Catégories
Chroniques

« 140 BPM 2 » – L’avis de la rédaction

Vendredi 5 février 2021 sortait « 140 BPM 2 », le deuxième volet du projet drill d’Hamza. L’artiste belge tente une nouvelle recette en déployant méticuleusement un univers plus sombre. La rédaction de Mosaïque a planché sur ce nouveau projet et donne son avis.

« Ce dernier opus est la confirmation qu’Hamza est un artiste complet »

J’avais besoin d’amour et je ne l’ai pas trouvé sur « 140 BPM 2 ». Les sonorités mielleuses ultra maîtrisées que l’on peut retrouver sur « Paradise » ou bien « 1994 » ont résolument disparu. Malgré tout, le manque de romantisme laisse finalement place à un Hamza bien différent de l’époque d’« H-24 ». « À qui la faute, toute l’année en PTSD » : la toute première phrase de l’album plante le décor de l’univers plus tourmenté, presque moins assuré et quasiment anxieux que développe le rappeur. Difficile d’en vouloir à l’artiste belge, « 140 BPM 2 » est délivré avec sincérité. Malgré des beats plus agressifs ainsi qu’un storytelling nettement plus sombre, on se surprend à écouter avec douceur PTSD ou encore Fake Friends qui ne sont qu’une confirmation que le Sauce God est peut-être atteint du God Complex. C’est un album bien plus personnel que ses précédents projets qui n’ont jamais réellement été que de la poudre aux yeux alimentée par le prisme presque logique et souvent usé du sexe, de la drogue et des femmes. De la poudre qui aurait étrangement le pouvoir de nous faire patienter toujours plus intensément jusqu’au prochain projet. Bien loin d’être décevant, ce dernier opus est la confirmation qu’Hamza est un artiste complet et polyvalent qui ne va pas toujours là où on l’attend. Et c’est toujours pour le mieux.


– Rudy Jean-Baptiste

« Le Seul bémol ? La longueur du projet »

Que ce soit de la trap, du dancehall ou du RnB, Hamza a toujours eu plusieurs cordes à son arc et montre avec « 140 BPM 2 » qu’il peut réussir tout ce qu’il tente. Sur ce projet 100 % drill, il fait preuve d’une maîtrise du jeu que l’on n’avait plus vu de la part d’un Belge à Londres depuis les années d’Eden Hazard à Chelsea. Le moment fort du projet étant Don‘t Tell avec Headie One, figure de proue de la drill anglaise, sur une prod orchestrale, ténébreuse et entraînante composée par Bellagio, Lucozi et Pierrari. Le seul bémol ? La longueur du projet avec les featurings manqués de Gazo et Guy2Bezbar ainsi que celui avec Kaaris et un coup de mou au milieu de la tracklist que l’on doit à la redondance des sonorités drill. Cet opus n’est certainement pas sa meilleure proposition, mais peut-être l’un des premiers projets de drill française qui semble réellement abouti.


– Lukas Taylor

Si la justesse est de la partie, le projet ne transcende pas. La faute à une tracklist maladroite qui tombe dans le piège de la redondance des rythmiques anglophones.

– Thibaud Hue

« Hamza trouve un nouveau souffle »

Après avoir laissé reposer une sauce savamment mélangée pendant quatre disques, Hamza trouve un nouveau souffle et tente la carte du renouvellement. Et comme presque à chaque fois que le rappeur belge souhaite investir un nouvel univers, l’alchimie prend. Il avait d’ailleurs prouvé son aisance sur les partitions drill du premier volet de « 140 BPM ». Le Sauce God s’est entouré d’une équipe de producteur bien pensée, dont certains comme Ponko et Prinzly qui n’avaient que peu investi le terrain de la drill. Quelques prods proposent avec justesse des lignes plus mélodieuses et s’accordent avec les toplines millimétrées du rappeur. Pourtant, si la justesse est de la partie, le projet ne transcende pas et les écoutes de l’ensemble de l’album sont indigestes. La faute à une tracklist maladroite qui tombe dans le piège de la spirale entêtante des rythmiques anglophones. « 140 BPM 2 » fait ainsi office d’une pause stratégique dans le développement artistique d’Hamza et d’un apéritif de bon goût avant d’entamer une nouvelle recette. Il s’agira donc pour la suite de ne pas abuser des bonnes choses.


– Thibaud Hue

Catégories
Entretiens Rencontres

6osy : « Avec Argentique, j’ai voulu capturer des souvenirs »

Pour développer son talent comme on développe une photographie à l’argentique, 6osy a fait le choix de se plonger dans le noir. Celui dont le nom de scène se prononce « Bosy » met au jour des souvenirs enfouis qu’il a voulu capturer dans son troisième EP de six titres, diffusé le vendredi 19 février 2021 : « Argentique » . Rencontre avec le jeune rappeur lyonnais de 23 ans, quelques jours avant la sortie officielle de son projet.

Comment te sens-tu à lapproche de la sortie de ton EP ?

J’ai hâte parce que je sens un engouement différent. Les gens ont l’air enthousiastes. Avec le premier extrait Cobain, le public a pu voir mon évolution au niveau des prods, de ma voix et de mon univers.

Ce projet montre un changement vers un univers plus obscur. Comment as-tu créé « Argentique » ? 

Le beatmaler Kodgy m’a envoyé la prod de Cobain que j’ai adorée. Les sonorités m’ont vraiment frappées. Ce titre a été le déclic pour « Argentique ». J’ai compris que c’était ce style de musique que je voulais faire depuis longtemps, mais je ne savais pas encore comment le faire. 

Comment as-tu réussi à mettre en place cette nouvelle atmosphère ?

Je me suis entouré de nouvelles personnes. Pour mon deuxième projet « Lubies », j’avais travaillé avec un seul producteur : Prymus. J’ai récemment rejoint le collectif DIGITALWAV qui est composé d’artistes, de beatmakers et de graphistes. J’ai donc collaboré avec de nouveaux compositeurs. Le collectif m’a aidé à aller dans un univers plus sombre et mélancolique. J’ai également pris confiance en moi. J’enregistre seul dans mon appartement et j’essaye de tester de nouvelles choses parce que je suis plus à l’aise. 

Pour révéler des photographies à l’argentique, il faut que ce soit fait dans une chambre noire. J’aime beaucoup l’idée de révéler ses souvenirs cachés une fois plongé dans le noir, lorsque tu es seul. Ce sont ces souvenirs que j’ai voulu raconter dans les morceaux.

– 6osy.

Le concept d’« Argentique » était-il décidé avant de commencer à créer ?

C’est un concept que j’ai en tête depuis un moment, même avant « Lubies » (Son deuxième EP, NDLR). Pour révéler des photographies à l’argentique, il faut que ce soit fait dans une chambre noire. J’aime beaucoup l’idée de révéler ses souvenirs cachés une fois plongé dans le noir, lorsque tu es seul. Ce sont ces souvenirs que j’ai voulu raconter dans les morceaux. La mélancolie était l’ambiance qui s’adaptait le mieux.

Tu as voulu capturer des moments de ta vie ?

L’EP représente plusieurs moments de mon existence que j’ai romancés. Mais dans l’ensemble, il incarne l’hiver que j’ai vécu. J’écris toujours les sons par rapport à ce que je vis sur l’instant présent. Au moment de la conception du projet, j’ai rencontré beaucoup de monde. Ce sont les rencontres qui me marquent et dont je me sers pour écrire. 

Tu expliques que le projet est « une photographie de toutes tes peines et tes sentiments ». Avais-tu besoin de te livrer ? 

J’ai raconté des histoires plus sentimentales. Le son Phone, je l’ai écrit juste après une rencontre. Écrire les choses, ça me permet de les extérioriser, ce que je ne fais pas dans la vie de tous les jours. Je suis plutôt réservé au quotidien. Je me sens libre quand je fais de la musique. 

Sur la pochette justement, tu restes discret. Pourquoi avoir fait le choix de ne pas te montrer ? 

La cover a été réalisée à l’argentique. Pour coller au concept des souvenirs cachés à l’intérieur de l’EP, je ne souhaitais pas laisser apparaître mon visage entièrement. Je voulais que ce soit suggestif, comme des souvenirs effacés dont j’aimerais me débarrasser. La cover rappelle ce sentiment d’effacement. Nous avons fait un set up avec du papier cellophane et nous avons mis des coups dedans pour qu’il soit un peu abîmé, à l’image de la mémoire qui s’altère avec le temps. 

Es-tu parvenu à te débarrasser de tes souvenirs avec cet EP ? 

Clairement. Le son Phone, c’est un souvenir qui restera capturé dans le morceau, mais qui est sorti de ma tête. Finalement, la musique est thérapeutique. Ce sont des choses que j’aurais gardées en moi autrement.  

On peut remarquer que tu utilises du sound design. Est-ce quelque chose que tu as envie de développer ? 

C’est un effet que je voulais depuis le début pour dynamiser les morceaux. Les transitions sont aussi soignées et lient les sons entre eux pour que l’auditeur ne perde pas le fil. Je voulais que le projet puisse s’écouter de A à Z, même si les titres s’écoutent très bien séparément.

Je suis quelqu’un de très exigeant quand je fais de la musique. « Argentique », c’est celui de mes trois projets que j’ai le plus écouté pendant la conception. Je me suis vu progresser. C’est en tout cas l’EP dont je suis le plus fier musicalement parlant.

– 6osy.

« Argentique » est aussi loccasion pour toi de partager le micro avec Vinss et Bupropion sur Cobain ainsi qu’avec Batboy sur Bag. Ce sont tes premiers featurings sortis sur les plateformes. Pourquoi maintenant ? 

Avant, je voulais m’affirmer seul pour montrer mon potentiel. C’est le fait d’entrer dans le collectif DIGITALWAV qui m’a permis de faire ces connexions. Ils en faisaient déjà partie donc les collaborations étaient assez évidentes. J’ai envie de faire de plus en plus de featurings, mais il ne faut pas les forcer. Ce sont des opportunités qui viennent naturellement. 

