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Chroniques

« don dada mixtape vol 1 » – L’avis de la rédaction

Vendredi 18 décembre sortait la « don dada mixtape vol 1 ». Le technicien Alpha Wann dévoile dix-sept titres autour desquels il réunit Nekfeu, Kaaris, Infinit ou encore Kalash Criminel… Tel un chef d’orchestre, il mène à la baguette une tracklist rap sans concession. Couleur Don Dada. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Le projet respire une aisance déconcertante »

C’est avec une assurance nonchalante qu’Alpha Wann débarque en cette fin d’année sans rien avoir à prouver. Sans même essayer de l’être, la « don dada mixtape vol.1 » se place instantanément parmi les meilleurs projets de l’année. Projet sur lequel Philly Flingo fait le pari de proposer 17 morceaux. Un nombre souvent effrayant lorsqu’il est porté par d’autres artistes. Mais le rappeur a fait le choix judicieux de titres courts dont l’ensemble s’écoute en 46 minutes et 19 secondes. Le projet se montre très équilibré et respire une aisance déconcertante au regard de sa complexité technique. Alpha Wann redonne sens au format de la mixtape tout en imposant son attitude. Une stratégie payante puisque le projet cumule plus de 13 000 exemplaires vendus en trois jours. À l’image de l’artwork de la très belle pochette réalisée par Rægular, le cavalier Phily Flingo ne fait que passer mais en brûlant tout sur son passage. 

– Lise Lacombe

« Alpha Wann a sorti le grand jeu »

Dans l’ombre depuis tant d’années, Alpha Wann brille désormais. Revenant à l’essentiel avec l’utilisation de minuscules pour le nom de ses titres. Épaulé par certaines productions fracassantes, comme celle de FREAKEY! sur fahrenheit 451, Alpha Wann a sorti le grand jeu sur cette mixtape avec des collaborations aussi sensées que surprenantes. L’artiste a eu l’audace de réunir avec justesse plusieurs de ses proches ainsi que des nouvelles révélations comme Veust et Ratu$, mais aussi des grosses têtes d’affiche du rap français comme Kaaris, Freeze Corleone et Kalash Criminel. La meilleure collaboration reste san andreas entre Nekfeu et Lesram, rappeur malheureusement oublié depuis la fin du Panama Bende. Sur ce projet, Alpha réaffirme sa place parmi les meilleurs rappeurs français. Tout en se faisant le trait d’union entre plusieurs courants du rap français.

– Lukas Taylor

« Des prestations de la plus épurée à la plus sombre »

Il suffit de regarder la flamboyante cover réalisée par Rægular pour comprendre l’âme du projet. Ce premier volume nous offre des prestations de la plus épurée avec mitsubishi à la plus sombre avec ny a fond. 17 titres, 12 rappeurs différents dont un Alpha Wann qui ne cesse de s’améliorer : « Je suis là pour passer un stade ». Une écoute très intense qui ravira tous les aficionados de rap sans fioriture. Comme il le dit si bien dans carrelage italien : « C’est mieux d’s’hydrater parce que là, ça va être du sale ». Sans hésiter, la « don dada mixtape » est un des coups de cœur de l’année.

– Amaël Coquel

« La qualité en guise de promotion »

Alpha Wann définit bien le crédo de cette « don dada mixtape », sortie en indépendant. Le boss de l’écurie dévoile un projet éclectique, marqué par des featurings et solos variés, truffés de lyrics marquantes. La mixtape joue parfaitement son rôle de promoteur de label, mettant en lumière des artistes moins connus du grand public. Entre quelques piques salées à Skyrock, des featurings déjà anthologiques (aaa, ny à fond) et des démonstrations techniques signées Philly Flingo, le projet conclut brillamment cette belle année musicale. La qualité en guise de promotion. Une mixtape qu’on a déjà hâte de digérer afin d’en tirer de plus concrètes analyses. Mention spéciale : trapchat pour l’ambiance, aaa pour la connexion Flingue & Feu, fahrenheit 451 pour les références culturelles.

– Jules Careau

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Décryptages Investigation

Tawsen : Les coulisses d’une cover shootée à l’Iphone

Tawsen fêtait le 22 novembre dernier, les un an de son EP « Al Mawja ». Deuxième projet d’une trilogie dont le troisième volet est attendu, Romain Garcin nous raconte les coulisses de la pochette réalisée à l’iPhone.

Après une première cover réussie pour l’EP « Al Warda » (La fleur), qui se voulait colorée et fleurie à l’image du titre, Tawsen réitère sa collaboration avec Romain Garcin (photographe, qui a récemment réalisé la pochette de l’album « QALF » de Damso) pour le deuxième épisode de sa trilogie.

Et pour cause, les deux hommes s’entendent parfaitement : « C’est un des artistes avec lequel je m’entends le mieux et avec qui je peux bosser de manière totalement libre. Nous sommes tout le temps hyper d’accord », explique Romain Garcin.  

Pour cette pochette, ils s’accordent pour que le visuel soit cohérent avec le premier projet : « Comme c’est une trilogie, nous avons voulu aller dans la continuité de la première cover. Le deuxième EP s’appelant « Al Mawja » qui veut dire « La vague », nous voulions rester dans cette idée au niveau du cadrage et de sa pose. »

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « Al Mawja » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Romain Garcin travaille actuellement avec l’artiste belge sur la réalisation de la cover du troisième projet de cette trilogie. Une collaboration professionnelle et amicale pour le photographe, selon qui, « Tawsen est une antistar absolue. Il est totalement accessible. C’est le mec le plus adorable que tu puisses trouver sur la scène rap actuellement. » 

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Entretiens Rencontres

Jeune Arab : « J’ai voulu déconstruire la figure du héros »

À 25 ans, Jeune Arab dévoile son troisième EP : « Shane ». Un projet sombre et éclectique de six titres dans lequel le rappeur stéphanois continue de se dévoiler peu à peu à son public. Entretien avec une figure discrète d’une nouvelle vague musicale dans le rap français.

