelle mouvance d’artistes américaines bouscule la place de la femme dans le rap. Véritable symbole d’un mouvement féministe, elles prônent et banalisent une sexualité affirmée et affranchie. Avides de liberté dans un milieu hautement masculin, bienvenue dans la génération « Demon Time ».

 

« Hips TikTok when I dance. On that Demon Time she might start an OnlyFans », scande Beyoncé lors de sa dernière collaboration très attendue avec Megan Thee Stallion sur le remix du titre Savage. L’engouement autour du featuring n’a pas tardé à se faire sentir. La mention d’Onlyfans, devenue l’une des plus grandes plateformes de diffusion de contenu pornographique, a d’ailleurs entrainé une hausse d’activité de 15 % sur le site. Des millions d’internautes sur l’application Tik Tok ont ensuite repris la chorégraphie créée spécialement pour le morceau.

Alors que le titre proclame que les femmes peuvent être aussi bien classes, snobs que légèrement « pétasses », l’indignation aurait pu être totale. À l’inverse, Beyonce et Megan Thee Stallion expriment une nouvelle forme d’empowerment des femmes. Elles emportent avec elle une génération d’artistes, qui n’hésite pas à prendre sa sexualité à bras le corps et à l’exposer. La levée de tabou par les rappeuses sur les danseuses et l’univers des strip clubs participe notamment à cette émancipation.

 

Doja Cat et Megan Thee Stallion pour la sortie de la Bande Originale de « Birds Of Prey ».

 

Cardi B en est certainement l’incarnation la plus aboutie. Icône controversée, elle porte haut les couleurs d’une sexualité débridée et choque autant qu’elle provoque. Des barres de pole dance à la scène de Coachella, elle est devenue l’emblème d’une ascension musicale et sociale qui attire les regards. Si contrairement à Cardi B, elle n’a pas un passé de strip-teaseuse, Nicki Minaj s’inscrit dans cette lignée en reprenant tous les codes de l’univers du strip.

Elles incarnent ainsi les figures d’un mouvement qui a fait naître une nouvelle génération représentée par Doja Cat, City Girls, Ms. Banks, Saweetie ou encore Megan Thee Stallion. Toutes ces rappeuses font aujourd’hui parti des artistes les plus écoutés sur les plateformes de streaming. L’influence des ces femmes est désormais indéniable voire prépondérant dans le rap américain.

 

Strip et rap : un lien unique

Aux États-Unis, rap et strip club ont toujours entretenu un lien particulier et les établissements demeurent des lieux sacrés pour le milieu du rap américain. Ils se sont finalement imposés comme un tremplin dynamique et puissant pour cette musique. En effet, en choisissant leurs titres, les danseuses peuvent faire d’un morceau le prochain hit de l’année.

À tel point que des producteurs admettent même faire des strip clubs des endroits de repérages de futurs talents. David Banner (un rappeurproducteur et directeur de label, ndlr) confiait d’ailleurs se rendre dans ces lieux pour observer ce qui fonctionne le mieux et chercher de l’inspiration pour ses propres instrumentales. Dans un autre style, le rappeur Mike Jones avait eu l’ingéniosité de distribuer gratuitement ses morceaux à des danseuses renommées pour se faire connaître. Les strip clubs sont ainsi devenus un outil efficace pour mesurer la popularité d’un morceau et d’un artiste. 

De cette relation (entre rap et strip, ndlr), Atlanta en a fait une véritable identité. Drake avait d’ailleurs fait une collaboration avec le club mythique de la ville : Magic City. Plus efficace que n’importe quel radio ou média, tous les rappeurs cherchent à y être exposé s’assurant ainsi de se faire repérer.

 

Extrait du documentaire sur le Strip club Magic City d’Atlanta : « Inside the Atlanta Strip Club that Runs Hip Hop | Magic City » sur la chaîne Youtube de GQ.

 

Un documentaire avait été réalisé à propos de ce lieu devenu incontournable. Les clips et les paroles de rap sont d’ailleurs représentatifs de l’importance des clubs de strip-tease aux États-Unis. Les rappeurs y sont souvent fantasmés entrain de lancer des liasses de billets sur la piste et aux danseuses.