Qu’est-ce que tu as écouté pendant la création d’« Argentique » ? 

Je n’écoute pas tant de sons que ça, étrangement. J’écoute ce que font mes potes… J’étais tellement focus dans mon truc que finalement, je n’écoutais que ma musique. D’ailleurs, je kiffe entendre mes sons lorsqu’ils ne sont pas sortis. Une fois qu’ils sont publiés, je n’arrive pas à les réécouter. 

Pourquoi ? 

Comme je donne ce que j’ai fait aux gens, ça ne m’appartient plus et je passe à autre chose. Je ne reviens sur aucun de mes projets. Aussi parce que c’est là que je visualise les défauts de ce que j’ai enregistré et j’ai tendance à me remettre en question. Je suis quelqu’un de très exigeant quand je fais de la musique. « Argentique », c’est celui que j’ai le plus écouté des trois pendant la conception. Je me suis vu progresser. C’est en tout cas l’EP dont je suis le plus fier musicalement parlant.

Penses-tu à sortir des formats plus longs ?

Le prochain projet sera plus long. Un dix titres sûrement. En attendant, j’espère qu’« Argentique » va être bien reçu pour que les gens soient, par la suite, réceptifs à un format plus exhaustif. J’ai déjà des idées et des prods pour le suivant, mais j’ai besoin de temps et de me vider la tête pour ne pas être trop influencé par ce que je viens de produire.

Tu es originaire de Lyon. Penses-tu que la ville va simplanter dans le paysage du rap français ? 

C’est une ville avec beaucoup de potentiel et qui va faire parler d’elle. Les styles y sont très divers, à l’image du rap qui se démocratise en France.

Qui suis-tu de près à Lyon ?

Je pense d’abord à Arsaphe, avec qui j’étais en studio tout à l’heure. C’est un artiste très polyvalent. J’ai aussi un pote qui s’appelle Squall-p. C’est lui qui m’a fait commencer le son. 

Y-a-t-il des artistes dont tu te sens proche sur la scène rap actuelle ? 

Captain Roshi me donne beaucoup de force parce que l’on se connaît depuis l’époque de Soundcloud. J’aimerais beaucoup faire du son avec lui à l’avenir. Même chose pour Squidji, avec qui j’avais déjà collaboré il y a trois ans.

Tu disais ne pas souhaiter vivre de ta musique. Avec lengouement que tu perçois en ce moment autour de toi, est-ce toujours d’actualité ? 

Cet engouement m’a fait réfléchir. Je me rends compte que les gens m’écoutent. Si je peux en vivre un jour, ce sera incroyable. Aujourd’hui, je suis en quatrième année d’école d’ingénieur agroalimentaire à Lyon. Je vais aller au bout de mes études pour sécuriser mes arrières, mais si des opportunités s’offrent à moi, je n’hésiterai sûrement pas. 

L’EP « Argentique » de 6osy est disponible sur toutes les plateformes.

Catégories
Décryptages Investigation

La romance désabusée de Jäde

La romance : pièce poétique à caractère intimiste et sentimental mise en musique. Avec son nouvel EP, Jäde délivre sa version de la « Romance ». Le projet d’une jeune femme de 25 ans, aux allures de journal intime. Celle pour qui l’écriture « n’a rien soigné » de ses maux, s’amuse de son obsession pour l’amour et de son incapacité à se sentir adulte. Dans une nonchalance joviale, Jäde nous raconte son projet, romantiquement désabusé.

C’est une histoire d’amour entre un homme et une femme… Point de départ de toute romance en littérature, la rencontre de deux personnages fait naître une trame narrative dont la fin heureuse fera verser une larme d’émotion au lecteur. Dans la romance de Jäde pourtant, les problèmes ouvrent le bal. Préférant mettre en avant ses tendances aux amours toxiques dès l’introduction, elle se refuse l’idylle des débuts dont les sonorités trap du morceau font état.

Avant même d’avoir pu naître, l’amour est condamné : « Depuis le début, je pense qu’à la fin » (Noir ou Blanc). Une vision fataliste dont Jäde ne parvient pas à s’émanciper. Au téléphone, l’ironie de la situation la fait doucement sourire : « Si je pouvais parler positivement des relations, ce serait avec plaisir. Mais je raconte mes expériences, qui sont plutôt négatives. J’ai une vision un peu sombre des relations en général. » Un rejet qui caractérise souvent les amoureux transis pour qui, « c’est tout ou rien ».

Face aux déceptions, faut-il alors choisir la musique avant l’amour ? Au détour d’une conversation sur Instagram, elle débat avec le rappeur Bakari de la place accordée aux relations en tant qu’artiste. Elle, défend que les deux sont conciliables. Lui, est sans concession. L’échange donne naissance à Groupie Love. Sur l’outro du morceau, elle sample l’une des notes vocales de leur discussion : « Le moteur de ma vie, c’est la musique. Ça veut dire, avec ou sans toi, je vais le faire. »

Avant-gardiste

Le projet respire une sensibilité exacerbée dont l’artiste souhaiterait s’affranchir : « C’est quelque chose que j’aimerais bien changer chez moi. Je me livre très facilement, trop facilement sur ce que je ressens. Et les gens n’ont pas besoin d’entendre tout ça (rires). » Pourtant, son émotion à fleur de peau rend l’EP cathartique tant elle dépeint des schémas amoureux fréquents. Jäde parvient à rendre universelles des expériences très personnelles, à la manière d’une icône RnB qu’elle tend à incarner.

Romain Garcin, créateur de la pochette de l’EP, confirme : « Jäde a une direction artistique qui rappelle le RnB des années 2000, sans tomber dans la caricature ou la copie mal faite. C’est une véritable éponge, de nombreux styles musicaux peuvent la faire vibrer. » Une éponge aux inspirations éclectiques dans un projet où elle interprète Adulte, un morceau aux accents soul. Du Kali Uchis dans les oreilles. 

J’apprends à découvrir ma voix parce qu’en vrai je chante bien (rires)…Enfin, je sais chanter. Et ça, souvent je l’oublie. 

Jäde

L’envie aussi de s’améliorer et de se découvrir. Pendant ses explications parfois perturbées par un voile de gêne, l’artiste peine encore à affirmer son talent : « Je sens que ma voix progresse. J’apprends à la découvrir parce qu’en vrai je chante bien (rires)… Enfin, je sais chanter. Et ça, souvent je l’oublie. » Cette évolution, le producteur Stu, co-compositeur du morceau Problème et proche de Jäde, la constate : « C’est une artiste avant-gardiste dans son style. Elle me permet de composer des choses différentes. Je la connais depuis l’époque Soundcloud et son flow a beaucoup évolué. »

Une touchante fragilité 

Souvent, au cours de la conversation, Jäde hésite. À l’image d’une artiste frontière, elle se laisse porter par ses humeurs. Dans son indécision, la chanteuse laisse transparaître une touchante fragilité. Celle qui a l’impression que sa vie « ne ressemble à rien par rapport à d’autres filles de 25 ans », a eu besoin de se sentir Adulte en retraçant son parcours amoureux, l’une des sources de son manque de confiance : « L’estime descend au sous-sol, voir s’il reste un peu d’alcool. » Un manque d’assurance sur lequel la jeune femme travaille : « J’aimerais réaliser mes clips de A à Z mais je n’ai jamais osé le faire. Je veux m’investir dans chaque étape jusqu’au montage. Je n’ai pas encore pris de risques dans mes visuels. Mais ça va changer. »

Au moment de la sortie de ce troisième projet intimiste, la timidité ne la quitte pas : « Je me suis trop livrée. Je ne peux pas jouer mes sons devant mes potes. C’est trop personnel. Je n’oserais pas appuyer sur play (rires). Limite, j’ai honte. » Celle qui se surnomme « Jäde » sur scène par pudeur et pour « être une autre version de (s)oi », confie qu’elle doit prendre confiance en elle mais ne sait pas encore très bien comment.

Un premier pas est franchi avec l’outro de « Romance » dans laquelle elle fait tomber le masque en nommant le titre par son vrai prénom : Adèle. Un morceau aux envolées de chant, proche de la variété française. Une couleur musicale qui se retrouve sur Noir ou Blanc, en featuring avec Squidji. Le Parisien « apporte une nouvelle couleur sur fond de variété française avec des drums trap plus actuels. Il donne du sens au storytelling en répondant à Jäde », selon Mike BGRZ, l’un des deux producteurs du titre.

Pour son prochain projet, Jäde a déjà prévu de sortir de sa romance : « Je ne sais pas faire, je ne l’ai jamais fait. C’est une nouvelle façon d’écrire pour moi. » En attendant, elle écrit sur son appartement, sa vie à Paris… Finalement, celui qui a su capturer son allure iconique, Romain Garcin, résume : « Jäde a une intention faussement nonchalante. Elle donne l’impression de passer à côté de sa vie, alors qu’elle en maîtrise chaque aspect. C’est ce qui la rend si particulière. »

La réalisation de la cover

La pochette de « Romance » a été réalisée par le photographe Romain Garcin. Il raconte point par point les étapes de son travail.

Découvrez-les en cliquant sur les animations ci-dessous. Activez le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Catégories
Décryptages Investigation

Regards croisés sur la mixtape « Tambora » de 1863

Deux cent ans après les jets de magma du volcan Tambora en Indonésie, le média 1863 fait éruption avec une mixtape du même nom, parue vendredi 8 janvier 2021. Une tracklist clair-obscur de douze morceaux, menée à la baguette par un rap underground avant-gardiste. Pour comprendre les origines du phénomène, Olivier Donnadieu, directeur artistique du projet, Alkakris, producteur, ainsi que les artistes Jäde et Rounhaa racontent les coulisses de la construction de « Tambora ».