Pourquoi as-tu choisi d’intituler ce projet « Shane » ?

C’est le nom d’un personnage de la série « The Walking Dead » qui m’a inspiré. C’est l’anti-héros de la série. Tout le monde met à l’honneur les héros et j’ai voulu déconstruire cette idée. Dans la série, Shane est un pourri mais il a tout le temps les bonnes idées. Le dernier titre de l’EP y fait également référence.

L’anti-héros, c’est une figure que tu as voulu développer dans ton EP ?  

Tout à fait. C’est une partie de moi. La partie la plus sombre est incarnée par Shane. J’ai l’impression que c’est aussi la période qui est comme ça. Un épisode sombre, noir, où nos valeurs sont bousculées. Plus tu fais du sale, plus tu seras adulé. 

L’image du miroir revient souvent dans tes visuels. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Le miroir, c’est un élément qui permet l’introspection. Je l’avais déjà exploité dans le clip de Sahara ou de La pluie. J’aime jouer avec les reflets. L’être multiple. Cela rappelle aussi que l’image que tu renvoies aux autres n’est pas toujours celle que tu incarnes réellement.

Le titre du morceau Soleil d’argent illustre d’ailleurs un paradoxe. Pourquoi ce titre ?

J’allais au travail en bus et l’arrêt où je suis descendu s’appelait Soleil d’or. J’ai trouvé l’expression très belle, cela m’a inspiré et j’ai voulu jouer sur la contradiction du titre qui rapproche une couleur froide à la chaleur du soleil. Il fait aussi référence à la dualité du bien et du mal dont je parle dans l’EP.

Comment as-tu préparé ce projet ?

Je l’ai réalisé pendant le premier confinement. Avec mon beatmaker Juja, nous avons fait vingt à vingt-cinq sons. Nous nous sommes rencontrés dans une salle de concert à Toulouse. Nous étions complètement khabat (rires). Une semaine après, il m’a envoyé un pack de prods et depuis nous travaillons ensemble. Pour cet EP, j’ai voulu garder une couleur cohérente avec ces six titres. J’ai essayé de créer une ambiance automnale.

Pourquoi garder un format court ?

Par rapport à l’exposition que j’ai, je ne me voyais pas envoyer plus de morceaux sur un projet. Je ne trouve pas ça intéressant. Mais je suis pressé de pouvoir me mettre sur un format plus long quand j’aurai avancé dans ma carrière.

Sur le projet, tu évoques Nirvana, Serge Gainsbourg ou encore NTM. De quoi t’inspires-tu ?

En rap français, je dirais PNL et SCH. Quand je les écoute, j’essaye de comprendre comment ils ont travaillé leurs ambiances. Ils ont développé quelque chose qui n’existait pas avant eux. Sans oublier Serge Gainsbourg pour la licence poétique. J’ai aussi écouté énormément de rock. Je m’en inspire quand j’essaye de faire partir ma voix. En ce moment, j’écoute aussi « BLO II » de 13 Block et « 3 » de Triplego. 

Sur cet EP, tu pousses aussi beaucoup plus ta voix.

Tout à fait. Je me suis senti plus à l’aise pour chanter et toucher à l’auto-tune. J’ai aussi tenté de nouvelle choses musicalement. Juja m’a proposé des prods avec de nouvelles sonorités que j’ai envie de continuer d’explorer. Notamment sur Nineties Child, qui rappelle une ambiance club années 80.

As-tu peur de devoir renoncer à ton côté instinctif en te professionnalisant ?

Je pense vraiment que la musique doit rester instinctive. On me demande déjà de réfléchir de plus en plus. C’est une réalité que je préfère éviter. Mais les attentes qui grandissent autour de moi provoquent cette situation logiquement. C’est à moi d’entretenir mon inspiration : en lisant des livres, en écoutant du son…

Qu’est-ce que tu lis ?

Dernièrement, j’ai beaucoup aimé « Le Double » de Dostoïevski. Il s’inscrit d’ailleurs dans l’univers du projet. Il raconte l’histoire d’un héros qui rencontre son double. On ne sait jamais s’il est fou ou lucide. J’ai trouvé cela très fort. 

Pourquoi as-tu choisi Jeune Arab comme nom de scène ? 

À l’époque où j’ai trouvé le nom, il y avait une grosse influence américaine. Et bien sûr, il y a un aspect communautaire et provocateur. Je sais qu’en France, ça va déranger. Ça m’a déjà fermé quelques portes. Quand je suis passé sur le Mouv’, ça avait surpris.

Je peux comprendre mais c’est aussi pour ça que je l’ai choisi. D’ailleurs, je préfère ne pas dévoiler mes origines. Je trouve que c’est un gros problème de notre communauté. Tunisiens, Marocains, Algériens… Nous sommes trop nombreux à nous faire la guerre entre nous. Je suis contre ça et j’aime avoir un nom rassembleur.

Envisages-tu de faire de la scène ?

Avant l’arrivée de l’épidémie, nous étions en train de travailler à fond là-dessus. Je devais faire la première partie de DA Uzi à Toulouse, mais j’avais refusé parce que je n’étais pas encore prêt. Je n’avais pas encore de backeur et je n’avais pas envie de me précipiter. Je le serai pour l’année prochaine !