La démocratisation du « stripping » à travers les lives Instagram pendant le confinement illustre ce lien qui unit si fortement le rap et les strip clubs. En pleine promotion de son dernier album « The New Toronto » (sorti le 14 avril dernier), Tory Lanez, le rappeur originaire de Toronto, a diffusé à ses quelques 9 millions d’abonnés des prestations de strippers, parfois même d’actrices de films X.

Devenu un rendez-vous régulier très relayé sur les réseaux sociaux, le moment a même été renommé par The Weeknd comme le « Demon Time ». Ainsi, devant l’essor de ces clubs de strip-tease virtuels et malgré la fermeture des clubs due au Covid-19, de nombreux strippers ont pu continuer à travailler (via l’application CashApp par exemple, ndlr).

Si les clubs ont toujours été appréhendés du point de vue des rappeurs, il est désormais question de mettre en avant le point de vue des danseuses. De figurantes à actrices principales de l’univers rap, elles sont désormais mises en lumière. Le film « Queens », sorti le 16 octobre 2019, le témoigne en relatant leur quotidien.

Alors qu’elles n’étaient qu’un décor de clip, elles sont devenues de véritables icônes. Aujourd’hui, ces mêmes femmes, à qui les rappeurs distribuaient des centaines de billets et que l’on qualifiait de travailleuses du sexe, reprennent le flambeau et occupent le sommet des ventes. Avènement du twerk, tenues plus que suggestives et chirurgie esthétique à outrance : elles n’hésitent plus à lever le tabou sur l’univers du stripping. Un mouvement devenu hautement féministe.

 

Délivrer le rapport à la sexualité

Si ces excentricités choquent, c’est parce que ce sont des femmes qui s’en font le porte-parole. La question du sexe est, en effet, loin d’être un tabou dans le rap américain. Bien au contraire, il a toujours été un bruit de fond de cette industrie. Que ce soit dans les textes ou dans les clips. Mais lorsqu’il devient le thème de prédilection des femmes, il dérange.

En prenant le plein pouvoir de leur corps et de ce qu’elles représentent, ces danseuses-rappeuses invitent ainsi de nombreuses femmes à se délivrer dans leur rapport à leur sexualité. En cela, elles incarnent un mouvement féministe qui clame l’émancipation du corps de la femme. La plupart de ces artistes se revendiquent d’ailleurs tout à fait légitimes de porter fièrement ces valeurs. Malgré tout, beaucoup leur reprochent d’être assujetties au regard de l’homme autant que de provoquer leur propre sexualisation.

 

 

Cardi B et City Girls dans un extrait du clip « Twerk ».

 

Elles n’hésitent pas à rappeler, dans leurs textes, que ce sont de réelles self-made women et qu’elles sont les prochaines figures de proue de la scène rap actuelle. Impossible maintenant de les invisibiliser et de les dissimuler au regard du grand public. Impossible désormais de les cantonner à de simple arrière-plan sexy de clips. Cette nouvelle dimension du féminisme s’installe et prend, depuis quelques années, une place importante dans le monde fermé et exigeant du rap US.

Dans un game encore très masculin, affirmer sa place de rappeuse n’est jamais évident, encore moins de manière si débridée. C’est pourtant ce que font ces artistes depuis le début des années 2010, sans pour autant négliger celles qui leur ont ouvert la voie. Notons Lil’ Kim, qui n’hésite pas à affirmer via les réseaux sociaux sa fierté de voir la relève bel et bien assurée par ces nouvelles représentantes d’un féminisme trash. Elle dira elle-même avoir « cédé le flambeau » à cette nouvelle génération, bien décidée à faire valoir la voix des femmes dans le rap.

Beaucoup de femmes se sentent représentées par ces rappeuses et il existe désormais une réelle symbiose entre ces artistes et leur public. Ils affirment d’une seule voix ne plus vouloir être limitées dans leur féminité, après l’avoir été pendant de si longues années. Libres, peu importe leur milieu social, leur apparence et leurs convictions. De véritables diablesses au combat féministe angélique.

