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Unreleased : Kanye West – « So Help Me God »

Pour chaque album de Kanye West qui voit le jour, il en existe un autre qui ne sortira jamais. Un an avant « The Life Of Pablo », le rappeur annonçait un autre projet devenu depuis un mythe sur les forums de fans : « So Help Me God ». Alors que Ye ne semble pas vouloir nous livrer « Donda », son dernier album annoncé en juillet dernier et repoussé depuis. Décryptage de l’histoire de ce mystérieux projet, jamais dévoilé.

Le 11 février 2016, Kanye West faisait son apparition dans le mythique Madison Square Garden pour dévoiler sa nouvelle collection Yeezy devant des milliers d’invités. À l’occasion de ce show instantanément iconique et en présence des plus grands noms du monde de la mode et de la musique, l’artiste présentait également pour la toute première fois son septième album. Trois ans après son dernier projet, le très expérimental « Yeezus », le rappeur introduisait sa nouvelle création avec sobriété et décontraction : 

« Je suis sur le point de vous faire écouter mon nouvel album, donc si vous aimez n’importe quelle chanson, n’hésitez pas à danser, à bouger. Si vous êtes excités faites le savoir, applaudissez, faites ce que vous voulez. » Le monde découvrait alors « The Life of Pablo », (TLOP), sorti trois jours plus tard en streaming. 

Mais avant de porter ce titre et de faire trembler la célèbre salle new-yorkaise, le septième album de Ye était attendu par ses fans sous une autre forme. Un projet qui n’a jamais vu complètement le jour bien qu’il ait provoqué de multiples fantasmes et spéculations : la première version du septième album de Kanye West : « So Help Me God ».


Parler d’un album qui n’est jamais sorti implique de faire preuve de prudence. En ce qui concerne « So Help Me God », il est nécessaire de faire le tri entre d’un côté les événements ayant entourés la création de l’album et sa transition vers « The Life of Pablo » de 2014 à 2016. Et de l’autre les rumeurs, les leaks, les suppositions plus ou moins plausibles qui entourent le projet.

The Life of So Me Help Me God

Commençons par ce que l’on sait. 

Le 31 décembre 2014, Kanye partage son premier titre depuis la sortie de « Yeezus », un sixième album très agressif, brut et provocateur. À la surprise générale, il s’agit d’une collaboration avec Sir Paul McCartney intitulé Only One. En chantant du point de vue de sa mère décédée, Donda West, alors qu’elle le regarde depuis le ciel, Kanye rend un hommage émouvant à sa propre fille North et livre l’une de ses chansons les plus optimistes et touchantes. 

Radicalement opposé aux dernières sorties du rappeur, le single intrigue à sa sortie, et ses fans commencent à y voir une nouvelle direction pour Ye. L’apparition, quelques semaines plus tard, d’une deuxième collaboration entre l’ancien Beatles et Kanye, cette fois ci rejoints par Rihanna, renforce l’idée d’une nouvelle ère plus positive pour celui qui jouait depuis plusieurs années le rôle de méchant au sein du rap game. 


Mélangeant pop, folk, country et hip hop, Four Five Seconds est un single entraînant, débordant de bonne humeur et tranchant, plus encore que Only One, avec les derniers albums signés par Ye à l’époque.

Le 20 février 2015, lors d’un passage dans l’émission The Breakfast Club, Kanye annonce que son septième album, encore sans titre, est « terminé à 80 % ». Il reste très mystérieux concernant le contenu mais explique qu’il veut « se concentrer sur la musique, sur la joie, et se mettre au service des autres » à travers celui-ci. 

Il réitère six jours plus tard au micro de Zane Low, et promet un album rempli « d’amour et d’énergie positive ». Il aborde également son évolution dans le prêt-à-porter alors qu’il lance à cette époque sa collaboration avec Adidas. Après avoir fait ses preuves dans la musique en tant que producteur et rappeur, Kanye a longtemps exprimé sa frustration face au monde de la mode dont il se sent exclu.