Olivier : Avec les membres de l’équipe du média 1863, nous avons décidé de lancer « Tambora » au mois de juillet 2020. Nous voulions réunir des artistes qui collent à une direction artistique unique et cohérente, autour d’un ensemble d’instrumentales originales. Pour cela, nous nous sommes accordés aux identités musicales de quatorze talents. Le tout orchestré par Alkakris qui produit la mixtape.

Alkakris : 1863 m’a laissé carte blanche. J’ai choisi de rapper le premier titre moi-même pour donner la couleur de la tape et installer une cohérence. Mes compositions donnent un ton cloud et planant. Je ne connaissais pas tous les artistes et j’ai pris le temps d’écouter chacun d’entre eux pour m’adapter à leurs univers et personnaliser les compositions que j’ai proposé. Cela m’a aussi permis de sortir de ma zone de confort. Par exemple, Lala &ce et Jäde ont choisi une prod que je ne pensais pas du tout qu’elles prendraient.

Jäde : Les prods qu’Alkakris m’avait envoyé au début ne me plaisaient pas trop. Je savais que Lala &ce était aussi sur le projet donc je l’ai contactée. Les prods qu’elle avait reçu me parlait beaucoup plus et nous avons choisi de faire Tout d’un coup ensemble. Pour ce morceau, nous voulions revenir aux sources : elle et moi, sans ingénieur du son. Comme à l’époque de Soundcloud où l’on se retrouvait chez moi pour poser nos premiers beats sur des petits micros, mixés sur LogicPro. J’ai voulu retrouver cette vibe autour d’un passe-passe au feeling. Nous avons enregistré dans un studio à Bastille (Paris) où je suis tout le temps. Le titre a été ficelé en une soirée. C’était très naturel et je pense que les gens aiment cette spontanéité. C’est too much dans l’approche et ça nous a fait rire de faire un son pour « ken » que beaucoup prennent au premier degré.

Olivier : La mixtape a été réalisée à distance. Réunir les artistes en fonction de leur calendrier, des aélas et des imprévus, c’est un défi ambitieux et compliqué à relever. La tracklist a bien changé en sept mois de préparation. Il n’y a pas un seul nom qui était prévu que l’on retrouve sur le projet final. Jusqu’au dernier moment, nous ne pensions pas avoir le featuring entre Lala &ce et Jäde. Elles nous ont finalement fait le cadeau du morceau en décembre. C’est la magie de cette expérience.

Jäde : J’ai découvert 1863 cette année quand je suis arrivée sur Twitter. J’ai vu qu’ils me donnaient beaucoup de force et je ne pouvais que les remercier en faisant le son. Je m’attendais à ce qu’ils m’invitent et c’était logique que j’accepte. Je connais l’identité du média et je connaissais les artistes qui étaient invités. J’ai fait confiance.

Olivier : En ce qui concerne la direction artistique, nous voulions proposer une tape que l’on puisse écouter pendant une nuit d’été. Du crépuscule jusqu’à l’aurore. C’est pour cela que le projet s’ouvre et se ferme sur des sons doux. L’auditeur retrouve des morceaux plus rythmés pour rester éveillé au milieu de la nuit. C’est le cas du titre 4.4.2 de Rounhaa, placé au milieu de la tracklist pour faire la transition.

Rounhaa : Avec les deux mélos qu’Alkakris m’avait envoyé, Ugz Beat a fait deux prods. C’est un beatmaker avec qui je travaille souvent, présent sur deux sons de mon dernier projet « Horion ». J’ai voulu les utiliser parce que ça se marie super bien avec l’idée de la mixtape qui est celle d’aller vers des tons sombres avant de s’adoucir. Je propose donc un titre avec une phase plus kickée et l’autre plus posée. 1863 a tout de suite aimé le morceau. J’ai kiffé travailler avec eux, c’était très naturel.

La réalisation de la cover

La pochette de « Tambora » a été réalisée par Olivier Donnadieu (@OlivierDne), également directeur artistique. Entre les premières réflexions et le résultat final, le visuel a beaucoup évolué. Il raconte point par point les étapes de son travail.

Découvrez-les en cliquant sur les animations ci-dessous. Activez le son pour mieux profiter de l’expérience. Cliquez en bas à droite pour mettre en plein écran.

Olivier : Nous sommes très satisfaits des retours et « Tambora » a réalisé le meilleur démarrage du label Jeune à Jamais avec qui nous avons collaboré. Nous sommes aujourd’hui en train de voir comment proposer le CD en physique pour remercier la communauté et dépasser la frontière de Twitter et du numérique. Nous pensons également à clipper certains morceaux. Tout est encore en discussion. Laissons d’abord le temps au projet de respirer.

Catégories
Chroniques

La sélection 2020 : les documentaires rap

Le rap ne cesse de raconter des histoires. Parmi elles, certaines deviennent plus grandes que les notes et les mots et méritent d’être mises en image. L’occasion de donner vie aux punchlines et laisser tourner la caméra. Mosaïque livre sa sélection des documentaires rap de l’année.

« Le bâtiment 7 », par StreetPress

« On a réussi à faire de notre bâtiment le plus connu de toute la France. C’est fort ! », s’exclame le rappeur Kodes devant la caméra de StreetPress. Au croisement des cités de Grigny, Corbeil-Essonnes et Évry, située à trente kilomètres de Paris, la tour du Parc aux lièvres rayonne de son bâtiment 7. Graphé sur un mur, le visage des sept rappeurs qui ont élevé le nom de leur quartier. Shotas, rappeur montant, regarde avec nostalgie à travers la vitre brisée du hall qui l’a abrité pendant près de six ans. En 2021, cet immeuble construit sur une dalle sera détruit pour laisser place à 1 800 nouveaux logements. Autour de lui, les commerces se sont éteints peu à peu et l’écosystème du quartier a perdu sa vitalité. Un crève-cœur pour ces artistes comme Koba La D qui rappent le « Bat 7 » depuis toujours. Les habitants, bientôt relogés, peinent aussi à partir. Sam réside ici depuis 40 ans. En se remémorant les bons moments, elle regrette : « Ce sont nos vies qui vont s’écrouler. Je ne partirai pas d’ici. » Immersion dans le berceau du 7 Binks avec StreetPress. Un documentaire réalisé par Matthieu Bidan et Cléo Bertet.

– Thibaud Hue

« Clasher l’ennui », pour l’Abcdr du son

C’est une histoire presque oubliée que nous compte Yveline Ruaud. Le genre de mythe qui habite encore une ville grâce au bouche à oreille et quelques cassettes VHS. Cette histoire, c’est celle des battles de clash « Dégaine ton style », organisées aux Ulis aux début des années 2000. Comme toute histoire, « Dégaine ton style » a ses héros : Gyver Hypman, Fik’s Niavo, John Steell et les autres organisateurs de ces soirées. Des jeunes de la ville qui, pour tuer l’ennui et rassembler, ont décidé d’investir un lieu : le Radazik. C’est ici, dans cette petite salle d’une cité dortoir oubliée de l’Essonne, que va s’écrire l’une des premières pages du rap underground français. Des matchs d’anthologies devant un public entassé et chauffé à blanc. Des punchlines percutantes et des flows incisifs. Un même amour de la rime et de la performance. Les battles « Dégaine ton style » imposent les Ulis et ses environs sur la scène rap de l’époque. Au-delà des quelques noms qui sortiront de cette pépinière, Sinik et Aladoum pour ne citer qu’eux, c’est l’esprit « clash » qui perdurera. Par la suite, d’autres compétitions emboîteront le pas comme End Of the Weak ou les Rap Contenders, plus ou moins inspirées de l’atmosphère ulissien. Après sa série documentaire sur Le Dojo et la 75e Session, Yveline Ruaud s’illustre à nouveau par sa capacité à raconter un état d’esprit musical en prise avec son environnement. « Clasher l’ennui » pour l’Abcdr du son, à (re)voir absolument !

– Robin Spiquel

« D’IAM à JuL, Marseille capitale rap », pour France Télévisions

Entre la première cassette d’IAM et le stade Vélodrome de Soprano, trente ans se sont écoulés. Loin des lumières de Paris, Marseille brille par ses rappeurs, devenus de véritables ambassadeurs. En témoigne le succès détonant de Jul, désormais devenu le plus gros vendeur de l’histoire du rap en France. SCH, Keny Arkana, Alonzo, Akhenaton, Soso Maness, JUL et autres producteurs et compositeurs ont été réunis pour conter la belle histoire du hip-hop dans la ville. Un phénomène culturel intimement lié à la situation sociale des quartiers où le verbe a toujours tenu une place de choix. Réalisé par Gilles Rof et Didier D. Daarwin et guidé par le timbre rauque du vétéran Faf Larage à la voix off, le documentaire de France Télévisions illustre la connexion particulière entre ce mouvement musical, désormais intergénérationnel, et la cité phocéenne. Capitale Rap.

– Thibaud Hue

Catégories
Chroniques

La sélection 2020 : les beatmakers

Derrière les machines se cachent des techniciens du son et des penseurs musicaux. En composant des instrumentales sur mesure, ils subliment le talent artistique des rappeurs. Certains ont d’ailleurs été particulièrement remarquables en 2020. Mosaïque livre sa sélection des beatmakers de l’année.

Dioscures, le talent dans la matrice

Comment penser à 2020 sans se replonger dans les beats mélancoliques de Dioscures. Acolyte de l’ombre d’un certain Laylow, le producteur franco-algérien aura marqué l’année de son empreinte à plusieurs égards. Le 28 février, « Trinity » se présente au public. Un album qu’on ne présente plus et sur lequel Dioscures joue le chef d’orchestre. Présent sur près de la moitié des titres, il a permis à l’artiste toulousain d’affiner son monde digital. Une direction artistique particulièrement palpable sur le morceau NAKRé, en coproduction avec le pianiste Sofiane Pamart. Pourtant, limiter le travail de Dioscures à cet opus serait réducteur. Il a également accompagné son comparse Laylow sur quelques-uns de ses meilleurs featurings comme À la vie à la mort, avec Aladin 135 ou Le plan, aux côtés d’S.Pri Noir. Le compositeur sait aussi se fondre à l’univers de d’autres artistes. En fin d’année, il emmène ses talents auprès du parisien Squidji, pour produire les titres Popstar, Rose et Melancholia. Plus étonnant encore, il compose la publicité du dernier Assasin’s Screed : « Valhalla », toujours avec Sofiane Pamart. À seulement 25 ans, le producteur annonce qu’il mettra bientôt fin à sa carrière musicale. Et ce, après la sortie de son unique projet solo : « Ciela », attendu en février prochain.