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Il était une fois « Trinity » – Épisode 1

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– ÉPISODE 1 –

 

Un jour de plus. Une nouvelle date à rayer du calendrier. Il claque la porte de son bureau. Demain, la même journée l’attend. Il ne le sait pas encore mais sa vie est sur le point de basculer. Alors qu’il allume une cigarette, une pluie fine se met à tomber. Les gouttes dégoulinent le long de son nez et de ses cheveux bouclés.

Laylow, le cœur vide, déambule dans les rues de Toulouse. Le vend qui souffle le froid du mois de février ne le fait pas frissonner. Ce qui l’entoure ne lui parle plus. L’absurdité de son quotidien qui défile n’a plus de goût. Il se lève et se couche avec la même torpeur. Chaque jour qui passe s’alourdit un peu plus. Les nouvelles journées ne le sont plus et se ressemblent toutes. À la manière de quelqu’un qui se force à croquer dans un gâteau écoeurant, il continue de vivre. Comme prisonnier d’une boucle temporelle, il aimerait tend ressentir à nouveau.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram : mask_n_swordcomics).

 

De retour chez lui, il retrouve son appartement exigu où des piles de papiers et de vieux CD-Rom jonchent le sol, Mécaniquement, il s’assoit à son bureau et allume son PC Windows 98. Après quelques minutes de chargement, la machine s’affole. Des lignes de code défilent à toute vitesse sur l’écran. Laylow pense d’abord à un bug et tente de le redémarrer. Rien n’y fait, des chiffres de couleurs vertes clignotent dans tous les sens. Alors que l’ordinateur semble sur le point d’exploser, tout s’arrête.

Une voix métallique s’élève de ses enceintes grésillantes :« Bienvenue dans le programme Trinity. Veuillez composer votre code personnel à trois chiffres afin d’accéder à votre interface. » Sans réfléchir, Laylow tape le numéro de son appartement sur le clavier : 303. La voix reprend : « Authentification en cours. Accès autorisé. Initialisation du programme Trinity. » Il perd le contrôle. Pour la première fois depuis des années, la scénario de sa journée se bouscule. Les murs de son appartement se mettent à trembler. La réalité se déforme autour de lui et sa vision se floute. Comme aspiré par le vide, un trou se perce dans l’espace temps et Laylow change de dimension.

Projeté violemment sur le sol, il ouvre les yeux s’aperçoit qu’autour de lui tout a changé. Encore sonné par le choc, il jette un rapide coup d’œil. Dans une pièce complètement vide, il semble seul. Une chose est sûre, il a quitté son appartement. « Est-ce réel ? », se questionne-t-il. Pourtant tout à l’air vrai. Lorsqu’il se relève, il découvre une grande baie vitrée donnant sur une ville plongée dans la nuit. Au milieu des immeubles endormis, trône un building illuminé. À son sommet, de grands néons verts fluorescents dessinent le nom de « Trinity ».

Machinalement, Laylow plonge ses mains dans ses poches. Avec surprise, il découvre un petit carnet abîmé. Sur la couverture, une inscription indique : « Trinity, logiciel de simulation d’émotions ». Parcourant rapidement les pages, il comprend que le programme qui a hacké son ordinateur l’a intégré à son système.

Il est rentré dans « Trinity ». En pleine incompréhension, une violente douleur vient appuyer sur son coeur. Pressant sa main contre sa poitrine, il remarque un objet de métal collé à sa peau. Dans la panique, il retire à toute vitesse son t-shirt et découvre une molette numérotée incrustée entre ses deux pectoraux. Il hurle.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram: mask_n_swordcomics).

 

Désespéré, il tente de tourner la mystérieuse molette d’un cran, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le mécanisme pivote. La douleur se fait alors de plus en plus forte. Son pouls s’accélère. Laylow souffre mais se sent vivant. Se précipitant en dehors de l’appartement, il dévale les escaliers en colimaçon.