« The College Dropout est né de ma lutte pour pouvoir rapper, cet album est né d’une lutte pour pouvoir designer. »

Kanye West

Au cours de l’interview, il compare son état d’esprit vis-à-vis de son prochain projet à celui qu’il avait lorsqu’il a façonné son tout premier album studio : « The College Dropout est né de ma lutte pour pouvoir rapper, cet album est né d’une lutte pour pouvoir designer. » Loin de la colère et de la frustration de Yeezus, Kanye commence à ouvrir les portes et réussit enfin à s’exprimer hors de sa musique, un souhait qu’il a toujours présenté comme son désir le plus fort. 


Au moment où Kanye commence à dessiner les contours de son album, l’attente s’intensifie avec la sortie de sa troisième et dernière collaboration en date avec McCartney : All Day. Le titre est introduit de manière fracassante lors de la cérémonie des Brit Awards. Accompagné sur scène par une centaine d’MC locaux, tous vêtus de noir, ainsi que deux lance-flammes, Kanye dévoile le single avec une performance à la puissance rare.

Avec Only One, Four Five Seconds et All Day, Kanye s’est illustré en trois sons dans trois genres très différents et place haut la barre pour son album. 
À nouveau au centre de l’attention, il annonce le 1er mars 2015 sur Twitter le nom de son prochain album : « So Help Me God ». Il publie également l’image d’un symbole monastique du XIIIe siècle associé à la Vierge Marie. Cette illustration est pendant un temps perçue comme la cover de l’album mais ne sera officiellement associée qu’au single All Day. Après avoir donné un nom à son oeuvre, et alors que l’attente du public explose, Kanye West disparaît.

The Birth Of Pablo 

Pendant des mois, aucune musique ne sort et les informations sur l’album sont sporadiques. Quelques tracklists plus ou moins fiables leakent et les forums de fans spéculent constamment. Pourtant, la sortie de « So Help Me God » semble être de moins en moins imminente. 

Comme un aveu de sa difficulté à finir son album, Kanye annonce qu’il change le titre en « SWISH », le 1er mai 2015, sans donner plus d’explication. Pendant un court laps de temps, le projet est également nommé « WAVES ».

Ce n’est qu’en janvier 2016, soit un an après la sortie de Only One, que Ye accélère et remet son septième album sur les rails. Il commence la nouvelle année avec Facts un titre trap relativement classique, à charge contre Nike. Une date de sortie tombe enfin, celle du 11 février, et le titre change une dernière fois avec l’annonce d’un sigle mystérieux, « T.L.O.P », révélé ensuite comme The Life of Pablo

Comme au début de l’année précédente, en l’espace de quelques semaines les sorties s’enchaînent avec Real Friends, No More Parties in LA et enfin 30 Hours. Mais cette fois-ci, Kanye va au bout et l’album finit par être dévoilé lors de son show au Madison Garden (voir au début de l’article, NDLR). 

De l’extérieur, il est impossible de savoir précisément à quel moment le septième album de Kanye West a cessé d’être « So Help Me God » pour devenir « The Life Of Pablo ». Le second a été construit sur les cendres du premier, mais les deux projets semblent avoir une vie distincte dans l’esprit du rappeur. Et face à la richesse de la musique qu’il sortait au moment de l’annonce de « So Help Me God », impossible de ne pas se demander à quoi aurait ressemblé l’album s’il était sorti à cette époque. 

Religion, introspection, collaboration 

C’est ici que l’on s’éloigne des certitudes pour se laisser aller dans les suppositions.

Avec un titre comme « So Help Me God », un symbole monastique et un rappeur qui entretient depuis ses premiers sons une relation forte avec le christianisme, on peut imaginer sans prendre de risque que la religion occupait une place importante dans l’album. Bien avant « Jesus is King » et les Sunday Services, Kanye évoquait régulièrement dieu et la spiritualité dans ses paroles, notamment dans « Yeezus », album au titre évocateur dans lequel il avait plutôt tendance à se mettre au niveau de dieu plutôt qu’à son service. Les leaks semblent aller dans ce sens, bien qu’ils doivent être pris avec des pincettes, avec des titres particulièrement connotés : God Level, New Angel, ou encore Fall Out Of Heaven.

Kanye préparait également un album ponctué de passages très personnels. Outre Only One, « So Help Me God » aurait pu contenir Awesome, une balade en hommage à sa femme Kim Kardashian. Le titre qui aurait été enregistré en 2011 n’est jamais officiellement sorti mais aurait pu enfin trouver sa place sur un album consacré à la joie et à la positivité.