– Robin Spiquel

Flem, noir c’est noir

Toute œuvre d’art a son architecte. « La Menace Fantôme » de Freeze Corleone est une pièce unique qui voit le jour grâce à la noirceur de son compositeur : Flem. Beatmaker de toujours auprès du collectif 667 et déjà présent sur « Projet Blue Beam », il est le bras droit du rappeur. C’est donc logiquement qu’il s’aligne à la prod de ses featurings dont, en 2020, le fameux Drill FR 4 avec Gazo ou plus récemment ny à fond avec Alpha Wann. Une collaboration régulière à laquelle ChenZen fait souvent référence : « s/o le Flem » (Sacrifice de masse). Le producteur marque l’année de son empreinte tant l’obscurité de sa signature musicale drill a résonné. Cette visibilité nouvelle lui vaut d’ailleurs d’être mis à l’honneur sur le projet de Django : « S/o le flem », entièrement produit par ses soins. L’année de Flem reste aussi celle de sa performance sur le titre Freeze Raël qui a fait l’unanimité dès les premières notes. La basse grésillante du morceau provoque des vibrations venues d’ailleurs, comme s’il invoquait les ténèbres avant que Freeze Corleone mette à exécution son flow démoniaque. Une introduction d’album déjà culte qui rappelle à chacun le rôle clé du beatmaker dans la conception d’un projet. Si Freeze Corleone porte la couronne, Flem soulève son sceptre. 

– Lise Lacombe

PH Trigano, l’année mélodieuse

Le plus californien des français, c’est ainsi que se décrit PH Trigano. Proche du collectif Bon Gamin dont Ichon est l’une des pièces maîtresse, il signe la quasi totalité des morceaux de son album « Pour de vrai ». Un projet notamment marqué par sa musicalité luxurieuse. Sa présence a aussi été remarquée sur les tracklists de deux artistes belges : « ALT F4 » de Swing et « Irréel » de Geeeko. Le rappeur aux dreadlocks colorées confiait d’ailleurs au média 1863 avoir fait appel au compositeur pour passer un cap et créer une atmosphère classe et sophistiquée. Clavier et guitare à la main, le beatmaker apparaît également sur la session Colors de Lala &ce qu’il accompagne lors de son interprétation de Parapluie, titre à succès dont il est le maestro. Point d’orgue d’une année fructueuse, PH Trigano dévoile en décembre son single France 98, sur lequel il prête sa voix chaude. S’apprêterait-il à sortir de l’ombre de ses boîtes à musique ?

– Lukas Taylor

twinsmatic, la force de l’Atlas

À l’image du titan grec Atlas qui figure sur la pochette de son projet sorti le 3 avril 2020 et qui porte seul le poids du monde sur ses épaules, Julian a voulu marquer l’année d’un projet qu’il a entièrement produit après le départ de Nadeem, ancien membre qui composait leur duo twinsmatic. Un tour de force réussi grâce à un échantillon diversifié de productions et des collaborations cohérentes. En réunissant des rappeurs installés comme SCH, Dinos ou Koba LaD, ainsi que des artistes émergents comme Box et Marj, twinsmatic réussit le pari d’un projet ambitieux qui participe à la mise en valeur des compositeurs sur la scène rap. Après être apparu sur le projet « XXIII : Bilan de vie » de Gianni avec Bientôt, il clôture son année sur le titre Diptyque qui ouvre avec justesse l’album « Stamina, » de Dinos, et annonce trois projets prévu pour 2021. 

– Lise Lacombe

Prinzly, l’homme derrière « QALF »

Premier coup de feu en janvier 2020. Sous les caméras de Konbini, Prinzly assiste à la naissance du banger Œveillé qui signe le retour de Damso en solo, sur une prod qu’il a lui-même composé. Devenu central dans l’instrumentalisation des pensées du rappeur, le beatmaker se distingue comme l’un des architectes de « QALF ». Il est d’ailleurs celui qui signe le plus de prods de l’album, présent sur dix morceaux, dont BXL ZOO, 911, DEUX TOILES DE MER et CŒUR EN MIETTES. Si la musicalité du projet se distingue comme l’une des plus riches de l’année, la présence de Prinzly n’y est pas pour rien et s’imbrique avec brillo dans la nouvelle direction artistique choisie par Damso. Hybride dans son approche, le compositeur ne cesse de s’affranchir du rap pour exporter son univers. En témoigne ses créations pour Tassae (Salope, À l’envers) et Lous & The Yakuza (Laisse moi). Son placement, en tandem avec Ponko, sur le titre Mauvaise Foi de Bonnie Banane prend d’ailleurs une tournure inattendue. Sur un rythme lent qui valorise les vocalises de la chanteuse, il ajoute une basse saturée et force l’alchimie. Le titre trouve alors une résonance particulière auprès du public et permet à l’artiste de le jouer dans les studios de Colors. Le beatmaker bruxellois se distingue également comme l’un des artisans de l’EP « Parades » du rappeur parisien montant Squidji.

– Thibaud Hue

Catégories
Chroniques

La sélection 2020 : les clips

Visage d’une direction artistique, les visuels qui accompagnent un morceau façonnent l’univers des rappeurs. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection des clips de l’année.

911 – Ichon

Ichon est mort. Il peut enfin vivre. Le clip du morceau 911 réalisé par Julien Malegue et Antoine Mayet est une ode à la liberté et l’affranchissement. À l’image de son album, Ichon se délivre de ses démons drapés sous les codes normés de la société. Dans l’émission Le Code, le rappeur confiait à Mehdi Maïzi avoir des « derniers rêves de vie normale », symbolisés dans le visuel par une petite Porsche. C’est au volant du modèle 911 de la marque allemande que le rappeur fait la transition entre deux versions de lui-même. La voiture le fait quitter des plans étriqués dans une salle close pour des plans larges au grand air. Visuellement, l’artiste se libère du rouge sanglant de ses chaînes pour le bleu ciel de la quiétude. Dans un duel final, Ichon affronte Yann (son vrai nom). Dos à lui-même, il vient à bout de son double enragé au terme d’un combat sanglant. Les chrysanthèmes l’accompagnent dans son deuil tout au long du clip. Nu comme le jour d’une résurrection, le rappeur se jette d’une falaise pour mieux renaître. Le clip est aussi sincère que le projet qui le porte. Une sensibilité exacerbée, brillamment mise en image dans une succession de tableaux aussi poétiques que symboliques. 

– Lise Lacombe

Tieks – 13 Block feat. Niska

Depuis la sortie de « BLO », 13 Block était resté discret. Retour en force avec le single Tieks, en collaboration avec Niska, et un visuel détonant concocté par la boîte de production Adeus, aussi à l’origine de clips pour Damso et Orelsan (911, Rêves bizzares et Discipline). Ilya Chemetoff et Roman Lagier à la réalisation mettent en scène les trois kickers à travers des décors oniriques. D’un hall d’immeuble plein à craquer, en passant par une interpellation de police musclée, les scènes s’enchaînent dans un feu d’artifice d’effets spéciaux. Dans ce visuel inspiré de pop culture, Niska se retrouve même modélisé dans un remake du jeux vidéo Grand Theft Auto. Les plans saccadés qui rentrent dans la perspective de l’image rappelle par ailleurs quelques phases du clip mythique de Je danse le Mia d’IAM (1993).

– Thibaud Hue

Smile – Lefa feat. SCH

Dans un thriller en bord de mer, Lefa partage l’écran avec un homme taillé pour le rôle de gangster : SCH. Le film, réalisé par Akim Laouar Aronsen, met en scène une prise d’otage dont Lefa est la victime. D’abord bourreau puis héros du scénario, le rappeur d’Aubagne les libère de ses ravisseurs dans une rafale de tirs aussi éclatante que son visage réjoui. Porté par la prestation remarquable de l’acteur Idir Azougli, le clip est digne des visuels que Lefa a coutume de proposer et confirme que la prestance du S aurait assurément sa place sur grand écran.

– Lise Lacombe

Trinityville – Laylow

Au milieu des immeubles endormis trône un building illuminé. À son sommet, de grands néons verts fluorescents dessinent le nom de « Trinity ». Déjà intégré dans la matrice pour le deuxième clip de son projet, Laylow donne vie à son expérience digitale. Le visage fermé, une jeune femme marche dans les pas du rappeur et ne cesse d’apparaître et de se dématérialiser. Attablés à un bar puis les regards qui se croisent dans un ascenseur, le duo flirte avec frénésie. Carré brun et silhouette filiforme, elle rappelle le personnage de Trinity dans Matrix, dont Laylow s’est grandement inspiré pour articuler son univers. « Pleins phares, pleine lune sur la ville. Flammes sortent du pot d’échappement quand je navigue », rappe le Toulousain adossé à sa Lamborghini Gallardo. La cylindrée déjà présente sur la cover de sa première mixtape : « Mercy ». Une boucle bouclée par la boîte de production TBMA, composée de Travis Bickle et de Laylow lui-même, sous le pseudonyme Mr Anderson.

– Thibaud Hue

Catégories
Chroniques

La sélection 2020 : les révélations

2020 laisse place à une nouvelle année et emmène avec elle quelques figures émergentes de la scène du rap français. Ces quelques noms, promis à un brillant avenir, doivent pour certains répondre aux attentes, pour d’autres, confirmer leur talent indéniable. La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection des révélations de l’année.