As-tu d’autres projet en route ?

Avec tous les sons que j’ai stocké pendant le confinement, je vais sortir un autre projet dans pas longtemps. En mars, je l’espère. Je pense que ce sera un six ou huit titres. Le prochain sera beaucoup plus lumineux. 

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Décryptages Investigation

Romain Garcin : « QALF, c’est une cover simple mais pas simpliste »

Le 18 septembre 2020, Damso révèle l’album « QALF » attendu par son public depuis 2014. La pochette du projet étonne par sa simplicité. L’homme derrière le visuel, Romain Garcin, nous raconte les coulisses de sa conception et de sa collaboration avec Damso.

« L’idée, c’était de réaliser une cover simple mais pas simpliste », explique Romain Garcin, qui a également réalisé la pochette de l’album « Lithopédion ». Pour cette deuxième collaboration, Damso lui explique vouloir mettre la musique au cœur de tout :

« Damso n’a pas cette volonté d’exposition. Il ne s’est jamais mis en valeur sur les pochettes de ses albums. Sur ses quatre projets, il disparaît au fur et à mesure. Sur « Batterie Faible », il est dans un clair obscur, sur celle d’« Ipséité », il est totalement dans l’obscurité. « Lithopédion » ne montrait que son œil. « QALF » est donc la suite logique. Une disparition complète. Je pense que les covers qui marquent le plus leur époque sont rarement celles qui montrent des portraits mais plutôt des concepts. Nous voulions créer un album intemporel, qui se concentre sur l’essentiel. »

– Romain Garcin

La création de la pochette

Découvrez point par point les étapes et les réflexions de leur travail raconté par Romain Garcin en cliquant sur les animations sur la cover de « QALF » juste en dessous. Vous pouvez également activer le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquer en bas de droite pour mettre en plein écran.

Les réactions après la sortie

« Lors de sa sortie, il y a eu deux réactions différentes. Celle du milieu professionnel et celle du public. Nous étions conscients que nous y allions au culot. J’avais dit à Damso : « Si la cover floppe, c’est moi qui me prendrais le bad buzz. » Pas lui. J’étais assez confiant et en même temps je m’attendais à des retours d’incompréhension, à ce que les gens disent que c’est trop simple. Ce que j’avais moins prévu, c’est que lorsque nous avons dévoilé le CD dans la campagne d’affichage, les gens n’ont pas tilté que c’était la cover. (rires) »

– Romain Garcin

Le travail avec Damso

« Tu vois l’expression Sky is the limit ? Pour lui, c’est réel. Pourtant, il est totalement humain. Il est d’ailleurs beaucoup plus humain que la plupart des artistes en développement. Le succès il y a goûté et maintenant, il est dans l’optique d’un passionné. C’est un vrai passionné. C’est quelqu’un qui s’émerveille de toutes les trouvailles qu’il peut faire. Il s’investit autant dans sa musique que dans le visuel. Je suis entrain de bosser sur de nouveaux projets avec lui mais je ne pourrai évidemment rien dire. (rires) »

– Romain Garcin
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Entretiens Rencontres

Ryan Koffi : « Je suis créatif quand la musique me touche »

Après avoir affûté ses compositions aux côtés de Disiz, Ryan Koffi travaille désormais main dans la main avec le rappeur Luidji dont il vient de produire l’EP « Boscolo Exedra », sorti le 23 octobre 2020. Jeune messin (Metz) de 21 ans, il se distingue comme une figure prometteuse de la production musicale française. Rencontre avec un créatif mélancolique.

Tu es content des retours de l’EP ?

Je ne sais pas comment en être plus satisfait. Nous avons visé dans le mille, les retours dépassent nos attentes. Ce qui est cool avec notre musique, c’est que nous n’avons pas forcément besoin de communiquer sur le fait que cela soit une suite logique avec « Tristesse business : saison 1 ». Le public est très réceptif.

Il y a 5 titres sur l’EP. Pourquoi as-tu insisté pour que Némir soit présent ? Il devait à l’origine poser sur le morceau Manège, mais il est finalement crédité sur Mauvaise nouvelle.

Il faut savoir que j’ai composé cette prod il y a longtemps. Elle date de 2018 et elle était à l’origine pour Booba. J’avais un ami qui avait un placement pour lui, il m’a envoyé la mélodie et j’y ai ajouté des drums, mais elle n’a finalement pas plue. Depuis, je l’ai reprise complètement et je l’ai proposé à Luidji. Nous avions une idée de topline depuis plus d’un an. Elle était jolie mais nous ne savions pas qui allait la chanter.

Lorsque je l’ai ressortie pour l’EP, Luidji a posé lui-même l’air. Je trouvais ça beau, mais j’étais convaincu qu’une autre voix pourrait être plus intéressante. Nous avons réfléchi et le nom de Némir est arrivé comme un bon compromis. Il a une voix très atypique, comme un instrument de musique. Il a aimé le morceau tout de suite, mais il a mis beaucoup de temps avant d’arriver en studio pour nous expliquer que ce n’était pas ses tonalités. J’ai beaucoup insisté, mais il ne l’a jamais faite. Je lui ai donc fait posé des voix un peu partout et j’ai gardé celle sur Mauvaise Nouvelle. Sur Manège, j’ai fais appel à Astrønne pour accompagner Luidji.

Je trouve incroyable de pouvoir être reconnu de la sorte. Ce n’est pas le cas de tous les producteurs. Certains évoquent presque l’EP comme un projet commun.