(Extrait de Awesome

« Stop everything you’re doing now ‘Cause baby, you’re awesome, so awesome. You look too good to be at work. You feel too good to ever hurt. I hope you’re ready for tonight. I’m gon’ cook, you’ll be dessert. You can’t be still. I gotta move, I gotta dance, I gotta live, I gotta love, I gotta hope, I got a chance. ‘Cause baby, you’re awesome » 

Dans un ton plus sombre mais tout aussi personnel, Kanye devait inclure dans le projet la chanson très introspective I Feel Like That, présentée à la suite de All Day dans un clip réalisé par Steve McQueen. La vidéo n’a jamais été officiellement publiée bien qu’elle ait fait l’objet d’une exposition en 2015. Le titre est lui construit comme une suite de symptôme de la dépression et de l’anxiété énoncés par le rappeur, suivie d’un refrain dans lequel il les revendique :

(Extrait de I Feel Like That)

« Feeling afraid in open spaces or in public. Thoughts of ending your life. Feeling that most people could not be trusted. Poor appetite, heart or chest pains? I feel like this, I feel like this, I feel like that, I feel like this all the time. »

En ce qui concerne la trinité issue de la collaboration avec Paul McCartney, sa présence sur l’album semble logique, avec l’exception possible de Four Five Seconds que Rihanna voulait pour son propre album « ANTI ». Les trois titres n’ont finalement jamais rejoint le moindre album. 


Ce n’est pas le cas de Wolves, une chanson en featuring avec Sia et Vic Mensa entendue pour la première fois lors du premier défilé Yeezy en février 2015. Le titre initialement prévu pour « So Help Me God » a été conservé lors de la transition vers « The Life of Pablo » avec l’ajout d’un couplet absent de la première version.

Ce n’est pas le seul rescapé puisque Famous, l’un des plus gros succès de « T.L.O.P », était déjà prévu avant les changements de noms. À cette époque, le son s’appelait Nina Chop en référence à Nina Simone qui est samplée sur le morceau. Rihanna n’était pas présente sur la chanson, contrairement à Young Thug qui devait à l’origine en faire partie. 

Travis Scott aurait vraisemblablement aussi été dans le line up avec deux titres potentiels que le rappeur de Houston a finalement récupéré pour son propre album « Rodeo ». Dans une interview accordée à Billboard, il expliquait en septembre 2015 : « 3500 était censé figurer sur l’album Ye » ajoutant : « Ça devait être son single, mais il travaillait sur son album depuis si longtemps et mon album arrivait, alors je me suis dit : « Yo, je veux  m’amuser avec ça ». J’étais sensé avoir une feature de Ye dessus, et j’ai aussi refait le beat. »

Même destin pour Piss On Your Grave. Le titre provocateur aurait été enregistré lors des sessions studios avec Paul McCartney et était initialement destiné à « So Help Me God ». Mais Travis Scott qui voulait que le morceau figure sur son album l’a échangé avec Ye contre une démo de FML, un titre qui finira sur The Life of Pablo

Enfin, un dernier son revient régulièrement dans les leaks et les tracklists qui tournent sur les forums. Il s’agit de When I See it, dont une version a été publiée sur Soundcloud par Kanye West lui même quelques mois avant la sortie de « T.L.O.P ». 

(Extrait de When I See It)

« Roll some, think I’ll roll some. To know some, if we both honest. Who lasts ? Yeah, you lie. Spent the whole summer tryna be at the wrong place at the right time. But I know what’s mine when I see it. I know, I know, I know when I see it. Riding down the 405, baby. Pacing, thinking, to myself. If I should make it right when I pulled up to the light. And then my phone started ringing diamonds in the colors of those eyes. Don’t know why, but I know a sign when I see it. »

La prod du titre a finalement été donnée à The Weeknd pour son morceau Tell Your Friends, sur lequel le rappeur de Chicago a également apporté une contribution vocale. Si l’on ne sait pas si le chanteur canadien était prévu sur le titre original, la décision de lui laisser était certainement la bonne au vue du succès qu’a rencontré sa version du morceau, dont la qualité est à souligner. 