Une fois dans la rue, il gonfle ses poumons. Ses neurones se reconnectent et ses émotions se réintègrent. Inclinant sa tête vers le ciel, il hurle : « Augmente la pression. »  La morosité l’abandonne. La nostalgie, l’amour, la peur, la fierté… Il ressent. Pris de vertige, il s’assied sur le trottoir et se prend la tête dans les mains.« Est-c’que j’suis dans l’vrai ? Est-c’que j’pète un câble ? Est-c’que ces gens m’aiment ? Est-c’qu’ils s’foutent de moi ? Pourquoi j’vois toujours le monde en blanc et noir ? Pourquoi j’en suis là ? Toujours en bas. »

La voix digitale du programme résonne cette fois dans sa tête : « Vous semblez mélancolique ce soir. Que diriez-vous d’un programme d’entraînement ? » Complètement assommé, il hoche la tête dans le vide. « Territoire : extérieur. Conditions climatiques : excellentes. Programme de pilotage à haute vitesse : enclenché. »

Une Lamborghini Gallardo poussée à pleine vitesse s’arrête brusquement devant lui. Au volant, un homme noir aux yeux rouges, vêtu d’une Canada Goose blanche, lui fait signe de prend place sur le siège passager. Une fois installés dans l’habitacle, le conducteur lui tend la main et se présente : « S.Pri Noir ». D’un coup sec sur l’accélérateur, le mystérieux conducteur démarre en trombe et traverse les rues de la ville à toute allure.

Lorsque le véhicule s’arrête, il reconnaît l’immeuble au néon vert. Il pénètre, quelques minutes plus tard, dans un appartement immense où une trentaine de personnes secouent la tête sur la prod intense de Black Skinhead de Kanye West. Toujours sous pression, son coeur bat de plus en plus vite. Un verre de whisky à la main, il s’abandonne à l’ambiance de la soirée. Si son instinct se trouble avec les vapeurs ambiantes d’alcool, il ne perd pas du regard une jeune femme brune, cheveux au carré, une Marlboro fumante à la main. Son élégance rayonne mais son visage demeure fermé. Pas un sourire ne viendra troubler ses traits. Hypnotisé par son énergie, il n’ose pas s’approcher d’elle.

 

Dessin : Werther Brechoteau (instagram: mask_n_swordcomics).

 

Après quelques heures de vibrations sur du son d’outre-Atlantique, il cache dans sa veste une bouteille de Jack Daniel posée sur la table et s’éclipse. Laylow est rechargé à 100 %. Le moteur de la berline jaune vrombit encore plus fort sur le chemin du retour. Avant de se quitter, S.Pri Noir lui tend un téléphone.

De retour dans l’appartement où il avait été projeté quelques heures plus tôt, il s’allonge sur un vieux canapé en cuir poussiéreux. Il s’abandonne finalement au sommeil. Réel ou virtuel ? La question sonne toujours creux.

 

L’épisode 2. À découvrir sur Mosaïque.

 

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Moussa, comme un glaçon dans l’eau

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Débarqué il y a maintenant deux ans dans les oreilles du grand public, Moussa est l’un de ces artistes inclassables, insaisissables. Avec son nouvel EP « Surface », sorti le 30 avril, le chanteur parisien donne un peu plus de profondeur à son univers.

 

Pour présenter Moussa, il est nécessaire de commencer par la voix, instrument principal d’un univers musical exotique. Légèrement modifiée, mais pourtant chaude et envoûtante, elle donne aux mots qu’il chante une résonance particulière. Ils viennent ensuite se poser sur des mélodies aériennes et distordues. Le tout généralement découpé par une rythmique lente et apaisante.

Avec une dizaine de singles à son actif, et quelques collaborations ici et là, Moussa réinvente les frontières du rap. De ses instrumentales à ses textes, en passant par sa manière de chantonner, l’œuvre de Moussa est à son image : métissée.  Sa musique est le fruit d’une rencontre entre les cultures rap, pop et électro. Un savant mélange issu directement de son parcours personnel.

 

 

Éponge musicale

Nantais d’origine, Moussa a beaucoup bougé. Un parcours en zigzag qui nourrit sa musique et son univers. Pendant un temps, il a été beatmaker à Lyon pour des amis rappeurs. Une casquette qu’il garde puisqu’il produit toujours la plupart de ses instrumentales laissant tout de même une place importante à Merwan Haddadi sur son dernier EP.