Gazo, braqueur passion drill

S’il rappe depuis l’âge de 12 ans (d’abord sous le nom de Bramsou), le rappeur de 26 ans embrasse enfin le succès. Influencé par les anglophones Russ ou Pop Smoke, Gazo s’érige comme un drilleur hors pair et porte avec justesse les codes du mouvement hip-hop qui a investi l’Hexagone. Bramsou, devenu Gazo avec le premier opus de sa série de freestyle « Drill Fr » (Octobre 2019), explose avec le hit « Drill FR 4 », en featuring avec Freeze Corleone.

À découvrir sur Mosaïque : Le virus drill, les premiers symptômes.

De l’énergie, de la présence dans la voix, des flows et des phases déjà cultes, en témoigne le fameux : « Tema la kichta, tema la taille de la kichta », Gazo ne cesse de grandir et signe cette année sur le label Epic Music France de chez Sony. Hamza, Dosseh, Gims, Jul ou encore Kaaris, le jeune homme originaire de Saint-Denis multiplie les collaborations, toutes aussi prestigieuses les unes que les autres. Si 2021 sera sans doute une nouvelle année couleur drill, le rappeur aura des cartes à jouer pour continuer d’exporter son univers.

– Yassine Ben Amor

Frenetik, la noirceur haute en couleur

Un flow incisif, des prods brutales et des textes impactants, Frenetik a de nombreux atouts qui font de lui un artiste complet et attendu. Sa plume colorée, intégrée à un univers particulièrement sombre, s’exprime avec justesse sur son premier EP « Brouillon », dévoilé en mai 2020. Des mots crachés avec un delivery aiguisé, presque assassin, Frenetik, signé chez Sony Music France à tout juste 22 ans, connaît une ascension fulgurante.

Son passage dans le studio Colors en septembre 2020 pour interpréter le morceau Infrarouge lui offre une visibilité nouvelle et enflamme les réseaux sociaux. Alors que le titre de son premier projet laisse entendre que ce n’était qu’un croquis, il laissera bientôt place à une ébauche aux multiples teintes : « Jeu de couleurs », attendu pour le 22 janvier. 

– Imane Lyafori

Captaine Roshi, à l’assaut

Peu de repos pour le Captaine cette année. Avec une réédition et deux projets, l’ex membre du collectif Ultimate Boyz (Squidji et Bitchies) a su affirmer son statut de rookie. Après sa signature sur le label Caroline en 2019, Roshi entre réellement dans la cour des grands en croisant le fer avec PLK, Gradur ou encore Alpha Wann. Un succès porté par des visuels soignés comme le clip de Molotov, réalisé par le collectif BLEUNUIT, mais aussi des démonstrations lyricales comme le désormais classique Journal de bord.

– Robin Spiquel

Meryl, ode à la mélodie

Jeune artiste sur sa rampe de lancement, Meryl rappe déjà comme une vétérante. À travers sa mixtape « Jour avant caviar » et ses quelques brillantes apparitions en featuring (O NONO, avec Le Juiice), l’artiste, déjà toplineuse pour SCH, Niska, Shay ou encore Timal, confirme son talent de mélodiste. Elle s’appuie aussi sur une personnalité détonante et une signature musicale bien identifiée, débordante de sonorités antillaises. Cerise sur le caviar, Meryl a été nommée aux Bet Hip Hop Awards, la cérémonie de la chaîne de télévision américaine Black Entertainment Television (BET), dans la catégorie : meilleurs flows internationaux.

– Thibaud Hue

SDM, le poulain de l’écurie 92i

Porte étendard de son département, SDM s’impose en 2020 comme l’un des espoirs de la scène rap émergente. C’est d’ailleurs aux côtés de son voisin de Clamart, PLK, que le rappeur glane son premier million de vues avec le morceau Jack Fuego. Son timbre grave et sa plume dense ne passent pas inaperçus auprès du dénicheur de talent Booba, qui l’invite sur son label 92i en février 2020. De cette signature naît ensuite une collaboration entre les deux artistes autour du morceau La zone. Productif tout au long de l’année, l’artiste a également collaboré avec Koba LaD et Timal. En 2021, le rappeur devrait continuer d’enfiler les bangers et annonce la sortie d’un premier album, aux allures de confirmation. 

– Lise Lacombe

Catégories
Chroniques

La sélection 2020 : les pochettes

Il y a certaines pochettes d’album qui resteront dans l’Histoire du rap. Parmi les covers de l’année 2020, trois ont particulièrement retenu notre attention. Artwork original, présentation épurée, cliché chargé en symboles… La rédaction de Mosaïque vous livre sa sélection.

« Sélection naturelle » – Kalash Criminel, par le photographe Fifou

Si la cover de « La Fosse aux Lions » (2018) avait été fortement critiquée, Kalash Criminel a su servir un projet au moins aussi bon avec, cette fois-ci, une pochette marquante.

Réalisée par Fifou, la cover de « Sélection Naturelle » a nécessité trois mois de travail. À France.tv Slash pour la série « Undercover », le photographe expliquait : « Nous avons fait le pari de remettre l’Afrique et la famille au centre, sans montrer Kalash. Ce qui était compliqué, c’était surtout de trouver une femme disponible, prête à allaiter devant l’objectif. »

La couverture finale propose un message fort qui correspond à l’univers de l’album et de l’artiste sevranais. Nous pouvons apercevoir deux policiers face à une mère de famille noire cagoulée, dos à un arbre, allaitant son bébé dans les bras. Devant elle, un jeune garçon appelé Mansa. Bien qu’il ne soit pas réellement atteint d’albinisme, son teint rappelle la couleur de peau de Kalash Criminel.

L’artiste d’origine congolaise a dénoncé à plusieurs reprises la discrimination que les albinos subissent en Afrique, considérés comme faibles et maudits. Malgré son jeune âge, le garçon de la pochette se montre déterminé à protéger sa famille. Une mise en scène qui n’est pas sans rappeler le single But en or, en featuring avec Damso, où le rappeur défend sa condition dans son texte : « Ils se moquent de mon albinisme, mais c’est ça qui fait ma force », ainsi que dans le clip réalisé par Felicity Ben Rejeb Price.

Le cliché mêle également une réalité tristement actuelle : celle des violences policières. L’un des deux policiers, la main posée sur son arme, fait face à une mère de famille seule et avec pour seule défense un bâton de bois. Un symbole fort et esthétique qui érige la pochette comme l’une des plus marquantes de l’année 2020.

– Yassine Ben Amor

« QALF » – Damso, par le photographe Romain Garcin

Le visage baissé, puis complètement incliné, avant de montrer le fond de sa pupille obscure, Damso a autant de personnalités que de pochettes et se renouvelle. Une peau neuve artistique qui se fond à travers une cover mystérieuse, à l’image de ce quatrième projet, « QALF ».

Sur une nouvelle vague musicale, le rappeur, désormais indépendant, souhaite remettre la musique au centre du jeu. Le créatif Romain Garcin, déjà à la réalisation de la pochette de « Lithopédion », trouve la bonne formule et opte pour un boîtier transparent, un CD noir et une cover vide. Mais pas moins complexe.

L’intégralité de l’entretien est à retrouve ici : Romain Garcin nous raconte la réalisation de la cover de « QALF ».

Le photographe belge confiait d’ailleurs à Mosaïque : « Je pense que les covers qui marquent le plus leur époque sont rarement celles qui montrent des portraits mais plutôt des concepts. Nous voulions créer un album intemporel, qui se concentre sur l’essentiel. » À travers une police travaillée de façon unique dans ses détails et sa mise en forme, il réalise un artwork discret et précis, gravé sur le boîtier cristal de l’album. Il devient alors « indissociable du CD qu’il contient », précise Romain Garcin, avant d’ajouter : « L’idée, c’était de réaliser une cover simple mais pas simpliste. »

– Thibaud Hue

« Stamina, » – Dinos, par le photographe Fifou

Un enfant, un ring de boxe, et Dinos. De la sueur et un doigt posé sur la tempe. À première vue, la pochette de « Stamina, », réalisée par Fifou, laisse entrevoir une figure paternelle exprimant à son enfant l’importance de se battre d’abord avec sa tête, et ensuite avec son cœur. Le mental, de fer ou d’acier, est essentiel pour perdurer, gagner ses combats, rester au sommet et travailler plus que les autres. Une image en adéquation avec le titre de l’album qui signifie « endurance » en anglais.

Le rappeur de La Courneuve exprime, depuis le début de sa jeune carrière, sa volonté de s’inscrire dans la longévité et de laisser son empreinte sur la scène du rap français. L’enfant aux poings rembourrés par les gants rouges est le même garçon présent sur la cover de son premier album : « Imany », sorti en 2018. Accrochée au mur de la salle, en arrière-plan, la photo de Mohamed Ali renvoie d’ailleurs à la citation du célèbre boxeur : « N’abandonne pas. Endure maintenant et vis le restant de ta vie en tant que champion. »

– Maxime Guillaume

Catégories
Chroniques

La sélection 2020 : les projets

L’année 2020 a été riche en sortie pour le rap français, avec des rendez-vous du vendredi soir toujours plus chargé. La rédaction de Mosaïque a décortiqué tous les albums, mixtapes et EP parus pendant les douze derniers mois et vous livre sa sélection. Nota Bene : ceci n’est pas un classement.

Les albums

« Trinity » – Laylow

Dans des suites binaires de 1 et de 0, Laylow se dématérialise pour s’immerger dans l’univers de « Trinity ». Pris dans le tourbillon d’un logiciel de stimulation émotionnelle, l’artiste fuit la dureté de sa réalité et s’enivre d’une euphorie artificielle. Avant de remonter à la surface. Avec cet opus concept minutieusement travaillé, le toulousain propose une épopée auditive digne du film d’Andy et Larry Wachowski (« Matrix », 1999). Emmené par des pistes interludes qui guident l’écoute, sa musicalité dénotent par une utilisation exigeante, tantôt avant-gardiste, de l’auto-tune. Il articule alors une ambiance vert-obscure qui traverse la haine, l’excitation, la peine et la mélancolie.