Après avoir écouter tous ces titres, il est évident que « The Life of Pablo » a conservé de nombreux éléments déjà présents sur « So Help Me God ». Mais l’album que Kanye préparait en 2015 avait sa propre identité. Il était visiblement plus proche de « Yeezus » que ne l’est « T.L.O.P », comme en témoigne l’implication de Travis Scott, absent du projet final, mais également l’agressivité d’un titre comme All Day qui aurait parfaitement trouvé sa place entre Black Skinhead et New Slaves. West semblait avoir un désir de chanter similaire à celui qui l’habitait lors de la réalisation de « 808s And Heartbreak » et une volonté de se livrer qu’il retrouvera sur son huitième album, « Ye ».

« So Help Me God » aurait pu être un album profond, différent, cohérent. Comme il aurait pu être décevant, trop pop, ou pas assez expérimental… La passion qui existe parmi les fans de Kanye West autour de ce projet avorté vient principalement du fait qu’il n’ait jamais vu le jour. Comme pour les nombreux unreleased de l’artiste (« Yandhi », « Good Ass Job », « Turbo Grafx »…), il est tentant d’imaginer qu’un chef d’oeuvre existe sur un disque dur caché quelque part à Calabasas. 

En réalité, Kanye a jugé que l’album n’était pas encore prêt, que ça n’était pas le projet qu’il voulait sortir à ce moment et il a préféré faire évoluer sa vision jusqu’à créer « The Life Of Pablo », un album qu’il a jugé suffisamment abouti pour être partagé. « T.L.O.P » est par ailleurs un excellent album : diversifié, ambitieux et unique.

 
On ne saura jamais si « So Help Me God » lui aurait été supérieur, ou même équivalent. C’est d’ailleurs ce mystère qui donne à l’album son aura. Ce sont les fantasmes, les rumeurs et l’imagination des fans de Kanye qui l’ont élevé au rang de véritable mythe dans sa discographie.

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« DAMN. » L’album hip-hop de la décennie 2010 ?

[vc_row][vc_column][ts_text_block] 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

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Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

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Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »

Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.

 

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »

Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.

 

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

[/ts_text_block][/vc_column][/vc_row]

Il y trois ans, Kendrick Lamar sortait un OVNI avec le projet « DAMN. » Un véritable chef d’œuvre qui illustre l’éthique de travail du rappeur et l’importance de la culture hip-hop dans la société américaine. Cet album composé par Greg Kurstin et Steve Lac, enregistré entre Hollywood et Santa Monica, pose une question fondamentale. Est-il le meilleur de sa décennie ?

 

LE CONTEXTE

Propulsé par le succès planétaire de « To Pimp A Butterfly » (2015), un projet très engagé qui mixe des sons et des rythmes jazz et soul, Kendrick Lamar est entré dans la dimension des très grands. Il le confirme en 2017 avec la sortie de « DAMN. »

Il aurait pu d’abord s’appeler « What happens on Earth stays on Earth ». C’est en tout cas ce qu’a révélé l’artiste dans une interview donnée à la radio Big Boy Tv. Il sera finalement nommé « DAMN. » pour sa facilité de prononciation et sort le 14 avril 2017. Composé de 14 titres, l’album offre plusieurs collaborations dont celles avec Rihanna, U2 ou encore Zacari.

 

« I DON’T DO IT FOR THE GRAM… » BUT STILL

Avec ce projet, il sera auréolé de succès. Cinq Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap, troisième meilleur album de la décennie 2010 selon Metacritic, disque de platine en seulement trois semaines… « DAMN. » se hisse dans tous les classements et n’a d’ailleurs toujours pas quitté le Top 200 Billboard.

Cinq singles se classeront finalement dans le top 100 Hot Billboard dont le titre HUMBLE. Il se placera rapidement en tête des charts. Ce morceau reste à ce jour son plus grand succès commercial. 

Le 16 avril 2017, il devient le premier artiste hip-hop à recevoir le Prix Pulitzer dans la catégorie musique (depuis 1943, elle n’avait récompensé que des œuvres de musique classique et de jazz, ndlr). Une véritable consécration.

 

Crédit : Eileen Barroso/Columbia University.