Ryan Koffi

Tu sens une différence d’engouement autour de toi ?

Complètement. C’était déjà énorme ce qui se passait pour le premier album, mais c’était surtout étalé sur un an. Il y avait de nouvelles personnes qui nous découvraient tout les jours. Cet EP, c’est une confirmation. Nous étions attendus. Il y a eu des changements bêtes mais qui sont tout de même significatifs, comme le fait que Luidji se soit retrouvé en Top Tweet pour la première fois de sa vie par exemple, ou le fait qu’il arrive dans le Top Album. Ce n’est pas ce qu’on vise, mais c’est satisfaisant. La courte durée du projet a aussi rendu l’écoute plus facile pour ceux qui ne nous connaissaient pas encore. 

Vis-à-vis de moi, je trouve incroyable de pouvoir être reconnu de la sorte. Ce n’est pas le cas de tous les producteurs. Mon nom revient beaucoup, certains l’évoquent presque comme un projet commun et j’en suis très étonné.

Depuis quelques années, la place donnée aux producteurs et aux compositeurs est plus importante. As-tu aussi cette impression de reconnaissance nouvelle ?

Je crois que oui. Des médias comme Mouv’ font très bien ce travail de déconstruire des prods pour mettre en avant notre travail. Je pense aussi que le public français n’est pas encore très sensible à cela. Avant, je le voyais comme un problème, mais plus aujourd’hui. C’est une différence culturelle avec un public comme celui des Etats-Unis qui est très curieux sur le sujet. Alors qu’en France, qui a produit le hit Jolie Nana d’Aya Nakamura ? Peu le savent. C’est aussi pour cela que je suis content de travailler avec Luidji. J’ai une reconnaissance importante. J’ai aussi l’impression que de plus en plus de rappeurs s’affichent avec un beatmaker identifié. Laylow et Dioscures, Damso et Prinzly… Il y a de plus en plus de cohésion et on commence à le sentir.

Ta proximité avec Luidji que l’on observe notamment sur les vidéos des coulisses de l’EP de Palace Mafia, c’est quelque chose dont tu as besoin pour être à l’aise dans le processus de création du projet ?

Tout à fait. Je trouve cela nécessaire. Je me sens plus à ma place quand je travaille de cette façon, plutôt que d’envoyer des prods à distance à quelqu’un qui me recontactera seulement pour me faire écouter le morceau, peu importe mon avis. Je préfère être impliqué à 100 %, même si c’est seulement sur un titre. Aujourd’hui, j’ai une place importante aux côtés de Luidji et c’est super cool ! 

Lorsque j’ai rencontré Luidji, nous étions en train de prendre le même chemin artistique. Sa musique, c’est exactement ce que j’aime faire et je ne l’ai pas trouvé ailleurs en France.

Ryan Koffi

Tu as découvert Ludiji avec son morceau Marie-Jeanne. C’est une prod qui n’est pas de toi, mais pourtant tu as réussi à coller à cette musicalité en le rejoignant. Cela a-t-il nécessité une adaptation de ta part ou tu avais déjà ce style en toi ?

Lorsque j’ai rencontré Luidji, nous étions en train de prendre le même chemin artistique. Nous étions dans la même optique et nous nous sommes compris directement. Sa musique, c’est exactement ce que j’aime faire et je ne l’ai pas trouvé ailleurs en France. Une couleur unique et mélancolique.

Sur Instagram, un abonné t’avais demandé : « Comment fais-tu d’aussi belles mélodies », et tu lui avais répondu : « Je suis triste ». C’est dans la mélancolie que tu puises ton inspiration ? Tu as d’ailleurs une composition à toi que tu as nommé Ivre de tristesse.

Je pense que je suis de nature triste. Je vis très bien avec et je ne sais pas comment l’expliquer. Je me rappelle même du premier morceau sur lequel j’ai pleuré : Change, de Tupac. Pour que je vibre, il faut que la musique me touche et c’est comme ça que je suis le plus créatif.

Tu es quelqu’un de très énergique. Est-ce aussi un caractère que tu utilises pour créer ?

Pas vraiment. Je pense que ça s’entendrait. D’ailleurs, en grandissant, je me rends compte que cette énergie est fausse. Elle vient camoufler autre chose. Tout le monde pense que je fais le con tout le temps, mais pas du tout (rires). !

Lorsque je bossais pour Disiz et Luidji en même temps, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup plus de plaisir avec Luidji en studio.

Ryan Koffi

De quoi est-ce que tu t’inspires ?

Kanye West, Slum Village, Outkast, Michael Jackson… Mais ce sont les sonorités de Drake qui m’ont donné envie de faire des prods et notamment le morceau Fear. Je pense aussi à Noah James Shebib, aka 40, qui produisait pour lui à l’époque.

J’écoutais peu de rap français. C’est Disiz La peste qui m’a donné envie de m’y mettre avec l’album « This is the end ». Il est devenu mon rappeur préféré. Je pouvais comprendre ses textes et je m’y reconnaissais. Je n’étais pas trop un mec des gros mots (rires), et il n’était pas trop trash. C’était donc un bon compromis et il m’a touché. J’ai ensuite découvert des gars comme Youssoupha, ou même Booba assez récemment.

Tu as d’ailleurs précédemment collaboré avec Disiz La Peste et tu as déjà expliqué qu’il était très affranchi dans sa méthode de travail. C’est quelque chose dont tu ne veux plus, ce rapport distancié avec l’artiste ?