La richesse en guise de faire-valoir, Dioscures comme architecte. Le compositeur laisse son empreinte sur douze morceaux et manipule avec brillo les atmosphères dantesques et dramatiques qui parcourent la tracklist. Son association avec le pianiste Sofiane Pamart donne également lieu à des ambiances abouties, poussées à leur paroxysme. En témoigne la mélancolie poignante de NAKRÉ où Laylow se noie dans un chagrin atrophié de vocaux robotiques.

À découvrir aussi sur Mosaïque : l’album « Trinity » revisité sous forme de conte.

Sans porter l’ambition du texte et du lyricisme, il livre un produit complet qui vibre tout autant avec l’âme de Lomepal, Alpha Wann, Jok’air, S.Pri Noir… Tous invités avec justesse. « Trinity » marque la fin du succès d’estime d’un moderniste. Un accomplissement inespéré, auréolé d’un disque d’or au mois de novembre. Laylow signe ainsi la victoire d’un rap digital encore niché, aux allures d’une nouvelle vague artistique. Blason couleur Digital Mundo.

– Thibaud Hue

« Adios Bahamas » – Népal

Premier et dernier album d’un artiste insaisissable, « Adios Bahamas » marque le début de l’année 2020 par sa fraîcheur. Ce testament musical se démarque de la plume sombre et acerbe à laquelle nous avait habitué jusqu’alors Népal. Comme s’il avait enfin sorti la tête de l’eau après avoir sondé les abysses, le rappeur de la 75e session égraine dans un album aux sonorités claires et mélodieuses, ses principes de vies : apprendre à connaître ses ennemis, ne pas céder à la négativité, faire de sa différence une force… 

À découvrir aussi sur Mosaïque : le décryptage complet de l’album dans un dossier en deux parties.

Avec cet album, salué par la critique, Népal opère une mue intellectuelle et musicale tout en restant proche de ses valeurs. Une évolution qui se retrouve notamment dans le morceau Sundance, ode à l’anticonformisme et à l’art indépendant, produit par Diabi.

– Robin Spiquel

« QALF » – Damso

En préparation depuis près de cinq ans, « QALF » semble sortir des tripes du rappeur bruxellois, au sens propre comme au figuré. Chamboulé par la maladie de sa mère, Damso offre une introspection quasi-complète. De l’absence de son fils jusqu’aux souvenirs d’un passé de galère, l’album s’épanche sur la contradiction d’une vie d’opulence et de ses sentiments troubles, vis-à-vis de ses relations perdues. L’album fait référence à ses origines, tant par ses sonorités (MEVTR), ses lyrics (POUR L’ARGENT) que par ses collaborations (FAIS ÇA BIEN). L’amour est traité dans son côté le plus sombre : sa complexité et la peur viscérale qu’il apporte par instant.

À découvrir aussi sur Mosaïque : le photographe de la cover de « QALF » raconte sa réalisation.

Au terme d’un album riche et varié, l’ultime track INTRO soulève des interrogations chez les damsologues professionnels. Damso sait mieux que quiconque que la fin d’une aventure n’est finalement rien d’autre que le début d’un nouveau périple. Tous les espoirs sont désormais permis pour marquer encore davantage le retour du Dems à la Vie.

– Maxime Guillaume

« Stamina, » – Dinos

« Stamina, », un second souffle, du travail, et surtout une virgule. Alors que le Punchlinovic n’est même plus taciturne, Dinos revient avec un album plus spontané. Moins mélodieux dans son approche, l’artiste n’a rien perdu de ses flows et propose des morceaux toujours aussi denses. Il montre alors une nouvelle fois l’épaisseur dont il a le secret et sa capacité à provoquer de l’émotion en toute simplicité.

Pour la première fois, il invite cinq artistes. Quatre d’entre-eux n’apparaissaient pas sur la tracklist, réservant la surprise à la première écoute de son public. Le featuring avec Nekfeu apporte un relief immédiat et fait écho à leur première collaboration en 2013 (Bouchées triples). Malgré les bonnes performances de Leto, Zefor ou encore Zixko, leurs prestations ne ramènent pas de valeur ajoutée à la direction artistique.

Si l’instrumentalisation montre moins de richesse que sur l’album précédent, elle conserve toute sa cohérence avec une équipe de beatmakers qui lui est coutumière (Ken & Ryu, Chapo, twinsmatic). La boucle de synthé vintage qui rythme sa prestation avec Laylow et la partie de piano de Sofiane Pamart sur 93 mesures sont toutefois particulièrement remarquables.

« Stamina, » signe une nouvelle dynamique de la part d’un Dinos moins clivant et ouvert à un public plus large. En témoigne les titres Je Wanda ou Le Nord se souvient qui cassent avec sa musicalité habituelle. Un virage important mais maîtrisé.

– Amaël Coquel et Thibaud Hue

« LMF » – Freeze Corleone

« La Menace Fantôme » a déjà fait couler beaucoup d’encre. Considéré par beaucoup comme l’album de l’année, Freeze Corleone a frappé un grand coup. Porté par le single à succès Desiigner, le projet était particulièrement attendu.

Avec plusieurs mois de recul, il est clair que « LMF » ne perd pas de sa saveur. Un album pur rap dans la lignée de ce que propose l’artiste. D’Osirus Jack, à Despo Rutti, en passant par Le Roi Heenok ou Alpha 5.20, les nombreux featurings de l’album corrèlent avec l’univers sombre et énigmatique de ChenZen. Une ribambelle de rois sans couronne, réunis pour en élever un autre vers la lumière.

À découvrir aussi sur Mosaïque : Freeze Corleone, en finir avec le succès d’estime ?

Très bien reçu par la critique et par les fans, l’opus n’en reste pas moins limité sur certains points. Il est parfois difficile de se replonger dans le projet, tant l’ambiance proposée par les productions de Flem s’étend sur un nombre important de tracks. La musicalité intense peut parfois sembler oppressante et rebute après des semaines intenses d’écoute. Lyricalement, de nombreuses punchlines se répètent, marquant les limites de l’univers complotiste du rappeur.

Freeze Corleone semble avoir trouvé sa recette, mais va devoir la renouveler pour perdurer dans le temps. Malgré ces réserves, « La Menace Fantôme » demeure l’un des albums les mieux réalisés de l’année. Freeze Corleone propose une direction artistique bien dessinée et singulière. Il affirme alors son nouveau statut d’homme fort du rap français.

– Jules Careau

« Gore » – Lous & The Yakuza

Après plusieurs mois de montée en puissance, Lous & The Yakuza sort son premier projet. Composé de dix titres, « GORE » est un album musicalement très varié dans la forme, mais conserve un fond très cohérent. La jeune belge aborde avec sourire la cruauté humaine et analyse un monde dans lequel la solitude devient son refuge.

Polyvalente, l’artiste n’a pas hésité à user de toute sa palette artistique. Sur des instrumentales lentes ou rythmées, joyeuses ou obscures, Lous s’adapte avec intelligence.

À découvrir aussi sur Mosaïque : l’analyse du phénomène Lous & The Yakuza, seule dans un monde « Gore ».

Rapidement étiquetée comme rappeuse par la sphère médiatique après la sortie de ses titres Tout est gore ou encore Dilemne, Lous & The Yakuza propose un contre-pied avec un album chanté et mélodieux, où seules quelques phases rappées apparaissent avec parcimonie. Bien produit, notamment grâce à la présence de David Mems, également compositeur pour Damso, l’opus offre une première fenêtre prometteuse sur l’univers de l’artiste. Sombre dans le fond, coloré dans la forme.

– Yassine Ben Amor

« Pour de vrai » – Ichon

EntIchon-nous

Ichon est né il y a trente ans mais vient de commencer à vivre. Dévoilé le 11 septembre 2020, jour de son trentième anniversaire, l’artiste a voulu éteindre ses bougies en délivrant un album personnel sur lequel souffle un vent de liberté. Au cours des 15 morceaux de « Pour de vrai », Ichon voyage sans boussole à la rencontre d’une boucle de saxophone, de clavier ou de notes de piano.

Le projet s’écoute comme on écouterait une symphonie : les yeux fermés en se laissant guider par l’orchestre dont la voix du rappeur est le maestro. Un chef d’orchestre qui ralentit les tempos pour parler d’amour et d’espoir. Une poésie aussi légère qu’authentique, cristallisée dans le morceau Litanie. Moment de suspension solennel où l’artiste ne fait résonner que son timbre, tel un cantique.

Artiste affranchi qui n’hésite pas à se montrer nu dans son clip-métrage d’Elle pleure en hiver, Ichon nous fait danser, rire et pleurer. Parfois, tout à la fois. Un album complet et équilibré qui recèle certainement d’une des plus grandes diversités musicale de l’année.

Eclipsé par l’éclaboussante réussite de Freeze Corleone, « Pour de vrai » s’est vendu en première semaine à 582 exemplaires et rappelle une fois de plus que les chiffres de ventes ne déterminent pas la qualité d’un projet. Il démontre aussi que l’authenticité artistique est une prise de risque autant qu’un besoin viscéral de rester soi-même. Pour de vrai.

– Lise Lacombe

« Atlas » – twinsmatic

« On l’a fait sans auto-tune sur une prod de twinsmatic », cette phase mythique de Damso dans Macarena est un exemple, parmi d’autres, de l’empreinte laissée par les twinsmatic sur le rap français ces dernières années. 

Après le départ de Nadeem, membre du duo beatmaker, c’est à Julian de porter le poids du monde sur ses épaules, tout comme Atlas, le titan grec qui sert également de titre éponyme du projet. Un tour de force réussi grâce à un échantillon diversifié de productions et des collaborations cohérentes. 