 

UNE INTROSPECTION

Chaque titre de l’album est consacré à une émotion humaine (HUMBLE, FEAR, LUST, LOVE etc), comme il l’explique dans une interview donnée à Apple Music. L’artiste se regarde dans un miroir et opère une introspection de ses émotions à la manière du premier morceau : « Is it wickedness ? Is it weakness ? »  (BLOOD). Si « To Pimp A Butterfly » donnait une idée de l’approche à adopter pour changer le monde dans lequel nous vivons, « DAMN. » propose de se concentrer sur ce que sont les hommes qui y évoluent.

Proche de son public, Kendrick accentue cette proximité à travers ce projet. Il s’y montre vulnérable (LOVE), emphatique (BLOOD) ou brutal (DNA). C’est à dire profondément humain.

 

Crédit : Apple Music.

 

Dans le morceau FEAR, l’artiste se confesse et revient sur trois périodes clés de sa vie, à 7 ans, 17 ans et 27 ans. Il y évoque son enfance où il fait face la violence conjugale entre ses parents ou ses voisins, son adolescence où il est confronté aux gangs et à l’âge adulte où subsiste sa crainte de perdre ses acquis.

Au début du track, il utilise un skit de sa messagerie vocale dans laquelle son cousin, Carl Duckworth (dont il parle dans le morceau YAH), mentionne un certain nombre de références religieuses. Kendrick démontre l’importance de la religion dans sa musique qu’il veut authentique et proche de Dieu. Il montre cette proximité avec l’assonance entre « Why God ? » et « I beat yo ass ». L’effet est garanti, FEAR est sincère.

 

UNE OEUVRE PROCHE DE LA PERFECTION

Conscient de la complexité de sa musique, il sait que l’auditeur devra écouter et réécouter son album pour en comprendre le message et ses subtilités. C’est un projet plein de sens dans lequel il ne laisse aucun mot au hasard, soignant chaque ver et chaque rime. Un travail d’orfèvre qui fait honneur à ses influences : Jay-Z, Eminem ou encore Tupac. Musicalement, les productions sont aussi très prenantes sur des morceaux comme HUMBLE ou DNA.

Le rappeur n’a pas hésité à enrichir ses productions avec des samples bien choisis. Le morceau LOYALTY se distingue par ses reprises de 24K Magic interprété par Bruno Mars, de Shimmy Shimmy Ya de Ol’ Dirty Bastard et de Get Your Mind Right Mami par Jay-Z. 

Préférant la qualité à la quantité depuis le début de sa carrière, K. Dot n’a rien laissé au hasard et ne s’embarrasse pas de lyrics superflus. Il y démontre une nouvelle fois sa versatilité. Du kick énervé pour DNA, une voix posée sur un tempo plus lent sur YAH ou encore un refrain chanté sur LUST.

 

 

Kendrick est revenu avec cet album pour prouver à tout le rap game qu’il est le numéro un. Alors pour montrer sa force, il n’hésite pas à kicker dans ELEMENT et à sortir les muscles. Il y déclare être le plus passionné de hip-hop et un acharné de travail. Même s’il doit le faire violemment, il écrasera la concurrence :

« If I gotta slap a pussy-ass nigga, I’ma make it look sexy ».

 

Kung-fu Kenny termine son deuxième couplet par une punchline puissante en deux parties. D’abord, il assume occuper légitimement les cinq premières places du classement des meilleurs rappeurs : « Mr. One through Five, that’s the only logic ».  Ensuite, il fait un clin d’œil à Tupac : « Fake my death, go to Cuba, that’s the only option ». En effet, selon certaines théories, il se serait exilé à Cuba en simulant son décès.

Ce track, produit par le beatmaker new-yorkais Kid Capri, est un concentré de culture hip-hop. Le beat utilisé provient d’un synthétiseur TR-808. C’est cette machine couramment utilisée dans les années 80 et 90 qui lui donne son grain si particulier. À travers un morceau d’ego trip subtil, audacieux et doté d’une production solide, Kendrick est dans son élément.