Après Lyon, direction Bordeaux. Il écrit et accompagne, pendant un temps, le groupe Odezenne. Il est d’ailleurs présent en featuring sur le titre James Blunt et à la prod du morceau En L avec le groupe. Une voix nonchalante, presque chantée, un son à la croisée du rock, du rap, et de l’électro. Un certain nombre de codes du groupe bordelais se retrouvent dans la musique de Moussa.

 

 

Pour finir ce périple, Moussa atterrit finalement à Paris. Il se met en colocation avec des membres de l’Ordre Collectif. Un groupe hétéroclite, composé de musiciens, de réalisateurs et d’artistes en tous genres. Il réaliseront finalement la plupart de ses clips. Cet environnement a probablement marqué l’écriture de Moussa, particulièrement imprégnée d’une forte imagerie.

 

« C’est l’été, grand ciel bleu comme dans Akira. On s’était endormis dans la lumière matinale. » (Bleu Ciel)

Franchise et singularité

Avec une dizaine de singles sortie en deux ans, le chanteur parisien a peu à peu étoffé son univers. Paroles emmêlées, successions d’images fortes juxtaposées, il n’est pas toujours aisé de comprendre le message de Moussa. Pourtant, plusieurs écoutes dégagent finalement les traits d’un personnage aux multiples facettes. Joyeusement désabusé, comme « coincé dans une dystopie. » Moussa raconte crûment sa vie et ses émotions.

Avec les filles comme avec le reste, Moussa joue la franchise. « J’ai pas de papillons dans l’esto-mac. J’sais que j’suis mort si je me laisse t’aimer » (Double Vue), répète-il dans les morceaux Double Vue et Lou Ferrigno.

Ce franc-parler et cette démarche musicale unique font de Moussa un artiste à part. Un artiste libre et déconnecté du fonctionnement classique de l’industrie musicale. Il donne l’impression de faire de la musique plus par passion que par recherche de reconnaissance.

 

« Tard la nuit j’fume un perso, Ils disent que demain j’vais percer. Moi demain j’sais pas où j’dors, À part chanter comme un rouge-gorge. » (Les Oiseaux)

 

Moussa ne fonctionne pas avec les codes de l’industrie. Il n’hésite pas à lâcher un EP de seulement trois titres et un interlude un mercredi soir, sans réelle promotion. De la même manière, il peut laisser parler ses instruments pendant plus de la moitié d’un morceau, sans craintes. Chez Moussa, l’artistique prime sur le reste.

 

 

La face cachée de l’iceberg

Avec ce nouvel EP « Surface », enregistré l’été dernier, Moussa vient appuyer les traits d’un personnage déjà bien affirmé. Il insiste encore plus sur sa singularité et son envie d’indépendance. Un sentiment qui se traduit même par une forme de décalage. « J’me sens d’là-bas, j’vous sens d’ici », lance-t-il pour ouvrir le premier morceau de son EP « Surface ». Les références à l’étranger sont d’ailleurs nombreuses. Le morceau Bleu Ciel, en featuring avec la chanteuse Nice, est le récit d’une relation à distance, Moussa ayant visiblement pris le large. Des pays comme le Zaïre ou le Sierra Leone sont également évoqués dans le projet, comme pour appuyer l’exotisme des influences du chanteur. Peut-être aussi pour rappeler des origines lointaines ?

 

Cover de « Surface », le premier EP de Moussa. Crédit : @yanis.lordre.

 

Autre aspect abordé en filigrane dans le projet : l’enfance. Une période qui semble avoir été compliquée pour le chanteur, obligé de cacher sa vie familiale aux autres enfants ainsi qu’à son amoureuse de l’époque. La faute à un père violent et à une pauvreté inavouable.« J’pense à l’tuer quand j’fais des pompes. Tombe pas amoureuse, j’suis une bombe », avoue-t-il sur le morceau éponyme Surface. Une situation qui l’isole et le rend nerveux. D’autant plus qu’a l’école, il doit affronter le regard des autres et le racisme. Alors parfois, il craque :« J’ai toujours du mal avec les autres. Fallait pas m’traiter d’sale arabe. J’te nique ta grand-mère sous l’préau. » On saisit alors encore plus l’origine de son isolement et sa nécessité de construire un monde à part, dans lequel il se sent « à l’aise comme un glaçon dans l’eau ».

 

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