Sur des compositions trap qu’on lui connaît bien, il invite SCH, Dinos ou encore Koba LaD qui font rayonner l’opus. Pour autant, il ouvre aussi son spectre à des artistes moins exposés comme Box et Marj qui chante à la fois en anglais et en français. Il parvient aussi à entrer dans l’univers particulier d’Ash Kidd, connu pour ses mélodies et épaulé par la guitare de Waxx.

Pour un album marqué par les transitions harmonieuses entre ses tracks, c’est le projet en tant que tel qui effectue la meilleure des transitions. twinsmatic se renouvelle ainsi en tant qu’artiste solo et s’affirme comme un producteur à part entière.

– Lukas Taylor

« Les derniers salopards » – Maes

Comptant près de 260 000 albums vendus en 2020, Maes a su perdurer dans le temps, tout en progressant. Dans le sillage d’une intro puissante qui absorbe l’auditeur dès les premières notes, l’artiste nous laisse percevoir ses pensées les plus intimes et se montre vulnérable. D’autre part, trois fortes collaborations (Booba, Ninho et Jul) permettent à l’album de prendre plus de poids. Le morceau Dybala en featuring avec Jul, certifié disque de diamant, répond aux attentes avec un single réalisé avec justesse.

Néanmoins, la répétition de ses flows et de ses mélodies lui est souvent reprochée. Maes va certainement devoir sortir de sa zone de confort pour continuer d’attiser la curiosité. Malgré tout, le rappeur a prouvé durant toute cette année, et à plusieurs reprises, que son talent de mélodiste régit une bonne partie de la scène rap actuelle. Il fait indéniablement partie de la cour des grands.

– Imane Lyafori

Les mixtapes

« don dada mixtape vol 1 » – Alpha Wann & Co

Avec une assurance nonchalante, Alpha Wann a souhaité ponctuer l’année 2020 sans ambition apparente. Lettres minuscules, productions minimalistes, déclarations discrètes… Pour le gourou de l’écurie Don Dada, le mot d’ordre est clair : faire dans le détail et la sobriété.

Sur des compostions à la musicalité presque new-yorkaise, le rappeur trouve un juste point de bascule entre des couplets intenses que son public lui connaît bien (la lune attire la mer) et de nouvelles postures, plus mesurées, et non moins techniques (philly flingo, apdl).

À découvrir aussi sur Mosaïque : l’avis de la rédaction sur la « don dada mixtape vol 1 ».

Avec dix-sept titres et onze invités, Alpha Wann redonne sens au format de la mixtape et laisse la place aux talents des plus installés (Kalash Criminel, Kaaris) ainsi qu’à d’autres rookies en quête de confirmation. S’il se fait un trait d’union efficace entre ses différents featurings, le projet, de part son essence, souffre aussi de performances inégales. C’est le cas des prestations de K.S.A (super swishstyle 2) et Ratu$ (velux), pour qui la marche était sans doute trop haute pour pouvoir user de trois minutes en solo aux côtés de Philly Flingo.

L’occasion est aussi parfaitement trouvée pour recroiser le fer avec son compagnon de fortune Nekfeu, et proposer un match retour à Comptes les hommes (« Les étoiles vagabondes », 2019). Chose faite et pari réussi pour les deux hommes qui troquent le passe-passe pour un refrain chanté et des couplets distincts très bien exécutés. « don dada mixtape vol 1 », la qualité en guise de promotion.

– Thibaud Hue

« Jour avant caviar » – Meryl

Portée par la hype de Wollan ou Béni, Meryl profite du début d’année pour envoyer son premier jet : « Jour avant caviar » et se lance définitivement dans une carrière musicale déjà bien dessinée. Topline pensante pour des têtes d’affiches comme Shay, Niska ou SCH, la jeune femme se consacre à elle-même sur un produit coloré qui ne manque pas d’identité.

À la croisée de ses origines martiniquaises, la rappeuse ne manque pas de mélanger les styles. Pour rebondir sur des productions trap (TCQDOF) et des ambiances zouk aux drums ensoleillés (Coucou), Meryl empreinte à la langue française, mais aussi parfois à l’anglais et au créole.

La chaleur de la mixtape réside aussi dans l’unique collaboration de la mixtape : La brume. La voix cristalline du rappeur et producteur Le Motif se confond avec celle de Meryl sur le refrain et le deuxième couplet du morceau qui rayonne d’une production de Junior Alaprod. Proche des deux artistes, le compositeur, qui signe la moitié des prods du projet, fait alors résonner par deux fois son gimmick et renforce l’impression d’un trio.

Avec caractère, la rappeuse débarque et montre une palette de flows et de technicité prometteuse. Dans l’attente d’une confirmation qui viendra, peut-être, en 2021.

– Thibaud Hue

« À moitié loup » – sean

Entre le mélancolique heureux et le nostalgique radieux, sean est toujours à moitié. Couvert de fourrure, il présente sa première mixtape : « À moitié loup ». Après avoir dévoilé les six premiers morceaux le 10 avril 2020, l’artiste a complété sa tracklist de douze titres deux semaines plus tard.

Un opus double face, à l’image de l’atmosphère de la mixtape, qui balance entre la douceur de Chanson d’amour et l’exotisme de Santa Muerte. Il casse ainsi les premiers traits de son personnage, esquissé sur « Mercutio » (2019) et propose une métamorphose à contre-pied.

À découvrir aussi sur Mosaïque : l’interview de sean.

Loup enragé et torturé, il laisse entrevoir une lune intense pleine de nostalgie, d’inquiétude et d’émoi. Sur son concept, il expliquait à Mosaïque : « Avec le côté loup, j’évoque le vice et les tentations. C’est le côté animal qui rattrape, qui est instinctif et qui se rappelle à nous dans certaines situations. Je veux parler de la dualité que nous avons tous en nous. Celle du bien et du mal. »

Parfois lisse, parfois rugueux, il confirme aussi sa polyvalence technique. Avec le juste traitement de sa voix métallique et des lignes de chant plus ouvertes, mais pas moins maîtrisées, il bonifie ses performances déjà remarquées.

Comme une catharsis de ses démons intérieurs, sean entrevoie une suite déjà différente. En témoigne son dernier EP : « MP3+WAV », dévoilé en novembre.

– Thibaud Hue

« XXIII : Bilan de vie » – Gianni

Sur ce projet, Gianni fait un bilan introspectif sombre et fataliste. À travers les 12 titres, le rappeur s’acharne à se dépeindre comme un produit de son environnement. Condamné à vendre de la drogue, le cœur blessé et la mort dans la peau, Gianni rejette l’amour. Le seul remède à ses souffrances demeure : l’argent.

Un constat désabusé porté par de belles tournures où le rappeur parvient à transformer ses souffrances en poèmes. L’ambiance planante cloud rap du projet se prête parfaitement aux propos. On notera d’ailleurs la présence sur quatre morceaux du beatmaker Boumidjal, producteur pour Ninho, Damso ou encore Niska.

Sur « XXIII : Bilan de vie », Gianni donne l’image d’un jeune homme animé par l’envie de s’en sortir, s’accrochant aux notes de musique qui finissent en l’air mais retombent dans le déterminisme de son quotidien. Une lassitude qu’il partage avec le rappeur américain Don Toliver sur le morceau De La Hoya, pour la première collaboration du rappeur protégé de Travis Scott avec un rappeur français.

Le thème du deal et de ce qui l’entoure parcourt tout le projet, de manière peut-être excessive puisqu’aucun des douze titres n’est épargné. Gianni se dépeint comme une mauvaise graine devenue fleur du mal. C’est en tout cas une jeune pousse pleine de talent qui devrait s’épanouir dans le jardin du rap français.

– Lise Lacombe

« Jeune CEO » – Le Juiice

À l’image du titre de la mixtape, Le Juiice n’a pas de temps à perdre. C’est avec une arrogance non dissimulée qu’elle débite son flow sur les 10 titres de son projet. Elle démontre en puissance qu’elle est bien la reine de la trap. Sur des instrus quasiment toutes signées Draco, la rappeuse déploie son égotrip en découpant la prod. Une recette bien ficelée et équilibrée par les featurings de la mixtape.

L’artiste a su tirer profit des qualités de chacun de ses invités. Les collaborations sont réussies et bien amenées. Stavo lui offre un banger efficace avec Buvance tandis que Meryl joint son flow antillais sur une zumba redoutable (O NONO). Enfin, Jok’air apporte la note sucrée qui manquait au projet avec Rich sex. Au fur et à mesure de l’écoute de « Jeune CEO », on souhaiterait que Le Juiice puisse varier son flow. C’est heureusement, presque tardivement, que l’artiste sort de sa zone de confort sur les trois derniers titres.

Comme s’il fallait d’abord apprendre à la connaître pour briser la glace, la rappeuse attend la fin pour se livrer et laisser tomber le masque egotrip de la femme puissante et insensible. Le projet s’adoucit et s’émancipe du kick pour des refrains auto-tunés. Le thème de l’amour trouve également sa place sur des sonorités soul et R’n’B. Le Juiice nous fait ainsi miroiter son potentiel et sa capacité à s’affranchir de la trap pour aller vers de nouveaux horizons, plus doux, qui lui vont tout aussi bien.

– Lise Lacombe

Les EP

« Boscolo Exedra » – Luidji

Avec « Boscolo Exedra », Luidji nous offre à la fois une suite à son premier album « Tristesse Business : Saison 1 », ainsi qu’un apéritif pour une deuxième saison éventuelle.

Sur ce projet, Luidji change de décor mais pas de recette. En invitant son idylle du moment sur la Côte d’Azur, il prouve encore une fois son attache à l’eau, thème omniprésent sur son premier album. Une attache renforcée par le titre du troisième morceau de l’EP : Sirène. Le temps d’une saison estivale, le rappeur coupe court à sa frénésie sentimentale de peur de se replonger dans ses mauvaises habitudes. Conscient de n’être pas encore guéri de ses maux.

À découvrir aussi sur Mosaïque : le décryptage de la place de l’eau dans son premier album : « Tristesse Business, Saison 1 ».