 

Extrait du clip de ELEMENT. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

UNE VERSATILITÉ ÉTONNANTE

Alors que certains artistes choisissent de conserver le même flow, le même rythme et le même style lorsqu’il découvrent la recette du succès, Kendrick préfère laisser parler sa créativité et ne cesse de sortir de sa zone de confort. Si sa polyvalence n’est plus à prouver, il a su se doter de nouveaux flows et d’un talent de conteur. Dans BLOOD, il y raconte sa rencontre avec une vieille femme aveugle qui semble chercher quelque chose. Dans une ambiance inquiétante soutenue par des violons, le rappeur de Compton lui propose son aide. La femme lui rétorque :« You have lost something, you lost… Your life » et lui tire dessus.

S’il n’a jamais été très clair sur ce que représente la femme et le coup de feu, nous pouvons néanmoins nous poser la question : est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Il termine le morceau en ajoutant un skit qui reprend la réaction de journalistes de Fox News (chaîne américaine profondément républicaine, ndlr) concernant la vision de la police que propose l’artiste dans le morceau Alright. Ce n’est pas la première fois que Kendrick sample des journalistes qui propagent des commentaires erronés et clivants sur sa musique. La chaîne l’a déjà accusé « de faire plus de mal aux jeunes Afro-Américains que le racisme lui même ». Il affirme ainsi une fois de plus son engagement aux côtés des Afro-Américains.

Sur des morceaux tels que LUST et PRIDE, le rappeur de Compton adopte des voix différentes pour casser le rythme et donner plus de puissance à ses messages. Dans LUST, il module son timbre en passant du grave à l’aiguë sur trois niveaux distincts. Il se moque des vices, comme la luxure (Lust signifie luxure), que peut impliquer la notoriété. Il donne l’impression de faire son auto critique, comme s’il était, lui-aussi, tombé dans les travers de la célébrité.

Sur PRIDE, il sort sa plume pour parler une nouvelle fois de religion et dénonce l’un des péchés capitaux : la fierté. Sur ce morceau, il joue sur le volume et la tonalité de sa voix pour montrer le contraste entre la réalité de ses actions et l’idéal selon la religion :  « Happiness or flashiness. How do you serve the question ? ».  Il se confie sur la complexité de vouloir éviter la perversité tout en voulant rester le meilleur.

 

LE PORTRAIT DE L’AMÉRIQUE

Le morceau XXX, en featuring avec U2, n’est pas le morceau le plus mainstream de l’album mais demeure sans doute l’un des plus engagés. Il dresse un cruel portrait de son pays et dénonce les inégalités aux États-Unis. Des inégalités qui, d’après lui, sont volontairement créées par le gouvernement pour ne pas faire basculer l’échelle sociale en laissant les minorités dans une position défavorable.

Au début du morceau, le groupe de rock britannique chante « America, God bless you ». Cette phrase très souvent employée dans le pays de l’oncle Sam apparaît dans la constitution du pays. À la fin du couplet de U2, le mot « understand » à été volontairement coupé pour montrer que cette société américaine qui vend depuis toujours le rêve américain est pleine de complexité.

Le premier couplet est scindé en deux parties. La première présente un Afro-Américain pauvre qui se bat à la fois contre la tentation de la délinquance et de la violence. La deuxième partie met en lumière cette même minorité mais cette fois représentée via le prisme des médias américains. Kendrick y répète à quatre reprises le prénom Johnny : « Johnny don’t wanna go to school no mo’, no mo’, Johnny said books ain’t cool no mo’ (No mo’), Johnny wanna be a rapper like his big cousin, Johnny caught a body yesterday out hustlin’ »

Ce prénom n’est pas choisi au hasard et demeure un symbole du pacifisme. Au XIXe et au XXe siècle, la phrase « Johnny get your gun » était utilisée pour enrôler les jeunes dans l’armée. Cette référence a été popularisée dans le morceau Over there de George M. Cohan (1917). Depuis, la phrase est devenue « Johnny got his gun ». David Bowie avait également utilisé le nom « Johnny » dans son titre de 1997 : I’m afraid of Americans. En utilisant Johnny, Kendrick appelle au calme et dénonce le fait que les Afro-Américains soit systématiquement représentés comme des athlètes, des rappeurs ou des criminels.