À la base, je ne ressentais pas cette distance. C’était le premier artiste reconnu pour lequel je travaillais et j’étais signé sur son label. Ensuite, je me suis rendu compte que ça ne convenait plus. J’ai toujours respecté ce qu’il a fait, mais lorsque je bossais pour Disiz et Luidji en même temps, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup plus de plaisir avec Luidji en studio, grâce à notre proximité.

Penses-tu continuer de placer ailleurs malgré tout ?

J’ai envie de collaborer avec d’autres artistes. Je n’exclus pas de retravailler un jour avec Disiz. J’ai un nouveau statut et j’ai plus d’expérience. Mon avis compte logiquement différemment auprès des artistes aujourd’hui.

Depuis combien de temps fais-tu du son ?

Depuis mes 14 ans. Je détestais l’école et j’ai arrêté tôt. Je ne sortais pas beaucoup, je ne faisais pas mes devoirs, donc je faisais de la musique tout le temps. Mon père était lui-aussi beatmaker de métier et j’ai récupéré son clavier et son ordinateur. J’ai commencé d’abord par ennui, avant de comprendre que je pouvais être créatif. J’ai rapidement progressé.

Mon rêve, c’est de faire de la musique de film. Mettre de l’émotion sur de l’image, cela me ressemble plus.

Ryan Koffi

Tu n’as jamais écrit ou rappé ?

Si (rires) ! Mon premier rapport avec la musique, ce sont les textes. J’écrivais et je rappais de mon côté. J’avais d’ailleurs sorti une sorte de freestyle. J’ai même tourné un clip à Los Angeles, mais sans me prendre au sérieux. Je sais que je pourrais bien écrire, mais je n’aime pas ma voix. Lorsque j’avais signé avec Disiz, j’avais aussi un contrat d’artiste. Il voulait que je rappe mes textes et que je fasse un EP. Mais cela ne s’est jamais fait. J’avais enregistré des choses, mais je n’ai jamais ressenti le truc.

Par contre, ça me plairait d’écrire pour d’autres. Pour Luidji je fais surtout des toplines, c’est quelqu’un qui écrit seul.

Tu as quelques instrumentales sur les plateformes. Est-ce que tu projettes d’un jour raconter ta propre histoire ?

On m’a souvent dit que ma musique était très visuelle, même s’il n’y a pas de mots. Je fais ma musique avec le cœur, quand j’en ressens vraiment le besoin. Je pense que ça vient de là. Les morceaux que j’ai sorti retranscrivent surtout des émotions que j’ai ressenties. Je vais en sortir d’autres, mais mon projet c’est surtout de faire poser des gens sur mes prods et d’articuler un projet multi-artistes.

J’y travaille et j’ai déjà les artistes que je souhaite inviter. J’imagine une tracklist assez courte avec sept ou huit titres, mais je prends mon temps. Et mon rêve, c’est de faire de la musique de film. Mettre de l’émotion sur de l’image, cela me ressemble plus.

Comment envisages-tu la suite ?

Je suis confiné chez moi, avec ma mère. Nous mangeons pleins de choses (rires). Je n’ai pas trop envie de faire de musique parce que la période ne s’y prête pas trop. J’ai beaucoup de prods de côtés et si j’ai la motivation, je me pencherais sur mon EP !

Sera-tu le chef d’orchestre de « Trsitesse Business 2 » ?

Peut-être ! J’ai hâte.

« Boscolo Exedra », produit par Ryan Koffi.

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Face à face Rencontres

Cashmire : « Je suis agressivement réaliste avec une charge d’espoir. »

Alors qu’il rappait ses rêves sur sa mixtape « PoeticGhettoSound », Cashmire vient de terminer son deuxième projet. Le rappeur du 18e arrondissement de Paris ouvre une nouvelle page artistique, sur laquelle il raconte la réalité de sa vie au quartier et sa vision « agressivement réaliste » du monde. Attablés à un café parisien, rencontre avec une signature musicale 018.

Tu vas bientôt sortir ton deuxième projet. Où en es-tu dans le processus de création et comment tu te sens à l’approche de la sortie ?

Il est fini et il est excellent. Tout est mixé. Je suis dans les visuels. Je ne ressens aucune pression, tout comme avant la sortie de « PoeticGhettoSound ». Je suis focus sur ce que j’ai à faire et je laisse parler la force des choses. Que je sorte un nouveau projet, un nouveau clip ou une nouvelle interview, il se passe ce qu’il doit se passer. Si je dois avoir une pression, c’est seulement vis-à-vis de moi-même. Combien de sons ai-je écris cette semaine ? Combien de phases ? C’est ça qui me challenge.

Tu as déjà qualifié ta musique de « new pop rock ». On sent que tu as envie d’avoir une signature propre. Aujourd’hui, as-tu l’impression que c’est chose faite ?

Au niveau du son, c’est ma signature vocale que je travaille le plus. Je pense être arrivé à un truc tangible. Cette signature, je l’appelle 018. Il y a d’ailleurs beaucoup d’ad-libs « 018 », à la manière de : « 018, c’est pas touristique » sur Gucci Bae

Sur « PoeticGhettoSound », tu as misé sur une grande diversité d’instrumentales. À quoi doit-on s’attendre maintenant ?

C’est plus uniforme, même si j’ai encore touché à beaucoup de chose. Je suis branché avec les meilleurs compositeurs du rap français. J’ai pu travailler avec Unfazzed, Wladimir Pariente ou encore Punisher. Il y a même un énorme titre avec Junior Alaprod. Je pense aussi à un jeune que j’aime beaucoup qui s’appelle Omran, à Mathias Di Giusto, un guitariste qui travaille avec Maître Gims, sans oublier Six10 qui a signé la prod de Gucci Bae. D’ailleurs, je fais un gros s/o à Julien Thollard d’Universal Music Publuhsing pour son grand travail de composition.