Luidji s’ouvre aussi davantage musicalement. En témoigne, les apparitions discrètes d’Astrønne et de Nemir sur le projet et la confiance donnée à Ryan Koffi pour la production du projet.

Si « Boscola Exedra » est une première réponse à ses tourmentes, Luidji nécessite un soin plus profond. Sur l’outro de l’EP, il discute avec la même femme présente sur l’intro de Veuve Cliquot, une vieille amie de son père, qui lui propose de suivre une thérapie afin de se débarrasser de ces problèmes relationnels. « Tristesse Business : Saison 2 » sonnera-t-il l’heure de la guérison ?

– Lukas Taylor

« Lotus » – SONBEST

Du cloud à la trap, du kick aux refrains chantés, la maturité du rappeur originaire de Colmar dénote. Symbole d’un rap qui repousse les limites de ce qui le caractérise, « Lotus » de SONBEST propose une esthétique fine et introspective. À Mosaïque, le rappeur explicitait : « Le lotus, c’est la fleur de l’espoir. Elle pousse dans les marécages et ça ne l’empêche pas d’être une belle fleur, malgré son environnement. »

À découvrir aussi sur Mosaïque : l’interview de SONBEST.

Un deuxième EP prometteur, accompagné de visuels conceptualisés (Agonie, XO), et d’une production sur mesure enrichie de sound design.

– Thibaud Hue

« Alt F4 » – Swing

Deux ans après son premier projet solo « Marabout », Swing est de retour avec un style épuré et un phrasé plus chantant. Un EP compact, sept titres seulement, porté par des instrumentales planantes et percutantes signées PH Trigano, Crayon, Duñe, Twenty9 ou encore Krisy. Côté voix, le Bruxellois a fait le choix de la complémentarité en allant chercher la douceur d’Angèle sur S’en aller et le timbre cassé de Némir sur Indélébile.

Un projet concis, dans lequel Swing évoque pêle-mêle le racisme, la mélancolie et ses sacrifices avec la légèreté dont il a le secret. Cohérent, jusque dans son imagerie. Six clips réalisés par le même duo Maky Margaridis & Louis Lekien du collectif Bleu Nuit, dont quatre en plan séquence fixe. Un projet maîtrisé de bout en bout. 

– Robin Spiquel

« Ëpisode 0 » – Sopico

En mai 2020, Sopico dévoile son cinquième projet : « Ëpisode 0 », deux ans après son premier album « YË ». Une collection de morceaux aux couleurs variées et singulières, marque de fabrique du rappeur parisien.

L’EP s’ouvre sur Atterrir, une porte d’entrée vers un univers planant, composé de notes légères, transportant l’auditeur hors du temps. Pour donner naissance au projet, l’artiste a voyagé, s’imprégnant des cultures pour ouvrir le champ musical des possibles.

À découvrir aussi sur Mosaïque : Sopico, vers l’acoustique et au-delà.

Tous reliés entre eux, les septs morceaux peuvent être lus comme un seul et unique titre, un seul et unique voyage : « Si les gens me disent, Ëpisode 0, c’est mon morceau préféré, je serai trop content », confiait-il à Clique.

L’artiste reste fidèle à une formule qu’il maîtrise parfaitement : des textes délivrés sur un ton doux et mélodieux qui peut s’apparenter à une berceuse. « Ëpisode 0 » est une bouffée d’oxygène dans un quotidien anxiogène.

– Imane Lyafori

2020 c’était aussi…

« Cercle Vertueux » – Deen Burbigo

Trois ans et demi après un « Grand Cru » qui a bien mûri jusqu’à être certifié disque d’or, Deen Burbigo revient le 6 novembre 2020 avec « Cercle Vertueux ». Sur le projet, l’ex-membre de L’Entourage n’a fait que peu, si ce n’est aucun compromis artistique, en faisant ce qu’il fait le mieux : rapper. Il parvient à servir 15 titres dans lesquels sa plume aiguisée et sa recherche permanente de rimes se font ressentir sans tomber dans la redondance grâce à des variations d’instrumentales et de flows. Si les featurings avec Némir ou Alpha Wann apportent une touche de diversité, des clips travaillés et originaux viennent sublimer un projet déjà très solide.

– Yassine Ben Amor

« Nø future » – WIT.

Entre le pessimisme et le fatalisme, le rappeur entrevoie des lueurs sombres : celles du futur. Dans cette « sale époque » (Falcon) sans solution qui se profile, Wit. ressent « la misère du monde ». De l’intensité, de la noirceur, des couplets étouffants comme sur Ailleurs ou des refrains chantonnés et teintés d’auto-tune comme sur Proz. Tout en maîtrise, « Nø future » est une promesse tenue et prometteuse. Loin d’une consécration, l’artiste a d’ailleurs précisé que ce projet n’était qu’une étape pour avancer. Désormais, place au futur.

– Thibaud Hue

« Silver Tej » – Tejdeen

2020, c’est l’année de l’éclosion d’un artiste encore discret mais qui attire les regards en coulisses. Rappeur et beatmaker, Tejdeen débarque et prouve son assise musicale. À travers des rythmes lancinants et une auto-tune grésillante mesurée, il développe une ambiance classieuse qui mêle mélancolie, tentations amoureuses et égotrip.

À découvrir aussi sur Mosaïque : le décryptage du premier EP de Tejdeen.

Harmonieux, c’est en tout cas ce que laisse penser le premier jet du rappeur lyonnais et ses visuels, signés Augure. Même constat pour son deuxième projet, « Golden Tej », sorti au mois de novembre.

– Thibaud Hue

« Ma vie n’est pas un film II » – Infinit

Le kickeur de l’écurie Don Dada Records sort le grand jeu avec un opus taillé de phrasés denses et orné de multisyllabiques affinées. En constante progression, il répond aux attentes et renoue avec une école classique et un rap brut. Sans fioriture. Références et rimes rebondissent sur des prods de JayJay, accoutumé au style minimaliste d’Alpha Wann, d’ailleurs présent sur deux morceaux. Deen Burbigo et Gros Mo viennent également se fondre au projet avec justesse. Bilan : Infinit’ progresse, épure et achève de convaincre.

– Thibaud Hue

« La vie augmente Vol .3 » – Isha

Un durag sur la tête, Isha réussi le pari de Décorer les murs avec des titres plus mélodieux que dans les deux volumes précédents de sa trilogie. À l’aide d’une plume toujours aussi précise qu’inspirée, le rappeur offre le poétique Les Magiciens. Il retrace l’histoire coloniale du Congo à la manière d’un conte. Il y évoque les souffrances d’un peuple pris au piège de la « magie » des colons sur une prod aux sonorités joyeuses, perturbée par la monstruosité du récit. Mention spéciale pour le featuring avec Dinos où les deux « paroliers fauchés » se retrouvent pour rejeter la posture de l’Idole. « Tout le monde dit qu’j’vais cer-per », rappe Isha dans l’outro. Une prophétie qui pourrait se réaliser avec la sortie de son nouvel album en 2021.

– Amaël Coquel

« Première partie » – Le Motif

À la suite de sa série Un son par jour, Le Motif sort « Première Partie », un EP composé de 8 titres. S’il est une révélation en tant qu’interprète, Le Motif est loin d’être un novice dans le rap game. L’artiste belge est à l’origine de gros succès, en tant que beatmaker, tels que Mobali (Siboy, Damso, Benash) ou encore Liquide (Shay, Niska). C’est sans doute ce qui explique la qualité de ce projet : une essence dans la musicalité et un travail minutieux. Chaque morceau dégage sa propre énergie et trouve un écho chez l’auditeur.

– Imane Lyafori

« Rage » – 7 Jaws & Seezy

Fruit d’une collaboration entre le rappeur alsacien 7 Jaws et le producteur Seezy, la mixtape « Rage » est parue le 21 Février 2020. Projet collaboratif de 10 morceaux, 7 Jaws innove avec ce nouveau projet. Il propose en effet une mixtape musicalement très variée, d’ambiances turn-up (Turbo S et Block), aux morceaux plus intimes (Accro, C’est Promis) en passant par de belles démonstrations techniques (Par Ici). Très efficace en refrain, le projet est accessible, avec une auto-tune bien léchée et une plume touchante. Réussite commerciale, cette mixtape présage du très bon pour la suite. 7 Jaws a d’ailleurs annoncé un premier album pour 2021.

– Jules Careau

« EP901 » – Nixfé

Rappeur encore peu connu, Nixfé a le potentiel pour faire parler de lui. Avec son premier projet « EP910 », sorti le 18 septembre 2020, Lonny a  dévoilé sa (double) personnalité et son identité artistique. L’EP dénote par sa cohérence minutieuse jusqu’au nombre de ses titres : six pour le mois de juin, son mois de naissance, mais aussi en référence au diable pour un artiste qui se sent « aussi pur que vicieux ».

À découvrir aussi sur Mosaïque : l’interview de Nixfé.

Nixfé mise sur un projet abouti avec lequel il déploie une palette large et raconte une histoire qu’il nous avait partagé lors de sa première interview.

– Lise Lacombe

« HORION » – Rounhaa

Alors que tous les artistes émergents ont préféré opter cette année pour des projets courts, Rounhaa débarque en novembre avec une tracklist de 16 morceaux. Un format long et osé. Le projet n’est ni tout à fait un album, ni tout à fait une mixtape. À l’image de la constellation Orion qui regroupe des étoiles pour se dessiner sur la voûte céleste, Rounhaa propose un ensemble des couleurs qui constituent sa palette artistique.

Rounhaa parvient à nous transporter dans son univers grâce à son grain de voix joliment rocailleux. Au cours de son voyage solitaire, l’artiste a trouvé sur sa route le rappeur Khali, autre affiche de la scène rap émergente. Si « Horion » aurait mérité d’être épuré de quelques morceaux, l’artiste fait le pari du passionné.

– Lise Lacombe