Le deuxième couplet débute avec un rythme totalement différent. Des sirènes de police se font entendre au loin. Il y raconte qu’un ami l’a appelé à 1 h du matin pour lui dire que quelqu’un a tiré sur son fils. L’homme est perdu, paniqué et fait appel à sa foi en lui demandant de prier pour lui : « K-Dot can you pray for me ? ».  L’homme ne cède pas la violence, contrairement à l’artiste qui lui rétorque : « If somebody kill my son, that means somebody gettin’ killed. »

Il explique que si quelqu’un s’en prend de la même manière à l’un de ses proches, il n’hésitera pas à céder à la violence. À travers cette conversation, il dénonce une justice à deux vitesses qui juge rapidement les Afro-Américains à cause de leur couleur de peau et les oblige à se faire justice eux-même parce que le système américain ne les protégera pas.

Sur le troisième couplet, Kendrick adopte à nouveau un tempo plus lent et dénonce cette hypocrisie de l’Etat qui condamne la violence de la rue mais qui continue d’autoriser la prolifération des armes : « You overnight the big rifles, then tell Fox to be scared of us ».

Dans l’élan de « To Pimp a Butterfly », K-Dot conserve cette ligne révolutionnaire et dénonciatrice. Malgré sa popularité qui a explosé, il reste fidèle à ses convictions.

 

LE TRAVAIL ARTISTIQUE, EXEMPLE AVEC DNA

Plus que l’aspect musical, Kung Fu Kenny s’est distingué grâce à un travail remarquable sur l’adaptation de ses textes à l’écran. Que ce soit pour le clip de HUMBLE, ELEMENT ou de LOVE, il n’a rien laissé au hasard.

 

Extrait du clip de DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Dans le visuel de DNA, il apparaît menotté, assis à une table. Un inspecteur (interprété par Don Cheadle) lui demande s’il sait ce que représente l’acronyme DNA et devant la non-réaction du rappeur, il lui répond : « Dead Niggaz Association ». Cheadle appuie alors sur un bouton qui semble être un détecteur de mensonge. Au moment où il clique, le détecteur s’emballe. L’acteur est pris de convulsions tandis que le fameux sample des journaliste de Fox News qui critique sa musique résonne. Une scène forte où l’artiste répond à ses détracteurs en les accusant d’être des menteurs.

Lorsque le morceau démarre, Cheadle se lève et commence à rapper les paroles de Kendrick, comme si la DNA du rappeur de Compton s’était introduite en lui. Après plusieurs secondes de lyrics, Kung fu Kenny réagit enfin et lui répond. Les deux hommes qui vivent dans le pays de Trump partagent leur appréhension des dangers du meurtre, de la condamnation, de la rédemption et de vivre avec un  « DNA’s Soldier » tout en restant citoyen d’un système qui leur est défavorable.

Débarrassé de ses chaînes, il retrouve ses « homies » pour dire au monde qu’ils sont bien les rois du rap game.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

Lorsqu’il termine son morceau, la caméra fait un plan sur Kendrick et son crew. Nous voyons alors apparaître SchoolBoy Q, faisant un signe avec la main. Une gestuelle universelle signifiant qu’ils sont prêts à en découdre. Libéré, il peut s’exprimer sur ce qu’il pense du système, de la célébrité, des médias et de sa place dans la société.

 

Extrait du clip du DNA. Crédit : Top Dawg Entertainment.

 

C’est notamment ce qu’il fait lorsqu’il rappe : « I’d rather die than to listen to you ». Le rappeur préfère rester en paix dans son cercueil plutôt que d’écouter les médias de masse qui déforment la vérité.

 

LE MOT DE LA FIN

À contre courant des tendances actuelles, Kendrick Lamar fait office de référence dans le Rap US. Alors qu’outre-Atlantique, le phénomène de la trap et des productions de bangers sont désormais sur les devants de la scène, des artistes comme K-Dot ou J. Cole restent fidèles aux racines du hip-hop avec des textes étoffés et des rimes multisyllabiques époustouflantes.

Après le succès de « To Pimp A Butterfly », il confirme son statut de roi du game. De la trap, du kick, un TR-808 mais aussi de la sensibilité et de la finesse, il s’agit d’une œuvre complète et saluée unanimement par la critique. Alors, est-ce le meilleur album de la décennie ? Les avis peuvent diverger et certains le rejoignent.

Quoiqu’il en soit, « DAMN. » n’en demeure pas moins l’un des projets les plus marquants de ces dix dernières années.

 

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