Junior Alaprod, senior du beatmaking. Article à découvrir sur Mosaïque.

As-tu participé au mix de ce projet ?

Il n’y a pas un effet de voix dans un son de Cashmire que Cashmire n’a pas décidé. Je peux revenir au studio à cause d’un delay (effet audio, NDLR). Ma sonorité est trop importante pour moi. Je ne fais pas les mixs, mais je les supervise un peu comme un directeur artistique. J’apprends pour m’enregistrer tout seul. J’ai un studio dans ma chambre et je m’essaye aussi à la composition, mais je n’en dirai pas plus ! Je veux être maître de ma musique.

As-tu peur que ta nouvelle proposition musicale ne puisse pas plaire ?

Une fois que j’ai fini et que je considère que c’est carré, personne ne va venir me dire ça sonne mal. C’est ma musique. Quand j’enverrai mon projet, les gens vont péter leurs têtes (rires). Si « PoeticGhettoSound » a pu plaire à des gens, ce que je fais là ne peut que leur plaire encore plus. S’il y a encore des choses à comprendre de ça, je l’apprendrai et je reviendrai. Avant d’en arriver là, je les ai vécu les trucs durs. Maintenant, c’est juste de la musique. Au pire si tu n’aimes pas, tu n’écoutes pas.

S’appellera-t-il « Madame tout le monde » ?

Il y a plein de rumeurs. Je m’amuse un peu comme Kanye West avec des fausses pistes. Ce ne sera ni « Serge Gainsbourg », ni « Madame tout le monde ». J’ai déjà une idée solide en tête mais rien est encore fixe, donc je ne dirai rien !

« PoeticGhettoSound » est une mixtape. Aujourd’hui, tu prépares un album. Est-ce que ces formats signifient encore quelque chose pour toi ?

Cela ne veut plus rien dire. L’industrie est tellement rapide que les noms et les étiquetages n’ont plus aucune signification. Mais le public lui donnera le nom qu’il souhaite pour le comprendre. Moi, je crée seulement des histoires et des tableaux. Dans ma conception créatrice, les formats ne m’intéressent pas. Je fais juste en sorte que les sons se lient entre eux.

Avec mon collectif RCHAOS, nous avons le dégoût profond de la conception de l’art élitiste.

Tu as une manière très artistique de voir ton art et tu fais partie du collectif RCHAOS qui fait de l’art plastique. De quelle manière cela t’influence-t-il ?

RCHAOS m’apporte beaucoup de richesse. C’est avant tout une bande de potes et nous avons des liens très forts. Il y a une émulation et nous nous boostons tous. Une concurrence saine et positive. Chacun a son médium, même si nous défendons tous la même éthique de travail et de pensée. Nous sommes des jeunes parisiens qui se réunissent autour de l’amour de la création et qui veulent découvrir le « world ». Chacun avec ses problèmes, que ce soit en tant que minorité sociale, financière ou autre.

Le collectif se présente avec l’ambition de « rendre l’art accessible à tous ». C’est aussi dans cet état d’esprit que tu développes ton rap ? 

Tout à fait. Nous avons le dégoût profond de la conception de l’art élitiste. C’est une démarche que Keith Haring avait aussi. C’est un blueprint. Nous avons la démarche du Do it yourself aussi. C’est pour ça que mes premiers clips sont faits par RCHAOS. Je voulais tout de suite instaurer une image à moi et par moi. C’est un adage de Vivienne Westwood, qui est une créatrice de mode.

Tu te cultives beaucoup à côte de ta musique. Tu parles même de tes projets comme des « chapitres ». Il y a quelque chose de très littéraire chez toi.

Après, moi j’étais en STMG (rires). J’ai une conception artistique des choses en général. Je vois tous les arts comme des médiums avec des ponts. C’est pour ça que je peux comprendre un réal, un designer, un peintre, un chanteur, un compositeur, un ingénieur du son, un journaliste…J’ai cette approche là dans ma musique. J’accepte d’être catégorisé comme un rappeur, mais j’ai vraiment une fibre artistique plus large. Je suis surtout un artiste-musicien.

Le collectif RCHAOS se présente aussi comme des jeunes utopistes. Pourtant, dans tes sons tu parles souvent du quartier comme étant « maudit ». Tu te vois comme un utopiste ? 

Je ne pense pas être utopiste, ni un candide. Je suis agressivement réaliste. Avec la même charge d’espoir. Je dirais même que je suis anarchiste.

Je suis un enfant de la marge. Je suis né, j’ai grandi et j’ai compris en marge. Je me sens mieux dans les « bats » que dans les soirées mondaines.

Tu te considères contre l’ordre établi ?

Je ne suis pas contre. Mais je suis un enfant de la marge. Je suis né, j’ai grandi et j’ai compris en marge. Et même si un jour ma musique marche, je continuerai à marcher en marge. Cela ne signifie pas forcément être underground, mais ce sera toujours 018. Je représente mon quartier. C’est ma famille, mes proches qui me donnent de la force. Je ne dois rien à personne. Il n’y a aucune industrie qui me fera changer. Je me sens mieux dans les « bats » que dans les soirées mondaines.

RCHAOS a produit pratiquement tous tes clips. Y aura-t-il d’autres visuels de RCHAOS pour accompagner ton deuxième projet ?

Ils seront toujours là de toute façon, d’une manière ou d’une autre. Il y aussi des étapes. Avoir des clips directed by RCHAOS, c’était bien pour arriver, avec une imagerie, des codes qui ne sont propres qu’à moi. Là, j’ai envie de m’exprimer en tant que Cashmire. Le côté RCHAOS va continuer de s‘exprimer avec du merch, de l’affichage, des photos… Toujours de l’art en tout cas.

Le dernier clip en date, Gucci Bae, a été produit par NoColor. Pourquoi as-tu voulu distinguer les visuels par la réalisation ?

Le clip de Gucci Bae est moins collectif. Il est plus indépendant. C’est le premier clip du nouveau moi. Visuellement, Cashmire va plus s’exprimer. Pour Gucci Bae, j’ai fait appel à Cherif, un gars du 18e arrondissement. Je sais donc qu’il comprend l’image que je veux avoir. J’ai envie de faire un truc un peu plus fashion. Je vais mettre en avant mes inspirations mode, mon attitude aussi. Que l’on puisse capter la personnalité du gars en mode : « Ça pourrait être mon pote » (rires).

Ta gestuelle a été particulièrement remarquée dans Gucci Bae. C’était naturel ou travaillé ?

Je l’ai toujours eu. Mais avant, j’avais pas les sons, ni les lieux. Et peut-être qu’il était trop tôt pour que j’arrive en gesticulant. Cette petite rotation d’épaule, c’est ça que je veux faire. C’est très Cashmire. Toujours dans la rue, mais fashion. 

Le prochain projet est pour mon quartier. Cashmire va se mettre au service du 18e.

Tes clips sont toujours tournés dans le 18e arrondissement de Paris. Dans le prochain projet, quelle place veux-tu donner à ton quartier ? 

Avec ce deuxième projet, je veux entrer dans la profondeur des choses. Dans des morceaux comme Geisha, Cookie ou Le parrain, je rappais mes rêves et ce que j’avais dans la tête. Si certains pouvait déjà kiffer mon délire, ma musique n’était pas utile. Le premier son du deuxième projet, Bienvenue, s’intègre dans un nouvel état d’esprit que j’appelle 018. Le prochain projet est pour mon quartier. Cashmire va se mettre au service du 18e. Il y aura plus de chansons sur moi et ma vision des choses. Je dépeins ce que je vis et ce que je vois au quartier. 

Tu fais notamment référence à la colline du crack, située Porte de la Chapelle à Paris, en la renommant la « colline du trap ».

Le cas de la colline du crack est très représentatif de ce que je veux faire. Je vois comment Brut en parle, et moi, ce que je vois au quotidien. Je suis dans le réel et je ne suis pas intéressé par le buzz ou le shock value que ça peut créer. Certains cherchent les sensations fortes, mais moi, je suis juste venu montrer mon quartier. Dans Gucci bae, je montre le point de vue d’un gamin pour qui tout ça, c’est normal. Avant, c’était des rêves, maintenant, je suis agressivement réaliste.

Je ne rappe pas pour être une star, mais pour sortir du ghetto.

Tu parles d’être agressivement réaliste, pourtant tu t’appelles Cashmire. Un nom qui appelle plutôt à la douceur. Paradoxale, non ?

Le cashmire, c’est doux et luxueux. Il y a ce truc du plus rare, du plus cher, du plus quali… Et du cash. Je ne rappe pas pour être une star, mais pour sortir du ghetto. Et je trouve cela agressivement réaliste. Si j’avais pu être une star de la médecine, j’aurais été content aussi. Mais ce que j’ai pu faire avec mes opportunités, c’est le rap. Et derrière cette réalité là, il y a la délicatesse et la finesse de Cashmire. D’où le jeu de mots.

Pour le côté douceur, de manière général, je suis aussi un lover boy quand même. J’aime les mélodies et les histoires d’amour. Mais j’ai aussi normalisé une certaine violence de la rue et du quartier. Le résultat, c’est Cashmire, un hybride de Tupac et Serge Gainsbourg. Et au-dessus du cashmire, il y a l’Alpaga. Mais je n’allais pas m’appeler Alpaga (rires).

Pour le moment, tu ne comptes aucun featuring à ton actif. As-tu prévu d’inviter des artistes du 18e pour mettre en avant ton quartier ?

Ce sera sans featuring. Cashmire fait une grosse prise de parole. Je tiens à dire des choses. Mais, par la suite, je vais rapidement devenir un acteur actif sur la scène dans le 18e arrondissement et faire découvrir plein de mecs que je trouve excellents.

Tu as déjà posé sur deux prods du rappeur Tejdeen qui vient de sortir un EP en mars. Une nouvelle collaboration est-elle pour bientôt ? 

Tejdeen, c’est une grosse connexion. Nous avons une alchimie qui est très forte. J’aime beaucoup ce mec. Il fait partie de ceux qui m’ont donné de la force, de la matière créative et de l’écoute à une époque où j’en avais besoin. Il a sa part dans ce projet qui arrive. J’avais une idée et je l’ai appelé pour qu’il la réalise. Le son est très lourd, il s’appelle Non.

Tejdeen, d’or et d’argent. Article à découvrir sur Mosaïque.

Un dernier mot ? 

Le projet arrive. Merci à vous. Restez branchés. Et surtout : 018.

« PoeticGhettoSound », le premier projet de Cashmire, disponible sur Spotify et Deezer.

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Carte de Marseille : une étoile du rap français

Vendredi 9 octobre 2020, Jul réunit 50 rappeurs marseillais sur la compile « 13’Organisé ». Depuis les premiers souffles du rap français, la ville de Marseille s’est distinguée comme un épicentre majeur de cet art. Après le passage d’une ancienne génération à succès (IAM, Psy 4 de la Rime, Faf Larage), une nouvelle vague de rappeurs méditerranéens continuent de rapper leur quotidien sur le vieux port, dans les gradins du stade Vélodrome ou de vadrouilles dans les quartiers Nord.

Explorez la carte de Marseille à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus de la ville :

Exploration sur PC recommandée.

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« QALF » – L’avis de la rédaction

Vendredi 18 septembre à minuit sortait « QALF », le quatrième album studio de Damso, mais aussi l’un des albums les plus attendus de l’année. À travers une tracklist de quatorze morceaux, le rappeur belge enchante autant qu’il déçoit, divise autant qu’il surprend. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Un album mature »

« QALF » sonne comme l’album le plus mature dans la discographie de Damso. Il réussit à se renouveler humainement et artistiquement, tant sur les thèmes abordés, que sur les productions du projet. Beaucoup plus lumineux que « Lithopédion », le projet témoigne d’une profonde richesse musicale qui transcende l’émotion dégagée par la plume de l’artiste. Remplie de nouvelles ondes positives, cette longue pause musicale aura permis au rappeur la création d’un opus audacieux, touchant et diversifié.
Mention spéciale : Pour l’argent, pour sa mélodie et son chant en lingala.

– Jules Careau

« Pas totalement convaincant »

Un projet loin d’être décevant, mais pas totalement convaincant. En effet, les thématiques abordées par Damso y sont intéressantes, mais la forme de certains titres plus mélodieux dans lesquels le rappeur belge s’essaye à de nouvelles choses peut surprendre, surtout à la première écoute. Si parfois l’expérience semble s’avérer payante comme sur Cœur en miettes et BXL Zoo, des titres tels que Deux toiles de mer ou encore 911 contrastent (trop ?) avec les sonorités que l’on aurait pu attendre de Damso. Des prises de risques qui laissent un goût amer à un projet de qualité, très personnel, profond et bien produit. En conclusion, « QALF » s’apprécie de mieux en mieux au fil des écoutes en attendant, peut être, une deuxième partie pour faire l’unanimité.

– Yassine Ben Amor

Cover de l’album « QALF ». Crédit : Romain Garcin.

« Une expérience sensorielle »

« QALF » nous plonge dans une expérience sensorielle. À travers l’un des nombreux univers côtoyé par l’artiste, tintée de différentes couleurs – l’amour, la famille, la foi, la transmission etc – sur fond de sonorités africaines, faisant écho à son pays natal : la République Démocratique du Congo. Cette mixtape, devenue album, nous permet de pénétrer la brèche déjà présente sur ses projets précédents. Les doutes et l’amour paternel dont il nous fait part dans Peur d’être père ou William sont alors parfaitement perceptibles dans le morceau Deux toiles de mer. On décèle une véritable maturité au niveau des émotions retranscrites. Nous avons à faire à un Damso serein – comme aime le rappeler son tatouage sur la main gauche – qui prend le temps de se focaliser sur ce qui compte réellement dans cette vie : la famille, la santé et l’amour des siens.

– Imane Lyafori

« Le Meilleur d’entre-vous tous réunis a changé »

« QALF » ou « Qui Aime Like Follow », un principe simple et pourtant si particulier. Laisser parler la musique sans fioriture. Ici pas besoin de cover, de clip ou de promotion démesurée. L’artiste y apparaît heureux, touchant et relâché, loin des entraves de l’industrie musicale. Le rappeur livre donc une véritable mosaïque d’émotions, pleine de couleurs et regorgeant de détails intimes. Il ne peut pas plaire à tout le monde, et c’est sans doute ça qui le rend si beau. Le Meilleur d’entre-vous tous réunis (MEVTR) a changé, mais pour évoluer et s’ouvrir encore plus. « L’album le plus attendu de l’année » mérite amplement son titre.

– Amaël Coquel

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Chroniques

Carte du 92, le vieux continent

[vc_row][vc_column][ts_text_block]Alors que la carte du 91 s’imposait comme le lieu de la nouvelle ère du rap, le 92 incarne une époque de l’âge d’or du rap. Lunatic, Les Sages Poètes de la rue, Beat de Boul, les collectifs et les groupes étaient très florissant à la fin des années 90. Derrière eux, l’ancienne génération va laisser un héritage marquant au rap français que nous connaissons aujourd’hui. Entre une punchline de Booba et une rime de Guizmo, le département des Hauts-de-Seine revendique une identité forte. À l’image des rappeurs qu’il abrite.

Explorez la carte des Hauts-de-Seine à travers les quartiers d’origine des rappeurs issus du 92 :

Exploration sur PC recommandé.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

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Décryptages Investigation

« DAMN. » L’album hip-hop de la décennie 2010 ?

[vc_row][vc_column][ts_text_block] 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

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Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

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Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

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UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »

Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.

 

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »

Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.

 

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Il y trois ans, Kendrick Lamar sortait un OVNI avec le projet « DAMN. » Un véritable chef d’œuvre qui illustre l’éthique de travail du rappeur et l’importance de la culture hip-hop dans la société américaine. Cet album composé par Greg Kurstin et Steve Lac, enregistré entre Hollywood et Santa Monica, pose une question fondamentale. Est-il le meilleur de sa décennie ?

 

LE CONTEXTE

Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »

Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.

 

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

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